Hello :)

Un gros merci à tous ceux qui suivent cette histoire, lecteur silencieux ou non.

Et un gros merci à la Chouette pour ses corrections.

Rien est à moi, comme d'habitude.


L'enclave Jedi de Ilum est à couper le souffle, véritable sentinelle de glace saphir, impitoyable mais élégante dans ses angles harmonieux et ses tourelles majestueuses. Pourtant, il y a quelque chose de mortel dans la façon dont la lumière blanche matinale passe sur ses murs blanc-azur. La lumière ne s'attarde pas sur les frontières brillantes du temple en fait, elle semble hésiter à s'y attarder, quelques particules de neige téméraires s'aventurent vers la bouche béante de la porte d'entrée, pour être ensuite englouties par l'obscurité insatiable. Le silence règne. Il n'y pas le calme feutré de la neige, seulement une absence de bruit intimidante, terrible. L'enclave est belle, certes. Mais seulement parce que la lumière rebondit sur sa surface et fuit, sans oser chercher ses profondeurs enchaînées.

A plus d'un titre, Ilum est plutôt froide.

Obi-Wan s'assène une tape mentale pour avoir pensé une chose si évidente. La température glaciale a sans doute gelé ses terminaisons nerveuses, si bien que son cerveau d'ordinaire si intact s'est transformé en un tas de bouillie informe. Des jurons étouffés fusent derrière lui, là où Quinlan se fraye un chemin dans la neige qui lui arrive à mi-hauteur. Le Kiffar est suivi de près par les formes voûtées de Reeft, Garen, Luminara et Huei. Tous les cinq, ainsi qu'Obi-Wan lui-même, sont tellement emmitouflés dans leurs vêtements d'hiver que pour un observateur occasionnel, ils ne seraient pas des spécimens de cinq espèces distinctes, mais plutôt un groupe de bébés gorgodons perdu dans la neige. Malgré toutes leurs années de formation Jedi, ils offrent un spectacle plutôt pitoyable.

Évidemment, Qui-Gon est dispensé, exclusivement, de cette indignité.

Le maître Jedi entoure les six enfants avec la vigilance d'un Chauve-faucon, la lueur verte de son sabre étincelant sous les averses de neige. Il ne porte pas d'épais manteau autour de lui ou de bottes à crampons aux pieds, mais ses bottes souples en peau de nerf se déplacent d'un pas sûr et assuré dans l'épaisse couche blanche, sans prononcer un mot. Son utilisation effrontée, libérale et très habile de la Force lui évite d'avoir à patauger dans la boue blanche comme les plus jeunes. Ses bottes ne sont mêmes pas tachées par la neige.

Qui-Gon amorce quelques pas en avant, se penchant et plaçant une main sur l'épaule de Quinlan afin de le stabiliser. Les Initiés et les Padawans trébuchent en s'arrêtant maladroitement. « Nous sommes presque arrivés à l'entrée ! » s'écrie-t-il, haussant la voix pour couvrir le vent qui se lève. Une note d'avertissement se glisse dans sa voix. « Restez derrière moi ! »

Comme des nuages de mauvais augures s'accumulent dans le ciel, Obi-Wan rejoint les autres en traînant des pieds. Il ne pense pas que ce soit juste que Qui-Gon puisse se réchauffer lui-même avec la Force alors qu'Obi-Wan n'a pas encore appris à le faire. Et il ne peut quand même pas danser dans la neige pour se revigorer ! Maître Alan lui sonnerait les cloches s'il faisait quelque chose comme ça.

Un hurlement à glacer le sang résonne derrière les collines blanches derrière lui, et l'imagination débordante d'Obi-Wan s'emballe alors qu'il pense à une meute de panthères Ashral enragées. C'est sur cette pensée terrifiante qu'il se précipite à la suite des autres.

OoOoOoOoOo

Qui-Gon examine les ombres accrochées à l'entrée de la galerie tout en enlevant la neige qui recouvre son manteau. Les lampes jaunes qui clignotent dans les murs doivent être anciennes, car la lumière n'illumine pas les ombres qui s'élargissent devant eux, les regroupant en flaques noires sous leurs pieds. L'écho de leurs pas résonne jusqu'au plafond finement sculpté, conférant à l'enclave l'aspect d'une cathédrale abandonnée. Dans le hall d'entrée, des stalactites frissonnent dans le vent, et le ruissellement agité de six signatures de Force résonne derrière lui. Qui-Gon soupire. Les enfants !

« J'ai l'impression que mon derrière est gelé » gémit Quinlan comme il se frotte les fesses recouvertes de peaux, ignorant le regard agacé que lui lance Luminara par-dessus son épaule.

« Pourquoi la piste d'atterrissage est aussi loin d'ici ?» marmonne Reeft d'une voix plaintive alors qu'il tente d'ignorer ses pieds gelés.

« Il serait regrettable que vous en découvriez la raison » répond promptement Qui-Gon, les yeux fixés sur la porte. Les doigts d'Obi-Wan maintiennent toujours les bretelles de son sac alors qu'il remarque que Qui-Gon n'a pas encore activé son sabre-laser. Sa propre main descend vers son sabre d'entraînement, et il sombre dans une position décontractée, son regard délaissant ses coéquipiers pour se concentrer vers les cavernes éloignées.

Qui-Gon fait en sorte de cacher son approbation tandis qu'il continue d'examiner le hall silencieux. Obi-Wan est le seul des enfants a avoir conscience du danger tapi dans les courants les plus sombres de la Force, les autres étant occupés à se départir de leurs sac à dos et de leurs gants.

Soudain, Qui-Gon penche son grands corps sur le col, appuyant une oreille sur la pierre dure. Il se redresse tout aussi brusquement, jouant avec le réglage de la puissance de son sabre-laser. Le ronflement de la lame émeraude retentit entre les murs comme la lame fuse vers le haut. « Initié Shinren » lance-t-il allègrement. « Apparemment, la réponse à votre question se rapproche d'ici à grand pas » Malgré son ton léger, ses yeux se sont rétrécis. Les plis épais de son manteau brun tombent en un tas à ses pieds.

Obi-Wan arrache ses gants encombrants ainsi que son lourd manteau, les yeux écarquillés. Ses doigts engourdis agrippent la poignée de son arme d'entraînement, indifférent aux piqûres du métal glacé qui traversent ses doigts. Tout mouvement cesse alors que chaque tête se tourne vers la droite. Dans le silence qui en résulte, le vente hurle à nouveau, jetant son rire caquetant contre les murs, enracinant les pieds des padawans et des initiés sur le sol.

Et pendant ce temps, dans un couloir latéral, les grognement étouffés, les griffes qui crissent sur le sol, et le souffle rauque et saccadé d'une horreur inconnue ne cessent de se rapprocher.

« Ah » lâche Qui-Gon, presque pour lui-même. Il marche vers l'avant, s'arrêtant juste en face de Garen, qui s'est figé, une main sur son manteau, n'osant pas l'enlever. « Sortez vos sabres de formations » murmure doucement Qui-Gon. Il n'y a pas d'urgence dans sa voix. Aucune émotion. Seulement la paix.

Le sifflement de cinq autres lames baigne leurs visages angulaires avec des couleurs criardes de jaune et de bleu, dans un bourdonnement discordant. Et à travers tout cet amas de couleurs, le sabre de Qui-Gon rayonne de vert, produisant une mélodie riche et profonde.

« Reste derrière moi » Obi-Wan entend Qui-Gon murmurer dans sa barbe. La voix du maître Jedi est calme, posée, mais il y a une dureté que le garçon n'a jamais entendu auparavant. Presque pas civilisée, pense Obi-Wan, l'adrénaline ralentissant le temps alors qu'il se prépare dans une position de Shii-Cho. Simplement...se préparer au combat.

Et la monstruosité arrive sur eux sans avoir besoin de civilité.

Le gorgodon fonce vers Qui-Gon avec une rapidité redoutable, ses épaisses griffes crissant sur le sol en pierre, cinq tonnes de muscles solides et de fourrures contre une lame de plasma. Des cris retentissent derrière Qui-Gon comme les autres plongent à terre, regardant le tourbillon de coups et de parades répondre aux griffes et aux crocs acérés. Le rugissement de douleur du gorgodon forme une clameur terrible avec le sabre tourbillonnant du Maître Jedi. Les mâchoires claquent et mordent, répandant du sang sur la pierre puis un hurlement de fureur, et Qui-Gon bondit dans les airs, dans une acrobatie ataru, afin d'éviter les billes de salive gluante qui tombent violemment vers lui.

L'Ataru est implacable, c'est le combat du chauve-faucon contre le gorgodon, l'agilité contre la puissance. Le Jedi ne se bat pas seul, les jeunes apprentis entourent la créature, leurs coups moins forts, moins précis, mais rapides quand même. Le gorgodon se met à grogner face à ces nouvelles nuisances. L'un des jeunes, avec une peau plus sombre, se bat avec ferveur, sa griffe d'un jaune clignotant sous ses cris de guerre. Un autre- une femelle selon les sens du gorgodon- défend ses frères plus qu'elle n'attaque. Trois autres semblent se déplacer, celui qui sent le poisson frappe comme un prédateur, plutôt que comme une proie, et les deux autres alternent, tour à tour protecteur et guerrier.

Et le dernier, l'avorton de la litière sans doute, dont la boite vocale ne semble pas suffisamment développée pour hurler- reste le plus près possible de l'adulte chauve-faucon, un enfant cherchant à protéger son père, peut-être. Mais un avorton reste un avorton. Et pour un chasseur comme le gorgodon, les faibles ne sont que de la nourriture.

Obi-Wan pousse un cri silencieux lorsque la queue épaisse du gorgodon claque contre sa poitrine, lui coupant le souffle, faisant craquer ses côtes. La douleur éclate et s'étale dans son corps comme une fleur rouge sous sa peau, suivi par l'impact de sa tête claquant contre le sol en pierre. Son sabre roule, échappant à ses mains meurtries.

Le gorgodon fonce vers lui, mais un sabre-laser flamboyant l'en empêche juste à temps.

Qui-Gon pousse un juron en Huttish lorsqu'il réalise qu'il ne peut pas suivre toutes les charges du monstre dans une mêlée de ce genre. Il arrive à identifier quatre voix distinctes dans la bataille, mais Obi-Wan est une ombre furtive dans sa vision périphérique qu'il arrive tout juste à protéger. Son regard reste ancré sur le prédateur massif en face de lui. Depuis les trois fois où il s'est retrouvé sur Ilum, il n'avait encore jamais combattu un gorgodon aussi imposant- qui pourrait tout aussi bien être un mâle alpha.

Et puis il aperçoit la petite forme recroquevillée d'Obi-Wan et saute pour intercepter la patte griffue qui descend vers le garçon. Cinq sabres d'entraînement s'arrêtent à ses côtés, un instant plus tard.

Le gorgodon fait face à Qui-Gon et aux cinq autres, ses longs bras traînant sur le sol, les muscles durs ondulant sous ses épaules. Il ouvre sa gueule et hurle toute sa colère tandis que son corps bloque la grande bouche de l'entrée et ce qui se trouve au-delà.

Brusquement, des lourds stalactites se trouvant au-dessus tombent sur sa tête comme des lances, empalant le gorgodon avec un désagréable crack!

La surprise se disperse dans la Force, alors que la silhouette du monstre s'écroule, son sang ruisselant sur les pierres.

Qui-Gon et les cinq autres enfants se retournent et fixent avec incrédulité Obi-Wan, qui sourit faiblement comme il se soutient sur un coude, une main encore tendue vers le plafond au-dessus de l'entrée.

Le sabre de Qui-Gon est rangé dans son fourreau. « C'est...c'était un exemple inhabituel de manipulation de Force » lâche-t-il. Il ne sait pas quoi dire d'autre.

Le sourire d'Obi-Wan devient moqueur, puis se mue en grimace quand il tente de se lever.

Garen est le premier à ses côtés, soutenant la tête d'Obi-Wan dont le visage vire dangereusement au vert.

« Respire profondément, Obi-Wan » dit doucement Qui-Gon. Ses doigts se déplacent rapidement alors qu'il défait les vêtements épais et la tunique de lin. Ils s'arrêtent quand ils atteignent la peau nue.

A quelques mètres, Quinlan émet un léger sifflement. « Woah. Toutes ces nuances de couleur ! »

« Allez vous occuper de vos affaires » lance Qui-Gon. « Tous ». Alors que les pas des enfants deviennent plus faibles, il récupère son manteau et le place sous la tête d'Obi-Wan comme un coussin. « Hmmm » marmonne Qui-Gon, grimaçant intérieurement tandis qu'il examine la palette de couleurs qui recouvre la poitrine d'Obi-Wan. Il place une main fraîche sur le côté et appuie légèrement. La bouche d'Obi-Wan s'ouvre en un gémissement muet et le garçon lui lance un regard de reproche.

Avec indifférence, Qui-Gon continue son examen. « Il y a des contusions aux côtes » diagnostique-t-il d'un ton neutre. « Cela prendra un jour ou deux pour guérir »

Le regard d'Obi-Wan passe du reproche à l'inquiétude.

« Ne prend pas cet air d'oisillon blessé » réprimande Qui-Gon en cherchant dans sa ceinture sa crème à base de valériane. « C'est indigne d'un Jedi »

Doucement, il lisse la crème antidouleur sur les contusions, l'accompagnant d'une guérison de la Force. Une pause, puis il décide d'être indulgent. « Cette blessure n'est pas suffisante pour t'empêcher de récupérer un cristal » murmure-t-il. Qui-Gon évite soigneusement le regard d'Obi-Wan, mais en rangeant les fournitures médicales, il commet l'erreur de lever les yeux.

Deux grands yeux bleu-gris le transpercent jusqu'à l'âme.

Qui-Gon arrache son regard et remet en ordre les vêtements du garçon. Il gémit intérieurement. Ce garçon a les yeux d'un chiot akk. Pourquoi est-ce que c'est juste au moment où il venait de reprendre ses esprits, qu'Obi-Wan décide de faire quelque chose d'aussi sournois ?

Négociateur.

Le mot frisonne dans son esprit, dansant sous la force unificatrice comme la lame d'un sabre enflammé et se désactivant tout aussi rapidement.

Alors que Qui-Gon rejoint les autres enfants, il se dit que si Obi-Wan ne devenait pas un padawan, l'Ordre Jedi perdrait sans doute beaucoup.

OoOoOoO

La lueur douce du feu projette des ombres déformées sur le visage d'Obi-Wan, comme il se pelotonne soigneusement sur son côté. Les cycles de nuit sur Ilum sont profondes et longues, plus longues que celles de Coruscant et beaucoup plus belles. La chambre qu'ils ont choisi est cachée dans la plus haute flèche du Temple d'Ilum, le sol et les murs ont été sculptés avec des fresques de Maîtres Jedi qui ont rejoint la Force depuis longtemps. Le ciel obscur tourne autour d'Aiedail, l'étoile du nord de Ilum, une cape de poussières brodée de diamants et de saphirs, la voie de la République Galactique se trouvant à des années-lumière d'ici.

Cinq autres formes se pressent autour de la chaleur, leurs respirations lentes et profondes. Obi-Wan sait qu'il doit être le seul à être éveillé. Il ne craint pas les gorgodons, ou la douleur qui emplit sa poitrine, ou l'air froid qui le paralyse, seul ses pensées l'empêchent de dormir. Le tissu lourd et rugueux de la cape étendue sur lui est un peu comme son propriétaire: brusque, cinglant aux premiers abords, mais sa présence est extrêmement réconfortante. De sa place, Obi-Wan peut voir le Maître Jedi assis sur le marbre, entrevoir l'étincelle qui brille dans ses yeux Obi-Wan se blottit plus profondément dans le manteau de Qui-Gon, respirant en mémoire des centaines de mondes, des centaines de missions. Il sait que les gorgodons et les panthères Ashral ne lui feront pas de mal ce soir. Maître Qui-Gon est vigilant.

OoOoOoOoOo

Le regard de Qui-Gon reste rivé sur la porte scellée et barrée. Ce qui s'est passé quelques instants plus tôt dans la journée est en partie due à une erreur de jugement de sa part. Les gorgodons sont bien connus et il s'est préparé en conséquent, arrivant à mi-journée, quand les bêtes dorment habituellement après une longe nuit de chasse. L'attaque l'a certes surpris, mais ce qui le perturbe avantage est que le gorgodon est venu seul, alors que ces créatures chassent exclusivement en meute. Une autre anomalie est qu'il a été attaqué en premier et que la bête a continué de le faire durant un bon bout de temps. Les meutes de prédateurs vont instinctivement vers les plus faibles, le plus petit membre du troupeau – dans leur cas, Luminara ou bien Obi-Wan. Le gorgodon mâle avait d'abord ciblé le mâle dominant, inversant complètement les traits de son comportement naturel.

Qui-Gon change sa posture de méditation. Un soupçon lancinant glisse sur les bords de son esprit. Il avait rejoué la bataille des centaines de fois dans sa tête, déterminé les positions exactes de chaque padawan et chaque initié à travers le chaos. Il fut surpris de constater qu'Obi-Wan était resté à ses côtés durant tout le combat, jusqu'à ce que le gorgodon porte brusquement son attention sur le garçon. Est-ce que le gorgodon a attaqué Obi-Wan quand le garçon s'est placé devant moi, lui barrant le passage ? Mais les gorgodons ne sont pas sensibles. Il y a sans doute une autre cause.

Contrainte de Force.

Il met de côté la théorie, la preuve n'est pas consistante. En fait, Mace aurait probablement ri à cette idée. Qui-Gon peut presque l'entendre « Allons, allons, Qui-Gon, je sais que tu aimes les formes de vie pathétique, mais qui se prendrait la peine de leur lancer une suggestion de Force ?

L'amusement fait naître un sourire à la commissure de ses lèvres. Si seulement Tahl était ici...

La curiosité s'insinue dans la Force derrière lui, suintant des jeunes boucliers abimés par l'épuisement et le demi sommeil.

Qui-Gon se lève silencieusement et se penche au-dessus de la petite forme engoncée dans un manteau brun et aux cheveux roux-dorés. Les yeux d'Obi-Wan sont fermés et sa respiration contrôlée, mais le Jedi ne peut s'empêcher de sourire. Obi-Wan a été bien formé dans les voies de la Force, toutefois ses compétences pratiques ont encore un défaut. Sa respiration est juste un peu trop contrôlée pour être vraiment convaincante.

« Pourquoi est-ce que tu ne dors pas, petit ? » soupire Qui-Gon, ses doigts planant au-dessus des rebords usés du manteau, son manteau, avant de tirer en arrière.

Pour la deuxième fois en deux jours, Obi-Wan lève le bras, les yeux toujours fermés, et tape sa tempe.

Aussi cryptique que jamais. « Ne ressasse pas l'incident d'aujourd'hui. Tu as bien fait »

Les paupières de l'enfant s'ouvrent cette fois, et il secoue vigoureusement la tête. Son regard est ailleurs, reflétant la lumière sans âge des étoiles, alors qu'il mime une poussée de Force, puis il replie ses doigts dans un poing si serré que ses jointures blanchissent.

« Ah » Qui-Gon aurait ri, s'il n'était pas en train de résister contre la formation de ce nouveau lien avec le garçon. A l'heure actuelle, il est tout simplement un Jedi plus âgé qui enseigne à un plus jeune. « C'est la première fois que tu prends une vie avec la Force ?»

Un acquiescement, plus faible. Les épis de cheveux bruns roux se réfugient plus profondément sous la chaleur rugueuse du manteau.

Douce Force, il me ressemble plus que ce que je pensais. Qui-Gon choisit soigneusement ses mots. « Et tu te demandes si c'est une bonne chose de sacrifier une autre vie ? »

La honte inonde la Force à ces mots.

« Les gorgodons ne sont pas sensibles, Obi-Wan. Celui-ci avait la particularité d'être encore plus sauvage que ceux de son espèce. En causant sa mort, tu nous a tous sauvé » Il fait une pause. Obi-Wan est immobile, à présent. Qui-Gon sait qu'il écoute toujours attentivement sous le manteau. « Quand tu as appelé la Force pour briser ces stalactites, pensais-tu au meurtre ou à nuire ? » Sa voix est posée, douce.

Le manteau frisonne alors qu'Obi-Wan secoue la tête.

« L'intention est aussi importante que l'action elle-même » explique calmement Qui-Gon, regardant le front d'Obi-Wan émerger lentement des couvertures et du manteau jusqu'à ce que leurs regards se rencontrent. « Tu t'es battu dans l'intention de protéger, et non de tuer » enchaîne le Jedi. « Telle est la voie et l'intention véritable d'un Jedi Gardien »

Les yeux d'Obi-Wan auraient pu briller comme des soucoupes. Même si Qui-Gon ne peut pas voir la moitié inférieure de son visage caché sous le manteau, il sait que le garçon est en train de sourire.

Les doigts de Qui-Gon le démangent comme il a envie de tirer son manteau sur les épaules du garçon, mais dans un effort de volonté, il se recule. « Va dormir » murmure-t-il, appuyant ses mots avec une suggestion de Force. « Tu auras besoin de toutes tes forces dans la matinée »

Obi-Wan plonge dans l'étreinte réconfortante de la Force, ignorant si la main sur son front est imaginée ou réelle.

Qui-Gon ne le sait pas non plus.

Mais pour cette nuit, il protège l'enfant dans la chambre du Conseil d'Ilum, les étoiles tournent au-dessus d'eux, et la musique des sphères murmure une douce berceuse accompagnée de la mélodie des cristaux qui gisent non loin d'ici.


A bientôt pour la suite !

Tchousss