Akurokushi : Merci pour ta review :3 Contente que t'aies bien aimé /o/

Un chapitre pas bien long, pour cette fois. Mais bon.


3. Souvenirs

La porte s'ouvrit avec un faible grincement, mais Ventus ne l'entendit pas. Il n'entendait plus rien.

Il perçut des pas mesurés se rapprocher de lui, puis sentit un poids s'enfoncer dans le matelas. Il ne savait pas qui était venu le voir. Il n'y faisait jamais attention. Leurs mots ne l'atteignaient pas. Leurs gestes et leurs regards de pitié non plus. Il ne voulait pas les voir, il ne voulait pas les laisser exister pour lui. Ils n'étaient personne.

Il n'était personne.

Quelque chose se posa sur son front, une main, sans doute, une grande main, une main d'adulte, une main froide et dangereuse. Il ne bougea pas. Il ne la regarda pas. Ses yeux à moitié ouverts étaient posés sur le plafond sans le voir. Ils étaient plein de brume et d'incertitude. Il se dit qu'il était peut-être aveugle, peut-être qu'il n'aurait plus jamais à voir quoi que ce soit. Il savait que c'était impossible, mais s'il y croyait assez fort, peut-être que...

Quelqu'un l'appela par son nom.

Il ne broncha pas. Il n'existait pas, il n'avait pas de nom. Son regard resta fixe et vague. Il n'entendait rien d'autre qu'un bourdonnement continu, un silence salvateur.

Puis des mots transpercèrent le brouillard et se fichèrent dans son cœur comme une flèche de fer atteignait sa cible. Sans hésitation, sans compassion. Ils se plantèrent là et lâchèrent leur poison qui se propagea à travers son corps et son âme.

Nous avons trouvé Vanitas.

Le poison se répandait dans ses veines et brûlait comme de la lave. Il resta immobile. Il ne frémit même pas.

Il est mort.

Il ne devait pas trembler. Il ne pouvait rien ressentir. Rien du tout.

Pourtant il avait mal.

Il ne fera plus de mal à personne, désormais. Ne t'inquiète pas, Ventus. Tout ira bien.

Tout ira bien.

Tout ira bien.

Le poids s'envola du matelas, des pas encore, la porte qui se refermait doucement. Et les ténèbres.

Les ténèbres en-dedans, les ténèbres en-dehors. Le poison qui gagnait du terrain, qui s'immisçait dans son cœur, qui attaquait ses poumons, sa bouche, ses yeux.

Les mots qui l'étouffaient, qui lui enserraient la gorge en espérant qu'il ne reprenne plus le souffle caractéristique de ceux qui veulent exister, qui s'assuraient qu'il resterait dans les ténèbres et n'en sortirait plus jamais.

Il ne fera plus de mal à personne.

Ses yeux s'ouvrirent plus grand et il se vit encerclé par les ténèbres.

Une larme roula sur sa tempe jusqu'à son oreille. Puis une autre. Encore une autre. Et le silence.

Les larmes tombaient une par une, glissaient le long de sa peau, s'échappaient sans qu'il soit capable de les contrôler. Mais il gardait les lèvres étroitement fermées, il s'interdit le moindre bruit, il se mura dans son monde de silence. Il serra les dents en attendit que ça se termine, que tout ça soit oublié, que la douleur s'efface et qu'il retourne dans le confortable état d'oubli et d'ignorance dans lequel il s'était plongé jusque-là.

Il avait le nez bouché. Il ne pouvait pas respirer. Alors il ouvrit la bouche.

Il entendit quelque chose, une respiration saccadée, de petits reniflements, des sanglots, de faibles gémissements. Et les larmes qui ne s'arrêtaient pas. Il comprit que c'était le bruit des gens qui existent et des gens qui souffrent. Il ferma les paupières mais les pleurs continuaient encore et encore. Elles ne s'arrêteraient pas, il le savait.

Il est mort.

Il ne fera plus de mal à personne. Il ne fera de mal à personne, non, plus jamais, parce qu'il est mort, désormais.

Il ne reviendra plus.

Et même si Ven savait qu'il aurait dû se taire, qu'il aurait dû ressentir du soulagement, de l'indifférence, il ne pouvait que se laisser emporter par la souffrance que provoquaient en lui ces mots et ces phrases et ces idées. Il pensa : Vanitas est un monstre. Vanitas a tué tous ces gens. Vanitas est mort. Vanitas est un monstre, Vanitas a tué, Vanitas est mort, Vanitas ne reviendra plus, Vanitas, Vanitas, Vanitas, Vanitas...

Peut-être que se le répéter mille fois le rendra moins douloureux.

Il ne fera plus de mal à personne.

Ansem avait tort. Il lui ferait encore du mal à lui. Pour toujours, jusqu'à la fin.

Quelque chose sauta sur le lit, grimpa sur son ventre, lui renifla le menton et se coucha sur sa poitrine en ronronnant. Le chat noir. Lever la main lui demanda un effort surhumain, mais il réussit à caresser son pelage. Lentement, très lentement, les larmes se firent moins nombreuses, les sanglots plus espacés, et il laissa sa main là en attendant d'être guéri.

xxxxx

– Est-ce que tout va bien ?

Ven releva la tête et sourit.

– Oui, ça va.

Terra s'installa à ses côtés, sur les marches de pierres qui menaient à la maison principale. Les autres étaient encore à l'intérieur, mais lui avait besoin d'air.

Le vent caressa son visage et il ferma les yeux pour en apprécier pleinement la fraîcheur. Une main se posa sur son épaule, mais il ne manifesta aucune réaction.

– Tu es sûr que ça va ? Si tu veux en parler, on peut...

– Ça va. Ne t'inquiète pas.

Il n'y avait aucune raison de s'inquiéter. Il allait bien. Bien mieux qu'il ne l'aurait cru.

Le choc était passé et, à l'intérieur, tout était aussi calme que l'océan après une tempête. Il voulut respirer l'air de la mer, puis se rendit compte qu'il ne savait même pas ce qu'il pouvait bien sentir. Cette pensée lui laissa un léger goût amer sur la langue. Du monde, il n'avait pas vu grand chose, après tout. Il passa une main sur son visage, un peu désorienté.

L'odeur de l'océan...

– Je suis là, si tu as besoin de moi.

Il le savait déjà. Il hocha la tête et attendit que Terra s'en aille. La seule chose dont il avait besoin, c'était d'être seul. Il avait besoin de réfléchir.

Un miaulement se fit entendre quelque part dans le jardin, et il tendit la main pour que le chat de la maison s'en approche. Ce dernier la renifla puis sauta sur ses genoux pour finalement se lover contre lui en ronronnant. Il le caressa machinalement d'une main. Ses pensées vagabondèrent jusqu'à l'animal qu'ils avaient ramenés de la planque des exilés. Aqua l'avait pris avec elle.

Finalement, il était revenu à la maison. Il l'avait toujours cru perdu. Mais il était là.

Il gratta le chat noir derrière l'oreille et murmura :

– Il est revenu.

Le chat se lécha consciencieusement les pattes avant.

– Est-ce qu'il te manquait ? Tu vas pouvoir le revoir, bientôt. Vous êtes de la même famille, après tout.

Il le regarda intensément puis descendit de ses genoux et retourna se perdre dans le jardin. Ven le suivit des yeux jusqu'à le voir disparaître derrière le bâtiment.

– Oui, dit-il pour lui-même, il est revenu.

Il porta son regard vers le ciel exempt de tout nuage. Il est revenu. Il est vivant.

Il ne savait même plus de qui il parlait. Alors il ouvrit la bouche et répéta :

– Il est vivant. Il est vivant.

Les mots tombaient et disparaissaient dans l'air sans qu'il ne ressente rien. C'était à peine s'ils avaient existé.

– Vanitas est vivant.

Rien. Pas un pincement, pas un frisson. C'était comme s'ils n'avaient pas de sens. Pas d'importance. Il aurait pu avoir peur. Il aurait pu être choqué, ou triste, ou même heureux. Mais il se sentait aussi vide qu'une machine. Son cœur battait à un rythme terriblement régulier. Il n'y faisait pas attention.

Vanitas était vivant, mais cela ne provoquait pas en lui le moindre tressaillement.

La porte d'entrée s'ouvrit avec un bruit sourd.

– Ansem t'attend, annonça Aqua d'une voix douce.

Il se leva. Toute trace de sourire avait disparu de son visage. Il ne voulait pas qu'on lui parle avec cette voix-là. Il n'y avait aucune raison qu'il attire la pitié. Il n'avait pas besoin qu'on compatisse, parce qu'il n'y avait aucune douleur à laquelle compatir. Juste du vide.

Il ne la regarda même pas et se rendit à l'étage supérieur en ignorant les regards qu'elle lui lançait. La porte du bureau d'Ansem était entrouverte. Il frappa.

– Entre, Ven.

Xion, Roxas et Sora étaient déjà assis sur leurs sièges. Xion et Sora se tournèrent vers lui. Ce dernier lui adressa un sourire auquel il ne répondit pas. Il s'installa et attendit que l'homme daigne leur parler.

Il se contenta de les dévisager pendant quelques secondes. Ven soutint son regard sans ciller.

Enfin, Ansem passa une main sur sa barbe blonde et déclara :

– Comme vous l'avez appris...

Il s'interrompit un court instant pour chercher ses mots. Son regard se posa sur chacun de ses apprentis, et il prit une inspiration avant de reprendre la parole :

– Comme vous avez pu le remarquer, les exilés avaient eu vent de notre venue. Toutes les preuves indiquent qu'ils ont quitté la ville. Nous ne savons pas encore où ils sont allés.

Il y eut un silence de mort. Ven vit Sora s'agiter sur sa chaise. Ils étaient déjà au courant pour le départ des exilés : ils l'avaient constaté par eux-mêmes.

– Ils ont pris tout ce qu'ils pouvaient dans leur fuite, continua Ansem. En dehors de ce que vous nous avez amené, et nous vous en remercions, nous n'avons rien de...

– Et pour Vanitas ? l'interrompit Roxas sans faire grand cas de la personne à qui il s'adressait.

Ansem se frotta les mains l'une contre l'autre, nerveux. Quatre paires d'yeux le fixaient avec intensité. Il ne pourrait pas ignorer le sujet. Il le savait déjà, mais en prendre conscience aussi abruptement ne lui rendait pas la tâche plus facile. Il aurait cru avoir plus de temps.

– En ce qui concerne Vanitas... commença-t-il, mais il laissa sa phrase en suspend.

Il fallait qu'il reprenne ses esprits. Vanitas n'était qu'un problème comme un autre. Maintenant qu'ils l'avaient réalisés, sa résolution n'était plus qu'une question de temps. Pas la peine de s'éterniser. Tout serait réglé en vitesse.

– En ce qui concerne Vanitas, reprit-il avec plus d'assurance, il semblerait que nous nous soyons fourvoyés.

Sora et Roxas échangèrent un regard. Ils ne s'étaient pas simplement fourvoyés. Ils étaient complètement à côté de la plaque. Xion, elle, semblait sceptique.

– Vous leur aviez dit que ce Vanitas était mort, n'est-ce pas ?

Ansem resta un moment silencieux, perdu dans ses pensées, puis répondit :

– C'est exact.

– Et c'est ce que vous croyiez ?

– Oui.

– Mais il n'est pas mort.

L'homme se permit un petit soupir.

– Si j'en crois vos témoignages, non.

– Je sais ce que j'ai vu, se défendit-elle. Il ressemblait trop au garçon de la photo pour que ce soit une simple coïncidence. Et les documents...

– C'est étrange, j'en conviens. Mais je te crois. Si tu me dis avoir vu Vanitas, je n'émettrai pas le moindre doute.

– Je l'ai vu.

– Bien. Où voulais-tu en venir, Xion ? Tu semblais avoir quelque chose en tête.

Elle acquiesça.

– Qu'est-ce qui vous faisait croire que ce garçon était mort ? J'imagine que vous n'avez pas vu de corps.

– En effet.

– Vous n'aviez pas la moindre preuve. Pourquoi l'avoir cru ?

– La nouvelle de son décès m'est parvenue grâce à un homme en qui j'avais confiance. Un homme qui m'a trahi, dirait-on. Cette histoire sera tirée au clair à un moment ou à un autre. Ne vous en faites pas pour ça. J'ai mis plusieurs personnes sur l'affaire.

– Que comptez-vous faire, à présent ?

Tous se tournèrent vers Ven qui affichait un visage de marbre.

– Eh bien, hésita Ansem, quelqu'un se chargera de le retrouver et de le ramener ici.

– Le ramener ? s'étonna Roxas. Pourquoi vouloir le ramener ici ? Il est complètement malade. Vous avez vu les dossiers qu'il gardait sur nous ? Vous vous souvenez de ce qu'il a fait ? Ce type n'en a pas fini avec nous. Il est encore...

L'homme leva une main pour le faire taire. Il répondit calmement :

– Ses crimes ne resteront pas impunis. Malgré cela, il peut nous être d'une grande aide. Il semblerait qu'il ait vécu avec les exilés. Il peut nous fournir de précieuses informations. J'aimerais également savoir comment il a pu partir d'ici.

– Dites plutôt que vous voulez savoir ce qu'il est devenu, marmonna Roxas qui s'attira un regard d'avertissement de la part de Sora.

– Je peux vous assurer qu'il n'y a pas de quoi s'inquiéter outre mesure. Nous prendrons nos dispositions pour éviter tout incident fâcheux.

– Mais il est comme nous, n'est-ce pas ? Comment savoir si...

– Vanitas n'a pas subi votre entraînement et a été livré à lui-même pendant de longues années. Il n'y a pas de soucis à se faire. Il sera attrapé et maîtrisé bien avant que vous n'en ayez conscience.

– Et s'il s'est entraîné seul ? S'il est aidé par les exilés ? Nous ne savons rien de lui, mais lui en sait beaucoup trop sur nous.

– Cette histoire ne vous regarde plus, trancha Ansem. Le sujet est clos. Félicitation pour votre première mission. J'espère que les suivantes seront elles aussi couronnées de succès.

Comme si leur mission de la veille avait été « couronnée de succès ». Roxas serra les dents sans ajouter un mot. Ils n'avaient rien eu à faire, et ils n'avaient rien fait. C'était ça, ce qu'on attendait d'eux ? Si oui, l'entraînement en valait bien la peine...

Ansem se leva et les apprentis l'imitèrent sans motivation. Ils quittèrent la pièce avec un amer goût d'inachevé dans la bouche et restèrent silencieux pendant tout le trajet qui les ramenait à la maison secondaire. Là-bas, Terra les attendait, un sourire figé sur les lèvres. Il l'abandonna néanmoins à la vue de leur mine défaite.

– Ça s'est mal passé ?

Roxas haussa les épaules et se servit un verre d'eau avant de s'asseoir devant la table du salon. Les autres ne dirent pas un mot.

Enfin, après un moment de silence désagréable, Roxas serra les poings.

– J'arrive pas à croire qu'il nous ait envoyé balader, s'indigna-t-il.

– Je crois qu'il ne savait pas trop quoi dire, avança Sora. Il avait l'air aussi étonné que nous.

– Tu as cru à son discours ? Tu crois vraiment qu'il n'était pas au courant ? C'est ridicule. Il n'aurait jamais accepté une idée pareille juste sur base de racontars.

– Des racontars ? Il a bien cru Xion.

Cette dernière fronça les sourcils et répliqua :

– Je sais ce que j'ai vu. Il n'avait aucune raison de mettre ma parole en doute.

– Et puis, reprit Sora, ça n'a rien à voir. Pourquoi douterait-il de ses propres amis ?

– Mais réveillez-vous, bon sang ! s'exclama Roxas, excédé. Il nous a menti depuis le début. Il le savait. Il n'aurait pas laissé un truc pareil dans l'incertitude... Il aurait demandé à voir le corps. Il n'est pas stupide à ce point.

Non, il ne l'était pas, mais le discours de Roxas était loin de convaincre Sora.

– Nous devrions lui accorder le bénéfice du doute.

– Il nous a menti.

– Non. Quelqu'un lui a menti. Tant qu'on n'en sait pas plus...

Terra rappela sa présence et s'éclaircissant la gorge et tous deux se turent instantanément.

– Je ne pense pas qu'il soit utile d'en débattre maintenant, dit-il. Tous le monde le croyait mort. Vous êtes loin d'être les seuls à être surpris par la nouvelle.

– Mais... commença Roxas.

Il fut interrompu par Ven qui se décida enfin à ouvrir la bouche.

– C'est bon, on a assez parlé de ça. Vanitas est vivant, c'est tout ce que nous avons besoin de savoir.

Il se leva de sa chaise et se rendit dans sa chambre sans un mot de plus. Dans le salon régnait un silence de mort.

Timidement brisé par Xion.

– Il n'a pas l'air d'aller bien... s'inquiéta-t-elle.

Sora lui adressa un léger sourire.

– C'est sans doute plus dur pour lui que pour nous. Il lui faut le temps de s'en remettre, c'est tout. Il ira mieux demain.

– Peut-être...

Elle ne comprenait pas vraiment ce qui se passait, mais l'expression de Terra lui disait qu'il n'en était pas si sûr. Elle n'ajouta rien. Ils verraient bien demain, après tout.

– Je crois que je vais l'imiter et aller me reposer un peu, annonça Sora en s'étirant. À plus tard.

Sur ce, il quitta la pièce. Terra les interrogea du regard.

– Pas du tout envie de me reposer, dit Roxas. Je vais rester ici.

– D'accord, répondit-il. Je vous laisse là, Ansem m'attend.

Bientôt, il ne resta que Xion et Roxas dans le salon, l'un et l'autre perdus dans leurs pensées.

– Tu crois qu'ils vont vraiment nous laisser hors du coup ? demanda soudain Roxas, les sourcils froncés.

– Je ne sais pas, dit Xion.

Il était compliqué de savoir ce que voulait ou ne voulait pas Ansem. Il n'avait pas l'air au clair avec ses propres pensées et ne semblait pas avoir pris de véritable décision.

– Il n'a pas intérêt. C'est notre problème autant que le leur.

Elle ne savait pas trop quoi répondre. Du problème en question, elle ne savait pas grand chose. Elle se contenta de hocher la tête.

– Si quelqu'un doit retrouver Vanitas et lui filer une bonne correction, je préfère encore que ce soit moi. Nous. Il est parti sans qu'on n'ait eu l'occasion de dire quoi que ce soit. Ça me rend malade, ajouta-t-il avec une grimace.

– Quand est-ce que tu comptes te décider à me parler de lui ?

Xion avait dit ça sur un ton de reproche et il haussa les épaules.

– Ce n'est pas juste, dit-elle. Je suis l'une des vôtres. On avait dit qu'on ne se cachait rien. Tu t'en souviens ?

– Je sais, mais cette histoire-là n'a rien à voir avec...

– Elle a tout à voir, au contraire. Je veux connaître la vérité. Je veux savoir qui est ce Vanitas, ce qu'il a fait, pourquoi il est parti d'ici et pourquoi personne ne m'en a parlé avant. En me cachant ce genre de choses, tu te mets dans une position de domination que je n'aime vraiment pas. Nous sommes amis, tous les quatre. Nous devrions être égaux.

Embêté, Roxas hésita à lui répondre. Elle n'avait pas tout à fait tort, à vrai dire. Mais si Ansem ne lui en avait jamais parlé...

– Tu devrais peut-être demander à Ven, essaya-t-il.

Elle secoua la tête.

– Non. C'est à toi que je pose la question. S'il te plaît, Roxas.

Il était compliqué de refuser quelque chose à quelqu'un qui lançait un regard comme celui-là. Il retint un soupir. Si Ven l'apprenait, il le tuerait. Il n'avait jamais parlé de tout ça, même avec lui.

Il se passa une main sur le visage. Xion était des leurs, c'était vrai. Elle ne pouvait pas être maintenue dans l'ignorance. Et maintenant qu'il savait qui rôdait dehors, lui expliquer la situation était presque une question de sécurité.

Oui, c'était ça. Pour sa sécurité. On ne lui en voudrait pas. Il n'en dirait pas trop. Et si Ven venait lui en parler... eh bien, tant pis, il aviserait.

– OK, dit-il, très bien. Mais t'as pas intérêt à en parler avec Ven. Ni Sora. De toute façon, je ne sais pas grand chose.

– Dis toujours ce que tu sais. C'était qui ?

– Je suppose que tu l'as deviné toute seule, mais Vanitas vivait avec nous il y a quelques années.

– Il était comme nous, n'est-ce pas ?

– Oui. J'imagine. Il suivait la même éducation que Sora, Ven et moi. On vivait encore dans la grande maison, à l'époque. À vrai dire, je ne lui parlais pas beaucoup. Il était un peu bizarre. Enfin... j'en sais rien. Mais je ne l'aimais pas trop.

– Il était comment ?

– Comment... je ne sais pas. C'est difficile à expliquer. Il me mettait un peu mal à l'aise. Je crois qu'il se fichait de ce qu'on pouvait bien lui dire. Il se promenait parfois la nuit... il devait croire que personne ne le savait, mais je l'ai surpris plusieurs fois à sortir sans un mot.

Il s'arrêta un instant, les souvenirs affluant peu à peu dans sa tête. Il avait pris soin de les mettre à l'écart pendant tout ce temps, et voilà qu'ils revenaient à la surface sans la moindre difficulté.

– Il était le meilleur d'entre nous. On ne nous l'a jamais dit, mais tout le monde le savait. Il était intelligent, rusé. Il surpassait toujours leurs attentes. Et en plus de ça, c'était un excellent menteur. Il feignait l'obéissance et le respect, mais je suis sûr qu'il nous haïssait tous. Enfin, les chercheurs, du moins. Il mentait tellement bien qu'à l'issue des quelques évaluations psychologiques qu'il a subies, comme nous tous, on le déclarait mentalement stable. Tu parles.

« Mais le pire de tout, c'était son attitude vis-à-vis de Ven. Il le suivait partout. Je te jure, c'était effrayant. Personne n'avait l'air de le remarquer. Il ne le quittait pas d'une semelle, jamais. C'était presque obsessionnel. En dehors de lui, il ne parlait pas à grand monde. Quoi qu'il en soit, Ven était très attaché à lui. Il s'entendait bien avec tout le monde, évidemment, mais ce n'était pas la même chose. Vanitas était son meilleur ami. Il l'adorait, vraiment. Alors ce jour-là...

– Qu'est-ce qui s'est passé ?

– J'en sais trop rien. C'était jour de visite médicale, et on passait l'un après l'autre, comme maintenant. Mais Vanitas n'en est jamais redescendu. Ven est parti le rejoindre, et puis...

Il s'interrompit un instant en imaginant la scène. Son estomac se tordit légèrement.

– Comme ils ne descendaient pas, Terra est parti voir. Après ça... on nous a obligé à rester dans le petit salon, Sora et moi. Tout le monde courait dans tous les sens, c'était l'horreur. Apparemment, c'était un massacre. Vanitas a pété un câble. Il a tué tout le monde.

– Comment ça, tué ? s'étonna-t-elle. C'était un enfant, non ?

– Ouais, j'en sais rien. On ne nous a rien dit. Je suppose qu'il ne pouvait pas se contrôler. Qu'il était plus fort qu'il ne le paraissait... j'en sais rien, vraiment. C'était terrible. Je n'ai rien pu voir, mais vu la tête de Ven... je crois que je n'en suis pas mécontent.

– Il a tout vu ?

– Il était là, je crois. Il n'en a jamais reparlé, après ça. Il vaut mieux éviter le sujet avec lui.

– Et Vanitas ?

– Il s'était enfui au moment où on nous a mis au courant. Quelques jours plus tard, Ansem est venu nous annoncer sa mort.

Il resta silencieux un instant puis reprit :

– En fait, j'étais un peu soulagé. Qui sait ce qu'il aurait pu faire d'autre ? Enfin... la question se pose encore. On ne sait même pas ce qu'il est vraiment devenu. Il est peut-être encore plus fou qu'à l'époque.

– Il avait l'air plutôt calme...

– Mouais. Il savait déjà cacher son jeu quand il était gamin, alors maintenant...

– J'imagine.

Elle regarda le plafond, soucieuse.

– Tu crois qu'il peut manier la Keyblade ? demanda-t-elle soudain.

Roxas haussa les sourcils.

– Lui ? Ça m'étonnerait. C'est Eraqus qui nous l'a appris.

– Mais nous sommes les seuls à pouvoir l'utiliser, non ? Si Vanitas était l'un des vôtres, il doit en être tout aussi capable que nous.

– Il ne sait pas comment l'appeler, de toute façon.

– Oui, c'est vrai... j'espère.

Cette hypothèse donnait à Roxas des sueurs froides. Savoir que Vanitas était en vie était une chose, mais s'il pouvait effectivement utiliser la Keyblade...

Il se reprit. Il lui avait fallu des années avant de comprendre comment fonctionnait le processus, et il avait des professeurs pour le lui apprendre. Vanitas n'avait personne. Les exilés ne savaient rien de tout ça. Il n'était sans doute même pas au courant.

Pour l'instant, du moins.

– Merci, au fait.

Il se tourna vers Xion qui lui souriait.

– De quoi ?

– De m'avoir parlé de ça. Je suis sûre que Terra ou Sora auraient éludé le sujet.

– J'ai simplement pensé que tu avais raison, s'expliqua-t-il en sentant le rouge lui monter inexplicablement aux joues. On avait dit qu'on se disait tout, toi et moi. Alors...

Elle hocha la tête et se releva.

– C'est vrai., dit-elle. Bon, qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? Je commence à m'ennuyer.

– Après tout ce que je viens de te raconter ? Il y a de quoi réfléchir pour la semaine à venir.

– Et alors ? On ne va pas rester là à ressasser cette histoire, si ?

– Qu'est-ce que tu proposes ?

– Je ne sais pas. Tu veux faire un tour dehors ?

– On était dehors il y a dix minutes...

– Et alors ?

– Comme tu voudras.

Il la suivit à l'extérieur, l'esprit toujours habité par l'image de Vanitas, le petit garçon aux yeux jaunes qui ne lui avait toujours inspiré que de la méfiance. Par celle de Ven qui, pendant des semaines, était resté muet comme une tombe, et qu'il trouvait parfois assis au fond de son lit, les genoux serré contre lui, les yeux grands ouverts et agrandis sur le vide, comme s'il voyait encore ce que Roxas ne verrait jamais. Il se revit parler dans le vide, secouer son frère en espérant qu'il réagisse, sans succès.

Mais tout ça était terminé, désormais.

Il leva la tête vers la fenêtre de la chambre de Ven. Les rideaux étaient tirés.

Xion l'appela et il se dépêcha de la rejoindre en chassant ses pensées parasites. Rien ne servait de se torturer avec ça, de tout façon. Tout finirait pas s'arranger, cette fois encore.

xxxxx

– Bordel, mais t'étais passé où ?

Larxene ne reçut pour toute réponse qu'un sourire insolent. Elle serra les dents en essayant de se retenir de se jeter sur Vanitas pour l'étrangler une bonne fois pour toute.

Celui-ci se laissa tomber sur un des lits de la chambre d'hôtel et bâilla.

– J'arrive pas à croire qu'ils aient eu le culot de nous foutre dans la même chambre, maugréa Larxene. Ils sont vraiment pas gênés. Ils savent pourtant bien que je ne peux pas te piffer.

– C'est parce qu'ils le savent qu'on se retrouve dans la même chambre, remarqua Vanitas.

– Non, ils veulent me punir parce que tu as disparu on ne sait où tout à l'heure. Où t'étais ?

– Où tu crois que j'étais ?

– Ne me dis pas que t'étais resté là-bas ? Non, attends. Tu l'as dit à Xemnas ? S'il apprend ça, je vais me faire...

– Il le savait déjà, l'interrompit nonchalamment le garçon. Il s'en fout.

– Comment ça, il s'en fout ?

– Il m'a juste dit de venir ici. Il s'en fout. De toute façon, c'est pas comme si j'avais dit quelque chose d'important.

– Tu leur a parlé ?

Il sourit, les yeux dans le vague.

– À la fille, oui.

Elle se leva d'un bond et le frappa sur le front avec colère.

– Mais t'es con, ou quoi ? T'étais censé être discret !

Il se mit à rire et elle s'assit sur son propre lit en essayant de contrôler les accès de rage qui menaçaient de déborder à tout instant. Elle maudissait Xemnas. Jamais elle ne pourrait supporter ce gamin plus de quelques heures. Il n'était pas là depuis cinq minutes, et voilà qu'elle devait déjà lutter contre des envies de meurtres.

– J'en avais marre. Ils étaient là, c'était l'occasion rêvée. Je voulais savoir qui était le quatrième apprenti.

– Et ?

– Elle a l'air stupide. Comme les autres.

– Je me demande qui n'a pas l'air stupide, à tes yeux.

– Ils vont me chercher, maintenant.

– C'est exactement pour ça que t'étais pas censé montrer ta gueule, imbécile.

Il sourit à nouveau. Elle ne comprenait pas. Il voulait qu'ils le cherchent, et il avait hâte de les revoir.

Leur parler en face à face, cette fois.

Il ferma les yeux et ses pensées vagabondèrent jusqu'à la Maison. Que leur avait dit la fille ? Savaient-ils qu'il était toujours là, qu'il pensait toujours à eux ? Comprenaient-ils enfin qu'ils ne pourraient pas l'oublier aussi facilement ?

Lui, en tout cas, ne les avait pas oublié.

Il pensa au Ven qu'il avait aperçu un bref instant pendant qu'il inspectait le quartier général à la recherche de traces des exilés. Un Ven plus âgé, moins craintif qu'avant. Mais toujours faible. Il se demanda ce qu'il avait pu penser en apprenant que Vanitas avait été si proche de lui sans qu'il le sache. S'il l'avait cherché.

Sûrement pas.

Mais il finirait par le faire. Il voudrait comprendre, lui demander des explications. C'est ce que faisaient toujours les gens comme lui. Comment réagirait-il en le voyant de ses propres yeux ? Que dirait-il, s'ils se retrouvaient face à face ? Le haïrait-il ? Chercherait-il à le ramener auprès d'Ansem et des autres ? Où le prendrait-il en pitié, naïf comme il l'était ?

Le sourire de Vanitas s'agrandit. Il ne tarderait pas à le savoir.

À l'idée de leur prochaine rencontre, il fut parcouru d'un délicieux frisson.

Oh oui, il le reverrait. Et il ne lui laisserait pas lui échapper.


Woups, il se passe rien /o/ Pour l'actiooon, rendez-vous au prochain chapitre.

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