Renaissance


Le Monde de Narnia ainsi que ses personnages appartiennent à C.S. Lewis.


CHAPITRE 4: Retrouver la sérénité


POV Caspian

Je menais Edmund dans la cabine du Capitaine afin de changer de vêtements. Tandis que j'enfilais une tunique bordeaux, j'osais lui poser quelques questions.

_ Au fait, qui est ce jeune homme qui vous accompagne ?

_ Oh ! C'est notre cousin Eustache. Nous vivons chez ses parents en attendant le retour des nôtres.

_ Laureen aussi ?

_ Oui, elle s'occupe de nous, elle tient le rôle de notre mère en son absence.

_ Ça ne dérange pas son mari ?

_ Son mari ?

_ Susan m'avait dit qu'elle était fiancée à l'époque où vous étiez venus à Narnia. Alors je suppose que maintenant, elle doit être mariée.

_ Oh… Les fiançailles ont été rompues peu de temps après notre retour.

Ses poings se serrèrent lorsqu'il me répondit.

_ Je suis désolé, je suis trop curieux.

_ Non, ne t'inquiète pas, me sourit Edmund. C'est juste que cet homme a détruit la vie de ma sœur… J'ai envie de le tuer à chaque fois que je pense à lui et à tout le mal qu'il lui a fait !

_ Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais j'espère que ça s'arrangera.

_ C'est ce que nous espérons tous. Ma sœur commence seulement à refaire surface. Etre à Narnia lui fera le plus grand bien.

Je ne comprends pas qu'on puisse faire du mal à sa propre femme ! Laureen semble pourtant tellement gentille, tellement douce, son frère en parle comme si elle était un ange pour eux.

Je secouais la tête en souriant : en quelques minutes, cette femme m'avait ensorcelé ! Lorsqu'elle était à mes côtés, j'avais envie de m'occuper d'elle, de la prendre dans mes bras, de l'embrasser. Et pourtant, je n'avais discuté qu'un instant avec elle !

Un coup de foudre.

Voilà ce qui m'arrivait !

Je repensais à Susan… A ce premier amour qui n'avait jamais pu aboutir.

J'avais été attiré par la Reine dès notre premier regard, elle était belle, à l'écoute de son peuple et sensible aux sentiments de ses frères et sœurs. Elle n'était pas superficielle comme pouvait l'être les courtisanes du château. J'ai été tout de suite conquis par cette délicate fleur. Mais, après son départ, je me suis rendu compte que ce que je ressentais pour Susan n'était qu'une forte attirance, aucunement de l'amour. Contrairement aux sentiments que j'éprouvais en ce moment pour sa sœur ainée.

Cette fois-ci, je ne referai pas la même erreur, je ne la laisserai pas partir loin de moi. Si j'ai un avenir avec Laureen, je ne le laisserais pas passer ! Je ferai tout pour qu'elle reste à mes côtés.

Lorsque nous fûmes habillés, nous allâmes sur le pont où Lucie et Laureen nous rejoignirent, main dans la main, quelques minutes plus tard. Elles étaient habillées comme des hommes, ce qui n'ôtait rien à leurs beautés.

POV Laureen

_ Ah ! Vous voilà enfin ! nous lança Edmund. De vrais marins, dites-moi !

_ Ce n'est pas très féminin, mais on est à l'aise ! lui dit Lucie.

_ Vous êtes ravissantes, nous complimenta Caspian, son regard rivé sur moi.

Je ne pus m'empêcher de rougir, ce qui fit sourire Caspian.

_ Au faite, je vous présente le capitaine de mon bateau, le Seigneur Drinian.

Un homme au crâne rasé s'inclina, mit un genou à terre et baisa la main de Lucie. Lorsqu'il s'approcha pour me prendre la main, je reculais.

Caspian et Drinian m'interrogèrent du regard. Je détournais le mien, honteuse. Edmund vint alors à mon secours.

_ Au faite, demanda Edmund, combien de temps s'est-il écoulé à Narnia depuis notre départ ? Pour nous, seulement un an.

_ Cela fait exactement trois ans.

_ Tout va bien là-bas ?

_ Cela ne saurait aller mieux. Il n'y a plus aucun problème entre les Telmarins et les Narniens. Quant à ces géants qui nous causaient des soucis à la frontière, nous leur avons infligé une telle raclée l'été dernier que maintenant, ils nous versent tribut !

_ C'est super ! s'exclama Lucie. As-tu également trouvé une reine durant ces trois années ?

_ Non, personne n'a su attirer mon attention, répondit-il en me regardant.

Je me mis à rougir, détournant le regard afin de contempler le bout de mes magnifiques bottes.

_ Et quelle est notre destination ? s'enquit Edmund.

_ A la mort de mon Père, mon Oncle a envoyé en Mission sept Seigneurs, les plus proches amis de mon Père, susceptible de m'aider à monter sur le trône. Il les envoya explorer la partie ignorée de la Mer Orientale, au-delà des Iles Solitaires.

_ Je suppose qu'aucun d'entre eux n'est revenu ? s'enquit Lucie.

_ Tu supposes bien. J'ai promis à Aslan de les retrouver, ou s'ils étaient morts, de les venger.

_ C'est une belle promesse, dis-je à Caspian.

_ Merci, me sourit-il.

_ Au fait Caspian, quelle sera notre prochaine destination ?

_ Je t'avoue Edmund que je n'en sais trop rien. Personne ne sait ce que nous trouverons après les Iles Solitaires. A moins que ses habitants puissent nous le dire eux-mêmes.

_ De notre temps, ils ne savaient pas, dit Edmund.

_ C'est une zone où personne n'a osé s'y risquer, nous apprit Drinian, hantée par des monstres marins. Il y vivrait des serpents de Mer, entre autre.

_ De vrais serpents ? demanda Edmund mi- amusé, mi- apeuré.

_ Nous en resterons là, Capitaine, lui ordonna gentiment Caspian. Vos histoires sont des légendes.

_ Hum, toussais-je pour attirer l'attention. En résumé, vous naviguez à l'aveuglette, constatais-je.

Caspian semblait gêné. Lucie me prit la main et me la serra assez fort, afin de me rassurer.

_ Et quelle est notre position actuelle ? demanda Edmund.

_ Nous avons quitté Redhaven, il y a six jours, répondit Drinian. Je pense que nous serons en vue des Iles Solitaires dans très peu de temps.

_ Très bien.

Drinian prit congé peu de temps après, tandis que Lucy et Edmund décidèrent d'aller voir comment allait Eustache. Je restais sur le pont, accompagnée de Caspian.

_ Je suis désolée Caspian, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise.

_ Non, tu avais raison, nous ne savons pas où nous allons.

_ Le principal est de retrouver les Seigneurs, non ?

_ Si, tu as raison. J'espère sincèrement que nous y arriverons.

_ Lucy m'a dit que tu réussissais tout ce que tu entreprenais, ça ne devrait pas être trop compliqué avec toi pour nous diriger dans cette quête.

_ Ta sœur abuse un peu !

_ Lucy a toujours raison, crois-en mon expérience !

_ Edmund m'a dit que tu t'occupais d'eux ?

_ Oui, il faut bien que quelqu'un les empêche de faire des bêtises, rigolais-je. Et puis, j'ai besoin d'eux à mes côtés…

_ Je te comprends, c'est important d'avoir sa famille auprès de soi.

Caspian se renferma.

Mes sœurs m'avaient dit qu'il était orphelin. Je comprenais très bien ce qu'il ressentait, après tout, mes parents me considéraient comme une paria.

_ Je ne voulais pas te blesser. Je sais ce que tu peux ressentir et je… je suis désolée.

_ Tu as encore tes parents.

_ Pas vraiment. Pour eux, leur fille aînée est morte. Ils n'ont plus que quatre enfants.

Je me retournais afin de ne pas croiser son regard. Il était la première personne à qui j'en parlais, à qui je me confiais alors que je ne le connaissais que depuis peu.

Une vague de colère se propagea dans tout mon corps, je posais mes mains sur le bastingage, le serrant de toutes mes forces, faisant blanchir les jointures de mes doigts.

Caspian posa sa main sur mon épaule. Je frissonnais à ce doux contact.

_ Je ne savais pas.

_ Je me suis fait à l'idée de ne plus les voir, dis-je en haussant les épaules.

Je me préoccupais plus de l'avenir qu'ils réservaient à mes deux sœurs, en particulier pour Susan qui avait l'âge de se marier. J'avais peur que mes parents lui arrangent, à elle-aussi, un mariage avec un homme violent et sans cœur, comme Evan. Je ne voulais pas que ma sœur vive le cauchemar que moi-même j'avais vécu.

Je chassais ses mauvaises pensées de mon esprit.

_ Peut-être qu'un jour, ils reviendront sur leur décision, me réconforta-t-il.

_ Peut-être… Mais je refuserai de les voir. J'ai trop souffert, murmurais-je plus à moi-même qu'à Caspian.

L'arrivée de Lucy et d'Edmund mit fin à cette discussion. Caspian ôta également sa main de mon épaule. Lucy semblait préoccupée, tandis qu'Edmund nous souriait.

_ Eustache est vraiment malade. Le mal de mer, c'est horrible. Si j'avais avec moi mon vieux cordial, je pourrais le guérir.

_ Mais tu l'as, lui répondit Caspian. J'avais complètement oublié. Tu l'avais laissé en partant, alors j'ai pensé qu'on pouvait le considérer comme un des trésors de la Couronne, aussi je l'ai emporté… Si tu penses devoir en gaspiller pour une petite chose comme le mal de mer.

_ Il ne m'en faudrait qu'une goutte, dit-elle.

Caspian nous proposa de le suivre de nouveau à l'arrière du bateau. Il nous mena vers la grande salle dorée qui précédait la chambre royale. Il ouvrit une armoire et donna à Lucy son cordial. Il sortit également une épée qu'il tendit à Edmund.

_ C'est l'épée de Peter ! s'exclama Edmund en la reconnaissant.

_ Oui c'est elle, dit Caspian en la prenant et la lui tendant. Tiens, elle est à toi maintenant.

_ Non ! Il te l'a donné, elle t'appartient, refusa mon frère.

Caspian sourit et l'accrocha à sa ceinture. Je vis un arc et des flèches dans l'armoire. Caspian les regarda quelques secondes, sa main semblait être attirée par les objets mais il referma l'armoire comme si de rien n'était. Il s'agissait sûrement de l'arc que le Père Noël avait offert à Susan.

Lucy partit rapidement auprès d'Eustache, tandis qu'avec Edmund et Caspian nous retournâmes sur le pont.

La nuit commençait à tomber. L'équipage du « Passeur d'Aurore » œuvrait au calme. A l'avant du bateau, quelques marins chantaient des chansons Narniennes. Je m'accoudais au bastingage et contemplais le coucher du soleil. Caspian et Edmund discutaient politique, enfin je supposais, je préférais écouter le bruit des vagues s'échouant contre le bateau.

_ Laureen, tu viens ? Nous allons manger, me proposa Edmund.

Je me retournais. Caspian et Edmund se tenaient devant moi accompagnés de Lucie. Mon regard croisa celui du jeune Roi qui me fit un sourire en coin. Je lui souris en retour et porta mon attention sur Lucie dont les yeux pétillaient de bonheur. Elle semblait les avoir rejoints depuis un bon moment.

_ Je meurs de faim ! avouais-je.

_ Et moi donc ! lança Edmund.

_ Tu as toujours faim, petit frère !

Edmund sourit, fier de lui, puis il partit avec Caspian, à grandes enjambées, en direction de la salle à manger, tandis que Lucie et moi nous marchions tranquillement.

_ Tu semblais sereine tout à l'heure, me dit ma sœur.

_ Je l'étais… Même trop, je ne me suis même pas aperçue de ta présence !

_ J'ai vu ça ! Mais je suis contente, il y avait longtemps que je ne t'avais vu si calme !

Je souris et pris la main de ma sœur. Et c'est dans cet esprit, que nous entrâmes dans la salle à manger.