Mahiru attendait, appuyé contre un mur. Il faisait nuit. À l'entrée de la station de métro, il pouvait voir le ciel à peine illuminé par les quelques étoiles présentes. Ce soir là, la lune avait décidé de ne pas venir au rendez-vous. Les mains dans les poches, le brun regardait pensivement le sol alors que Kuro était allongé avec fainéantise sur son épaule, somnolant à moitié. L'humain se posait énormément de questions. Si les vampires qui en voulaient à Tsubaki étaient responsables de ces enlèvements, quel était leur but ? Essayer de faire sortir leur cible de son trou ? Ou bien il y avait autre chose derrière tout ça ? Mahiru soupira brièvement. Lui, il aimait les choses simples alors réfléchir, c'était pas vraiment son truc. Il préférait laisser ça aux agents du C-3 ou bien à Misono qui était beaucoup plus calé que lui. En parlant de ce dernier, le jeune homme arrivait à son tour, accompagné de Lily. Le duo de la luxure rejoignit rapidement celui de la paresse.
-Les autres sont déjà là ? demanda Misono.
-Oui. Ils m'ont demandé de rester là pour te récupérer.
-Ils pensent que je suis un gosse ou quoi ? se vexa l'autre.
Alors que Misono gonflait à peine ses joues, Mahiru lui adressa un léger sourire. En même temps, Misono avait la fâcheuse habitude de s'endormir à vingt-et-une heure pile, alors il pouvait comprendre que les membres du C-3 ne soient pas très optimistes sur sa capacité à arriver à bon port... Cependant, le brun se retint de dire quoique ce soit. Il valait mieux ne pas le...
-Tu te mets à pioncer dès vingt-et-une heure et t'espère qu'on te traite pas comme un gosse ... ? demanda Kuro avec un air endormi.
Le vampire venait de reprendre sa forme humaine, les mains dans ses poches avec un air blasé qu'il dirigeait vers Misono. Celui-ci écarquilla les yeux, tout comme Mahiru. Mais... Mais Kuro avait fait une formation pour faire autant de gaffes, ou ça se passait comment ?! Lily retint un rire alors qu'il regardait ailleurs, se faisant déjà réprimander par son maître.
-Lily ne l'encourage pas !
-Oh, pardon. Mais d'un côté il n'a pas tout à faire tort...
-C-c'est faux ! Je tiens jusqu'à vingt-deux heures maintenant ! s'exclama Misono avec indignation.
Mahiru regarda le petit groupe en retenant un soupir. Ils n'étaient que quatre et six autres les attendaient en bas. Avec autant d'individus aussi uniques les uns que les autres, ça allait être une véritable cacophonie. Il espérait vraiment que tout allait se passer pour le mieux. Après tout, ils avaient un objectif commun: protéger Tsubaki afin d'éviter une tuerie inutile.
Finalement, après leur petite querelle, les quatre garçons se dirigèrent vers un des murs de la gare. Mahiru sortit alors une carte, qu'il passa entre deux briques, et ainsi, la façade s'ouvrit sur un ascenseur dont les boutons donnaient accès à des sous-sols. Ils y montèrent et descendirent au niveau le plus bas.
Alors qu'ils marchaient dans les couloirs d'un blanc immaculé, Kuro restait en retrait. Le C-3 et ses souterrains ne plaisaient pas du tout au vampire qui avait passé bien trop de temps en ces lieux. Les gens qui y travaillaient n'étaient pas non plus des enfants de coeur. Il devait avouer qu'il pouvait en dire autant pour lui, mais c'était différents. Les employés du C-3 étaient à ses yeux des menteurs qui se cachaient sous le masque de justicier afin d'éradiquer les vampires de ce monde.
Finalement, après quelques minutes, le groupe arriva dans une grande salle, toujours aussi blanche. En son centre se trouvait une grande table où les duos de l'envie, de l'orgueil et de l'avarice les attendaient. Et comme Mahiru l'avait prédit, c'était déjà un énorme bordel.
-Alors, Licht, un jour je pourrais t'entendre jouer de ton piano ? demanda Mikuni avec un sourire.
-Non.
-Hein ? Mais pourquoi ?
-Parce que je suis un ange. Et toi je ne t'aime pas. Les anges aiment seulement les gens biens.
À cette phrase, Jay-Jay sortit ses armes, les pointant sur l'autrichien qui haussait un sourcil, prêt à s'énerver à tout moment. D'ailleurs, son servamp ne l'avait pas attendu pour le faire alors qu'il posait un pied sur la table, lançant un regard noir à son frère de l'envie tandis qu'il faisait apparaître une épée fine dans sa main.
-Hey frérot, me dit pas que t'oserais tirer sur mon p'tit angelot ~ ?
-Calmez-vous immédiatement ! C'est pas possible ça, vous ne pourriez pas rester civilisés comme des vampires respectables ? demanda Hugh avec autorité.
Cependant, personne ne l'écoutait. Peut-être était-ce à cause du fait qu'il était tellement petit qu'il avait du demander à ce qu'on amène un réhausseur pour son siège. Cela lui enlevait toute crédibilité. Tetsu, qui était à ses côtés, dégaina immédiatement son cercueil en regardant les deux servamps qui se chamaillaient.
-Je les assomme ?
-Je croyais avoir dit "civilisés", mon Tetsu...
Mahiru ne put s'empêcher d'avoir un petit rire tandis que Misono levait les yeux au ciel. Les deux servamps n'eurent pas vraiment de réaction, habitués à ces chamailleries depuis plusieurs siècles déjà. Les duos de la luxure et de la paresse s'installèrent donc en silence, sans rien dire afin de ne pas les couper dans leur élan. Dans le fond, c'était assez drôle, tant qu'ils ne causaient pas de dégâts. Car c'était assez compliqué comme ça de cacher l'existence de ces vampires surpuissants...
-Tient, voilà nos deux derniers invités ! Oh, mais je vois que le petit frère n'est pas encore au lit ! commenta Mikuni.
-La ferme !
-Serait-ce ce que l'on appelle plus communément la crise d'adolescence ? Mon petit devient grand ! continuait le blond avec un air mélodramatique.
Misono serra les poings, comme s'il s'empêchait à peine de sauter à la gorge de son demi-frère. Mahiru soupirait. Les relations entres ces deux là étaient vraiment étranges. Un coup ils s'appréciaient et un autre, ils se détestaient. Enfin, Misono détestait Mikuni en tout cas. Quant à lui, Kuro regardait autour de lui, comme s'il venait de se réveiller et de prendre conscience qu'il se trouvait en présence d'autres personnes. Il retint un soupir et rabattit un peu plus sa capuche sur ses oreilles, tout ce bruit étant beaucoup trop nocif pour lui.
-Ah... Quelle galère... J'aurais jamais du venir.
-T'étais obligé, tu es mon servamp, fit Mahiru.
-Ouais... Malheureusement...
-Hein ? Répètes un peu ?!
-Ah... Rien...
-Si ! Dit moi !
Et c'était reparti pour la galère. Alors que chacun c'était mis à parler de plus en plus fort afin de couvrir la voix des autres, la porte s'ouvrit sur un groupe de quatre personnes. À gauche se trouvait un homme grand, au long cheveux blonds réunis en une queue de cheval. Les mains dans les poches, Yumi avait déjà son air agacé. À droite se trouvait un homme un peu plus grand, portant des lunettes, aux cheveux bruns et courts. Il s'agissait de Jun'ichirô, un agent du C-3 qui était sûrement le plus "normal" de toute l'agence. Entre ces deux là se trouvait un garçon plus petit, aux cheveux noirs. Il avait un sourire en coin sur le visage et les yeux plissés. Son regard était comme compliqué... Difficile à comprendre. De toute façon, personne n'arrivait vraiment à comprendre Tsurugi. Enfin, devant eux, se trouvait Shûhei. Avec un visage qui hésitait entre la colère et le contrôle de lui-même, ses cheveux bruns retombaient devant ses yeux recouverts de ses lunettes.
-Vous avez fini vos petites chamailleries ?! clama ce dernier.
À ces paroles, tout le monde ce tût. Mahiru ne put s'empêcher d'être impressionné par son autorité. Enfin... Sa presque autorité quand on remarquait que Mikuni était en train de tranquillement coiffer Abelle en chantonnant. D'ailleurs, ce ne fut pas au goût de Shûhei.
-Mikuni ! Arrête ça, c'est une réunion sérieuse !
-Heiiin ? Qu'est-ce que tu as dit ?
-Lâches cette poupée !
Soudainement, le blond prit un air horrifié alors qu'il gardait sa poupée contre lui avec plus de force qu'auparavant.
-Oh mon dieu tu es jaloux ! Arrêtes de regarder ma petite Abelle comme ça !
-Je vais le... grogna le brun à lunettes.
-Hey, relax Shûhei, tu sais bien que Kuni aime bien plaisanter ! Au fait, ça fera ton salaire pour le conseil que je viens de te donner, ajouta Tsurugi.
-Tient, le chien de chasse du C-3 est toujours soumis à son maître ? fit soudainement Mikuni en lançant un regard mauvais au jeune homme, malgré son sourire.
-Kuni serait-il d'humeur joueuse aujourd'hui ?
Alors que la situation commençait à tourner au vinaigre, Yumi donna une tape dans le dos de Tsurugi, ce qui eut pour effet de le calmer, tandis que les compagnons de Mikuni le réprimandèrent du regard. Le concerné se contenta de sourire, regardant ailleurs comme s'il n'y était pour rien. Par la suite, les quatre membres du C-3 s'assirent à la table et ce fut Shûhei qui prit la parole.
-Comme vous le savez par le servamp de l'orgueil...
-C'est Hugh Algernon troisième du nom pour toi ! s'exclama le vampire.
-P-par le servamp de l'orgueil... répéta Shûhei en essayant de ne pas faire attention, remontant ses lunettes sur son nez avec irritation.
-Mais-
Soudainement, Tetsu fourra sa main dans la bouche du petit, ce qui l'obligea à boire son sang. Alors que l'hémoglobine s'écoulait dans sa gorge, l'orgueil ne pipa mot.
-Donc je disais... Comme vous le savez, de nombreux enlèvements ont été recensés dans le lycée de Tsubaki. Nous avons étudié cela plus attentivement. Il semblerait que les enlèvements aient lieu à la sortie des cours. Ils ont commencé il y a exactement deux semaines.
-Comment cela se fait-il que personne ne l'ait remarqué avant ? demanda Misono.
-Nous ne le savons pas encore. C'est étrange mais quand nous avons appelé les parents, ceux-ci n'ont pas répondu. Nous sommes allés voir chez eux, mais rien, personne. Pas un trace de vie dans toutes les habitations que nous avons pu visiter.
-C'est vraiment étrange... commenta Mahiru.
-De plus, les amis des disparus n'ont même pas remarqué leur absence, enchaîna Jun'ichirô. C'était comme s'ils ne se souvenaient pas les avoir connu.
Tout le monde écarquilla les yeux à cette annonce. Ce n'était même plus une histoire d'enlèvement. Quelqu'un avait totalement rayé l'existence de ces lycéens. Et à l'heure qu'il était, personne ne savait où ils pouvaient bien être. Kuro baissa un peu la tête, regardant les agents du C-3. Leurs disaient-il vraiment tout ?
