Heyy ! Je sais que ça fait une éternité, mais cette fic est toujours en cours d'écriture xD ! Désolée pour le retard, ça a été compliqué d'écrire dernièrement (en espérant que ce soit plus simple maintenant).

Encore une fois, je tiens à remercier Bymeha, qui accepte de corriger mes chapitres et qui me sauve la vie :D ! (Love u)

Alors comme d'habitude, des chansons ont été ajoutées à la playlist si ça intéresse quelqu'un :) ! Bonne lecture !


iii. Well then they'll say what they say

And they'll do what they do

But it doesn't mean a goddamn thing

— Constant Conversations, Passion Pit

— — —

— — —

L'atelier est vide, ou presque. Il y a bien deux ou trois élèves qui occupent la machine à commandes numériques à l'autre bout de la pièce, mais ils ne font pas assez de bruit pour déranger Pidge.

— Action bonus, lit-elle, à la fin du parcours, notre robot doit propulser un projectile à une hauteur comprise entre un et deux mètres. Pff, même un gamin de dix ans pourrait faire ça.

Face à elle, Shiro commence à rire.

— Tu as vu l'action bonus de l'année dernière ? demande-t-il.

— Non ?

— Le robot devait être équipé d'un objet servant de parasol, qui se dépliait dès qu'il avançait.

Hunk, qui semblait jusqu'alors plongé dans ses activités, relève soudainement la tête de son écran.

— Un parasol ? Bizarre, je regardais justement le robot pour voir ce qu'on pouvait reprendre pour cette année, et je n'ai pas vu de parasol. Par contre, ajoute-t-il avec un petit rire, c'est marrant, je ne sais pas pourquoi, mais il y a une espèce de bout de sac poubelle accroché au truc.

Pidge se retourne vers Shiro, qui hausse un sourcil avec un demi-sourire. Ils attendent un moment qu'il développe, mais Hunk semble pris d'une illumination soudaine.

— Le sac poubelle est le parasol, grogne-t-il. Shiro, tu m'avais dit qu'ils étaient mauvais, mais je ne pensais pas qu'ils l'étaient à ce point.

— Comment ça, le sac poubelle est le parasol ? demande Pidge.

— Les consignes ne précisent pas comment le truc doit se déplier, explique Hunk. Alors ils ont juste foutu un truc qui peut se déplier tout seul quand le robot avance. Sans actionneur ou quoi que ce soit.

Pidge doit s'arrêter un moment pour intégrer l'information.

— Tu veux dire, dit-elle avec un regard noir, que les types de l'année dernière n'étaient même pas fichus de faire un truc aussi simple ? Et qu'ils ont mis un bout de sac poubelle sur le robot ?

Elle se retourne vers Shiro avec un air dramatique (Lance serait fier d'elle).

— Shiro, comment as-tu pu laisser faire ça ?

— Je n'étais pas en charge du projet, répond-il avec un rire.

— Ça me rassure.

— Ils étaient arrivés combien, déjà ? demande Hunk.

Shiro passe une main sur sa nuque, l'air pensif.

— Hum. Vous ne voulez pas savoir.

— À ce point ? s'étonne Pidge.

— Oui.

Et l'air de Shiro est tellement sérieux, tout d'un coup, que tout le monde le croit. Hunk change de sujet en demandant à Pidge si elle avait une idée en tête pour le projectile. Ils pourraient tomber dans la facilité, et juste projeter un petit objet vers le haut, mais même si ça ne leur rajoute pas de points supplémentaires, Pidge a envie de s'amuser. Elle propose de rajouter un capteur pour repérer le robot adverse, leur permettant de propulser une cartouche de peinture directement sur l'ennemi, mais Shiro refuse immédiatement.

— Tu ne peux pas endommager le robot de tes adversaires.

— Pourquoi ? On n'a qu'une manche avec ce robot-là ! Et puis ce n'est pas endommager-endommager, c'est juste de la peinture !

— Pidge.

— De l'aquarelle ?

Pidge.

Au final, ils s'accordent sur une figure de pirate — toujours à balancer sur le robot adverse —, et Pidge ouvre une page Google pour en commander une qui lui plaît. Bien sûr, c'est aussi le moment que choisit Lance pour débarquer, s'arrêtant un moment derrière Pidge pour regarder ce qu'elle fait.

— Je vois que ça bosse dur, dit-il d'un ton moqueur.

— Toujours plus que toi, répond-elle en haussant un sourcil.

— Hmm, discutable, marmonne Lance.

Puis, il se dirige vers Hunk pour le supplier de lui refiler une partie de son lunch, car il a oublié le sien, et n'a plus de liquide sur lui.

— Lance, appelle Shiro, tu ne peux pas te balader comme ça dans l'atelier.

— Mais je n'ai pas d'équipement de sécurité ! proteste le jeune homme. Pourquoi est-ce que j'aurais besoin de chaussures coquées, ou de gants de protection, en astronomie ?

— Tu as conscience que c'est la raison pour laquelle tu n'es pas supposé aller dans l'atelier, hein ?

— On n'est pas sur les machines ! continue Lance. Je ne reste pas longtemps, de toute façon...

Il prend un air suppliant qui semble finalement fonctionner sur Shiro. Bien sûr, c'est un immense mensonge : Lance ne peut évidemment pas s'empêcher de rester pendant trois plombes, et parler, parler, parler, jusqu'à ce que même Hunk ait à lui demander de se taire.

Remarquant que le gars n'arrête pas de regarder à droite à gauche, Pidge finit par lui demander :

— Tu attends quelqu'un ou quoi ?

Lance semble pris au dépourvu. Un rire nerveux lui échappe, et il rougit légèrement.

— Quoi ? Non... Je me demandais juste pourquoi est-ce que Keith n'était pas là.

Oh.

— Pourquoi est-ce que Keith serait là ? demande Pidge avec une moue amusée.

— Ben, il ne travaille pas avec vous ?

— Non.

— Quoi ? Il n'est pas dans votre groupe ? Mais vous traînez toujours ensemble. Est-ce que Keith a d'autres amis ? demande Lance, incrédule.

— Keith travaille en solo sur son projet, dit Shiro. Il retape sa moto.

— Keith a une moto ? explose Lance.

— Non, dit immédiatement Pidge.

Le reste du groupe la toise longuement, puis Shiro soupire.

— D'accord. Keith n'a pas une moto. Il en a deux.

— Vous vous foutez de ma gueule ?

— Étrangement, non, réplique Pidge avec un clin d'oeil.

Lance pince ses lèvres, l'air affreusement contrarié, comme si l'idée de voir Keith avec une (deux !) moto venait d'ébranler sa vision du monde.

— Je croyais que- enfin, Keith n'arrête pas d'enchainer les petits boulots, non ? Est-ce qu'il a les moyens pour ça ?

— L'une des motos, celle qu'il retape, est un héritage familial, dit Shiro. Il a décidé de s'en acheter une le temps de la remettre en état, avec ses propres économies. Mais il la revendra certainement quand l'autre fonctionnera correctement.

Pidge connaît également l'histoire, mais ce n'est ni le cas de Lance, ni celui de Hunk. Ils ont l'air surpris d'apprendre que Keith a hérité d'une moto. Il faut dire qu'il ne parle pas souvent de ces affaires-là. Et la plupart des gens en savent suffisamment pour ne pas oser en demander plus : personne n'a envie d'avoir une conversation déprimante sur la vie d'un orphelin, Keith le dernier. La plupart savent qu'il a perdu sa famille très jeune, et qu'il a traîné dans pas mal de foyers d'accueil étant gosse. Parfois, il lui arrivait aussi d'être dans des familles sans autres enfants pour quelques semaines, mais rarement plus longtemps que ça. Il a rencontré Shiro comme ça ; ils se sont retrouvés dans deux foyers différents, et ont réussi par miracle à ne plus se quitter après ça. Au final, ils ont été adoptés par le même couple, mais les choses n'ont pas très bien tourné après la disparition de Shiro, et Keith a rapidement commencé à économiser pour vivre de son côté. Pour le moment, il passe le plus clair de son temps dans la cité étudiante, mais Pidge sait qu'il ne rentre chez ses parents adoptifs que très rarement, et préfère le petit appartement de Shiro à la maison familiale lorsqu'il est en vacances.

Et Keith ne possède que deux choses qui ont appartenu à sa famille biologique : la moto, et un vieux couteau qu'il garde dans sa commode.

— Wow, dit finalement Lance. Donc il retape sa moto tout seul pour son projet de fin d'année ?

— En gros, ouais.

— Et c'est... Autorisé ? Mec, ça ne ressemble même pas à un projet scolaire ! Il se sert du budget alloué au projet pour faire son truc ? Ça ne me paraît pas très juste...

Sa remarque fait rire Hunk.

— Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, dit-il, comme le projet reviendra à Keith à la fin il n'a pas accès aux fonds de l'université.

— C'est pas faute d'avoir demandé, pourtant, marmonne Pidge.

— Ouais.

Lance n'a pas l'air convaincu, mais Pidge est à peu près sûre que c'est parce qu'il essaye de cacher le fait qu'il soit impressionné par le fait que Keith puisse conduire une moto. Elle décide de le tester un peu.

— T'inquiète pas, Lance, si tu demandes gentiment, je suis sûre que Keith acceptera de t'amener faire un tour.

Il la regarde avec un mélange d'embarras et de méfiance.

— Je n'ai jamais dit que-

— Keith serait définitivement ravi de t'emmener quelque part, ajoute Shiro. Très.

Et Lance doit partir, le lâche. Pidge l'entend juste marmonner les mots "manque de professionnalisme" et "les profs ne devraient pas se mêler de ce genre de chose", avant de se retourner vers Shiro avec un rire incontrôlable.

— Tu es encore moins subtil que moi ! s'exclame-t-elle. Et j'ai lancé une carotte sur lui, c'est pour te dire !

Shiro hausse les épaules, l'air de dire que de toute façon, la subtilité ne marche pas avec ces deux-là. Et, d'accord. Pidge ne peut pas vraiment le contredire.

— — —

— — —

Pidge ne possède pas un corps bâti pour l'effort physique. Elle a le mérite d'être plutôt souple, et assez rapide, mais lorsqu'il s'agit de soulever des choses lourdes, c'est plus compliqué.

Hunk et Lance déménagent. Ça fait bien trente minutes qu'ils font des aller-retour jusqu'à leur chambre, les mains remplies de cartons. Les trois quarts appartiennent à Lance, et Pidge a envie de lui dire, mais mec, comment est-ce que tu comptes faire passer tout ça dans une chambre qui fait trois fois ma taille ? T'étais pas sensé venir avec genre, une valise et quelques sacs seulement ?

Il y a un pack de bières entamé, juste à côté, et Pidge soupire longuement avant de se retourner vers Keith et Lance, chacun un carton en main.

— Je me demande lequel de vous deux peut porter le plus d'affaires le plus rapidement en haut, dit-elle avec un sourire malicieux.

Les deux échangent un long regard, puis se précipitent vers les escaliers comme s'ils venaient d'y repérer un coffre débordant d'or. À côté d'elle, Shiro éclate de rire, avant de se pencher pour récupérer deux bières, et en tendre une à Pidge. Le contact avec le verre froid lui fait du bien.

— Bon, ben on dirait qu'on peut enfin se poser, dit Matt avec un grand sourire. Je n'arrive pas à croire que Lance ait ramené autant de trucs.

— Moi non plus, soupire Hunk. À tous les coups, il va vouloir en mettre dans ma chambre parce qu'il n'a pas assez de place dans la sienne.

— Euh, Hunk, il en a déjà mis dans ta chambre, fait remarquer Matt.

En guise de réponse, Hunk ouvre sa bière, et en boit un bon tiers. Le reste du groupe l'imite silencieusement, regardant d'un œil lointain Keith et Lance faire les derniers aller-retour restants. Quand ils ont enfin fini, Pidge ne peut s'empêcher de rire devant les mines qu'ils tirent. Ils sont en sueur, l'air d'avoir couru un marathon. Ils semblent trop crevés pour passer trois plombes à se disputer sur l'identité du vainqueur.

Pidge saisit deux autres bières, qu'elle amène jusqu'à eux.

— Hunk, Lance, annonce-t-elle, bienvenue dans le quartier !

— — —

— — —

Alors.

Alors c'était prévu, ok ? Pidge savait que ça allait arriver, et Keith aussi, visiblement (il n'arrêtait pas de la regarder avec un air dépité, et de répéter ça va arriver, Pidge, je te jure— toutes les trente secondes). À un moment ou un autre, il a bien fallu que les événements prennent forme. Et ça n'a aucun rapport avec elle. Vraiment.

Mais quand Lance est entré — sans frapper, ce qui défie déjà le règlement instauré par Pidge et Keith au cours de l'année — dans sa chambre, où elle était en train de traîner avec Keith, ce vêtu d'une serviette et avec des concombres sur les yeux ; Keith a immédiatement fusillé Pidge du regard (comme si elle avait attiré Lance ici). Et oui, Pidge a envie de dire à Lance, mec, non, tu ne peux pas juste faire ça ; mais si, il peut. Il n'est pas supposé déranger personne. Il n'y a que des mecs à cet étage (sauf Pidge, mais c'est un cas à part ; une histoire qui inclut le piratage des listes de l'école, un masque africain et une vieille brosse à dents à elle), donc tout le monde s'en fout. Pidge a déjà vu des gens se trimballer à poil, bordel, et elle n'est pas allée se plaindre ou quoi.

Bien sûr, Keith se met à bafouiller quelque chose d'incompréhensible et émet un raclement de gorge affreusement forcé. Pidge se demande d'une part comment est-ce qu'il peut se mettre dans un tel état pour ça, et d'autre part comment est-ce que Lance a pu trouver sa chambre avec des tranches de concombre sur les yeux.

— Est-ce que quelqu'un a de la crème hydratante pour le corps ? demande Lance (parce que bien sûr, il doit demander ce genre de chose).

Pidge se tourne vers Keith, mais son ami se met précipitamment à secouer la tête, probablement trop secoué pour pouvoir répondre.

— Je crois qu'il y a celle de Matt dans la douche de Keith, annonce Pidge.

Lance prend un air contrarié.

— Pourquoi est-ce que la crème de Matt serait dans la douche de Keith ?

— Parce que ma mère s'inquiète pour moi, sauf que Keith en a plus besoin, rit Pidge.

Cette phrase déclenche un air d'incompréhension totale chez Lance, et un coup d'oeil de la part de Keith, qui a l'air de dire Pidge, tu dois expliquer toute l'histoire. Tu ne peux pas juste dire ça et t'attendre à ce que nous, commun des mortels, puissions comprendre ce que ça veut dire. Elle soupire.

— Ma mère voulait que je prenne de la crème hydratante, parce que j'ai les pieds secs, explique-t-elle. Sauf que j'avais la flemme d'aller en acheter, alors j'ai juste pris celle de Matt pour faire genre j'en avais une. Et au final, c'est Keith qui en a le plus besoin. Donc c'est dans sa salle de bain, tu vois ?

— Euh, ouais...

— Mais Keith n'aime pas qu'on aille fouiller dans sa chambre, alors il va t'accompagner ! renchérit Pidge. Pas vrai, Keith ?

Les règles sont les mêmes que d'habitude : regard noir de la part de son ami, mots je te déteste silencieusement articulés, sourire satisfait pour Pidge. Mais elle sait que Keith la remerciera plus tard. Peut-être.

Le jeune homme se lève silencieusement, et commence à se diriger vers sa propre chambre, avant de remarquer que Lance ne le suit pas.

— Lance, enlève tes concombres, soupire-t-il (ce qui est une phrase un peu bizarre hors contexte, d'accord).

— Je t'emmerde ! Je vois très bien avec mes concombres !

Keith soupire longuement.

— Combien de doigts ? demande-t-il.

— Ha ! Le test habituel, hein ? Trois !

— Perdu. Mes mains sont dans mes poches.

Il lance un regard fier à Pidge, comme pour dire tu as vu ? J'ai gagné. Et si Pidge n'était pas aussi désintéressée par la romance, elle irait probablement lui acheter un bouquin sur "La Romance pour les Nuls", ou un truc du genre. Parce que Keith sait faire beaucoup de choses, mais flirter n'en fait pas partie. Et non, insulter Lance ne peut pas être considérer comme flirter.

Lance, en revanche, se débrouille beaucoup mieux. Un peu mieux. De toute façon, ça n'a rien d'un exploit.

— Tu peux toujours me prendre la main pour me guider ? demande-t-il d'un ton presque suave (traduction : qui donne envie à Pidge de partir le plus loin possible).

— T'es quoi, un bébé ? grogne Keith.

— Mmh, je vois. Tu n'oses pas.

C'est à peu près à ce moment-là que Pidge arrête de suivre, pour les raisons suivantes : a) ça n'a aucun intérêt ; b) de toute façon elle sait très bien comment ça va se terminer ; et c) Keith lui racontera sûrement ça de façon très détaillée même s'il dit qu'il n'a pas envie d'en parler. Elle retourne au bouquin qu'elle était en train de lire avec un petit soupir. Les choses ne seront jamais calmes, ici, hein ? Keith est plutôt calme, mais ça vaut pour tous les moments où Lance n'est pas là. Et comme Lance est bruyant de manière générale, sa venue bouleverse plus ou moins les choses. Sans Hunk, Pidge aurait probablement déjà sauté par la fenêtre. Ou peut-être pas. Peut-être qu'elle est en train de devenir aussi dramatique que Lance, ou Keith. Quelle horreur.

Quand ils quittent enfin la pièce, le calme revient et elle peut enfin soupirer, lever ses mains au ciel et s'étirer longuement, avant de se laisser tomber en arrière. Elle a envie de rester là à rien faire. Ou de faire quelque chose d'intéressant — comme le projet en robotique. Malheureusement, ces trucs qu'on appelle les examens arrivent pour bientôt, et si Pidge veut réussir à rester dans le top de la classe, elle doit travailler. Garder sa réputation d'intello. Ce n'est pas aussi facile que ça en a l'air.

De toute façon, Pidge n'est qu'une étudiante. Les autres ont l'air de dire que c'est un OVNI. Sauf que non. D'accord, elle a peut-être quelques facilités, mais ça ne veut pas dire qu'elle s'amuse pendant les examens. Qui s'amuse pendant ce genre de moments, de toute façon ? Réviser, ça ne peut pas être drôle. Ça ne—

... Sauf si—

Pidge sent ses lèvres s'étirer en un grand sourire.

— Keith ? appelle-t-elle.

— Ouais ?

Sa voix résonne dans le couloir.

— Soirée révision ?

Et lorsqu'il répond, elle sent un sourire dans ses mots.

— Je préviens les autres.

— — —

— — —

— Ce jeu n'a aucun sens, décide Lance au bout de la troisième partie (ce qui veut dire qu'il a déjà bu une quantité non négligeable d'alcool). Pourquoi est-ce que Pidge boit alors qu'elle avait la bonne réponse ? C'est censé être l'inverse !

— Oui, répond Keith en levant les yeux au ciel. Mais elle doit boire quand elle ne perd pas, parce qu'elle ne boirait pas sans ça. Pidge a tout le temps la bonne réponse !

— Hunk aussi, fait remarquer Pidge.

Lance secoue la tête avec précipitation.

— Ce n'est pas pareil ! Hunk boit en même temps que moi ! Parce que c'est mon bro !

— Alors tu m'expliques ce que ça change ? demande Keith avec irritation.

Et c'est probablement à cause de l'alcool, parce que Lance se met à trouver des explications les plus improbables que les autres ("c'est une question d'éthique, Keith, mais tu ne peux probablement pas comprendre ça", ou bien : "ce n'est pas valable parce que ce n'est pas inscrit dans le code Bro").

Pidge remarque quand même une chose : tout est bon pour que Lance s'adresse à Keith. Que ce soit suite à une erreur de sa part, ou à une blague qui le ferait rire, ou à une remarque sur sa coupe de cheveux. C'est comme si Lance cherchait désespérément à capter l'attention de Keith, d'une façon peu subtile, mais apparemment efficace. Le truc, c'est que Keith ne semble pas saisir le message. Ça peut être une question de timidité, ou de je-n'ai-aucune-idée-de-comment-faire-face-à-ce-genre-de-situation (option très plausible). Socialement, Keith est à peu près aussi efficace qu'une statue. Soit il se met à parler d'un ton autoritaire qui donne à tout le monde l'envie de l'envoyer balader, soit ils se pose dans un coin et croise les bras en jetant des regards haineux (et de façon non volontaire, d'après ce que Pidge a compris) aux autres. Ce n'est que lorsqu'il se sent en confiance — avec des personnes qu'il apprécie —, ou que lorsqu'il a bu (oui, c'est triste à dire), que l'on peut le voir se lâcher complètement. En théorie.

Lance, parce qu'il est Lance, est juste arrivé comme un boulet de canon et a changé ça. Parce que quand Keith a conscience de sa présence, quelque chose change en lui. Il est sur la réserve. Ou il s'énerve. Avec des moyens comme l'alcool, ça peut s'arranger, mais ce n'est pas toujours le cas. Alors qu'il est du genre à parler franchement et à dire ce qu'il pense sur tout et n'importe quoi, Keith se tait, se contentant de lancer au jeune homme des regards chargés d'envie et de se montrer agressif. Et ça dure depuis tellement longtemps que Pidge ne sait plus très bien quel rôle elle doit jouer là-dedans. Lance répond visiblement à ses sentiments, Keith refuse juste de le reconnaitre. Parce qu'il est idiot et aveugle et pas habitué à ça. Parce qu'il ne pense pas que quelqu'un puisse l'aimer de cette façon. Parce que dans sa tête, il y a comme un boucan qui ne veut pas s'arrêter, et qui lui rappelle qu'il n'en vaut pas la peine. Pidge sait ça, et ce n'est pas sa faute à lui. Personne n'est parfait — elle n'est même pas proche de l'être —, et il y a des choses qu'elle doit apprendre à accepter à propos de Keith. Tout comme lui les a acceptées à propos d'elle. Ça a toujours été comme ça, entre eux.

(Heureusement, il y a aussi toutes ces fois où, oubliant le regard des autres et la situation, et jusqu'au lieu où il se trouve, Keith se met à parler à coeur ouvert, même avec Lance, et à sourire, et à rire, et à être drôle.

Pidge pense que ce sont toutes ces fois-là qui font que Lance ne peut pas ne pas être amoureux lui, d'une certaine façon. Parce qu'elle ne voit pas comment ça pourrait être autrement.)

Lance contribue à la soirée de par sa (pas si brillante que ça) présence, mais pas que : ses verres à shooter sont soigneusement alignés devant eux. Un pour chaque pays qu'il a visité — ou pas, décide Pidge, lorsqu'elle remarque que l'un d'eux est daté de trente ans plus tôt, mais elle va faire semblant de ne pas l'avoir remarqué pour éviter les justifications de trois heures. La Tequilla est sortie, avec tout ce qui va avec : sel, citron. Pidge enchaine une série de tekpaf, sachant pertinemment qu'après ça, vu sa taille et son poids, elle ne tiendra pas très longtemps. L'alcool lui monte rapidement à la tête, mais la tient éveillée encore un petit moment. Elle regarde les lumières qui semblent clignoter sur les murs et étouffe un petit rire. La façon dont ils sont tous les quatre serrés sur le lit de Keith leur donne une proximité nouvelle. Avec Hunk et Lance, en particulier — elle est habituée à la présence Keith.

Elle aurait bien aimé qu'Allura vienne aussi. Elle fait genre, partie de ses personnes préférées dans le monde entier. Elle l'a connue en même temps que Keith, même si elle a mis plus de temps à vraiment apprendre à l'apprécier. Mais Allura a toujours une tonne de choses à faire, allez savoir pourquoi — Pidge aussi, mais contrairement à elle, Allura semble avoir besoin de sommeil.

Lance se plaint du fond sonore inexistant (et Pidge a envie de lui dire mec, il y a une raison à ça, nous sommes en train de boire à trois heures du matin dans une citée étudiante), et commence à faire défiler des morceaux sur YouTube. Pidge ne serait même pas capable de dire de quel style de musique il s'agit, ou même si le son est haut ou pas. Tant pis pour les voisins. Pidge trouvera un moyen de se débrouiller s'ils ont des ennuis plus tard (dont la stratégie principale est d'empêcher Keith de s'en mêler, parce qu'il empirerait sûrement les choses).

— Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer pourquoi est-ce qu'il y a une pub pour YouTube sur YouTube ? demande soudainement Lance. Qu'est-ce qu'ils croient, qu'on va se dire ah tiens, il a l'air cool, ce site ?

Pidge ne se sent même pas assez en forme pour se lancer dans un tel débat ivre avec lui, alors elle marmonne machinalement le prénom de Keith, qui cligne les yeux à répétition, comme pas tout à fait conscient du moment.

— Quoi ? demande-t-il.

— Réponds-lui, articule-t-elle avec lenteur.

— Pourquoi moi ?

Un soupir exaspéré quitte les lèvres de Pidge.

— Parce que Lance pose la question ?

— Oh, fait Keith avec une soudaine compréhension. Eh bien, je suppose que YouTube…

Sa phrase reste sans réponse, alors qu'il se retourne jusqu'à se retrouver allongé sur le dos, les yeux tout d'un coup accrochés au mur, comme des mouches piégées dans un ruban adhésif. Personne ne fait le moindre commentaire — à ce stade là, Pidge ne pense même pas que quelqu'un à part elle n'ait remarqué que la discussion n'avait plus aucun sens. Un morceau qu'elle reconnaît vaguement passe. Les ronflements de Hunk se font entendre.

En étouffant un bâillement, elle trouve miraculeusement la force de se relever — si par relever, on entend : se mettre à quatre pattes avec un minimum de cohérence — pour rejoindre son propre lit, dans la chambre d'à côté. Le sol est poussiéreux, elle n'a pas changé ses draps depuis des lustres, et elle ne se souvient plus de la dernière fois où elle a pris une douche. Elle devrait probablement en prendre une maintenant, mais elle est trop ivre pour ça, et risquerait de se tuer en faisant une erreur de manipulation avec le pommeau de douche. Elle n'est pas sûre, mais il lui semble que ce genre d'accident soit déjà arrivé dans le coin. Un titre de journal lui revient, mais peut-être qu'elle l'a juste rêvé.

— Personne ne vient, dit-elle d'une voix désarticulée avant de partir (précision inutile, décide-t-elle immédiatement ; pourquoi est-ce que quelqu'un essayerait de dormir avec elle alors que chacun à son lit dans le dortoir ?)

Lorsqu'elle s'endort, sa dernière pensée est pour Hunk. Elle s'imagine l'enfer que ça doit être que de se retrouver avec Lance et Keith allongé sur soi, en train d'essayer de flirter subtilement avec autant d'alcool dans leur système.

— — —

— — —

Le réveil est toujours la partie la plus dure à effectuer. Il y a la gueule de bois, bien sûr, mais aussi ce long et fatiguant processus durant lequel vous essayez de vous souvenir des conneries que vous avez bien pu faire dans votre état d'ébriété. Pidge ne fait pas, contrairement Lance (ou même Keith, parfois), partie de cette classe d'individus qui doivent constamment être sûrs qu'ils n'ont pas passé la soirée à embrasser quelqu'un — ou autre. En revanche, elle a ses moments à elle. Par exemple, il lui est déjà arrivé de se réveiller et de se mettre à jurer parce qu'elle venait de se souvenir qu'elle s'était amusée à pirater le site officiel de leur université, changeant les noms de tous leurs professeurs par le sien. Par chance, personne n'allait consulter ce site pendant la nuit, et de ce fait elle avait réussi à tout réparer avant que l'on puisse s'en rendre compte.

Il y a cela, donc, et également cette odeur, celle d'une atmosphère chargée d'alcool, que l'on remarque particulièrement après avoir fait un tour dehors.

Le crâne douloureux, Pidge pousse un grognement et tend la main vers son étagère dans le but de saisir ses lunettes, avant de se rendre compte qu'elle avait oublié de les retirer la veille. La lumière semble faible — elle n'a pas pensé à fermer les volets, mais il doit faire suffisamment mauvais pour qu'elle ne soit pas à l'agonie à cause d'un rayon trop intense. Il doit être encore tôt, vu le calme impressionnant qui règne autour d'elle.

Lorsqu'elle trouve enfin le courage de se lever, elle sent sa tête tourner, les murs valser autour d'elle, mais ça ne dure pas si longtemps que cela. Elle s'extirpe maladroitement de ses draps, faisant basculer la moitié de sa literie par terre, et sort de sa chambre pour rejoindre celle de Keith. Par automatisme, elle ne frappe pas, et se dirige immédiatement vers le lit du jeune homme. Un rire la secoue lorsqu'elle lève les yeux.

Ni Hunk, ni Lance n'ont apparemment eu le courage de quitter sa chambre pour rejoindre la leur ; et avec Keith, ils sont affalés sur le lit, les uns empilés au-dessus des autres, dans des positions qui semblent atroces du point de vue de Pidge. Le bras de Lance est négligemment placé dans le creux situé entre le cou et les épaules de Keith, et leurs jambes sont collées, probablement une source de chaleur suffisante pour leur donner un confort minime. Hunk prend les trois quarts du lit à lui tout seul, et Pidge se demande bien par quel miracle les deux autres ont réussi à y rester.

Le réveil de Keith indique sept heures et quelques, alors elle ne prend pas la peine de les réveiller. Elle n'a pas assez dormi, mais ça n'a pas d'importance — elle ne dormira pas plus aujourd'hui, elle le sait. Pidge prend quand même la peine de refermer les volets de la pièce, pour éviter que la lumière ne vienne les sortir de leur sommeil trop tôt. Elle a plusieurs raisons de le faire : la mauvaise humeur de Keith s'il n'a pas ce qu'il faut de sommeil, les plaintes constantes de Lance sur ses cernes, la soudaine flemmardise de Hunk, qui ne veut alors plus rien faire avec elle.

Pidge repasse par sa chambre pour se préparer rapidement, et saisit son casque au passage. Elle sort du dortoir sans savoir où aller, mais elle sait qu'elle peut juste faire confiance à ses jambes pour l'amener dans un endroit qu'elle ne connait pas encore. Los Angeles est une grande ville.

— — —

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Même en connaissant Allura depuis des années, Pidge n'arrive toujours pas à saisir que sa maison est, vous savez, réelle. C'est exactement le genre de baraque qui quand vous la voyez, vous fait penser que merde, vous devez être au Paradis pour voir ce genre de chose.

Mais ce n'est pas le cas. Les allures de vieux château retapé qu'a cet endroit ne sont pas juste le fruit de votre imagination. Bien existant. Et Pidge peut avoir du mal avec ça, ça ne l'empêche pas de s'y rendre régulièrement juste parce qu'elle est tombée amoureuse du petit jardin intérieur dont dispose Allura. Là où la végétation est dense, mais contrôlée, fleurissante et colorée. Un parfum agréable et printanier flotte dans l'air. La table basse autour de laquelle les deux jeunes filles sont assises semble dater du XVIème siècle au moins, et Pidge soupçonne le service à thé très chic que possède Allura de valoir plus que le total des biens dont elle dispose elle-même.

— J'aime bien ces tasses, fait remarquer Pidge avec un petit sourire satisfait. Elles me donnent l'impression de faire partie d'une espèce de famille royale.

— Tu t'es saoulée au scotch dans une de ces tasses, fait remarquer Allura avec un sérieux feint.

— Vraiment ?

— Oui, c'était très fancy.

Pidge s'étrangle à moitié, puis repose la tasse en essayant de ne pas faire trop de bruit.

— Tu as l'air en forme, dit-elle sans vraiment attendre de réponse.

— Eh bien, répond Allura, je dirai que c'est le cas. J'ai le job que je souhaitais, et j'ai récemment reçu un appel de mon professeur référent qui me complimentait sur ma thèse. Et puis, il y a Shiro...

En prononçant son nom, ses joues se colorent d'un rose léger, et ses yeux prennent une lueur joyeuse.

— La vie de rêve ? rit Pidge. Shiro doit être horrible à ça, mais je suppose que tu as signé pour ça.

Une courte pause suit ses mots.

— Eh bien, répète Allura, je ne sais pas si l'on peut parler de "vie de rêve". Mais Shiro se débrouille très bien, je trouve. Il n'est toujours pas à l'aise avec le fait de rendre notre relation publique, mais avec la soirée de Hunk et Lance, c'est un peu tard pour essayer de cacher quoi que ce soit.

Pidge hausse les épaules — c'est vrai que depuis ce soir-là, elle a vu plusieurs vidéos tourner, où l'on pouvait les voir tous les deux danser amoureusement.

— Ça n'a pas l'air de trop te déranger, fait-elle remarquer.

— Personne ne m'a fait de remarques, répond Allura. Mon bâtiment est loin de celui où Shiro enseigne, et même si je sais que sa réputation est suffisamment bonne pour qu'il soit connu là, je ne pense pas que les élèves en fassent tout un plat.

— On verra comment ça évoluera, dit Pidge.

— Oui. J'espère que ça leur aura passé rapidement.

Pidge en doute. C'est exactement le genre d'histoire qui fait mouche auprès des étudiants. Rien qu'à traîner dans son dortoir, elle a entendu au moins quinze personnes en parler. De toute façon, Shiro est assez populaire ici, et tout le monde était surpris qu'il ne soit pas déjà casé — sans compter sur le fait que quiconque ayant déjà vu Allura et Shiro interagir pourrait dire qu'il s'en doutait.

— Les vacances d'été ne sont pas dans si longtemps que ça, ajoute Pidge en portant la tasse de thé à ses lèvres, alors tout le monde va probablement oublier.


Voilà ! Ce chapitre était plutôt transitif, mais tout de même nécessaire pour la suite... (Oui oui, je vous promet qu'il SE PASSE QUELQUE CHOSE (et même plusieurs choses, wow), en fait, dans cette fic, mais ça vient, ça vient xD)

J'espère que ça vous aura quand même plu ! N'hésitez pas à laisser un petit commentaire si vous avez la moindre remarque (ou si vous avez aimé hihi) !

Bisous bisous !