Disclaimer: Rien ne m'appartient, les personnages et l'histoire reviennent à Sir Doyle, le contexte et les personnalités à Messieurs Moffat et Gatiss. Je ne fais que spéculer, user et faire souffrir de biens innocents personnages de fiction.
Au départ : La série "Sherlock", créée et développée par Moffat et Gatiss, pour BBC. Adaptation libre de l'oeuvre littéraire de Doyle, la série transpose l'univers et les personnages au XXIe siècle : "Sherlock Holmes est détective consultant et il accueille comme colocataire le Docteur Watson, un ex médecin de l'armée britannique blessé en Afghanistan. Il aide Scotland Yard à résoudre des enquêtes ardues en utilisant ses dons d'observation et de déduction associés aux technologies actuelles. [...]" (cf. Wikipédia). Série géniale. Acteurs monstrueux. Personnages merveilleux.
Le speech : Il y eu une certaine curiosité, au départ, juste quelque chose d'intriguant, de différent et de spécial, chez cet adolescent un peu étrange, un peu comme lui. Puis, il y eu l'obsession, la folie guidée, la folie abreuvée, celle émergeant dans les profondeurs de sa cellule anglaise, celle que Mycroft Holmes était venu chaque jour alimenter. Sherlock Holmes est là, là, quelque part, et il a envie de jouer. James Moriarty souhaite simplement lui trouver un jeu à la hauteur de son génie. Il ne pensait pas que son plan, bien huilé, parfaitement conçu, pourrait prendre une telle tournure. Il ignorait que l'obsession était devenue à ce point hors de tout contrôle.
Ce qu'il faut savoir : Sheriarty, soit du Sherlock/Moriarty. Et du John/Mary, entre autres. Je répète que ce n'est pas un slow build, dans le sens où le contexte se situe au milieu d'une histoire déjà bien entamée. Cette fic passe plutôt par le développement de leur relation, au-delà de sa genèse.
Remerciements : Aux lecteurs, aux gens de passage, à ceux qui aiment et ajoutent cette fic dans leurs listes de follows et dans leurs favoris : un grand merci. Merci également - et surtout - à Xio Fujiwra Malfoy Hyuuga, pour ta review et ton avis (j'essaye d'expliquer "l'absence" de "combat" de Sherlock dans ce chapitre, essentiellement. Il démontre qu'au-delà de la partie abusive de leur relation, qui peut être clairement perceptible, il existe une profondeur bien plus complexe).
Premières infos sur ce chapitre : Ce troisième chapitre revient sur les deux années d'exil de Sherlock, et notamment sur une partie de sa séquestration. Il est explicite, Sherlock et Jim font des choses pas vraiment très chastes, les petits coquins. J'ajoute que c'est mon premier vrai lemon, et que vous pouvez me jeter des tomates si cela vous chante. Nous parlons très gaiement, donc, de séquestration, de relation abusive et d'usage de drogues. De viol, également, et pour toute précision quant à ce fait, je vous prie de vous reporter au chapitre 2 et à ses notes.
A écouter : Crazy in love (50 shades of Grey remix) de Beyoncé, This is what it feels like de Banks et Do I wanna know ? de Arctic Monkeys.
Je vous souhaite une agréable lecture.
Votre serviteur,
AMAZINGmadness.
TROIS.
« Sentiments. »
DEUX ANS PLUS TÔT.
- Tu as fait une liste ?
- Je te déteste.
Sa pire faiblesse. Sa plus grande force. Son égal. Sa Némésis. Son adversaire. Sa principale distraction. Sa drogue. Son partenaire. Le virus dans son esprit.
Tout. Il était absolument tout.
Moriarty souriait, appuyé contre la chambranle de porte, les mains enfoncées dans sa si belle veste de costume, bien certainement hors de prix. Il souriait, toutes dents dehors, et Sherlock avait juste envie qu'il arrête, juste, qu'il ravale son petit air supérieur et triomphant, juste, qu'il arrête de sourire.
Sherlock roula sur le dos, tenta de se redresser, obligea ses doigts à se serrer autour des barreaux de la tête de lit pour assurer sa prise. Ses membres tremblaient, compulsivement, répondant à peine, si bien qu'il ne parvint pas à se hisser sur ses pieds, parvenant simplement à s'asseoir sur le rebord du lit, la pièce semblant soudainement se mettre à tanguer alors qu'il tentait de reprendre une position plus verticale.
- Je te pensais plus du genre morphine, du genre analgésiques et tout ça. Pas du style à mixer les goûts. Certainement pas du type « petit camé de squat ».
Il clignait des yeux, rapidement, incapable de se fixer sur quelque chose en particulier. Ses doigts se resserrèrent autour du barreau qu'il tenait presque désespérément en une poigne tremblante. De quoi tremblait-il, en fait ?
- Bon, c'est assez surprenant. Mais, ça me plait.
Une main, forte, intransigeante, vint s'enrouler autour de son poignet, le faisant lâcher prise. Une ombre vint danser devant ses yeux aveuglés, étourdis, une haute et puissante silhouette qui le fit frémir. Il se mordit la lèvre presqu'à sang.
- C'est loin d'être commun. C'est tout sauf commun.
Moriarty riait de cet étrange rire de théâtre, forcé, complétement feint. Il porta le poignet de Sherlock à ses lèvres et en lécha l'intérieur découvert, souriant davantage au malaise non feint du détective face au geste, qui tenta faiblement de se dérober.
Sherlock savait ce qui allait se passer. Il le savait. Le visage de Moriarty était désormais net, et si la pièce valsait encore un peu sous ses yeux, au moins la fine silhouette de sa Némésis était telle fixe, réelle, tangible. Les yeux du criminel étaient noirs, froids, abyssaux. Ils l'étaient toujours. Et, il avait toujours l'impression de s'y perdre, de s'y laisser aller, et ce malgré toute la raison qui le poussait à s'arrêter, à simplement mettre un terme à tout ça, à ce putain de jeu …
- Sherlock, est-ce qu'on t'a déjà baisé alors que tu étais sous héro' ?
Les yeux de James étaient noirs, si noirs, et l'expression sur son visage était tellement …
- Tu … Tu as laissé la drogue … Dans le tiroir …
- Je savais que tu ne pourrais pas y résister.
Sherlock secoua la tête, un peu étourdi. L'héroïne coulait, blanche et froide, et, bordel, il était certain que son nez saignait encore un peu à cause des cristaux de coke qu'il n'avait pu s'empêcher de prendre, aussi. Il laissa sa main au poignet emprisonné au sort de Moriarty, leva sa main libre pour essuyer les gouttes de sang qui étaient restées suspendues sur sa lèvre supérieure.
- Tu as fait une liste ?
- Toujours. 'Suis pas impressionné que tu sois au courant.
Elle était dans sa tête, cette liste. Il n'y avait pas de crayon, ni même de papier, dans cette pièce. Et, le criminel n'était assurément pas Mycroft : il n'avait pas besoin d'un petit carré de papier à ranger dans un carnet pour se souvenir de tous les malheureux actes manqués de l'idiot qu'il était, assurément.
Moriarty rit encore, mais cette fois-ci cela parut bien plus sincère. Il passa une main dans son cou, laissa ses doigts glisser jusqu'à sous son menton, pour lui relever la tête avec un peu plus de force que nécessaire. Les sens dupliqués, en éveils, Sherlock gémit de douleur, provoquant un sourire furtif sur le visage de son vis-à-vis. Les doigts de Moriarty se resserrèrent autour de son poignet, les jointures devenant blanches sous la pression. Il passa une main sur sa joue, tendrement. Sourit, et Sherlock aurait presque pu croire qu'il était sincère.
- J'ai toujours voulu te baiser comme ça. Inédit. Je voulais voir ce que ça faisait. Qu'est-ce que ça fait, Sherlock ?
Il passa sa langue sur ses lèvres, incapable de répondre, incapable de réfléchir. Il y avait comme du plomb dans ses entrailles et comme du feu dans ses veines. Sa peau brûlait sous le toucher du criminel, incandescente, honteusement quémandeuse. Il ne se fit pas prier d'écarter un peu plus les jambes lorsque Moriarty s'approcha davantage, leurs corps se touchant presque.
Déjà, l'irlandais retirait sa veste (il identifia « Yves Saint Laurent » avant qu'elle ne fût posée sur le dos d'une chaise, bien repliée), déboutonnait sa chemise. Et, en fait, Sherlock ignorait parfaitement ce que cela faisait.
- J-je …
- Je suppose que nous allons pouvoir le découvrir ensemble.
Il plongea sur ses lèvres tel un animal, rapide, incontrôlable. Sherlock tenta de se dérober, ne parvint qu'à se retrouver allongé, le corps coincé sous celui du criminel qui, souriant, reprit ses lèvres sitôt leur position stabilisée.
Sherlock détestait ça. Il haïssait le contact physique, il n'aimait pas être touché, il n'avait jamais compris pourquoi les gens avaient tant besoin d'être ainsi désirés … C'était primitif, dégoûtant, sale, c'était juste bestial, et complétement inutile, surtout entre hommes. La reproduction était une chose, d'accord, mais y avait-il un quelconque but dans une relation telle que celle-ci ?
Moriarty posa ses lèvres dans son cou, mordilla légèrement à la base de sa clavicule, et fut récompensé par un gémissement tout sauf retenu, par un mouvement furtif qui lui offrit la permission d'attaquer de manière plus franche cette partie de l'anatomie de sa victime. Ce qu'il s'empressa de faire.
Non, en fait, il n'y avait aucun but. Au départ, tout cela partait simplement de sentiments (oui, toujours des sentiments), ou plutôt de pulsions. Aucun but, simplement le besoin d'étancher une certaine soif, de satisfaire quelque chose à l'intérieur de soi. Sherlock n'avait jamais compris, il n'avait jamais ressenti quoi que ce soit de ce type, avec des femmes, avec des hommes, un peu d'attirance, certes, mais jamais … jamais …
La chemise de Moriarty avait disparue – également bien pliée sur une chaise, car de l'Yves Saint Laurent, toujours – et quelque part son propre haut fut également retiré, laissant les mains froides du criminel se perdre sur ses flancs, le faisant frissonner. Ce ne fut que lorsqu'il entreprit d'enlever son pantalon que Sherlock tenta de se débattre, le repoussant avec plus de fermeté, mais, alors, l'autre lui mordit la lèvre et profita de sa douleur pour l'embrasser plus profondément encore, sa langue venant frôler la sienne, une de ses mains venant agripper ses fesses à travers son pantalon alors que son bassin descendait sur le sien.
Sherlock ne comprenait pas toujours. Mais, putain, qu'est-ce qu'il apprenait vite.
La drogue était terrible. Elle accentuait tout. Moriarty avait déjà fait ça, il avait déjà pris ce qui pouvait être possédé, mais là … Sherlock haleta, mordit à son tour les lèvres du criminel, qui ne fit que gémir profondément au geste, et souleva ses hanches pour rencontrer à nouveau celles de son amant, incapable de comprendre ce qu'il était en train de faire, en fait.
- Tu es un très vilain garçon, Sherly …
Il avait besoin d'être sauvé. Rapidement. Il fallait que Mycroft le trouve, que Mycroft le sorte de là. Qu'il tue Moriarty.
Sherlock gémit à nouveau en sentant le corps de son amant se presser plus fortement contre le sien, se mouvoir plus lascivement contre lui. Il vit ses yeux noirs, noirs et terriblement animés, remplis de vie et de désir, et tomba à l'intérieur, y plongea tel un damné. Il releva la tête pour pouvoir capturer lui-même ses lèvres entre les siennes.
Il n'aimait pas ça. Il détestait ça. Moriarty était un tueur, un criminel. Moriarty l'enfermait et le droguait pour pouvoir abuser de lui.
D'un mouvement, le criminel entreprit de le dévêtir entièrement, et retira dans le même temps son propre pantalon. Ses cheveux n'étaient plus si bien coiffés, des muscles roulaient sous sa peau blanche, et une drôle de lumière brillait dans ses yeux sombres.
Et, Sherlock adorait ça.
Il était drogué, quoi. Il en voulait juste plus : plus d'héroïne, de cocaïne, d'amphétamines et de Moriarty et de son corps pressé contre le sien. Il ouvrit docilement la bouche et lécha avec application les doigts de l'autre, ne cessant jamais de le regarder dans les yeux, regardant avec un peu d'excitation – c'était cela, n'est-ce pas ? – l'expression sur le visage du criminel devenir plus sombre, plus dangereuse, beaucoup moins contrôlée qu'à l'habitude.
- Oh, chéri, je sais ce que tu veux. Je le sais, mais tu vas devoir le dire. Tu vas devoir me le demander.
- Vas … vas te faire foutre.
Il détestait ce connard de violeur de Moriarty. Il le haïssait, bordel, il …
Sherlock dû se mordre la lèvre avec violence pour ne pas crier son plaisir lorsque la langue du criminel passa le long de son sexe en érection, furtive et chaude. Ses hanches s'élancèrent vers le haut, incapables d'être retenues, et cela fit beaucoup rire Moriarty.
- Doucement, mon beau. Si tu veux que je te baise, il va falloir le demander.
Baiser. Dans la bouche du criminel, le mot, incroyablement vulgaire, ressemblait presque à de la poésie. Sherlock aimait bien la façon dont il parvenait à le faire rouler sur sa langue. Cela amenait toujours un frisson, toujours une excitation particulière, que Moriarty avait dû apprendre à reconnaitre, parce qu'il adorait manier ce mot en sa présence.
Baiser. Putain, Sherlock en avait envie. Il avait envie que James enfonce ses doigts en lui. Il avait envie qu'il le prenne. Il avait envie qu'il aille et vienne en lui. Il avait envie de le sentir jouir à l'intérieur de lui.
Il en avait envie, mais cela n'était pas permis. Tout cela, tout ça, était un jeu grotesque, dégoûtant, pervers.
- C'est un viol. Tu le sais.
Moriarty grogna quelque chose dans son cou, certainement une insulte. Il mordit un peu plus violemment son épaule, le faisant japper de douleur, enlevant ses doigts de ses poignets, se redressant légèrement en prenant appui sur ses mains. Un certain vide prit place dans le ventre de Sherlock en le voyant ainsi s'éloigner, et le froid qui l'envahit le poussa presque à poser ses mains dans son dos pour le rapprocher à nouveau. Mais, il ne le fit pas. Les pupilles dilatées, les yeux explosés, la respiration haletante, l'air quelque peu hagard, la jouissance au bord des lèvres, Moriarty était une copie de ce à quoi lui-même devait ressembler. Bordel, la drogue aidant, Sherlock se sentait juste au bord de l'implosion.
- Je peux arrêter. Je peux tout arrêter. Tu veux sortir ? Vas-y. Tu veux t'en aller ? Lèves-toi, personne ne te retiendra.
Bien que son expression resta la même, le ton de Moriarty se fit plus cassant, plus vicieux. La lumière qui s'était agité dans ses yeux perdait de sa luminosité, et son regard redevenait dur et froid, glacial. Une sorte de panique étreignit le cœur de Sherlock, arracha sa raison. D'un élan insoupçonné, il renversa l'homme sur le côté, inversant leur position, se retrouvant ainsi assis à califourchon sur son bassin.
L'expression de totale surprise qui se grava sur le visage du criminel était rare, et fascinante. Sherlock se lécha les lèvres en le dévorant presque des yeux, ses mains pressées sur les avant-bras du criminel, l'empêchant ainsi de se dérober.
Qu'était-il en train de faire ? Bordel, que faisait-il vraiment ?
Un sourire vint doucement étirer les lèvres de l'irlandais, un sourire franc et amusé qui arriva à éclairer un peu ses yeux d'ordinaire toujours si vides.
- Ah, oui ? C'est ça que tu veux, Sherlock ? Me violer ? Me rendre la pareille ?
C'était la quatrième fois qu'ils partageaient le même lit. C'était la quatrième fois de Sherlock. Les deux premières avaient été des désastres, car Moriarty avait été trop brusque, et parce que lui-même n'avait pas réellement compris le bien-fondé de la chose (il avait encore un peu de mal à comprendre, d'ailleurs). La troisième avait apporté un plaisir inattendu, quelque chose d'étrange qui avait attisé la curiosité de Sherlock, quelque chose qui avait réussi à amener une certaine soif en lui.
Il n'avait envie de violer personne. Il n'avait pas envie de donner raison à sa conscience en criant au viol. Il n'avait pas envie que son cœur le laisse avouer tout haut qu'il avait envie de cela.
Mais, il pouvait le montrer.
Il serra les dents, haletant, comme en manque, les mains tremblantes. Il enleva la prise qu'il maintenait sur l'un des bras de Moriarty, passa ses longs doigts fins sur la peau, plus dorée que la sienne. De sa main libre, le criminel vint chercher son cou, sa nuque, enfouissant ses doigts dans ses cheveux bouclés, le regardant toujours avec cette intensité terrifiante, ce désir complétement évident. Pianotant doucement sur la peau, cherchant dans son esprit quelle était la meilleure des décisions, la plus raisonnée des actions, Sherlock décida de balayer toute prudence en laissant ses doigts venir encercler le sexe tendu de son amant, le faisant gémir, envoyant dans son propre corps une charge de désir et d'aliénation qui termina de le conduire à la déraison.
Mycroft devait venir le secourir. A ce rythme-là, il deviendrait bientôt le pire dépravé de la Terre.
Ses dents, profondément enfoncées dans sa lèvre inférieure, percèrent légèrement la peau lorsqu'il mordit sous la vague de douleur qui monta immédiatement en lui. Sans préparation, il savait que cela allait être douloureux, mais il tâcha de ne pas trop s'en préoccuper. L'expression sur le visage de Moriarty était juste remarquable. C'était bien assez pour lui faire oublier la douleur de cette pénétration non préparée, alors qu'il s'empalait de lui-même sur le sexe en érection du criminel.
- P-putain, Sherlock …
Moriarty gémissait, les yeux grands ouverts, hallucinés. Il eut un instant d'indécision, d'hébétement, avant qu'un certain contrôle ne réapparaisse dans ses yeux dominés par un désir impérieux. Jurant des mots obscènes, il attrapa les hanches osseuses de Sherlock, le forçant à s'empaler plus encore sur lui, se délectant de ses cris et gémissements, du total lâché prise dont il faisait ainsi preuve. Les pupilles dilatées par la drogue et par le désir, le corps en sueur, les lèvres en sang, Sherlock était juste la luxure même, et Moriarty n'arrivait pas à comprendre comment tout cela avait pu dégénérer ainsi.
Bordel, quand est-ce que Sherlock était devenu si foutrement déviant ? C'était un putain de miracle.
N'y tenant plus, les gémissements et les mouvements de Sherlock au-dessus de lui le rapprochant de l'orgasme et de la folie, Moriarty changea à son tour leurs positions d'un violent coup de hanche. Il s'affama du léger grognement menaçant qui s'échappa des lèvres rouges et gonflées de Sherlock lorsque son sexe se retira, dans le mouvement, et ne put ainsi s'empêcher de s'enfoncer plus violemment encore en lui, écartant ses jambes, soulevant ses fesses et maintenant ses hanches avec force.
Le corps arqué, Sherlock se redressa assez pour pouvoir capturer les lèvres du criminel, leurs dents mordant et bataillant, leurs langues se frôlant et se cajolant.
Sherlock Holmes le rendait fou. Sherlock Holmes allait le tuer. Sherlock Holmes allait lui briser le cœur.
Sherlock Holmes gémissait son nom.
- James !
Ses longs doigts blancs serraient les draps, venaient s'accrocher aux bras de Moriarty et à ses mains qui ne le lâchait jamais, griffant parfois, caressant toujours. Il sentit ses yeux rouler follement dans leurs orbites lorsque, proche du point de non-retour, le criminel entreprit d'effectuer un rapide va et vient sur son sexe, dans des mouvements erratiques, en accord avec ceux de ses hanches.
Sherlock pensa « n'arrête pas ». Il pensa « n'arrête jamais ». Il pensa « je te déteste » et il pensa « je t'aime ». Il pensa « je vais mourir » et peut-être aussi « tout cela va finir par nous tuer ».
Mais, James se mit à répéter son nom, à gémir, sans s'arrêter, à le répéter comme une litanie, et c'était beau et excitant dans son accent irlandais, et ses mouvements se firent plus profonds encore et plus violents, au point où des étoiles se mirent bientôt à danser devant ses yeux ouverts, au point où quelque chose finit par exploser à l'intérieur de lui.
L'orgasme fut violent, inédit. Sherlock cria quelque chose dont il ne parvint pas à se souvenir, par la suite, le corps tremblant, le ventre aspergé de son propre sperme. James se laissa choir sur lui, son corps, lourd et en sueur, venant peser contre le sien. Le visage plongé dans son cou, il vint saisir l'un des poignets de Sherlock dans ses doigts un peu tremblants. Sa respiration, toujours haletante, si chaude contre sa peau encore moite, était un délice. Sherlock se lécha les lèvres et dû ouvrir et fermer les yeux plusieurs fois pour parvenir à reprendre une vision plus claire, l'orgasme le tirant doucement vers une torpeur certaine.
C'était étrange, plus encore que tout ce qu'il avait pu vivre jusqu'ici. Allongé sur lui, le corps ainsi détendu, Moriarty semblait presque « normal », dans un sens commun que Sherlock avait un peu de mal à imaginer. Plus si impressionnant qu'en costume, plus si fou que dans leurs échanges, il semblait ici plus calme, presque serein. Il pressa un baiser dans son cou, le faisant sursauter, puis se redressa, lui tournant immédiatement le dos. Toute chaleur quitta brusquement le corps de Sherlock, et cela fit presque mal. Cela l'irrita et l'angoissa plus que de raison.
Moriarty enfila son boxer, reprit ses affaires et, sans un mot, sorti. Sherlock n'eut pas le temps de lui adresser le moindre mot, encore trop étourdi, et se laissa ainsi retomber contre les draps souillés lorsqu'il entendit une clef tourner dans la serrure.
Il détestait vraiment ce type.
Lentement, le corps ankylosé, il se redressa pourtant. Il avait besoin d'une douche. Et, d'un nouveau fix. Moriarty le laissait toujours tranquille pendant de longues heures après chacun de ces moments, assez pour qu'il ait le temps de réfléchir, de se sentir à nouveau propre, et de méditer sur combien tout cela, cette fois, avait été loin d'être un acte non consenti.
La salle de bain attenante à sa chambre était immense, richement décorée, dotée de tous les produits possibles et imaginables, et Sherlock n'en avait que faire. Il alluma l'eau chaude, attendit qu'elle fut brûlante avant dit plonger. Il la laissa couler sur son corps endolori avec gratitude, appréciant la morsure sur sa peau. Les effets de la drogue se dissipaient lentement, de même que la descente se faisait plus douce, et Sherlock pu enfin en revenir à ses réflexes et à ses pensées.
Alors, il avait laissé Moriarty faire. Ou, plutôt, il avait été cette fois-ci du genre à prendre lui-même les devants. Sherlock n'était pas un expert, mais il pensait vraiment que cela ne pouvait plus réellement s'apparenter à un viol. Est-ce qu'au moins y avait-il eu viol, ne serait-ce qu'une fois ? Leurs premières fois avaient été brutales, certes, mais Sherlock se souvenait bien qu'il avait lui-même embrassé Moriarty, puis l'avait poussé contre le lit, au tout début. Et, oui, d'accord, le criminel avait ensuite été un peu sourd face à ses demandes, avait été toujours plus loin alors qu'il lui avait demandé d'arrêter, mais, alors ? Il avait apprécié cela, avait même beaucoup aimé, surtout la troisième fois, alors est-ce que tout était réellement si mal que cela ?
Sherlock se mit à pouffer, puis à rire. Un rire un peu fou, un peu étrange. Hystérique. Les nerfs lâchaient peut-être, il ne savait pas trop, il était là depuis déjà des semaines, alors peut-être bien qu'il devenait fou, finalement. Mais, la situation n'était-elle pas risible ? Mycroft devait le rechercher, le croire torturé et agonisant, et, en fait, son petit frère chéri, son Sherlock adoré, se laissait juste baiser par le pire criminel qui soit, dans une prison dorée.
C'était, en fin de compte, peut-être pire que la torture. Moriaty savait ce qu'il faisait. Il savait parfaitement ce qu'il faisait …
Le rire se changea en sanglot. L'eau de la douche se mêla à des larmes chaudes, et Sherlock pressa ses mains sur ses yeux comme pour pouvoir les retenir. Il avait honte. Il se sentait coupable. Honte de ressentir tout cela, de vouloir tout cela. Coupable de ne pas se sentir mal, de ne plus juste haïr Moriarty comme avant. Que dirait Mycroft en l'apprenant ? Que dirait John ? Il couchait avec Moriarty, et si pour lui rien de tout cela n'était vraiment important, il savait bien que, pour eux, cela serait dévastateur.
Les sentiments, encore. Toujours tous ces sentiments, ces émotions.
Grotesque. Pitoyable. Désastreux. Effroyable.
Il laissa couler l'eau, la laissant dévaler son corps et laver ce qui pouvait rester de ses péchés, jusqu'au moment où elle fut si froide qu'elle sembla presque arracher la peau de ses os. Il pleura, en fait, jusqu'à se convaincre, que, peut-être, personne ne viendrait jamais pour le secourir de cet Enfer.
Son Enfer personnel.
James Moriarty.
X
Parfois, James se détestait vraiment de faire cela. Laisser Sherlock, aller jusqu'à abuser de lui pour le faire plier, lui susurrer de belles paroles pour simplement pouvoir trouver un peu de chaleur, le menacer pour le faire s'ouvrir un peu plus.
Oui, vraiment, c'était détestable.
Mais, il adorait cela.
Certes, il n'avait jamais pensé que le jeu en viendrait à une telle intensité. Oh, comme il avait longtemps imaginé la fin parfaite pour eux deux, la mort idéale au sommet de leur gloire respective, la belle conclusion faite de sang et de larmes. Il s'était laissé berner par ses désirs. Encore. Les sentiments avaient faits leur œuvre et il se retrouvait à nouveau face à une situation qui le dépassait, face à l'inexplicable, et c'était un peu comme s'il tuait à nouveau Carl Powers, en fait.
Non, rien à voir. Désormais, tuer Sherlock n'était plus vraiment le but recherché. Non, en fait, plus depuis la poignée de mains, plus depuis le « tu es moi et je suis toi », plus depuis qu'il avait goûté à ses lèvres et depuis qu'il avait pris absolument tout ce qui était à prendre.
Powers était un sale môme, un petit con qui lui en avait fait baver, qui l'avait réduit à un tas de rien, de merde et de solitude. Lui et ses amis s'étaient beaucoup amusés à faire de lui leur souffre-douleur, leur bouc émissaire. Jusqu'à ce que leur petit chef se noie dans la piscine municipale et crève dans le jeune âge. Ses parents avaient pleurés pendant des jours, cela avait été très drôle à voir.
Non. Sherlock n'était pas pareil. Sherlock ne se moquait pas. Sherlock était son égal. Et, s'il avait pu croire, dans sa jeunesse, que Carl puisse être son semblable, avant de se rendre douloureusement compte de son erreur, aujourd'hui savait-il parfaitement qu'il ne se trompait pas : Sherlock était parfait. Sherlock et lui-même étaient pareils.
Après le toit, après la balle, Sherlock avait mis trois jours à se réveiller de son coma, ouvrant les yeux dans cet endroit que James avait spécialement préparé pour lui : c'était en fait l'une de ses nombreuses planques, un bel appartement isolé et tout à fait spécial, luxueux et parfait, qui se terrait quelque part dans les profondeurs de la Forêt Noire allemande. C'était l'un des points de chute préféré de James. Pouvoir s'y terrer avec Sherlock comme compagnon d'infortune était un peu comme un rêve éveillé, en fait. Il lui avait même donné la plus belle chambre, celle qu'il se gardait toujours, d'habitude, celle avec le grand lit aux draps de soie, la belle salle de bains en marbre et la grande armoire de bois sombre. Elle avait un balcon qui donnait sur la forêt, et offrait toujours, en toute saison, une vue époustouflante sur l'extérieur.
Bon, aujourd'hui, des snipers prenaient bien soin de surveiller la grande fenêtre en toute heure et les allers et venues de Sherlock, car l'on ne pouvait jamais savoir, avec lui, mais le charme restait tout de même équivalent, non ?
Il avait fallu environ deux semaines et quatre tentatives d'évasion pour que Sherlock apprenne enfin qu'il ne servait vraiment à rien de se débattre. Il fallut bien que sa plaie se rouvre deux fois et que deux de ses cotes soient fêlées pour qu'il le comprenne. Sans compter les nombreux hématomes et coupures, infligés de manière intentionnelle, ou non. Ensuite, il lui fallut une nouvelle semaine pour comprendre qu'il pouvait, parfois, se balader dans ce bel endroit sans trop de restrictions, si toutefois il parvenait à bien se comporter. Ça, il le comprit surtout après trois jours passés sans manger, James en ayant eu assez de jouer à la servante avec lui, cet idiot s'évanouissant dès lors le premier pas esquissé hors de son lit.
Trois semaines après son enlèvement, Sherlock ne se débattait plus vraiment – il était curieux, et avait certainement comprit qu'il était stupide de risquer sa vie en tentant de s'enfuir, son frère aîné n'allant de toute façon pas tarder à le retrouver et à le sortir de là -, osait à nouveau manger – lorsqu'il n'oubliait pas de le faire – et, surtout, commençait doucement à s'accommoder de sa présence.
Il se mit à sourire plus souvent, à rire, parfois, à arrêter de juste chouiner sans arrêt face à l'absence de John Watson – sentiments – et à s'intéresser un peu plus à son nouveau colocataire.
Bon, tout cela était peut-être un peu plus joliment décrit que ce qui avait pu se produire en réalité. Mais, chut, James s'en fichait.
Bref, au bout de deux semaines de plus, il y eu ça. Plus de contact. Beaucoup plus de contact.
James n'était pas idiot, il avait eu de nombreuses relations, et n'était pas le puceau que Sherlock était encore, à son arrivée. Contrairement à sa Némésis, il n'avait jamais considéré les sentiments en eux-mêmes comme des faiblesses, mais plutôt comme des moteurs, comme des influences. Les sentiments l'avaient poussé à tuer Powers, à se raccrocher à Sherlock alors qu'il était en prison, à engager Irène Adler, à engager ses sbires. Les sentiments étaient merveilleux. Il n'avait jamais hésité à les utiliser pour devenir ce qu'il était désormais, à flirter avec la bonne personne, à coucher avec une autre, à manipuler et à juste ressentir. Ressentir quelque chose pour ne pas sombrer dans l'ennui.
Alors, ce contact. Il avait fait boire Sherlock, juste un peu. C'était drôle de le voir en dehors de sa zone de confort, de le voir se heurter à la réalité, pour une fois. Il l'avait juste poussé, habilement, subtilement, à une certaine consommation, le manipulant un peu, flirtant outrageusement – il n'arrivait pas à s'en empêcher, le type était juste son obsession personnelle -, le poussant au-delà de ses limites. Et, étrangement, ce qui en résolu ne fut pas ce que James aurait pu croire : il ne s'était attendu à rien de particulier, car ce n'était là qu'un autre petit jeu dans la grande matrice du divertissement qu'étaient devenues leurs vies, et surtout pas à ce que, bien ivre, Sherlock ne trébuche et ne se raccroche à lui, avant de l'embrasser pour toute forme de remerciement.
Un baiser. Juste ses lèvres, chaudes, humides, sur les siennes. Juste quelque chose de rapide et de chaste, quelque chose d'irréfléchi et d'instinctif.
James se souvenait encore de l'absence totale de regret sur le visage de Sherlock alors qu'il s'était reculé. De la lueur étrange dans son regard lorsqu'il avait murmuré, presque dans un gémissement « encore ».
Là, il était devenu fou. Complètement fou. Son obsession lui demandait de l'embrasser et James pensait bien qu'il allait juste plutôt le réduire en pièces, le brûler jusqu'à ce qu'il ne reste de lui que des cendres tant il se sentit perdre la tête. Alors, il l'embrassa, avidement, violemment. Il le mordit et le marqua, le fit gémir et crier, et posa ses mains partout, vraiment, s'abreuvant de chaque mot, de chaque centimètre carré de peau, de tout et de rien, de lui et de lui uniquement.
Ils allèrent jusqu'au lit, où Sherlock le fit tomber. Ils allèrent jusqu'à enlever leur haut – James en avait perdu une chemise Westwood dans la bataille, mais cela avait valu sacrément le coup – à se toucher comme des adolescents craintifs et hagards, avant que Sherlock n'en revienne à une certaine sobriété et lui demande d'arrêter.
D'arrêter de le toucher, de le lécher, de l'embrasser, de le mordre. D'arrêter de faire ça, car c'était … car c'était …
C'était des foutus sentiments, quoi !
Ah, Sherlock et ses biens-détestés sentiments.
Mais, James n'avait pas eu envie d'arrêter, oh non. Maintenant qu'il avait Sherlock, maintenant qu'il était entre ses cuisses, maintenant qu'il pouvait l'avoir pour lui seul, il n'était plus vraiment question d'arrêter.
Il s'était détesté, après coup. Il avait détesté chaque partie de lui-même, s'était haït et craché au visage pendant des jours durant. Car, dès lors, il fermait les yeux pour voir les larmes sur le visage de Sherlock alors qu'il s'enfonçait toujours plus profondément en lui. Car, il se bouchait les oreilles pour entendre les suppliques de sa Némésis et ses sanglots déchirants alors que lui-même était au bord de la jouissance. Car, il avait dû le violer, peut-être, pour pouvoir obtenir ce qu'il avait toujours voulu.
Il n'était pas un violeur. Ce genre de choses, prendre par la force ce qu'il est si facile de se procurer contre quelques billets, voire contre le moindre sourire, n'avait jamais fait partie de ses crimes, ni même de ses envies. Il avait toujours évité d'aider les violeurs, même, ne les prenait jamais comme clients, car trop imprévisibles et violents. C'était peut-être un nouveau crime à ajouter sur la liste, peut-être une nouvelle charge sur ses épaules, une nouvelle tâche sur son cœur et plus de culpabilité et de noirceur dans son esprit. C'était peut-être juste comme une espèce de point de non-retour.
Pour passer le temps – et éviter de passer sa propre haine de lui-même sur sa personne -, il reprit doucement ses activités, contactant quelques-uns de ses clients via son réseau personnel, faisant passer l'argent de mains en mains, les conseils d'oreille à oreille. Savoir Scotland Yard en alerte, perdu sans son si précieux détective consultant était très drôle, et parvenait un peu à étouffer ce qu'il ressentait vraiment.
Il resta environ deux jours ainsi, à déambuler dans le grand appartement, à donner des ordres pour toute forme de distraction, la porte close de la chambre de Sherlock comme affreuse réminiscence de ce qu'il avait été amené à faire, de ce que sa folie l'avait poussé à commettre.
Et puis, à l'aube du troisième jour, Sherlock émergea enfin. Sans un mot, il s'installa à ses côtés dans la grande cuisine pour le petit-déjeuner – James aurait réellement pu sourire sans fin en le voyant ainsi faire -, ses longs doigts se refermant autour de sa tasse de thé, ses yeux inquisiteurs et un peu froids ne le quittant pas vraiment alors que James plongeait ses lèvres dans sa propre tasse pour dissimuler son affreux sourire triomphant.
- Je ne veux plus que ça se reproduise.
- Je peux comprendre que ça ne t'ai pas plu, mais …
- C'est un jeu. Pour toi, tout est un jeu, Moriarty. Tu me manipules comme un pauvre petit pion et tu penses que je vais me laisser faire sans rien dire ?
Il y avait de la colère dans ses yeux, énormément de colère, et cela plaisait beaucoup à James : ses yeux en étaient moins pâles, moins froids. Ils brûlaient presque dans leurs orbites, incandescents, virant à un bleu plus foncé que James espéra encore revoir, encore et encore.
Comment étaient les yeux de Sherlock lorsqu'il le baisait ? Etaient-ils aussi chauds, aussi dévastateurs ? James ne s'en souvenait plus. Cela n'avait pas été son seul point d'attention, cette nuit-là, et il fallait bien avouer qu'il avait retenu bien des informations, mais pas celle-ci.
Il allait falloir recommencer. James ne pouvait tout simplement pas vivre sans le savoir, sans avoir pu graver cette donnée dans son esprit avide.
Oh, mais, la tâche serait aisée, n'est-ce pas ? Lentement, presque imperceptiblement, Sherlock commençait réellement à se laisser faire. James, peu à peu, ressenti moins de résistance, beaucoup plus de désespoir. Il ne sentit plus sa rage, simplement une curiosité malsaine grandissante. Juste la pensée que cela pourrait être, en fait, assez intéressant de se laisser à nouveau piéger …
Peut-être James extrapolait-il légèrement. Qu'importe.
La deuxième fois, ils le firent sur la table du salon. Là encore, après les longs baisers avides et les mains devenues audacieuses, Sherlock lui demanda d'arrêter et, à nouveau, le criminel ne put s'empêcher de se détourner de ses suppliques. Pourtant, cette fois-là, il ne pleura pas. Cette fois-là, il finit même par jouir dans la main de James.
Et, quelque chose finit par céder à l'intérieur du détective, comme une barrière, comme une certaine retenue. La dénégation passa à une certaine forme d'acceptation. Cela se voyait dans ses yeux. Cela se voyait dans la manière qu'il avait, désormais, d'entrer dans sa zone de confort sans hésiter. Cela se voyait dans son sourire et dans la tension qui courait dans son corps. James savait qu'il n'était désormais plus le seul à jouer à ce jeu.
Quatre jours après leurs ébats sur cette table – qu'ils n'utilisèrent d'ailleurs plus vraiment pour se restaurer, après cela -, Sherlock vint à lui pour en redemander, prétextant quelque chose comme « besoin d'informations pour une expérience » et, surtout parce qu'« il n'y a rien d'autre à faire d'intéressant, ici ».
Entre temps, le flirt était devenu omniprésent, la tension si forte que James devait se retenir pour ne pas lui sauter dessus aux moments les moins opportuns. Sherlock se baladait sans haut, sans vêtements, parfois, et avait ce sourire, ce regard …
La troisième fois, Sherlock gémit son prénom. Ce fut suffisant pour le faire jouir.
Et puis, les quatrième, cinquième, sixième et septième fois, merveilleuses, les nuits qui n'en finissaient plus. Il se passait quelque chose, vraiment, et la prison dans laquelle ils se trouvaient n'avait plus vraiment d'importance. Pour James, plus rien n'avait d'importance. Au Diable tous ces abrutis incapables de tuer, de fuir ou de kidnapper sans son aide. Au Diable l'argent et le pouvoir. Car, Sherlock gémissait son nom, là, sous lui, alors qu'il s'enfonçait profondément en lui, et c'était juste la meilleure chose au monde, le meilleur sentiment, putain, il ne voulait plus rien ressentir d'autre que cela. Il ne voulait pas être ailleurs, il ne voulait plus jamais à avoir à le quitter.
Cela fut court. Tout cela, ces moments passés ensemble, ces temps frivoles et débridés, tout cela finit par s'envoler, par voler en éclats. Comme toujours. Comme toutes les bonnes choses finissent par avoir des fins violentes.
Après environ neuf semaines de séquestration, la réalité revint à la conscience de Sherlock de manière violente : Sebastian, son bien-aimé Sebastian, son fidèle bras-droit, débarqua sans y être invité dans leur petit nid douillet, blessé et chancelant, pour l'avertir que le MI5 n'était pas loin. Mycroft Holmes était sur leur piste. Le grand frère venait délivrer son cadet des griffes de l'affreux Moriarty. Dès lors, oublié le peu qu'ils avaient partagés : Sherlock reprit ses esprits, s'éloigna à nouveau de lui. Lorsque James voulu s'approcher, il recula. Lorsqu'il tenta de le toucher, il s'évapora. Cela le fit paniquer. Cela provoqua une douleur insupportable dans sa poitrine. James le frappa, même, tellement cela fut douloureux, et cela ne fit, en fait, qu'ouvrir un gouffre encore plus profond entre eux.
Sherlock semblait se souvenir, se souvenir de ceux dehors, de ceux qui devaient l'attendre, de ce putain de Watson, de la détestable Molly Hooper, de tous ces fainéants, ces êtres insipides et lamentables qui peuplaient sa vie et qu'il aimait, putain, qu'il aimait tellement qu'il n'arrivait tout simplement pas à les oublier.
Et, lui ? Lui, qui était-il ? « Violeur », le mot revint dans la bouche de Sherlock, alors qu'oublié pendant des semaines, ainsi que « psychopathe », « cinglé », et James pensa un temps qu'il allait vraiment le tuer, cette fois. Qu'il s'était trompé, encore. Il le regarda passer ses doigts sur sa pommette endolorie face au coup qu'il avait reçu avec rage, avec désespoir, avec tristesse. Il le regarda se refermer sur lui-même avec tant de colère …
Ce n'était pas juste !
Non, non, cela ne l'était pas. Sherlock était à lui, à lui seul. James était tellement … désespéré à l'idée qu'il parte, tellement triste de penser que ce qu'ils avaient partagé n'avait peut-être pas été réel, que peut-être tout n'avait été qu'une belle et rose histoire pour lui seul, loin d'être partagée, loin d'être acceptée.
C'était Carl Powers, encore une fois. C'était le rejet, encore une fois.
Son esprit relativisa, expliqua : Sherlock s'était adapté à la situation, passant de la dénégation à un possible mode de survie, instinctif. Dès lors, il avait su développer des choses – James ne pouvait pas se dire que cela était bien des sentiments, plutôt une certaine curiosité et un manque – qui lui avaient permis de s'accommoder à sa séquestration. S'enfonçant doucement dans un certain cocon de confort, commençant à croire lui-même à ce que son instinct avait développé pour le préserver, il fut ramené sur Terre par le choc de comprendre que, dehors, le monde continuait à tourner et que, dehors, quelqu'un était encore en train de le chercher. Peut-être s'était-il fait à l'idée de rester sous son joug pendant encore un long moment, de devoir continuer à jouer ainsi pendant encore des semaines … Dès lors, le mode survie s'était changé en une alarme stridente, en un rappel à l'ordre direct et brutal : toute cette situation était improbable, malsaine, dégoûtante, et il devait bien vite s'en éloigner. Il devait s'éloigner de lui. Car, en fait, vraiment, tout n'était qu'une énième vilenie de James Moriarty, n'est-ce pas ? Car, réellement, il ne pouvait pas réellement ressentir tout cela pour de vrai, n'est-ce pas ?
Oh, mais oui, que dirait le tant aimé John en l'apprenant ? Oh, que dirait-il en sachant que le vilain Sherlock avait perdu tout ce qui restait de pur en lui avec son pire ennemi ? Que dirait le petit animal du détective s'il apprenait que Moriarty l'avait baisé si bien et si profondément qu'il était parvenu à le faire jouir et à lui faire hurler son nom, et ce à de multiples reprises ?
C'était cela qui travaillait Sherlock. C'était tout ce qui l'empêchait de se laisser aller : il avait peur de la réaction de John, il était terrifié à l'idée que tout cela se sache et que tous lui tourne le dos pour cela. Il préférait le rejeter, lui qui n'était de toute façon pas grand-chose à ses yeux, plutôt que d'avoir à se détourner de Watson.
James connaissait la peur de la solitude, il en savait tous les ravages. Il savait également qu'il ne faisait pas le poids contre le médecin, du moins, pas encore. C'est peut-être pourquoi il n'insista pas. Peut-être pourquoi il quitta les lieux trois jours avant que Mycroft et ses hommes ne trouvent sa cachette et ne délivrent un Sherlock un peu hagard – open-bar de drogues en tous genres comme fiesta de départ, bien sûr – des griffes de son affreux tortionnaire.
Alors, James s'était retrouvé à nouveau seul. Tout seul. Intolérable, inacceptable maintenant qu'il avait pu goûter à ses plus profonds désirs. Il s'était perdu en Autriche, y avait exécuté trois personnes – par lui-même, la main tenant le revolver. Un très bon exutoire – avant de repartir pour l'Angleterre. Où il fut très déçu de ne trouver aucune trace de Sherlock. Il l'attendit, un mois durant, avant de finalement se rendre compte qu'il ne souhaitait pas être retrouvé, avant de s'apercevoir qu'il n'avait peut-être pas envie de revoir John, avant de se dire, dans une note folle, dans une envolée triomphale, qu'il avait déjà peut-être trop honte pour juste reprendre sa vie là où elle s'était arrêtée, trois mois auparavant.
Oh, se pouvait-il que Sherlock ne soit pas tant insensible ? Se pouvait-il qu'il tente de se cacher de ceux qui lui étaient cher par culpabilité ? Vraiment, Sherlock pouvait-il avoir réellement ressenti quelque chose ? Est-ce qu'il avait aimé cela autant que lui ?
James pouvait dire que oui : il repensait souvent à l'expression que prenait son visage lorsqu'il se perdait dans l'orgasme, l'incandescence dans ses yeux lorsqu'il gémissait, la sincérité dans sa voix lorsqu'il l'appelait, l'absence de tremblement ou d'hésitation dans ses mains lorsqu'il s'avançait pour le toucher.
Sherlock avait aimé cela.
Sherlock allait adorer ce qui allait suivre.
James passa les semaines suivantes à tenter de le repérer, à déjouer les pièges et à passer outre les rumeurs. Il retrouva sa piste en Irlande – vraiment ? – un mois et demi après leur séparation. Trop, trop de temps. James dû dépenser pas mal d'argent pour faire décoller un jet un 24 Décembre à une heure aussi tardive de la nuit, mais qu'importe.
Sa Némésis attendait. Il ne pouvait pas la décevoir.
C'était Noël, et il entendait bien lui offrir le meilleur des cadeaux, à ses yeux : un nouveau jeu explosif.
X
Sherlock releva le col de son manteau, maudissant intérieurement le froid glacial que portait le vent et qui le gelait jusqu'aux os. Il enfonça profondément ses mains dans ses poches, serrant les poings pour tenter de réchauffer ses doigts. L'hiver était rude, et plus encore l'était-il à Dublin, qui semblait être constamment fouetté par un vent froid et terrifiant. C'était peut-être à cause de cette météo jamais vraiment clémente qu'il y avait tant de pubs et de bars dans cette ville, les habitants se retrouvant toujours pendant des heures devant une bière dans les établissements bien chauffés du centre-ville.
Il n'avait pas l'intention d'aller se réchauffer dans son médiocre appartement, tout comme il n'avait pas envie de passer sa soirée, seul, dans un restaurant. Nous étions le 24 Décembre, et il n'avait vraiment aucun projet en particulier. Il avait passé sa journée à enquêter sur une affaire offerte par Mycroft et se déroulant à Cardiff, qu'il avait résolu en bien peu de temps, et ne s'était pas souvenu du réveillon de Noël avant d'avoir déambulé dans les rues et trouvé tous les gens excités et piaillant à propos des fêtes et du bon repas qui les attendaient à la maison pour ces festivités.
Sherlock ne fêtait pas Noël. Parfois, ses parents, qui s'agaçaient toujours de le voir si clos à ce genre de festivités et qui s'inquiétaient assez pour ne pas vouloir le laisser seul lors des fêtes de fin d'année, l'invitait à passer les quinze derniers jours de l'année chez eux, et il acceptait, surtout pour que sa mère arrête vraiment de le harceler. Il passait donc quinze jours dans son ancienne chambre, à côtoyer les souvenirs de son enfance et les fantômes du passé, à regarder les photographies que sa mère adorait accrocher un peu partout, souriant parfois à leur vision, grimaçant souvent, déplorant et maudissant constamment l'absence dramatique qui hantait les lieux. Mycroft les rejoignaient parfois pour le réveillon, ou pour Noël, lui offrant pour tout cadeau son seul et unique paquet de cigarettes de l'année – le meilleur des présents, vraiment -, et c'était un peu réconfortant, quelquefois. Majoritairement hypocrite et surjoué, mais il considérait que l'être humain était capable de s'adapter à tout, même à la petitesse de ses congénères, alors ce n'était pas tant un problème. Parfois, il trouvait un cadeau pour ses parents, mais il oubliait souvent de leur en acheter un, ce dont ils ne s'étaient jamais plaints. Sa mère lui avait dit, un jour, quelques temps après sa sortie d'une énième cure de désintoxication, que son plus beau cadeau était de le savoir sauf, et en bonne santé. Qu'elle l'aimerait toujours, qu'importe ce qu'il puisse faire, qu'importe ce par quoi il était passé.
Il fallait qu'il arrête de penser à cela : il ne pouvait décemment pas se mettre à pleurer au beau milieu de la rue. Il n'avait pas envie de penser à ce qu'elle pourrait dire, désormais, si elle savait que son fils avait joué la pute pour un criminel dément, pour un psychopathe, pendant des semaines. Il n'avait pas envie de savoir si elle l'aimerait toujours, malgré cela.
Il n'avait pas envie de penser à ce qu'elle pourrait dire si elle savait que le pire, pour lui, était certainement qu'il avait juste tellement envie de recommencer.
Il ignorait que le sexe pouvait être une drogue. Pour un addict si expérimenté, il aurait pu penser à toute forme d'addiction, mais pas à celle-ci. Moriarty savait parfaitement ce qu'il faisait. Moriarty, en quelques semaines, avait fait en sorte que, la promiscuité et les substances aidants, Sherlock soit totalement accro à cette nouvelle addiction.
Il faisait pas mal de rêves, des rêves humides et très détaillés, qui le laissait tremblant et terriblement excité à son réveil. Il n'avait plus connu cela depuis son adolescence, et encore, cela avait été dans de moindres proportions. Aujourd'hui, tout hurlait Moriarty, tout lui rappelait sa voix, son visage, ses yeux, ses mains et la façon qu'il avait de gémir son prénom lorsqu'il s'enfonçait à l'intérieur de lui et … C'était un véritable Enfer.
Il avait essayé de passer outre. Après que Mycroft l'ait délivré, il avait tenté de se persuader, encore, que tout cela n'avait pas été réel, que tout n'avait été du fait que de Moriarty et jamais du sien. Il avait dit « viols » et Mycroft avait bondi, jurant de le tuer si jamais il le retrouvait. Cela avait plu à Sherlock. Cela lui convenait parfaitement. Il avait voulu être libéré des souvenirs, de la raison qui le poussait à se souvenir que lui aussi, quelque part, il avait aimé ça, et que tout n'avait pas réellement été tant forcé. Mais, il savait bien. Il n'était pas idiot, et pas si lâche, il savait parfaitement que les dits viols n'en avaient pas vraiment été. Sherlock avait adoré ouvrir les cuisses et répondre à ses baisers, comme il avait aimé qu'il le touche et le fasse sien à de nombreuses reprises. Cela ne collait aucunement à la définition littérale du viol. Et, le simple fait qu'il se touche à la pensée des yeux sombres de Moriarty, les pupilles dilatées par le désir et la folie, était une preuve bien évidente, n'est-ce pas ?
Mais, le mal était fait. Il ne voulait pas de Moriarty, car il était son ennemi et qu'il était bien trop pervers et malsain, mais cela n'empêchait pas certains désirs et certaines pensées de se manifester. Il avait tenté de draguer plusieurs personnes dans des bars, avait laissé certains hommes flirter plus facilement avec lui, mais cela s'était juste avéré plus terrifiant que réellement excitant. Il y avait toujours comme une ombre penchée sur son épaule, comme s'il était toujours épié, et cela n'aidait pas vraiment. De plus, il n'était pas doué, il avait regardé plusieurs films pour comprendre comment cela fonctionnait, mais cela paraissait bien plus facile en théorie plutôt qu'en pratique. Il observait trop, paraissait trop bizarre. Il avait toujours peur qu'on le touche mais ne demandait qu'à être touché. C'était trop dément pour tous ceux qui daignaient l'approcher.
Il ne pouvait pas payer quelqu'un, c'était bien trop pour sa conscience, mais cela devenait hors de tout contrôle, alors il fallait qu'il trouve un moyen, non ?
Regrettant déjà son geste, mais toutefois assez désespéré pour se dire qu'il était de toute façon déjà damné, il s'engouffra dans un bar un peu plus sélect du centre-ville, bondé malgré l'heure tardive et le réveillon de Noël, trouvant une place au comptoir entre un couple et un homme vraisemblablement seul.
- Un double whisky, s'il vous plait.
Il le but d'un trait, ignorant le regard ébahi de la femme se trouvant à ses côtés, grimaçant un peu sous la brûlure de l'alcool dans son œsophage. Il en commanda un deuxième à la serveuse qui, un sourire contrit sur le visage, s'exécuta. Une certaine chaleur commença à doucement monter en lui alors qu'il avalait son deuxième verre. Il en recommanda un troisième en enlevant son manteau et son écharpe, les joues un peu rouges sous l'effet de l'alcool.
- C'est du Chivas, vous savez. Ça s'apprécie, ces choses-là, ça ne se boit pas comme du petit lait.
Sherlock but une première gorgée dans son verre, avant de le reposer. L'homme assis à sa gauche sirotait une Guinness et le regardait d'un air amusé. Le détective se sentit un peu rougir en le voyant, sans aucune gêne, le détailler du regard, baissant lentement les yeux sur sa silhouette, et semblant apprécier ce qu'il voyait, de par le sourire qui vint éclairer son visage. Sherlock remua inconfortablement sur son siège. Il pensait juste boire au point de pouvoir oublier tout cela, l'Enfer de sa vie et ce genre de choses, et ne pensait pas se faire draguer maintenant, pas aujourd'hui qu'il avait perdu le moindre espoir d'intéresser quelqu'un d'autre que Moriarty.
- Je suis Adam. Et, vous, vous n'êtes pas du coin. Anglais, non ?
Sherlock serra la main qui lui fut tendu avec beaucoup de retenu, à la fois suspicieux et complètement effrayé.
- Sherlock. Je suis de Londres.
Adam avait apparemment l'habitude de draguer dans les bars, car il semblait parfaitement savoir ce qu'il faisait : il garda la main de Sherlock plus longtemps que nécessaire dans la sienne, ne le voyant pas se retirer, et passa sa langue sur ses lèvres en accrochant son regard, envoyant comme une espèce de décharge dans les sens du détective.
- Oh, je peux dire que je suis chanceux, alors, parce que les londoniens sont rarement aussi sexys que vous l'êtes.
Un peu abasourdi par cette approche très directe, Sherlock but à nouveau une gorgée de son verre, surtout pour pouvoir y cacher son embarras, rougissant diablement sous le sourire toujours très amusé de son comparse.
- Désolé, je suis du genre direct, un défaut, une qualité, je ne sais pas, je n'aime juste pas tourner autour du pot. Layla, remets-nous deux doubles whiskies, s'il te plait.
- Vous voulez me faire boire ?
- Chéri, tu te débrouilles très bien sans moi, pour ça, à ce que j'ai pu voir. Non, disons qu'on dirait que tu as envie de t'amuser et, ça tombe bien, je suis du genre à aimer faire la fête.
Quelque part, l'esprit de Sherlock devint si embrouillé, si cotonneux, qu'il eut un peu de mal à comprendre comment la suite s'était enchaînée. Il but beaucoup, se déridant progressivement et ne s'offusquant pas sous l'attitude très familière et les gestes intéressés de l'irlandais. Il avait chaud, très chaud, et déboutonna le col de sa chemise, sentant avec beaucoup d'excitation le regard d'Adam se perdre sur son cou découvert alors qu'il renversait la tête en arrière pour finir son verre. Il laissa l'homme se rapprocher, poser une main sur sa cuisse et se contenta de sourire et de rire à ses mots sans trop s'en faire.
Il n'avait pas peur, pas vraiment, et s'en fichait bien, en fait. Mycroft le surveillait-il toujours ? Allait-il le savoir et juste se dire que son petit-frère n'était qu'une sale traînée ? Mais, qu'il le sache, putain, et alors ? Lorsqu'Adam lui proposa d'aller ailleurs, il ne chercha pas à se soustraire et accepta sa proposition sans trop savoir ce qui l'attendait.
Ils entrèrent dans une boite de nuit, gay, apparemment. Adam lui tenait la main et lui se contentait de le suivre, clignant des yeux, complètement abasourdi par ce qu'il était en train de faire. Il lui mit un verre dans les mains, et Sherlock le but, sans trop savoir ce que c'était, juste que c'était trop fort et que cela le fit tousser un peu. Cela lui donna chaud. Il était complètement ivre et avait envie de prendre quelque chose de plus fort encore. Les vieux démons grattaient à la porte et Sherlock avait juste envie de leur ouvrir, pour une fois.
Plus tard, il se souvint être en train d'étaler un peu de poudre blanche sur une table de la boîte, utilisant la carte de crédit d'Adam pour aligner la cocaïne et une paille prise sur le bar pour la sniffer. Les vieux démons, encore. Il en prit encore à une autre reprise, dans les toilettes, et avait dû utiliser du papier parce que son nez s'était mis à saigner, à cause des cristaux et des nombreuses fois où la drogue avait irrité ses parois nasales, de par le passé.
Tout était assez flou, ensuite. Il avait dansé, encore bu un peu, et pouvait jurer avoir embrassé plusieurs autres types qu'Adam, pendant la soirée. Cela lui rappelait de très mauvais souvenirs, tous ceux qui composaient son adolescence et sa descente aux Enfers. C'était juste très mal mais, vraiment, ne pensant pour une fois pas à Moriarty, à John, et à tous les autres, cela ne le gêna pas plus que cela.
Il reprit véritablement conscience lorsqu'il se retrouva pressé contre un mur, vraisemblablement à l'extérieur du club, le corps prit en étau entre la brique et un homme qui prit possession de ses lèvres sans qu'il n'ait le temps de se dérober. Il passa une main sous sa chemise, caressant la peau et faisant frissonner Sherlock, au-delà du froid mordant qui s'abattait sur eux, et de son autre main, entreprit de défaire son pantalon, passant ses doigts sous le tissu de son boxer pour venir s'enrouler autour de son érection grandissante.
Sherlock ouvrit les yeux lorsque cette main aux doigts gelés vint le toucher si intimement, reconnaissant immédiatement Adam, gémissant sans retenue lorsque l'homme entama un va-et-vient rapide sur son sexe.
Il s'en fichait. Il n'avait pas honte. Il n'avait pas mal. Il ne se sentait pas coupable. Il n'avait pas l'impression que c'étaient les doigts de Moriarty qui bougeaient sur son corps. Il n'avait pas envie que ce soit lui qui l'embrasse ainsi.
Il le voulait vraiment. Il n'avait vraiment pas envie de pleurer.
Il passa ses propres doigts gelés sous le haut d'Adam, mais ne chercha pas à faire quoi que ce soit, se laissant entièrement guider par l'autre homme. Il gémissait dans leurs baisers, toutefois plus passif qu'Adam ne l'aurait certainement souhaité, son corps se cabrant contre le mur alors que l'excitation montait rapidement dans son corps tendu.
Et puis, tout s'arrêta. Tout explosa dans une rafale, dans un bruit sourd et dans le sang.
Une déflagration explosa aux oreilles de Sherlock, le laissant sonné et hagard, le poussant à fermer étroitement les yeux. Ses tympans résonnèrent quelques secondes du bruit, qu'il parvint à identifier provenant d'une arme à feu, malgré son hébétude. Il ouvrit les yeux à la recherche d'Adam, son esprit criant à un danger immédiat, pour le trouver, mort, allongé dans une mare de sang, à ses pieds. De l'autre côté, au bord de l'allée sombre dans laquelle l'irlandais l'avait emmené, se trouvait James Moriarty, le poing fermé autour d'un 9mm, le regard brillant d'une rage que Sherlock ne lui avait jamais vu.
Adam était mort. Moriarty l'avait tué. Les informations mirent un temps à parvenir jusqu'à son cerveau nimbé d'alcool et de cocaïne et, quelque part, il s'entendit même rire du grotesque et de l'horreur de la situation. Le visage fermé, sa tempe battant néanmoins sous la rage qui devait être sienne, Moriarty s'approcha de lui d'un pas rapide, remettant son revolver sous son manteau. Sherlock plongea dans ses yeux noirs – comme ils lui avaient manqué … - comme un être désespéré, s'accrochant à lui dès lors qu'il fut assez près. Le criminel ne dit d'abord rien, se contenta d'attraper son pantalon et de le remonter sur ses hanches, le refermant, et de remettre sa chemise en place. Il avisa ses lèvres rouges et gonflées avec une sorte de dégoût, ou de rage, et ne lui laissant pas le temps de dire quoi que ce soit, l'attrapa par le poignet, le forçant à le suivre. Incapable de résister, tenant à peine sur ses jambes, Sherlock se laissa faire, monta dans la berline qui les attendait plus loin, ses yeux ne pouvant se détacher du corps tendu de sa Némésis.
Moriarty ne parla pas, du moins, pas immédiatement. Le corps encore empli d'alcool et de drogue, Sherlock se contenta de le regarder, incapable de faire autre chose, incapable de dire quoi se soit. Moriarty évitait de le regarder, mais Sherlock pouvait sentir qu'il était en colère. Merde, il avait tué Adam ! Il lui avait tiré une balle dans la tête, juste parce que … parce qu'il …
Parce qu'il s'apprêtait à coucher avec lui.
- Je … Je ne t'appartiens pas. Je peux faire ce dont j'ai envie.
Les yeux sombres de Moriarty se posèrent sur lui, implacables, brillants de rage et d'autre chose, aussi, que Sherlock ne parvint pas à reconnaître, ses mains se serrant sur ses cuisses de manière compulsive.
- Tu allais te laisser faire ?
Cette voix, cet accent irlandais, ce ton sombre et rauque qui envoya comme des étincelles dans les veines de Sherlock …
- Pourquoi pas ?
- Sherlock.
Moriarty serrait les dents, ivre de colère, mais cela n'empêcha pas Sherlock d'apprécier la façon dont il prononça son prénom, oubliant par là-même tout ce qu'il s'était promis, incapable de se souvenir de ce que l'homme lui avait fait de mal, en fait.
- Tu es … jaloux ?
- Et, toi, tu es complètement défoncé.
Cela fit rire Sherlock, et Moriarty leva les yeux au ciel, à ce son, son corps se relâchant néanmoins quelque peu. Il avança son visage vers Sherlock, qui sentit son propre souffle s'accélérer et ses joues se colorer, mais ne fit en fait que renifler la chemise du détective, se reculant bien vite en fronçant le nez de dégoût.
- Et ivre, également, à ce que je peux juger par la quantité de whisky qui macule ta chemise.
- Mais, tu es jaloux.
Moriarty leva une main, la passa sur sa joue, doucement, tendrement, avant que ses doigts ne descendent vers son cou. Il posa sa main sur sa gorge et, plongeant son regard dans le sien, serra un peu, assez pour qu'un peu de panique brille dans les yeux de Sherlock.
- Et, alors ? Ce type t'a touché, que t'a-t-il fait d'autre ? Il t'a embrassé, je le sais, et est-ce que d'autres l'ont faits ? Est-ce que tu as couché avec quelqu'un d'autre ?
Il y avait comme de la douleur dans le regard de Moriarty, comme une sorte de détresse, au-delà de la colère de ses mots. Incapable d'y résister, Sherlock voulu la voir, la laisser s'exprimer. Il sourit, dans le brouillard de ses pensées, un peu méchamment.
- Oui. Oui, tu vois, grâce à toi, j'y ai pris goût, je me suis laissé baiser par plus de types que tu ne saurais compter. Ils m'embrassent, ils me touchent et ils me prennent, et j'adore gémir leur nom lorsqu'ils jouissent à l'intérieur de moi, j'adore qu'ils me regardent alors que je les suce. Tu vois, j'ai vraiment bien appris ma leçon, n'est-ce pas ?
Peut-être allait-il trop loin, mais tout cela était juste trop tentant. Il vit avec une certaine sorte de satisfaction le visage de Moriarty pâlir, sentit ses doigts se contracter autour de son cou, vit ses yeux se mettre à brûler dans leurs orbites. Il crut, un instant, que le criminel allait le tuer – et abréger ses souffrances, enfin. Mais, il se contenta de prendre une grande inspiration, et de reculer, le lâchant, dardant sur lui un regard brûlant.
- Tu dis cela pour me provoquer. J'ai regardé la façon dont il te touchait, la façon qu'il avait de passer ses mains sur ton corps, et surtout, la façon que tu avais de le laisser faire, sans penser à lui rendre la pareille.
Dans un mouvement vif, Moriarty attrapa son poignet, força sa main à venir se poser sur l'une de ses jambes, au niveau de son genou, avant de la faire remonter, doucement, sur sa cuisse, puis jusqu'à son entrejambe. Il ne cessa jamais de le regarder, ce faisant, plongeant ses yeux dans les siens, faisant bouillir une certaine excitation dans les veines de Sherlock, qui bougea ses doigts, sans que Moriarty n'ait trop à le forcer, sur la bosse qui déformait le pantalon du criminel.
Un sourire retors venant doucement étirer les lèvres de Moriarty, le criminel se saisit des cheveux du détective et, se délectant du mouvement de ses doigts sur son érection et de ses yeux aux pupilles explosées par la cocaïne, rapprocha son visage du sien, écrasant leurs lèvres ensemble. Sherlock tenta de reculer, mais Moriarty lui mordit la lèvre, presqu'à sang, et il finit par se laisser faire, répondant d'abord timidement, pour venir par réellement répondre au baiser brutal de l'autre homme. Il ouvrit les lèvres et gémit lorsque le criminel passa sa main sur son pantalon, le caressant également.
- Non, c'est plutôt que tu aimes ça quand je t'embrasse, quand je te touche, quand je te prends, tu adores gémir mon nom lorsque je jouis à l'intérieur de toi, tu adores quand je te regarde alors que tu me suces.
Moriarty passa sa langue sur ses lèvres, gémissant à son tour, déboutonnant le pantalon de Sherlock d'une main.
- Tu adores ça. Tu as beau te dire que tout est de ma faute, que tu ne le veux pas vraiment, en réalité, tu adores ça. Ça te fait te sentir plus vivant que jamais, ça t'intrigues et ça t'excite. Tu aimes quand je te touche et quand je te baise. Tu aimes ça autant que moi, et je le sais parce que tu bouges tes doigts si bien sur moi que je pense que je vais bientôt jouir, putain.
Sherlock mordit sa lèvre inférieure, incapable de réfléchir maintenant que les doigts de Moriarty étaient sur lui, se laissant aller en arrière, contre l'assise du siège, alors que le criminel le forçait doucement à s'allonger. Moriarty reprit son poignet dans sa main, enlevant ses doigts de son entrejambe, et attrapa l'autre, maintenant ses bras au-dessus de sa tête, au niveau de la portière. L'incitant à soulever ses hanches, ce qu'il fit sans protester, il baissa son pantalon et son boxer, et lui adressa un sourire qui fit frissonner Sherlock, avant de se baisser et de prendre son sexe dans sa bouche.
Sherlock pensa vraiment qu'il allait mourir. Il dû se retenir pour ne pas laisser ses hanches s'élancer vers le haut, vers la bouche de Moriarty et ses lèvres à sa langue fabuleuses, gémissant des choses sans queue ni tête alors que le criminel le suçait avec application.
Il ne l'avait jamais fait – personne ne l'avait jamais fait – et c'était bon, bien trop bon pour qu'il souhaite qu'il arrête maintenant. Lui-même avait déjà fait ce genre de choses à Moriarty, plus sous la pulsion du criminel que dans un véritable élan de sa part, et s'il avait trouvé cela excitant – quoi que légèrement dégradant –, ainsi, alors que c'était Moriarty qui se mouvait doucement au-dessus de lui, c'était bien au-delà de tout ce qu'il avait pu imaginer.
- J-je te déteste …
- Hm.
Les yeux de Sherlock roulèrent dans leurs orbites, alors qu'il se forçait à retenir ses gémissements et cris, les lèvres devenues rouges à cause du sang perlant sous les morsures qu'il s'infligeait pour juste ne pas donner satisfaction au criminel. Non, il ne profita pas de la faiblesse de la poigne du criminel sur ses poignets pour se dégager, et pour enfoncer ses doigts dans les cheveux de l'homme, le poussant à augmenter la cadence de ses mouvements, à juste laisser aller ses lèvres plus loin sur sa longueur. Il avait « James », juste « James » sur la langue, et la litanie se fit plus forte encore lorsqu'il sentit un doigt s'enfoncer à l'intérieur de lui, douloureusement, et l'orgasme monter en lui. Il tenta d'éloigner Moriarty, mais celui-ci resta bien en place, levant les yeux vers lui alors qu'il jouissait, et cela fut suffisant pour lui faire perdre la raison. Il cria et se libéra dans la bouche du criminel qui, loin de s'en offusquer, alla même jusqu'à se lécher les lèvres pour faire disparaître toute trace de sperme restante.
Le corps tremblant encore à cause de l'orgasme, Sherlock gémit un peu lorsque Moriarty remonta son boxer, puis son pantalon, les membres cotonneux et lourds, incapables même de comprendre ce qu'il était en train de faire. Le criminel se redressa, lissa son costume, sembla chercher la moindre saleté ou trace ayant pu être causée par leurs ébats, avant de sembler assez satisfait pour tourner vers lui un visage souriant. Encore à demi-allongé, les sens en ébullition, Sherlock se demanda s'il devait maintenant rendre la pareille à Moriarty. Et, si son esprit lui criait que ce n'était pas réellement une bonne idée, son cœur, lui, lui hurla de juste simplement le faire, putain.
- C'est ici que tu descends.
Hébété, Sherlock le dévisagea un instant, cherchant sur son visage fermé ce qu'il souhaitait dire par là, coupé dans ce qu'il s'apprêtait à faire. Moriarty semblait amusé. Il darda sur lui un regard noir, vicieux, mais cela ne l'empêcha pas de se pencher, le frôlant de manière bien calculé, pour ouvrir sa portière, la lui désignant d'un signe de la tête. En fait, Sherlock ne s'était pas même aperçu que la voiture s'était arrêtée. Il coula un regard perdu vers la sortie, reconnaissant la rue et l'appartement dans lequel il résidait depuis quelques semaines, ne s'inquiétant pas réellement du fait que Moriarty sache où il résidait, s'inquiétant plutôt de savoir pourquoi il souhaitait le laisser ainsi, et non plus l'enfermer à nouveau dans l'un de ses appartements, comme un jouet que l'on souhaiterait garder simplement pour soi.
- M-mais-
- Le jeu n'est pas fini, Sherlock. Toi et moi, ne t'inquiète pas, cela ne fait en fait que commencer, vraiment.
Il s'approcha de lui, doucement, et posant sa main sur sa joue, l'embrassa tendrement, doucement, comme il ne l'avait certainement jamais fait. Sherlock ferma les yeux et sa main se referma sur son bras, alors qu'il répondait à son tour au baiser. Il sembla perdu et hésitant lorsque Moriarty se recula, reprenant sa place, le poussant vers la sortie.
- Alors, tout cela …
Sherlock voulait pleurer. Il avait envie de lui dire qu'il était désolé, envie de lui dire qu'il n'avait pas envie qu'il parte. Comment faisaient les gens normaux ? Ne demandaient-ils pas à ce que l'autre vienne boire un dernier verre, ou quelque chose comme ça ?
Se retrouvant sur le trottoir, baigné par un soleil timide, prémisse de l'aube, Sherlock noua ses bras autour de lui pour se réchauffer, après avoir claqué la portière aux vitres teintées derrière lui. Il n'y eu pas d'« au revoir ». La voiture s'éloigna rapidement, soulevant derrière elle un peu de neige, et elle ne fut rapidement plus qu'un point au loin, qui disparut à l'angle de la rue.
Sherlock avait besoin d'un nouveau rail de cocaïne, au moins pour oublier ce que Moriarty venait de faire, et surtout combien il avait adoré ça.
Merde, il fallait qu'il prévienne Mycroft. Adam avait été tué, et son corps devait être empli de ses empreintes. Il passa une main tremblante sur ses yeux fatigués. Dans la poche arrière de son pantalon, son téléphone vibra, et il batailla un temps pour l'attraper, chancelant consciencieusement sur le trottoir désert. Finalement, il ouvrit le message reçu d'un numéro inconnu :
J'espère que tu as apprécié ton cadeau de Noël. Pas besoin d'alerter le grand frère, mes hommes se sont déjà chargés du corps de ton prétendant … A très bientôt, love. JM.
Et, non, il ne sourit pas en le lisant, ses lèvres s'étirant sous les mots, ses yeux imprimant et relisant les derniers mots, souhaitant, au plus profond de lui-même, que tout cela vienne plus vite que prévu.
Oh, comme il était juste sacrément dans la merde …
Voilà pour ce chapitre très ... chaud ? J'espère qu'il vous aura permis de mieux comprendre leur relation. Le prochain chapitre reviendra dans le présent, et sera cette fois très axé autour de leurs sentiments, notamment ceux de Sherlock.
A la prochaine ! Très bonne soirée et, n'oubliez pas, les reviews sont le seul salaire de l'auteur !
