Chapitre 4 : La Kesu Chijô du capitaine Kuchiki.

L'écriture du capitaine Kuchiki était saccadée aujourd'hui. Peu de gens savaient traduire ce signe comme en étant un d'inquiétude, aussi les rares subordonnés qui pénétrèrent son antre ne remarquèrent rien de spécial. Rien si ce n'était l'absence du vice-capitaine Abarai.

Au début, Byakuya avait pensé que son amant sècherait toute la matinée de paperasse, histoire de bien lui montrer qu'il faisait la gueule pour finalement venir l'après-midi. Mais le capitaine finissait maintenant son dernier dossier et toujours aucune trace du rouquin. Le noble avait bien tenté de localiser son réiatsu, histoire d'aller le dénicher dans sa tanière et le ramener jusqu'à son bureau par la peau des fesses, mais son étourdi de vice-capitaine avait -fait exceptionnel- pensé à sceller son énergie spirituelle !

Fatigué, Byakuya déposa son pinceau près de son encrier, jetant un regard nostalgique à ce dernier. Il avait espéré voir Renji, se réconcilier près d'un bon feu de cheminée et discuter comme des adultes responsables de leur « petit problème », mais il fallait croire qu'il pouvait faire une croix là-dessus si son amant demeurait caché.

― Renji... Renji, où es-tu parti ? Me reviendras-tu au moins ? murmura le capitaine pour lui-même.

***

Renji avait séché. Et ouais, comme un étudiant fainéant. Il était tellement furieux contre son amant qu'il se savait dans l'incapacité de se rendre à son bureau sans exploser de rage. Autant ne pas faire de scandale, et puis, ce n'est pas comme si la paperasserie lui manquait...

Outre ses nerfs en pelote, Abarai n'arrivait toujours pas à tirer un trait sur cette boîte à musique... Ce fichu coffret l'inquiétait plus encore que sa dispute avec son amant. Son intuition avait toujours été excellente, alors si elle lui disais de creuser cette piste, sans doute devrait-il le faire. Et de toutes façons, sa journée s'étant inopinément libérée, autant la mettre à profit.

Abarai se rendit donc dans le premier quartier du Rukongai. Il flâna quelques temps parmi les étalages et finit par pousser la porte d'une bijouterie. L'arrivée d'un Shinigami surprit quelque peu les clients présents qui retournèrent néanmoins bien vite à leurs emplettes, puis un vendeur se dirigea vers le vice-capitaine.

― Bonjour monsieur, je suis Shinaka, responsable commercial, puis-je vous aider ?

― Euh... p'tet ouais...

Le vendeur avisa son brassard signe de son grade et la lumière se fit dans son esprit. Des tatouages, des cheveux rouges, vice-capitaine...

― Abarai Fukutaicho ? Mais qu'est-ce que quelqu'un d'aussi gradé et de votre trempe vient faire ici ?

Il était vrai que ce n'était pas tous les jours que la bijouterie accueillait un ancien membre de la onzième...

― Vous emballez pas, je suis pas là pour acheter, je veux juste des renseignements.

― Oh ? Très bien, je vous écoute.

― Vous faites des boîtes à musique ici ?

― Des boîtes à musique ? Ma foi oui mais... vous trouverez plus votre bonheur chez un horloger à mon sens.

― Non, non. La boîte à musique que je cherche est très raffinée, avec des pierreries et tout, c'est pas un truc en bois à la con.

― Hm je vois oui... Suivez-moi dans l'arrière boutique, c'est là qu'on les entrepose. Comme ce genre d'objets est plutôt couteux mais peu commandés, on préfère ne pas les exposer en devanture.

L'employé poussa une porte derrière le comptoir et invita Renji à entrer :

― Regardez si l'une vous tente. Invita le vendeur.

― Je vous ai dit que j'étais pas là pour acheter !

― Mais, si je puis me permettre... Qu'est-ce que vous cherchez alors ?

Le vice-capitaine grogna quelque chose et finit par s'approcher d'une des boîtes :

― Elle ressemble à celle-là, déclara-t-il en l'examinant sous toutes les coutures.

― Oh, vous avez du goût ! C'est la Kesu Chijô, la boîte de l'amour éternel.

― La Kesu Chijô ? Qu'est-ce que...

― Oh ! J'ai compris ! Une dame vous a offert une boîte semblable et vous vous demandiez quelle en était la signification ! C'est ça ? interrompit Shinaka.

Renji le regarda en biais et sourit. Il était marrant, ce gamin à l'enthousiasme facile.

― Non ce n'est pas ça. J'ai vu cette boîte chez un ami et elle m'a intrigué, il y tenait comme à la prunelle de ses yeux, ce con...

― Et il peut, vu le prix que ça coûte !

― Pourquoi est-ce qu'on la nomme « boîte de l'amour éternel » ? Qu'est-ce qu'elle a de spécial ?

― Et bien... la légende raconte que si vous mettez la photo de l'être aimé dans la Kesu Chijô, il ou elle vous aimera en retour et pour l'éternité.

Une photo ! C'était donc ça le bout de papier qu'il avait entraperçu l'autre jour !

― Je vois... celle que j'ai vue avait cette forme et les mêmes pierres mais il y avait du cuir par-dessus. Du cuir rouge.

― Hm... Je crois qu'en ajoutant un petit pourboire, il y a moyen que le magasin personnalise un peu la boîte. Ça s'est déjà vu, certains gros clients demandent des ornements spéciaux, des motifs ou des peintures. C'est le genre de cadeau qu'on offre qu'une seule fois dans sa vie alors les gens mettent le paquet. L'air de musique joué est personnalisable lui aussi.

Renji fronça les sourcils et ouvrit la Kesu Chijô qu'il tenait entre ses mains. De douces notes en sortirent, emplissant délicieusement les oreilles du vice-capitaine et de Shinaka.

― Ah... fit le vendeur, rêveur. C'est la mélodie la plus demandée. Une partition écrite par un homme si épris de sa femme qu'on raconte que ce serait lui le fondateur de l'Amour.

― C'était cette mélodie là, mais jouée avec un autre instrument... ça ressemblait à de la harpe...

― Oh ! Comme c'est romantique !

Renji regarda, effaré, Shinaka virer dans son petit monde de guimauve avant de revenir brutalement à la réalité :

― Euh je veux dire... votre ami a drôlement de chance d'avoir reçu un présent aussi somptueux... Une Kesu Chijô, en cuir, avec de la harpe... Si avec ça il ne fait pas un mariage heureux ! Ça doit être un modèle unique au monde ce que vous me décrivez là ! Y'en a qu'ont de la chance...

Pensif, Renji resta encore quelques secondes à écouter la mélodie, puis referma la Kesu Chijô et la reposa sur son socle.

― Merci de tes renseignements, Shinaka. Ils me seront très utiles.

― De rien ! N'hésitez pas à revenir si jamais vous voulez en offrir une semblable à quelqu'un ! Bah oui, j'ai un chiffre d'affaire à réaliser moi...

Renji ne savait plus quoi en penser. Il n'arrivait même pas à savoir s'il était plus perdu avant d'aller dans cette boutique ou non. Pourquoi Byakuya possédait-il une telle boîte ?

Était-ce un cadeau d'Hisana ? Non, pas possible, jamais la jeune femme n'aurait eu assez d'argent pour faire un tel présent, et jamais elle n'aurait osé emprunter la somme à son mari. Alors, était-ce un cadeau que Byakuya aurait fait à son épouse et qu'il aurait conservé après sa mort ? Dans ce cas, pourquoi se jeter dessus ainsi alors que Renji connaissait parfaitement la profondeur de l'amour qu'il lui portait ? Pourquoi la laisser dans sa chambre alors que tout ce qui touchait à Hisana était précieusement rangé dans une salle à part, réservée à lui seul et interdite d'accès à autrui ? Pourquoi... pourquoi son intuition continuait-elle de hurler de creuser cette piste en lui ?

Il fallait qu'il retrouve cette Kesu Chijô, qu'il l'ouvre et qu'il voit ses propres yeux quelle photo y demeurait si secrètement.

Mais en attendant le moment propice pour calmer ses craintes, le vice-capitaine ne souhaitait qu'une chose : parler seul à seul avec Byakuya.

― Non mais c'est pas que j'essaye de battre un record de disputes avec toi, c'est juste que tu me les as brisées ! Non ça va pas ça, il va se foutre en rogne si je dis ça... Voyons voir... Byakuya je suis désolé de m'être emporté, je n'aurais pas du... Non ça fait trop soumis ça, après il va s'emballer... Et puis merde il avait sa part de responsabilités là-dedans aussi ! J'ai pas foutu la merde tout seul non plus ! Hum... Byakuya, on a merdé, on oublie et on recommence tout depuis le début ? Mouais, pas terrible... Byakuya, pardonne-moi, t'es tout pour moi et j'en peux plus qu'on se fasse la gueule comme deux cons ! Hm... je devrais peut-être enlever « comme deux cons »... Bordel ce que c'est dur de s'excuser ! Bon tant pis, j'improviserai, maintenant faut que je prenne mon courage à deux mains et que je l'affronte !

Respirant un grand coup, Renji fit glisser le panneau du bureau de son capitaine et commença à déballer tout ce qu'il avait sur le cœur... avant de se rendre compte que ledit bureau était vide...

― Mais merdeuh ! Beugla le vice-capitaine devant son manque de chance.

Byakuya avançait lentement vers sa demeure, ne voulant pas vraiment y rentrer. Il avait espéré toute la journée que Renji ne vienne à sa rencontre, même pour l'engueuler vertement. Il n'en pouvait plus de ne pas savoir où il était, ce qu'il faisait, et surtout avec qui... Oui, Byakuya était très possessif...

Le soudain relâchement spirituel de son amant le fit sursauter. Il pouvait à présent localiser Renji ! Et il était... dans son bureau ? Diantre !

Sans réfléchir davantage, Byakuya fit demi-tour et s'élança jusqu'à sa division.

Le vice-capitaine soupira en passant le seuil de la sixième capitainerie. Son aimé n'était pas là, probablement déjà rentré chez lui. Il passa sans un regard pour la personne sur le pas de la porte près de lui et entama la descente des marches.

― Putain, dire que j'avais bien démarré pour m'excuser... L'aurait pas pu faire des heures supp' non ? D'habitude c'est la croix et la bannière pour lui faire lâcher son pinceau et là...

― Et là j'ai renoncé aux papiers administratifs car je manquais de concentration à cause de la disparition de mon vice-capitaine. Acheva une voix moins polaire qu'à l'ordinaire.

Renji fit successivement un arrêt cardiaque et un malaise.

Quand il émergea, le roux eut le bonheur de voir que la voix de Byakuya n'avait pas été une illusion. Son capitaine était là, en train de veiller sur lui, assis sur son futon... Assis sur son futon ? Le tatoué se releva en quatrième vitesse, histoire de jeter un coup d'œil circulaire à la pièce. La chambre de Byakuya. Le noble l'avait ramené chez lui.

― Bien dormi ? fit le propriétaire des lieux, ironique.

― Ah... désolé de m'être évanoui comme une gonzesse mais... putain ! Tu m'as fait une de ces peurs ! Ça se fait pas de se glisser derrière les gens comme ça ! Mais bon... Bya... je voulais m'excuser d'avoir gueulé hier. Et puis t'as raison, c'était pas sympa de décider que je serais au-dessus sans t'en parler avant, murmura le roux en enlaçant la taille de son amant.

Le deuxième siège se sut pardonné quand il sentit les mains de nobles caresser ses cheveux.

― Ce n'est rien... Il n'empêche que nous avons fait fort... Se disputer alors que nous étions tout juste réconciliés...

― Faut dire qu'on est un couple plutôt atypique. On est aux opposés l'un de l'autre !

― Mais ne dit-on pas que les contraires s'attirent ? fit l'espiègle Byakuya en se penchant pour embrasser son vis-à-vis.

― Si... susurra Renji contre ses lèvres.

Son capitaine continua de l'embrasser et vint finalement se blottir dans ses bras. Le roux eut tout le mal du monde à ne pas ré-aborder le sujet de la Kesu Chijô, et le souhait de profiter d'une soirée au calme avec son amant finit par l'emporter.

Le lendemain matin, le vice-capitaine fut réveillé par un goût de cerise sur ses lèvres.

― Je dois partir pour une mission. N'oublie pas te t'éclipser discrètement, lui intima Byakuya, déjà vêtu.

― Attends, attends, attends ! On doit partir pour une mission non ? T'y vas pas tout seul quand même ?

― Le Commandant n'a pas mentionné ton nom pour cette mission, j'en conclue donc qu'il veut que tu t'occupes de la division en attendant mon retour.

― Mais... Mais !

― Allons Renji, te manquerais-je déjà ?

― Maiiiiis.

― Ton argumentation n'est pas très variée.

― Oui bah zut hein ! J'émerge à peine et toi tu me dis que tu pars sans moi, bonjour le réveil !

― Tu survivras Renji, j'en suis convaincu. Fit Byakuya en continuant sur sa lancée ironique.

― Arrête de te foutre de moi ! Grogna le vice-capitaine en disparaissant sous la couette.

Son supérieur roula des yeux et souleva le drap pour donner un dernier baiser à son amant.

― Sois sage pendant mon absence. Et sois ferme avec nos hommes, ce n'est pas parce que tu n'es que le vice-capitaine qu'ils doivent croire que c'est les vacances.

― Ouais ouais, je sais... Reviens vite...

― Promis.

Le capitaine s'apprêta à partir.

― Euh, Byakuya attends je voulais te demander quelque chose.

Le noble se stoppa et fit volte-face :

― Quoi donc ?

Le regard du roux se fit fuyant. Son amant allait le trucider pour oser remettre ça sur le tapis, mais leur dispute lui avait bien montré qu'il valait mieux être honnête avec lui.

― Je... Hier je suis allé dans une bijouterie parce que je pensais toujours à ta boîte à musique et... enfin... c'est bien une Kesu Chijô que tu as, non ?

Les doigts de Byakuya se crispèrent imperceptiblement. Bon sang, quelle idée d'être si têtu ! Mais au moins, Renji avait joué la carte de la sincérité :

― Oui, c'en est bien une, Renji.

― Shinaka... enfin le vendeur de la bijouterie m'a expliqué un peu le principe avec la photo et tout... Je voulais juste savoir ce que...

― Une histoire finie depuis longtemps.

Le vice-capitaine sursauta. Il s'était attendu à devoir insister plus que ça pour obtenir des aveux :

― Mais... je veux dire... euh... c'est...

― Non, cette boîte n'a aucun lien avec Hisana. Elle date d'une époque bien antérieure à celle de notre rencontre.

Décidément, le noble le devançait sur tous les terrains ! Mais une question taraudait encore le roux : pourquoi avoir gardé une boîte qui, visiblement, n'avait plus aucune valeur sentimentale pour Byakuya ?

― Pourquoi tu ne l'as pas jetée ?

Le tatoué plaqua une main contre sa bouche. Il ne pensait pas s'exprimer à voix haute ! Bonjour le tact...

Byakuya le regarda, légèrement surpris :

― Si tu veux tout savoir, j'ai retrouvé cette boîte il n'y a que peu de temps en faisant du tri dans quelques affaires. Je l'ai gardée parce qu'elle est un vrai chef d'œuvre orfèvrerie et je comptais l'offrir un jour à Rukia pour qu'elle puisse y ranger ce que bon lui semble.

― Oh ! Oh...

Le roux leva timidement les yeux vers son supérieur :

― Désolé d'avoir douté de toi comme ça mais... j'aime pas quand on me cache des choses... surtout toi...

― Ce n'est rien. Oublie cette vieille boîte à présent, tu veux ?

― Ouais...

Devant le silence qui s'installait, Byakuya fit demi-tour et enlaça brièvement son subordonné. Il déposa un baiser sur son front et partit pour de bon dans un shunpo.

Renji était rentré aussi vite que possible chez lui. Nerveusement, il ferma la porte à clé et se laissa aller à sa rage :

― Il me prend pour un con !

Il se saisit d'une table basse et l'envoya valser à l'autre bout de la pièce et tapa des poings contre le mur afin d'évacuer sa colère.

Il avait été sincère avec son capitaine et tout ce qu'il avait récolté n'était qu'un flot de mensonges visant à cacher la vraie nature de cette Kesu Chijô ! Byakuya se foutait de lui et, de surcroit, le croyait assez bête pour avaler de tels conneries ! Mais qu'était-il donc aux yeux de son amant ?

« J'ai retrouvé cette boîte en faisant du tri et je comptais l'offrir un jour à Rukia ». Bien sûr ! Byakuya était du genre à caser un cadeau d'amour éternel dans le premier placard venu avant de la retrouver une petite centaine d'années plus tard en faisant du tri ! Ça transpirait d'évidence ! C'était tellement son genre de se foutre allègrement des présents d'amour et d'oublier ses histoires de cœur facilement ! Il n'y avait qu'à voir avec Hisana, non vraiment, il s'en fichait complètement et avait fait son deuil en un clin d'œil ! Byakuya enterrait les histoires d'amour avec un facilité déconcertante, c'était bien connu ! En bien sûr, il faisait du tri dans ses affaires tous les weekend, il avait tellement que ça à faire avec une famille et une capitainerie à diriger ! Ah et, cerise sur le gâteau, une Kesu Chijô, le capitaine l'offrait tout naturellement à sa petite sœur pour qu'elle y case ses bracelets de Chappy ! Ça aussi c'était tout à fait le genre de la maison ! C'est pas comme si ça avait assez de valeur à ses yeux pour qu'il se jète possessivement dessus et la planque ! Non mais pour qui le prenait-il bon sang ?

― Je suis désolé Byakuya, mais tu t'es foutu de ma gueule... J'ai essayé d'être sympa et de te demander gentiment ce que c'était et tu m'as pris pour un con alors tu me laisses pas le choix... Je vais fouiller ta maison jusqu'à mettre la main sur cette saloperie de boîte et je vérifierai moi-même de quoi il s'agit, quitte à faire cramer ta baraque !