Les personnages appartiennent (malheureusement) à JKR.

Cette histoire est une fiction AU (univers alternatif).

Bonne lecture !

Rappel :

JT : journal télévisé / les infos quoi.

All Star : Compétition nationale de cheerleading.

Cartésien : personne dont le mode de pensée serait qualifié de rationnel, rigoureux et méthodique.

CHAPITRE 4

Remus était encore étourdi par ce qui s'était produit un peu plus tôt dans la soirée. Sirius l'avait raccompagné en moto. Jamais, pas même dans ses rêves les plus fous, il n'avait imaginé que cela puisse arriver. Il ne laissait jamais son imagination s'égarer trop loin. Les images de ce court trajet refusaient de quitter son esprit. Il avait du passer pour le plus parfait des idiots. Il n'était pas parvenu à dire quoi que ce soit. Pas un mot. Il avait été tétanisé. Mais loin de se montrer moqueur, Sirius semblait tout au plus amusé par l'effet qu'il avait sur lui.

Une fois devant la moto de Sirius, ses mains tremblaient beaucoup trop pour qu'il puisse attacher son casque. Le joueur de football s'en était donc chargé. Les doigts fins du garçon avaient involontairement effleuré son cou et il avait senti son coeur s'arrêter. L'oxygène s'était soudain raréfiée et sa vision s'était troublée. Monter derrière lui n'avait pas arrangé les choses. Il tâtonna en vain, à la recherche des poignées qui auraient dû se trouver sous lui. Il n'était pas un spécialiste de ce genre d'engin mais dans les films à l'eau de rose, lorsque l'héroïne ne veut pas s'agripper au garçon -avec lequel elle finira de toute manière- elle se tient à ces poignées. À la première embardée lorsque Sirius démarra, il abandonna ses recherches, s'agrippant fermement au garçon, son coeur menaçant de s'extraire de son torse tant ses battements étaient rapides. Son parfum l'avait enivré, la vitesse l'avait étourdi, lui crier son adresse lui avait paru être un exploit surhumain.

Et puis tout s'était terminé très vite. Il était descendu, lui avait rendu son casque et l'avait regardé disparaitre dans le bruit pétaradant du moteur, tentant encore vainement de répondre au « à demain » du jeune homme. Il n'aurait su dire combien de temps il resta planté devant chez lui, à regarder dans cette direction qu'avait prise le garçon, une part de lui espérant qu'il allait faire demi-tour. C'était idiot. Il n'avait aucune raison de faire ça. La voiture de fonction de son père se garant devant leur garage le ramena à la réalité.

- Remus ? Qu'est ce que tu fais ? Demanda Lyall Lupin interloqué.

- Rien … répondit-il cherchant une excuse. Je t'attendais.

- Tu pouvais m'attendre à l'intérieur aussi tu sais ? Lui fit remarquer son père amusé et visiblement peu convaincu par son mensonge.

- Je voulais te demander quelque chose, mais pas devant maman. Ajouta Remus, ce qui n'était en soi pas un mensonge, sa mère paniquerait surement s'il lui disait qu'il voulait allé voir un détenu qui allait être exécuté pour avoir tué sept adolescents.

- Si tu as mis une fille enceinte Remus, il faudra bien que je le dise à ta mère, répondit Lyall en riant.

- Papa ! Protesta Remus en souriant tant bien que mal, se retenant de dire à son père qu'il ne risquait pas de mettre une fille enceinte puisqu'il était complètement et irrémédiablement gay, il n'en pipa cependant pas mots poursuivant sur le sujet qui l'intéressait. Tu te souviens d'Alice Fortescue ?

- Celle dont la mère est présentatrice du JT ? S'enquit son père en remontant le petit chemin menant à leur toute aussi petite maison.

- Oui. Répondit-il en suivant son père. Elle tient le journal du lycée et le numéro de la semaine prochaine concerne la peine de mort. Est ce que tu penses que ce serait possible d'interviewer le détenu condamné à mort ?

- Je ne sais pas Remus. C'est plutôt compliqué comme procédure. Et je te rappelle que c'est des adolescents de ton âge qu'il a assassiné. Je suis pas certain que ce soit bien prudent …

- Mais il affirme être innocent. Et puis la prison d'Azkaban est la mieux gardée du pays. Avec le niveau de sécurité déployé, il ne peut rien nous arriver non ?

- Nous ? Demanda son père, une main sur la poignée de la porte, sans ouvrir celle ci.

- Et bien … Je suis pas journaliste. Amos et Frank viendraient avec moi.

- Tu m'en demande beaucoup. Faire entrer trois adolescents dans une prison de haute sécurité pour voir un détenu donc les droits de visite sont pour ainsi dire inexistants … Je demanderai à mon supérieur demain mais je ne te promets rien.

- Merci papa ! S'exclama joyeusement Remus, gagné par un enthousiasme inexplicable qu'il mit sur le compte de cette « petite » victoire qui lui permettrait d'en savoir plus sur cette histoire dans laquelle il pataugeait depuis une semaine mais qui était probablement plus dû au fait que son premier amour l'ait raccompagné chez lui.

- Ne me remercie pas, je ne suis même pas sûr que ce soit possible. Et pas un mot de ça à ta mère ! Ajouta son père en ouvrant enfin la porte pour entrer.

Remus parla peu ce soir là au dîner. Ses parents ne s'en inquiétèrent pas. Le sourire qu'ils affichaient était une preuve que quelle que soit la chose qui occupait ses pensée, il s'agissait de quelque chose de positif. S'il n'avait pas était aussi occupé à ressasser ses souvenirs de Sirius, il aurait probablement remarqué le sourire entendu que Hope avait lancé à son mari pendant le dessert.

Il se souvenait parfaitement de leur première rencontre. Sirius pour une raison qu'il ignorait, avait était scolarisé tardivement. Délégué de la classe, il avait été chargé de lui faire visiter l'école. L'enfant qu'il était alors ne ressemblait en rien au Don Juan d'aujourd'hui. Sirius était « constamment » en colère. Sur la défensive, il ressemblait à un étalon indomptable prêt à ruer dès que quelqu'un tentait de l'approcher. Sirius était celui qui ne lui avait pas décroché un mot ce jour là malgré toutes ses tentatives pour engager la conversation.

Mais quelqu'un d'autre avait réussi. La première fois que Sirius Black avait sourit, la classe toute entière avait retenu son souffle. Ses yeux d'un gris inimitable s'était soudainement illuminés, brillant de malice. Remus se rappelait parfaitement de « la » cause. James Potter. Le garçon avait placé une minuscule grenouille dans le pichet d'eau de la classe. Un élève s'était servi un verre d'eau et avait littéralement gobé la grenouille. Son visage était passé par toutes les couleurs de l'arc en ciel, du rose au bleu en passant par le violet avant de s'évanouir. Toujours est-il que Sirius avait trouvé cela hilarant. Il avait baissé sa garde. Il se souvenait que leur professeur l'avait cru coupable et l'avait puni. Il avait accepté sa sentence sans protester bien qu'innocent. À la récréation, James était allé le voir. Ils ne s'étaient plus jamais quittés.

Ce sourire, ce n'était pas celui qui avait tout fait basculer. Tout du moins ce n'était pas la seule raison de son attachement au garçon. Il s'était contenté de l'observer à bonne distance pendant des années, fasciné par son évolution. Et puis un jour, il avait détourné son regard de lui pour le poser sur ce qui serait son pire souvenir. Il était encore un freshman à cette époque. Encore confus quant à son orientation sexuelle, ou tout du moins pas encore prêt à l'accepter, il s'était finalement décidé à tenter le coup. Le garçon était bien plus âgé que lui et l'avait invité à une « soirée ». Remus aurait plutôt appelé ça un traquenard. Entouré de seniors, ne connaissant personne, il s'était accroché à son « cavalier » comme à une bouée de sauvetage sans savoir qu'il était plutôt le glacier qui s'apprêtait à le faire couler. Il avait bu dans l'espoir de se détendre et s'était retrouvé à l'étage dans une chambre avec cet inconnu qui le déshabillait. Il avait tenter de protester mais il ne faisait pas le poids face au quaterback de l'époque : Fenrir Greyback. Quelqu'un était néanmoins intervenu, le tirant des griffes du prédateur. Cette personne c'était Sirius.

Remus doutait que le garçon se souvienne de cette nuit là. Ou peut être n'avait-il pas abordé le sujet pour ne pas raviver un mauvais souvenir. Toujours était-il que ce jour là, bercé par ses bras protecteur, il avait accepté la vérité. Il était gay et irrémédiablement amoureux de Sirius Black.


Marlène gravit les marches de l'imposant escalier de la demeure des Potter. Les photos de James à tout âge étaient disséminées un peu partout sur les murs et les meubles de la maison. On ne pouvait douter une seconde que ce dernier était aimé. Inconditionnellement. Toute la ville était au courant que Dorea et Charlus avaient eu beaucoup de mal à concevoir un enfant. Ils l'avaient attendu et espéré tellement longtemps que lorsqu'il était finalement arrivé il avait était traité comme un miracle. Une part d'elle savait néanmoins que ça n'avait aucun lien. James aurait pu arriver bien avant, sans se faire désirer, que ses parents lui auraient prodigué la même affection. Il n'avait pas comme eux à prouver leur valeur. Il ne devait pas être un enfant modèle. Ses parents étaient fiers du plus petit de ses accomplissements comme s'il s'était agit du plus grand des exploits. Les avantages des prolétaires sans le compte en banque vide. Elle laissa sa jalousie sur le pas de la porte de la chambre du garçon, y entrant sans ressentiments. Il était son meilleur ami et elle ne pouvait qu'être heureuse pour lui. Et puis, il l'aimait de cette manière aussi. Avec ses défauts, ses humeurs et ses doutes. Inconditionnellement.

- Je suis épuisée, lâcha-t-elle en se laissant tomber sur le lit du garçon. La coach Hooch nous a fait refaire le même enchainement six fois d'affilé. J'ai cru voir la lumière au bout du tunnel.

- La compétition All Star approche non ? Elle veut simplement que vous soyez les meilleures, répondit James le yeux fixés sur l'écran de sa télé, manette en main jouant à un jeu de guerre qu'elle ne su identifier.

- Tu aurais pu m'attendre d'ailleurs ! J'ai du appeler ma mère pour qu'elle vienne me chercher, lui reprocha-t-elle, tentant surtout d'éviter le sujet de la compétition qui la plongeant systématiquement dans un état de stress insoutenable.

- J'ai raccompagné quelqu'un d'autre, répondit-il toujours aussi distraitement, toute son attention focalisée sur la partie en cours.

- Qui ça ? Demanda-t-elle, sa curiosité piquée à vif.

- Lily Evans.

Marlène se figea un instant. Bien plus qu'un instant à vrai dire. James n'avait jamais montré le moindre intérêt pour une fille. Ou pour qui que ce soit d'ailleurs. Il avait sa famille, ses amis, son équipe et ne s'en écartait jamais. Sans être asocial, il n'éprouvait néanmoins pas le besoin d'être entouré. Être seul ne l'importunait pas. Bien au contraire. Peut être était-ce dû au fait qu'il était fils unique. Les personnes ayant des frères et soeurs posent souvent cette question idiote à ceux qui n'en ont pas, « Tu ne te sens pas seul parfois ? » ou encore « Tu devais t'ennuyer non ? ». C'était stupide de penser qu'avoir ses parents pour soi pouvait rendre quelqu'un malheureux. Le plus grand traumatisme d'un enfant est l'arrivée d'un autre dans le foyer. Ne pas le subir signifiait ne pas vivre dans la constante angoisse de se voir remplacé ou préféré. Il n'y avait pas de compétition quand il ne pouvait y avoir qu'un gagnant. Un enfant seul développe une imagination des plus fertiles, redoublant d'inventivité pour ses jeux. Indépendant, la solitude ne lui semble pas si inquiétante qu'à ceux qui ne la côtoie qu'une fois adulte.

- Lily Evans ? Répéta-t-elle tentant de dissimuler son effarement. Pourquoi est ce que tu raccompagnerais Lily Evans chez elle.

- Il y avait plus de bus et elle a perdu ses clés de voiture, répondit-il avec nonchalance comme si cela expliquait quoi que ce soit.

- En quoi est ce que ça te concerne ? Est ce qu'elle n'a pas des amis ou des parents ? Dit-elle sur un ton plus agacé qu'elle ne le voudrait.

- Parce que c'était de ma faute. J'ai balancé ses clés dans les égouts parce que je voulais pas monter dans sa voiture, lui expliqua-t-il, rendant toute cette histoire encore plus confuse qu'elle ne l'était déjà.

- Pourquoi est ce que tu ferais ça ? James. James ! Dit-elle en lui arrachant la manette des mains. Concentre toi. Explique moi.

- Je voulais rentrer avec elle pour le pari mais sa voiture était miteuse, dit-il en essayant de rattraper la manette visiblement ennuyé de devoir s'expliquer.

- Le pari ? Quel pari ? Le questionna-t-elle, tendant le bras derrière elle pour qu'il ne puisse l'atteindre.

- Celui du Jeu. Mais moi je joue pas. Mais Rabastan oui. Il a dit qu'il quitterait l'équipe si je faisais le gage du Maître du Jeu.

- Le pari consistait juste à raccompagner Lily Evans chez elle ? Demanda-t-elle sans se soucier du sort de Rabastan, focalisée sur James.

- Non je dois coucher avec elle. Mais Sirius a dit qu'Evans n'était pas une stupide cheerleader. Qu'elle ne voudrait pas coucher avec moi uniquement parce que je le lui demande.

- Sirius espèce de … Marmonna-t-elle avant de reprendre à haute voix. Qu'est ce qui se passe si tu échoues ? S'enquit-elle curieuse de savoir ce que le Maître avait en sa possession pour faire chanter James.

- Rabastan veut que je renonce au poste de Capitaine.

- Quoi ? James ! Tu aurais dû refuser ! S'écria-t-elle. La carte aussi disait ça ?

- Non. Elle disait que si je ne le faisais pas, je perdrais tous mes matchs.

- Tu y crois ? Demanda-t-elle, une part d'elle ne pouvant s'empêcher d'être inquiète, cette même part qui voulait que James, le cartésien, lui dise que tout ça n'était qu'un stupide jeu.

- Je peux pas vraiment refuser le fait que le Jeu existe. De toute évidence la personne à l'origine de ça dispose de moyens de pression. A toi de choisir si tu cèdes ou non, répondit-il profitant d'un moment d'inattention de sa part pour récupérer sa manette, poussant un cri de joie.

- Pourquoi tu le fais alors ?

- Parce que si Rabastan reste dans l'équipe, le Maître du Jeu n'aura pas besoin de lever le petit doigt pour nous faire perdre. Il lui suffira de nous regarder nous entretuer.

- Et Emmeline ? S'enquit-elle.

- Quoi Emmeline ? Répondit-il, ses sourcils se fronçant sensiblement, ne comprenant de toute évidence pas où elle voulait en venir.

- Elle t'aime bien.

- Je l'aime bien aussi, répondit-il en haussant les épaules. Elle est cool.

- J'espérais qu'elle et toi vous … enfin tu vois.

- Qu'on quoi ? Lui demanda-t-il visiblement perdu.

- Je pensais que tu l'inviterai à sortir. Et au bal, finit-elle par admettre comprenant que cela ne servait à rien d'y aller par quatre chemins.

- Je l'inviterai si tu veux, dit-il avec cette constante nonchalance. Après le pari.

- Vraiment ? S'exclama-t-elle.

Il ne répondit pas, poussant un cri de joie en remportant son niveau. Elle enviait son insouciance. Elle ne pouvait se permettre d'adopter la même attitude. Quand bien même sa « punition » aurait été de devoir abandonner l'équipe de cheerleading. C'était trop important pour elle et pour sa mère. Elle ressentait le besoin de parler de ce qu'était sa véritable pénalité si elle échouait. Et elle l'aurait probablement fait si elle n'avait pas entendu « sa » voix.

Sirius Black. Son rire qui ressemblait à s'y méprendre à l'aboiement d'un chien était inimitable. Elle se leva ne pouvant décemment pas rester. James détestait lorsqu'ils commençaient à se disputer. Il tenta de la convaincre de rester mais elle prétexta avoir un devoir à rendre pour le lendemain et s'éclipsa rapidement. Tout du moins elle tenta de partir sans avoir à le croiser. C'était sans compter sur Dorea qui l'intercepta dans l'entrée.

- Marlène, trésor, tu es encore là ?

- Oui mais j'allais rentrer, répondit-elle en souriant à Dorea tachant d'ignorer Sirius qui venait de rejoindre celle-ci dans le hall. Sirius, dit-elle en guise de salutations.

- Marlène, répondit-il en souriant comme si son comportement l'amusait au plus haut point, bon sang elle donnerait tout pour lui arracher cet air suffisant.

- Il fait déjà nuit, tu devrais rester. Je vais passer un coup de fil à ta mère.

- Je dois rentrer. J'ai du travail, répondit Marlène bien décidée à ne pas passer la nuit dans la même maison qu'un prédateur sexuel.

- Alors Sirius va te raccompagner.

- Non ! S'écria-t-elle avant de répéter plus posément. Non je peux rentrer toute seule, ce n'est pas loin.

- Ne dit pas de bêtises. Sirius tu la raccompagnes, asséna Dorea s'éloignant sans lui laisser le temps de protester. Embrasses tes parents pour moi.

- Marlène serra les poings et se tourna vers le garçon qui enfilait sa veste en cuir comme s'il ne s'apprêtait pas du tout à passer le pire quart d'heure de sa vie.

- Tu ne pouvais pas rester dans le salon ? Lui dit-elle d'une voix sifflante.

- Oh pardon, répondit-il jouant si bien la comédie qu'une personne extérieur aurait pu croire qu'il était vraiment désolé. J'aurais du prévoir qu'à cause de ton petit numéro tout le monde te prends pour une demoiselle en détresse et te crois incapable de survivre à ce monde cruel et barbare.

- Mon petit numéro ? Lâcha-t-elle sentant la fureur la gagner.

- Celui de la poupée blonde, douce, gentille.

- Je suis douce et gentille ! Lui dit-elle d'une voix hargneuse, frappant son torse, contredisant ainsi ce qu'elle venait de dire.

- Je vois ça ! Dit-il en bloquant ses poignets. Si quelqu'un te voyais tu perdrais ta couronne princesse.

- Ne m'appelle pas comme ça, dit-elle en se dégageant rapidement de son emprise, son contact la répugnant presque.

- Princesse ? Princesse. Princesse ! Répéta-t-il en se dirigeant vers la porte d'entrée.

- La ferme ! Cria-t-elle en le suivant dehors.

- Pourquoi je devrais t'obéir hein ? Lui demanda-t-il toujours aussi moqueur.

Elle retint de justesse un hurlement de frustration. Si elle craquait, il gagnait. Ça avait toujours été comme ça. Il se moquait de tout ce qu'elle faisait, considérant qu'il ne s'agissait que de choses superficielles. Oh bien sûr lui il pouvait se permettre de n'en avoir rien à faire, il n'avait plus de parents. Plus de famille. Dire qu'il faudrait qu'elle … couche avec lui. Ce n'était pas prêt d'arriver. Même James avait plus de chance avec Evans.

- Pourquoi tu me détestes ? Demanda-t-elle de but en blanc.

- Pourquoi toi tu me détestes ? Répondit-il sans s'arrêter de marcher.

- Parce que tu me détestes.

- Je te déteste pas, lâcha-t-il se tournant vers elle pour lui faire face.

- Tu passes ton temps à critiquer tout ce que je fais. Pourquoi, si ce n'est parce que tu me détestes ?

- Parce que tu vaux mieux que ça, expliqua-t-il avec cette constante même indifférence qui ne s'alliait nullement avec ses paroles.

- Comment ça ? Le questionna-t-elle partiellement perdue.

- T'es brillante mais tu fais semblant d'être idiote pour que des imbéciles ne se sentent pas menacer et conservent l'illusion d'être le sexe fort.

- Je ne … je ne fais pas ça, dit-elle avec une assurance bancale.

- Vraiment ? D'aussi longtemps que je me souviennes tu as toujours été capable d'ouvrir un pot de cornichons toute seule. Je m'en souviens parce que James et moi on n'y arrivait pas. Et chez les Lestrange cet été je t'ai vu demander à Rabastan de le faire pour toi en papillonnant des yeux et en le félicitant comme s'il avait accompli un miracle.

- Je … commença-t-elle mais il l'interrompit de nouveau.

- Et je parle même pas du reste. Est ce qu'ils savent que tu sais lire et écrire ? Ou est ce que tu continues à leur faire croire que tu payes quelqu'un pour faire tes devoirs ?

- Je ne …

- Et tout ça pourquoi ? Pour une mère qui revit son adolescence par substitution parce que la vie qu'elle mène aujourd'hui ne lui convient pas.

- Ma mère n'est pas malheureuse ! Cria-t-elle furieuse qu'il puisse insinuer une telle chose.

- Le lycée c'est censé être un souvenir. Une chose à laquelle on pense une fois de temps en temps, avec nostalgie. Pas constamment emplit de regrets de ne pas y être encore.

- Elle y pense parce qu'elle a adoré cette période ! Tenta-t-elle d'argumenter, une pointe de doute dans la voix.

- Elle y pense parce que comparé au reste de sa vie, le lycée c'est le paradis. Ce qui est plutôt inquiétant. Et si tu continues comme ça, tu finiras comme elle. Mariée à Rabastan. Ce garçon avec qui tu sors pour augmenter ton capital popularité. Passant tes journées à paresser dans une maison bien trop grande où tu accueillera une fois par mois des amies qui sont toutes aussi malheureuses mais qui pour oublier, cassent du sucre sur le dos de celle qui n'a pas pu se libérer. Alors que tu pourrais être avocate ou médecin ou ce que tu veux ! Et le pire c'est que tu reproduiras le même schéma avec ta fille parce que tu vivras dans la hantise qu'elle découvre que ta vie n'est qu'une coquille vide. Tu lui contera tes exploits de cheerleaders, et le soir où tu as été couronnée reine de promo. Mais tu passeras sous silence le fait que ce soir là tu as couché avec quelqu'un. Que tu es tombée enceinte par accident et qu'il t'a épousé pour faire taire les commérages et parce que ses parents ainsi que les tiens vous ont menacé de vous déshériter si vous ne le faisiez pas. Tu cacheras que tu te tapes le jardiner et lui sa secrétaire. Tu cacheras que tu n'aimes ni ton mari, ni ta vie … et que tu ne t'aimes pas non plus.

Il avait dit cela avec plus de passion qu'il n'en avait jamais montré quand ça la concernait. Il avait dit cela avec une sincérité évidente, sans une once de moquerie ou d'amusement. Elle pouvait lire la déception dans son regard mais aussi l'espoir. Celui qu'elle ouvre les yeux. Il ne la détestait pas. Il était simplement … déçu. Et c'était d'autant plus difficile à encaisser. Elle savait qu'il n'inventait pas cette histoire de grossesse accidentelle. Sa mère avait beau avoir essayé de le cacher, il était évident sur les photos de mariage qu'elle était déjà enceinte. Le jardinier avait été viré. Tout comme la secrétaire de son père. Mais elle refusait de lui donner raison. Pas à lui.

- La ferme.

- Arrête de me donner des ordres.

- Je t'ai dis de la fermer ! Répéta-t-elle en serrant les poings.

- Sinon quoi ? Se moqua-t-il redevenant lui même. Qu'est ce que tu vas faire ?

En quelques enjambées, elle réduisit la distance entre eux. Elle voulait lui prouver qu'elle était capable de sortir de cette route qu'il croyait toute tracée pour elle. Elle voulait lui prouver qu'elle n'était pas prévisible. Elle voulait qu'il soit aussi confus qu'elle en cet instant. Elle voulait surtout faire ce qu'elle voulait plutôt que ce qu'elle devait. C'est ainsi qu'elle se retrouva sur la pointe des pieds, ses mains agrippées au col du garçon et ses lèvres pressées contre celles de ce dernier dans un baiser aussi désespéré que passionné.


Merci pour vos reviews !
Elles me font toujours autant plaisir !

À bientôt !