Chapitre 4
Quelque part
Ames White faisait les cent pas dans le bureau de Frère Antorus. Il était inquiet, les choses se gâtaient pour lui. Son incapacité à capturer 452, l'échec de la prise d'otage à Jampony, la disparition de son fils, l'évasion de CJ… Tous ces évènements avaient contribué à affaiblir sa position au sein du Conclave. On murmurait ici et là que certains songeaient à le remplacer. Et tout le monde savait que lorsque l'on remplaçait un membre, c'était après l'avoir fait… définitivement renoncer à sa place.
Il surprenait des références de plus en plus fréquentes à son père - le sang de Sandeman court dans ses veines. Il est le fils de Sandeman le traître. Il serra les dents. Ils verraient, tous. Quant à 452… Ça faisait plus d'un an qu'il lui courrait après et elle avait toujours réussi à lui échapper. Mais un jour, la chance tournerait. Ils se retrouveraient face à face et alors, cette monstruosité transgénique saurait qu'il valait mieux éviter de s'attaquer à Ames White. Il lui ferait payer les humiliations et la tuerait. Après lui avoir fait cracher le nom de l'endroit où elle gardait son fils.
Il fut tiré de ses pensées par le claquement de la porte.
- Fénostol, Frère White, le salua Frère Antorus.
- Fénostol.
Il regarda l'Ancien s'asseoir derrière son bureau, fasciné par les tatouages qui le recouvrait de la tête au pied, lui donnant plus qu'à m'importe qui l'allure d'un serpent. C'était le membre le plus ancien de leur ordre et le plus respecté. White l'admirait plus que n'importe qui.
Un jour, je m'élèverai à ses cotés…
S'il survivait à l'entrevue d'aujourd'hui.
- Où en sommes-nous avec le problème transgénique ? Avez-vous retrouvé 452 ? demanda Antorus.
- La situation stagne. Les transgéniques sont toujours enfermés à Terminal City. 452 aussi. Le problème, c'est qu'il n'y a aucun moyen d'accéder à l'enceinte, elle est gardée jour et nuit par la Garde Nationale.
- Je ne vous demande pas de me parler des problèmes, frère White, répliqua sèchement l'Ancien. Ce que je veux, ce sont des solutions. Avec votre position à la NSA et le soutien des membres de notre Ordre siégeant au Gouvernement, je pensais que vous vous seriez montré plus efficace…
White grimaça. Sa place à la NSA… C'était bien là le problème. Depuis le fiasco de la prise d'otage de Jampony, il était complètement grillé au sein de l'Agence. Ses supérieurs avaient toujours fermé les yeux sur ses méthodes car elles étaient efficaces, sans pour autant les approuver officiellement. Avec l'intervention de l'unité d'élite du Conclave, ils avaient commencé à se poser des questions sur sa loyauté. Otto Gottlieb, ce minable qui lui servait d'assistant, avait tenu informé la hiérarchie de l'intervention d'un groupe non identifié dans une opération gouvernementale. Il aurait pu noyer le poisson dans d'autres circonstances, mais son double jeu avait fait la une de tous les médias du pays. Aujourd'hui, il était en cavale, une inculpation de haute trahison planant au dessus de sa tête. Complètement grillé. Frère Antorus le savait.
L'Ancien l'observait d'un regard froid.
- Et Sandeman ?
White frissonna. Oui, les choses se gâtaient vraiment.
- Nous n'avons toujours aucune trace de lui, articula péniblement Ames.
- Vous n'avez pas réglé le problème transgénique. Vous n'avez pas réglé le problème 452. Vous n'avez pas réglé le problème Sandeman. Et après ça, vous vous étonnez toujours que le Conclave et tous nos Frères mettent en doute vos capacités ? Etes-vous stupide, Frère White ? Ou simplement inconscient ?
- Je vous amènerai 452.
- La date de la Prophétie approche. Je veux 452 morte ou bien ce sera vous qui prendrez sa place.
Colline de Shady Hill, 22h30
- Qu'est-ce qui nous prouve que vous êtes bien celui que vous prétendez être ? demanda Alec, sceptique.
- Rien à part ma parole, admit le prétendu Sandeman. Cela vous convaincrait-il de savoir que le colonel Lydecker n'a aucun doute sur ce sujet ? Mieux, le Président des Etats-Unis lui même connaît ma véritable identité.
- Pourquoi réapparaître après tout ce temps ? demanda Max.
Le vieil homme s'assombrit.
- J'aurais aimé revenir plus tôt, regretta-t-il. Aujourd'hui, le temps nous est compté.
- Soyez plus clair ! s'exclama Max, exaspérée.
- C'est une longue histoire, dit Sandeman. Et je ne suis pas sûr que nos deux amis aient envie de l'entendre.
Il se tourna vers le maire Sheridan et le capitaine Clémenti.
- Vous avez le choix, messieurs – partir maintenant ou entendre la suite, tout en sachant que ce dont nous allons parler ne va pas vous plaire.
- C'est vous qui avez insisté pour que j'accepte cette entrevue, objecta le maire. Pourquoi l'avoir fait si c'est pour me proposer de partir maintenant ?
- Deck m'a certifié que vous étiez le meilleur gradé sous les ordres duquel il ait jamais servi et j'ai confiance en son jugement. Je pense que vous pourrez nous être utile pour la suite des évènements. Les transgéniques sont mêlés à cette histoire, qu'ils le veuillent ou non, mais ce n'est pas votre cas. Vous ne connaissez pas Ames White, vous ne savez pas à quoi vous risquez de vous exposer. Mon… fils, reprit-il péniblement, un éclair de tristesse dans les yeux, est un homme dangereux. Tous les Familiers sont dangereux.
Les deux hommes se regardèrent et répondirent d'une même voix.
- Allez-y.
Sandeman savait que ce qu'il allait dire leur semblerait fou. Il fallait donc qu'il se montre le plus convainquant possible. Il prit une inspiration et se lança.
- Connaissez-vous le mythe de Cassandre ?
QG de Terminal City, au même moment
Dix et Luke avaient envoyé chercher Joshua. L'homme-chien une fois sur place, ils avaient branché le haut-parleur et lui avait laissé écouter la conversation.
- Père ! s'exclama le transhumain. C'est la voix de père !
Alec et Max avaient la confirmation qu'ils avaient discrètement demandée.
- Ok, dit Luke. On enregistre la conversation.
Les quelques transgéniques présents dans la pièce s'enfoncèrent dans leurs fauteuils, n'en perdant pas une miette.
- Cassandre était la fille de Priam, le dernier Roi de Troie, conta Sandeman. Selon le mythe, lorsqu'elle était encore jeune, Cassandre fut courtisée par le Dieu Apollon. Il lui accorda le don de prophétie en échange de ses faveurs et lui appris à se servir de son don, mais au moment où elle aurait du se donner à lui, elle refusa. Furieux, il la condamna à ce que ses prophéties ne soient jamais prises au sérieux. L'un de ses frères était Pâris, qui enleva Hélène, déclenchant la guerre de Troie. Ménélas, le mari d'Hélène, et son frère Agamemnon, se lancèrent à leur poursuite. Les Grecs assiègent Troie pendant dix ans et finirent par consulter l'Oracle, qui leur appris qu'ils ne pourraient gagner la bataille que s'ils avaient en leur possession les flèches d'Héraclès et la statue de Pallas. Hélénos, le frère jumeau de Cassandre, trahit les siens en révélant où se trouvait celui qui détenait les flèches. Les Grecs construisirent alors un cheval de bois et, après y avoir enfermé leurs soldats, l'abandonnèrent sur la plage en faisant courir le bruit qu'ils levaient le siège. Cassandre prédit que ce cheval allait amener la ruine de Troie et qu'ils ne devaient pas le laisser entrer dans la ville, mais elle ne fut pas crue. Les Troyens firent passer le cheval derrière leurs remparts. Les soldats dissimulés à l'intérieur du cheval de bois en sortirent une fois la nuit tombée et ouvrirent les portes de la ville. Troie fut prise, brûlée et ses habitants massacrés. Cassandre fut emmenée comme prise de guerre par Agamemnon. Sur le chemin du retour, elle lui prédit sa mort s'il rentrait à Mycènes, mais il refusa de l'écouter. Ils furent tous les deux tués par Clytemnestre, la femme d'Agamemnon, à leur arrivée dans la ville.
- Doucement, le coupa Alec. Tout le monde connaît cette histoire. Mais en quoi un vieux mythe grec peut-il avoir un rapport avec le culte de White ?
- Tout, répondit doucement Sandeman. Leur origine remonte à la guerre de Troie.
Il leur raconta alors l'histoire des Familiers.
L'épisode de la guerre de Troie avait des origines à la fois historiques et mythiques. Il était à l'époque courant pour les hommes de reprocher aux Dieux leurs turpitudes, cela faisait partie de leurs croyances. Mais il existait une autre version de l'Histoire, tout aussi incroyable.
Cassandre et son frère, Hélénos, furent oubliés par leurs parents dans un temple d'Apollon après les fêtes célébrées en l'honneur de leur naissance. Le lendemain matin, lorsqu'on vint les rechercher, on les trouva endormis, et deux serpents étaient en train d'imposer leur langue sur leurs organes des sens pour les purifier. Aux cris des parents effrayés, les animaux s'enfuirent. Les enfants, par la suite, révélèrent le don de prophétie que leur avaient communiqué les serpents.
Cassandre était une prophétesse inspirée, elle émettait ses oracles dans un délire et était peu écoutée, la majorité des gens la prenant pour une folle. Hélénos au contraire interprétait l'avenir d'après les oiseaux et les signes extérieurs. Aussi fiables que celles de sa sœur, ses prophéties étaient cependant moins précises, mais plus facilement acceptées. On raconta qu'après sa trahison et la chute de Troie, envahi par la culpabilité, il suivit les bateaux grecs qui emmenaient sa sœur captive vers Mycènes dans l'espoir d'obtenir le pardon de Cassandre.
L'accueil qu'elle lui réserva fut terrible. A nouveau en transe, elle promit au traître la ruine et le déshonneur, maudissant sa lignée, prédisant que son héritage tomberait dans l'oubli. Il s'était passé des siècles avant que le contenu de cette Prophétie ne ressurgisse. Toujours est-il qu'Hélénos, fou de rage, la laissa succomber sous les coups de Clytemnestre. Chassé de Grèce où l'on ne glorifiait pas les traîtres, il émigra vers l'est, trouvant refuge dans la ville qui allait devenir Rome. Là, Hélénos gagna sa vie grâce à son don, réunissant autour de lui un groupe de disciples fascinés par cet homme qui avait vécu la 'Grande Troie' et qui, surtout, savait parler aux serpents. Le Troyen avait une relation avec les reptiles qui aurait fait frémir n'importe qui.
Au fil du temps, Hélénos se laissa envahir par la rage, une rage froide, profonde, invisible. Une rage dirigée contre ces Grecs, ces… humains qui l'avaient chassés après s'être servi de lui pour tuer les siens. Il se jura de les exterminer tous et, si ce n'était pas de son vivant, alors il ferait en sorte que d'autres poursuivent son œuvre. Durant les derniers temps de son existence, il passa de longues heures à coucher sur papier sa vie et sa vision du monde. Mais surtout, il retranscrit une à une les prédictions de Cassandre, en particulier la dernière, qu'il appela la Prophétie. Contrairement à tous ces naïfs, son jumeau ne l'avait jamais considéré comme une folle, il ne l'avait jamais sous-estimée. Il craignait cette Prophétie ultime, celle qui mettrait fin à son œuvre. Mais il avait le temps. Si l'interprétation qu'il en avait faite était juste, il se passerait des milliers d'années avant qu'elle ne se réalise et, d'ici là, ses disciples auraient trouvé le moyen de la contrer. Le temps était avec eux.
Il enferma ses écrits dans un coffre, sept rouleaux qu'il transmit à son second à sa mort. La pensée d'Hélénos se perpétua d'années en années, de siècles en siècles, avec cette même volonté chez ses disciples de constituer une élite, une ethnie supérieure au commun des mortels. Ils s'étaient appelés les Familiers parce qu'ils étaient tous frères de sang, membres d'un même tout, et avaient choisi le serpent comme signe de reconnaissance, en hommage au fondateur de leur culte. Au fil du temps, ils apprirent à utiliser son sang et son venin pour accroître leurs capacités, vénérant toujours plus ce reptile mythique, symbole de sagesse et d'immortalité.
Au 18ème siècle, ils avaient quitté l'Europe pour la nouvelle Amérique, terre de liberté, et avaient patiemment infiltré tous les échelons de la société, prenant peu à peu un place influente au sein des milieux ouvriers, industriels et commerciaux. Aujourd'hui, ils avaient même atteint les plus hauts degrés de la scène politique, continuant à prôner cet élitisme génétique, resserrant leur Ordre dans cette même volonté de dominer les autres, leur haine de la normalité et de ses faiblesses.
Mais leur attitude avait subtilement changé depuis une trentaine d'années. Ils avaient peur.
- Cette histoire est complètement dingue ! s'exclama le maire. Vous réalisez que vous être en train de nous parler d'un groupe de fanatiques qui, d'après vous, auraient infiltré l'ensemble de la société américaine ? Et personne n'en n'aurait entendu parlé ?
- Parce que des soldats génétiquement modifiés, vous trouvez ça plus plausible ? ironisa Max. Clémenti a vu White et sa super unité, il pourra vous dire de quoi ils sont capables. Et je peux vous assurer que ce qu'il a vu n'est que le sommet de l'iceberg.
- Max a raison, confirma Sandeman. Tout ce que je vous ai raconté a l'air fou, je vous l'accorde, mais c'est entièrement vrai. Quant à dire que personne n'en a jamais entendu parler, ce n'est pas parce que leur existence n'est pas étalée aux yeux du monde qu'elle n'est pas connue. Mais j'y reviendrais plus tard.
- D'accord, coupa Alec. J'ai trouvé votre histoire vraiment très intéressante. Il y a juste un truc qui me chiffonne. Quelle est la place de Manticore dans tout ça ?
Sandeman sembla réfléchir un instant, perdu dans ses pensées.
- J'ai fait partie des Familiers, finit-il par avouer. Ma femme, Natasha, était la fille de l'un des membres du Conclave, le comité qui dirige le culte. J'ai découvert par la suite qu'ils s'étaient servi d'elle pour avoir accès à mes recherches. J'étais considéré à l'époque comme l'un des médecins les plus prometteurs dans le domaine de la génétique. J'ai été immédiatement intéressé par leur théorie selon laquelle c'était à l'être humain d'améliorer ses semblables. Dans ma naïveté, je pensais qu'ils parlaient d'amélioration génétique dans un but strictement médical. Mais au fil du temps, j'ai commencé à poser des questions et j'ai découvert la vérité sur leur culte, leurs rites d'initiation, leurs croyances, et j'ai été épouvanté. J'ai essayé de partir avec mes enfants, mais ils m'en ont empêché. J'ai du prendre la fuite et, quelques mois plus tard, j'ai décidé de créer Manticore.
- Pourquoi ? demanda Max.
- Par défi, reconnut-il avec un haussement d'épaules. Je voulais leur prouver que la génétique pouvait produire les mêmes résultats que leur rituel barbare à base de sang de serpent. Mais surtout, j'avais vu de quoi ils étaient capables. Aucun humain ne leur arrive à la cheville. Ils devaient être arrêtés.
- Et vous avez pensé que des humains génétiquement améliorés pourraient y arriver, comprit enfin Clémenti, exprimant à haute voix les pensées de tout le monde.
- Exactement. Et puis les choses ont dérapé. Natasha m'a rejoint. Elle avait procédé à des tests sur notre deuxième fils, CJ, et elle avait découvert qu'il avait une maladie des os. Il n'aurait jamais survécu à l'Initiation. Ma femme était prête à tout pour le Conclave, mais pas à sacrifier un de ses enfants. Elle est venue me demander mon aide, mais ils l'ont tuée et ont découvert l'existence de Manticore. J'ai dû prendre la fuite une deuxième fois et je suis parti pour Washington où certains de mes anciens collègues m'ont aidé. Ce n'est que plus tard que j'ai appris que le Gouvernement avait repris mon projet, dans le but de concevoir des soldats. J'ai changé de visage et d'identité et j'ai passé les dix dernières années de ma vie à réunir les informations nécessaires pour venir à bout des Familiers, tout en m'élevant le plus haut possible au sein du Gouvernement. Plus vous avez un poste important, plus vous avez les mains libres pour agir et pour mettre des bâtons dans les roues des autres. Et c'est à ce moment là que j'ai compris que les Familiers avaient réellement peur, qu'ils croyaient réellement à cette Prophétie.
- Comment en avez-vous entendu parler ? demanda Alec.
- Natasha me l'a révélé avant de mourir. Elle ne m'en a pas donné le texte exact, juste les grandes lignes. Cassandre a promis à Hélénos la déchéance de sa lignée. Elle a prophétisé que viendrait au monde une nouvelle Cassandre et que cette femme serait le symbole de la lutte contre les adorateurs du serpent. Elle a prédit qu'elle mettrait fin à leur culte.
- Et vous croyez à cette histoire ? s'exclama Clémenti, incrédule.
- Peu importe que j'y crois ou non, rétorqua sèchement Sandeman. Les Familiers y croient, eux. En fait, il y a quelques mois de ça, un homme à nous infiltré au sein du Conclave nous a informé que les Familiers l'avaient trouvée. Ils pensent qu'en tuant cette… 'nouvelle Cassandre', ils empêcheront la Prophétie de se réaliser. Il faut trouver cette femme avant eux.
- Et comment ? demanda Lydecker, intervenant pour la première fois dans la conversation. Même si on sait que cette femme vit à Seattle, elle est seule parmi des milliers d'autres. On va frapper à toutes les portes en espérant que l'une d'entre elles admette être la réincarnation d'une princesse troyenne morte il y a des milliers d'années ?
- Je pense que c'est une transgénique, dit calmement Sandeman. Les Familiers savent que les séries X sont dangereuses pour eux car elles ont des capacités très similaires aux leurs, mais ils mettent beaucoup trop d'acharnement à les éliminer. Pourquoi perdre autant de temps à pourchasser les créatures de Manticore alors qu'ils savent que dans un futur proche, leur principale menace est une femme seule ?
- Parce qu'ils savent que leur nouvelle Cassandre est des nôtres, répondit Alec. Mais il y a près de 200 femmes de séries X à Terminal City, sans compter celles qui sont dans la nature. Comment savoir de laquelle il s'agit ?
- C'est simple, il suffit de procéder à un simple test, expliqua Sandeman. Cassandre a affirmé que cette femme était spéciale. D'après elle, son héritière serait de constitution parfaite. Sans trop m'avancer, je suppose que ça signifie génétiquement parfaite.
Max eut un hoquet.
Non, c'est impossible !
Alec se tourna vers elle, impassible. Il avait senti venir la chose depuis que Sandeman avait mentionné cette nouvelle prophétesse. Il n'arrivait pas à se sortir de la tête ce moment où, pendant la prise d'otage à Jampony, elle les avait fait monter précipitamment au premier étage. Elle n'avait pas vu les hommes de White arriver, elle l'avait senti.
- Montre-lui, Max, lui demanda-t-il.
Elle se tourna vers lui, incrédule.
- Alec, je t'en prie, tu ne vas pas tout de même pas croire…
- S'il te plait, la coupa-t-il doucement.
Elle le regarda longuement, soudain très nerveuse. Elle se décida brusquement et souleva le bas de son tee-shirt, dénudant son ventre. A la lumière des phares, les quatre hommes virent se détacher nettement les symboles tatoués sur sa peau. Sandeman la dévisagea, comme fasciné.
- Alors, c'est donc vrai… Quand ces runes sont-elles apparues ?
- Il y a une semaine, lui répondit sèchement Max. Ce n'est pas la première fois, elles vont, elles viennent. Mais vous devriez le savoir mieux que quiconque, après tout, c'est vous qui avez traficoté mon ADN.
- Je n'y suis pour rien, se défendit le vieil homme. Cette écriture est celle des anciens troyens. C'est un dialecte dérivé de la langue grecque que les Familiers utilisent pour leurs rituels. Je sais reconnaître les runes, mais je ne sais ni les parler, ni les comprendre. Comment aurais-je pu l'inscrire dans votre code génétique ?
- Vous voulez nous faire croire que ces symboles apparaissent comme par magie ? dit Alec, incrédule. Désolé, mais j'ai un peu de mal. Et même en admettant que ce soit vrai, pourquoi se donner la peine de tatouer sur Max un langage que personne ne peut comprendre ?
- Je suppose que ces symboles ne peuvent être compris que par la personne à qui ils sont destinés. Et donc seulement par votre amie.
- Je ne peux pas les lire, expliqua Max, exaspérée. Une seule personne a pour le moment réussi à en avoir une traduction et elle est plus que partielle. En fait, elle n'a réussi à déchiffrer qu'une seule phrase.
- C'est logique, c'est une langue oubliée depuis longtemps. Mais il va falloir que vous arriviez à la comprendre vite, vous seule pouvez le faire.
- Ça suffit, coupa Alec. Elle est passée du statut de leader des transgéniques à celui de Prophétesse-Messie-Sauveuse de l'humanité en l'espace de cinq minutes. Vous ne croyez pas que vous pourriez lui laisser le temps de digérer tout ça avant de lui mettre la pression ?
- Le problème, c'est que nous n'avons pas le temps, avoua Sandeman. Selon la Prophétie, la bataille qui signera la fin des Familiers n'aura lieu qu'une seule fois et à une date précise.
- Laquelle ? demanda Clémenti.
- La nuit où se déroulera l'éclipse de lune. Dans exactement quatre semaines.
Un silence de mort s'abattit sur l'assemblée. Alec finit par le rompre par une question.
- Pourquoi seulement cette nuit ?
- Ça, il n'y a qu'elle qui puisse nous le dire, dit Sandeman en désignant Max. C'est elle qui porte les signes.
- Vous êtes complètement cinglés, lâcha la X5.
Et sur cette phrase lapidaire, elle tourna les talons et quitta la clairière, mettant fin à la discussion.
TC, éclipse moins 21 jours
Ça faisait une semaine qu'ils étaient revenus à TC. L'annonce du retour de Sandeman et ce qui s'était dit à Shady Hill s'était répandu dans la zone assiégée comme une traînée de poudre. Tous les transgéniques regardaient Max comme si elle allait faire un truc complètement dingue à tout moment. Au début, elle avait décidé d'ignorer ces regards en coin, mais à la longue, exaspérée, elle avait fini par éviter les lieux de vie le plus souvent possible.
Alec la comprenait. Lui-même aurait disjoncté depuis longtemps s'il était dévisagé constamment comme une bête curieuse. Il avait d'abord reproché à Luke et à Dix de ne pas avoir su tenir leur langue, mais ceux-ci, embarrassés, lui avaient expliqué ce qui s'était passé. En fait, c'était Joshua qui avait vendu la mèche. L'homme-chien, ravi du retour de son père, s'était empressé d'annoncer la nouvelle à tout TC et, devant l'avalanche de questions que ça avait entraîné, les deux transhumains avaient préféré raconter l'entrevue pour éviter que l'imagination collective ne s'emballe. Alec avait haussé les épaules, fataliste. Après tout, ils avaient peut-être eu raison de dire ce qui s'était passé, ils étaient tous concernés.
Il avait essayé de discuter avec Max des révélations de Sandeman, mais elle restait obstinément muette, refusant d'aborder le sujet. Au début, Alec avait cru qu'elle se taisait parce que c'était lui. Après tout, si leur dispute semblait aujourd'hui avoir eu lieu il y a des années lumières, elle était loin d'être oubliée. Et puis, il avait réalisé qu'elle n'avait pas plus parlé à Mole ou à Vic qui pourtant, pour avoir été présent à Shady Hill, avaient plus que n'importe qui pu constater à quel point le choc qu'elle avait reçu avait été violent. Même Joshua n'avait pu lui tirer un mot.
Alec savait qu'admettre la réalité de tout ça allait soulever chez elle trop de questions. Tout comme ça en avait soulevé chez lui. Ils avaient été élevés dans un milieu militaire, hautement cartésien, où le mystique n'avait pas sa place. Apprendre que son existence avait été prédite il y a des milliers d'années par une prophétesse troyenne avait de quoi déboussoler n'importe qui. Mais c'était pire pour Max. Elle qui devait déjà vivre avec la responsabilité de l'évasion et de la survie des transgéniques se voyait propulsée protectrice de l'humanité contre le fléau des adorateurs du serpent… A ce stade, elle n'était plus simplement déboussolée.
Mais aujourd'hui, il fallait qu'elle se secoue. Si ce qu'avait dit Sandeman était vrai, alors il leur restait peu de temps pour éviter le désastre. Et pour comprendre comment éviter le désastre. Alec était parvenu à la même conclusion que le généticien – la solution se trouvait probablement dans les runes que portait Max. Devant le manque de réaction de la transgénique, il avait contacté Logan pour lui raconter l'incroyable histoire et lui demander son aide. La première réaction du Veilleur avait été la même que la leur.
- Tu plaisantes, Alec ? avait-il dit, stupéfait. Ne me dis pas que Max croit à cette histoire ?
- Elle s'efforce de ne pas y croire, Logan, avait corrigé Alec. Mais tu as entendu l'enregistrement que Dix a fait de la conversation. Il y a trop de détails, trop d'éléments qui se recoupent. Ce type, Sandeman, n'est pas fou. Et c'est justement parce que son histoire à l'air dingue que j'y crois. D'ailleurs ici, personne n'a de doute.
- Personne, sauf Max…
- Je pense que Max a peur de ce que ça pourrait signifier si tout était vrai. Pour le moment, il lui est plus facile de tout nier. Mais le temps presse et nous avons besoin de connaître la signification de ces runes. Et jusqu'à présent, elle refuse de nous aider.
- Il va bien falloir pourtant, parce qu'il y a un problème avec mon logiciel, avoua Logan. J'ai retrouvé dans ces nouveaux symboles des runes qui étaient déjà apparues la première fois, mais il y en a d'autres que je ne connais pas. Leur enchaînement est complexe et mon logiciel bloque. Il n'y a qu'une seule phrase qui ressort, toujours la même.
- Celle qui tu nous as donné à Jampony ?
- Oui. Et vu ce que tu viens de me raconter, quelque chose me dit que je n'obtiendrais rien de plus. Il n'y a que Max qui puisse vous aider.
Le savoir, c'était une chose, mais y arriver… Alec fit la grimace. Il cherchait Max depuis une bonne heure, sans résultat. Il ne lui restait qu'un endroit à vérifier, le toit. Quand quelque chose n'allait pas, c'était toujours là qu'elle montait, passant des heures à regarder la ville.
J'aurais du commencer par là, ça m'aurait éviter de perdre mon temps…
Il s'arrêta quelques instants devant la porte, de demandant ce qu'il allait bien pouvoir lui dire pour la convaincre de leur filer un coup de main. Il haussa les épaules et poussa le battant.
Je finirais bien par trouver.
Max l'entendit approcher et soupira. Elle savait d'avance ce qu'il allait lui expliquer – on a besoin de toi, il faut que tu déchiffres les runes, gnagnagna gnagnagna… Dans quelle langue fallait-il leur parler à tous pour leur faire comprendre une bonne fois pour toute qu'elle N'Y ARRIVAIT PAS ? Elle se passa une main lasse sur le front. Seigneur… Ça faisait près d'une semaine qu'elle tentait désespérément de se persuader que tout ceci n'était qu'un mauvais rêve et qu'elle allait se réveiller, sans succès.
Tu sais que tout est vrai, tu l'as toujours su…
La ferme !
Elle serra les points avec rage. En fait, elle avait peur. Peur de ce qu'elle avait ressenti lorsqu'elle écoutait parler Sandeman, peur parce qu'elle s'était rendue compte que cette histoire, elle la connaissait. C'était comme si elle l'avait oubliée il y a longtemps, comme si le vieil homme n'avait fait que la faire remonter à la surface. Elle en connaissait les moindre détails, et plus encore. Elle savait ce que Cassandre avait pensé avant de mourir, la douleur qu'elle avait ressenti en perdant les siens, la rage qu'elle avait éprouvé en maudissant son frère… Comme si cette histoire était une partie d'elle. Comme si elle l'avait vécu… dans une autre vie.
Arrête !
Elle avait l'impression de devenir folle. Elle avait un étrange pressentiment sur tout ça – ce n'était pas une vision ou une prophétie, non – un sentiment plus diffus, un malaise. Comme si elle savait d'avance comment tout allait se terminer, mais que son esprit refusait de le lui dire. La seule chose qu'elle savait c'était que, quelque soit la façon dont tout cela allait finir, elle allait payer le prix fort. En fait, elle mourrait de peur.
Alec vint se placer à coté d'elle, prêt à parler, mais elle anticipa ce qu'il allait dire.
- Non.
- Non quoi ? demanda patiemment Alec.
- Non, je ne descendrai pas pour que tout le monde me regarde sous toutes les coutures en me demandant toutes les dix secondes si ENFIN j'ai une illumination et que je sais parler un dérivé du grec ancien.
- Te regarder sous toutes les coutures serait plutôt agréable, Maxie, dit Alec avec un sourire en coin. Cela dit, si c'est ça qui t'embête, tu n'as aucun souci à te faire, Logan a imprimé une copie de tous les symboles sur papier.
- Peu importe, je ne le ferai pas.
- Max…
- J'ai dit non, trancha-t-elle.
- D'accord, concéda Alec, sarcastique. Alors on continue à faire comme si rien ne s'était passé et, quand le ciel nous tombera sur la tête, on essaiera de jouer les étonnés de manière convaincante. Ça te va comme programme ?
Elle lui lança un regard noir.
- Après tout, continua-t-il sur le même ton, ce n'est pas comme si on avait pu faire quelque chose pour éviter que les choses se gâtent, nous ne sommes que de pauvres humains…
- Ça suffit, soupira-t-elle. Tu ne comprends donc pas ?
- Non. Je suis un crétin borné et égocentrique, incapable de se conduire en adulte, tu te rappelles ?
- Je voudrais vous aider, mais je ne peux pas, dit Max, essayant désespérément de lui faire comprendre. Je ne PEUX pas.
- Qu'est-ce qui te fait donc si peur ? demanda Alec, perplexe.
Il ne l'avait jamais vu comme ça, aussi incapable de gérer la situation.
- Je n'en sais rien, murmura-t-elle. Vraiment, je n'en sais rien. C'est tellement irrationnel… Je suis incapable de dire ce qui m'effraie, j'ai peur, c'est tout.
- On a besoin de toi, Max.
- Je sais, mais pour le moment, je ne peux pas, je suis désolée.
Elle se détourna de lui, les yeux dans le vague, le regard perdu vers la ville. Elle sentit Alec l'observer un long moment, comme s'il essayait de lire en elle. Il finit par hausser les épaules et quitta le toit.
Il était tard. Elle tapait comme un automate dans l'un des sacs de frappe que les transgéniques avaient installé dans la salle d'entraînement, essayant d'évacuer sa frustration et sa rage. Ses pensées tourbillonnaient dans sa tête, ne lui laissant aucun répit. Une voix rompit sa concentration.
- Je ne suis pas sûr que massacrer ce sac vienne à bout de tes problèmes.
Alec. Décidément, il était décidé à ne pas la lâcher.
- Qu'est-ce que tu veux encore ? demanda-t-elle.
- Quel accueil, Maxie ! dit-il avec un sourire qui la troubla. Et moi qui était venu ici pour t'aider à évacuer le stress, je suis déçu. Cela dit, tu as raison, il n'y a rien de mieux que l'exercice physique pour se détendre. Besoin d'un partenaire ?
Elle tiqua, perturbée par le sous-entendu plus qu'équivoque.
A quoi est-ce qu'il joue ?
- Pas pour ce que tu penses, répliqua-t-elle sèchement.
- Voyons, Maxie, dit-il, malicieux. Je ne te proposais rien d'autre qu'une bonne bagarre.
Il enleva son tee-shirt pour se mettre à l'aise et se mit face à elle en position d'attaque. Elle déglutit péniblement à la vue de son torse nu. Depuis l'épisode de l'infirmerie et du baiser, elle était fermement décidée à rester insensible à son charme et à éviter avec lui toutes les situations… potentiellement indécentes.
C'est raté, ma fille…
- Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, hésita-t-elle.
- Pourquoi ? Je te parle juste d'un combat dans les règles, pas d'une mise à mort.
Elle fronça les sourcils, intriguée par la formule. Vu leurs capacités physiques équivalentes, ce petit jeu risquait de se prolonger un peu trop à son goût. Elle haussa les épaules. Peu importe, si ça durait trop, elle pourrait toujours mettre un terme à leur combat et s'éclipser.
Au point où j'en suis, je ne suis plus à une humiliation près…
Elle repensa à la façon dont il l'avait chassée de son bureau après l'avoir embrassée et serra les dents. Finalement, ce combat n'était peut-être pas une si mauvaise idée. Elle se mit en position et attaqua. Elle ne le vit même pas bouger, son pied ne rencontra que le vide. Elle regarda autour d'elle, perplexe.
- Derrière toi.
Elle fit volte-face et bloqua son bras, qui allait s'écraser sur son visage. Après une parade, elle repartit à l'attaque, mais s'aperçut vite qu'elle n'arrivait pas à le toucher. C'était comme s'il anticipait le moindre de ses coups, sachant d'avance où ils allaient porter.
Il y a quelque chose qui cloche.
Elle n'eut pas le temps de réfléchir plus avant. Il lui décocha un coup de pied tournant qui lui coupa le souffle et la projeta contre le mur, une dizaine de mètres en arrière. Elle grimaça de douleur et réalisa qu'elle saignait. Elle s'était coupée au niveau de la lèvre.
- Non, mais tu es dingue ? s'écria-t-elle, furieuse. Qu'est-ce qui te prend ?
Elle le regarda et le vit se rembrunir.
- Maintenant tu es prête, dit-il d'un air triste.
- Prête pour quoi ? demanda-t-elle, perplexe.
- Prête pour mourir.
La pièce sembla tourner autour d'eux et le décor changea. Elle regarda autour d'elle, perplexe.
- Alec ? appela-t-elle.
- Il nous a quitté, dit une voix.
Elle fit volte-face et regarda l'homme sortir de l'ombre. Ames White. Alors elle reconnut l'endroit. Le couloir sombre, les torches brûlant sur les murs… Elle était à la Brookbridge Academy, l'école des Familiers. Ou du moins, dans un lieu qui y ressemblait fortement. Comment… ?
C'est impossible, je ne peux pas être ici !
- Bien sûr que si, dit White avec un sourire mauvais, comme s'il avait lu dans ses pensées. Tu rêves, tu peux être n'importe où…
Elle vit la lueur dans ses yeux et sentit la peur s'infiltrer en elle. Elle se mit à courir, essayant de quitter le bâtiment. Mais elle tournait en rond, sa course la menant toujours devant le même escalier. Elle finit par l'emprunter et se retrouva dans la même pièce que la dernière fois, celle où ils avaient procédé à l'Initiation de Ray. Pour la première fois, elle remarqua le coffre au pied de l'autel.
Les rouleaux d'Hélénos…
Elle voulut s'approcher, mais elle s'aperçut qu'elle était paralysée. Elle vit s'avancer face à elle un Familier en toge rouge. Son visage, couvert de symboles, n'avait plus rien d'humain. Elle vit White descendre les escaliers pendant que le prêtre s'avançait vers elle, un Carife à la main. Elle se souvint de la douleur que lui avait causé le couteau à lame recourbée quand ils l'avaient marquée du caducée et sentit la panique l'envahir. Elle ne pouvait plus respirer. Suffocante, elle s'effondra sous les yeux du Familier, impassible. Il approcha la lame de son visage.
- Tu es morte, Cassandre.
Il lui trancha la gorge. La pièce bascula à nouveau.
Elle flottait au dessus de Seattle, observant la ville, détachée et sereine. Et soudain, elle se vit au milieu de la foule. Elle fronça les sourcils, perplexe. Non, ce n'était pas elle, ou plutôt si, c'était elle, mais une autre elle, différente. Coiffée à la grecque, vêtue d'une toge d'un blanc immaculé.
Cassandre…
La prophétesse la regarda, souriante, et le monde bascula dans la folie.
Max eut alors un aperçu du futur et ce qu'elle vit la terrifia. Elle vit le monde réduit en esclavage, les Familiers élevés au rang de Dieux. Elle vit les humains parqués comme du bétail, livides, malades, affamés. Elle ne put s'empêcher de penser à ces photos de l'holocauste que Logan lui avait montré le jour où il lui avait demandé de l'aider à arrêter un ancien nazi. Elle les vit tous défiler devant ses yeux, Original Cindy, Sketchy, Kendra, Normal, Logan… Hagards. Des fantômes.
Elle se plia en deux, luttant violemment contre la nausée qui menaçait de la submerger, et regarda Cassandre. Elle vit sa toge se couvrir de sang.
Aide-moi.
Comment ?
Tu le sais. Il faut juste croire en toi. Sinon ils mourront tous.
Max baissa les yeux vers ses pieds et vit le cadavre d'Alec.
Elle se réveilla en hurlant, le corps couvert de sueur.
Alec mit un moment un moment à réaliser que le vacarme dont il était vaguement conscient était provoqué par quelqu'un qui tambourinait à sa porte. Il émergea lentement des brumes du sommeil et tâtonna pour attraper sa montre. 3h50.
Qui que ce soit, il a intérêt à avoir une bonne raison, parce que sinon…
Il se leva péniblement et se dirigea vers la porte.
- Alec ! Tu vas m'ouvrir, oui ou non ?
Max ?
Il tourna la clef et ouvrit le battant. Elle déboula dans sa chambre comme un ouragan.
- Et bien, dis donc ! Pour un transgénique, tu es plutôt lent à la détente ! Et depuis quand tu t'enfermes pour dormir ? Tu as peur qu'on vienne t'assassiner dans ton sommeil ?
- Non, j'ai peur de tuer par réflexe ceux à qui il prendrait l'envie de frapper à ma porte à trois heures du matin, répliqua-t-il, sarcastique. Là, au moins, j'ai le temps de me calmer pendant que je tourne la clef.
- Où sont-ils ?
- Où sont quoi, Max ? Tu débarques à une heure complètement démente et tu fais un boucan incroyable, alors tu pourrais au moins avoir la gentillesse de t'exprimer clairement…
- Les papiers où Logan a copié les runes. Où est-ce que tu les as mis ?
- Pourquoi ? demanda-t-il, soudain tout à fait réveillé.
- Alec ! dit-elle en guise de réponse, trépignante, exaspéré par son manque de réaction.
- Ils sont au QG, mais…
Elle était déjà partie. Il n'hésita qu'une fraction de seconde, enfila un tee-shirt et un jean et la suivit. Il croisa Vic dans le couloir. Le transgénique se frottait les yeux, pas très bien réveillé. Alec se rappela qu'il occupait l'appartement à coté du sien.
- C'est quoi, ce vacarme ? demanda le transgénique, énervé d'avoir été tiré de son sommeil aussi brutalement.
- Sans trop m'avancer, dit Alec, je dirais que Max a eu une révélation.
Vic le regarda, perplexe, avant de comprendre.
- Les runes ?
Alec acquiesça.
- Je la rejoins au QG. Tu veux te joindre à nous ?
Vic ferma sa porte et le suivit. Enfin les choses devenaient intéressantes.
TBC…
