Disclaimer : Les personnages appartiennent pour leur grande majorité à Kurumada.

Résumé : Chez les Judge, Eaque passe des coups de fils, Minos accueille les Solo, et Rhadamanthe joue les mannequins. Et tout ça en quoi? même pas deux heures. Sont forts, quand même.

NdA : Bonne fêtes de fin d'année à toutes et à tous (bon, oki, suis en retard pour nawel...) ! Meilleurs voeux et moultes poutoux pour la nouvelle année.

Voici donc le nouveau chapitre. J'espère qu'il vous plaira.


Le Vésinet – Manoir Judge

Dans le hall, une coupe de champagne à la main, Eaque joue les portiers de luxe et réceptionne les invités, en compagnie de Charon et de sa discrétion absolue. Ce n'est pas un hasard si ce rôle lui a échu. Comme toujours, tout a été fait à dessein. Il était inconcevable que cet office revienne à Minos, bien qu'il soit le véritable hôte de la soirée. Non… quelles qu'en soient les raisons, l'Empereur ne saurait se résoudre à ce genre d'extrémités si peu en rapport avec son statut. Les convives se doivent d'aller vers lui, pour le saluer de leur propre chef. Mais il était tout aussi évident qu'ils ne pouvaient courir le risque de vexer leurs invités en laissant au seul majordome la responsabilité de l'accueil. Un des frères se devait d'être présent et, pas une seconde, il n'a été question d'obliger Rhadamanthe à avoir ce genre d'activité si contraire à sa nature. Donc Eaque. Qui sourit. Qui serre des mains. Qui embrasse. Qui séduit. Qui papillonne et charme. Subtilement. Il lui arrive bien d'échanger, de temps en temps, un regard équivoque avec l'un ou l'autre des arrivants… mais uniquement en réaction. A une main qui est restée un peu trop longtemps dans la sienne. A des yeux qui se sont attardés sur certains détails de sa tenue. A une étreinte accordée un peu trop hâtivement et qui n'en finit plus de durer… Sa réputation le précède. Il n'est un secret pour personne qu'il mène une vie dissolue et qu'il multiplie les aventures sans réel lendemain. Et ils ne sont pas rares ceux qui souhaiteraient le voir s'intéresser à eux. Que ce soit par intérêt purement stratégique ou plus personnel. Au cours de sa vie, Eaque a connu les deux types d'amants. Cela s'est toujours bien passé avec ceux du second groupe. Certains, Myu et Valentine pour ne pas les citer, sont même devenus des amis. Ses meilleurs amis, si on excepte ses frères et Shion. Les autres, tous les autres, il se fait une joie de les dominer, de les soumettre à sa volonté et parfois même de les écraser complètement. Mais il ne sera pas question de ce genre de jeux de pouvoir ce soir : il a promis à Minos d'être sage et jamais il ne reviendrait sur la parole donnée à son frère. Quoiqu'il puisse lui en coûter.

La porte s'ouvre, découvrant trois hommes. Saga Gemini - en smoking noir, Versace - et ses deux gardes du corps, qui portent le titre officiel de collaborateurs pour ce genre d'occasions. Mais personne n'est dupe. Eaque pourrait se sentir offusqué de constater qu'ils l'accompagnent, même ici. Mais il n'en est rien. Gemini ne sort jamais seul. C'est un fait. Une singularité qu'on évoque avec un sourire, de temps en temps. La paranoïa de ses parents n'a jamais été un secret, et il n'est pas surprenant de constater que leur fils a fini par s'habituer à cette constante compagnie, voire qu'elle lui est devenue nécessaire. En revanche, si Eaque a déjà eu l'occasion de croiser Angelo Di Morte, il ne reconnaît pas le deuxième homme. Particulièrement séduisant. Et sa tenue… un créateur indépendant probablement, même si Eaque n'en reconnaît pas le style. Délicieusement décadente, en tout cas. Certainement un homme de goût. Et probablement un amant des plus plaisants.

Il s'approche et salue le PDG de Sanctuary Corp. par une chaleureuse poignée de main. Ils ne sont pas amis… loin de là. Mais l'un et l'autre savent reconnaître la valeur d'un adversaire. Et même sans lien d'amitié, après s'être côtoyés lors de quelques réceptions officielles et avoir eu l'occasion de discuter longuement, lors d'un colloque fastidieux où ils étaient les invités d'honneur, ils ont appris à se respecter, et même à s'apprécier, prudemment. Oui, Saga apprécie Eaque. Beaucoup plus qu'il n'apprécie Minos et Rhadamanthe, en tout cas. Cela tient peut-être à l'attitude provocante du cadet : avec lui, l'ennui est rarement de la partie, et Saga prise assez d'être sorti de sa morne routine.

-Bonsoir et bienvenue à cette petite fête, Saga. Et bonsoir à vous, messieurs.

-Bonsoir Eaque. Tu connais déjà Angelo, je crois… Laisse-moi te présenter Mikael Afronsson, qui est venu l'épauler.

-Un seul ne te suffit plus ?, s'amuse le brun, provoquant un sourire indulgent chez son interlocuteur. Enchanté, Mikael, c'est un plaisir... Angelo.

En deux hochements de tête, il salue les gardes du corps. Saga lui confie son manteau, qu'Eaque s'empresse de donner à Charon.

-Si cela peut vous rassurer, votre timing est parfait… Je m'apprêtais justement à…

-Saga !

Le smoking blanc de Julian Solo est apparu dans le hall et le jeune homme vient embrasser l'arrivant, dans une affectueuse accolade qui lui est rendue amicalement, forçant Eaque à reculer d'un pas.

-Je savais bien que j'avais reconnu ta voix ! Tu sais que j'ai craint un instant que tu ne puisses venir ?

-Je n'aurais manqué cette soirée pour rien au monde… Comment vas-tu ?

-Bien. Et toi ? Cela fait si longtemps…

-Trop, hélas. Bien trop. Depuis les fiançailles de Téthis et Minos, il me semble, non ? Mais je vais bien.

-J'ai l'impression que c'était il y a cent ans ! Eaque… ? Ne te dérange pas, je me charge de les accompagner.

Si le brun pouvait tuer d'un seul regard, il le ferait sans hésiter. L'intervention de Julian lui a fait l'effet d'une gifle. De quel droit se permet-il d'avoir ce comportement ? De lui parler sur ce ton ? Aurait-il oublié où ils sont ?! Aurait-il oublié qu'il n'est qu'un invité ?! Eaque serre les dents. Pas de scandale. Minos… Toi et tes Solo… Il détourne les yeux, en souriant et en posant une main sur le bras de Saga.

-Quelle chance, pour toi, d'avoir ton chasseur attitré. Je vous laisse à ses soins, si vous n'y voyez pas d'objection. Nous aurons bien l'occasion de nous voir plus tard… Julian, je te les confie.


La salle de réception, située dans l'aile ouest du manoir, est immense et somptueuse. Il ne pouvait en être autrement. Les poutres sombres du plafond à la française, de la même couleur que le parquet, ressortent sur le fauve des murs et des entretoises. Plusieurs tableaux impressionnistes décorent la pièce, avec le concours de quelques plantes et de tentures jade et lapis-lazuli, qui pendent aux larges fenêtres. Une multitude de petites tables ont été posées, ça et là, pour accueillir les quelques mets prévus pour ce cocktail dinatoire. Des serveurs en livrée crème glissent d'invité en invité proposant à chacun une coupe de champagne, ou de leur apporter, le cas échéant, une autre boisson. De petits groupes se forment et se dissolvent au gré des déplacements de chacun, dans un esprit de décontraction totalement saugrenu. Même Saga doit reconnaître qu'il se sent relativement détendu. Peut-être est-ce dû à la musique de Gershwin que l'on entend poindre derrière le bruit des conversations.

Obéissant à un ordre muet de leur patron, Angelo et Mikael le laissent seul avec Julian.

-Tu as laissé ton ombre chez toi ?, demande l'héritier Solo en guidant son ami vers Minos et Thétis.

-Gabriel avait d'autres impératifs, malheureusement.

-J'ai appris que tu en avais fait, officiellement, ton adjoint. Tu le féliciteras de ma part. C'est une magnifique ascension lorsque l'on sait d'où il vient.

L'origine sociale de Gabriel… C'est presqu'extraordinaire que Julian se soit gardé jusque là de l'évoquer. Cinq minutes. Il doit s'agir d'un record.

-Cela te dérange à ce point qu'un boursier soit devenu, sous ton nez, major de la promo ? C'était il y a cinq ans. Grandis un peu…

-Oh mais je suis grand, rassure-toi. Et je reconnais sa valeur. Mais je sais aussi que si tes parents n'avaient pas payé ses frais de scolarité… Que ce soit à HEC ou à Ginette d'ailleurs…

Saga tique et agrippe le bras de son ancien camarade.

-Comment est-ce que tu as appris ça ?

L'aide financière que sa famille a apporté à son meilleur ami a toujours été un secret bien gardé. Du moins le croyait-il. Julian se dégage avec un sourire.

-Quand je veux quelque chose, je finis toujours par parvenir à mes fins, Saga. Tu le sais, non ? Et tu connais mon goût pour les informations de toutes sortes. J'ai toujours trouvé suspecte sa loyauté à ton égard. Alors je me suis renseigné. Ce que j'ai découvert explique bien des choses.

-Cela n'explique rien… Gabriel ne doit rien à ma famille. Gabriel ne me doit rien. Et je te saurai gré de garder ces informations pour toi.

-Mais évidemment, voyons ! Nous sommes amis, Saga. Ah ! Minos ! Regarde qui vient d'arriver !

Les yeux d'or de l'aîné des Judge se tournent vers son futur beau-frère et se détournent, pour venir accrocher ceux de Saga. La tension, entre les deux hommes, est palpable. Ils sont rivaux. Adversaires. Presque ennemis. Ils se craignent mutuellement, reconnaissant sans peine que l'autre est le plus sérieux de leur concurrent. Minos conserve l'avantage… pour le moment. Car s'il est bien une raison qui pousse Minos à respecter Saga, c'est qu'il le sait capable de s'attaquer à lui. Sanctuary Corp. n'a jamais eu peur d'affronter Judge Inc. et de se risquer à empiéter sur son territoire, ce qui est suffisamment rare pour être pris au sérieux. Saga tend la main vers Minos, qui l'accepte après un instant. Une ou deux secondes, guère plus, durant lesquelles Gemini n'a pas tressailli, défiant l'homme en face de lui de refuser de le saluer.

-Bienvenue au Manoir, Saga. J'espère que cette soirée sera à ton goût.

-Je n'en doute pas un instant. Vous avez, une fois de plus, atteint l'excellence. En tout point. Thétis… tu es splendide, la complimente-il en lui donnant une accolade.

-Merci, minaude la jeune femme. Mais tu es magnifique, toi aussi. Comment vas-tu ?

-Merveilleusement. Comment pourrait-il en être autrement en si noble compagnie ?

Sourires. Hypocrites évidemment.


La soirée et les discussions battent leur plein. L'écrasante majorité des invités est à présent arrivée, ce qui a permis à Eaque de pouvoir, enfin, quitter le hall. Les retardataires devront se contenter de Charon. Quant aux absents, ils règleront leur cas plus tard. Dans la salle, le brun papillonne, un sourire rivé sur ses lèvres. Il s'autorise, parfois, un petit jeu de séduction avec l'un des serveurs ou un invité…, charmeur et aguicheur, comme toujours, tout en conversant le plus sérieusement du monde avec quelques investisseurs. Le développement asiatique de l'Empire semble les passionner au plus haut point. Alors Eaque parle de stratégie marketing et business plan, cochant, en esprit, les cases de son bullshit bingo personnel. C'est amusant comme ce jargon commercial, qui ne veut pas dire grand-chose, fait forte impression… Le brun est intimement persuadé que, s'il leur présentait les choses avec des mots simples, des exemples concrets, et non des formules alambiquées truffées d'anglicismes, ces quatre interlocuteurs le trouveraient nettement moins passionnant. A tort, puisqu'effectivement son plan d'action en Chine démontre une subtilité rare… Enfin… Il reprend une coupe de champagne sur le plateau que vient leur présenter un serveur particulièrement séduisant, qui préfère ne pas soutenir le regard sulfureux du brun, et repart en rougissant légèrement. Un peu jeune peut-être… Eaque le suit du regard, quelques instants.

-Si vous voulez bien m'excuser…, fait-il en s'inclinant, avant de laisser les hommes bavarder entre eux.

Le serveur a disparu par une porte. Mais Eaque ne lui accorde plus la moindre attention. Il file en direction de Minos, que Thétis a libéré quelques instants. Eaque prend le bras de son frère et l'attire un peu à l'écart.

-Julian est toujours en grande conversation avec Gemini, glisse-t-il à l'oreille de son aîné. Cela dure depuis le début de la soirée, maintenant…

-Et alors ? Je te l'ai dit qu'ils se connaissent, non ?, rétorque celui-ci tout bas, en se dégageant doucement.

-Et ça ne t'inquiète pas ?

-Tu me fatigues, avec ta paranoïa. Tu n'es pas objectif…

-Il ne s'agit pas de cela ! Je ne suis pas paranoïaque ! Et mes sentiments n'ont rien à voir là-dedans !, s'indigne le brun dans un murmure.

-Mais bien sûr… Tu ferais mieux d'aller chercher Rhadamanthe. Plusieurs invités m'ont déjà demandé de ses nouvelles.

En effet, le benjamin est pratiquement invisible depuis le début de la réception.

-Tu sais qu'il n'aime pas ces soirées…

-Je m'en moque !, gronde Minos à mi-voix. Il m'a promis de faire un effort !

Eaque se mord les lèvres et soupire. Inutile de chercher à parlementer.

-Je m'en occupe…, fait-il, résigné.

-Merci.

Alors que le cadet s'éloigne, Minos lui attrape brusquement la main. Eaque se retourne. Ils échangent un regard. Violet et Or.

-Pour Julian… Si tu le souhaites, je peux…, commence l'aîné.

-Non… C'est toi qui as raison. Je dois me faire des idées… Tu ferais mieux de retourner t'occuper de Thétis et de tes invités. Je me charge de Rhada.

Minos le libère et Eaque disparaît dans les couloirs.


Inutile de se demander où est le benjamin. Comme à chaque fois que le Manoir est envahi par de trop nombreux invités, Rhadamanthe s'est réfugié dans le jardin d'hiver avec un verre de scotch. Il est appuyé contre un mur, face à la baie vitrée, à moitié caché par les orangers et les palmiers d'intérieur. Le cœur d'Eaque se serre en le voyant ainsi, le regard perdu dans la nuit du parc. Il aimerait pouvoir le laisser tranquille ou qu'ils passent simplement un peu de temps ensemble, loin de toute agitation. Cela ferait du bien à Rhadamanthe… Mais ce ne sera pas pour ce soir.

-Charmante soirée, n'est-ce pas… ?

Le blond baisse ses paupières un instant et boit une gorgée de Laphroaig.

-Si tu le dis. Pourquoi es-tu là ?, demande-t-il en se retournant vers son frère.

-Minos voudrait que tu te montres un peu plus. Certains convives ont demandé après toi.

-Evidemment.

-Evidemment ?, répète Eaque, étonné.

-Minos a trouvé judicieux d'inviter des personnes avec qui je vais bientôt être en discussion.

-Et ils espèrent t'influencer en se rapprochant de toi ? Ils te connaissent ?, réplique le brun, amusé.

-Apparemment pas, fait le benjamin en avalant une autre lampée de scotch. Et toi ? Ça va ?

-Je te l'ai dit, c'est une charmante soirée, rétorque le cadet des Judge, avec un petit sourire.

Son frère pose sur lui un regard insistant.

-Comment vas-tu ?, redemande-t-il, très sérieusement.

-J'évite de me poser la question.

Eaque jette un coup d'œil par-dessus son épaule. Constatant avec soulagement que les premiers convives sont loin, il baisse la tête et soupire.

-Minos leur a proposé de rester la semaine entière…, chuchote-t-il, entre colère et regret.

Rhadamanthe ferme les yeux et se laisse aller contre le mur, derrière lui.

-Qu'ont-ils répondu ?

-Ils ont un dîner de prévu mercredi, à Deauville, qu'ils ne peuvent annuler. Donc ils ne resteront que les quatre jours prévus au départ…

Le brun vient s'installer au côté de son petit frère, et laisse son regard se perdre dans sa coupe de champagne.

-Quatre jours à devoir supporter les réflexions de Thétis avec en prime la tête de Julian, tous les matins, au petit-déjeuner, et chaque soir, au dîner… ô joie !, fait Eaque en levant son verre. Une merveilleuse façon de commencer l'année !

-Tu vas réussir à gérer ?

Le cadet des Judge a un petit rire fatigué.

-Ai-je le choix ? Je n'aurais jamais dû revenir…, ajoute-t-il, amer, après un moment.

-Ne dis pas ça…

-J'aurais dû retourner à New York, et m'occuper de l'Empire de là-bas… M'installer ici après l'enterrement a été une erreur… Même si ça me fait plaisir de retrouver ces vieilles pierres, et ma chambre, et… tout… je n'aurais pas dû espérer que leur mort changerait quoique ce soit. Elle n'a rien changé, au final. Rien du tout.

-Eaque…

-Je sais, je sais… Ce n'est rien… Je ne le pense pas vraiment en plus. C'est juste que… Je viens de me prendre la tête avec Minos, murmure-t-il, comme si cela expliquait tout.

-A quel propos ?

-Julian, comme d'habitude. Il discute un peu trop avec Gemini à mon goût. Je ne peux pas m'empêcher de penser que cela cache quelque chose… de plus important que les simples retrouvailles entre anciens camarades de promo. Malheureusement pour moi, Minos ne partage pas ma méfiance…

Rhadamanthe prend la main de son frère dans la sienne. Leurs doigts s'enlacent.

-Je hais tes parents, Rhada, finit par confesser le brun dans un souffle.

-Je sais. Je suis désolé.

-Ne le sois pas. Tu n'y étais pour rien. Pour rien du tout. Ce n'est pas ta faute. Et puis… je suis juste un peu fatigué. Et frustré. Tu ne veux pas que je drague quelqu'un pour toi, histoire de m'occuper ?

Le brun regarde, avec un sourire malicieux, son petit frère dont le visage, où semblaient percer de sincères regrets quelques secondes auparavant, s'est complètement refermé.

-Sans façon.

-Il n'y en a pas un qui avec qui tu aurais envie de… passer un moment ?

-Non.

-Tu es sûr… ? Il y en a quelques uns qui sont vraiment appétissants. Et quelques unes aussi, si tu veux changer de bord.

-J'ai dit non !, rétorque le blond en lâchant brutalement la main de son frère.

Eaque le regarde, accablé, et pose une main sur son épaule.

-Pardon, je ne voulais pas... Je suis vraiment sur les nerfs…Ce n'est pas une excuse, je sais… mais… Allez viens. On va aller se saouler un peu, en entendant minuit. Ça nous fera du bien à tous les deux, et ça fera plaisir à Minos.

-De nous voir boire ? Tu es sûr ?, relève Rhadamanthe hautement dubitatif.

-Toi, il veut te voir, et moi, il veut que je me tienne à l'écart de tous ces jeunes et beaux mâles… nous ne ferons que nous soumettre à ses exigences. Comme toujours. Et dans la joie et la bonne humeur, en prime.


-Saga ? Tout va bien ?

La voix de Julian est inquiète : Saga est devenu livide. Il cligne des yeux et s'appuie sur le bras que l'héritier des Solo vient de lui offrir.

-Oui… Je n'ai pas beaucoup mangé aujourd'hui et j'ai dû abuser de ce délicieux champagne, fait-il dans un souffle en posant sa coupe sur un guéridon. Je vais aller me rafraîchir un peu… Si tu veux bien m'excuser…

-Bien sûr. Si tu as besoin de quoique ce soit, dis à un de tes hommes de venir me trouver. S'il le faut, je me chargerai de convaincre Minos de te laisser accéder aux étages, pour que tu puisses trouver un peu de calme.

Saga se crispe. La demande a beau sembler partir d'une sincère sollicitude, elle sonne étrangement à ses oreilles. Reconnaître une faiblesse devant Minos Judge ne serait déjà par pour lui plaire, mais imaginer un instant qu'il doive se reposer sur Julian pour demander une faveur… Ce serait une double position d'infériorité, et ce serait tout bonnement inacceptable. Et, cela, Julian n'est pas sans le savoir. C'est étrange… Saga lui sourit, alors que Mikael s'est porté à ses côtés.

-Je te remercie, mais ce ne sera pas la peine. Je vais aller me passer un peu d'eau sur le visage, et cela ira. A plus tard, Julian.

-A plus tard, Saga.

Il s'éloigne au bras de Mikael, tandis qu'Angelo est déjà parti en direction de la salle d'eau la plus proche. En quelques phrases bien senties, il la vide de ses occupants. Mikael et Saga y entrent à leur tour, tandis que le premier garde du corps va s'installer contre la porte. Saga prend appui sur le lavabo de marbre vert.

-Tu ferais mieux de t'asseoir, lui conseille Mikael.

Saga secoue la tête et ferme les yeux. Quinze secondes plus tard, il se met à vomir. L'infirmier se place derrière lui. Il le prend dans ses bras et lui retient les cheveux, tandis que son patron se vide de tout ce qu'il a avalé depuis leur arrivée au manoir.

-Saga…

-C'est rien… C'est rien… ça va passer. Je n'aurais jamais dû manger ces toasts… Je n'ai rien pu avaler aujourd'hui.

Derrière lui, Mikael tique.

-Attends… tu veux dire que tu étais conscient que tu risquais…

-D'où l'injection que je t'ai demandée, avant qu'on ne vienne.

-Non, gronde l'homme aux cheveux clairs en le faisant se redresser. Tu m'as dit que c'était à titre préventif… Je ne t'aurais jamais permis de venir si j'avais su que…

-C'est bien pour cela que je ne t'ai rien dit, avoue son patron, en se retournant. Il fallait que je vienne. Je ne voyais pas l'intérêt de débattre avec toi à ce sujet, alors que ma décision était prise.

-Au point de provoquer une crise…, gronde Mikael.

-C'est pour cela que je t'emploie, tu ne vas pas te plaindre tout de même ?, murmure Saga en s'appuyant sur lui.

-A choisir, je préfèrerais te savoir en bonne santé.

Il ne ment pas. Entre la santé de son ami et son poste, il n'hésiterait pas une seconde. Il le fait asseoir et lui ôte sa veste. Il lui remonte une manche et sort un étui de sa poche intérieure. Il déchire un emballage de papier et nettoie rapidement le pli du coude de Saga. Il s'empare d'une seringue et la plante, d'un geste précis, dans une veine trop apparente. Il injecte le produit, retire la seringue, nettoie la plaie et y pose un pansement. Il range son matériel dans l'étui et l'étui dans sa veste. Il sort un mouchoir propre d'une autre de ses poches et éponge le front de Saga. Saga qui se met à trembler violemment. La porte fait mine de vouloir s'ouvrir. Angelo renvoie les importuns d'un simple regard, à travers la très faible ouverture qu'il a laissé se faire.

-Interdiction de manger quoique ce soit que je ne t'ai moi-même donné. Et pas d'alcool, évidemment.

-Il faudra que je trinque pour la nouvelle année, murmure Saga en levant les yeux au plafond et en tentant de maîtriser ses mains.

-Tu m'énerves.

-Je sais. Désolé.

Mikael soupire. Il comprend parfaitement les raisons de son patron, même s'il ne peut les approuver. La seule chose qui le rassure un peu est qu'il est probable que Saga accepte de lever le pied dans les prochains jours. Pratique, comme sentiment, la culpabilité… chez les autres.

-J'imagine que tu ne voudras pas partir juste après les douze coups de minuit, Cendrillon ?, demande Angelo toujours adossé à la porte.

-Cendrillon est partie après avoir trouvé son prince charmant… Je n'ai pas trouvé le mien.

-Ne me dis pas que tu es en chasse, je ne te croirais pas…, rétorque le garde du corps. Tu te tapes Gabriel parce que justement tu ne veux pas d'un prince dans ta vie, ni de personne d'autre d'ailleurs.

-Merci de présenter la chose avec autant de classe…

-Quoi ? Tu ne te tapes pas Gabriel, peut-être ?

-Angie… Laisse-le tranquille, ordonne Mikael. Il n'a pas besoin que tu lui fasses des reproches. Surtout dans son état.

-Et voilà… ça va encore être de ma faute. Alors que c'est lui qui se bousille la santé, et qui fait tout pour foirer sa vie sentimentale.

-On peut savoir en quoi ma santé ou ma vie sentimentale te concerne ?, gronde Saga en se relevant.

Angelo serre les dents. Il n'aime pas ses instants où son patron essaye de retrouver son statut d'employeur et de remettre un peu de distance entre lui et ses hommes. Ces vaines tentatives ne bernent personne. Elles ne sont là que pour tenter d'évacuer le malaise qu'il ressent. Elles ne sont qu'un paravent pathétique. Il plante son regard perçant dans les yeux fatigués du malade.

-T'es pas heureux, Saga.

-Et alors ? C'est mon problème.

-On est tes amis et en plus, tu nous payes pour veiller sur toi… c'est notre problème à nous aussi.

-Angie…, intervient Mikael.

Il sait qu'Angelo, tout comme lui, aimerait pouvoir faire plus pour soulager leur ami… mais ils sont limités : ils ne peuvent en aucune façon le décharger de ses responsabilités, ni l'obliger à reconsidérer les choix qu'il a faits. C'est une source de frustration.

-Et puis, continue l'ancien policier, je suis sûr que si tu étais heureux, tu irais mieux. Ça compte le moral dans la maladie.

-Et comment tu sais ça, toi ? Tu es devenu médecin sans m'avertir ?, demande Saga, toujours légèrement agressif.

-Il lit des bouquins…, répond Mikael dans un sourire. Pour ne pas avoir l'air trop idiot devant un charmant docteur de notre connaissance.

-Lequel ? Ils sont tous affreux et vieux ceux que je vois…

-Pas un des tiens. Un des internes en chirurgie. Angelo le drague depuis un bon mois.

-Je ne le drague pas…, rétorque le garde du corps.

-Tu espères faire croire ça à qui ?, minaude son collègue.

-Je ne le drague pas, un point c'est tout. C'est juste que c'est quelqu'un d'intéressant et qui fait un travail passionnant, et…

-Et qui a des yeux à tomber et un physique de rêve…

Angelo le fixe avec un air presque menaçant.

-Je t'interdis de lui tourner autour, Mika.

-Et pourquoi donc, s'il ne t'intéresse pas ?

-Je ne veux pas que tu le mêles à tes histoires avec Shura. Il mérite mieux.

-Quelles histoires avec Shura ? Il ne se passe RIEN entre Shura et moi, et c'est bien le problème, justement… Il m'a encore fait le coup y a deux jours… je me débrouille pour le coincer dans ma chambre. J'étais en caleçon, je sortais de la douche… et il faut qu'il se la joue « non, monsieur Mikael, rien n'est possible entre nous, je ne suis qu'un simple employé… ».

Il a pris une pose dramatique, tendant un bras devant lui, le dos de son autre main posé sur son front. Sa voix a pris des accents de tragédien. Il a l'air atterré.

-Tu n'as pas essayé de lui faire remarquer que tu es également un employé ?, demande Saga, radouci par le babillage futile de ses amis.

-Apparemment, le fait t'appeler Saga et non Monsieur fait une différence folle.

-Appelle-moi Monsieur, s'il n'y a que ça. Je crois que je pourrais m'y faire, rétorque celui-ci, toujours serviable. Mais tu es certain que ce n'est pas une excuse ? Il n'est peut-être pas intéressé.

-Permets-moi d'en douter…

-Tu es toujours un peu trop sûr de toi, fait Angelo à l'adresse de son collègue. Tu n'es pas irrésistible.

-Certes non. Mais certaines réactions physiques m'ont indiqué, sans la moindre ambigüité, que je lui plais. Beaucoup. Et ça m'énerve encore plus ! Il en a envie, j'en ai envie… mais non ! Monsieur a des scrupules…

-En tout cas, je ne suis pas pressé de te voir conclure, poursuit le garde du corps en aidant Saga à enfiler sa veste. Si c'est pour vous entendre baiser tous les soirs dans la chambre d'à côté, non merci…

-Je sais être discret !

Angelo et le malade échangent un long regard.

-Mika…, finit par oser Saga. Je suis au regret de t'apprendre que, non, tu ne sais pas justement.


Dans la salle de réception, retentit le tintement distinctif d'un couteau sur une coupe de champagne. La voix d'Eaque s'élève dans le calme ainsi invoqué.

-Si vous voulez bien nous accorder quelques minutes de votre attention…

Il sourit et s'incline en une légère révérence, cédant la parole à Minos. L'aîné s'avance au centre de la pièce, Rhadamanthe et Eaque trouvant naturellement leur place à ses côtés, respectivement à droite et à gauche, légèrement en retrait. C'est étrange. L'héritier des Judge est sensiblement plus petit que ses frères, et nettement plus fin, mais sa prééminence ne fait aucun doute. Il n'arbore ni l'indifférence de Rhadamanthe, ni la désinvolture d'Eaque. Il semble bien au-delà de ce type d'attitude. Il est l'expression même de la noblesse, avec tout ce qu'elle peut comporter, en bien ou en mal. Charisme, prestance, élégance… mais aussi égotisme, dédain, orgueil. A l'étrange magnétisme de ses yeux dorés, qui vous font parfois l'insigne honneur de se poser sur vous et de partager un peu de la grâce divine qui leur a été accordée, se mêle cette impression qu'il vous considère comme inférieur… Mais qu'il ne vous tient pas rigueur. Comme si ce n'était pas tout à fait de votre faute, si vous ne pouviez vous élever jusqu'à lui.

-Mes amis…, commence-t-il d'une voix puissante et claire.

Il ne semble pas faire le moindre effort pour donner ce volume à son timbre, lui qui a pourtant pour habitude de n'élever la voix qu'en de rares occasions. Il a tout de ces tribuns, de ces magistrats qui, en quelques syllabes, captaient ou captent encore totalement l'attention d'une assistance qui se change immédiatement en public. Leur public.

-Cette année aura été des plus étranges. Et il serait, ma foi, inconcevable, pour ne pas dire inconvenant, de ne pas l'évoquer alors que nous nous apprêtons à célébrer son terme et l'avènement de celle qui recèle en son sein la promesse d'une ère nouvelle. Une nouvelle ère, oui. Car, durant les douze mois écoulés, nous avons connu la fin d'un règne. Nous avons tous, en cet instant, une pensée pour cet homme et cette femme disparus au large des côtes anglaises, un soir de Septembre. Cet homme et cette femme, qui ont consolidé cette entreprise que nous appelons Empire. Cet homme et cette femme, qui ont fait de moi ce que je suis. Cet homme et cette femme, que j'appelais Père et Mère. Cet homme et cette femme, que, pardonnez ma franchise, je ne regrette pas.

Les invités, qui avaient pris des mines de circonstances à l'évocation de ces tristes événements, se retrouvent pétrifiés de stupeur. Minos les regarde tour à tour, comme pour leur laisser le temps de comprendre qu'il est parfaitement sérieux en cet instant. Qu'au cas où ils auraient encore un doute, ils puissent s'assurer qu'il pèse le juste poids des mots qu'il emploie. Rhadamanthe n'a même pas frémi aux paroles de son frère. Eaque, quant à lui, n'a pu retenir un très léger sourire. En cet instant, Minos est un dieu. Un dieu vivant. Plus personne n'existe que lui. L'absolue maîtrise de son aîné le fascine toujours autant. Un jour, peut-être, arrivera-t-il à atteindre ce degré de perfection.

-Non, je ne les regrette pas. Aussi cruelle que puisse sembler cette déclaration, elle ne rend compte que de la plus stricte vérité. Je ne les regrette pas non, car je préfère les honorer en perpétuant ce qu'ils m'ont transmis. Leur héritage est aussi et avant tout de savoir construire, toujours, de savoir se tourner vers l'avenir sans renoncer à nos valeurs. Famille. Honneur. Excellence. La Famille, en premier lieu. Si vous le permettez, je commencerai par un bonheur personnel et ineffable : celui de mes fiançailles. Tu as illuminé mon année en acceptant de m'épouser, Thétis, et tu illumineras ma vie lorsque nous serons unis. De cela, je suis certain. Il n'est de plus beau cadeau qui pouvait m'être fait, que celui de ton affection.

Il lève son verre en direction de la jeune femme, qui lui accorde un sourire. Faussement gêné. Dans ses pupilles perce l'éclat de sa satisfaction.

-La Famille, encore… avec le retour d'Eaque parmi nous, après de longues années passées à apprendre aux quatre coins de la Terre… Je sais que nombreux parmi vous lui reprochent ce que nous appellerons son excentricité, que d'autres évoquent les tensions qui existaient, et que je ne chercherai pas à cacher, entre lui et nos parents. Mais fi de tout cela ! En quatre mois, Eaque a démontré en maintes occasions toute l'étendue de ses capacités, brillantes s'il en est. Et je sais, au plus profond de mon âme, que mes parents auraient approuvé le choix qui a été le mien de le nommer à la direction de notre entreprise. Car là est sa place ! De par son nom ! De par son mérite !

Minos, qui s'était légèrement emporté, probablement dans un effet de style, retrouve son calme tandis que le silence règne toujours en maître dans la salle. Il se retourne vers son cadet et lui accorde un regard d'une intensité peu commune.

-Eaque… Te voilà, à nouveau, enfin !, parmi les tiens… Bienvenue chez toi, mon frère.

Le brun sourit, et lève son verre et s'inclinant légèrement. Minos reprend.

-Et que serait la Famille sans toi, Rhadamanthe, fait-il doucement en s'approchant du benjamin. Toi qui me rends plus fier que je n'aurais jamais espéré l'être. Je sais que tu détestes cela, mais quoi… ! Aujourd'hui, tu feras une exception et ne m'en tiendras pas trop rigueur, n'est-ce-pas ? Laisse-moi te témoigner mon affection…

Alors l'aîné des Judge prend le blond dans ses bras, surprenant par là-même une grande partie de l'assistance.

-Je t'aime, petit frère.

Dans les bras de Minos, Rhadamanthe a tressailli, à cette déclaration et à ce contact. Il ferme les yeux un instant, le temps de reprendre la maîtrise de ses réactions, puis il rend l'accolade à son aîné, mais ne répond rien. Minos s'écarte.

-La Famille disais-je… et maintenant l'Honneur ! L'Honneur ! Une notion que nous défendons tous ici, chacun à notre manière, conscients de ce qu'impliquent nos positions. De ce qu'elles confèrent de responsabilité. La responsabilité de nous montrer digne d'un héritage, mais celle, ô combien plus grande !, qui nous engage envers le présent et l'avenir ! Envers nos contemporains. Envers nous-mêmes. Envers vous, mes amis, avec qui nous construirons un avenir digne de ce nom. Je ne vous parle pas d'union sacrée. Je ne vous parle de fusion ou d'acquisition… Je vous parle d'ambition. Je vous parle de fins, du véritable but de nos existences. Je vous parle de ce qui nous rassemble. Je vous parle de cette volonté qui nous est à tous commune d'atteindre l'Excellence. Sur cette route, ardue s'il en est, je sais, nous savons que nous pouvons compter sur votre concours. Par l'intermédiaire d'une association amicale. Par le truchement d'une saine et loyale rivalité. Je vous remercie pour cette énergie que vous nous communiquez, sans cesse. Je vous remercie et je vous rassure : dans la nouvelle ère dont je parlais il y a quelques minutes, il faudra compter et avec vous, et avec nous ! Excellente année à vous, compagnons ! Excellente année !

Minos a levé son verre, tandis que les douze coups de minuit résonnent. Aussitôt, les convives lèvent leur verre et reprennent son cri. Saga sourit, au bras de Mikael. L'héritier Judge est un orateur impressionnant, il faut lui reconnaître ce talent. Lui-même s'est senti transporté par ce discours, Minos lui ayant transmis un peu du sentiment de faire partie de cette compagnie… Une détonation en provenance du jardin.

-Ah ! Enfin !, s'extasie Eaque. Si vous voulez bien passer sur la terrasse quelques instants, quelques petites animations pyrotechniques vous attendent dans le parc. Rien de trop long, rassurez-vous, vous n'aurez pas à craindre le froid. Et je me porte personnellement volontaire pour réchauffer toute personne en ressentant le besoin impératif… Mon altruisme me perdra…

Minos et Thétis lui jettent un regard réprobateur, tandis que l'assistance, mi-amusée, mi-choquée se dirige vers l'extérieur. Dans le parc quelques feux d'artifice ont été allumés. Tandis que dans le ciel, crépitent des étoiles multicolores, les convives échangent leurs vœux et Rhadamanthe vient se coller à Eaque.

-Je suppose que c'était ton idée…

-De quoi parles-tu ?, demande le cadet d'un air faussement innocent.

-Pas de ça avec moi, s'il-te-plait…

Eaque regarde son petit frère qui a vraiment l'air contrarié.

-Je lui ai effectivement soufflé un mot, reconnait le brun. Mais le choix de la forme est de son seul fait. Et ne fais pas cette tête. Il t'aime. Tu ne vas pas t'en plaindre, tout de même…

-Bien sûr que non… mais…

-Réjouis-toi, Rhada… pour une fois !

-Je n'aime pas être un animal de foire… !

-Ce n'est pas ce que tu es ! Ni pour lui ! Ni pour moi ! Tu l'as entendu… Il est fier de toi.

Un léger sourire, timide, apparaît sur les lèvres du benjamin.

-Voilà qui est mieux…, fait tendrement Eaque. Et si tu veux faire quelque chose pour lui montrer que tu l'aimes toi aussi… va donc parler avec les invités et leur transmettre tes vœux. Minos sera heureux, tu le sais, de te voir servir l'Empire.