Chapitre 4 - Altruisme
Quand le soleil commença à se coucher, tous les dragonniers se rassemblèrent sur la rive. Aucun d'eux n'avait trouvé quoi que ce soit dans leur secteur de recherches, et ils espéraient tous qu'en revenant à la base, quelqu'un leur annonce une bonne nouvelle ! Et quelle ne fut pas leur déception quand ils donnèrent tous une réponse négative à la question générale ! Toujours sur leurs dragons, Ingrid et Varek étaient en pleine réflexion et leur visage reflétaient sans cesse de l'inquiétude. Les jumeaux échangèrent un regard puis Krane interrogea la chef du groupe.
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
Son regard se fronça alors qu'elle continuait de réfléchir tout en pianotant nerveusement les poignées de la selle de Sonovent. Elle prit ensuite une profonde inspiration et leva son regard vers ses amis.
- Pour le moment, on va tous prendre du repos. Nous sommes tous épuisés et nerveux, et nos dragons ont volé sans relâche pendant des heures. Avec Varek, je vais aller établir un nouveau plan de recherche. Retrouvons nous tous à l'aube au hangar.
Les jumeaux hochèrent la tête et s'en allèrent vers leur hutte pour manger un morceau et se reposer. Varek et Ingrid se rendirent tranquillement au pavillon avec leurs dragonnes. Sans plus attendre, Ingrid prit une carte de l'archipel qu'elle étala sur la table près du feu central, et l'étudia attentivement. Après avoir donné à boire et à manger à Bouledogre et Sonovent qui s'étaient installées dans le coin de la pièce, Varek se joignit à Ingrid, mais ne put s'empêcher de s'inquiéter quand il vit le regard constamment sévère et inquiet de la brune, qui suivait les lignes invisibles qu'elle traçait avec son doigt sur la carte.
- Ingrid ?
- Pas maintenant, Varek. Je réfléchis. Harold est on ne sait où, et j'ai envie qu'on le retrouve au plus vite. Répondit-elle le plus calmement possible
- Je sais. Mais prend au moins le temps de souffler avant de t'acharner sur la carte. Lui conseilla-t-il
- Mais je… Mmh. Tu as raison.
Ils s'asseyent à table. Ingrid avait la tête dans le creux de sa main et ses yeux ne quittaient pas les flammes du foyer central. Varek devina que le rôle de chef ne devait pas être facile à encaisser. Mais son rôle à lui était de la rassurer à ce sujet.
- Sache que tu as pris de bonnes décisions, Ingrid.
- J'espère, Varek… Je n'ai pas le commandement pour organiser l'une de nos habituelles expéditions, mais pour retrouver l'un de nos meilleurs amis ! Et je dois t'avouer que c'est pesant… L'inquiétude ne m'a pas quittée depuis qu'on est partis le chercher et j'essaie de me montrer digne de mon statut temporaire.
- Et bah je te rassure, tu t'y prends très bien. Astrid serait d'accord avec moi.
- Merci, Varek. Tu es gentil. Mais je ne te cache pas que la réaction d'Astrid m'inquiète de plus en plus si elle venait à apprendre la disparition d'Harold avant qu'on le retrouve…
- Moi aussi. Mais je préfère rester optimiste et croire qu'on le retrouvera avant qu'elle ne rentre.
- Alors je vais essayer de faire comme toi.
- Sage décision, chef. Lui souriait-il.
- Hin... Rougissait-elle. Bon. On retourne jeter un œil à cette carte ?
- Je te propose qu'on mange d'abord et ensuite, on étudie la carte. D'accord ?
- D'accord. Céda-t-elle avec un frêle sourire
oO*Oo
En sortant de la grande salle, Harold se permit de pousser un long soupir de soulagement, ce qui fit sourire Ariane.
- Tu te sens mieux ?
- Nettement.
- Tu semblais pourtant confiant.
- En partie. Mais au fond de moi, je trouillais à l'idée que ton père change d'avis !
- J'y ai cru aussi à un moment. Mais le principal, c'est que cette affaire soit réglée et que tu sois l'un des nôtres. Dit-elle avec le sourire tout en continuant de marcher
- C'est vrai. Tu m'emmène donc chez… Euh…
- Svard.
- Ouais. Svard. Et euh… ça ne va pas le déranger que je loge chez lui ?
- Je ne pense pas vu qu'il est mort il y a deux mois. Un dragon a saccagé le toit de sa hutte et il s'est pris tous les dégâts sur la tête.
- Aïe…
- Comme tu le dis. Les réparations ont été finies y'a tout juste deux semaines mais depuis, personne n'a souhaité vivre dans sa maison. Va savoir pourquoi. Voilà on y est.
Harold étudia du regard la façade extérieure. C'était une belle petite hutte, mais qui était légèrement recluse par rapport aux autres habitations. Elle avait un toit pointu, une belle porte en bois bien épaisse et solide, une partie de la forêt s'étendait derrière elle et le tout était à moitié recouvert de neige. Ce qui donnait un charme à l'habitation. Et d'après ce qu'il pouvait voir, les réparations ont été bien faites ! Ariane ouvrit la porte et invita Harold à y entrer. Bien qu'il faisait sombre et glacial à l'intérieur, à première vue, il n'y avait rien d'anormal ou de repoussant. Ariane tira les rideaux assez vieux et puants de la grande fenêtre sur le mur de droite alors qu'Harold ferma la porte. Mais une fois la porte refermée, Harold sentit comme une odeur pas agréable et plissa le nez !
- Dis… ? Il avait quel âge ce Svard ?
- 80 ans. Pourquoi ?
- Tu ne sens pas ?! Ça sent le vieux !
- Vu que je le connaissais, son odeur ne me fait plus rien. Mais je te l'accorde, ça pue. Même deux mois après sa mort, l'odeur persiste. Étrange. Constata-t-elle sans trop grimacer
- Eurk… Elle me rappelle trop celle de Mildiou… Grimaça-t-il en s'asseyant sur le lit qui se trouvait au fond dans le coin à gauche
- Mildiou ? Qui c'est ?
- Un vieux banni de mon village qui cultivait des choux. Mais ce n'est pas important. Le plus important, c'est tu sais qui. Parle-moi de lui, s'il te plait. Demanda-t-il avec discrétion
- Bah tu sais… Je n'ai rien de plus à dire que ce que je t'ai déjà dit, Harold. S'excusa-t-elle. Tout ce que je peux dire, c'est que j'ai suivi au mieux tes instructions, et que vu son état lors de ma seconde visite, je pense que je ne m'en suis pas trop mal sortie. Répondit-elle discrètement
- Pff… Génial... Dit-il avec une pointe de soulagement dans le cœur
- Mais… Tu aurais pu me prévenir que ton ami était unique en son genre ! Dit-elle en croisant les bras avec un petit sourire
- Ah. Oui, c'est vrai... Pardon pour ça aussi. S'excusa-t-il
- C'est rien. J'aurais dû m'en douter moi-même avec le dessin sur ton épaulière. Mais je ne te cache pas que j'étais encore plus surprise et effrayée en me retrouvant face à lui ! Moi qui m'attendais à n'importe quel dragon ! Dit-elle en riant à moitié.
- Désolé. Sincèrement.
- Mais ça a été au final. Il est très gentil et il s'est montré assez compréhensif et patient quand je lui parlais et le soignais. Ce qui, je te l'avoue, est assez perturbant pour quelqu'un comme moi qui a chassé les dragons toute sa vie.
- Je peux le comprendre, Ariane. Et je ne te remercierais jamais assez… J'ai vraiment hâte de le revoir, tu sais…
- Lui aussi, je pense. Il était tout content quand je lui ai donné ton épaulière. Souriait-elle
- Oh Krokmou… Soupira-t-il tristement
Il ne put s'empêcher d'éclater un sanglot entre ses mains, ce qui désola Ariane qui alla s'asseoir à ses cotés sur le lit.
- Hé… Dit-elle d'une voix douce
- Désolé… C'est juste que je lui aie promis que je reviendrais le plus vite possible… Et je n'ai pas tenu ma parole…
- Je comprends. Mais dis-toi que… AAAH !
A ce moment-là, le lit venait d'emmètre un craquement et de se casser en deux sous le poids des deux jeunes vikings qui hurlèrent à l'unisson lors de leur chute ! A terre et immobiles au milieu des dégâts, ils échangèrent un regard avant de se sourire mutuellement et d'éclater de rire ! Ariane riait de bon cœur, et Harold, en l'entendant rire ainsi, riait aussi de bon cœur.
- Ah bah si tout le reste du mobilier s'effondre au moindre contact, on n'a pas fini de rire et d'être surpris ! Dit-elle en riant
- C'est clair ! Le mobilier doit être aussi vieux que son propriétaire ! Dit-il en riant aussi
Ariane éclata à nouveau de rire avant de se calmer avec de profondes inspirations tout en essuyant les larmes aux coins de ses yeux. Elle poussa un dernier soupir et se releva la première avant d'aider Harold, puis elle alla inspecter chaque meuble de la pièce unique. Quand elle tourna son regard vers Harold, son regard était plutôt contrarié.
- Tu ne peux pas vivre décemment dans cette maison. Le mobilier doit être changé en grande partie ! Et en plus, les interstices des murs doivent être bouchés si tu ne veux pas finir en glaçon.
- Ah. Et qu'est-ce que tu proposes ?
- Je n'en sais rien. Installe-toi le plus confortablement et le plus chaudement possible en attendant qu'on vienne t'apporter de nouveaux meubles et qu'on finisse les travaux. Tu crois que ça ira jusqu'à demain ?
- Ne t'en fait pas. Ça ira. Mais en parlant de demain, tu m'accompagneras pour aller voir tu sais qui ?
- Vu que tu t'es présenté comme un chasseur, oui. Et si on me pose des questions, je dirai que je t'emmène découvrir les meilleurs coins de chasse de la forêt puisque je la connais comme ma poche.
- Super. Merci Ariane.
- De rien. Et je ne te cache pas que… Même si ça s'est bien passé jusque-là entre moi et ton dragon, je serais contente de te savoir avec moi quand on ira le voir. Tu sais… Toute cette histoire est assez pesante et je prends des risques pour vous deux. Alors le fait que je ne serais pas seule pour mes excursions, bah ça me soulage. Le fardeau sera moins lourd. Tu comprends ?
- Tout à fait. Si je pouvais me débrouiller seul, je le ferais pour pas que tu aies davantage d'ennuis. Seulement, je n'y arriverais pas sans toi.
- C'est vrai ? S'étonna-t-elle
- Oui. Mais si tu ne souhaites pas être davantage impliquée dans cette histoire, je peux tout à fait le comprendre et je ne t'en voudrais absolument pas.
- Merci beaucoup Harold. C'est très gentil de dire ça, mais… J'ai quand même envie de continuer de t'aider. Avoua-elle en lui adressant un sourire sincère
- Tu en es sûre ?
- Oui. Après tout, tu as besoin de moi puisque tu viens de l'avouer.
- C'est vrai. Admettait-il avec un léger embarras
- Bon. Jusqu'à demain, Krokmou ne craint rien et on a la certitude de pouvoir aller le voir demain matin. Mais pour l'heure, on va sortir et je vais te faire visiter le village. D'accord ? Proposa-t-elle avec le sourire
- D'accord.
Ils sortirent de la maison puante et Harold savoura le fait de respirer de l'air frais, tout comme Ariane. Ils échangèrent un autre regard amusé avant d'avancer dans les rues du village. Ariane lui expliqua brièvement ce qu'était les bâtiments, où se trouvait l'entrée et la sortie du village, la forge, la maison de la shaman, des marchands du village, et autres. Puis elle termina par sa propre maison.
- J'avais deviné en sortant de prison que c'est là que tu habitais.
- Vraiment ?
- Oui. Une belle et grande demeure reculée du village et située en hauteur, c'est des indices fiables.
- Ah.
- Et puis la maison de mon père est assez grande aussi et elle est également située en retrait et en hauteur.
- Tu es enfant de chef aussi ?
- Oui.
- Et ton père ? Il est comment par rapport au mien ?
- Je dirais qu'ils ont des similitudes. A l'époque où mon village tuait les dragons, ils se seraient très bien entendus je pense ! Mais maintenant qu'on a fait la paix avec eux… Ce ne serait pas envisageable.
- Je vois. Et tu viens d'où exactement ? Demanda-t-elle avec curiosité tout en s'asseyant sur le rebord d'une petite muraille, à l'entrée du sentier menant à sa maison
- Je viens du…
- Hééé !
Harold et Ariane esquissèrent une légère grimace avant de tourner d'emblée leur regard vers Kurt qui s'approchait d'eux avec un sourire amical.
- Salut Ariane.
- Kurt. Dit-elle simplement d'un ton poli
- Salut le nouveau.
- J'ai un nom. T'a oublié ? Rétorqua ce dernier d'un ton poli mais avec un regard légèrement froncé
- Oh, excuse-moi. Rappelle-moi comment tu t'appelles déjà ?
- Harold.
- D'accord. Moi, c'est Kurt. Lui dit-il en lui tendant la main.
- Euh… Ouais. Je n'avais pas oublié le tien. Lui dit-il tout en lui serrant la main
- Mmh. Alors ? Tu es l'un des nôtres apparemment ? Vu que t'est encore en vie ! Constata-t-il
- Humph. Surpris ?
- Un peu. T'a quand même eu des gestes déplacés envers la fille du chef.
- C'était juste de l'autodéfense, Kurt. Et mon père n'aurait rien su si tu ne t'étais pas donné le plaisir de moucharder ! Le gronda Ariane
- Oh, ça va. Je suis désolé. Ça vous va ? Leur demanda-t-il en les regardant successivement
- Mmh, mmh. Firent-ils en hochant simplement la tête
- Bien. Alors ? Maintenant que tu fais partie du village, tu feras quoi de tes journées ?
- Je vais chasser le gibier.
- Humph. Pouffa-t-il
- Quoi ?
- Vu ta carrure, je ne suis pas si étonné. C'est vrai que tu n'as pas vraiment ce qu'il faut pour chasser les dragons. Peut-être comme appât, à la rigueur ! Haha !
- Kurt ! Gronda Ariane
- Hé, c'est bon ! J'ai le droit de rigoler et de le taquiner un peu, non ? S'énerva-t-il
- Sauf que je ne trouve pas ça drôle. Lui répondit Harold d'un ton sévère
- Quoi ? T'as pas le sens de l'humour, toi aussi ?
- Si. Mais pour juger les gens sur leur physique et leurs aptitudes, non. Je trouve ça immature. Et puis tu ne donnes pas une bonne image de toi et ça ne me donne pas envie de discuter davantage avec toi. Salut.
Il demanda à Ariane de le suivre d'un simple regard et s'éloigna du tas de muscles. La jeune femme le suivit après avoir adressé un regard sévère à Kurt, mais ce dernier rattrapa direct Harold et l'attrapa par le col avec la seule force de ses deux bras, faisant tomber par terre la peau de bête qu'il avait toujours sur les épaules ! Comme Harold était beaucoup plus petit que lui, ces pieds ne touchaient même plus le sol ! D'un air sévère, Kurt colla presque son visage contre le sien, malgré les protestations d'Ariane pour qu'il le lâche.
- Écoute-moi bien, le nouveau ! Je blaguais ! D'accord ? Mais vu que tu n'as pas le sens de l'humour, je vais vite laisser tomber les blagues avec toi !
- Kurt ! Lâche-le ! Ordonna la blonde d'un ton sévère
- Mais retiens bien ceci ! Je te déconseille de me mettre en rogne. Parce que si tu veux des ennuis, tu sauras les trouver ! Pigé ? Siffla-t-il entre ses dents
- Tu ne me fais pas peur, tu sais ! Répondit Harold avec bravoure
- Ah ouais ?
Tout en maintenant Harold par le col avec ses mains, Kurt le balança dans un enclos à moutons qui ne se trouvait pas loin ! Le sol était boueux et enneigé, et Harold se retrouva face contre terre au milieu des moutons qui le regardaient avec des yeux surpris.
- Harold !
Ariane sauta par-dessus la clôture et aida Harold à se relever. Malgré les questions amicales de la jeune fille, il ne répondait pas et garda la tête baissée. En plus d'être couvert de boue et de grelotter, son visage reflétait de la rage et de la honte. Et ça, Ariane s'en était aperçue. Elle adressa alors un regard sévère à Kurt qui s'en alla d'un pas tranquille vers sa hutte, puis elle reporta son attention vers Harold. N'ayant pas peur de se salir avec la neige boueuse et la boue, elle hissa son bras autour de ses épaules, le fit sortir par la petite porte et ramassa au passage sa peau de bête. Les quelques villageois témoins du spectacle leur adressèrent des regards navrés. Les ignorants en grande partie, elle emmena Harold non pas chez lui, mais chez elle.
- Tu m'emmène où ? Demanda-t-il avec étonnement
- Chez moi pour que tu prennes un bain.
- J'ai une maison, tu sais ?
- Je sais. Mais t'as vraiment envie de prendre un bain dans une vieille bassine qui regorge encore de crasse ?
- Euh… Non, pas vraiment... Répondit-il avec une mine dégoûté
- Alors c'est réglé. Et puis tu vas aussi manger un vrai repas.
- Mais… Et ton père ?
- J'en fais mon affaire. Assura-t-elle d'un ton extrêmement convainquant
Face à ça, Harold se tut et continua d'avancer en sa compagnie. Quand il entra dans la maison, il se réjouissait de la chaleur qui y régnait. Ariane ferma la porte, balança la peau de bête sale près de la porte et enleva ses affaires qu'elle posa sur une chaise. Elle demanda ensuite à Harold de venir se réchauffer près du feu le temps qu'elle fasse chauffer l'eau. Mais avant de s'en occuper, elle lui donna un grand verre d'eau qu'il ne refusa pas et qu'il but d'une traite ! Elle alla ensuite s'occuper du bain et Harold se réchauffa avec bonheur. Quelques minutes plus tard, le bain était prêt. Elle avait également installé un paravent pour qu'il puisse se déshabiller et se laver à son aise.
- Voilà. C'est prêt. Tu peux venir.
- Merci, Ariane.
- Par contre, quand tu auras fini, tu laisseras tes vêtements par terre pour que je puisse les laver dans l'eau du bain.
- Et je mettrais quoi sur moi ? S'étonna Harold
- Tu t'emmitoufleras dans une couverture, le temps que tes vêtements sèchent. Répondit-elle simplement
- Euh… D'accord.
Harold alla dans la pièce du fond et referma le rideau accroché à la porte, puis se mit derrière le paravent. Il trempa sa main dans l'eau qui était délicieusement chaude, et ayant soudainement très envie d'y plonger, il se déshabilla, laissa tous ses vêtements par terre et se laissa couler dans l'eau chaude qui lui fit pousser un discret et long soupir de bien-être. Il plongea ensuite sa tête sous l'eau pour enlever toute la boue qu'il y avait et se frotta vigoureusement le visage et les cheveux avec le savon qui était juste à côté. Il se lava ensuite tout le corps, puis appuya son dos contre la bassine et ferma les yeux pour se détendre tant que l'eau était encore chaude. De son coté, Ariane était montée dans sa chambre pour chercher une couverture pour Harold. Une fois revenue en bas, elle attendait qu'Harold ait fini de se laver tout en surveillant le repas qu'elle avait mis à réchauffer. Dès que les restes du repas de ce midi furent chauds, elle les servit dans une assiette en bois et s'approcha du rideau de la salle de bain pour savoir si tout allait bien.
- Harold ? Tout va bien ?
- Euh… Oui. J'ai fini.
- Parfait. Je t'apporte une couverture.
Il l'entendit s'éloigner, puis revenir.
- Je peux entrer ?
- Euh…
- Rassure-toi, je ne vais pas te regarder ! Riait-elle. Je veux juste entrer pour déposer la couverture sur le paravent et ressortir aussi vite.
- Bon, d'accord. Entre.
Par réflexe, Harold ramena ses jambes contre lui pour qu'Ariane ne voit rien de gênant. La blonde entra dans la pièce en écartant simplement le rideau. Même qu'elle avait dit qu'elle ne regarderait pas, elle ne put s'empêcher de voir et de regarder l'ombre d'Harold à travers le paravent, ombre qu'elle voyait grâce à la lueur des bougies. En voyant qu'il maintenait ses jambes tout contre lui, elle esquissa un sourire amusé. Il était donc timide et pudique ? Elle leva les yeux au ciel et posa la couverture sur le paravent.
- Voilà. Je m'en vais. Et ton repas est prêt.
- J'arrive.
Elle sortit de la pièce afin de laisser le jeune viking sortir, se sécher et s'habiller en paix. Après s'être séché avec la couverture, il s'habilla. De tous ses habits, Harold ne remit que son sous-vêtement, sa botte et sa jambe en métal. Il s'emmitoufla chaudement dans la couverture et sortit de la pièce, l'air timide et embarrassé. Quand elle l'entendit entrer dans la pièce principale à cause de sa jambe en métal, Ariane lui adressa un sourire.
- Ça va mieux ?
- Oui. Beaucoup mieux.
- Tant mieux. Ton repas est là. Mange ce que tu veux et à ta faim.
Il hocha la tête pour la remercier et alla se restaurer sans plus attendre. Les légumes et le morceau de lapin sentaient tellement bon et lui ouvraient l'appétit ! Sans perdre de temps, Ariane prit la peau de bête et alla la laver avec le linge dans l'eau du bain et avec le savon. Par chance, la saleté ne s'était pas incrustée et partit très vite. Elle essora tout ça et le mit à sécher près du feu, puis vida l'eau dehors via la fenêtre de la salle de bain. Elle se lava ensuite les mains avant de faire le souper sous le regard d'Harold. Il constata qu'elle n'avait pas arrêté une seule seconde depuis qu'ils étaient rentrés. Et ce qui l'étonnait, c'était de voir qu'elle ne semblait pas fatiguée, ni affectée devant tout ce travail !
- Désolé.
- Mmh ? Désolé pour quoi ?
- De t'avoir donné du travail supplémentaire.
Elle lui adressa alors un simple sourire et continua d'éplucher les légumes et de préparer la viande.
- Alors. Tu disais venir de où, déjà ? Demanda-t-elle
- De Berk. Mais avec un groupe d'amis dragonniers, on a établi un campement sur une ile qui se trouve à quelques heures de la tienne.
- Ah ? Et pourquoi avez-vous quitté votre village ?
- Pour vivres d'autre aventures et trouver d'autre spécimens de dragons.
- Vos dragons ne vous suffisent pas ? S'étonna-t-elle
- Oui et non. On très curieux en fait. On aime découvrir et étudier les nouveaux dragons qu'on trouve.
- Je vois. Vous êtes tous des passionnés dans votre groupe ?
- On peut dire ça.
- Mmh, mmh. Et vous en avez découvert beaucoup ?
- Assez, oui. Il me faudrait une journée entière pour te parler d'eux. Avoua-t-il avec un petit rire
- Tant que ça ? Hé bah. Mais... Une question.
- Oui ?
- Si tu vis avec tes amis sur votre ile… Pourquoi tu es arrivé tout seul sur la nôtre ? Ils n'étaient pas avec toi ?
- Non.
- Comment ça se fait ?
- J'ai en quelque sorte… Fugué.
- Fugué ? Pourquoi ?
- Parce que je vivais une pression qui me rendait fou depuis trop longtemps. Mais je n'avais pas prévu que Krokmou et moi tombions dans une tempête, et encore moins qu'on s'écrase sur cette ile !
- Mmh, mmh. Et euh… Vu qu'il a une aile cassée, tu penses devoir rester ici combien de temps ?
- Je ne sais pas trop… Je dirais peut-être deux semaines. Tout dépend à quel vitesse il se rétablit. Soupira-t-il avec contrariété
- Ah. Ne t'en fais pas Harold. Ça ira. Vous allez vous en sortir. Le rassura-t-elle
- Je l'espère...
- Mais j'y pense…
- Mmh ?
- Tu ne pourrais pas contacter tes amis et leur dire où tu es et ce qui s'est passé ?
- Pas bête, ça ! Tout ce qu'il me faudrait, c'est un Terreur Terrible ! Vous en avez ici ?
- Euh… Des quoi ? S'étonna-t-elle
- Des Terreurs Terrible. C'est des tout petits dragons avec de grands yeux qui louchent légèrement, leurs écailles sont d'une couleur assez vive et le bout de leur queue est en forme de pointe. Tu vois de quoi il s'agit ?
- Euh… Désolée de te décevoir, mais il n'y a pas ce genre de dragons ici.
- Oh, c'est pas vrai…
- Désolée, Harold… Je ne voulais pas te donner de faux espoirs. S'excusa-t-elle
- Ce n'est pas grave. On se débrouillera. Enfin bref. Encore merci pour le bain et le repas. C'était très bon et vraiment très gentil de ta part.
- De rien, voyons. Je n'allais tout de même pas te laisser dans cet état alors que ça s'est produit sous mon nez ! Souriait-elle. Tu as assez mangé ?
- Oh que oui ! Je suis repu !
- Parfait. Je vais aller voir si tes vêtements sont secs.
Elle mit d'abord tous les ingrédients épluchés dans la marmite au-dessus du feu, s'essuya les mains et alla voir si tout était sec. Et par chance, oui ! Du moins en grande partie. Harold se leva donc de table, pris ses affaires qu'Ariane lui tendait et il retourna s'habiller dans la salle de bain pendant qu'Ariane continuait d'œuvrer dans le coin cuisine. Elle débarrassait le coin d'Harold et prépara la table pour elle et son père, tout en surveillant le repas. Soudain, la porte s'ouvrit et Rolaf fit son apparition avec un petit air de fatigue collé au visage. En se tournant vers lui, Ariane serra discrètement les dents. Elle aurait quand même préféré que son père rentre une fois qu'Harold soit rhabillé, voir même parti ! Pour éviter qu'il n'apprenne la présence d'Harold avant que ce dernier sort de la pièce en étant rhabillé, et qu'il pète un câble, elle décida de gagner un peu de temps en s'occupant de son père.
- Bonsoir, papa.
- Bonsoir…
- Fatigué ?
- J'ai eu une journée assez épuisante et chargée.
- Ah. Bah installe-toi dans ton fauteuil et repose-toi le temps que le repas cuit. Tu veux quelque chose à boire ou à manger ?
- Oh, je veux bien un verre de… Mmh ? Attends... Y'a quelqu'un ici ? S'étonna-t-il en entendant le bruit du métal sur le plancher
- Euh… Oui. Mais…
- Qui c'est ? Demanda son père d'une grosse voix sévère en tournant son regard vers le rideau de la salle de bain
De l'autre côté du rideau, Harold serra les dents. Tout comme Ariane, il aurait préféré quitter la maison du chef avant qu'il ne rentre. Mais comme il venait de se faire grillé une fois rhabillé, ce qui était plutôt rassurant, il prit une discrète inspiration et sortit de la pièce en écartant le rideau.
- Bonsoir, chef. Le salua-t-il poliment
- Harold ? S'étonna le chef. Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Eh bien… Ariane a encore fait preuve de générosité et d'altruisme en me laissant prendre un bain et en m'offrant un repas.
- Mmh ? Comment ça se fait ? Tu as pourtant une maison où vivre, non ?
- Euh… Comment dire… Je…
- Si tu veux tout savoir, papa, c'est à cause de Kurt. Intervint Ariane en faisant face à son père.
- Kurt ? S'étonna-t-il
- J'étais en train de faire visiter le village à Harold quand Kurt est venu nous parler. Seulement, la discussion a dégénéré et il a balancé Harold dans l'enclos boueux des moutons. Juste sous mon nez.
- Ah. Je vois.
- Et puis je n'allais tout de même pas le laisser dans cet état sans rien faire, si ? Demanda-t-elle calmement à son père, comme pour le persuader qu'elle avait bien agi
- Non. Tu as bien fait. Mais je peux savoir pourquoi c'est ici qu'il s'est lavé et restauré, et non chez lui ? Mmh ? Lui demanda-t-il calmement tout en croisant les bras.
- Bah… Pour être franche papa, le mobilier de Svard est aussi vieux que lui. Et quand je dis vieux, ça veut dire que le lit s'est effondré au moment où Harold et moi on s'est assis dessus ! Et je pense que le reste du mobilier subira le même sort tôt ou tard. C'est pour ça qu'il lui faudra du mobilier neuf le plus vite possible.
- Je vois. Eh bien nous réglerons ça dès demain. En attendant, il rentre chez lui et il nous laisse manger en famille.
- Bien sûr, chef. Je ne comptais pas m'imposer. Encore merci pour votre tolérance et bonne soirée à vous.
- Mmh. Merci.
- Et encore merci pour ta générosité, Ariane. Bonne soirée. Lui souriait-il
- Bonne soirée, Harold. A demain. Dit-elle en lui rendant son sourire
Harold sortit de la maison et laissa Ariane et son père en famille. Dehors, il neigeait à peine, mais le fond de l'air était frais ! Harold se rendit compte qu'il avait oublié sa peau de bête chez Ariane ! Il n'osa cependant pas y retourner de peur de mettre le chef en rogne. Se couvrant les bras de ses mains, il rentra le plus vite possible chez lui et grimaça de nouveau en sentant l'odeur de vieux qui régnait dans la maison ! Mais il fit de son mieux pour ne pas y penser. Il espérait qu'à la longue, il s'y habituerait. Il ferma la porte avec le verrou, alluma la lanterne et tira les rideaux. Il essaya ensuite d'allumer le feu dans la cheminée avec les quelques bûches qui restaient. Quand le feu s'étendit, il resta quelques secondes à profiter de la douce chaleur qui s'en dégageait, puis il tourna le regard vers le lit qui était démoli. Harold esquissa alors un sourire amusé en se rappelant du fou rire d'Ariane, mais il soupira en constatant qu'il ne pourrait pas dormir dedans cette nuit. Il se leva pour prendre la couverture qui n'était pas assez épaisse et il grimaça de dégout en constatant qu'elle puait le vieux !
- Eurk… Mais il ne lavait jamais rien ce type, c'est pas possible ! Même les affaires de Gueulfor sentent meilleur ! Et encore… Enfin bref. C'est mieux ça que de dormir en cellule.
Il s'installa donc par terre, devant le feu, et se couvrit avec le drap. Ce n'était vraiment pas très confortable… Et en plus, avec ses vêtements à moitié secs, il avait froid et il n'arrivait pas trop à se réchauffer. Mas il espérait qu'il y arriverait et qu'il ne tomberait pas malade. Heureusement qu'il avait pu prendre un bain et se nourrir convenablement grâce à Ariane ! Vu l'état de la bassine, Harold n'osait imaginer l'état des ustensiles de cuisine ! Et puis il n'y avait rien pour se faire à manger ! Grâce à Ariane, c'était deux problèmes en moins pour lui et avant de s'endormir, il la remercia mentalement.
oO*Oo
Dans la maison du chef, l'ambiance était assez… Tendue et calme. Ariane ne cessait de penser à Harold et à l'inconfort qu'il devait subir en ce moment même, mais elle faisait de son mieux pour ne pas faire voir à son père que l'état d'Harold l'inquiétait plus qu'autre chose. Elle mangeait tranquillement son repas et ne disait rien. Son père, lui, faisait pareil mais il ne cessait d'adresser des regards discrets à sa fille. Il était loin d'être bête et il connaissait Ariane par cœur ! Quand elle était préoccupée par un sujet, elle avait toujours cette attitude calme et posée. Et elle était comme ça que depuis l'arrivée d'Harold ! Dans sa tête, Rolaf se disait qu'elle s'était attachée à lui. Mais si ce qu'il pensait était juste, il eut soudainement l'air pensif et contrarié. Sa fille et un étranger ? Ensemble ? Il aurait préféré qu'elle s'amourache d'un garçon de son village, voir même de Kurt ! Mais après tout, Harold était dû même âge qu'elle et Rolaf admettait qu'il n'était pas déplaisant comme garçon. Il le trouvait juste un peu trop maigre et pas assez brave. Et puis s'il y avait un amour naissant entre ces deux-là, il ne pourrait rien faire pour Kurt malgré sa promesse d'intervenir pour les unir. Mais avant de tirer des conclusions hâtives, autant en avoir le cœur net.
- Bon allez. Dis-moi ce qui ne va pas.
- Mais je vais bien. Lui répondit-elle d'un air étonné en tournant son regard vers lui
- Tu en es sûre ?
- Bah oui. Je mange et je préfère rester calme puisque tu es fatigué. Où est le problème ?
- T'est sûre que ce n'est pas ce garçon qui te tracasse et qui te rend aussi calme et muette ?
- Euh… Que je m'inquiète ou non pour lui, je ne vois pas ce qui peut déranger.
- Oh allez, Ariane. Avoue à ton papinou que t'arrête pas de penser à lui parce qu'il te plait ! La taquina-t-il
- Faux. Je ne suis pas amoureuse de lui. Je m'inquiète seulement pour lui parce qu'il loge dans une maison qui pue le vieux et qui n'est pas très propre et fiable niveau mobilier.
- Je peux le comprendre. Mais je t'avoue que ton attitude et ton attention envers lui me donne l'impression que tu l'aime.
- Ridicule. Je viens à peine de le rencontrer. Bon c'est vrai que je me suis prise d'affection pour lui, mais je le considère juste comme un ami. Rien de plus.
- Encore un garçon qu'elle considère comme un ami ? Bon très bien. S'il n'est rien d'autre qu'un ami, je n'insiste pas.
- Merci papa. Bon. Je débarrasse et je vais finir de coudre cette couverture.
Il hocha la tête d'un air entendu et alla s'asseoir dans son grand fauteuil avec un poignard et un bout de bois qu'il commença à sculpter à la lueur du feu central. Ariane débarrassa la table, nettoya un peu le coin cuisine et s'installa de nouveau par terre, près du feu, pour finir de coudre. Pendant qu'elle cousait, elle se mit à fredonner une chanson que son père écouta avec le sourire tout en tailladant son bout de bois. Ecouter la voix de sa fille lui faisait toujours plaisir et lui donnait toujours le sourire. Mais autre chose lui donnait le sourire. C'était le fait de savoir qu'entre Ariane et Harold, il n'y avait que de l'amitié, et que Kurt avait encore une chance de devenir son gendre avant que cette amitié ne se change en romance ! Ayant connaissance de ce que Kurt avait fait à Harold tout à l'heure, il allait avoir une discussion avec lui dès demain. Mais pour l'heure, il continua de sculpter son bout de bois tout en écoutant sa fille. Quand Ariane termina enfin de coudre la couverture, elle l'étendit devant elle et afficha une mine satisfaite en voyant le résultat final.
- Et voilà papa ! J'ai fini !
- Mmh ? Ah. Beau travail, ma fille. Lui souriait-il
- Merci papa. Je vais enfin pouvoir l'échanger avec la tienne. Je reviens.
Elle se leva et alla dans la chambre de son père avec la couverture pour l'échanger. Celle de son père était usée, et elle datait quand même de la dernière grossesse de sa femme, il y a déjà 13 ans de cela. Ariane enleva la vieille couverture et la déposa par terre, puis elle recouvrit le grand lit en bois brut avec la nouvelle ! Tout de suite, ça faisait un meilleur effet ! Surtout avec les belles peaux de différentes couleurs marron qui mettait en valeur le bois foncé du lit ! Ariane avait le sourire, mais il disparut progressivement quand elle vit qu'il neigeait fortement dehors ! Et en plus, il y avait du vent frais qui se glissait entre les faibles interstices des murs. Elle ne put s'empêcher de penser à Harold et au fait qu'il devait mourir de froid dans cette vieille hutte glaciale et puante !
- Harold… Murmura-t-elle d'un air inquiet
- Alors, Ariane ? Qu'est-ce que ça donne cette… ? Ariane ? Ça va ? S'inquiéta son père en la voyant immobile devant la fenêtre
- Euh… Oui, papa. Je regardais juste la neige qui tombait dehors. Avoua-t-elle d'un ton neutre
- Mmh... Ça tombe bien dehors. Mais je suis content à l'idée de dormir ce soir avec une belle couverture toute neuve et bien chaude que ma fille adorée a cousu pour son vieux père. Souriait-il
- Ravie de l'entendre. Et euh... Qu'est-ce que je fais de l'ancienne ? Demanda-t-elle en la ramassant
- Range-la. Elle pourrait servir au cas où.
- D'accord. Bonne nuit papa.
- Bonne nuit, ma chérie.
Il ôta sa cape de fourrure grise, ôta ses bottes et alla se coucher alors qu'Ariane alla ranger la couverture dans l'armoire de la pièce principale après avoir refermé la porte de la chambre. Mais au moment où elle allait mettre la couverture dans l'armoire, elle la regardait d'un air pensif et inquiet tout en la serrant contre elle. Harold en aurait tellement besoin… Devait-elle demander la permission à son père pour la donner à Harold ? Serait-il d'accord ? Ou pas ? Devait-elle y aller en douce ? Elle s'en pinça les lèvres tellement qu'elle hésitait... Mais au bout d'un moment, elle décida d'aller lui demander la permission. Gardant la couverture dans ses bras, elle retourna voir son père mais frappa à la porte. Rolaf l'autorisa à entrer et s'étonna de voir sa fille avec un air contrarié collé au visage, et de la voir revenir avec la couverture.
- Un problème ? Y'a plus de place dans l'armoire ?
- Si. C'est juste que je me demandais si… Euh…
- Laisse-moi deviner. Tu veux aller la donner à Harold ?
- Si tu me le permets, oui.
- Ça te ferait plaisir que je dise oui ?
- Bah… Oui. Mais si tu ne veux pas que je donne celle-là, je l'échange sans soucis avec la mienne en laine de mouton et je garde celle-là.
Son père soupira longuement en la regardant. S'il disait oui, elle aurait le sourire et il préférait voir ça plutôt qu'une tête d'enterrement ! Et s'il disait non, elle bouderait dans son coin et prendrait le risque de lui apporter la couverture en douce. Ariane attendait patiemment qu'il lui réponde, tout en espérant qu'il dise oui.
- Allez. Va vite la lui donner avant qu'il ne tombe malade.
- Oh merci papa ! Le remercia-t-elle avec un immense sourire avant de filer en courant
- Mais ne traîne pas dehors ! Lui ordonna-t-il de sa grosse voix
- Promis ! Cria-t-elle depuis l'autre pièce.
- Et après, elle ose me dire qu'il n'est rien d'autre à ses yeux qu'un ami. Ah là, là… Les jeunes. Soupira-t-il en retournant se coucher.
Ariane se dépêcha de mettre son manteau avec un sourire qu'elle avait du mal à faire disparaître ! Elle enfila sa capuche, emportant la couverture ainsi que la peau de bête qu'Harold avait oubliée. Mais avant de franchir la porte, elle prit en plus une carafe d'eau et la moitié d'un pain. Elle était convaincue que ça lui ferait plaisir en attendant de pouvoir s'alimenter par ses propres moyens ! En sortant, elle grimaça et ferma les yeux quand elle se prit une bonne bourrasque de vent glacé dans la figure, mais ne traîna pas pour traverser le village et se rendre chez Harold. Le vent soufflait fort ce soir ! Il soufflait si fort, qu'Ariane se sentit parfois poussée sur le côté ! Une fois devant la porte de la hutte, elle frappa vigoureusement pour le réveiller et l'obliger à vite lui ouvrir ! A l'intérieur, Harold avait à peine réussi à s'endormir. Quand il entendit le tapage à la porte, il fut saisit et se leva tout en frissonnant face à la fraîcheur qui régnait dans la pièce malgré la présence d'un feu de cheminée !
- Qui est-ce ? Demanda-t-il à travers la porte
- C'est Ariane ! Ouvre ! S'exclama-t-elle à travers la porte
Harold fut alors assez surpris ! Il ouvrit la porte et tout comme Ariane, il grimaça face à la bourrasque glaciale qu'il venait de se prendre en pleine figure ! Ariane se dépêcha de rentrer et Harold se dépêcha de fermer la porte ! Une fois la porte fermée, tous deux reprirent leur souffle puis se tournèrent l'un vers l'autre.
- Salut… Dit-elle en rabattant sa capuche couverte de neige
- Salut… Qu'est-ce qui t'amène à cette heure-là ? Surtout avec une tempête pareille !
- Je suis venue t'apporter ça.
Elle déposa sur la table l'eau, le pain et la peau de bête sous le regard de plus en plus surpris d'Harold ! Mais quand elle lui tendit la couverture, il regardait la jeune fille et ses présents sans savoir quoi dire face à un tel acte de générosité !
- Ariane, je… Je ne sais pas quoi dire… Bafouilla-t-il en la prenant
- Un simple merci me suffirait. Souriait-elle. C'était celle de mon père. Elle est vieille et un peu usée, mais…
- Je m'en fiche qu'elle soit usée. Ce sera déjà mieux que… Ça. Dit-il en désignant du regard sa couverture de fortune
- C'est sûr. Mais continue de t'en servir. Du moins, en guise de matelas. Conseilla-t-elle
- D'accord.
- Bon faut que je me sauve. A demain, Harold. Dit-elle en se dirigeant vers la porte
- Attends. Dit-il en s'interposant entre elle et la porte.
- Harold ? S'étonna-t-elle.
- Tu m'aides de mille façons possibles depuis qu'on s'est rencontrés, et je t'en suis très reconnaissant. Mais d'une part, c'est gênant et j'aimerais pourvoir te remercier comme il se doit. Alors je t'écoute. Et répond moi franchement. Que puis-je faire pour te remercier ?
- Bah continue d'accepter mon aide. Ça, ça me ferait plaisir. Répondit-elle avec un sourire sincère.
- Mais…
- Je ne désire rien de particulier, Harold. J'ai envie d'aider, alors j'aide. C'est tout.
- Je… Bon, d'accord. Bah encore merci pour tout et à demain.
- A demain. Bonne nuit.
- A toi aussi.
Elle remit sa capuche, ferma le plus vite possible la porte une fois dehors et ne traîna pas pour rentrer chez elle, non sans un sourire que le froid et le vent ne parvenaient même pas à lui faire décrocher. Dans sa hutte, Harold remit le verrou et resta un moment sur place à regarder les présents d'Ariane, l'air pensif. Puis quand il fut frappé par un frisson, il prit ses affaires et s'installa confortablement sur la couverture qui allait lui servir de matelas. Avec sa peau de bête, il se fit un oreiller tout doux et bien moelleux, et avec la couverture qui était beaucoup plus grande que lui, il s'emmitoufla avec joie de la tête aux pieds ! De plus, Le feu allait encore durer un bon moment. Et grâce à toute cette chaleur qui l'enveloppait, Harold s'endormit rapidement et sans aucune difficulté !
