Rappel : J'ai écrit la grande majorité de cette histoire avant la sortie de Captain America : Civil War, ce qui explique en partie la grande liberté que j'ai pris avec le canon.

Sur ce, bonne lecture !

Chapitre 3 : Bucky Barnes :

12 avril 2014 – Washington D.C., dans la rue :

Il avait mal à la tête. Depuis des jours qu'il errait dans Washington DC, les migraines ne l'avaient pas quitté. Il avait des flash, comme des souvenirs, mais beaucoup trop flous et rapides pour s'y raccrocher. Chaque flash s'accompagnait d'un élancement insupportable dans les tempes, qui le faisait siffler de douleur. Et il en fallait pour provoquer une réaction à la douleur chez lui.

Il essayait de ne pas ressasser les seuls vrais souvenirs qu'il avait. Sa dernière mission. Un échec cuisant. Il ne se souvenait pas de ses objectifs passés, mais il savait qu'il n'avait jamais raté une cible de cette manière. Mais ce n'était pas la raison qui le poussait à vouloir oublier ce souvenir. Le visage de cet homme lui brûlait la rétine, aggravant la douleur de sa tête. Tout son corps hurlait 'tu le connais' et son esprit se rebellait contre cette idée.

Il passa une main fatiguée et tremblante sur ses yeux douloureux. Il n'avait pas dormi depuis des jours. Depuis la chute de l'Héliporteur dans la rivière. Il errait depuis, s'attendant à tout moment d'être arrêté. L'attente était insupportable. Il jetait continuellement des regards par dessus son épaule. Il avait réussi à voler des vêtements plus discret que son armure de combat, abîmée, déchirée. Il cachait son visage avec une casquette et une capuche, et plus avec une paire de lunettes à vision nocturne et un masque. Mais cela ne le tranquillisait pas. Il savait que l'homme blond, sa cible, le cherchait. Il était tellement tendu, aux aguets, il avait tellement mal à la tête qu'il venait presque à regretter la lobotomie électrique. Presque. Le seul point positif de la situation était qu'il ne voyait plus d'intérêt à rejoindre ses maîtres et les scientifiques qui le remettraient dans le caisson.

L'idée prenait doucement forme dans son esprit torturé. Il était libre.

La pensée lui envoya un coup de poing dans l'estomac. Il était libre. Recherché, haï, en souffrance, en cavale, mais libre. Libre.

Il répéta le mot pendant de longues secondes, savourant chaque syllabe, dégustant les sons, se délectant de la sensation. Libre. Libre. Libre.

Finalement, il était peut-être l'homme dont il avait vu la photo dans ce musée. Cet homme dont on clamait qu'il était un héros, mort pour sa patrie. S'il y avait bien une chose dont il était sûr, c'était qu'il n'était pas un héros. Il faisait ce qu'on lui ordonnait, pas ce qui était juste.

Plus maintenant, se rappela-t-il. Plus jamais. Il ne prendrait plus d'ordre de quiconque. Il n'aurait plus à obéir. Il pouvait vivre. Libre. Libre. Libre.

Un pic de douleur lui traversa le crâne. Le souvenir d'une chute qui s'évanouit aussi vite qu'il était venu. C'était devenu habituel. Des souvenirs, des sensations, des impressions allaient et venaient dans son esprit. Sa mémoire était véritablement foutue. Il ne se souvenait pas en détail de ce qu'il avait fait ces derniers jours. La seule image nette était sa visite à l'exposition. Il ne savait même pas comment il était arrivé là-bas. Il revoyait l'homme blond sur des posters géants, et un visage qui ressemblait au sien. Mais pas vraiment. Le visage de la photo était tellement différent. La légende disait 'James Buchanan 'Bucky' Barnes, meilleur ami de Captain America'. Captain America ? C'était l'homme blond ? Il n'en était pas sûr. Il n'en avait pas l'impression, comme si les mots cachaient la vérité. Et ces souvenirs fugaces qui lui vrillaient la tête ! Il fallait qu'il continue d'avancer sinon, il allait perdre le peu d'esprit qu'il lui restait. Il laissa son entraînement (quel entraînement ?) prendre le dessus pour rester furtif.

Le soir tombait, l'humidité aussi. Le printemps était très frais, et il frissonna. Il devrait trouver un endroit abrité pour la nuit assez vite, sinon, les meilleures places seraient prises. Il n'avait pas envie de finir à côté d'une poubelle dans une ruelle sale encore une fois. S'il ne craignait pas autant de se faire arrêter par la police, il aurait fracturé la porte d'un appartement vide avec plaisir. Mais un bout de carton, c'était pas mal non plus. Tout plutôt que de perdre cette liberté fraîchement trouvée. Retrouvée ? Il ne savait plus. Il savait d'instinct que s'il se faisait arrêter par les forces de l'ordre, ses maîtres, ses anciens maîtres allaient le retrouver, et alors il ne serait plus jamais libre.

Il marcha un moment, et passa devant un magasin d'électronique. Par un réflexe bizarre, il frotta son bras bionique. Et s'arrêta net devant la vitrine. Les télévisions passaient des images de l'homme blond, celui du souvenir. Le son était étouffé par la vitre, il n'entendait pas ce que disait l'homme blond à ce qu'il semblait être une conférence de presse. Il ne put que lire le bandeau qui s'affichait et indiquait que l'homme blond était 'Captain America'. Était-ce là son nom ? Il ne pensait pas. L'homme blond lui avait dit son nom, et si son souvenir était flou, il était certain que le bandeau ne rapportait qu'un surnom, un pseudonyme. Tout comme il savait qu'il avait dû avoir un nom avant, qu'il ne s'appelait pas réellement 'Soldier', bien que ce soit comme cela que ses maîtres (ses anciens maîtres !) l'apostrophaient.

Son estomac gronda. Trouver de la nourriture s'avérait être plus délicat que trouver des vêtements. Faire les poubelles était ce qu'il avait trouvé de plus rapide. Sa constitution lui permettait de résister à un grand nombre de germes, et les odeurs ne l'incommodaient pas plus que cela. Il se mit donc à la recherche d'un conteneur pas trop grand pour fouiller dedans. Il trouva son bonheur dans une petite rue, loin du centre-ville. Quelqu'un avait jeté des restes de pizza froide, ce qui le contenta parfaitement. Ce n'était pas assez, bien sûr, mais suffisant. Après s'être rapidement sustenté, il continua de marcher, à la recherche cette fois d'un lieu où se recroqueviller et grappiller quelques heures de sommeil. Il finit par se terrer sous le porche d'un immeuble abandonné. Des grilles étaient dressées tout autour, prévenant que le lieux pouvait être dangereux, mais il s'en fichait. D'ailleurs la lueur vacillante qui perçait par les fenêtres sales et cassées attestait qu'il n'était pas le seul à venir trouver refuge ici. Après une hésitation, il se glissa entre deux barrières défoncées, et s'appliqua à ne pas faire le moindre bruit. Il se glissa contre un mur, à l'abri du vent et de la petite pluie fine qui commençait à tomber. Il était toujours tendu, aux aguets, mais au moins, il n'avait plus vraiment froid. Pas que la température soit un problème. Il avait l'impression d'avoir connu bien pire comme situation, mais un peu de confort, tout relatif, n'était pas de refus.

Il commença à somnoler. Il n'avait pas véritablement dormi depuis des jours. Depuis la chute de l'Héliporteur (combien de jours ? Il n'en savait rien en définitive). Depuis son échec cuisant contre cet homme blond qui le connaissait. Qu'il connaissait ? Il ne dormait jamais complètement. Cela aurait été bien trop dangereux. C'est pourquoi il se leva d'un bond lorsqu'il entendit un bruit de pas.

« Eh , j'voulais pas t'faire peur mon gars, dit un homme dont la barbe sale mangeait le visage. J'voulais juste t'proposer de v'nir au chaud. On a du feu s'tu veux. T'quoi te t'nir un peu plus chaud qu'ton sweat. »

Il ne réagit pas, près à bondir au moindre signe d'agressivité du sans-abris.

« C'comme tu veux mon gars. Moi, j'dis ça, j'dis rien, hein. Mais la proposition reste valable. »

L'homme fit demi-tour et entra à nouveau dans l'immeuble. Il pesa le pour et le contre. Et décida de le suivre.

Le rez-de-chaussée de l'immeuble était un grand hall dont les papiers peints et les moquettes avaient été arrachés par le temps et les vandalismes répétitifs. Un petit nombre de personnes enveloppées de vêtements chauds et sales se tenaient en rond autour d'un grand baril où brûlait un feu réconfortant. Une bouteille d'un liquide clair tournait entre eux. Il s'approcha.

« Comment tu t'appelles ? Demanda l'homme qui était venu le chercher.

- Winter, répondit-il d'une voix rauque de n'avoir pas servit depuis des lustres.

- Moi c'est Carl. Et voici Joe, Bob et Georges. Tu veux d'la vodka ? »

Winter, puisque c'était comme cela qu'il allait s'appeler, hocha positivement la tête. Il savait que l'alcool n'avait pas vraiment d'effet sur lui, mais toute forme de chaleur était la bienvenue. Il prit la bouteille, la leva en direction des quatre autres et marmonna :

« за ваше здоровье.

- T'es russe ? Questionna un homme noir dont le bonnet était tellement enfoncé qu'il cachait presque ses yeux.

- Non, je crois pas, répondit Winter.

- Tu viens d'où alors ? Questionna l'homme noir encore une fois.

- Laisse-le George, gronda Carl. Tu vas l'faire fuir avec toutes tes questions. »

Winter ne répondit rien. Il se contenta d'avaler deux longues gorgées d'alcool avant de passer la bouteille à son voisin. La brûlure du liquide fut réconfortante, et il poussa un petit soupir. Il s'assit par terre, en tailleur, toujours tourné vers le bidon enflammé.

« Je viens de nulle-part, dit-il. Et je sais pas où je vais.

- Bienvenu au club mon gars, rit un autre homme un peu chancelant (Bob, il pensait). La rue, c'est comme ça. On sait pas s'qu'on va faire le lend'main. »

Ils restèrent un long moment en silence. Winter se remit à somnoler, mais moins profondément que quelques temps plus tôt. La chaleur du feu et de la vodka le berçait agréablement, et il laissa ses muscles se détendre. Une fois encore, il fut sur ses pieds dès qu'un bruit de moteur se fit entendre.

« Merde, marmonna Carl. Des flics. Des riv'rains ont dû appeler pour nous virer. »

Winter paniqua. Il ne fallait surtout pas que les forces de l'ordre mettent la main sur lui. En quelques secondes, il avait quitté le hall du rez-de-chaussée vers une sortie qu'il avait repéré du coin de l'œil en arrivant. Mais le faisceau lumineux d'une lampe torche le figea sur place.

« Vous êtes dans une propriété privée, dit l'agent de police. Vous êtes en infraction. Les mains en l'air. »

Winter n'eut pas conscience d'avoir vu l'arme à feu, avant d'avoir balancé un coup de coude à l'agent. Le calibre vola en l'air, et il le rattrapa adroitement. L'agent, sonné, tomba à terre. Le SIG Sauer dans la main le rassura. Il se força à ne pas abattre le coéquipier de l'agent au sol, mais à fuir. Il était compliqué de passer outre son instinct le plus primaire. En quelques bond, et un second coup de coude, il se trouvait à l'extérieur, sous une pluie cette fois battante, courant dans les rues mal éclairées.

Il courait à ne plus savoir où il était. Il courait à en perdre tout raisonnement. Il courait à en perdre la raison. Quand enfin la pluie balaya un peu les douleurs de son crâne, il s'était approché trop près de la base militaire de Bethesda, et pouvait presque sentir le regard des caméras sur lui. A croire qu'il était plus efficace quand il était décérébré. Il essaya de remettre un peu d'ordre dans son esprit, pour se sortir de là sans avoir l'air trop suspect. Il avait arrêté de courir, c'était déjà ça. Il marchait un peu à l'aveuglette, un peu au hasard, un peu au petit bonheur la chance.

Il devait être trop suspect, ou les événements récents rendaient les militaires trop nerveux, mais après quelques minutes à longer la base pour espérer en faire le tour, un groupe de trois soldats en arme se détacha dans l'obscurité. Ils braquèrent sur lui une lumière vive. Son instinct réagit immédiatement. Sa main se crispa sur le SIG Sauer dissimulé dans la poche ventrale du sweat qu'il portait. Les soldats l'interpellèrent, le hélant.

Le passage d'une voiture lui offrit une ouverture. Il laissa son instinct et son entraînement prendre le dessus, et se fondit dans la nuit. Il essaya de faire le moins de bruit possible, jusqu'à être suffisamment loin des soldats pour se remettre à courir. Il savait que les caméras le suivaient certainement, et il entendait déjà les cris des militaires derrière lui, appelant du renfort. La course ne le fatiguait pas vraiment, mais il sentait qu'il ne pourrait pas fuir toute la nuit. Son esprit le lâcherait bien avant l'aube, et il laisserait ses réflexes faire le boulot. Il ne voulait pas tuer ces militaires. Il ne voulait plus tuer personne. Mais l'instinct était là, sous sa peau, ne demanda qu'à sortir. Il n'avait pas l'habitude de fuir ainsi. D'habitude, il éliminait les menaces. Il les annihilait. Mais désormais, il sentait que ce n'était pas … bien à défaut d'un autre mot. Ce n'était pas la chose à faire. Ce n'était pas correct.

Des sirènes retentirent au loin, vers le sud, l'obligeant à bifurquer vers l'est. Quelques passants le regardèrent passer dans leur quartier résidentiel sans histoire avec des airs stupéfaits, mais personne n'essaya de l'arrêter. Il savait qu'il avait l'air louche, avec son sweat à capuche, à courir ainsi. Les sirènes se rapprochaient, l'empêchant de ralentir. La pluie obscurcissait sa vue. Il regrettait ses lunettes à vision nocturne. Une voiture de police déboula en bas de la rue. Il tourna immédiatement dans une ruelle adjacente, mais trop tard, les forces de l'ordre l'avaient vu, et se mettaient à sa poursuite. D'un bond, il quitta la rue en escaladant une palissade, et se retrouva à couper à travers les jardins des petits pavillons proprets du quartier.

La panique gagna du terrain quand il entendit un hélicoptère le survoler. Le faisceau lumineux de l'engin le cherchait. Il était foutu. Il allait être pris. Sûrement torturé à nouveau. La présence du SIG Sauer contre son flanc le rassura. Si le besoin s'en faisait sentir, il savait quoi faire pour éviter une nouvelle capture. Il défendrait chèrement sa liberté nouvellement trouvée.

Des agents semblaient le suivre à pieds, car il entendait des exclamations de voix derrière lui, et toujours l'hélicoptère qui tournait au dessus de sa tête, tentant de le piéger dans son faisceau lumineux. Sautant une énième haie parfaitement taillée, il atterrit adroitement dans une rue proprette, mais où les possibilités de se cacher étaient très réduite. Il continua sa course vers le sud-est, espérant retomber dans des quartiers moins entretenus et ordonnés où il pourrait se cacher dans des bâtiments abandonnés.

Malheureusement, les voitures de police semblaient avoir un sixième sens, car l'une d'entre elles arriva dans un crissement de pneus tonitruant. La route était coupée. Il regarda par dessus son épaule, évaluant ses possibilités de retraite. Elles étaient très fines, car deux officiers en civil qui le suivaient à pieds étaient parvenus à le rattraper et le tenaient en joue.

Une immense clarté se fit dans sa tête. Il savait exactement comment s'en sortir. Lentement, le visage baissé pour camoufler son visage, il leva les mains et se mit à genoux. La pluie continuait de tomber à torrent, et il était trempé. Les quatre agents s'approchèrent précautionneusement, leurs armes toujours braquées sur lui. L'un d'entre rangea son revolver pour sortir une paire de menottes, tout en débitant le discours habituel. Il n'écoutait pas, trop concentré sur les bruits de pas, sur les distances les séparant les uns des autres. Lorsqu'ils furent tous suffisamment près, et que l'agent aux menottes lui saisit le bras droit, ce fut comme un signal. Son corps se détendit brutalement, mettant l'officier à terre. D'un geste, il dégaina l'arme de service du pauvre homme au sol, et la lança au visage du policier placé le plus loin. Dans le même mouvement, alors que l'homme se rétamait au sol, assommé, il envoya un coup de poing au deuxième officier en civil, beaucoup trop près de lui. Le quatrième tira, mais trop tard. Il avait déjà bondit, et l'uppercut qu'il lui envoya suffit à l'envoyer à terre dans une grande gerbe d'eau.

D'un bond, Winter détala. Il savait qu'il n'avait que quelques secondes de répit. Une détonation le surprit. La douleur irradia dans son bras droit. Il tituba un peu, mais parvint à se reprendre et continua sa course, ignorant la souffrance de sa tête comme de son membre.

Il était de nouveau dans une rue trop large, sans endroit à couvert, alors qu'il entendait le bruit des sirènes et des moteurs à sa poursuite. Il tentait par tous les moyens de ne pas aller tout droit, tournant le plus souvent possible, cherchant une échappatoire. Mais il aurait dû s'en douter, dans une ville où habitaient autant de militaires, les rues étaient rectilignes au possible, et très bien entretenues. Soudain, alors qu'une voiture de patrouille l'avait à nouveau repéré, il entendit quelqu'un le héler.

« Par ici ! »

Une femme lui adressait des gestes dans une impasse à quelques mètres de lui. L'obscurité et la pluie ne lui permettait pas de distinguer son visage. Il se méfia immédiatement.

« Ils ne vont pas tarder à vous rattraper, dit-elle d'une voix forte. Et cette fois, ils ont l'autorisation de tirer sans sommation. Venez, je peux vous cacher ! »

Winter réfléchit brièvement, et se dit qu'il n'avait plus rien à perdre. Le sang qui s'écoulait de sa blessure l'affaiblissait, même si la douleur n'était pas intense. Il se dirigea vers elle. La femme se saisit fermement de son bras droit et appuya sur le bouton d'un engin qu'elle portait à la ceinture.

Même nuit – New-York, Manhattan, Bedford Street :

La sensation l'étourdit. Les couleurs et les formes se mélangèrent brutalement tout autour de lui, alors qu'il avait l'impression d'être passé à l'essoreuse. Lorsque ses pieds touchèrent à nouveau le sol (un sol sec), la douleur dans son crâne était tellement forte qu'il vomit. Il arracha son bras à la poigne de la femme, et attaqua immédiatement. Elle l'esquiva adroitement.

« Je ne vous veux aucun mal, dit-elle en levant les mains devant elle et en esquivant un second coup.

- Qu'est-ce que vous avez fait ? Gronda-t-il en regardant autour de lui. »

Ils n'étaient plus dans la rue. Ils étaient dans une cave peut-être, ou un garage vide. Non, définitivement une cave. La petite pièce était sobrement éclairée par une ampoule nue au plafond, et les murs en bétons lui donnaient une impression claustrophobique croissante. La douleur de sa tête et celle de son bras accroissaient son mal-être et sa défiance.

« Je nous ai téléporté, dit-elle comme s'il s'agissait de l'acte le plus simple au monde.

- Téléporté, répéta-t-il perplexe. »

Elle ne répondit pas, et jeta un coup d'œil au boîtier qu'elle portait à la ceinture. Elle marmonna quelques mots dans une langue incompréhensible, visiblement contrariée. Il en profita pour la dévisager. Mieux valait savoir à qui il avait à faire. Il aurait été incapable de donner un âge à la femme. Il sentait qu'elle était plus vieille que son aspect laissait à penser, mais même son apparence ne lui donnait aucun indice sur l'âge qu'elle pouvait bien avoir. Certaines rides creusaient ses traits, mais son teint était lisse et uni, comme la peau d'une jeune fille. Son sourire espiègle semblait jeune, voir adolescent, mais son regard lui transperça l'âme. Il comprit un peu tard qu'ils se fixaient l'un l'autre.

« Qui êtes-vous ? Demanda-t-il. »

Après tout la question était plutôt légitime. Elle l'avait sorti d'affaire certes, mais pour l'emmener dans un endroit qui ressemblait plus à un traquenard qu'autre chose.

« Je m'appelle Eatta, dit-elle. Je vous cherchais, Sergent Barnes.

- Pourquoi ? Questionna-t-il d'un ton abrupte. Pour qui travaillez-vous ? »

Sa posture s'était rigidifiée. Il était près à se battre.

« Relax, Sergent, rit-elle. Je ne travaille pour personne. Je suis à mon compte, si je puis m'exprimer ainsi. Je suis à la recherche d'un artefact puissant détenu par HYDRA. »

Le nom remua quelque chose dans son esprit. Le nom et l'appellation. Elle l'avait appelé 'Sergent Barnes', du nom du héros mort qui portait son visage. Et HYDRA … était ceux qui l'avaient enfermé … il pensait. Il n'était sûr de rien.

« Laissez-moi partir, exigea-t-il plutôt légitimement.

- Ne voulez-vous pas entendre ma proposition Sergent ? Demanda-t-elle avec son sourire agaçant.

- Je veux partir. Je n'ai rien à vous apporter, et vous n'avez rien qui puisse m'intéresser.

- Vraiment ? Je suis pourtant sûre du contraire. J'ai les moyens de vous rendre la mémoire. »

Il fut décontenancé, ne comprenant pas pourquoi la femme voudrait lui rendre ses souvenirs. Une personne était plus facilement manipulable si elle ne connaissait rien d'elle-même ni des autres.

« Ne soyez pas si méfiant, Sergent, continua-t-elle. Si cela peut vous rassurer, je ne propose pas de vous rendre la mémoire par âme charitable. J'ai besoin de vos souvenirs.

- Pourquoi ? Questionna-t-il.

- Vous détenez des informations qui m'intéressent sans le savoir. En échange de ces informations, je vous offre la vengeance contre ceux qui vous ont tout pris : votre mémoire, votre libre-arbitre, votre vie … votre bras. »

Il carra la mâchoire. La mémoire et la vengeance. Tentant. Mais pas suffisant. Il n'était pas idiot. Il savait que s'il acceptait, il n'y aurait pas de retour arrière possible. Tout ce à quoi il aspirait désormais était de se faire le plus petit possible afin de ne pas retomber entre leurs mains. La vengeance incluait le risque. Il en avait envie, mais il n'était pas prêt pour ça. Trop de douleurs.

« HYDRA vous a détruit, continua la femme, et moi, je cherche HYDRA. Notre association ne peut-être que bénéfique pour nous deux. »

Il n'arrivait pas à voir où était le piège. Il était plus que réticent, bien sûr, mais peut-être qu'il pouvait tenter la chose. Une association. Des partenaires sur un pied d'égalité. Pourquoi pas ? Il savait très bien pourquoi. Il ne pouvait pas faire confiance à cette femme. Il ne pouvait faire confiance à personne.

La posture de la femme, Eatta, était un savant mélange de décontraction et d'attention. Il savait reconnaître des combattants expérimentés quand il en voyait, et elle était expérimentée. Très. Il en aurait mis son deuxième bras à couper.

« Je suis consciente que tout ceci mérite réflexion, je ne vous presse pas d'une réponse immédiate. Néanmoins, sachez que nous ne sommes plus à Washington, mais à Manhattan. Nous nous trouvons dans le sous-sol d'une maison. Mon partenaire et moi habitons ici, et nous serions ravis de vous compter dans nos rangs. N'ai-je pas mentionné que je ne travaillais pas seule ? Au temps pour moi. »

A la mention de quelqu'un d'autre, sa méfiance s'était accrue d'un coup. Mais les offres de la femme et le fait qu'elle l'ait tiré d'affaire, jouait clairement en sa faveur. Son mal de tête l'empêchait de réfléchir convenablement. Il était coincé dans un sous-sol sombre, et la femme n'était pas agressive. Pourquoi pas tenter sa chance.

« Je ne vous fais pas confiance, dit-il toujours sur le qui-vive.

- Très bien, ça n'est pas du tout ce que je vous demande, répliqua-t-elle avec son sourire espiègle.

- Je veux bien réfléchir à votre offre. Mais avant, je veux des preuves sur le fait que vous pouvez me rendre la mémoire. De toute façon, je vous serai bien inutile si ce n'est pas le cas.

- Super ! S'exclama-t-elle en tapant dans ses mains. Je vais prévenir Loki. C'est lui le spécialiste des soins.

- Loki est le nom de votre partenaire ? »

Elle ne répondit pas, mais lui fit signe de la suivre. Ils traversèrent un couloir où s'alignaient des petites caves toutes semblables à celle qu'ils venaient de quitter. La plupart étaient vides, mais certaines contenaient des bouteilles de vin poussiéreuses, ou des meubles cachés sous de grands draps blancs. Ils gravirent des escaliers en bois bien mieux entretenus que la cave en elle-même, et débouchèrent sur un autre couloir. Les murs étaient clairs, et le parquet semblait fraîchement ciré. Eatta se dirigea d'un pas sûr vers une porte et le fit entrer dans la pièce. C'était un salon plus long que large, dont les murs étaient parcourus d'étagères, où étaient posés de nombreux livres, mais pas suffisamment pour éviter un sentiment de vide. La pièce était bien éclairée, malgré la nuit. Trois confortables fauteuils dépareillés étaient disposés en demi-cercle, face à la fenêtre, et à leurs pieds, trônait une table basse en bois clair. Dans l'un des fauteuils était assis un homme, sûrement le fameux Loki qui pourrait lui rendre ses souvenirs. L'homme posa calmement un épais ouvrage sur la table basse et se tourna vers eux. Il était grand, plus grand que Winter. Son regard vert était perçant, et il arborait une crinière de cheveux noirs qui encadrait son visage et qui tombait sur sa nuque. Il passa une main décontractée dedans. Il avisa les deux arrivants et eut un sourire tranchant.

« Je croyais que tu ne conclurais pas le premier soir, lança-t-il à Eatta.

- Oh, tu sais, une chose en entraînant une autre … nous voilà. »

Tout chez Loki respirait le combattant dissimulé, celui qui n'hésitait pas à vous poignarder dans le dos si cela pouvait servir ses intérêts. Sa posture était soigneusement calculée. Il n'était ni de face, ni complètement de profil, juste suffisamment ouvert pour faire croire qu'il ne se méfiait pas, mais son pied droit était positionné de manière à esquiver le premier coup et à donner le second. Un homme ayant l'habitude de la traîtrise, qu'elle soit de sa part ou de celle des autres.

« Le Sergent Barnes voudrait une preuve de notre bonne foi, continua Eatta d'un ton badin. Il voudrait un aperçu de tes dons médicaux. Quelques souvenirs en plus, un peu moins mal à la tête, et, ah, oui, il a pris une balle dans le bras. Le droit.

- Une balle ? S'étonna-t-il. Est-elle ressortie ? »

Winter ne s'était même pas posé la question, mais il pensait que oui. Il regarda la plaie qui saignait toujours, mais beaucoup moins que précédemment. Loki s'approcha avec un sourire ravi digne d'un requin. Il se tendit.

« Je te préviens, dit Eatta. Il est plutôt farouche. Il va falloir l'apprivoiser.

- Suivez-moi, Sergent Barnes, intima Loki en passant à côté de lui et en sortant dans le couloir. »

Il le suivit, plus par curiosité que par réelle envie, en restant attentif aux moindres mouvements de la femme. Il détestait tourner le dos à un potentiel adversaire, mais il fallait parfois prendre des risques. Loki ouvrit une porte en face de celle du salon, et entra dans une cuisine. Comme le salon, la pièce semblait occupée depuis peu de temps. Il n'y avait pas beaucoup de choses de déposées sur le plan de travail, et Loki ouvrit des placards en hauteur à moitié vides. Il attrapa quelques sachets d'herbes, des pots de terre cuite, deux casseroles qu'il remplit d'eau et alluma le gaz.

« Montrez-moi votre blessure, ordonna-t-il. »

Winter recula d'un pas, réticent à laisser l'homme le toucher. Il détestait les contacts physiques.

« Je ne vais pas vous manger Barnes, soupira Loki. Je suis Mage. Je vais refermer votre plaie. Si ça vous angoisse trop, je n'ai pas besoin de vous toucher, juste de passer une main au dessus de la zone à soigner. Ce sera rapide. »

Toujours méfiant, il consentit cependant à enlever son sweat. Le geste fut douloureux, mais rien d'insurmontable. Malheureusement, le peu de sang qui avait commencé à sécher s'arracha avec le tissu, et la plaie se remit à saigner plus abondamment. Cela le motiva un peu pour tendre le bras à Loki. Fidèle à sa parole, il ne le toucha pas, et se contenta de faire glisser sa main au dessus de la blessure. Une légère lueur dorée émanait de ses doigts, et la douleur reflua alors que la plaie se refermait. Winter arriva à s'étonner. Si ce n'était pas impossible, qu'est-ce que c'était ?

« De la Magie, répondit Loki. Ou une forme d'énergie que les êtres humains ne connaissent pas. Je vais vous confectionner un baume à appliquer sur la cicatrice pour qu'elle disparaisse. Cela évitera les rougeurs et les démangeaisons. Et je vais vous faire un philtre pour votre cerveau. Mais il y aura quelques précautions à prendre pour la prise du philtre.

- Lesquels ? Questionna Winter rassuré par le ton professionnel de l'homme (ou n'importe quoi d'autre qu'il puisse être, puisqu'il n'était pas humain apparemment)

- Il vous faudra vous allonger car vous vous évanouirez. Trouvez un souvenir clair qui soit apaisant ou agréable, cela vous aidera. Il vous faudra y penser de toutes vos forces, sinon il y a des risques que vous perdiez la raison. Ensuite, quand vous vous réveillerez, vous prendrez d'autres potions, qui stabiliseront votre activité neuronale sans l'amoindrir. Il serait dommage de freiner la plasticité du système nerveux au moment où vous en aurez le plus besoin. J'ai bien peur que cela n'apaise pas votre migraine. Il vous faudra une prise régulière de philtre avant que votre cerveau reconstitue des connections normales. Ils ont utilisé la lobotomie électrique, je crois.

- Comment savez-vous ça ? Demanda Winter d'un ton agressif.

- Eatta a piraté un certain nombre d'Agences de renseignement partout dans le monde avant de trouver des informations pertinentes sur vous. Je ne voudrais pas briser vos illusions, continua-t-il en s'activant autour des casseroles d'eau sur le feu, mais nous ne vous avons pas choisi pour votre incroyable personnalité. »

Le trait d'humour lui arracha un faible sourire. Exploit. Depuis combien de temps n'avait-il pas souri ?

« Nous sommes à la recherche d'un artefact magique très important, expliqua Loki comme s'il parlait de la pluie et du beau temps (et Winter se doutait qu'il faisait cela pour le rendre moins méfiant). Après des jours de recherches, nous savons qu'il est aux mains d'HYDRA. Eatta possède des capteurs qui l'ont localisé. L'endroit où il est détenu est très bien protégé, que ce soit en terme humain ou en terme magique. Visiblement ces humains savent utiliser la Magie, même partiellement.

- Vous n'êtes pas humain, remarqua-t-il.

- Non, en effet, répondit Loki en se tendant légèrement. »

Il décida de ne pas creuser. Autant ne pas se mettre à dos de futurs alliés. Ce serait trop dangereux.

« Que comptez-vous faire alors pour récupérer cet objet ?

- Pour le moment, nous allons nous concentrer sur votre guérison, Sergent. Votre esprit doit être soigné, car s'il ne l'est pas, il va s'effondrer. Et ce sera très douloureux pour vous. Ensuite, nous nous occuperons d'HYDRA. Avant d'attaquer leur base principale, nous nous ferons la main sur des bases de moindre importances. Nous sommes également intéressés par la récupération d'informations. HYDRA a mené des expériences et des opérations capitales pendant des décennies, et nous supposons fortement que ces connaissances ont une haute valeur pour des agences de renseignements ici. Ce sera en quelque sorte un passe-droit pour éviter la traque et la prison. Si tant est que ces agences nous trouvent. »

Pendant qu'il parlait, Loki s'agitait autour de la gazinière et des casseroles en ajoutant toutes sortes d'ingrédients dans l'eau bouillante. Ses gestes étaient sûrs et sa posture était beaucoup plus détendue que précédemment dans le salon. Winter lui-même s'était un peu relâché. Eatta s'était positionnée dans un petit espace vide entre le grand frigo américain et une demi-cloison qui séparait la cuisine de la salle à manger, pour le moment plongée dans la pénombre. Elle écoutait la conversation d'un air distrait, tout en manipulant le boîtier qu'elle portait à la ceinture. Il décida de ne pas trop s'intéresser à elle, tout en la gardant dans son champ de vision. Il se tourna à nouveau vers Loki, occupé à mélanger le contenu des casseroles.

« Qu'est-ce que je suis en droit d'attendre de ces … potions ? Demanda-t-il.

- Pas grand chose dans un premier temps, répondit l'homme … alien. La première prise devrait stabiliser les souvenirs que vous avez déjà. Il faudra attendre quelques jours avant de faire un deuxième essai. Entre temps, vous devrez prendre comme je vous l'ai dit une deuxième potion pour stabiliser votre activité neuronale. Une trop grande activité causerait plus de douleur qu'autre chose. Néanmoins, vous aurez mal à la tête pendant quelques temps encore. D'ici une semaine ou deux, vos souvenirs les plus anciens seront restaurés. J'ai plus de doutes quant aux souvenirs de votre … incarcération. Si HYDRA vous effaçait la mémoire trop souvent, il y a des risques que la mémoire à long terme n'ait jamais été mobilisée, ou très peu. Toute cette période risque d'être très floue pour vous et ne jamais retrouver de netteté.

- Pourquoi ? Demanda-t-il plus pour faire la conversation qu'autre chose.

- Je ne suis pas un spécialiste de la mémoire humaine, mais je me suis tout de même un peu renseigné dessus avant de me lancer dans la confection de potions de soin. Il existe plusieurs types de mémoire. D'abord les sensations sont enregistrées brièvement dans ce que les scientifiques humains appellent la mémoire à court terme ou la mémoire de travail. Si les informations sont importantes ou si elles sont répétées, alors la mémoire à long terme les prend en compte et les conserve plus longuement. »

La conversation était très artificielle. Chacun essayait d'y mettre du sien, sachant que les autres seraient leurs alliés pour les temps à venir, mais le ton, l'ambiance, l'atmosphère, tout semblait forcé, aseptisé. La discussion mourut d'elle-même, après que Loki ait fini d'expliquer comment fonctionnait la mémoire humaine. Il se tendit à nouveau, ne pouvant s'empêcher d'être sur le qui-vive. Eatta s'en aperçut et lui proposa de visiter le reste de la demeure pendant que Loki 'cuisinait'. Il annonça distraitement qu'il en aurait encore pour de nombreuses heures, alors que la femme et l'assassin quittait la cuisine.

Le bâtiment s'élevait sur deux étages, en plus du rez-de-chaussée et de la cave que Winter avait déjà vu. Au premier étage, il y avait deux chambres, dont l'une était libre, et lui fut attribuée, et une salle de bain. Au second étage, il y avait une chambre, celle d'Eatta, une salle de bain, ainsi qu'une mezzanine dotée d'une télévision immense devant laquelle étaient placés une table basse et un grand canapé. Avec son sourire espiègle, Eatta lui donna la clef de sa chambre, donnant l'illusion vaine d'un peu d'intimité dans cette collocation improvisée. Il se doutait que Loki ou elle pouvait fracturer la porte sans aucun problème, mais c'était plus symbolique qu'autre chose, une sorte de passage de relais, d'acceptation dans l'équipe, quelque chose comme ça. Winter n'avait pas donné sa réponse définitive, loin de là, mais il était moins réticent, il fallait bien l'avouer. Il prit donc la clef que lui tendait Eatta et partit prendre possession de ce qui serait sa chambre pour un temps indéfini.

La pièce était déjà meublée d'un lit, un fauteuil, un placard, une commode et un petit bureau. Les murs beiges étaient nus, attendant qu'on leur accroche photos et posters. La fenêtre était pourvue de rideaux blanc cassé. C'était sans âme et froid, tout à fait ce qu'il lui fallait. Il s'assit sur le fauteuil, face à la porte et dos au mur. Son attitude était défiante, malgré le fait qu'il soit seul, mais il ne pouvait s'en empêcher. Après de longs instants, les muscles de ses épaules se détendirent enfin. Dire que quelques heures auparavant, il était en train de courir pour échapper à l'armée et à la police. Situation improbable. Dénouement invraisemblable. Alliés rocambolesques. Y avait-il la moindre logique dans cette suite d'événements ?

Il décida de ne pas trop y réfléchir. Il avait déjà suffisamment mal à la tête. De toute façon, il était bon pour s'adapter. Il avait juste à rester sur ses gardes. Ouais, il allait faire ça. Somnoler d'un œil en restant face à cette putain de porte fermée à clef, alors que deux inconnus se baladaient dans la maison en faisant semblant qu'ils n'étaient pas des menaces les uns pour les autres. Au diable la logique. Ne restait que la prudence.


Et voilà ! Le trio est formé. Allez savoir ce qu'ils vont faire ensuite :)

J'espère que ce chapitre vous aura plu. Le prochain arrive demain, parce que ce n'est pas vraiment un chapitre. Vous comprendrez.

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A bientôt