Nom : Halloween, c'est nul !
Auteur : Biporeo
Personnages : Personnages de SLG
Rating : K
Mots : 2788
NdA : Je ne suis aucunement d'accord avec le titre et avec les propos de nos protagonistes.
Halloween. Quelle stupidité ! Et dire que Mathieu avait osé lui demander s'il voulait être accompagné dans sa chasse aux bonbons ! Que de bêtises ! Il avait dépassé l'âge d'aller faire du porte à porte, un sachet à la main, des traits des plus attendrissants sur le minois. C'en était ridicule. Il n'avait pas non plus envie de se vêtir d'un costume « effrayant » et de se balader ainsi en ville, pavanant fièrement avec son faux sang dégoulinant. Répugnant.
– Donc tu ne viens pas ?
Mathieu, ajoutant quelques accessoires à son déguisement dans le salon, semblait le fixer.
– Non, répondit-il dans un grognement avant de se concentrer à nouveau sur son jeu vidéo.
– C'est dommage, poursuivit le second, va y avoir plein de monde. Antoine sera là. Tu l'aimes bien Antoine ?
Il l'ignora royalement.
– Puis Kriss aussi.
– Mathieu, siffla-t-il, tu sais parfaitement que je n'aime pas Kriss et qu'Antoine me fait peur. Et que tout ce que l'on voit n'est qu'une illusion de Jeanne !
Le vidéaste grimaça mais ne répliqua pas. Il ne devait sûrement pas ignorer à quel point le plus candide des deux avait raison. Depuis leur enfermement dans cette machine – depuis près de... deux ans ? –, leur vie n'avait pas été des plus palpitantes. Évidemment, Jeanne contribuait à un établissement agréable mais se savoir enfermé dans une matrice n'avait étrangement rien de très excitant. Savoir que tout était factice et illusoire n'apportait rien de bien épanouissant.
Cet atmosphère les avait affectés plus ou moins grandement. Le gamin, pourtant si pleurnicheur, s'était à présent montré le plus acide. Les autres avaient plus ou moins gardé le même état d'esprit et les mêmes « traits de caractère ».
Ainsi, cela faisait quelques temps déjà qu'ils subissaient ensemble cet enfermement quotidien.
Mathieu finit alors de se préparer en silence, interrompu par le téléviseur qui émettait les bruits du jeu.
Alors que le plus jeune était au paroxysme de sa concentration, son aîné ajouta :
– Tu devrais éviter de jouer à ce style de jeu. Tu vas en cauchemarder après.
Seul un nouveau grondement réprobateur lui parvient. Il soupira bruyamment puis sans plus de cérémonie, sortit de l'appartement, jetant par dessus son épaule un vague « les autres ne sont pas là non plus ». Et seulement lorsque la porte claqua dans son encadrement, le gamer crut utile de rétorquer :
– On ne dort même pas.
Il se permit alors de respirer plus tranquillement. Il était soulagé qu'on lui accorde un tant soit peu de repos. Il en avait plus qu'assez de voir son créateur radoter sur le fait qu'être enfermé ne devait pas les empêcher de vivre « comme avant ». C'était pourquoi celui-ci se rendait à une fête costumée : il voulait encore avoir l'illusion que sa vie n'avait pas changé. Jeanne avait eu la bonté de recréer ses amis virtuellement et un endroit tout aussi factice pour lui faire plaisir.
Il est vrai que le Geek avait lui-aussi profité de l'intelligence artificielle. Il était bien content de pouvoir jouer à Shadow's Home, sur cette télévision artificielle et cette console illusoire. Le jeu en lui-même n'était pas des plus diversifiés. C'était un bête jeu d'épouvante où il fallait s'échapper d'une maison sans se faire attraper par la créature qui l'habitait. Il fallait donc faire plusieurs petites étapes pour récupérer la clé de la porte d'entrée pour s'enfuir, cela étant surveillé par le monstre.
En somme, rien de bien compliqué et folichon, mais ça avait le mérite de faire sursauter quelques uns et d'en effrayer d'autres. De plus, l'ambiance était particulièrement bien mise en place : la musique, les effets sonores et visuels permettaient au jeu d'être inquiétant et le rendait très immersif.
Ainsi, il appréciait beaucoup faire une ou deux parties. Voire y passer la majeure partie de la nuit. Étant totalement habitué à ce type de divertissements, il n'avait jamais perdu et à vrai dire, il ne se sentait pas peu fier.
Hélas, la petite discussion qu'il venait tout juste d'avoir avec son créateur les perturbait grandement, sa concentration et lui.
Il fixait d'un œil incertain l'écran. Il tournait la vision à gauche puis à droite, s'assurant que la créature ne rodait pas près de lui. Il faisait quelques pas vers la fenêtre, s'inondant de la lumière lunaire. Le seul point faible du monstre était la luminosité. Il s'avançait doucement vers la cuisine, cherchant à sa gauche l'interrupteur. Il retint sa respiration un instant, sentant des frissons désagréables lui parcourir l'échine. Il appuyait donc dessus mais le courant ne venait pas. Il paniqua. Il savait qu'il devait récupérer la clé du garage ici-même. Mais sans lumière, c'était bien trop risqué de fouiller la pièce. Il avait bien évidemment une lampe dans son inventaire mais celle-ci avait les piles à plat. Il prit une longue inspiration, tentant de calmer son cœur qui s'agitait un peu trop vite à son goût. Il se dirigeait vers le fond de la pièce, ouvrant les tiroirs. La fouille était rapide et peu soigneuse. Il balayait vite son regard sur le contenu puis passait aussitôt au suivant, sans prendre la peine de récupérer d'autres objets. Et alors qu'il entendait les bruits gutturaux de la créature – signe qu'elle approchait – il trouvait enfin la clé. Il soupira de soulagement, cessant aussitôt les tressautements de ses jambes. Soulagé, il rebroussait chemin vers le vouloir éclairé.
Il hurla soudainement. Sur le téléviseur, les yeux révulsés et injectés de sang, la mâchoire fracassée, la peau blanche en lambeaux, le crâne fendu en deux, apparaissait l'entité démoniaque du jeu. Son hurlement était accompagné de celui du monstre. Ce dernier s'était jeté sur le joueur. L'écran devint noir et apparut alors un « game over », écrit d'un rouge vermeil.
Le gamer resta un instant muet de peur, se remettant de sa frayeur précédente.
Soudain épuisé, il se décida à se lever pour éteindre la console. Il en avait assez eu pour la soirée.
Wifi – factice –, qui était apparu dans le salon, miaula pour chercher l'attention de son maître.
– Oh monsieur le chat ! fit-il d'un ton attendri. Tu veux que je m'occupe de toi, n'est-ce pas ? Viens par là monsieur le chat !
Il se rassit sur le canapé et tapota la surface plane du coussin de sa main. Le félin bondit aussitôt et se réfugia sur les jambes en tailleur du jeune homme. Ce dernier le gratifia de quelques caresses sur le haut du crâne, puis sur le poitrail. Au bout d'un instant, l'animal s'endormit paisiblement, remuant seulement la queue aléatoirement. Le Geek, ne voulant pas le déranger, récupéra son ordinateur – qui trônait sur la table avec quelques onglets ouverts – et décida de regarder un dessin-animé, cherchant inconsciemment un divertissement des moins effrayants pour calmer ses nerfs. Ainsi, il lança une playlist de My Little Pony.
Il enchaîna les épisodes sans relâche, tendant à oublier sa petite frayeur qui lui hérissait le poil. Finalement, alors qu'il devait être aux environs de 23h, il sombrait petit à petit dans le sommeil, gardant avec difficulté les yeux ouverts. Cela faisait déjà une bonne vingtaine de minutes qu'il ne suivait pas le fil rouge du dessin-animé. Il écoutait distraitement, se laissant bercer par les voix purement enfantines des doubleurs.
Mais son ordinateur s'éteignit brusquement, le faisant immédiatement sursauter et réveillant par la même occasion l'animal. Celui-ci, peureux, sauta aussitôt vers le sol et feula en signe de mécontentement. Le Geek, qui avait posé la main sur son cœur après avoir gémi un pitoyable cri d'effroi, fixa d'une mine effrayée l'écran noir. Il se hâta d'allumer une lampe, située à côté du sofa, pour éclairer la pièce. La machine avait du s'éteindre parce qu'elle ne devait plus avoir de batterie. Il soupira, soulagé par cette conclusion. Il voulut se lever pour aller chercher dans sa chambre une alimentation mais il s'en dissuada bien vite. Lorsqu'il apparut devant le couloir qui menait aux chambres, il se sentit frissonner de la tête aux pieds. Il appuya sur l'interrupteur avant de réaliser que ce dernier ne fonctionnait pas car Mathieu n'avait pas changé la lampe, grillée il y avait de cela quelques jours. Il examina à nouveau son adversaire. Le corridor était plongé dans le noir le plus complet. Les quelques faisceaux de lumière de la lampe n'atteignaient nullement la noirceur qui s'offrait face à lui. Les ténèbres engloutissaient les portes et les murs, si bien qu'on ne les distinguait que très difficilement. Il se maudit un instant d'avoir sa chambre au fond du couloir, cette dernière étant emprisonnée dans l'obscurité la plus dense.
– Jeanne ! appela-t-il
L'intelligence artificielle pouvait bien intervenir sur ce coup-là. Elle allait lui créer un fichier d'alimentation qui apparaîtrait sous ses yeux de façon matérielle. Il savait que cela déplairait à Mathieu – le principe étant de n'avoir que très peu recours à elle. Cependant, il était dans l'urgence la plus extrême !
Néanmoins, la voix robotique ne lui répondit pas, à son plus grand dam. Il réitéra son interpellation mais à nouveau, elle garda le silence.
Agacé, comprenant que si elle refusait de lui répondre, c'était seulement parce qu'elle obéissait à Mathieu, il fit volte-face, non sans frissonner – craignant sûrement de s'exposer à une attaque chimérique – et rejoignit à nouveau son canapé, dans lequel il se blottit.
Dans ces moments-là, il aurait grandement apprécié avoir le câble et pouvoir se détendre devant n'importe quelle chaîne télévisée ne diffusant pas un film d'horreur.
Il se contenta pourtant de s'enfoncer dans son sofa, jetant des coups d'œil inquiet et circulaire dans toute la pièce. D'ordinaire, celle-ci était simple, basique, digne d'une pub Ikea. Seulement, à cet instant, elle lui semblait tout autre. La lumière de la lampe, qu'il aurait presque bénie simplement parce qu'elle existait, reflétait des ombres menaçantes sur le sol et les murs. Des étranges formes se dessinaient un peu partout dans la pièce. Il sursauta. Quels étaient ces yeux verts qui le fixaient ? Ils étaient là, dans le placard du buffet où reposait la télé. Il n'esquissa pas un mouvement et retint aussitôt sa respiration. Il pria intérieurement pour devenir invisible. Il resta un instant immobile et observait avec crainte ces deux billes, entendant son cœur battre à tout rompre. Avait-il au moins une chance de pouvoir s'enfuir ? Peut-être s'il se déplaçait doucement vers la porte d'entrée... Non ! C'était bien trop dangereux.
Puis soudain, il réalisa que ces deux « yeux » n'étaient autres que des diodes luminescentes de sa Livebox. Il évacua son stress en riant de sa propre bêtise. Halloween et son jeu d'horreur lui étaient décidément montés un peu trop vite à la tête.
Il se permit de reprendre une pose plus détendue, satisfait de constater que seule sa couardise était à l'origine de sa crédulité.
Pourtant, il ne réussit pas totalement à se calmer. La créature le suivait. Tapie dans le noir, elle l'attendait et tenterait, lorsque la lumière de la lampe se serait épuisée, de l'attaquer par derrière. Il se retourna brusquement vers le dossier. Ses yeux balayèrent l'arrière du canapé. Il n'y avait que le comptoir, celui qui séparait la cuisine du salon – de la salle de séjour. La pièce où l'on confectionnait les repas était elle aussi plongée dans le noir. Les volets avaient tous été fermés, si bien que mis à part la faible source de luminosité, rien n'éclairait. Pas même un rayon de lune qui parviendrait à transpercer une fenêtre. Tremblant, il prit un coussin qu'il serra contre son torse, ramenant ses jambes à ce dernier. Il jetait des regards toujours plus méfiants aux objets qui l'entouraient, terrorisé. L'entité devait sûrement l'observer. Peut-être était-elle cachée sous le buffet ? Il tendit le cou pour parvenir à y voir quelque chose. Il ne vit rien et ça l'en effraya un peu plus. Ou alors, elle était fixée au plafond, attendant avec délectation que sa proie réalisât beaucoup trop tard et par elle-même qu'elle était finie. Il déglutit et fébrilement, souleva le menton. Son regard était figé devant lui : il ne souhaitait pas rencontrer le démon. Heureusement, il ne fit face qu'au plafond blanc, éclairé faiblement par la lampe.
Un cri guttural fit trembler la maison. Il sauta sur ses deux pieds, hors d'haleine. Il n'avait pas rêvé, il en était sûr. Ça ne pouvait être qu'une seule et unique personne.
Le monstre était venu le trouver. Il savait à présent : celui-ci habitait les lieux les plus sombres de l'appartement.
Un bruit parvint du couloir : il fit aussitôt volte-face vers ce dernier, horrifié. Il discerna, à travers ses battements de cœur dans les tempes, des pas lourds. Il écarquilla les yeux et plaqua aussitôt ses paumes sur sa bouche, espérant ainsi étouffer ses cris de peur. Il tremblait de la tête aux pieds, horrifié. Doucement mais épris de spasmes, il marcha à reculons vers l'entrée, au rythme des pas.
Il longea le mur tout en essayant de rester dans une certaine luminosité, afin de ne pas subir une attaque un peu trop surprise et éclair. L'ombre de la bête se refléta sur l'un des murs : il sentit son sang de glacer à cette vue. Il ferma les yeux et continua son chemin jusqu'au placard des manteaux, à côté de la porte d'entrée. Dans un geste brusque, il l'ouvrit et plongea à l'intérieur avant de s'y enfermer tout aussi rapidement. Le bruit de l'ouverture et celui de la fermeture alertèrent aussitôt le monstre qui, alarmé, poussa un grognement sorti tout droit des limbes.
Il se recroquevilla sur lui-même et pria un quelconque dieu – et même cette stupide Jeanne – de le sortir de cette affaire trop contraignante. Les larmes lui montèrent aux yeux lorsqu'il réalisa qu'il n'avait pas pu dire à sa famille à quel point il l'aimait. Finalement, ce monstre était-il une sorte de virus? Il n'était qu'une simple donnée, qui allait être effacée dans peu de secondes. Il hoqueta, déçu par ce sort funeste.
Il formula silencieusement des excuses pour tous ses péchés – il ne souhaitait pas pourrir en enfer juste pour avoir téléchargé illégalement « Sexy Bitch IV » – et demanda la grâce d'un être supérieur.
Finalement, il poussa un cri d'effroi lorsque la Mort, dans un grondement sourd, détruisit le dernier rempart qui les séparait.
Cela faisait une dizaine de minutes que Mathieu, plié en deux sur le canapé, riait jusqu'aux larmes. Il s'étouffait presque à force de ne plus s'arrêter. Au bout d'un instant, il se redressa, les fossettes encore relevées à cause du large sourire qui tranchait son visage, puis adressa au Patron, qui le regardait d'un air farouchement amusé :
– Il a hurlé ? Vraiment ?
– Hurlé autant qu'une grognasse qui accouche! répondit dans un hochement de tête le criminel.
– C'est de ta faute, bredouilla une voix tertiaire.
Assis en boule sur le fauteuil, replié sur lui-même, le visage partiellement caché par ses genoux, le Geek boudait et grimaçait.
– De ma faute ? répéta avec ahurissement son Créateur. Je n'ai rien fait !
– Tu m'as dit qu'il n'y avait personne d'autre à la maison...
Et c'était hélas un mensonge. Mathieu avait omis de préciser au gamer que le plus perfide d'entre eux était resté à l'appartement mais il ignorait que ce dernier avait fait ce choix : il lui avait semblé évident que personne ne serait seul le jour d'Halloween, mis à part le plus candide.
Ainsi, le Patron avait choisi de profiter de l'absence de ses camarades pour dormir un peu – il se fichait pas mal de cette fête, à vrai dire. Lorsqu'il s'était éveillé, il avait été surpris de constater qu'il entendait des bruits et avait cru à un cambriolage. Il avait alors déboulé dans le couloir en grognant, énervé qu'on le tirât de son sommeil. Il s'était senti hors d'haleine lorsqu'il s'était rendu compte que son cambrioleur s'était réfugié dans le placard de l'entrée, probablement sûr que l'on ne l'y trouverait pas. D'un pas réellement agacé, il avait rejoint la cachette de ce fumier et avait ouvert – euphémisme pour dire arraché – la porte, histoire de lui faire passer l'envie de recommencer.
S'en était suivie la scène la plus hilarante et désolante qui ait pu exister. L'enfant avait hurlé indéfiniment pendant de longues minutes et avait fait éclaté de rire le pervers.
– Je ne pouvais pas le savoir, rétorqua Mathieu.
Vexé, l'adorateur de jeux vidéos continua de bouder, toujours roulé en boule.
Son Créateur soupira, se leva et lui ébouriffa les cheveux d'un geste amical. Il plongea une main dans ses poches et en ressortit, dans le creux de sa main, quelques bonbons emballés dans un papier usé. Sûrement les restes de sa soirée.
– Joyeuse Halloween, ajouta-t-il dans un sourire moqueur.
