NA :

Désolée pour ce long retard, j'espère que ce chapitre vous plaira et que d'autres personnes à part Rikurt36 et Sissi1789 lisent cette histoire ! Je ne perds pas courage à ce que vous vous décidiez à me donner votre avis sur cette fiction :D

Chapitre 4

Quand Sebastian se réveilla, la pièce tanguait autour de lui. Il mit quelques minutes avant de comprendre où il se trouvait. Les murs blancs, la décoration inexistante, les draps blancs également, et surtout les bip-bip réguliers des machines autour de lui. Il repéra alors sa jambe dans le plâtre, et quand il essaya de bouger, il eut l'impression que son corps avait été roué de coups. C'est à cet instant qu'il se rappela les coups de poing de Bradley dans son ventre, sa fuite et enfin la voiture qui arrivait sur lui dans un crissement de pneus. La porte de la chambre s'ouvrit sur un homme en blouse blanche qu'il reconnut tout de suite. Le médecin de son père, celui qu'il avait vu à la salle de musculation.

-Bonjour, lui sourit le jeune homme. Ça fait du bien de vous voir enfin réveillé.

Sebastian put enfin observer le jeune médecin de près. Il avait des cheveux châtains plutôt en bataille. Ils n'étaient pas trop courts, ce qui adoucissait son visage. Il avait un sourire calme, posé, mais qui n'en restait pas moins très charmant. Il ne faisait pas un de ces faux sourires qu'arboraient souvent les médecins pour rassurer les patients, on sentait que le sien était sincère. Il pouvait également aisément imaginer que le jeune homme était aussi grand que lui, peut-être même quelques centimètres de plus, et il avait une silhouette élancée et un corps mince. Il gardait également une petite barbe de quelques jours qui le vieillissait un peu mais lui allait très bien.

-Ça fait combien de temps que je suis ici ? demanda Sebastian .

-Trois jours. Vous vous rappelez de moi ?

-Raphaël Moore. Vous vous êtes occupé de mon père. Et vous faites de la musculation.

Raphaël esquissa un sourire, et Sebastian le lui rendit malgré lui. Il n'avait aucune envie de sourire. Il imaginait à nouveau Bradley en train de lui donner des coups dans les côtes, en train de l'insulter de tous les noms. Il ferma les yeux pour chasser cette image et Raphaël vint s'asseoir sur la chaise près du lit.

-Et si vous me racontiez ce qui s'est passé ?

Sebastian déglutit.

-A propos de cette voiture.

-Rien du tout, mentit Sebastian. J'ai voulu traverser la route, j'étais vraiment épuisé et je n'ai pas fait attention. Quand j'ai vu la voiture arriver, je n'ai pas eu le temps de m'écarter. Et maintenant, je me retrouve ici.

Il grimaça quand il essaya de tourner la tête.

-Je peux ajouter une dose de morphine si vous souffrez trop.

-Non, ça ira, merci. C'est vous mon médecin ?

-Non, c'est le Docteur Gordon. Elle va certainement passer vous voir. Elle vous expliquera plus en détail ce que vous avez comme blessures.

-Dites-moi juste combien de temps je vais être coincé ici.

-Vous allez devoir garder votre plâtre à la jambe encore deux semaines, puis vous verrez un kiné pour pouvoir remarcher correctement. Je dirais trois semaines, un mois peut-être.

Sebastian soupira.

-Super…

-Oh Sebastian, tu es réveillé !

Sa mère accourut dans la chambre et Sebastian se tourna vers Raphaël.

-Qu'est-ce qu'elle fait ici ?

Il ne répondit pas et Katherine s'approcha de lui.

-Mon chéri, je…

-Sors de là.

Sa mère ouvrit de nouveau la bouche mais Sebastian la coupa.

-Je n'ai aucune envie de te voir, tu le sais très bien. Alors rentre chez toi. Je suis sûr que papa t'y attend.

-Sebastian, je t'en prie…

-J'ai dit, sors ! répéta Sebastian en haussant le ton.

Katherine ferma les yeux avant de tourner les talons et de disparaître dans le couloir. Il se tourna de nouveau vers Raphaël, qui fronçait les sourcils.

-Quoi ?

-Vous n'avez pas l'impression d'être un peu dur avec elle ?

-Vous ne connaissez rien de ma vie, alors je ne crois pas que vous ayez votre mot à dire.

Raphaël se leva en écartant les bras.

-Très bien, pas besoin de vous énerver ! Je ne me mêlerais plus de ce qui ne me regarde pas. Je vais vous laisser maintenant.

Sebastian ouvrit la bouche pour l'arrêter mais le médecin était déjà sorti. Pourquoi est-ce qu'il avait le don pour tout gâcher ? Il ne connaissait pas ce Raphaël, mais il sentait que celui-ci avait voulu essayer de l'aider. Il soupira, ce qui lui donna mal aux côtes. Personne ne pouvait l'aider. Il n'avait à nouveau qu'une seule envie : rester terré chez lui et boire jusqu'à finir endormi sur son divan. Mais dans son état, ça risquait d'être difficile. Peut-être que finalement son séjour à l'hôpital serait une bonne chose, si ça pouvait l'éloigner de l'alcool et de sa vie un moment.

OoOoOoOoO

Les jours qui suivirent, Katherine tenta plusieurs fois de revenir voir son fils, sans résultat. Sebastian n'avait plus envie de lui parler, pas après ce qu'elle lui avait fait avec son père. Raphaël venait également souvent le voir dans la journée. Sebastian avait réussi à s'excuser de lui avoir parlé de cette façon. Le médecin ne semblait pas lui en vouloir. Pendant plusieurs jours, ils firent ainsi plus ample connaissance. Raphaël lui parla de ses études de médecine, de sa famille et de Lucy, sa colocataire et meilleure amie, qui travaillait également à l'hôpital en service pédiatrie. De son côté, Sebastian avait du mal à parler de lui. Quand il expliqua qu'il avait fait des études de chant et de musique, Raphaël fut étonné qu'il travaille dans un restaurant. Sebastian resta évasif sur ce sujet, expliquant juste qu'il était difficile de trouver du travail dans ce milieu. A de nombreuses reprises, Raphaël lui posa des questions sur ses parents. Sebastian lui fit comprendre qu'il avait de mauvaises relations avec son père, ce qui altérait ses relations avec Katherine, qui était du genre à défendre son mari. Mais quand le jeune homme lui proposa d'essayer de renouer ses liens avec elle, Sebastian refusa vivement. Il ne voulait plus rien avoir à faire avec ses parents, même si sa mère semblait vraiment inquiète pour lui.

Il repensait également souvent à son accident, et peu à peu, ce qu'il avait fait lui paraissait absurde. Il se rappelait très bien avoir vu la voiture en avance, et n'avoir rien fait pour l'éviter. Il ne s'expliquait pas son geste. Il avait déjà voulu mourir, se disant que la mort serait plus simple à supporter que son existence. Mais à chaque fois il revenait à la raison et comprenait qu'il n'avait pas le droit de faire ça. Mais ce soir-là, il avait eu si peur. C'était peut-être cette peur incontrôlable qui l'avait saisi qui l'avait poussé à ne pas essayer de s'écarter de la route. Même s'il détestait sa mère, il ne pouvait pas lui faire une chose pareille. Elle ne méritait pas de perdre son seul fils d'une telle façon.

Raphaël avait cherché à savoir ce qui s'était passé ce soir-là, mais à chaque fois Sebastian refusait de se confier. Il ne pouvait tout simplement pas lui dire qu'il s'était fait tabasser parce qu'il était gay et qu'il avait couru sur la route pour échapper à ses agresseurs, puis qu'il avait refusé de broncher quand il avait vu une voiture foncer sur lui. Raphaël allait le prendre pour un vrai demeuré.
Théo était lui aussi venu lui rendre visite. Ils avaient discuté un long moment. Sebastian lui avait demandé des nouvelles de son grand-père, qui était à l'hôpital en même temps que lui. Ils avaient également discuté du restaurant et des derniers ragots sur les collègues et les clients. Pas une seule fois Théo n'avait abord le sujet de son accident, et il lui en avait été très reconnaissant. Il n'aimait pas en parler, surtout que la nuit, il lui arrivait de faire des cauchemars où Bradley lui faisait subir les pires tortures qui existaient pour lui faire regretter d'être gay. Il se réveillait souvent en haletant au milieu de la nuit, et ne pas pouvoir bouger commençait à le rendre fou. Quand il était anxieux, il avait besoin d'aller marcher, de prendre l'air. Ici, il en était incapable, et il détestait ça. Il demandait souvent aux infirmières de laisser la fenêtre de sa chambre ouverte, pour qu'il puisse sentir l'air sur son visage.

Quelques jours après son réveil, Nick et Jeff étaient venus le voir. Sebastian avait failli fondre en larmes quand il avait vu ses deux amis sur le pas de la porte.

-Salut, Seb, avait lancé Nick.

-Je vous aurai bien serré dans mes bras, les gars, mais je crois que je vais avoir du mal. Je vous dois des excuses, avait-il murmuré en baissant les yeux. J'aurais pas du disparaître comme ça…

-Tais-toi, l'avait coupé Jeff.

Ils s'étaient approchés de lui.

-Je suis vraiment…

-Arrête de t'excuser, avait dit Nick. Mais surtout, ne fais plus jamais une chose pareille.

Ses deux amis lui avaient lancé un grand sourire et la distance entre eux avait immédiatement disparu. Jeff et Nick s'étaient assis près de lui et ils avaient discuté un long moment. Sebastian ne leur avait pas parlé de Bradley. Ses amis savaient ce qui lui était arrivé à la fête de son école, mais il ne se sentait pas près à leur dire qu'un de ses agresseurs l'avait retrouvé. Nick lui fit promettre qu'une fois qu'il serait sorti de l'hôpital, ils rattraperaient le temps perdu ces derniers mois. Avant de partir, Jeff s'était lui aussi excusé de ne pas avoir insisté et d'avoir laissé leur meilleur ami seul, mais Sebastian avait été clair là-dessus, ils n'avaient rien à se reprocher, c'était lui qui avait mal réagi en s'isolant d'eux. Il avait tout fait pour les éviter et il se rendait maintenant compte à quel point il avait été idiot.

OoOoOoOoO

On lui enleva son plâtre au bout de deux semaines. Il se sentait libéré. Sa jambe était enfin rétablie, et trois jours plus tard, il commença la rééducation avec une kiné, une jeune femme blonde qui n'arrêtait de le dévorer des yeux dès qu'elle le voyait. Mais Sebastian était complètement insensible à ses charmes, ce qui déplaisait beaucoup à la jeune femme. Il était surtout très heureux de pouvoir sortir de son lit. Il avait toujours un peu mal aux côtes dès qu'il bougeait trop et les croûtes qui étaient apparus sur ses coudes et ses jambes le démangeaient. Il passait son temps à se faire taper sur les doigts par les infirmières parce qu'il essayait de se gratter. Il aurait aimé pouvoir marcher, mais il n'en était pas encore capable. Alors, Raphaël le baladait en fauteuil roulant dans l'hôpital. C'était souvent lui qui l'emmenait jusqu'à la salle de rééducation où l'attendait Paloma, sa kiné. Il se sentait peu peu renaître au fur et à mesure qu'il allait mieux. Au bout d'environ cinq jours de séances de rééducation, il commençait à pouvoir se lever et s'appuyer sur sa jambe. Cela faisait maintenant presque trois semaines qu'il était à l'hôpital quand il put enfin revoir la lumière du soleil. Ce matin-là, Raphaël était venu le chercher avec son fauteuil et l'avait emmené dans le parc de l'hôpital.

-Ça fait un bien fou de pouvoir sortir !

-N'est-ce pas ? sourit Raphaël. Je me suis dit que ça vous ferait plaisir.

-C'est super, merci beaucoup ! J'ai hâte de pouvoir remarcher.

-Vous faites des progrès rapides avec Paloma, ça ne devrait pas trop vous poser de problème.

Sebastian sourit, mais il voyait bien que le jeune homme semblait contrarié.

-Cette Paloma est très charmante d'ailleurs.

Sebastian haussa un sourcil. Il rêvait, où Raphaël était jaloux ? Non, impossible. C'était idiot.

-C'est vrai, mais elle n'est pas mon genre.

-Vraiment ?

Sebastian rigola.

-Pourquoi vous riez ?

-Non, pour rien.

Il rêvait forcément. Ça ne pouvait pas être du soulagement qu'il entendait dans sa voix. Le jeune médecin devait simplement s'inquiéter pour lui.

-Docteur Moore ?

-Je vous ai déjà dit de m'appeler Raphaël.

-D'accord, doc… Raphaël. Pourquoi vous faîtes ça ?

-Faire quoi ?

-Venir tout le temps me voir, vous occuper de moi, tout ça. Je vous fais pitié, c'est ça ?

Raphaël arrêta le fauteuil et se pencha vers lui.

-Pitié ? Vous êtes dingue. Ce n'est en aucun cas de la pitié. Je vous trouve simplement sympathique.

Sympathique ? Cela faisait bien longtemps que personne ne l'avait trouvé sympathique.


Raphaël n'arrêtait pas de repenser à sa conversation dans le parc avec Sebastian la veille. Il ne savait pas ce qui lui était venu à l'esprit en parlant de Paloma. C'était complètement idiot, mais il n'avait pu s'empêcher de ressentir un pincement au cœur quand il avait vu la kiné faire les yeux doux au jeune homme. Mais ce qui était encore plus idiot c'est le soulagement qu'il avait ressenti quand Sebastian avait dit qu'elle n'était pas son genre. Mais quel était son genre, alors ? IL secoua la tête et s'observa dans la glace. Il se préparait pour le dîner. Ce soir, il rencontrait Ben qui venait manger chez eux. Lucy voulait absolument qu'ils se rencontrent, elle ne pouvait pas imaginer avoir un petit ami sans qu'il ne connaisse son meilleur ami. Il ressentait toujours de la culpabilité quand il pensait qu'il n'avait jamais parlé de Sebastian à Lucy Petit à petit, ils étaient en train de devenir amis, et même s'il ne savait pas si ce début d'amitié allait continuer après que Sebastian soit rentré chez lui, Lucy aimerait être au courant des fréquentations de Raphaël. Mais il ne voulait pas lui en parler, car il était sur qu'elle allait sauter sur l'occasion pour faire des sous-entendus sur Sebastian et lui. Lucy s'était mis en tête depuis longtemps de trouver un copain pour Raphaël, et il savait bien que Sebastian répondait aux critères de la jeune femme : séduisant, jeune et gentil. Elle n'allait pas hésiter à tout faire pour en savoir plus sur lui.

-Bon, qu'est-ce que tu fous là-dedans ? Viens m'aider !

Raphaël finit de se coiffer à la va-vite et rejoignit son amie dans la cuisine.

-T'en as mis du temps.

-Je réfléchissais.

-Tu réfléchiras plus tard. Mets la table s'il te plaît, il va pas tarder.

-Tu sais, on ne reçoit pas la reine d'Angleterre. Pas besoin d'être si angoissée.

Elle s'arrêta de touiller la sauce pour se tourner vers lui.

-C'est mon petit ami, et il vient ici pour la première fois, alors je veux…

Raphaël la coupa d'un geste de la main et vint poser ses mains sur ses deux épaules.

-Ça va très bien se passer. L'appartement est bien rangé, tu es très belle, tu as bien cuisiné et tu as un colocataire génial. Alors détends-toi.

Lucy lui donna une tape sur l'épaule avant de rire. Il savait qu'utiliser l'humour marchait très bien sur elle. Il espérait d'ailleurs que son copain en fasse usage également.

-Un colocataire génial ?

-Parfaitement ! rit Raphaël. Bon allez, je mets la table.

Il joignit le geste à la parole et dix minutes plus tard la sonnette retentit.

-J'y vais ! lança-t-il.

Il entendit Lucy se précipiter vers l'entrée mais il était déjà devant la porte et lui fit un clin d'œil. Il ouvrit et fit un grand sourire au jeune homme qui tenait un bouquet de fleurs d'une main et une bouteille de vin de l'autre.

-Bonjour ! Je me présente, Benjamin.

-Je t'en prie, entre.

Benjamin lui tendit la bouteille pour pouvoir lui serrer la main.

-Raphaël. Enchanté.

-Ben ! s'exclama Lucy en s'approchant.

Benjamin lui tendit le bouquet de fleurs.

-Oh, merci beaucoup, elles sont magnifiques !

-Toi aussi, sourit-il.

Raphaël rit intérieurement. Un vrai charmeur, celui-là. Mais il avait l'air sympa. Il savait que Lucy attendait beaucoup de ce dîner.

-Et si on s'installait sur le divan ? Proposa-t-il.

OoOoOoOoO

-Alors, parle-moi un peu de toi, demanda Raphaël pendant le dîner.

-Je t'en ai déjà dit pas mal, lui rappela Lucy, nerveuse.

-Il paraît que tu travailles dans une agence de voyages ?

-C'est ça, acquiesça Ben. Je travaille dans des bureaux, ce n'est pas forcément très excitant, mais j'aime ce métier. Proposer aux gens des voyages extraordinaires, les faire s'évader de leur quotidien, je trouve que c'est une belle cause.

-Et puis, Ben a la fibre commerciale, sourit Lucy.

-C'est vrai, acquiesça-t-il. Je suis comme mon père, j'ai le sens du commerce. Et toi, tu es chirurgien alors ?

-Oui, en service cardiologie principalement, mais aussi en général. Bientôt, Lucy sera aussi une titulaire.

-Oui, c'est vrai, plus que deux ans, c'est bien ça ?

-C'est ça, sourit Lucy. Je serai ton égale !

-On verra ça, rigola-t-il. Bon alors, racontez-moi, comment vous vous êtes rencontré ? Lucy m'a dit que c'était à l'hôpital.

-Ma sœur a eu un bébé dernièrement, mais il est né prématuré.

-Oh, de beaucoup ?

-Non, seulement un mois, mais ma sœur a du rester à l'hôpital un moment, alors je venais régulièrement la voir, et à chaque fois je croisais Lucy. La première fois, on s'est bousculé dans le couloir, elle était plutôt pressée, puis on se jetait des regards dès qu'on s'apercevait, expliqua-t-il en souriant à la jeune femme.

-Mais c'était ta patiente, sa sœur ?

-Non, c'était un de mes collègues qui s'en occupait, répondit-elle, mais on se voyait quand même souvent dans le couloir.

-Et j'ai fini par tenter ma chance en lui proposant un café.

-Que j'ai refusé parce que j'avais trop de boulot, pouffa Lucy.

-Mais je n'ai pas laissé tomber aussi facilement. Au bout de trois essais, j'ai enfin réussi à t'emmener boire ce café.

-Qui s'est très vite suivi d'un dîner. Enfin bref, de fil en aiguilles…

-Me voilà, sourit Benjamin.

-C'est une belle histoire je trouve, dit Raphaël. Je suis content de te connaître, vraiment, et content pour Lucy aussi.

-Moi aussi, j'avais hâte de te rencontrer, Lucy parle tout le temps de toi, et puis, je voulais voir où vous habitez aussi. Je trouve qu'il y a une bonne ambiance dans cet appartement, ça me plaît.

-Tant mieux, sourit-il. Et si j'allais chercher le dessert ? Je reviens tout de suite.

OoOoOoOoO

-Alors ? Demanda Lucy en passant sa tête dans la chambre de Raphaël, qui rangeait quelques affaires.

-Alors, je le trouve très gentil.

En effet, ils avaient discuté toute la soirée et Ben n'était parti qu'il y a environ une demi-heure.

-En plus, il a de l'humour, ça, c'est ce qu'il te faut. Et de l'humeur léger, vraiment parfait.

-Je suis contente que tu l'aimes bien, sourit-elle en s'asseyant sur le lit.

-Et toi, tu l'aimes bien ? demanda-t-il en la rejoignant.

-Je crois bien oui. Au plus je le vois, au plus je le connais, et au plus je l'apprécie. C'est le type d'homme que je recherche.

Raphaël se pencha et lui déposa un baiser sur le front.

-Je suis content pour toi. Vraiment. Ça a l'air d'être un type bien.

Il l'avait trouvé très intéressant. Le jeune homme était cultivé, ce qui rendait la conversation agréable.

-Bon allez, je vais dormir, dit Lucy en se relevant. Bonne nuit !

-Bonne nuit Lucy.

OoOoOoOoO

Quand Raphaël arriva à l'hôpital le lendemain matin, il alla directement rendre visite à Sebastian. Celui-ci était en train d'essayer de descendre de son lit.

-Qu'est-ce que vous faites ! s'exclama Raphaël en accourant vers lui.

Il l'attrapa par les bras et l'obligea à se rasseoir.

-Vous arrivez toujours au bon moment vous. J'ai juste envie de prendre l'air, j'en ai assez d'être enfermé dans cette piaule.

-C'est pas une raison pour sortir tout seul. Bougez pas.

Raphaël partit chercher un fauteuil roulant et trouva Sebastian assis sur le lit, les yeux dans le vide. Il l'aida à s'asseoir sur le fauteuil et le traîna dehors sans rien dire. Il attendit d'être éloigné des autres patients qui se baladaient dans le parc avant d'oser reprendre la parole.

-Qu'est-ce qui se passe ?

-J'ai simplement mal dormi, marmonna le jeune homme. J'en ai marre d'être ici.

Ce type était vraiment lunatique. Un jour il semblait heureux et le lendemain il devenait froid et distant. Ils s'arrêtèrent près d'un banc où Raphaël put s'asseoir.

-Ça vous arrive souvent de mal dormir ?

-Vous n'êtes pas mon psy.

Cette remarque blessa légèrement Raphaël, mais il ne fit aucun commentaire.

-J'ai eu une idée, dit-il.

-Une idée ?

-Oui. On ne se connaît que depuis deux semaines, je suis d'accord là-dessus, commença Raphaël, mais on a tout de même bien fait connaissance. Je me disais, c'est peut-être idiot de ma part, qu'on était dans... un début d'amitié. Je me trompe ?

Sebastian resta silencieux quelques instants.

-Pourquoi vous parlez au passé ?

-Parce que si vous refusez de me faire confiance et e vous confier à moi, on ne pourra pas être amis. Alors, je me suis dit qu'on pourrait déjà faire un pas en avant. On pourrait se tutoyer.

Sebastian leva des yeux surpris vers lui.

-On a été bête de ne pas y penser avant, finit-il par dire. C'est juste que vous êtes médecin, et…

-Tu n'es pas mon patient, on fait ce qu'on veut.

Raphaël se sentit bizarre de tutoyer Sebastian. C'était comme s'il y avait un nouveau lien entre eux.

-Bon, très bien, accepta Sebastian en souriant. L'idée me plaît bien. Et comme ça, ça fera moins psy quand tu me poseras des questions.

-Tu veux que je la répète ? Ma question.

Sebastian haussa les épaules.

-Ça m'arrive parfois de faire des cauchemars. Mais ne me demande pas ce qui s'y passe, je ne te répondrai pas pour le moment.

-D'accord, acquiesça Raphaël.

Il sentait que le jeune homme commençait à lui faire confiance, ça ne servait à rien de le brusquer. Il lui en parlerait si un jour il en avait l'envie.

-Pourquoi est-ce que tu veux être ami avec moi ? La dernière fois, tu as dit que tu me trouvais sympathique, mais… pourquoi ?

Raphaël resta immobile quelques secondes. Il ne savait pas lui-même vraiment pourquoi il restait tant auprès de lui.

-Pourquoi pas ? finit-il par dire dans un sourire.

OoOoOoOoO

Une semaine plus tard, quand Raphaël entra dans la chambre de Sebastian, celui-ci semblait déterminé, assis sur son lit.

-Ce soir-là, j'ai couru sur la route pour échapper à mes agresseurs

Surpris, Raphaël fronça les sourcils et vint s'asseoir à côté de lui.

-Tes agresseurs ?

-Comme tu le sais, j'ai fait une école de musique. A la fête de fin d'année, des types s'en sont pris à moi et m'ont tabassé avant de me laisser pour mort.

-Mais pourquoi ont-ils fait ça ? demanda Raphaël en serrant les poing.

Une colère noire s'emparait de lui quand il entendait ça.

-Parce que je suis gay.

Raphaël en tomba des nues.

-Ne me dis pas que tu es aussi homophobe… commença Sebastian.

-Non, pas du tout !

Il n'en revenait pas. Mais il aurait le temps e repenser à ça plus tard. Pour le moment, il voulait savoir ce qui était arrivé à Sebastian.

-Un de ces types m'a retrouvé l'autre soir au Cordon Bleu, par hasard. Quand il m'a vu il a de nouveau voulu me frapper, avec d'autres gars.

-Ils l'ont fait ? Ils t'ont frappé ?

Sebastian acquiesça. Il semblait si petit et fragile à cet instant, recroquevillé sur son lit. Raphaël se surprit à vouloir le prendre dans ses bras, mais Sebastian y verrait sûrement un signe de pitié, alors que ce n'était pas ça qu'il ressentit. C'était surtout de la colère contre ce type qui l'avait fait souffrir deux fois de suite et avait failli causer sa mort.

-Alors j'ai voulu m'enfuir et j'ai couru sur la route.

Sebastian s'arrêta de parler un instant.

-Je pourrais te le cacher, Raphaël, mais je préfère jouer franc-jeu avec cette voiture est arrivée, j'étais tétanisé et je me suis dit...
Il semblait avoir du mal à avouer ça, même si Raphaël s'en doutait déjà.

-Je me suis dit que ce serait plus simple de ne pas bouger.

Sebastian s'attendait certainement à un excès de colère, alors il enchaîna :

-Mais j'avais tellement peur ! Au fond, je ne voulais pas mourir, mais… Attends, tu n'as pas l'air surpris.

Raphaël lui raconta le témoignage du conducteur du véhicule et ce que sa mère lui avait confié.

-Ma mère… est venue ici, quand j'étais inconscient ?

-Oui, elle a passé une nuit entière avec toi, et elle m'a confié ses inquiétudes à ton sujet. Tu sais, ça se voit qu'elle t'aime. Je ne sais pas ce qu'a fait ton père pour que tu le déteste autant, mais ta mère tient à toi.

-Elle ne le montre pas.

-Tu devrais essayer de discuter avec elle. De lui reparler, au moins pour voir ce que ça fait. Mais avant ça, je veux que tu me promettes une chose.

-Tout ce que tu veux.

-Tu ne penses plus jamais à ça. A mourir. Ta vie vaut la peine d'être vécu, alors ne la gâche pas.

Sebastian acquiesça.

-Je te le promets.

OoOoOoOoO

Les jours suivants, ces aveux les rapprochèrent. Petit à petit, Sebastian lui raconta les conflits avec son père. Raphaël ne pouvait pas imaginer comment un père pouvait parler de la sorte à son fils. Il n'en revenait pas. Il finit par le convaincre de se réconcilier avec sa mère. Il l'appela et lui demanda de venir à l'hôpital avant de seulement la prendre dans ses bras. Raphaël avait assisté à la scène depuis le couloir. Ils n'avaient rien dit, s'étaient juste serrés l'un contre l'autre. Depuis, Katherine venait souvent voir son fils, et ne parlait jamais de son mari. Raphaël était surpris de ne plus se sentir jaloux quand Paloma faisait de grands sourire à son ami. Maintenant qu'il savait que Sebastian était comme lui, il se sentait plus léger.

D'un autre côté, il se sentait coupable. Sebastian lui avait tout raconté à propos de lui, mais Raphaël, lui, ne s'était jamais confié. Il n'avait même pas parlé à Sebastian de son homosexualité. Il ne savait pas pourquoi, mais il n'arrivait pas à confier ça à son ami. Et il n'avait d'ailleurs toujours pas parlé de Sebastian à Lucy. Si la jeune femme apprenait son existence, elle allait le détester. Il se promit de vite lui en parler.


Après un mois d'hospitalisation, le docteur Gordon accepta enfin de le laisser sortir. Elle passait le voir tous les jours et était très contente des progrès de Sebastian. Il pouvait enfin marcher, même s'il lui arrivait de sentir encore des douleurs cuisantes dans sa jambe. La fracture s'était très bien rétablie, rapidement d'ailleurs, et il pouvait rentrer chez lui. Pourtant, même s'il en avait vraiment assez de rester enfermé dans cette chambre, il ressentait un pincement au cœur.

-Tu es prêt ? demanda Raphaël qui venait d'entrer dans la chambre.

Sebastian se tourna vers lui. Il venait juste de finir son sac. C'était sa mère qui lui avait emmené des habits dans une valise, dès qu'il avait accepté de lui reparler.

-Oui, répondit-il en s'asseyant sur son lit une dernière fois. Finalement, ce lit va me manquer, il était plutôt confortable.

Raphaël sourit légèrement, mais Sebastian voyait bien que ce n'était pas un de ces sourires francs que lui montrait d'habitude son ami.

-Quelque chose ne va pas ? demanda-t-il.

-Non, c'est juste que… ça fait bizarre que tu t'en ailles, lâcha Raphaël.

-Tu n'es pas content que je sois enfin rétabli ?

-Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Je viens te voir tous les jours, on se balade dans le parc. Maintenant, je n'aurai plus personne avec qui faire ça.

-Oh.

Sebastian n'avait pas vu les choses sous cet angle. Serait-ce possible qu'il manque au jeune homme ? Non, il avait seulement peur de s'ennuyer.

-Tu as toujours beaucoup de boulot, tu ne vas pas t'ennuyer, et puis, tu trouveras bien un autre patient avec qui passer du temps.

Raphaël parut décontenancé par sa réponse, mais haussa simplement les épaules. Sebastian se leva et donna une tape sur le lit.

-Allez, au revoir, mon pote. J'espère qu'on se reverra pas de sitôt, dit-il.

Raphaël rit.

-Tu parles au lit maintenant ?

-Pourquoi pas ? sourit Sebastian. Bon allez, faut y aller. Ma mère attend devant l'entrée.

Il prit son sac avant de se rendre à 'accueil où l'infirmière lui fit signer des papiers de sotie. Raphaël l'accompagna jusqu'à l'entrée de l'hôpital. Il sentait toujours une douleur diffuse dans sa jambe, malgré les médicaments qu'on lui avait prescrits.

-Rentre bien, lui dit Raphaël.

-Ouais, t'inquiète pas.

Un médecin s'approcha d'eux.

-Trauma aux urgences, on va avoir besoin de toi.

En effet juste après on bippa Raphaël qui soupira.

-Je vais devoir y aller. On s'appelle ?

-Pas de souci.

Raphaël commença à s'éloigner mais Sebastian le rappela.

-Raphaël ?

-Hum ?

-Merci pour tout.

Les épaules de Raphaël s'affaissèrent.

-De rien.

Sans un mot de plus, il s'éloigna dans le couloir. Décontenancé, Sebastian fronça les sourcils. Il avait dit quelque chose de mal ? Il haussa les épaules et sortit de l'hôpital. Sa mère l'attendait sur le parking.

-Tu es prêt ?

Sebastian hocha la tête et monta dans la voiture Le trajet se fit en silence pendant quelques minutes. Il y avait souvent de grands blancs quand il était avec sa mère. Il avait toujours du mal à discuter avec elle sans penser à son père. Il n'avait plus de nouvelles de Josh. Son père n'était pas venu le voir à l'hôpital, et d'ailleurs il s'en fichait royalement. Il ne voulait plus entendre parler de lui.

-Tu pourras conduire dans combien de temps ? demanda Katherine.

-Une semaine je pense.

-Comment vas-tu faire pour ton travail ?

-Aucune idée.

-Si tu veux que je t'y emmène.

-Maman, tu ne vas pas m'emmener travailler tous les matins ! De toute façon, je suis encore en arrêt maladie quelques temps. Il ne faut pas que je force trop.

Le silence revint.

-Tu sais, Sebastian, je suis vraiment désolée. J'aurais…

-Arrête, maman. Je t'ai déjà dit qu'on ne parlait plus de tout ça.

-Je sais que ton père t'a déçu, mais…

-Déçu ? On a dépassé ce stade.

Sebastian se passa une main dans les cheveux.

-Je ne veux pas parler de lui.

Katherine hocha la tête.

-D'accord. Tu es trop en colère, je comprends.

OoOoOoOoO

Sebastian ouvrit la porte de l'appartement. Cela faisait si longtemps qu'il n'était pas venu ici ! L'habitation était toujours aussi mal rangée. Tout était en vrac, il y avait des bouteilles d'alcool et ça sentait le renfermé . Il posa sa valise et referma la porte derrière lui. Il avait empêché sa mère de l'aider à monter es affaires et l'avait obligé à rentrer chez elle. Il ne voulait pas qu'elle voie son appartement dans cet état. Il se dépêcha d'ouvrir toutes les fenêtres pour aérer l'appartement et posa sa valise sur le lit. Il pensa un instant à tout ranger à et nettoyer de fond en comble, mais à peine eut-il défait sa valise qu'il avait de nouveau mal à la jambe. Il s'affala sur le canapé et observa la pièce. Il se dit alors qu'il était peut-être mieux à l'hôpital, finalement. Au moins là-bas il n'était pas seul. Ici, tous les souvenirs de sa triste vie lui revenaient en mémoire. A l'hôpital, il arrivait à ne plus penser à ces soirées passées à boire, se dimanches allongés dans le canapé, et surtout tous ces mecs avec qui il avait passé la nuit. Il repensait à eux dès qu'il regardait son lit, ce qui lui donnait la nausée. Comment avait-il pu être aussi idiot ? Il était incapable de s'attacher à quelqu'un, et il avait beau essayer de changer, sa nature d'égocentrique narcissique revenait à chaque fois au grand galop. Comme si c'était son destin d'être un vrai con. Pourtant, à l'hôpital, il se sentait un peu mieux. Il était obligé d'admettre que la présence de Raphaël l'avait beaucoup aidé. Il se sentait tellement bien en sa compagnie. Il avait même réussi à lui parler de Bradley et de son agression, alors qu'il n'en discutait jamais avec Jeff et Nick.

OoOoOoOoO

Les jours qui suivirent, Sebastian essaya de reprendre une vie normale. Tous les matins il marchait un moment dans le parc près de son immeuble, autant que sa jambe le lui permettait. Il n'avait par contre toujours pas nettoyé son appartement. Pourtant, peut-être que ça l'aiderait à changer de vie.

Il s'interdit toute sortie dans un bar et s'obligea à rester sobre. Mais quelques jours plus tard, ses cauchemars recommencèrent. Dès lors, l'image de Bradley flottait toujours dans son esprit. Le fait de ne pas travailler n'aidait pas. Un soir, il ne put résister à boire un verre de vodka, puis deux ou trois autres suivirent et il passa la journée du lendemain devant la télé avec un atroce mal de crâne Il recommençait à vivre comme un alcoolique mais n'arrivait pas à en sortir.

Pourtant, Jeff et Nick n'arrêtaient pas de prendre de ses nouvelles, et même s'il refusait qu'ils viennent dans son appartement, ils sortaient parfois se balader ou manger dans un restaurant. Sebastian était bien avec eux, mais il ne pouvait s'empêcher de se sentir seul.

De nombreuses fois, il avait failli appeler Raphaël, mais finalement verrouillait son portable et le reposait. Raphaël avait certainement beaucoup de travail, et il se doutait bien que le jeune homme ne voudrait plus passer du temps avec lui maintenant qu'il n'était plus un patient.

La seule fois où ils s'étaient contacté était le jour où Sebastian était rentré chez lui. Raphaël voulait savoir si tout allait bien. Depuis, silence radio, comme si ce début d'amitié du mois dernier ne signifiait rien. D'un côté, Sebastian en était blessé. De l'autre, il comprenait que Raphaël ne veuille pas être ami avec lui. Qui voudrait d'un ami comme lui ? Nick et Jeff ne le laissaient pas tomber juste parce qu'ils se connaissaient depuis très longtemps.

Ce matin-là, Sebastian se rappela qu'il pouvait reprendre le travail, après deux semaines d'arrêt maladie. Il était donc sensé se rendre au Cordon Bleu pour le service du soir. Cette idée lui donnait la boule au ventre. La dernière fois qu'il était allé sur son lieu de travail, il s'était fait tabasser et percuté par une voiture avant de finir un mois à l'hôpital. Mais il n'avait pas le choix. Il lui fallait bien de l'argent pour vivre. A la fin de la journée, il se rendit donc au restaurant pour commencer son service. Dès son entrée, Théo accourut vers lui et le prit dans ses bras.

-Enfin, te revoilà !

Sebastian lui rendit son étreinte puis ils se séparèrent. Le patron, Alex, arrivait vers eux.

-Bonjour Sebastian. Nous sommes très heureux que tu ailles mieux.

-Merci. Je suis désolé de vous avoir faussé compagnie aussi longtemps.

Alex balaya sa remarque de la main.

-T'inquiète pas, on oublie tout ça. Va te changer.

OoOoOoOoO

Toute la soirée, Sebastian se sentit nauséeux. Dès qu'il passait devant la table où était assis Bradley, il sentait ses jambes flageoler. Il essaya d'éviter cette partie du restaurant du mieux qu'il pouvait, mais l'angoisse lui serrait l'estomac. Il avait l'impression que Bradley pouvait surgir à n'importe quel instant. Théo sentit sa tension et finit par lui demander ce qui n'allait pas.

-Rien, c'est juste… Cet endroit me rappelle l'accident.

Théo hocha la tête d'un air désolé.

-Ça doit pas être facile.

Sebastian le remercia intérieurement de ne rien rajouter. Le jeune serveur ne lui avait jamais posé de questions sur son accident. Personne dans le restaurant d'ailleurs. Ils s'étaient peut-être fait passer le mot pour ne pas faire de gaffe. A la fin du service, Alex le convoqua dans son bureau.

-Que se passe-t-il ?

-Je comprends très bien que tu ne sois pas au meilleur de ta forme, mas j'aimerais que tu te ressaisisse au plus vite.

-Je suis désolé. Je n'ai pas été très efficace.

-C'est le moins qu'on puisse dire. Alors demain, essaie d'être plus motivé.

Sebastian acquiesça et sortit du bureau sans un mot de plus. Il rentra rapidement chez lui, la mine défaite. Il faisait tout mal en ce moment. Alex avait raison, il avait fait n'importe quoi ce soir et n'arrivait pas à se concentrer. Peut-être que son père avait raison de le qualifier d'incapable, finalement.

OoOoOoOoO

Le lendemain, Sebastian se réveilla la tête pleine de cauchemars. Il s'était imaginé dans le restaurant, en train de servir les clients quand soudain Bradley surgissait à côté de lui avec un sourire cruel. Sebastian passa la journée à réfléchir et finit par se rendre à l'évidence : il ne pouvait pas continuer à travailler là-bas. Il n'avait aucune envie d'être angoissé rien qu'à l'idée d'aller au boulot et faire un travail d'incapable. Il alla alors sur son ordinateur pour rédiger une lettre de démission. C'était certainement la décision la plus idiote de sa vie, mais il ne retournerait pas en arrière. Il alla au service du midi au restaurant pour remettre sa lettre à Alex. Celui-ci le regarda décontenancé.

-Tu es sûr de toi ? Il te faut peut-être juste plus de temps.

-Vous ne pouvez pas comprendre. Ce restaurant me rappelle trop de souvenirs, et j'ai envie de commencer une nouvelle vie.

-Très bien. Mais je suppose que tu n'as pas de nouveau travail pour le moment.

Sebastian secoua la tête.

-Alors je te donnerai ta paye à la fin du mois.

-Non, c'est..

-Accepte, Sebastian, le coupa Alex. Laisse-moi faire ça pour toi.

-Merci. Merci infiniment.

Le cœur serré, Sebastian tendit la main. Alex sourit et le prit dans ses bras dans une accolade.

-Prends soin de toi.

Sebastian quitta le restaurant déterminé. Ce qu'il voulait maintenant, c'était faire table rase du passé, sortir de sa torpeur et prendre un nouveau départ. Et pour commencer, il avait un coup de fil à passer. Quelque chose qu'il aurait du faire depuis longtemps.


-Alors, tu as un petit ami et tu ne m'en parles pas ! s'exclama Lucy.

-Ce n'est pas mon petit ami ! C'est simplement un ami.

Raphaël soupira. Il n'aurait finalement jamais du parler de Sebastian à Lucy. Mais il n'avait pas trop eu le choix. Lucy avait bien vu qu'il était plus tendu que d'habitude cette dernière semaine. Sebatian avait quitté l'hôpital deux semaines plus tôt, et depuis il n'avait eu des nouvelles qu'une seule fois. Et il avait beau essayer de le cacher, ça le rendait fou. Il pensait que Sebastian tenait un petit peu plus que ça à lui. Apparemment, il se trompait.

-Tu aurais quand même pu me parler de ce garçon.

-Qu'est-ce que je viens de faire ?

-J'ai été obligé de te tirer les vers du nez !

-Est-ce que tu m'avais parlé de Ben, toi ?

Lucy lui lança un regard furibond.

-Laisse tomber, j'aurais pas du dire ça, ajouta-t-il immédiatemment. Ecoute, je suis désolé, d'accord ? Mais tu vois, je t'ai parlé de lui maintenant.

Lucy finit par accepter ses excuses et lui demanda de lui raconter toute l'histoire. Quand il eut fini, elle commença à le traiter d'idiot.

-Comment ça, «idiot » ? Je suis pas idiot !

-Bien sûr que si! Tu rencontres un type super mignon apparemment, et tu cherches pas à garder contact avec lui !

-Il ne m'a pas rappelé !

-Toi non plus !

-Je me sus dit que je devais lui laisser le temps de reprendre tranquillement sa vie…

-Et lui il s'est peut-être dit que tu t'en fiches de lui. Votre histoire de téléphone est sans fin ! Il faut simplement que l'un d'entre vous prenne son portable et tape le numéro de l'autre, c'est pas compliqué !

-Et pourquoi ce serait à moi de le faire ?

Lucy leva les yeux au ciel.

-Plus têtu, tu meurs. S'il est comme toi, on est pas sorti de l'auberge… Fais comme tu veux, mais ne laisse pas tomber ce type ! Bon, on va être en retard.

Lucy prit son sac et sortit sans un mot. Raphaël respira profondément avant de la suivre. Parfois elle avait vraiment le don de l'agacer. Mais d'un autre côté, elle avait peut-être raison. Si ni lui ni Sebastian ne faisait le premier pas, ils ne se reverraient jamais. Et il n'en avait aucune envie. Il ferma à clé la porte avant de rejoindre Lucy dans la voiture. Ce matin-là, elle travaillait à la même heure que lui, il pouvait donc l'emmener à l'hôpital.

Lucy continua à l'insulter tout le trajet et elle lui fit promettre de contacter Sebastian. Mais arrivé à l'hôpital, il eut soudain une autre idée. Après quelques heures de travail, il put enfin aller au guichet et demander le dossier de Sebastian. Le jeune home avait forcément noté son adresse dans le formulaire. Il sourit et prit discrètement la feuille en photo avant de rendre le dossier. Il allait rendre une visité à Sebastian, et ce le lendemain, vu qu'il avait l'après-midi de libre. Peut-être que Lucy avait tort et que Sebastian l'avait oublié. Mais au moins, il serait enfin fixé, et il avait vraiment hâte de revoir le jeune homme. Depuis son départ, il n'arrêtait pas de penser à lui. Il avait essayé de le sortir de son esprit, sans réel succès malheureusement.

OoOoOoOoO

Son bipeur sonna soudain. On l'appelait chez le chef de chirurgie. Certainement pour de l'administratif. Ou peut-être qu'ils avaient enfin trouvé des jours de congé pour lui. Il alla frapper à la porte du docteur George.

-Entrez !

Le chef du service de chirurgie l'attendait assis à son bureau. C'était un homme d'une cinquantaine d'années aux cheveux grisonnants et aux joues rebondies. Il était connu pour être assez strict et venait très peu discuter avec les médecins de son service.

-Bonjour docteur Moore. Asseyez-vous, je vous en prie.

Raphaël s'exécuta en le saluant.

-Alors, commença-t-il en prenant un dossier. J'ai vu que vous aviez demandé à avoir des congés.

-En effet.

-Votre souhait est exaucé. J'ai étudié le planning et les opérations prévue, vous pouvez prendre une semaine dans deux mois.

-Une semaine ? Entière ?

-C'est ça, du lundi au lundi suivant. Ca vous convient ?

-C'est parfait, merci beaucoup !

Il allait enfin pouvoir aller voir sa famille ! Il espérait un simple week-end, et il avait une semaine complète. C'était sa mère qui allait être contente. Le Docteur George lui donna les dates avant de le libérer. Il allait s'empresser d'appeler ses parent pour leur annoncer la bonne nouvelle. Enfin des vacances ! Cela faisait bien longtemps qu'il n'en avait pas pris. Il travailla toute la journée le coeur léger. Ce lot de bonnes nouvelles -l'adresse de Sebastian et les congés- lui avaient donné une bonne dose d'énergie. Il réussit même à ne pas s'engueuler avec Windgings, ce qui était un réel exploit.

Il annonça ses congés le soir-même à Lucy qui fut très contente pour lui et lui recommanda de vite appeler sa mère, qui sauta de joie au téléphone.

-Mais c'est magnifique ! On va enfin pouvoir revoir notre Raphy d'amour !

-Maman, arrête de m'appeler comme ça…

-Ce que tu es grognon ! Je vais vite appeler ta sœur pour qu'elle puisse passer te voir quand tu seras là ! Sinon, tu vas bien ?

-Très bien, maman.

-Tu as passé tes examens ?

-Dans une semaine, mais la dernière fois, tout allait bien. Comme toujours, maman.

-Je sais, mais on ne sait jamais.

-Arrete d'être pessimiste comme ça!

-Tu as raison...Bon, allez, je dois te laisser mon chéri. Ton père t'embrasse, et dis bonjour à Lucy de notre part.

Raphaël raccrocha quelques instants plus tard.

-Ils t'embrassent, dit-il à Lucy.

-Tes parents sont vraiment les personnes les plus gentilles de l'univers.

-C'est vrai, mais j'ai l'impression d'avoir toujours la même conversation avec ma mère.

-Elle s'inquiète seulement pour toi. Trop, c'est vrai, mais tu ne peux pas lui en vouloir. Tu ferais quoi, si elle avait été à ta place ?

-La même chose, je suppose.

-Voilà, sourit-elle. Allez, on mange.

OoOoOoOoO

Le lendemain, à midi, Raphaël sortit enfin de l'hôpital. Il s'arrêta manger une salade dans un snack puis monta dans sa voiture. Il était bien décidé à aller voir Sebastian, pour enfin avoir des nouvelles de lui. Il vérifia l'adresse sur la photo qu'il avait prise et mis environ un quart d'heure pour arriver sur le parking de sa résidence. Le coin ne semblait pas très aisé, la plupart des gens avaient des voitures simples et les bâtiments semblaient assez délabrés. Il sortit de la voiture et regarda le numéro du batiment. Il n'eut pas à chercher bien longtemps. Il tomba nez à nez avec Sebastian sur le parking, qui sortait de sa voiture, le téléphone à la main. Il s'arrêta net en le voyant, hébété.

-Tu es surpris de me voir ? sourit Raphaël.

Il reprit ses esprits et montra son téléphone de la main.

-Je dois dire qu'on a un timing absolument parfait. J'allais justement monter chez moi et t'appeler.

Raphaël haussa un sourcil.

-Je t'assure, insista-t-il. J'étais parti… (il déglutit) donner ma lettre de démission au Cordon Bleu, et je m'étais enfin décidé à t'appeler.

-Attends, tu as démissionné ?

-Oui, c'est compliqué. Suis-moi.

-Où ça ?

-On va quand même pas discuter sur le parking. Allons chez moi, c'est pas super mais ce sera toujours mieux qu'ici.

Raphaël le suivit sans protester.

-Tu sais, tu n'es pas obligé de me croire pour le coup de fil, dit Sebastian en montant l'escalier. Ça paraît un peu trop facile comme excuse.

-Admettons que tu dises la vérité. Pourquoi aurais-tu soudain eu envie d'appeler ?

-Parce que je suis un vrai con, et j'avais décidé de changer. Quitter mon boulot, prendre un nouveau départ. Pour commencer, je voulais prendre de tes nouvelles…

Il s'arrêta devant une porte et laissa Raphaël entrer devant lui.

-Puis donner une nouvelle vie à cet appartement. Faire le grand ménage.

En effet, cet endroit en avait bien besoin. Raphaël fut estomaqué de voir un appartement aussi sale et mal rangé. Et il était surtout surpris de découvrir autant de bouteilles d'alcool. Vides. Il y en avait sur la table basse, sur le bar de la cuisine.

-C'est quoi tout ça ?

-Ma vie, grimaça Sebastian.

-Tu vis ici ?

-Oui.

-Et ces bouteilles, elles datent de quand ? J'espère avant ton accident !

Sebastian secoua la tête négativement.

-J'ai des petits moments de faiblesse, dit-il pour se justifier.

Raphaël n'arrivait pas à le croire.

-Où sont les sacs poubelle ?

Machinalement, Sebastian lui désigna un placard. Raphaël se rua dessus, en arracha un du paquet et commença à vider la table basse en jetant les bouteilles dans le sac noir.

-Qu'est-ce que tu fais ? Je comptais le faire !

Raphaël ne répondit pas jusqu'à avoir jeté toutes les bouteilles. Il s'approcha de Sebastian qui le regardait d'un air surpris et lui montra le sac.

-Jure-moi que tu ne vas plus toucher à ses merdes !

-Ça va, je suis pas accro !

-T'es pas accro ? Excuse-moi mais tout ça ressemble beaucoup à la panoplie complète du parfait alcoolique.

-Je comptais arrêter, je te le jure.

-Tu vas le faire tout de suite. Tu ne touches plus à une goutte d'alcool ou je t'envoie chez un psy !

Sebastian était surpris de la véhémence de Raphaël. Pourquoi s'inquiéter autant, il se savait parfaitement capable d'arrêter de boire tout seul. Il hocha seulement la tête.

-Très bien. Maintenant, on nettoie tout ça.

-Tu n'es pas sensé aller travailler ?

-Pas cette aprem, alors je vais t'aider.

C'est ainsi que les deux hommes passèrent l'après-midi à ranger et astiquer l'appartement. Raphaël fit bien attention à vider les placards de toute trace d'alcool pendant que Sebastian passait l'aspirateur de fond en comble après avoir tout rangé. Ils passèrent ensuite la serpillière et débarrassèrent tous les meubles de la poussière. Ils avaient à la fin de la journée rempli trois sacs poubelle qu'ils descendirent dans les containers avant de s'affaler dans le canapé.

-Alors, ton appartement te plaît ?

Sebastian parcourut le salon du regard. Il ne le reconnaissait même plus tellement c'était épuré et brillant.

-Merci de m'avoir aidé.

-Tu étais vraiment sur le point de m'appeler ?

Sebastian hocha la tête.

-Alors pourquoi tu n'as pas essayé avant ?

-Et toi ?

Sebastian sourit.

-On ne va pas se prendre la tête avec ça. J'aurais dû t'appeler avant, mais je me disais que si tu l'avais pas fait c'est que tu ne voulais pas me voir…

-Et dire que je pensais la même chose… On est pas doués !

-Oui, mais tu vois, on a décidé de se voir en même temps ! D'ailleurs, où as-tu trouvé mon adresse ?

-A l'hôpital. Je me suis dit que ce serait mieux de venir.

Raphaël lui demanda pourquoi il avait quitté son travail.

-Trop de mauvais souvenirs. Ça m'angoissait.

-Je vois…

-Je ne sais pas ce que je vais faire maintenant.

-Tu vas te bouger les fesses et te trouver un nouveau boulot, dit Raphaël.

-Tu es du genre autoritaire, non ? rit Sebastian.

Raphaël lui fit un sourire moqueur.

-J'essaie simplement de t'aider.

-Je sais, sourit-il.

Un silence s'installa quelques minutes. Raphaël ouvrit la bouche, hésita, puis finalement la referma comme si de rien n'était.

-Qu'est-ce que tu allais dire ?

-Que… Que tu m'avais manqué.

Raphaël se pinça la lèvre. Quel idiot il était !

-Toi aussi, répondit pourtant Sebastian dans un sourire.

OoOoOoOoO

Voilà voilà ! Alors, qu'est-ce que vous en pensez ? :)