Chapitre 4 : A wolf in sheep's clothing

Octobre 2015

Il y avait une Clarke Griffin miniature juste devant chez elle. En la voyant, Lexa se retrouva envahie par des souvenirs d'enfance qu'elle pensait disparus, mais qui désormais refaisaient surface. Elle revoyait clairement cette blondinette se proclamant princesse qui après seulement un regard l'avait nommée à la tête de sa garde personnelle et lui avait offert une pelle en plastique orange en guise d'épée. Elle avait passé le reste de la journée à faire ses quatre volontés jusqu'à l'arrivée d'une Abigail Griffin déjà surbookée à l'époque. Clarke avait posé un bisou collant de glace sur sa joue, lui avait dit à demain et était partie en lui faisant de grands signes. Et même si Lexa n'avait pas exactement prévu de passer le prochain après-midi à la garderie, elle avait insisté auprès de son frère. Peut-être était-ce déjà là un signe avant-coureur. Si une Clarke de sept ans avait pu aussi aisément devenir le centre de son monde, il n'y avait rien d'étonnant à ce que la fille sexy de vingt ans l'ait littéralement ensorcelée. Chassant toutes ces pensées, Lexa tenta de se recomposer, mais c'était réellement difficile quand elle faisait face à une petite fille qui ressemblait presque en tout point à sa mère enfant. Presque, car elle avait hérité des yeux bruns de son père et non des iris bleus grisés de sa mère. En voyant le pli soucieux entre les sourcils de la petite, la brune se racla maladroitement la gorge et poussa la porte pour l'ouvrir complètement.

- Livia. Hm. Qu'est-ce... Qu'est-ce que tu fais ici ?

Lexa n'avait plus vu Olivia Griffin depuis maintenant trois ans. Elle s'était tenue éloignée des photos, mais avait malgré tout fait en sorte d'avoir des nouvelles de la fillette. Même si elle ne voulait pas de détails, elle avait toujours eu besoin de savoir qu'elle allait bien. Elle avait activement participé à la vie de ce petit bout pendant presque trois ans et ne plus faire partie de son existence avait été un choix douloureux, mais nécessaire. Si choix cela avait vraiment été. Cette époque était tellement floue qu'elle n'était plus trop sûre de rien, mais elle n'était pas certaine que son éloignement brutal n'était pas du fait de Clarke. Cela la menait donc à une autre question qu'elle n'avait pas verbalisée : comment Olivia pouvait-elle la connaître ? La brune était loin d'être une spécialiste lorsqu'il s'agissait de gamins, mais elle était presque certaine que la petite fille n'aurait pas dû garder un souvenir aussi clair d'elle. Elle se serait attendue à être au mieux un nom évoqué de temps en temps pour Livia. Mais la petite la fixait avec une reconnaissance claire dans le regard et elle irradiait littéralement de bonheur comme si elle avait retrouvé une personne chère qu'elle n'avait plus vue depuis longtemps. Lexa extrapolait peut-être un peu, tout ça lui semblait être beaucoup pour l'esprit d'une petite fille ayant tout juste fêté son sixième anniversaire, mais son trouble était légitime. Lorsqu'elle vit la gamine qui se tortillait un peu en tirant sur le bord de son pull, ses yeux allant du sol à quelque chose dans le couloir, la brune prit conscience d'un détail de taille. Livia n'était pas arrivée ici toute seule, quelqu'un avait dû l'accompagner. Le tout était de savoir qui. Il aurait été facile de se pencher pour prendre connaissance de l'identité du second visiteur, mais Lexa avait gelé à la réflexion et en cet instant son cerveau explorait les pires possibilités. Elle se voyait déjà avoir un échange maladroit avec l'un de ses anciens amis, Finn, ou plus angoissant, Clarke. Aucune raison valable expliquant cette visite ne lui venait en tête. Le plus troublant était que tout l'entourage de la fillette n'était même pas au courant de son retour en ville et encore moins de l'endroit où elle vivait. Donc tout était possible.

Avant qu'elle ait eu le temps de rassembler son courage, l'accompagnateur mystère prit place derrière la petite fille à qui elle adressa un sourire tendre avant de glisser les mains sur ses oreilles. Quand ses yeux croisèrent ceux de Lexa, son visage se raidit et toute trace d'émotion disparut.

- Est-ce que tu te drogues encore ?

C'était du Raven tout craché. Elle avait sauté toutes les salutations pour aller droit au but comme à son habitude. Si n'importe qui d'autre s'était adressé à elle de la sorte, Lexa se serait sûrement offusquée, mais c'était Raven et si elle avait pris des pincettes avec elle, cela aurait été une raison de se vexer. Il n'empêchait que la question creusa un sillon douloureux dans sa poitrine. Malgré trois années passées à être clean et à reconstruire sa vie, son faux-pas restait profondément ancré comme tatoué sur sa peau aux yeux des autres. N'ayant aucune confiance en sa voix en cet instant, la brune se contenta de hocher négativement la tête avec une moue crispée. Raven la jaugea quelques secondes avant qu'elle ne libère finalement les oreilles de l'enfant.

- Bien.

Et ce fut tout. Avant que Lexa n'ait pu réellement prendre note du fait que Raven la croyait effectivement, elle se retrouva prise en étau par deux bras forts. L'autre fille l'avait attiré dans un câlin maladroit qui se termina aussi vite qu'il n'avait commencé. La brune n'avait même pas eu l'occasion de lui rendre son geste, le temps qu'elle comprenne, il n'y avait plus que la sensation fantomatique de l'étreinte brutale de Raven.

- Je sais que ça fait un moment et que je débarque complètement, mais...

Raven baissa les yeux vers la fillette qui les observait avec curiosité et son explication mourut à la barrière de ses lèvres. Elle resta silencieuse et pour la première fois Lexa la vit gênée. Ou c'était du moins comme ça qu'elle comprenait cette attitude si étrangère à Raven. Cette fille n'avait jamais eu peur de personne, elle se tenait toujours bien droite sans se soucier de sa taille et regardait les gens dans les yeux. Mais ici ses épaules étaient voûtées et elle n'osait visiblement pas relever complètement la tête, préférant jeter de rapides coups d'œil en direction de Lexa. Finalement, elle passa une main sur sa nuque et agita un instant sa queue de cheval avant de se lancer avec hargne dans une tirade d'excuses.

- Écoute, je suis désolée. Je sais qu'on a mal agis avec toi. Avec Bell aussi. Cette période était compliquée, il y avait... Enfin, tu sais bien. Tout ce qu'on a découvert, ça nous a fait un choc et on a pas trop su comment réagir. Et puis, il y avait Clarke et Liv. Elles avaient besoin de nous. Mais vous aussi et ça on ne l'a compris que trop tard. Vous étiez loin quand on a commencé à y voir plus clair, on ne savait pas trop comment vous contactez et après tout ce qu'on a fait, on pensait que peut-être vous préféreriez ne plus nous voir. Ça aurait été légitime. Ça l'est toujours. On comprendra si vous ne voulez pas de gens comme nous dans votre vie. Pourtant, il fallait qu'on essaye. On vous devait au moins ces excuses même si elles viennent avec trois ans de retard.

C'était la journée des nouveautés et des choses étranges. Lexa n'avait jamais entendu Raven s'étendre comme ça, elle ne l'avait même jamais entendu s'excuser. Pourtant, elle venait de le faire, elle avait mis son cœur sur la ligne et elle avait parlé avec sincérité. Si la brune appréciait l'effort, elle n'était pas encore prête à passer l'éponge. Jamais elle ne leur avait tenu rancœur, mais elle avait été blessée par leur attitude. Cette blessure n'était pas cicatrisée et elle n'était pas certaine qu'il s'agissait réellement d'une histoire de pardon. Parler de confiance aurait été plus juste. Lexa n'était certainement pas prête à les aimer comme avant. Elle n'était tout simplement pas apte à confronter son propre cœur à celui de Raven. Malgré tout cela ne signifiait pas qu'elle allait rejeter son effort. Même si elle restait prudente, Lexa n'était pas opposée à donner une chance à Raven de se rattraper concrètement.

- C'est qui ce 'on' ?

Raven était suffisamment intelligente pour comprendre le sous-entendu derrière son refus de répondre clairement aux excuses formulées et elle espérait sincèrement qu'elle ne tenterait pas de lui arracher une autre réaction. Heureusement, Raven étant toujours Raven, elle saisit la perche tendue et lui adressa un petit sourire en se redressant.

- Wells et moi.


Mars 2008

Le mois de février avait été placé sous le signe de l'apprentissage. Lexa avait beaucoup appris en deux semaines de temps. Elle avait appris à tricher à propos de la vérité – elle ne mentait pas, elle omettait juste certains détails –, à enfermer sa conscience durant la journée – la nuit, elle hurlait toujours et l'empêchait de dormir –, à ravaler la bile de dégoût qui lui montait dans la gorge quand elle était en présence d'Emerson – elle frissonnait encore quand il la touchait –, mais surtout elle avait appris la peur. La véritable peur. L'angoisse qui vous rongeait le ventre en permanence, qui vous faisait sursauter à chaque imprévu et qui venait noircir la moindre seconde de bonheur. Cette peur l'épuisait par son omniprésence et elle en venait souvent à désirer ne plus voir une once de couleur autour d'elle. La couleur, c'était la vie. Et la vie, c'était une perte potentielle. Quelques semaines plus tôt, Lexa aurait pu se décrire comme une personne assez courageuse. En tout cas, elle n'aurait pas employé pour elle-même les termes lâche et trouillarde. Aujourd'hui, ils lui semblaient parfaitement adaptés et sa couardise lui donnait envie de vomir. Une poignée de jours, un peu de chantage et voilà que la fille qui s'était toujours battue pour les siens, qui n'avait jamais manqué une occasion de défendre ses conviction se transformait en une vulgaire poupée rongée par la crainte.

Par ailleurs, le Rouge se vendait bien. Aussi illégale soit sa pratique, Lexa devait bien reconnaître que Finn était doué pour ça. La nouvelle drogue faisait bien parler d'elle à Polis et on se l'arrachait dans les soirées estudiantines. Si bien que le stock initial d'Emerson était arrivé à son terme. Tous les échantillons avaient été vendus, cela aurait dû signifier la fin du deal, mais il aurait été dommage d'arrêter la machine alors qu'elle commençait à peine à ronronner. Il lui avait demandé son avis par principe, mais comme toujours Lexa n'avait eu aucun choix. Elle avait hoché servilement la tête et avait fait le transfert une fois encore, une cargaison fraîche de Rouge dans son sac à dos. Ce dernier était devenu son monde. Il recelait ses secrets et la source de sa peur. Et plus d'argent que d'habitude. C'était le seul point positif à première vue. Dealer du Rouge rapportait pas mal et Emerson n'était pas trop chien quand il s'agissait de la rétribuer. Seulement, Lexa avait encore un peu de mal à utiliser cet argent sale qu'elle trimballait partout avec elle. Mais ce n'était pas non plus comme si elle avait beaucoup d'autres solutions. Les aller-retours entre TonDC et Polis bouffaient le temps qu'elle n'avait déjà pas pour travailler avant, il fallait donc bien parfois qu'elle pioche dedans pour payer au moins ses frais à la colocation. Au moins, cela restait une affaire entre elle et elle, et elle n'avait plus à se sentir coupable de devoir de se reposer sur la générosité de Raven ou de Bellamy. L'argent était sale, mais au moins elle l'avait gagné même si c'était en participant à un trafic qu'elle ne cautionnait pas et ne cautionnerait jamais. Il y avait beaucoup d'autres choses dans sa vie qu'elle n'approuvait pas, mais s'y faisait avec une rapidité presque inquiétante. Emerson avait dit qu'elle savait ce qu'était la survie, qu'elle s'adapterait à tout, et il n'avait probablement pas tort. Le tout était de savoir à quel prix.

En entrant ce jour-là dans le Spacewalker, le bar miteux où Finn semblait avoir élu domicile, Lexa fut surprise de trouver les lieux calmes. Il y avait bien deux mecs accoudés au comptoir, mais les drogués qui occupaient généralement le fond de la salle étaient absents ce qui expliquait probablement cette absence de rires idiots et de jurons. Presque inquiétée par ce changement, elle s'avança vers le bar et grimpa sur un tabouret devant Atom. A force de le croiser quand elle venait voir le dealer, elle avait fini par apprendre son prénom – ou son surnom, elle ne savait pas trop – même s'ils n'avaient jamais réellement faits les présentations.

- Il n'est pas là.

L'homme avait répondu à sa question avant même qu'elle n'ait eu le temps d'ouvrir la bouche. Si Lexa ne fut pas surprise – après tout, ils n'avaient jamais parlé que de Finn –, elle ne cacha pas son désappointement. Elle revenait tout juste de TonDC et l'idée d'avoir deux boîtes pleins de fioles de Rouge dans son sac ne la rassurait pas vraiment. D'abord, il y avait le risque de se faire voler, mais elle craignait aussi que quelqu'un découvre ce qu'elle trafiquait si jamais elle ramenait la cargaison à la maison. Surtout alors qu'une fête était en préparation à la coloc et que n'importe quel étudiant bourré était susceptible de débarquer dans sa chambre. Alors qu'elle laissait lourdement tomber sa tête sur son bras, son téléphone se mit à vibrer dans la poche de son jean. Elle le sortit machinalement et décrocha, collant le portable à son oreille sans avoir vérifier l'appelant.

- Oui ?

- Je suis devant chez toi, qu'est-ce que tu fiches ?

- Je suis au bar. En train de t'attendre.

Son cœur manqua un battement quand elle réalisa.

- Devant chez moi ?

- Je t'attends pour la soirée. Il est temps que tu fasses ta part du marché. Clarke est distante et j'ai pas envie de la perdre parce que tu n'as pas été fichue d'arranger la situation avec tes potes.

- Je... J'arrive.

- Grouille-toi. Je te conseille d'être là avant que je croise quelqu'un que tu connais.

La menace était très claire et Lexa ne se la fit pas redire deux fois.


- T'as déjà fumé un truc pas net ou c'est ton sourire naturel ?

- Toujours aussi agréable, Murphy.

- Juste avec toi, princesse.

Malgré la pique de Murphy, le sourire de Clarke n'avait pas disparu. Enfoncée dans le grand canapé, les jambes recroquevillées contre le ventre et le menton sur les genoux, elle souriait béatement en regardant les personnes qui se massaient déjà dans la maison. C'était leur première fête depuis un très long moment. Une soirée de débauche et d'oubli plaisait à la jeune fille qui n'avait pas caché son excitation durant toute la semaine. Enfin, elle pourrait juste se noyer dans la foule, ne subissant plus les regards étranges de ces colocataires qui s'étaient tous persuadés que quelque chose n'allait pas avec elle. Tous sauf Lexa. Son sourire s'effaça un peu et elle resserra sa prise sur ses jambes. La seule personne avec laquelle elle aurait volontiers parlé se montrait lointaine ces dernières semaines et à l'exception de quelques marques d'affection usuelles, elle n'avait que peu reconnu l'existence de Clarke. Cette dernière avait sa petite idée sur la raison de cette absence : il devait y avoir une personne derrière tout ça. C'était la seule chose qui pouvait expliquer son attitude cachottière et les longs moments qu'elle pouvait passer plongée dans ses pensées dont elle ressortait avec un sursaut embarrassé. Clarke ne l'avait jamais vue comme ça et, pour cause, Lexa ne s'était jamais réellement intéressée à quelqu'un. Elle ne connaissait rien à l'amour, il y avait de quoi être perturbée. Quelqu'un augmenta le volume de la musique et les basses commencèrent à raisonner plus nettement. Les gobelets apparaissaient progressivement dans les mains, jusqu'à ce que le rouge devienne omniprésent dans la pièce. Bellamy, adossé au chambranle, discutait avec Echo, désignant des gens et riant à ce qu'elle lui soufflait à l'oreille. Encore un rapprochement que Clarke n'avait pas vu venir. Elle aurait pourtant dû le savoir. Bell était de ceux qui pouvait être apprécié et se faire respecter de tous. Il n'y avait donc rien d'étonnant à ce qu'il se soit fait une telle place dans la colocation. Si elle était celle qui avait rassemblé et cimenté le groupe, lui était celui qui s'assurait du bien-être de chacun. Et Wells faisait en sorte que les finances roulent et qu'ils ne s'attirent pas de problèmes. A trois, ils étaient bien partis pour faire tenir cette maison debout jusqu'à la fin de leurs études.

L'arrivée fracassante de Monty et Jasper sur le canapé la sortit de ses pensées et elle se retrouva à rire franchement quand le premier la chatouilla, l'autre gardant trois verres à shot hors de portée de ses mouvements saccadés. Essoufflée, elle quitta sa position et allongea les jambes devant elle. Ces derniers temps, elle s'était souvent retrouvée à cacher instinctivement son ventre. D'après la gynécologue qu'elle avait vue il y a peu, elle était enceinte de sept semaines, le bébé ne représentait donc encore qu'un minuscule renflement que ses vêtements ne dévoilait pas. Même lorsqu'elle s'observait dans le miroir après sa douche, elle pouvait se convaincre qu'il était invisible grâce aux formes qu'elle avait toujours eues. Au milieu des autres, elle craignait pourtant parfois d'être démasquée. Tant qu'elle ne verbalisait pas l'existence du fœtus auprès de ses proches, c'était comme s'il n'existait pas et elle n'était pas tout à fait certaine de vouloir qu'il ait une existence. Donc tant qu'elle ne serait pas sûre, tant qu'elle n'aurait pas pris sa décision, il était important que ce secret reste le sien.

- C'est bizarre de te voir dans ton coin. Un problème, Clarkey ?

- Jasper, je t'ai déjà dit de pas m'appeler comme ça.

Haussant les épaules, le grand brun dégingandé lui offrit l'un des verres avant de faire passer le dernier à son ami. Elle avait rencontré ces deux là en cours et depuis ils faisaient partie intégrante des soirées à la coloc. Même s'ils semblaient parfois venir d'un autre monde, ils savaient comment mettre l'ambiance et ils étaient particulièrement gentils. Aujourd'hui, Clarke aurait pourtant préféré qu'ils ne soient pas aussi attentifs à elle. Elle observa l'alcool dans sa main en hésitant alors que le duo avait déjà levé leurs verres pour trinquer. Si elle disait non maintenant, cela attirerait l'attention sur elle. Et puis, un peu de vodka ne pouvait pas faire de mal, n'est-ce pas ? Affichant un sourire factice, elle fit claquer son shot contre celui des autres et l'avala rapidement. L'alcool lui brûla la gorge plus fort que d'habitude, elle grimaça et passa une main dégoûtée sur ses lèvres. Ce n'était pas tant que la boisson était différente, c'était elle qui avait changé même si elle avait encore du mal à l'accepter. Elle se sentait maintenant mal à l'aise d'avoir accepté et c'est seulement quand elle se leva sous prétexte d'aller voir après Wells qu'elle se rendit compte de la main qu'elle avait posée sur son ventre. C'était plus fort qu'elle. Pendant qu'elle fendait la foule, son bras s'enroula plus nettement autour d'elle et elle se rendit compte après avoir été bousculée que cela n'avait cette fois rien à voir avec le fait de se cacher. Elle le protégeait. Ce bébé dont elle ne voulait même pas avouer l'existence, elle le protégeait. Le déclic qui s'opérait en elle fut interrompu par l'ouverture de la porte d'entrée, ou plutôt par l'arrivée de nouvelles personnes. Elle était toujours dans le salon et n'avait pas encore dépassé Bellamy et Echo. Si elle fut choquée de voir le petit groupe qui se massait dans le couloir, ce fut aussi leur cas. Presque aussitôt, le garçon avait carré les épaules et s'était avancé vers Finn qui ouvrait la voie, sa bande dans son sillage. Le plus perturbant n'était pas tellement de voir Finn ici, ce n'était pas la première fois qu'ils partageaient les mêmes soirées. Non, le plus perturbant, c'était de voir Lexa dans son sillage. Elle se tenait juste derrière son épaule, un sourire aux lèvres, mais ses yeux semblaient fuyants. Clarke pouvait dire que quelque chose n'allait pas et elle n'était vraisemblablement pas la seule.

- Qu'est-ce que tu fous ici, Collins ?

La voix de Bellamy était venimeuse et il n'était pas difficile de comprendre qu'il était sur le point de le mettre dehors de force. La blonde n'avait jamais compris ce qu'il avait exactement contre Finn, mais il n'avait jamais caché qu'il le haïssait. C'est à ce moment là qu'elle aurait dû intervenir. Clarke le savait. Finn était son petit ami et elle ne voulait pas qu'il soit impliqué dans une bagarre. Après tout, c'était pour elle qu'il était là. Pour elle qu'il avait bravé la colère de ses amis. Pourtant, elle ne bougea pas car il y avait une part d'elle qui appréciait l'idée qu'il se batte pour avoir le droit d'être à ses côtés. C'était primaire et particulièrement stupide, mais c'était là. Et puis, il y avait aussi la présence de Lexa à ses côtés. Elle repensait à sa théorie, au fait que Lexa pourrait voir quelqu'un, et pendant un moment les deux se superposèrent. Lexa et Finn. D'abord, elle devenait la meilleure amie de Bellamy, puis elle la petite amie de Finn. C'était ridicule, mais dans un accès de paranoïa, Clarke se laissa y croire. Lexa la trahissait. Lexa allait lui voler tout ceux qui lui appartenait. Lexa allait l'abandonner. Elle ne savait pas ce qui était le pire. La réaction de la brune ne lui donna que plus d'éléments pour étayer sa théorie.

- Du calme, Bell. C'est moi qui lui ait dit de venir.

Elle s'était placée entre les deux garçons, une main sur le torse de Bellamy pour le retenir. Elle ne touchait pas Finn par contre. Entre eux, il y avait beaucoup d'espace et depuis son mouvement elle semblait plus se recroqueviller à proximité de Bellamy plutôt que de l'empêcher de s'approcher de Finn. La colère qui couvait n'était pourtant pas apaisée. Clarke s'approcha finalement, rejoignant Echo, Raven et Wells qui semblaient assurer les arrières de leur ami. Elle fixa un instant le sourire goguenard de Finn, puis croisa le regard mal à l'aise de Lexa, et enfin elle leva la tête pour voir les mâchoires tendues de Bellamy. Pourquoi ne comprenait-elle pas ce qui se passait réellement ici ? Lincoln arriva de la cuisine et, n'ayant visiblement rien suivi à la scène, se glissa entre Lexa et Finn tel un bouclier humain, comme si elle était celle qui avait besoin d'être protégée ici.

- C'est quoi ce bordel ?

Il grondait plus qu'il ne parlait, mais Clarke savait que c'était juste de l'intimidation. Lincoln n'avait jamais aimé la violence et il préférait généralement user intelligemment de son corps massif pour faire fuir les gens plutôt qu'avoir à les frapper. Ce nouveau pion dans le jeu fit cette fois réagir plus clairement Lexa qui redressa les épaules et reprit la position centrale.

- C'est juste un malentendu. On... On bosse ensemble avec Finn. Il est sympa, loin de ce que vous pensez. Je lui ai proposé de venir à la soirée pour que vous puissiez le comprendre vous aussi. A force d'écouter les rumeurs, on se trompe sur les gens.

- Lexa... Est-ce qu'il t'a fait quoi que ce soit ?

- Non. Bien sûr que non !

Bellamy restait suspicieux, mais il se calma légèrement. Lincoln lui recula carrément d'un pas et un sourire passa sur ses lèvres. Personne n'avait vu l'hésitation qui était passé dans le regard de Lexa. Personne n'avait compris qu'elle venait de laisser passer une chance de dire quelque chose d'important. Personne sauf Clarke qui pourtant ignora ce fait et jeta sur elle un regard glacé avant de se détourner vers Finn. Elle n'était pas heureuse de le voir ici. Elle aurait dû l'être pourtant, c'était une chance de voir son petit ami être enfin accepté par le groupe, mais elle était incapable de se réjouir parce qu'elle devait tout ça à Lexa. Lexa qui se faisait lointaine, trafiquait quelque chose dans son dos et la forçait à mélanger ses mondes un peu trop à son goût. Mais puisque Finn était là, elle allait faire avec et tâcher de tourner la situation à son avantage.


Elle enchaînait les verres. Affalée sur l'une des chaises de la cuisine, elle s'appliquait à vider la bouteille de liqueur qu'elle avait trouvé sur la table. Ce truc avait un goût affreux et il lui donnait l'impression de faire couler de la lave dans son œsophage, mais elle espérait qu'il lui frapperait la tête vite et fort. Pour la première fois, elle avait vraiment envie d'être ivre. Si elle se foutait en l'air, elle pourrait légitimement passer une partie de la soirée à vomir dans la salle de bain avant de s'évanouir sur le sol de sa chambre. Actuellement, c'était son programme favori. Tout aurait été mieux que de devoir prétendre être amie avec Finn. Elle siphonnait son cinquième verre quand il lui fut arraché, la moitié tombant sur son t-shirt dans la manœuvre. Elle grogna et décolla le tissu froid de sa poitrine avant de lever les yeux vers celui qui tenait toujours le verre. Finn. Bien sûr. Lexa ravala sa remarque grinçante et attendit simplement qu'il parle.

- Qu'est-ce que tu fous, putain ? Tu crois que c'est malin de te bourrer la gueule ? C'est un coup à ce que tu ailles tout balancer à tes potes. Je me suis mouillé dans cette histoire et je vais pas laisser une petite garce tout foutre en l'air parce qu'elle craque un peu sous la pression.

Il avait saisi son col, la forçant à se redresser pour soulager son cou de la pression du tissu.

- Où est la marchandise ? Puisque je suis là, je vais en profiter pour faire quelques affaires.

L'idée que des gens qu'elle connaissait puissent consommer une drogue qu'elle avait fournie effrayait Lexa. Jusqu'ici, elle avait plutôt bien réussi à garder cette partie de l'affaire hors de son esprit. C'était une façon de se protéger que de ne pas penser aux conséquences, mais là elle y était directement confrontée. Finn allait vendre cette saloperie à des personnes qu'elle considérait peut-être comme des amis et elle ne pouvait rien y faire. Elle ne chercha même pas à lutter, elle désigna juste le sac à dos qui était au sol.

- Je préfère ça.

Il la lâcha tout aussi rudement qu'il l'avait attrapé et elle se laissa tomber sur la chaise en massant sa gorge pendant qu'il fouillait son sac pour sortir le carton de Rouge. Seulement quelques fioles furent dispersées dans ses poches, le reste se retrouva dans les mains de l'un de ses suiveurs, un type qu'elle avait souvent vu, mais dont elle ne connaissait pas le nom.

- Et maintenant, tâche de te reprendre. Je voudrais pas avoir à t'amocher parce que tu fous n'importe quoi.

Jusqu'ici, Finn n'avait jamais été réellement menaçant. Il n'était pas tendre, mais c'était généralement plus un jeu quand il jouait les durs. Ici, pour la première fois, elle avait vraiment eu peur de lui. Il n'était plus juste une menace pour son existence, mais bien une menace physique. Et elle, elle venait de le faire entrer dans son groupe, lui ouvrant la porte de sa maison. C'était comme faire entrer un loup dans une bergerie.