Approche 2 : les patisseries

« Ambre… S'il te plait, tu dois m'aider. Tu es mon dernier espoir !

- Oh, arrête, je t'en prie, comme si tu avais besoin de moi pour séduire quelqu'un !

- … En temps normal, non. Mais là, on parle de Harry. Tu le connais mieux que moi. Tu sais ce qu'il aime.

- Oui. Et je crois aussi savoir qu'il ne t'apprécie plus vraiment.

- …

- Blaise, excuse-moi. Tu sais que je ne voulais pas te blesser. Mais franchement ! Pourquoi lui ?

- Ca ne se commande pas ces choses-là…

- Bon, bon, d'accord… (soupir) Si tu veux, vendredi, l'école a organisé un atelier de fabrication de pâtisseries pour une vente de charité. Harry y sera car Ron y sera car c'est Hermy qui organise ça, en tant que préfète en chef.

- Je vais devoir… faire des gâteaux ?

- Il faudrait savoir ce que tu veux !

- Ca me parait… une bonne idée. Mais ça ne va pas faire louche si j'y vais ?

- Pas si tu viens avec moi.

- Je t'adore, soeurette ! »


Et c'est comme ça que Blaise se retrouva là, le vendredi suivant (trois jours après l'échec à la bibliothèque), pour sa deuxième tentative d'approche de Harry Potter. Bon, le premier coup dans la bibliothèque, il avait un peu pêché par vanité, c'est sûr. Mais il était bien décidé à se rattraper et à séduire Harry en accomplissant un acte de pure gentillesse, comme… faire des gâteaux avec de la farine salissante, des œufs qui font poisser les doigts, du sucre qui se glisse partout dans vos vêtements et surtout, surtout une quinzaine d'étudiants gloussants et surexcités, toutes Maisons confondues. A l'exception des Slytherins, bien sûr. Il était le seul vert et argent de la pièce. Merlin, je sens que c'est une très mauvaise idée !

Ambre se faufila jusqu'à ses amis. Ginny Weasley avait les manches retroussées sur ses bras pâles parsemés de tâches de rousseur et ses longues mains fines recouvertes de gants en latex plongées dans de la pâte jaunâtre. Harry, quant à lui, riait en la regardant faire, les mains pleines de farine. Ambre les interpella joyeusement.

« Oh, Ginny, désolée, on est en retard ! »

La jolie rousse releva la tête, étonnée.

« On ?

- Oui. J'ai persuadé Blaise de venir nous aider… C'est gentil, hein ? »

Les deux Gryffindors fixèrent le brun qu'ils n'avaient pas vu jusque là. Toujours aussi enjouée, Ambre se glissa entre Harry et Ginny.

« Allez, faites lui de la place.

- Oui… - Ginny se poussa un peu plus pour laisser de la place au frère d'Ambre qui sourit.

- Salut tout le monde… »

Mais un grand silence accompagna cette dernière phrase. Tout le monde l'avait remarqué – sa longue silhouette sensuelle avait du mal à passer inaperçue, mais là c'est plutôt son uniforme slytherin qui attirait les regards. La salle s'emplit de murmures. Blaise lança un long regard autour de lui, se sentant légèrement gêné.

« OOoook… Si ça gêne tant que ça que je sois là, je crois que je vais vous laisser… »

Il jeta un regard rapide à Harry, mais le gryffy n'avait toujours pas ouvert la bouche et ne semblait pas près de le faire. Son regard vert était indéchiffrable. Ginny saisit le bras de Blaise pour le placer à côté d'elle et l'inviter gentiment à travailler avec elle. Ambre l'enlaça en précisant qu'il n'allait sûrement pas partir maintenant et que oui, même les slythys étaient sympas ! Ginny intima aux autres l'ordre de reprendre leur travaille, sous-entendant aussi qu'ils s'occupent de leurs affaires.

Blaise remercia Ginny de son soutien et se retrouva face à l'absurdité de la situation. Il était dans une cuisine entouré de crétins peu accueillants pour… pour quoi ? Séduire Harry en faisant une tarte ? Il n'avait jamais mis les pieds dans une cuisine, sauf pour demander à un elfe de maison de lui faire quelque chose ! Mais quelle idée débile ! En plus de me trouver arrogant, il va me trouver stupide et incapable ! Bravo Blaise, c'est pas comme ça que tu vas y arriver. Sauf s'il apprécie la médiocrité.

Harry se planta devant lui, un léger sourire mauvais aux lèvres. Il roucoula.

« Alors… Blaise. Qu'est-ce que tu vas nous faire de bon ? Des sablés ? Des petits fours ?

- Blaise et moi, on va faire des madeleines, répondit Ambre, toujours aussi enjouée.

- Des madeleines ? En voila un programme ! C'est ce qu'on vous apprend, au Donjon ? »

Il ponctua sa phrase méprisante d'un gloussement, accompagné de Ron et d'une poignée d'autres Gryffindors. Blaise ne put s'empêcher de répliquer froidement.

« Ecoute, Harry. T'es mignon, mais retourne jouer avec ta farine et lâche-moi la grappe, ok ?

- Fais gaffe à ta bague, tu pourrais la perdre, railla Harry.

- C'est pas une bague, c'est un anneau, » répondit Blaise du tac au tac.

Meeeerde, je m'emballe, là. Je suis censé être gentil et séduisant, pas cassant et mordant ! Il attrapa un couteau et un citron pour faire diversion. Il rajouta, sur un ton plus doux.

« Hummm… Et toi, tu fais quoi… Des sablés en forme de lions ? « (ooooups !)

Harry lui jeta un regard méprisant et fit volte-face sans répondre, en grinçant des dents. Comme approche de séduction, c'était une nouvelle fois raté.

Entouré de Ginny et Ambre, Blaise commença à découper soigneusement des lanières de zestes de citron, essayant de ne pas se trancher un doigt ET de jeter des coups d'œil discrets à Harry. Le brun avait rejoint un Ravenclaw et avait recommencé à étaler sa pâte à cookies sur une plaque de cuisson recouverte d'un papier cuisson. Une fois son travail achevé, Harry porta sa plaque au four le plus proche, et Blaise se perdit une fraction de seconde dans la vue de la cambrure du brun… le temps nécessaire à son couteau aiguisé pour riper et lui couper l'index profondément.

« Putain ! Ca pique ce con de citron ! »

Son exclamation fit glousser les filles. Ginny se moqua gentiment de lui.

« Ah, ces garçons… Pas foutu de faire quoi que ce soit de leurs dix doigts ! »

Blaise ronchonna en portant son doigt blessé à sa bouche pour nettoyer le sang qui coulait à flot – c'est fou ce que ce genre de petites plaies peuvent saigner ! Ginny attrapa sa main et lui mit un petit pansement.

« Avec Harry, j'avais prévu le coup ! T'es aussi maladroit que lui.

- Lui qui ? Harry ?

- Oui, dit elle en gloussant.

- C'est pour ça qu'il ne coupe rien, alors ? Il est prudent… , ajouta-t-il dans un sourire.

- Miss Weasley, je vous ai entendu. Je ne suis pas maladroit. – Harry était revenu vers leur table.

- Tu es distrait, alors , demanda Blaise gentiment.

- … Oui. »

Le regard vert pétillait maintenant et n'était presque plus agressif. Cette amélioration fit sourire Blaise. Peut-être que je vais y arriver, finalement !

« Il pense trop, précisa Ginny.

- Ou pas assez , rajouta Ron en riant.

- Non. Ca c'est plutôt ton cas, répliqua Blaise, moqueur – ce qui fit rougir Harry légèrement. Pourquoi le slytherin prenait-il sa défense ? Ou était-ce juste le plaisir de rabattre son caquet à Ron ?

- Spirituel, le serpent, cracha Ron.

- Ron ! s'exclama Ginny.

- Par rapport à toi, c'est pas dur, je pense, cracha Blaise.

- BLAISE ! »

Cette fois, c'était au tour d'Ambre de se fâcher contre son frère, et elle accompagna sa réprimande d'une tape sur l'épaule. Si elles n'arrêtaient pas rapidement les choses…

« Harry, pousse-toi ! » s'écria le rouquin.

Il lança un œuf vers le slythy. Si Harry eut le temps de l'esquiver, il atterrit en plein dans la tête de Blaise. Le jaune glissa doucement le long de son beau visage tandis que le blanc gluant dégoulinait sur ses vêtements. Harry se mit à glousser, ce qui eut pour effet de faire fulminer le Slytherin.

« Et ça te fait rire !

- Regarde, Ron – (Harry s'approcha pour étaler l'œuf sur la tête de Blaise) – C'est bon pour les cheveux, non ? » – Et il gloussa de plus belle.

Ginny et Ambre regardèrent impuissantes la situation dégénérer. Tous les autres Gryffindors se joignirent à Harry et Dean rajouta même un « Bien visé, Ron » qui acheva d'énerver Blaise. Affichant un air neutre, il saisit le saladier de préparation pour madeleine devant Ambre et le retourna sur la tête de Harry.

« Et ça, c'est bon pour les cheveux ?

- Oh non… », gémit Ambre en s'écartant pour éviter de se faire éclabousser.

Harry resta étrangement calme et sortit sa langue pour goûter un peu de pâte dégoulinante qui inondait lentement son visage.

« Pour les cheveux, je sais pas… mais c'est bon. »

Blaise éclata de rire – vraiment, ce petit Gryffindor n'avait aucune limite ! Harry s'essuya les yeux et recueillit le tout pour l'étaler copieusement sur le visage du Slytherin qui poussa un petit cri de surprise.

« Tu en penses quoi , demanda Harry.

- Oh nooooon ! (Ne jamais jouer avec un gros crade, ça dégénère toujours !) – jouant le jeu, il sortit quand même la langue pour tester la préparation – Oh, mais t'as raison, en plus. C'est super bon !

- Dommage qu'il y ait pas eu le citron, » gloussa le gryffy.

Blaise tira partie de la situation pour se rapprocher de Harry un peu plus. Il plongea les doigts dans la mixture recouvrant le visage du Gryffindor pour en manger plus, se délectant à la fois de la préparation qui dégoulinait de plus en plus sur les vêtements et du contact doux de la peau du brun. Il saisit les zestes de citron qu'il avait découpés et les répandit sur Harry qui gloussa de plus belle, ravi. Ambre s'insurgea contre leur comportement enfantin.

« Vous êtes dégoûtants ! Ce n'est pas bien de gâcher de la nourriture !

- T'as quel âge, Harry ? rajouta Ginny.

- C'est pas moi qui ait commencé , s'exclama Blaise, en levant ses mains pleines de préparation comme un voleur prit sur le fait le ferait.

- C'est pas moi non plus, ajouta un Harry des plus innocents qui continuait à manger la pâte du bout des doigts. C'est Ron !

- Oui… D'ailleurs……. »

Blaise, un sourire mauvais aux lèvres, attrapa un œuf abandonné et le balança dans la tête du rouquin.

« BATAILLE GENERALE », cria Ron.

Un flot de nourriture se mit à voler dans tout les sens, percutant allégrement Harry planté en plein milieu. Ambre s'esquiva rapidement et sortit comme l'éclair à la recherche d'Hermione. C'était bien la seule personne capable d'arrêter ce carnage.

« Bande de boulets, je suis en plein milieu , cria Harry. STOOOOOOP ! On va se faire tuer par Herm ! »

Les gryffys cessèrent un instant leur bombardement, songeant avec crainte à la colère de leur préfète – et là, ça serait une colère plus que justifiée. La cuisine ressemblait déjà à un champ de bataille ! Blaise et Ginny profitèrent de l'accalmie pour faire des provisions de projectiles et se cacher sous la table. Ainsi, ils pourraient attaquer sans être trop inquiétés. Blaise improvisa des bombes à farine et à eau avec les gants en latex qui avaient été prévus pour ceux qui n'osaient pas plonger leurs doigts dans la nourriture – il n'y a pas que chez les Slytherins qu'il y a des gens précieux… - et les tendit à sa compagne de bataille. Ginny en prit une avec un large sourire et la balança sur le camp adverse. Elle espérait avoir son frère. Harry, stupéfait, se retourna vers eux :

« Mais qu'est-ce que vous faites !

- Ben… on se défend », argumenta Blaise.

L'attaque de Ginny avait relancé les hostilités. Harry reçut trois œufs dans le dos avant qu'il ait l'idée de se réfugier sous la table entre Blaise et Ginny.

« Passe-moi des œufs », ordonna-t-il à Blaise.

Là, la bataille s'organisa rapidement. Blaise fournissait les munitions – œufs, bombes à farine, bombe à eau, et même bombe au chocolat fondu ! – tandis que Harry et Ginny balançaient le tout sur leurs camarades d'en face. Toute la cuisine fut rapidement ravagée, et les étudiants recouverts de toutes sortes de choses plus ou moins gluantes. Harry jetait les choses à l'aveugle, ses lunettes étant recouvertes d'une mixture peu ragoûtante. Il tenta vainement de les nettoyer avec le peu de propre de son t-shirt. Blaise lui proposa gentiment sa manche de chemise, miraculeusement indemne. Harry la refusa poliment.

« Je vais te salir.

- Tu rigoles ! Je suis déjà crade, je suis plus à ça près. Et on s'en fout, de toute façon, ajouta-t-il avec un sourire charmeur.

- Euh… T'es gentil mais non merci, ça va, là… »

Blaise ramena son bras contre lui, la déception à peine masquée sur son visage. Il savait très bien que Harry ne voyait rien à travers ses lunettes. S'il n'avait pas voulu de sa manche… et bien, c'est parce que c'était sa manche, justement. Alors, même après une bataille rangée et une bonne… Blaise fut interrompu dans ses pensées par un hurlement. Ambre était de retour avec Hermione.

« RONALD WEASLEY !

- Ca va gueuler…, gloussa doucement Harry à Blaise. J'suis mort de rire, on dirait sa mère !

- HARRY POTTER ! SORS DE LA AUSSI !

- Ouuuups, oui, ça va gueuler, remarqua Blaise en esquissant un sourire. Aller, courage, petit lion ! »

Mais Harry ne riait plus du tout. La colère de sa camarade l'avait refroidi. Il se leva lentement, couvert de nourriture.

« Hermione, je vais tooooouuuut t'expliquer…

- BANDE DE GAMINS ! ON NE PEUT PAS VOUS LAISSER DIX SECONDES SANS SURVEILLANCE !

- Un sort a ripé et on s'est tous mis à l'abri, tenta Harry.

- Un sort ? Et QUI a balancé ce sort ?

- Oui, oui, je sais. On devait pas utiliser la magie…

- C'est Ron, le coupa Ginny. Mais c'est pas un sort qu'il a balancé… c'est un œuf. »

Elle gloussa, ce qui ramena l'hilarité chez Harry. Hermione, quant à elle, fusilla Ron du regard. Si ça n'avait pas été un sort interdit, elle l'aurait adava-kevadré sur-le-champ.

« Qu'est-ce que c'est cette histoire d'œuf ? ET ARRETE DE GLOUSSER, HARRY. CA ME FAIT PAS RIRE !

- C'est riiien… Elle se trompe. On va tout nettoyer et faire plein de trucs super bons, quitte à sauter le dîner.

Merlin ! Sauter le dîner, pensa Harry. Mais qu'est-ce que je raconte. Dans une cuisine, en plus, c'est cruel !

- Je ne sais pas comment vous aller réparer les dégâts, soupira Hermione.

- Bon, lâcha Harry – (il détestait mentir, qui plus est à sa meilleure amie. Tant pis pour les conséquences) – C'est de ma faute. J'ai écrasé un œuf sur la tête de Blaise, je trouvais ça drôle et ça a dégénéré et j'ai pas su arrêter les choses. »

Hermione fixa Harry un instant, puis tourna la tête vers Blaise qui essayait de retirer la nourriture gluante de ses vêtements, étalant plus qu'autre chose. Elle se demanda une fraction de seconde ce que le Slytherin faisait là et se dit pendant une demi fraction de seconde que même avec de l'œuf et de la farine dans les cheveux, il était quand même très canon. Peut-être même plus que d'habitude… Elle se refocalisa sur sa tâche.

« C'est vrai Blaise ?

- Euh…

- Bon, que les choses soient claires, le coupa la préfète qui commençait à être exaspérée par cette histoire. Je me CONTREFOUS de savoir qui a commencé et pourquoi. Mais dans UNE HEURE, je veux que cette cuisine soit rutilante et je veux que ce soir, tous les gâteaux soient finis. C'EST COMPRIS ?

- Attends, Herm, protesta Harry. Une heure c'est pas possible. »

Elle le fusilla du regard. S'il y avait deux choses au monde qu'elle détestait, c'était 1 – les cours de divination et 2 – qu'on remette en cause son autorité de préfète en chef. Harry ne se démonta pas et argumenta sa réplique, fort d'un soudain regain de leadership.

« La cuisson, Hermione ! Bon, c'est simple, on cuisine et on nettoie quand ça cuit. Aller, au boulot !

- Harry, je compte sur toi pour être un peu plus responsable. Je reviens dans une heure pour voir où vous en êtes. »

Sur ces dernières recommandations, elle les laissa dans leur champ de bataille.

« Hé ben, quelle furie, cette fille, remarqua Blaise.

- Oui….. Bon ! (Harry se plaça au milieu de la cuisine pour mieux dispenser les ordres) Recommencez ce que vous avez entrepris. Ceux qui ne cuisinent pas – ou coupent les citrons – vous allez récupérer les gâteaux cuits et vous les mettez dans les boites prévues. Les autres, aux fourneaux. (Il retira son t-shirt gluant) On se lavera plus tard. Les filles… débrouillez-vous. »

Suivant son exemple, quelques garçons se mirent torse nu, dont Blaise qui retira sa chemise en la faisant passer par-dessus sa tête, faisant remarquer « qu'il avait vraiment bien fait de venir ». Ginny retira aussi son haut gluant, dévoilant à tous ses dessous en dentelle noire. Tous les regards se tournèrent vers elle, ceux des garçons fixés sur sa poitrine généreuse.

« T'as raison, Harry, on bossera mieux, comme ça, claironna-t-elle joyeusement.

- Ron, t'étouffe pas, BOSSE ! Et vous, la matez pas comme ça !

- Jolis dessous, Mademoiselle, fit remarquer le slythy, admiratif, à une Ginny rougissante.

- Dean, continuait à aboyer Harry. Occupe-toi de ta pâte, pas de Ginny. Blaise, qu'est-ce que t'attends ! »

Le brun sursauta. Il se tourna à nouveau vers Harry, affichant le même air coupable qu'un gamin de dix ans qui aurait été pris sur le fait.

« Le coupeur de citron, c'est toi…, continua Harry.

- Ca va, ça va, je vais chercher les gâteaux… chef !

- Enfin…………. »

Harry fut stoppé net dans sa réplique cinglante. Son regard avait glissé le long du torse finement musclé et merveilleusement bien proportionné du Slytherin et s'était arrêté sur son nombril. Emergeant de son pantalon, un serpent noir était tatoué sur le ventre du jeune homme, la gueule ouverte du reptile enserrant le nombril. LE fameux tatouage de Blaise Zabini, objet de tant de fantasmes chez Harry… Il bredouilla.

« Euh… le… Oui (Ne regarde pas ce tatouage !) »

Harry fit brusquement volte face et quitta la cuisine. Blaise le regarda partir, se demandant quelle mouche avait bien pu le piquer… Il retourna à ses gâteaux.

Harry revint une dizaine de minutes plus tard, armé d'un seau et de plusieurs serpillières. Blaise vint se camper devant lui, tout souriant.

« J'ai fini avec les gâteaux… Tu veux de l'aide ?

- Déjà, répliqua Harry, jetant un œil aux boites remplies. Non, c'est bon, merci. Tu pourrais te couper. »

Il souriait mais sa décision semblait sans appel. Il enfila des grands gants en latex rose. Le Slytherin ne s'avoua pas vaincu. Il aurait raison de ce petit lion. Il le fallait.

« Aller, donne-moi une serpillière. C'est un peu ma faute tout ça…

- Vois si tu peux cuisiner quelque chose, plutôt. Et ce n'est pas entièrement ta faute, c'est moi qui t'ai étalé l'œuf dessus. Et puis, j'ai l'habitude, moi.

- Mouais…, essaya d'argumenter Blaise d'un air qui s'assombrissait. Mais un slythy au milieu de tout ce monde, forcément…

- T'inquiète, ça aurait dégénéré quand même. »

La discussion était close. Harry trempa une des serpillières dans le seau et se mit à quatre pattes pour commencer à frotter par terre. Torse nu avec ses cheveux en gros paquets gluants, il n'avait vraiment plus rien du sexy Prince des Gryffindors. Pfff, un vrai elfe de maison, pensa Blaise. Mais ce nouvel échec le rendait plus amer que méchant. Il haussa les épaules, abattu.

« Ca m'apprendra à vouloir faire un truc sympa…

- T'as pas rigolé ?

- Ben… Si…. »

Tout à son frottage, Harry écoutait d'une seule oreille les jérémiades du brun. Il ramassa des coquilles d'œufs qui parsemaient le sol et les glissa dans sa poche, faute d'un autre récipient. A sa grande surprise, Blaise lui tendit un sac poubelle. Il le remercia avec un sourire et vida ses poches dedans. En attrapant les dernières coquilles, il sortit un papier gluant et abîmé.

« Oh non , s'exclama-t-il en dépliant le papier où l'encre avait bavée.

- C'était quoi ?

- Un document que je ne devais pas abîmer. Pfff, tant pis, je suis bon pour un mois de récurage… encore ! – il gloussa.

- Quelque chose à voir avec le professeur Snape , demanda Blaise amusé.

- Oui. (Harry fourra le papier dans sa poche et reprit son nettoyage). Mais c'est mort, là. »

Harry était détesté du professeur de Potions. Tout le monde le savait, et surtout les serpents. Mais Blaise était bon en Potions et c'était peut-être l'occasion de pouvoir enfin aider le gryffy, de lui faire plaisir … bref, de se rapprocher de lui. Blaise afficha son air le plus gentil et serviable.

« Je peux peut-être t'aider dans ce cas. Je me sens un peu coupable, là. »

Mais Harry refusa tout net son aide, demandant à Blaise de ne pas s'en vouloir, qu'il n'était en rien responsable. Le Slytherin s'accroupit devant Harry qui essorait sa serpillière.

« Harry…

- Oui ?

- J'aimerais t'aider… Pourquoi tu refuses ?

-…

- Parce que tu n'aimes pas qu'on t'aide ? Ou parce que c'est moi ?

- Honnêtement ? Un peu des deux. »

Et voila. Le couperet était tombé. Blaise était foutu. Contrairement à ce que sa vanité lui avait fait croire, jamais Harry Potter ne se laisserait approcher par lui. Alors, de là à le séduire… Il se releva, affichant une moue déçue sur son beau visage.

« Ouais, je m'en doutais. Tant pis…

- Ecoute, c'est très gentil d'être venu aujourd'hui. Sincèrement. Mais… laisse-moi. »

Le regard vert et déterminé était plongé dans les yeux du Slytherin. Cette remarque était sans appel. L'angoisse commença à poindre au creux de l'estomac de Blaise. Comment allait-il se tirer de cette affaire alors qu'il n'arrivait même pas à échanger plus de vingt mots avec Harry sans se faire rejeter ? Amer, il lâcha avant de retourner vers sa sœur.

« J'ai reçu le message. Frotte bien, ça t'entraînera pour le récurage. »

Cela fit glousser Harry, mais Blaise n'avait plus du tout le cœur à rire. L'expression qu'affichait Blaise inquiéta Ambre, qui touillait consciencieusement sa nouvelle préparation pour madeleine.

« Alors, demanda-t-elle à voix basse. Tu en es où ? (elle tourna la tête vers Harry qui frottait toujours) Il est content que tu sois là ou pas ? Dis-moi !

- Laisse tomber, c'est mort. Avec lui, c'est impossible… »

Il regarda Ambre et une douleur incommensurable lui broya le cœur. Il effleura du bout des doigts ses cheveux soyeux et perdit son doigt dans une de ses boucles brun clair. D'imaginer Malfoy toucher la peau douce de sa sœur lui collait la nausée. Ses yeux durent refléter sa peur car Ambre plongea ses grands yeux couleur miel dans ceux de son frère.

« Qu'est-ce que tu as, Blaise ?

- C'est rien, répondit-il bouleversé. (J'ai juste vendu ta virginité contre celle de Potter, tout va bien. Alors arrête de me regarder comme si j'étais quelqu'un de bien et de gentil !)

- Allons, ne te laisse pas abattre ! Ne laisse pas tomber aussi vite. Tu es quelqu'un de génial ! Tu es gentil et craquant ! Tu crois que tu vas arriver à quelque chose en t'apitoyant sur ton sort comme ça ? Je t'ai connu plus agressif dans ce domaine…

- Mais c'est perdu d'avance, tu comprends pas ça ? Il n'y a pas de quoi être agressif ! Il faut que je me fasse une raison : il s'en tape de moi. Non, c'est même pire que ça. Il me déteste ! Comme tous les Slytherins, d'ailleurs.

- Allons…, lui dit doucement Ambre avec un sourire tendre. Harry passera outre si tu es gentil avec lui… Alors arrête avec ça, c'est stupide !

- Alors, l'équipe Zabini, ça avance ? »

Ambre et Blaise sursautèrent. Harry avait fini de nettoyer le sol et après un sort de séchage, avait décider de venir goûter les gâteaux. Après l'effort, le réconfort… La jeune fille sourit, se demandant quelle partie de la conversation le Gryffindor avait entendu. Et à voir la tête de Blaise, il se posait la même question…

« Oui, regarde nos gâteaux comme ils sont beaux, répondit-elle en désignant la première série de madeleines. Blaise est super doué en cuisine, hein ?

- Arrête avec ça, répliqua son frère en haussant les épaules. C'est toi qui as tout fait. Moi, je suis bon à rien, tout le monde sait ça… »

Ambre le fusilla du regard. C'était quoi ce sabotage bourré d'amertume ? Qu'il ne vienne plus se plaindre après ça ! Pourtant, Harry sourit à Blaise.

« Tu me laisses goûter pour juger ? »

Il ouvrit la bouche, tel un oisillon réclamant sa béquée. Blaise le regarda, un peu étonné, puis saisit l'occasion. Il se fit charmeur et saisit un gâteau qu'il approcha doucement de la bouche de Harry. Le petit gémissement d'impatience qu'émit Harry fit naître un sourire ravi sur son visage. Il déposa gracieusement la madeleine dans la bouche gourmande qui se referma doucement. Une lueur de plaisir illumina les yeux verts, provoquant un léger gazouillis au creux de l'estomac de Blaise.

« Alors, l'avis du spécialiste , roucoula-t-il.

- MMmmmmmh, je vous réembauche pour la prochaine fois, répondit-il, passant un bras autours des épaules du frère et de la sœur.

- Prépare les serpillières, alors, » fit remarquer Blaise en riant doucement.

Harry lui fit un dernier sourire accompagné d'un clin d'œil et repartit grignoter ailleurs.

« Tu vois, dit malicieusement Ambre, je t'avais dit de ne pas te faire de soucis. Fais-lui à manger, fais-le rire… Et c'est du tout cuit.

- Oui… je vais méditer là-dessus. »

Ils finirent de ranger la vaisselle et quand Blaise sortit de la cuisine pour retourner au Donjon – après l'inspection minutieuse d'Hermione – il avait le cœur plus léger.

Ce petit Potter était assez volubile, mais en cernant ses centres d'intérêts et les choses qu'il affectionnait le plus, il pourrait peut-être franchir la barrière qui les séparait. Après tout roulerait. Alors, voyons… Qu'est-ce qu'il aime ? Manger. Ne pas aller en Potions. Faire des crasses au Slytherins. Battre les Slytherins au quidditch. Jouer au quidditch. … Quidditch. OOooh, que voilà une bonne idée ! Harry Potter, bientôt, tu seras à moi !