Chapitre 4: Fausse lâcheté, vrai courage.
« Tu n'es qu'un imbécile ! » claqua la voix furieuse d'Arthur.
Francis eut un léger rictus moqueur, la réaction de l'Anglais à son récit ne le surprenant guère :
« D'habitude tu te montres plus imaginatif que ça pour les insultes…
-Je pourrais passer des heures sur chacune, mais ça ne change rien au fait que tu n'es qu'un Français bouché et sans cervelle ! Nom de Dieu, mais qu'est-ce qui t'a pris ? Pourquoi es-tu allé voir Reeves comme ça ? Moi, j'avais encore une chance de le convaincre, étant son pays il pouvait me faire confiance et au pire j'aurais trouvé un moyen de le faire changer d'avis, mais TOI ! Un pirate français, comment voulais-tu qu'il te croit ? Maintenant il sera plus méfiant que jamais et j'ai perdu toute chance qu'il me fasse confiance, alors pourquoi, par l'Antre de Davy Jones, pourquoi… ?
-Je ne suis pas un faible sans défense qui attend qu'on le sauve, et je suis incapable de laisser un de mes protégés souffrir, tu le sais pourtant, non ? Après tout, ce réflexe, à qui je le dois, hein… ?
-Ne dévie pas le sujet, Frog !
-De toute façons » murmura Francis « je ne sais pas s'il t'aurait cru…
-Que veux-tu dire ?
-Il…sait, d'une certaine façon, qui nous sommes…il connaît les ordres de nous ramener vivants et pourtant je pense qu'il n'en a cure… »
Francis se massa la nuque, une légère douleur y persistant depuis quelques minutes : «Et puis, c'est toi qui me prévenais du danger de ce navire, non ?
-…De quoi parles-tu, you git ? »
Regardant l'empire dans les yeux, Francis vit que celui-ci était sincèrement intrigué, n'ayant aucune idée de quoi son rival parlait. Il n'avait donc aucun souvenir de son délire…
«Après ta flagellation, tu as déliré un moment; avant de t'endormir tu parlais du danger de l'équipage, de Reeves qui haïssait et vénérait à la fois Angleterre …de deux pensées qui s'opposaient sur ce navire que tu ressentais… »
Angleterre fronça les sourcils, essayant de se souvenir de ce qu'il avait pu dire; et malgré la situation, devant cet air si sérieux et concentré et pourtant si adorable, France ne put s'empêcher d'en rajouter sur un ton pervers:
«Tu n'as pas dit que ça d'ailleurs~ je ne pensais pas que te faire fouetter t'amènerait à dire de vilaines choses comme celles que j'ai entendu~….
- WHAT ? Qu'est-ce que j'ai dit ?
- C'est un secret~
- DIS-LE-MOI OU JE TE TUE !
- Réveille les enfants et c'est MOI qui te tue…
-Bastard…
-…Mon chéri~
- SHUT UP ! Sois sérieux, c'est pas le moment !»
A peine Angleterre l'eut-il demandé que Francis redevint on ne peut plus sérieux :
«Que veux-tu que je te dise ? Qu'il se peut que quelque chose de plus grave qu'un passage à la bouline nous menace, selon tes propres dires ? Que je n'ai aucune idée de ce que ça pourrait être ? Et que j'ai essayé de nous préserver de cette menace par mes propres moyens ? Sans les enfants, j'aurais déjà essayé de m'enfuir, mais tant que tes hommes pourront s'en prendre à eux, je serai mains liées, et toi aussi je suppose.
-Tu veux parier ? »gronda le pirate, n'appréciant pas qu'on lui attribue une faiblesse aussi peu convenante à son personnage de pirate sanguinaire.
France ne répondit même pas à cette question, lui jetant un regard blasé. Tous deux savaient pertinemment que l'Anglais était capable du pire sadisme avec n'importe qui d'autre –même son rival, et c'était réciproque-, mais sa colonie d'Amérique…il n'avait jamais levé la main dessus.
Et même si Canada était sous l'autorité de France, Angleterre éprouvait le même dégoût à le blesser.
Finalement, l'Anglais détourna le regard et grommela : «Ils nous tiennent…mais pourtant ils ne devraient pas faire ça, comment peuvent-ils être aussi loyaux à moi et ne pas me reconnaître ?
-Et tu es sûr que ce sont bien des hommes de la Royal Navy… ? »
Ce fut au tour d'Arthur de le regarder de travers : «Je ne serais pas capable de reconnaître mon propre peuple, ma propre armée ?
-Je ne dis pas ça, juste que c'est étrange que ça se passe ainsi… »
L'anglais resta silencieux un instant.
«Mon équipage n'est pas loin, je le sens : ou bien sur ce navire, ou bien sur un autre qui l'escorte. On risque d'avoir besoin d'eux pour s'enfuir, sans compter que je préfèrerais ne pas avoir à réengager un équipage entier…mieux vaut éviter les ennuis et la jouer docile pour le moment…quel que soit l'endroit où ils nous emmènent, s'ils nous jugent, on nous reconnaîtra…
-Pourquoi ne peux-tu pas utiliser ta ''magie'' » (on sentait le sarcasme dans la voix de Francis) « pour nous sortir de là ?
-Tu n'y connais donc rien ? Premièrement, je te l'ai dit, je ne peux tracer aucun pentacle ou préparer aucune invocation à mains nues –à moins que tu ne veuilles tester des effets secondaires trèèès intéressants-. Deuxièmement, même si j'ai envie de les faire passer sur la planche après ce qu'ils m'ont fait, ces hommes restent des soldats de mon pays qui obéissent à mes lois…alors je ne peux leur faire ça…comme ça. »
Francis comprenait ce que l'autre voulait dire : au combat, les choses étaient différentes, on se battait pour sa survie, quel que soit l'adversaire, et on n'avait aucune pitié quelle que soit son origine. Mais de sang-froid, une Nation ne pouvait s'en prendre à des humains de son peuple que sous certaines circonstances…et même ainsi cela restait très douloureux...
France comprenait, mais cela n'empêchait que ça restait horriblement frustrant.
Comme s'il avait lu dans ses pensées, Arthur s'ébroua et croisa les bras sur sa poitrine :
«Qu'ils nous fournissent une occasion, et ces chiens galeux verront de quel bois je me chauffe… »
En parlant de se chauffer…le pays du lys remarqua alors quelque chose : le pays de la rose était resté torse nu, sa chemise étant complètement ruinée suite à sa flagellation, et il n'aurait pu réenfiler un manteau vu les blessures de son dos de toute façon…
Soupirant doucement, il vint s'assoir à côté de l'autre et retira son propre manteau qu'il posa délicatement sur les épaules de son rival naturellement, celui-ci réagit comme à son habitude :
«Qu'est-ce que tu fabriques, foutu pervers Français ? Garde tes loques et ta pitié pour toi, bastard !
-On a assez de soucis sans que tu en rajoutes avec une pneumonie, bouffon d'Anglais. Même avec ces monstruosités poilues que tu appelles des sourcils, tu n'es pas assez couvert pour une nuit dans une cale humide.
-Mes sourcils t'invitent à aller te faire baiser par la première charogne qui te trouvera à son goût, bloody Frog ! »
Francis s'esclaffa :
«Allons, allons mon lapin, je sais très bien que tu ne laisserais pas faire ça, jaloux comme tu es~
- Go to hell, arsehole. »
Mais malgré ses insultes, il ne se dégagea ni n'essaya de se débarrasser du vêtement; au contraire, quelques minutes après la fin de leur dispute, quand il crut Francis endormi, il se blottit un peu plus contre lui… (Seulement par instinct de survie qui le poussait à éviter de geler, rien de plus, que croyez-vous ?)
Son rival, naturellement, n'était pas endormi, et sourit sans ouvrir les yeux…dissimulant parfaitement la douleur lancinante à la tête qui le troublait depuis un long moment…sans doute à cause du froid de la cale…
Sans doute...
Quelques jours passèrent encore pour les prisonniers, ponctués par les piques des deux rivaux, les repas qu'on leur apportait, et pour Francis, l'augmentation de son étrange migraine…
Curieusement, après la tentative du marin sur Francis, nul n'avait essayé quoi que ce soit à l'encontre du pirate Français, pas plus que sur Arthur; préférant ne pas alarmer son rival (et/ou provoquer une crise de jalousie aussi inutile qu'inappropriée), le royaume au lys ne parla pas de l'incident.
A vrai dire, il avait d'autres soucis en tête, tout comme Arthur : l'humeur des jumeaux s'était étrangement dégradée au cours des derniers jours…plus qu'un simple problème d'humeur, ils commençaient à se faire des soucis sur la santé des deux jeunes.
Si Matthieu ne disait presque rien (encore moins que d'habitude), Alfred ne cessait de se plaindre, se réveillant souvent la nuit à cause d'un cauchemar, refusant parfois de manger, au point que les deux pirates devaient déployer des trésors d'astuce (et parfois, d'autorité) pour le faire manger, ainsi que son jumeau : Matthieu était moins bruyant, mais n'en dormait et maigrissait pas moins, se réveillant souvent en même temps que son frère, comme s'ils souffraient du même mal. Ce n'était pas la première fois qu'ils se montraient étrangement symbioses dans une même maladie, mais cette fois-ci, elle était d'autant plus inquiétante que les deux tuteurs n'avaient aucun moyen de l'identifier. Pourtant, la nourriture qu'on leur servait, à défaut d'être abondante, était correcte et la nuit, ils s'arrangeaient pour que les petits soient le plus au chaud possible –et rien ne semblait indiquer qu'ils aient attrapé froid- peut-être était-ce juste la captivité et le stress qui en découlaient qui les mettaient dans cet état, supposa Francis (l'un et l'autre se souvenaient, sans en parler, de l'époque où Arthur devenait presque fou lorsqu'il était enfermé quelque part...) et étrangement, Arthur ne partageait pas entièrement cette idée…mais il refusa d'en dire plus.
Quoi qu'il en soit, Francis pensait qu'ils étaient assez inquiets l'un et l'autre sans parler de son propre problème de santé, qui allait bientôt disparaître, se répétait-il…
Après tout, il avait déjà eu des étranges toux qui lui faisaient cracher du sang, ce n'était pas bien grave, se répétait-il en faisant disparaître tout indice pouvant inquiéter Arthur…il n'en était pas malade à ce point…
« Alfred, calme-toi, pour l'amour de Dieu !
-Nan, je veux pas ! Je veux pas ! Je veux sortir, laisse-moi ! », cria Alfred, presque hystérique depuis plusieurs minutes sans raison, donnant des coups de pied si Francis ou Arthur essayaient de l'attraper.
Le Français finit par ceinturer Alfred, lui répétant d'une voix forte de se calmer, quand la porte de la cale s'ouvrit violemment et que leur geôlier parut, furieux :
« Faire taire ce mioche, bordel ! On entend plus qu'lui sur c'navire ! »
Distrait un instant, Francis laissa échapper Alfred qui retomba sur le sol, trébucha et poussa sans faire exprès son frère sur le geôlier; celui-ci fit tomber le repas qu'il apportait sur ses vêtements et jura violemment :
« Ah, ce p'tit con va pas s'y mettre aussi ! », rugit-il avant de gifler violemment Matthieu (le premier à sa portée), au point de le faire tomber sur le sol.
Avant que Francis ou même Arthur aient pu réagir, Alfred s'était rué sur le geôlier et l'avait fait tomber avant de le bourrer de coups de pied et de poing :
«Touche pas à mon frère, sale gros plein de soupe puant ! » cria-t-il malgré les injonctions de son tuteur de s'arrêter. Francis, qui s'était précipité pour relever sa colonie en larmes, ne pouvait s'occuper de l'enfant enragé.
Mais les cris attirèrent les deux gardes en faction, qui s'avancèrent, l'arme au poing : «Toi ! Éloigne-toi de cet homme » aboyèrent-ils à Alfred.
Celui-ci stoppa sa ''bastonnade'' et vit les soldats s'avancer vers lui en le visant de leurs fusils : cela, plus toute la tension, l'angoisse et la colère, firent qu'il craqua, et s'enfuit dans les couloirs, passant habilement entre les jambes des soldats qui jurèrent et se lancèrent à sa poursuite
«ALFRED, REVIENS !» cria Francis sans succès, ne pouvant lui courir après avec Matthieu dans les bras «REVIENS ! ARRÊTE-TOI ! »
Entretemps, le geôlier avait repris ses esprits et se relevait lentement, encore sonné.
Arthur agit alors d'instinct, comme toujours dans ces situations : attrapant la chaîne qui enserrait ses poignets, il la passa brusquement autour du cou du geôlier et serra de toutes ses forces, l'étranglant peu à peu.
Comprenant ce qu'il voulait faire, Francis lâcha un instant Canada pour donner un violent coup de poing dans le ventre du marin et s'emparer de ses clefs du même geste.
Alors qu'il se libérait de ses menottes et s'apprêtait à faire de même pour Arthur, celui-ci lui ordonna rapidement :
« Vite ! Dépêche-toi de rattraper Alfred ! Je me débrouillerai avec Matthieu !»
Le Français regarda son rival, hésitant un micro-instant, mais l'Anglais resserra sa prise sur son captif et répéta son ordre :
« Rattrape-le! C'est peut-être notre seule chance ! »
Décidant d'oublier toute raison pour faire confiance à son instinct, le Français vola le pistolet et le coutelas du geôlier avant de s'élancer dans le couloir; par chance, les soldats qui le gardaient s'étaient tous lancés à la poursuite de la jeune colonie, et le premier qu'il croisa périt d'une balle avant qu'il ne lui vole son épée à partir de là, la poursuite devint un chemin qu'il dut se frayer à travers les soldats et les marins de garde dans les coursives, suivant son instinct pour retrouver Alfred.
Pendant ce temps, le jeune garçon, poussé par l'adrénaline, essayait à tout prix de gagner le pont, sa panique montant au fur et à mesure que, l'alerte donnée, les soldats devenaient de plus en plus nombreux à essayer de l'attraper.
Alfred était un enfant sauvage, qui avait vécu les premières années de sa vie en pleine nature, où la survie dépendait soit de la capacité à se battre, soit à celle de fuir; et même s'il était doué d'une force incroyable, sous l'effet de la panique, il en oubliait qu'il pouvait soulever et jeter à plusieurs mètres au loin sans problème ceux qui le poursuivaient; seule la fuite lui paraissait possible, et inconsciemment, il se dirigeait vers le haut, vers le ciel, vers un endroit où il pourrait courir, s'enfuir…
Par chance, les couloirs du navire étaient tellement étroits que, le temps qu'on se rende compte qu'il passe et qu'on se retourne, il était déjà loin. Mais dès qu'il arrivait à un croisement, un groupe arrivant en courant vers lui le faisait paniquer un peu plus et accélérer.
Par on ne savait quel miracle, il parvint à atteindre le pont : mais si c'était le lieu le plus dégagé du navire, c'était là où le plus de gens pouvaient se rassembler, et ceux-ci se dirigeaient vers lui. Aussi l'enfant reprit-il sa course effrénée, vers l'arrière du navire cette fois-ci.
Le temps qu'Alfred atteigne le pont, les deux pirates n'étaient pas restés inactifs : rapidement, Arthur s'était libéré et, Matthieu à sa suite (il n'avait pas tué le geôlier et ne pouvait laisser le petit seul avec lui), il s'était à son tour frayé un chemin dans les couloirs.
Francis n'avait aucun remords à tuer les Anglais sur son passage, même si ce n'était pas son but premier; en revanche, malgré l'excitation et le danger du moment, Angleterre évitait autant que possible de tuer ses propres soldats, se contentant de les blesser (plus ou moins gravement) ou de les assommer; c'est ainsi qu'ils arrivèrent à leur tour à l'air libre, faisant à nouveau face à l'équipage qui essayait de les encercler.
Tout à coup, Francis releva la tête et écarquilla les yeux :
«Arthur ! Là-haut ! » cria-t-il à son rival en pointant du doigt le gaillard arrière.
Suivant son regard, Arthur aperçut à son tour Alfred, caché derrière un tonneau, encore trop paniqué pour bouger visiblement il ne les avait pas encore vus.
Un échange de regards suffit aux deux rivaux pour se comprendre : tranchant l'attache d'un cordage, Arthur s'y aggripa et se laissa soulever en l'air, s'élançant au-dessus du cercle de marins qui essayaient de les encercler, et retombant de l'autre côté avant de courir vers sa jeune colonie.
« Alfred ! I'm here, boy!» cria-t-il pour rassurer l'enfant; celui-ci l'entendit et releva la tête, un grand sourire de soulagement illuminant son visage en voyant son tuteur arriver : se relevant, il courut vers l'escalier pour le rejoindre.
Mais à ce moment-là, Reeves sortit de sa cabine, attiré par le vacarme de la bagarre : il lui suffit d'un coup d'œil à la scène, aux marins, aux pirates libres, à Alfred, pour comprendre ce qui se passait.
A l'instant où Alfred passa à son niveau, le capitaine tendit le bras et saisit brusquement l'enfant par le col pour le soulever; tendant son bras par-dessus le bastingage, il suspendit Alfred juste au-dessus de la mer et sortit un pistolet qu'il pointa sur la tête de l'enfant.
Arthur, voyant cela, stoppa instinctivement mais sortit à son tour un pistolet qu'il braqua vers le capitaine en hurlant :
«LÂCHEZ-LE ! »
Son hurlement sembla figer l'ensemble de l'équipage, qui stoppa, ainsi que Francis, tenant encore certains de ses adversaires au bout du sabre : tous les yeux du navire étaient tournés vers les deux capitaines qui se défiaient.
Reeves eut un sourire mauvais :
« Le lâcher ? Ma foi, Kirkland, je ne demande pas mieux que de vous contenter… »
Il relâcha légèrement sa prise sur Alfred, qui hurla de terreur et s'aggripa de toutes ses forces au bras de Reeves pour ne pas tomber :
« DADDY! HELP! HELP ME! DADDYYYYY! »hurla l'enfant terrorisé
Arthur releva le chien de son mousquet: «Arrêtez ça, maintenant ! Reposez-le ou vous êtes mort !
- Non Kirkland, c'est vous qui allez poser votre arme, ainsi que votre complice, si vous ne voulez pas avoir la mort de ce petit sur la conscience…n'oubliez pas, j'aurais le temps de tirer et de le lâcher dans la mer même avec une balle dans le cœur…
- Espèce de lâche… » siffla Arthur, la rage au cœur
Reeves eut un rictus machiavélique :«C'est vous qui m'appelez ainsi ? Quelle ironie, cher soi-disant capitaine…mais après tout, la vie de ce gamin ne dépendra pas de moi, mais de votre décision…qui sera le lâche, alors ? »
Arthur garda le pistolet pointé sur Reeves, les dents serrées, grondant presque Francis écarquilla les yeux en comprenant ce qu'il avait l'intention de faire :
«Je t'en prie, ne fais pas ça… » murmura-t-il si bas que personne ne l'entendit.
Il savait ce qu'Angleterre avait en tête : les Nations pouvaient «mourir », du moins physiquement, si elles recevaient des blessures par balles ou par épée mais ce n'était qu'une ''mort'' temporaire, qui ne durait que le temps que la blessure guérisse.
Cependant, c'était une expérience très douloureuse, que chaque Nation évitait le plus possible, et qui laissait à chaque fois une sensation très désagréable pendant plusieurs semaines.
Particulièrement la première, songea Francis en frissonnant, et Alfred et Matthieu ignoraient ce pouvoir particulier, n'y ayant jamais été confrontés…
Mais Reeves l'ignorait sûrement et Arthur songeait à en profiter, laisser le capitaine « abattre » Alfred et le jeter à la mer; Francis ou Arthur arriveraient à le récupérer de toute façon, et cela leur fournirait une occasion de s'échapper…
Oui, c'était un plan parfaitement sensé, si on y réfléchissait….
Arthur plissa les yeux, fixant Reeves qui tenait toujours Alfred l'humain sembla deviner ce que mijotait la Nation, car il raffermit sa prise sur l'enfant et enfonça légèrement la pointe du pistolet dans le crâne du garçon :
«C'est votre dernier avertissement, Kirkland : posez votre arme, ou ce gamin ira nourrir les poissons ! »
Un silence de mort tomba sur le pont, la tension palpable parmi les humains et les Nations.
Arthur serra les dents, songeant à la façon dont leur plan allait se dérouler et…
Ses yeux croisèrent alors ceux d'Alfred.
L'enfant, en larmes, terrifié, se cramponnait tant bien que mal pour ne pas tomber, et murmurait quelque chose; Arthur entendit juste :
«Daddy, me laisse pas, please…»
La main du pirate trembla légèrement.
Dans ces yeux effrayés, il se revoyait lui-même lors de sa première ''mort'', lorsque Danemark l'avait transpercée d'une lance au cours des conquêtes de sa mère Brittania…
La douleur.
La douleur explosa partout dans son corps, plus rien n'existait d'autre, plus rien que la douleur –la peur- et cette horrible brûlure, partout, mais surtout au ventre.
Hurlant, en larmes, Albion vit son frère, Alba, le roux qui était tellement fort, mais qui ne faisait rien, qui regardait la scène, aussi horrifié que lui-même…
Il tendit faiblement sa main vers son fort grand frère, lui qui n'avait peur de rien…
« Grand frère… aide-moi…aide-moi …», hoqueta-t-il, ayant trop mal pour dire autre chose.
Alba regarda son petit frère et recula lentement, muet, horrifié…
« T'attends quoi, p'tit ? Tu veux t'battre, p'têtre ? » cracha la voix moqueuse du Viking «Ou tu veux finir comme lui ? Allez, viens, n'aie pas peur~ ! »
Albion sentit à peine le poids qui l'écrasait s'alléger légèrement quand le danois ôta son pied de son corps et s'avança légèrement vers l'autre.
Mais il vit Alba le regarder une dernière fois, ouvrant légèrement la bouche –mais pour dire quoi ? Il ne le sut jamais-, avant de finalement se détourner et s'enfuir, ignorant les cris d'Albion :
« Grand frère, me laisse pas… »
Le pirate sentit un peu de sueur couler sur son front.
Il devait le faire, Alfred devrait l'apprendre un jour ou l'autre, si ce n'était pas maintenant ce serait plus tard, et ils en avaient besoin…
Je ne peux pas, réalisa-t-il soudainement, je ne peux pas lui faire ça.
Il ne pourrait faire ça alors qu'Alfred le regardait ainsi, terrorisé, le suppliant de l'aider; il ne pouvait pas laisser cet enfant qu'il aimait comme un fils souffrir ainsi.
Lentement, les dents toujours serrées, il détourna le regard…
Avant de jeter rageusement son pistolet au sol.
« Le diable vous emporte, Reeves » gronda-t-il .
Sans répondre à l'insulte, le désigné tourna le regard vers Francis, qui, après un moment d'hésitation, finit par suive l'exemple de son rival.
Un petit rire mauvais échappa à l'humain alors qu'il ramenait Alfred à l'intérieur du bateau, mais sans le lâcher, et secoua lentement la tête, comme attristé :
« Tsss… quelle pitié…et vous, Bonnefoy, pourquoi me rendez-vous la tâche si compliquée ? Je vous avais prévenu de ne rien tenter, vous et Kirkland, non ? »
Pendant qu'il parlait, les marins avaient jeté violemment les deux Nations à terre et se dépêchaient de leur rattacher les mains dans le dos, profitant lâchement de leur absence volontaire de réaction.
Reeves continua :
«Vu que vous n'avez pas tenu votre part du marché, je devrais punir ces chers angelots », sa main glissa le long du cou d'Alfred en un odieux simulacre de caresse affectueuse, « mais je suis d'humeur généreuse aujourd'hui, et ne le ferait pas…En revanche » fit-il avec un soupir « vous comprendrez que je ne peux tenir ma part du marché, et retenir mes hommes…»
Comme s'ils attendaient ces mots, les hommes retenant Francis rugirent de plaisir et agrippèrent le Français, leurs regards obscènes ne laissant aucun doute sur leurs intentions; le blond, furieux, se débattit quelque peu, mais il vit Matthieu être amené prêt de son frère, et Reeves réarma son pistolet; comprenant le message, il se tint tranquille, baissant les yeux.
Arthur écarquilla les yeux, n'osant comprendre ce qui allait arriver à SON rival.
«Que comptez-vous lui faire, salaud? » rugit-il à l'encontre de Reeves alors qu'il essayait d'échapper à ceux qui le maintenaient.
Le capitaine humain feignit l'étonnement :
«Moi ? Mais rien du tout, mon ami, mes hommes vont simplement le traiter avec l'honneur qui lui est dû…c'est-à-dire aucun… » fit-il avec un ricanement sardonique « cependant…Messieurs, allez donc vous amuser ailleurs, n'oubliez pas qu'il y a des enfants ici!»
Des rires gras lui répondirent et les marins poussèrent le Français vers l'intérieur du navire, des plaisanteries obscènes se faisant entendre ici et là.
Luttant contre les bras qui le retenaient, Arthur chercha à voir le plus longtemps possible Francis; celui-ci réussit à tourner la tête, et pendant un bref instant, le regard azur et celui émeraude se croisèrent, l'un cherchant à encourager l'autre, brûlant de rage.
Ça va aller, disait le regard de Francis, ne t'en fais pas pour moi…
Ils n'ont pas le droit de faire ça disait celui d'Arthur c'est à MOI de le faire, stupid Frog !
Un faible sourire se dessina sur les lèvres du Français, mais l'échange de regards ne dura pas, les marins entraînant le Français loin de son rival; Arthur n'eut pas le temps de protester qu'on le poussa rudement à genoux devant Reeves, descendu de l'escalier et tenant un fouet qu'il ne reconnut que trop bien.
«Ne vous souciez pas de lui, mon cher Kirkland » susurra l'humain « nous avons de quoi nous occuper en attendant. Par exemple, la promesse de vous faire crier de douleur… »
Pour toute réponse, Arthur lui cracha à ses pieds. Mais il sut, alors que les coups commençaient à pleuvoir de tous les côtés, qu'il payerait cher ce geste.
à suivre...
Notes de l'auteur: oooooyah, ce chapitre m'a pris des semaines à écrire, et c'es que les préliminaires du désastre X_
Huh? Vous trouvez que je suis sadique? Mais mes pauvres lecteurs/trices...ceci n'est que le commencement *evil laugh*
Mais...l'auteur vous donne un conseil...prêtez attention à certains détails, ils seront importants pour la suite...
Lesquels? C'est à vous de les découvrir :D!
Les lecteurs de Deviantart qui sont ici: Sondage!
Ceux qui ont lu ma dernière fanfiction "La proie du Serpent": elle sera bientôt finie d'être publiée et je la posterai ici après.
J'aimerais votre avis: préférez-vous une fic d'un seul chapitre (mais faisant près de 12000 mots) ou un découpage en chapitres comme sur Deviantart?
Dans les deux cas, vous serez les premiers à connaître la fin, je vous rassure ^w^ Merci de me répondre dans vos reviews :D (en plus de l'habituel commentaire sur combien je massacre notre manga préféré TT...mais naan, je sais que vous m'aimez ^w^)
