Note de l'auteur :
Merci encore à tous pour vos retours, vos favoris et pour tous ceux qui ont décidé de suivre la parution d'Une route à parcourir à deux.
J'essaie de maintenir la parution à un chapitre tous les deux jours. Celui-ci est plus long que les précédents, et il m'a donc demandé plus de temps. Désolé pour l'attente.
Beaucoup de fluff dans ce chapitre, mais je préfère vous rassurer (ou vous décevoir), comme la fanfiction va développer pendant un long moment le déroulement des évènements qui prennent place dans l'ellipse entre l'arrestation de Bellwether et l'arrivée de Nick au sein de la police, et que j'ai à cœur de respecter le film dans sa définition de la relation qu'entretiennent les personnages (même si je vais beaucoup plus loin, en bon shipper, j'en ai conscience), ça n'ira certainement pas plus loin que ce que nous avons ici.
Quoique, je peux peut être vous surprendre... La suite vous le dira!
En attendant, je vous souhaite une agréable lecture de ce chapitre 4 !
EDIT du 28/06/2016 (0h01) : J'ai relu le chapitre et constaté la présence de nombreuses fautes et répétition. Je m'excuse pour cette médiocre qualité, mais j'étais trop pressé de publier et je n'ai pas effectué la relecture nécessaire. Suite à cet edit, la version sera uploadée, revue et corrigée. Désolé pour ceux qui auront lu ce chapitre avec une qualité moindre. Je ferai plus attention lors de la publication des prochains chapitres.
Chapitre 4 : Pop-Corn
S'il y avait bien un talent que Judy n'avait pas suspecté chez Nicholas P. Wilde, c'était celui d'être un excellent cuisinier. Oh, bien entendu, ce n'était pas non plus du niveau d'un restaurant cinq étoiles, mais il se débrouillait vraiment très bien. Même mieux que sa propre mère et pourtant Bonnie Hopps était unilatéralement reconnue comme un vrai cordon bleu, avis accrédité par une assemblée de deux cent soixante-seize lapereaux (et un mari gourmand), ce qui n'était pas rien, en soi.
En un temps record, le renard leur avait préparé des bouchées à la reine au tofu et panisse, une plâtrée généreuse, aussi délicieuse à l'odeur qu'au goût. Malgré les questions incessantes et impérieuses qui lui tourbillonnaient dans la tête et qu'elle brûlait d'exposer au grand jour, Judy ne pouvait s'empêcher de se délecter du met, chaud et succulent. Bien sûr, elle n'oubliait pas ce qu'elle avait pu voir quelques minutes plus tôt sur les photos… Mais elle n'osait pas interroger directement Nick en ce sens, par peur de ruiner l'ambiance détendue qui s'était instaurée entre eux depuis qu'ils avaient pris place à table. En fond sonore, Nick avait allumé sa chaîne hi-fi, à laquelle il avait branché son IPaw, qui jouait présentement une succession de morceaux jazzys agréables et peu invasifs.
Judy s'obligeait à grand mal à respecter sa résolution de bonne conduite. Le plat était tellement bon qu'elle ne pouvait s'empêcher de le dévorer avec entrain et bonheur. Un sourire radieux se dessina sur son petit museau satisfait alors qu'elle achevait son plat… remarquant alors avec un air légèrement honteux que Nick n'avait même pas atteint la moitié de son assiette, et la regardait avec des yeux grands comme des calots.
« Eh bien… » commenta-t-il. « De deux choses l'une : soit je suis vraiment un excellent cuisinier, ce que je ne contesterai pas, bien entendu soit vous êtes une petite gourmande, Judith Hopps. »
La lapine ne put s'empêcher de rougir face au constat fort juste qu'il exposait de la situation, et se contenta de rire doucement, avant de répondre : « Un peu des deux, il faut croire. »
Et, tant qu'à être gênée, autant aller jusqu'au bout. Des deux pattes, elle tendit son assiette vide vers lui et d'un air légèrement suppliant, lui demanda : « Je peux en avoir encore, s'il-te-plaît ? »
Nick poussa un petit ricanement, mais il n'y figurait aucune moquerie. Visiblement, l'attrait de Judy pour sa cuisine lui faisait sincèrement plaisir. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait plus cuisiné pour quelqu'un d'autre que lui-même, et en cela, il fournissait d'habitude bien moins d'efforts. De fait, il était heureux de pouvoir contenter son amie, même si cela passait par la voie de son estomac. Peut-être que cela l'aiderait à se sentir un peu mieux, après tout. Il acquiesça et se releva, l'assiette de Judy entre les pattes, pour aller la resservir.
« J'en déduis que c'est à ton goût ? » demanda-t-il d'une voix faussement curieuse.
« Oh, ça tu l'as dit ! C'est absolument délicieux… Je suis assez impressionnée par tes capacités culinaires, Nick. Voilà un don rare et précieux que tu m'avais caché ! »
« Eh bien, on en apprend tous les jours, pas vrai ? Quand tu y penses, on ne se fréquente pas depuis si longtemps… Il est normal que tu découvres petit à petit les aspects les plus charmants de ma personnalité. C'est une forme de teasing. Je te fais voir progressivement tout ce qui fait de moi un être absolument exceptionnel pour t'enfermer de plus en plus dans une forme de dépendance, et bientôt tu ne pourras plus te passer de moi ! »
Judy ne put s'empêcher de rire face à cette explication égocentrique. Du pur Nick Wilde.
« Tu devais déjà avoir bien avancé dans ta démarche avant la conférence de presse, alors. Tu n'as pas idée à quel point tu m'as manqué au cours de ces derniers mois… »
Judy se figea sur place en plaquant une patte contre sa bouche entrouverte, écarquillant les yeux. Elle avait parlé sans réfléchir, et n'avait pas jaugé la portée de ce qu'elle allait dire avant que les mots ne franchissent la barrière de sa gorge. Elle resta un instant interdit, jaugeant la réaction de Nick, qui lui tournait le dos, faisant face aux fourneaux. Il s'était immobilisé lui aussi. Les quelques secondes qu'il lui fallut pour finalement afficher une réaction semblèrent interminables aux yeux de la lapine, mais finalement il tourna vers elle un sourire charmeur.
« Tu vois ? Mon plan diabolique marche à la perfection… »
Bien entendu, il avait réagi en détournant le sujet sur le ton de la plaisanterie. Judy avala à sec. C'était sans doute mieux comme ça… Elle n'avait pas envie que les choses deviennent étranges entre eux, et encore moins qu'il se sente mal à l'aise en sa présence… Néanmoins, il avait soulevé un point intéressant quelques instants auparavant : ils ne se connaissaient pas depuis très longtemps, et n'avaient, au final, passé que peu de temps ensemble. Si le renard avait été capable de lire en elle comme dans un livre ouvert dès leur première confrontation (et cela même s'il en avait profité pour piétiner ses rêves et tourner ses aspirations en dérision), il demeurait par contre toujours une énigme aux yeux de Judy.
Il y avait des choses qu'elle avait comprises à son sujet. Les aspects les plus charmants et les plus irritables de sa personnalité, la muraille que constituait son humour et ses moqueries constantes, bloquant tout accès à son passé ou à ses sentiments… Mais il restait tellement de zones d'ombres, et d'éléments étranges. Les photos s'imposèrent à nouveau à son esprit. Qui était cette renarde ? Etait-ce sa fiancée ? Sa femme ? Son ex ? Etait-elle encore en vie ? Avaient-ils été mariés ? Avaient-ils divorcés ? Ils avaient un enfant ensemble, c'était certain… Le regard paternel que Nick tournait vers le renardeau… La plaque « Wilde&Fils » qui ornait la sonnette de l'appartement… Tout allait dans ce sens. Elle n'était pas flic pour rien. C'était son boulot de reconstituer le puzzle à partir des éléments de l'enquête.
Mais il y avait une parcelle de cette investigation qui lui faisait défaut : contrairement à l'attitude professionnelle dont il lui fallait faire preuve lorsqu'elle abordait des cas de ce genre, elle se sentait impliquée trop directement dans cette situation particulière… Ses sentiments personnels interféraient et l'empêchaient de penser de manière logique et cohérente. Comment expliquer cette boule épineuse qui s'était développée dans sa gorge et semblait grossir à chaque fois que son esprit se hasardait à se remémorer la photo ? Quel était ce mélange de curiosité, de peine et d'angoisse qui la gagnait à la seule idée que Nick ait pu être liée à une femelle ? Lié au point de fonder une famille avec elle ? Le mot « jalousie » s'esquissa en son esprit pendant une demi-seconde, mais elle le repoussa le plus loin possible, secouant la tête pour le rejeter avec plus de convictions.
« Hey ! Carotte ! T'es bien gentille, mais je vais pas rajeunir, moi. »
La lapine écarquilla les yeux, constatant que Nick lui tendait son assiette, qui était à nouveau généreusement remplie, et attendait sans doute depuis plusieurs secondes qu'elle s'en saisisse. Judy hocha la tête, le remercia d'un petit sourire, et déposa l'assiette devant elle. Malheureusement, en dépit du fumet absolument délicieux qui s'en dégageait, ses dernières pensées lui avaient quelque peu coupé l'appétit, et elle contemplait à présent le contenu de son plat avec une mine attristée. Lorsqu'elle poussa un soupir qu'elle ne pouvait plus contenir, la voix légèrement inquiète de Nick l'interpella à nouveau.
« Tout va bien, Carotte ? »
Elle hocha doucement la tête, gardant son attention focalisée sur ses bouchées à la reine. Elle ne voulait pas croiser son regard maintenant. Elle ne comprenait pas pourquoi il ne lui avait pas parlé d'une chose aussi importante jusqu'à maintenant… C'était le genre de trucs qu'on disait aux gens dont on se rapprochait, non ? Genre… « Ah, oui, j'ai aussi un fils ! » ou bien « Je suis marié ! », ou « Je suis parfaitement heureux dans mon couple renard / renard et les relations inter-espèces et plus particulièrement les relations proies / prédateurs sont une chose que je n'envisagerai jamais ! ». A cette dernière pensée, qui s'était incrustée contre sa volonté, révélant les stigmates de sentiments qu'elle se refusait à accepter comme étant les siens, Judy grimaça et frappa légèrement du poing sur la table, ce qui lui valut un nouveau regard inquiet de la part de Nick.
Alors que le renard s'apprêtait à lui demander une nouvelle fois si tout allait bien, elle ne put contenir plus longtemps sa frustration, et lâcha tout d'un coup.
« Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu étais marié et que tu avais un enfant ?! »
Elle s'en voulut du ton légèrement accusateur qu'elle avait employé, comme si elle lui reprochait une quelconque faute. Ce n'était pas comme s'il lui avait menti, ou qu'il lui avait fait de fausses promesses, mais elle ne pouvait s'empêcher de le ressentir de cette manière. Elle ne pouvait entraver ce puissant sentiment de déception qui la gagnait insidieusement. Aussi, fut-elle estomaquée par le ton incrédule qui accompagna la réponse de son ami.
« Je te demande pardon ? » questionna-t-il d'un air à la fois choqué et amusé, un peu comme s'il avait du mal à déterminer si elle plaisantait ou se montrait réellement sérieuse.
« Je… Je suis désolée, Nick… » reprit Judy d'un ton plus calme et détendu, qu'il lui fallut un effort considérable pour maîtriser. « J'ai vu les photos sur la commode du couloir. Ne va pas croire que je te reproche quoique ce soit, bien entendu… Vous êtes vraiment adorables, tous ensemble. »
« Carotte… » commença Nick d'une voix sereine, mais Judy n'avait pas l'intention de le laisser s'exprimer. Elle avait besoin de vider son sac.
« Mais tu comprends, j'aurais aimé savoir que tu avais quelqu'un dans ta vie… Ou du moins que tu avais eu quelqu'un ? Je n'en sais rien, c'est si bizarre ! Tu vis dans cet appartement en célibataire… Mais tu es en couple ? Vous vous êtes séparés ? Et puis, ton petit… Il a quel âge ? »
« Hopps… » tenta Nick d'un ton un peu plus ferme et impatient, sa queue commençant à s'agiter derrière lui, manifestation inconsciente de son agacement croissant.
« Tu comprends… Tu… Tu ne peux pas flirter comme ça avec moi si… Si tu es engagé ailleurs. » bafouilla la lapine en secouant la tête, exerçant un effort particulier pour éviter de croiser le regard insistant que Nick braquait sur elle. « Même si c'est pour plaisanter. Je veux dire… Mince, je ne devrais même pas être là. Je ne veux pas que la situation soit bizarre ou malvenue, entre nous… Ou que ça pose problème avec ta famille… Tu aurais dû me dire tout ça, tu comprends ? Je ne sais pas trop si… »
« JUDY ! »
Il avait fallu qu'il hurle son prénom sur un ton des plus agressifs, qui ressemblait plus à un grognement qu'autre chose, pour qu'enfin il parvienne à la faire taire. Elle le regardait à présent avec des yeux écarquillés, l'air sonnée. Nick s'était redressé, les pattes plaquées contre la surface de la table, ses griffes s'enfonçant dans la toile cirée. Judy avala à sec face à l'expression impatiente et légèrement courroucée de son ami qui, en cet instant, retrouvait l'apparence agressive du prédateur qu'il était. Instinctivement, la lapine plaqua ses oreilles dans son dos et s'enfonça dans sa chaise, s'y calfeutrant du mieux qu'elle pouvait.
Finalement, Nick se détendit un peu et poussa un soupir avant de secouer la tête en ricanant.
« Tu devrais vraiment écrire pour le cinéma, Carotte. Tu as un don certain pour te faire des films… »
« Comment ? Qu… Quoi ? » demanda-t-elle, estomaquée.
« Déjà, laisse-moi te dire que je suis un peu peiné que tu puisses t'imaginer que je sois le genre de mammifère que tu décris. »
Elle baissa la tête, quelque peu honteuse… Elle avait tiré des conclusions un peu hâtives et excessives, c'était vrai, mais tous les éléments semblaient tendre dans cette direction, non ? Il faisait sans doute référence à ce qu'elle avait dit sur la relation qu'ils entretenaient tous les deux ? Elle avait suggéré qu'il cherchait à prendre l'avantage sur elle d'une manière ou d'une autre. Elle avait même employé le mot « flirter » à un moment, non ? Elle agrippa ses oreilles et vint les plaquer contre son visage, essayant de dissimuler la honte terrible qui la gagnait en cet instant.
Cette attitude de regret manifeste sembla contenter Nick, qui se rassit doucement sur sa chaise, avant de pousser un long soupir. Il comprit qu'à présent, il ne pourrait se substituer à quelques explications.
« La renarde, c'est ma sœur, Dizzie. Le renardeau c'est mon neveu, James, dont je suis également le parrain. »
Judy plaqua une patte contre sa bouche, étouffant un petit cri de stupeur, manifestation inconsciente de reproche face à sa propre culpabilité et sa stupidité ébouriffante. Pourquoi cela ne lui était pas passé par la tête ? Pourquoi s'était-elle immédiatement imaginé le pire ? Son esprit avait foncé à toute allure dans une seule et unique voie et s'était muré dans des certitudes si honteusement affirmées qu'elle n'avait même pas envisagé la simple solution que ces personnes soient tout bonnement des amis, ou des membres de la famille de Nick. Non… Immédiatement, elle avait laissé ce stupide sentiment de tristesse et de déception tirer ses propres conclusions hâtives. Le mot « jalousie » s'imposa une nouvelle fois, mais elle eut bien du mal à le repousser, ce coup-ci, car il était clairement responsable de sa conduite irrationnelle.
« Oh… Oh, Nick… Je me sens… Tellement idiote… C'est qu'après avoir vu cette plaque « Wilde&Fils » je crois… Je crois que mon esprit m'a joué des tours… Je suis tellement… Tellement désolée… »
Nick leva les yeux au ciel en secouant la tête, avant de faire un petit signe de la patte pour lui dire de laisser couler, mais elle voyait bien à sa réaction qu'il était encore un peu affecté par ce qu'elle avait laissé sous-entendre.
Judy ne savait vraiment plus où se mettre. Nick lui avait offert du réconfort, lui avait ouvert sa porte, lui avait offert son hospitalité et son amitié indéfectible, et elle… Comment est-ce qu'elle le lui rendait ? En portant des accusations frauduleuses à son encontre et en le suspectant de mener une double-vie. Vraiment, quelle belle preuve de reconnaissance.
« Ne te blâme pas, Carotte. Tu n'es pas tellement éloignée de la vérité. En fait, j'ai été marié quatre fois et j'ai douze petits illégitimes. »
« Quoi ? Sérieusement ?! » s'exclama Judy en se redressant d'un coup, les yeux écarquillés et la bouche tordue en une expression d'effroi.
La lapine fut aveuglée par un flash lumineux, suivi d'un éclat de rire du renard, qui tenait devant lui son smartphone. Judy fronça les sourcils, comprenant la manigance. Elle ne savait pas trop quelle expression elle avait affiché face à cette fausse révélation, mais la photo devait certainement être des plus compromettantes.
« Attends un peu que je poste ça sur Furbook ! » ricana Nick entre deux hoquets euphoriques.
« Nooooon ! » supplia Judy en se précipitant à ses côtés, essayant de lui arracher le téléphone des pattes. Mais c'était peine perdue, bien entendu. Nick, bien plus grand qu'elle, mit l'appareil hors de portée avant d'agripper Judy par la taille de sa patte libre afin de la tirer vers lui. Il tourna vers elle un sourire charmeur, et elle se sentit frissonner dans cette étreinte improvisée.
« Je vais garder cette photo comme moyen de pression. » expliqua-t-il dans un rictus tout en dents.
« C'est… C'est du chantage. » bredouilla Judy d'une voix incertaine.
« Non, très chère. Le chantage impliquerait que je t'impose une contrepartie, pas vrai ? Vois plutôt ça comme une épée de Damoclès. »
« Ce qui veut dire qu'un jour, ça tombera. » contesta la lapine sur un ton plus courroucé.
« Oh, si tu continues à insinuer que je suis un époux infidèle en quête d'aventures sans lendemain, il y a des chances, oui… »
Une nouvelle vague de honte s'abattit sur Judy qui baissa la tête d'un air dépité. Nick resserra un petit peu son emprise sur elle, dans le but de la rassurer.
« Allez, allez, ce n'est pas si grave. On a souvent tendance à juger sans savoir, pas vrai ? J'ai fait la même chose, le jour où on s'est rencontré, et le lendemain tu me sauvais la vie en m'extirpant des griffes d'un jaguar sauvage. »
« Oui, mais… Je n'aurais pas dû, Nick. Il n'y avait aucune raison pour moi de penser ça… J'ai vraiment dépassé les bornes. Je m'excuse. »
« Et je te pardonne, Carotte. J'avais entendu dire que les lapins étaient du genre possessifs, mais constater la vérité de cette information d'une manière si flagrante, c'en est presque effrayant. »
Judy secoua la tête avant de doucement s'écarter de lui. Il avait compris que la jalousie avait motivé son anxiété et avait conditionné son raisonnement, ça ne faisait pas un pli. Une vague de chaleur envahit à nouveau la lapine à cette idée, mais cette fois, elle ne fit aucun effort pour essayer de la retenir. En lieu et place de ça, elle retourna à sa place d'un pas légèrement dépité. Elle avait trop honte de sa conduite pour s'alarmer encore des signaux déplacés que son corps générait bien malgré elle. Nick ne sembla pas s'en offusquer, et elle crut le surprendre à humer l'air avec avidité, ce qui ne fit que renforcer sa gêne momentanée. Elle se remit piteusement à manger sa seconde assiette, essayant de trouver un peu de réconfort dans la nourriture. Le renard l'observa dans sa dégustation absente, l'air visiblement amusé… Au moins ne se formalisait-il pas trop des derniers évènements, ce qui motiva Judy à tenter sa chance et à creuser un peu plus loin. « Donc… Tu as une famille, n'est-ce pas ? »
« Jusqu'à preuve du contraire, Carotte, je ne suis pas né dans un chou. »
Judy leva les yeux au ciel avant de secouer la tête. Elle ne le laisserait pas s'en tirer avec une pirouette humoristique, cette fois-ci. « Tu as très bien compris ce que je voulais dire. »
« Tu veux en savoir plus sur la famille Wilde, c'est ça ? »
« Eh bien, ce serait déjà un bon début… Ça m'éviterait à l'avenir de tirer des conclusions ridiculement précipitées et de passer pour la plus complète des idiotes. »
Nick écarta les bras, rejetant toute forme de culpabilité quant à la situation malencontreuse qu'ils venaient de traverser. « Je ne suis absolument pas responsable des dérives de ton imagination débordante, Carotte ! Franchement, tu me vois, moi, marié et père de famille ? » Il étouffa un rire graveleux. « Ça tiendrait de la science-fiction ! »
« Oh, pourtant j'arrive sans trop de mal à me l'imaginer, personnellement… Je sais qu'au fond, tu es une crème. Je te vois bien papa poule, d'ailleurs… »
Nick secoua la tête en esquissant une grimace de dégoût qui fit beaucoup rire son interlocutrice. « Très peu pour moi, Carotte ! » conclut-il en ricanant, avant de se réinstaller sur sa chaise.
Judy leva un sourcil interrogateur. Nick croyait-il sincèrement réussir à s'en tirer aussi facilement, en détournant la conversation sur un nouveau sujet humoristique ? Elle ne le laisserait pas se substituer à quelques explications, cette fois-ci. « Alors, Nick… » reprit-elle. « Dis-moi tout sur la famille Wilde. »
Constatant qu'elle revenait à la charge sur le sujet et comprenant bien qu'il n'arriverait pas à s'y soustraire cette fois-ci, Nick poussa un soupir de lassitude avant de commencer à parler d'une voix lasse. « Bon, très bien… » commença-t-il. « J'ai une sœur et un frère. Nous sommes tous les trois de la même portée. Mes parents ont divorcé quand j'avais onze ans. Ma mère est partie vivre à Atlantea, et ma sœur l'y a suivi. Mon frère et moi sommes restés vivre à Zootopie avec mon père. Tu es contente, maintenant ? »
Il avait posé cette ultime question sur un ton un peu agressif qui fit comprendre à Judy qu'il lui en coûtait d'aborder ce sujet sensible, pour une raison qui lui échappait un peu. Certes, être le fils de parents divorcés n'était pas la chose la plus amusante du monde, mais de là à se braquer ainsi… La lapine en conclut qu'il y avait certainement autre chose de plus douloureux derrière tout ça, et hésita à insister d'avantage. D'un côté, sa curiosité et son envie d'en savoir plus sur Nick la poussait à l'interroger, de l'autre le respect et l'affection qu'elle avait pour son ami l'empêchaient de le questionner trop longuement sur un sujet qui, visiblement, le mettait mal à l'aise. Elle tenta néanmoins sa chance, avec une dernière question qu'elle formula de la manière la moins agressive possible, lui offrant la possibilité de répondre de manière évasive si cela l'incommodait trop : « Et tu les vois souvent ? »
« Je vois régulièrement ma mère et ma sœur… » répondit-il d'un ton détaché. « Parfois, je vais leur rendre visite à Atlantea, parfois, l'une ou l'autre vient me voir ici. On est en bons termes… Même si elles désespèrent de me voir faire quelque chose de ma vie… »
Et il s'arrêta là-dessus. Judy tendit un instant son visage vers lui, son regard interrogateur cherchant à le pousser à révéler les informations manquantes, mais rien ne vint. Pas un mot sur son père, pas un mot sur son frère. Nick dû saisir l'expression de la lapine, qui essayait de le motiver à en dire plus, mais il se contenta de détourner la tête en se murant dans le silence. Pour Judy, le signe était clair : elle n'en tirerait rien de plus ce soir, et insister sur le sujet ne leur causerait que des désagréments, à l'un comme à l'autre… Elle avait déjà suffisamment contribué à désagréger la bonne ambiance qui s'était instaurée entre eux avec ses spéculations déplacées quant à la vie privée de Nick, et cela la poussa à ne pas poursuivre d'avantage.
« Eh bien, quand elles sauront que, finalement, tu as décidé de tenter ta chance dans la police, elles risquent d'être surprises… » déclara Judy d'une voix joviale, offrant cette porte de sortie à la conversation dans l'espoir que Nick la saisirait pour redescendre sur des degrés d'échanges moins tendus.
« Tu l'as dit, Carotte. Je crois que c'est certainement la dernière carrière dans laquelle elles devaient s'imaginer me trouver un jour. »
Voyant que l'idée de se lancer dans cette nouvelle aventure semblait sincèrement réjouir le renard, Judy lui offrit un sourire chaleureux, tout en picorant dans son assiette.
« C'est sûr que c'est un virage à cent-quatre-vingt degrés pour toi. » déclara-t-elle. « Je suis plus qu'heureuse que tu le fasses, bien entendu… J'espère seulement que c'est réellement ce que tu veux. »
En effet, l'idée un peu égoïste selon laquelle Nick avait éventuellement accepter de devenir policier dans le but de faire équipe avec elle, et donc par extension, pour lui faire plaisir, était passée par la tête de Judy. Bien qu'elle lui semblât ridicule, elle avait besoin de se sentir rassurée quant aux motivations réelles de son ami. Il était inutile de lui faire perdre six mois à l'académie si c'était pour qu'il finisse par occuper un métier qui ne lui plaisait pas.
« Pourquoi ça, Carotte ? Je suis sûr que je serai à tomber en uniforme ! »
« Oh ! C'est donc une question de prestige, c'est ça ? »
« Carrément ! Attends un peu de me voir avec mes lunettes d'aviateur, engoncé dans mon bleu de travail… Tu me supplieras bien vite de tomber la chemise ! »
Nick eut à peine le temps de regretter cette dernière parole qu'une vague odorante lui percutait les naseaux de plein fouet. Il ne savait pas s'il parviendrait un jour à s'accoutumer à ce langage olfactif si particulier (il n'avait jamais passé autant de temps auprès d'une proie, et encore moins une qui soit issue de la classe des lagomorphes, si connue pour sa communication corporelle), mais pour l'instant, il ne se lassait pas de ces expériences sensorielles… Elles avaient presque l'effet d'une drogue sur lui. Il plissa les paupières, ce délectant un instant de l'odeur, et aurait pu jurer que sa bouche générait un flot plus important de salive pendant quelques secondes. Quand il rouvrit les yeux, il ne fut pas surpris de voir une Judy particulièrement gênée lui faire face, qui essayait de détourner le regard d'un air éperdu. Elle ne savait visiblement plus où se mettre.
« Bref ! » déclara-t-il d'une voix claire pour changer de sujet. « Si tu as terminé, je vais débarrasser tout ça. »
« Je vais t'aider, attends. »
Il tenta de protester mais elle se montra intransigeante, lui expliquant que chez elle, tout le monde participait aux tâches ménagères, et qu'elle avait gardé cette habitude. Il n'insista pas et la laissa l'épauler. Ils débarrassèrent et Judy insista pour qu'ils fassent ensemble la vaisselle très en retard du renard. Hors de question de rajouter deux assiettes sales sur une pile aussi instable… On courait droit à la catastrophe. Ils s'affairèrent donc à la vaisselle, Nick savonnant et rinçant tandis que Judy essuyait énergiquement. Se faisait, ils échangèrent sur divers sujets de la vie courante, revinrent sur leurs ressentis vis-à-vis des épreuves qu'ils avaient traversé au cours des derniers mois, toujours sur le ton de l'humour et de la camaraderie, et bien vite, il ne resta plus de vaisselle sale. Nick sembla s'en étonner et tourna un visage surpris vers son amie.
« Eh bien ! » déclara-t-il. « C'est bien la première fois que ça me semble si peu emmerdant… »
« C'est aussi pour ça qu'à deux c'est plus efficace ! On voit moins le temps passer ! »
Ajoutant le geste à la parole, elle tendit son poing pour un petit check, et Nick le lui concéda bien volontiers, avant de lui frotter la tête, juste entre les deux oreilles, un geste que Judy n'appréciait pas trop car elle le trouvait infantilisant.
« Vu notre expertise en matière de nettoyage de vaisselle, je suis sûr que notre duo fera des ravages au sein des forces de l'ordre, Carotte ! » commenta Nick d'une voix rieuse.
« Oui, mais je préfère te prévenir… Dans la police, l'efficacité ne paie pas, économiquement parlant. Pour quelqu'un accoutumé à gagner deux cent dollars par jours, tu risques de vite déchanter. La paie n'est vraiment pas terrible… »
« Haha… Oui… A ce propos… » Nick se frotta la tête, l'air un peu gêné. « Hum… J'ai peut-être… un peu exagéré, quand j'ai prétendu me faire autant d'argent. »
Voilà qui était intéressant… Judy croisa les bras et le contempla d'un air suspicieux. Elle avait commencé à émettre quelques doutes, effectivement, en constatant le milieu de vie relativement modeste du renard, mais maintenant elle avait l'occasion de connaître le fin mot de l'histoire.
« Ah bon ? » demanda-t-elle sur un ton faussement surpris. « Etre un artiste de l'arnaque ne paie pas si bien que ça, en fin de compte ? »
« Une bonne arnaque demande du temps pour être mise en pratique, et ça ne marche pas toujours. » expliqua Nick. « C'est pas une science exacte, et donc du coup tu ne te dégages par un revenu stable, avec ça. Le jour où on s'est rencontrés a été une journée faste pour Finnick et moi… Malheureusement, elles ne sont pas toutes comme ça. »
« Et donc, tu gagnes combien, en vérité ? » demanda la lapine d'une voix pleine de curiosité.
« Assez pour vivre. Mais pas beaucoup plus. » concéda Nick, un peu honteux. « Si je devais payer le loyer de cet appartement, je pense que je ne m'en sortirais pas, en fait… »
« Comment ? Tu ne paies pas de loyer ? »
« Mon père avait acheté cet appartement. J'en ai hérité. »
Judy resta muette. En quelques mots, Nick lui en avait révélé beaucoup. L'avait-il fait sciemment ou non ? Elle l'ignorait, mais lui en était reconnaissante.
« Ce qui veut dire que ton père est… » Elle s'en voulut d'avoir exprimé tout haut sa pensée, mais visiblement Nick ne s'en formalisa pas, et se contenta d'hocher la tête.
« Tout ce qu'il reste de mon père, c'est une étiquette sur une sonnette. Il n'y a rien à dire de plus. »
Ayant lâché ces mots, il se détourna d'elle avant d'aller s'installer sur le canapé. Il ne témoignait pas de colère, ni même de rancœur particulière… Plus une sorte de détachement caractéristique qui, étrangement, peinait beaucoup plus Judy qu'une expression plus claire de ses sentiments par rapport à la question. Pas de douleur, ni de peine, ni de tristesse, encore moins de colère ou de révolte… Seulement une acceptation passive et un rejet en bloc de tout ce qui avait trait au sujet. Si elle espérait un jour pouvoir franchir ce mur de mystères, il faudrait qu'elle se montre des plus habiles, car il était aussi haut qu'abrupt, et la chute risquait d'être mortelle si elle s'accrochait à une mauvaise prise.
La lapine le rejoignit sur le canapé d'un pas rapide, s'installant dans l'angle formé par le dossier et l'accoudoir opposé à celui de Nick. Le renard restait silencieux, perdu dans ses pensées, et Judy comprit qu'il fallait qu'elle ramène la conversation sur un sujet moins sensible pour avoir une chance de récupérer une once de bonne humeur chez son ami.
« Mais alors, pourquoi m'avoir aidé ? Tu ne risquais pas grand-chose avec ma menace de fraude fiscale ? »
« Le fait que je ne gagne pas autant que ce que je prétends n'enlève rien au fait que j'acquière cet argent illégalement, Carotte. Si le fisc était venu mettre son nez dans mes comptes, même s'ils ne sont pas très fournis, j'aurais eu à justifier la provenance de ces fonds, et attirer l'attention de la justice sur moi. Et crois-moi, il n'y a rien qu'un arnaqueur déteste plus qu'être dans le collimateur de la dame aux yeux bandées, surtout quand ledit arnaqueur est un renard. »
Judy laissa la tête, légèrement honteuse de sa manœuvre pour obliger Nick à lui venir en aide, à l'époque. « Je regrette, Nick… Si j'avais su ta situation, je n'aurais pas manigancé tout ça pour t'obliger à collaborer à mon enquête. »
« Tu as trop bonne âme, Carotte. Tu ne devrais pas avoir de scrupules par rapport à ça. Je passe ma vie à arnaquer les gens et à exploiter leurs petites faiblesses… Pour une fois, je me suis fait avoir sur mon propre terrain. Ce genre d'expérience, ça apprend l'humilité ! Et puis, si tu ne l'avais pas fait, nous ne serions pas là en train d'en discuter aujourd'hui… Et crois-moi, je ne sacrifierais ça pour rien au monde. »
Judy ne chercha pas à s'en dissuader : ces paroles la touchèrent énormément. Elle offrit un sourire radieux à Nick avant de poser sa patte par-dessus la sienne, puis la serra doucement.
« Merci, Nick. »
Le renard se contenta de lui rendre son sourire, et ils restèrent ainsi, silencieux, pendant plusieurs secondes, se contemplant mutuellement, heureux de s'être trouvés et de pouvoir partager ce moment, malgré toutes les épreuves qu'ils avaient traversé. Au final, ils en étaient ressortis plus forts, ensemble.
Nick fut le premier à rompre le silence, extirpant doucement sa patte de l'étreinte de Judy avant de faire un signe du museau en direction de sa blue-raythèque.
« Alors, Carotte… Qu'est-ce qui te ferait plaisir pour initier cette soirée cinéma ? »
La lapine tourna la tête vers la mine d'or vidéoludique de Nick, et concentra son attention sur les bordures des boîtes, essayant de trouver l'un ou l'autre film qu'elle n'aurait éventuellement pas vu, ou au moins un chef d'œuvre qu'il lui aurait fait plaisir de revoir. Ses parents n'avaient pas énormément de revenus, et certainement pas de quoi fournir de l'argent de poche à près de trois cents enfants, qui tous avaient des passions diverses et variées. Outre le sport, la musique et les jeux-vidéos, l'une des plus grandes passions de Judy était le septième art… N'ayant pas les moyens de se rendre très souvent au cinéma, et encore moins de s'offrir des DVDs et des Blue-Rays, elle s'était autorisée, dès son adolescence, à contrevenir à la loi qu'elle avait pourtant juré de servir et de défendre, et avait commencé à télécharger illégalement une quantité astronomique de films et de séries. Elle les avait englouti avec avidité, et avait passé des nuits blanches entières à enrichir sa culture cinématographique, cherchant à connaître tous les genres, et à voir tous les grands classiques… Mais elle avait un péché mignon des plus étranges… Et il s'avérait que ce soir, rien ne lui aurait fait plus plaisir que d'y céder.
Elle tourna donc un regard énigmatique vers Nick, et l'interrogea d'une voix un peu timide, redoutant de lui offrir un sujet de moqueries délectable, un filon qu'il pourrait exploiter librement au cours des années à venir.
« Je suppose que… Que tu n'as pas de vieux films fantastiques, science-fiction on horreur ringards, pas vrai ? »
Nick souleva un sourcil avant de laisser un sourire narquois lui fendre le museau. Et voilà, c'était gagné : il allait se moquer d'elle, maintenant.
« Tu as devant toi près de six-cents films de grande qualité, et la seule chose que tu as envie de regarder, c'est une veille série Z ? »
Judy acquiesça nerveusement. Quitte à y être jusqu'au cou, autant l'assumer. « Et si tu as du triple Z, c'est encore mieux… »
« Ceci va demander un matériel de professionnel. » répondit Nick avec délectation, avant de se laisser glisser au sol et de s'agenouiller pour farfouiller sous le canapé, dont il finit par extraire une vieille boîte à chaussures dont il fit sauter le couvercle. La boîte était remplie d'une quantité impressionnante de DVDs gravés. Judy écarquilla les yeux avant de rejoindre Nick au sol, s'agenouillant à ses côtés.
« On ne trouve pas ce genre de merdes dans le commerce, malheureusement. » commenta Nick. « Alors j'ai été moralement obligé de les télécharger et de les graver… Pour mon plaisir personnel. »
Oh. Donc il n'y aurait pas de moqueries de sa part, car visiblement l'honnêteté de Judy venait de révéler un sacré point commun entre eux. Ils avaient tous deux un amour coupable pour les vieux films d'horreur ringards, aux effets spéciaux ridicules, aux jeux d'acteur misérables, et aux scénarios complètement absurdes. Et s'ils étaient bien gores (et que le gore était très mal fait), c'était encore mieux.
« Nick… Depuis combien de temps tu… ? »
« Depuis l'adolescence. » confirma-t-il en hochant la tête, sur le ton de la confidence, comme l'aurait fait un alcoolique reconnaissant sa dépendance auprès d'un camarade de beuverie.
« C'est absolument génial ! » s'exclama Judy, euphorique. Ne pouvant contenir sa joie, elle l'agrippa par la nuque et le tira vers elle, calfeutrant sa tête dans le creux de son cou pour s'y frotter affectueusement. Lorsqu'elle le relâcha, le pauvre Nick était complètement sonné par la violence passionnelle non contenue de cette étreinte, et crut qu'il allait chavirer. Cette lapine causera ma perte, parvint-il à raisonner.
« Oh ! Tu as L'invasion des castors mutocannibales ! Un grand classique ! » déclara-t-elle en extrayant le DVD gravé de la boîte à chaussures avant de le mettre de côté. Visiblement, elle avait l'intention de parcourir toute la collection honteuse de Nick et d'en faire une pré-sélection. Le renard la regarda faire pendant un moment, tandis qu'elle sélectionnait quelques films particulièrement mauvais, puis se redressa, la laissant à ses recherches.
« Je vais préparer le popcorn. Essaie de nous trouver quelque chose de bien juteux ! Je me sens d'humeur saignante ce soir. »
« A vos ordres, Mister Fox ! » répondit-elle d'un ton enjoué.
Nick passa rapidement le seau de popcorns au micro-onde, afin qu'il soit bien chaud, et pris même la peine de l'arroser d'un peu de sucre en poudre, afin de le faire caraméliser d'avantage. Une fois qu'il fut de retour, Judy se débattait encore avec trois boîtes, son regard concentré passant de l'une à l'autre. Nick les jaugea d'un coup d'œil, et souleva un sourcil.
« Tu sais quoi, Carotte ? Allons-y pour un marathon nanardesque. Ne te casse pas la tête, on va se faire les trois ! »
Tout sentiment de fatigue s'en était allé, remplacé par une euphorie contagieuse. Judy ne chercha pas à contrevenir à la proposition de Nick, se contentant de sourire de toutes ses dents avant de lui tendre la première boîte, accréditant sa proposition d'un air entendu. Ce serait une longue nuit, qui succèderait à une longue journée. Son corps demandait grâce, car il était rompu et éreinté, mais son esprit n'en avait cure, et avec le renfort de ses sentiments, qui n'aspiraient qu'à passer le plus de temps possible aux côtés de Nick, sa raison avait cédé à la tentation avant même de prendre le temps d'y réfléchir à deux fois.
Nick inséra L'attaque des carottes cannibales 3 dans le lecteur DVD, et lança le film.
« C'est plutôt cruel de ta part, Carotte. Il y a un nombre incroyable de lapins qui se font bouffer, dans ce film… »
« Ce n'est que justice ! » répondit Judy d'une voix rieuse, forçant un ton faussement cruel. « Vu toutes les carottes que nous dévorons au cours de nos existences, il est normal qu'un jour elles cherchent à se venger ! »
L'idée fit beaucoup rire Nick, tandis qu'une vieille musique au synthétiseur, complètement ridicule, envahissait le salon… La bande son de ces chefs-d'œuvre de nullité faisait également partie de leur charme tout particulier.
« Et puis, quand tu passes les vingt-quatre premières années de ta vie au milieu d'une horde de tes semblables, il y a certains moments où tu en arrives à avoir des envies de génocides… Qu'ils soient perpétrés par des carottes, ou pas. »
« Eh bien, miss Hopps ! » s'esclaffa Nick d'un ton surpris. « Psychopathe ne faisait pas partie des qualificatifs que je t'aurais attribué, mais il faudra que nous ayons une sérieuse conversation sur le sujet, car il me brûle d'en savoir plus. »
Judy leva les yeux au ciel avant de secouer la tête, se rapprochant de Nick pour pouvoir profiter du seau de popcorns qu'il avait posé à ses côtés. Ils regardèrent le film avec attention, dévorant goulument les plaisirs sucrés qui leur collaient autant aux pattes qu'aux dents. Ils ne manquèrent jamais une occasion de commenter la nullité d'un costume, le jeu pitoyable d'un acteur ou le ridicule de la mise en scène, riant énormément. Un commentaire bien senti de Nick au moment de la mort grotesque d'une lapine se faisant dévorer la tête par une carotte géante, après avoir été plantée dans un champ, valut un fou-rire terrible à Judy, qui crut mourir d'asphyxie. Les cotes endolories, elle en riait encore alors que le générique marquait la fin du premier film de la soirée.
Judy encouragea immédiatement Nick à mettre le suivant, Furminator, parodie grotesque et outrageusement gore du grand classique de James Cateron. Au bout de vingt minutes de film, Judy, qui connaissait celui-ci presque par cœur, commença à anticiper les dialogues. Nick la rejoignit dans ce jeu, et bien vite ils s'amusèrent à inventer leurs propres lignes de texte, et à faire tenir aux personnages des propos encore plus ridicules que ce que le scénario, pourtant indigent, leur imposait déjà. Ce petit jeu aurait pu lasser n'importe qui, mais pas ces deux énergumènes, qui s'amusèrent comme des fous et ne virent pas le temps passer, se félicitant mutuellement pour l'ingéniosité et la crétinité de leur imagination débordante.
Enfin, le troisième film, Taxidermie Massacre, que Judy n'avait encore jamais vu, mais que Nick avait présenté comme un summum de nullité absurde, fut peut être le coup de trop pour la petite lapine qui, en dépit de sa lutte farouche pour garder les yeux ouverts, commença à somnoler dangereusement. Son corps partit instinctivement en quête de confort, tandis qu'elle forçait sa conscience à se concentrer sur les quantités astronomiques d'effusions d'hémoglobines que provoquait Jack l'écorcheur, un phacochère irradié et aliéné, dont le seul plaisir était d'écorcher vifs les vacanciers qui avaient la malchance de se perdre dans le marais reculé où sa famille consanguine avait élu domicile. De fait, elle bascula presque inconsciemment sur le côté, se calfeutrant contre Nick, déposant sa tête contre son épaule tout en lui agrippant le bras des deux pattes. Si elle avait vaguement conscience de ce qu'elle était en train de faire, le plaisir qu'elle en ressentit repoussa toute démarche de rationalisation quant à la conduite à adopter. Est-ce que c'était déplacé ? Est-ce que cela dépassait la limite qu'imposaient leurs rapports amicaux ? Peut-être bien. Mais en cet instant précis, elle s'en moquait totalement. Elle était heureuse, et elle se sentait à sa place. Si Nick la repoussait, elle s'en accommoderait, mais pour le moment, elle avait besoin de lui.
Le renard se figea pendant quelques secondes, tandis que son amie se lovait contre son bras. L'espace d'un instant, il fut tenté de retirer sa patte pour lui faire comprendre qu'ils ne devaient pas faire ça, que ça allait peut-être un peu trop loin. Mais au final, il se détendit un peu… Tout simplement parce qu'au-delà de l'étrangeté de la situation… Il trouvait ce contact des plus agréables. Les petits soupirs de contentement que poussait Judy, à moitié endormie à présent, ne faisaient qu'ajouter au bien être qu'il ressentait en cet instant. Il se sentait étrangement fier. Fier, car il était clair que la lapine se sentait bien à son contact… Détendue et heureuse. Quelle confiance formidable lui accordait-elle désormais, pour se sentir libre de se laisser ainsi aller en sa présence. La sienne, celle d'un prédateur. Un sourire étrange se dessina sur son museau, et il tourna la tête vers elle, se perdant dans la contemplation de son visage serein et détendu. Les oreilles plaquées dans le dos, elle luttait contre le sommeil. Ses pattes perdirent de leur emprise, tandis qu'elle sombrait, et elle faillit glisser vers l'avant, se réveillant d'elle-même en sursaut avant de se raccrocher désespérément au bras du renard.
Nick sourit, et s'extirpa de son étreinte. Judy crut qu'il était lassé de ce rapprochement, et qu'il voulait qu'elle prenne ses distances, mais sans un mot, il fit glisser son bras derrière sa nuque, la tirant vers lui afin qu'elle puisse se reposer contre son torse. Il ramena ensuite sa patte contre le bras de la lapine, la maintenant en position pour l'empêcher de glisser à nouveau.
Judy émit un petit soupir de contentement… Il cherchait juste à améliorer son confort, et elle n'allait pas s'en plaindre. La tête plaquée contre le torse de Nick, elle pouvait percevoir les battements solides et réguliers de son cœur puissant. Le rythme cardiaque de son ami était similaire à celui d'un métronome, battant une mesure apaisante, qui ne fit que renforcer son envie de se laisser aller, et de dormir. Il y avait bien longtemps qu'elle ne s'était pas sentie aussi bien, aussi apaisée, aussi heureuse. Tous les soucis qui lui pesaient sur l'esprit semblaient distants et sans conséquence, en cet instant. Il n'y avait que Nick. Nick, son ami, son confident, son protecteur. Dans le creux de ses bras, elle se sentait à l'abri de tout.
Alors qu'elle était sur le point de s'endormir définitivement, elle sentit la patte du renard glisser le long de son oreille et en apprécier la douceur duveteuse. A ce contact, elle frissonna et entrouvrit les yeux. Nick dû s'en apercevoir, car il repassa à nouveau sa patte dans le même sens, de manière plus insistante. Cette fois, Judy écarquilla ouvertement les yeux. Les oreilles étaient l'une des zones les plus sensibles de l'anatomie des lapins, et habituellement, ils détestaient qu'on y touche… Mais le contact à la fois ferme et délicat de la patte de Nick éveilla chez elle une sensation extatique qu'elle n'avait jamais ressentie, et elle laissa échapper un petit gémissement de plaisir. Le renard stoppa son geste à l'audition de ce son, et Judy se sentit rougir de la tête aux pieds, honteuse de s'être laissée ainsi allée.
« Pardonne-moi, Carotte… » déclara Nick d'un ton sincèrement désolé. « Je n'aurais pas dû faire ça… »
Il s'était laissé aller à l'enchaînement étrange de la situation, mais il était clair qu'ils dépassaient tous les deux les limites saines de leur relation, en cet instant précis. Aller plus loin risquait d'avoir des conséquences sur leurs rapports, et il n'avait pas envie de prendre ce risque. Judy était l'une des seules personnes auprès de laquelle il s'était senti bien et en confiance, et ce depuis très longtemps… Il n'avait pas envie de perdre ça au profit d'un dérapage un peu stupide, que rien ne venait justifier.
Mais visiblement, Judy ne pensait pas comme lui, car elle se frotta doucement contre son torse, comme pour l'inciter à reposer sa patte sur son oreille, avant de murmurer : « Tu me dois un massage, Nick… Tu as oublié ? »
Judy savait qu'à présent, elle allait trop loin et qu'elle dépassait les limites qu'elle s'était elle-même imposée. Mais elle s'en moquait éperdument. Pour la première fois depuis des mois elle s'était sentie parfaitement bien, et elle n'avait qu'une seule envie : que ce moment dure, ne serait-ce qu'encore un peu. Elle n'avait pas l'intention de mettre Nick mal à l'aise ou de jeter leur amitié aux orties… Mais elle ne parvenait pas à se rationnaliser. La proximité qu'ils affichaient depuis quelques minutes était tout ce à quoi elle aspirait pour l'instant. S'il devait y avoir des conséquences, elle était prête à y faire face en temps voulu.
Elle fut donc rassurée et heureuse de sentir la patte de Nick se déposer à nouveau contre son oreille.
« Un pari est un pari… » déclara-t-il d'une voix incertaine, où Judy eut le sentiment de détecter une note de faiblesse qui la fit défaillir. Est-ce que Nick était effrayé ? Avait-il peur de la direction que prenaient leurs échanges d'affections ?
Effrayé n'était pas le mot. Judy était loin de la vérité. En fait, Nick était tout simplement terrifié. Lui qui avait l'habitude de contrôler la situation, d'être maître du jeu, se retrouvait à présent dans une posture inconfortable où il avait l'impression de ne plus rien maîtriser du tout. Il se réjouissait de chaque seconde, mais d'un autre côté, une parcelle de son esprit lui hurlait d'arrêter car il était en train de tout foutre en l'air. Il ne savait même pas lui-même à quoi cette part inconsciente et angoissée de sa psyché faisait référence, mais son instinct civilisé lui hurlait de l'écouter… Son instinct sauvage, en revanche, lui intimait l'ordre d'aller au bout des choses, en dépit des conséquences, et d'en savourer chaque instant sans y réfléchir à deux fois.
Et puisque Judy tendait à donner raison à cet instinct secondaire, ce fut celui-ci qu'il se décida à suivre, mais non sans crainte. Il se souvint que Judy avait précisé au moment du pari que le massage devrait être appliqué, il s'attela donc à répondre à ses attentes, et d'une patte experte, commença à palper lentement le sommet duveteux des oreilles de la lapine. Celle-ci frémit doucement, semblant apprécier le contact. Nick passa un petit moment à contenter cette zone avant de glisser lentement le long de la courbe extérieure, laissant son pouce s'enfoncer dans les légères aspérités et les recoins, les palpant doucement dans un mouvement de roulement, lent et mesuré.
Judy ferma les yeux et se mordit les lèvres, bouillonnant intérieurement d'un plaisir quasi extatique. Il n'était pas normal que cela lui fasse autant de bien… Nick n'avait pas exagéré sur ses talents en matière de massage. Ses mouvements étaient appliqués, adroits autant que délicats, exerçant l'exact quantité de pression nécessaire sur le moindre centimètre carré, éveillant des sensations dans des parties de ses oreilles dont elle ignorait jusqu'alors l'existence sensorielle. Bien entendu, le plaisir ne faisait que croître à mesure qu'il se rapprochait de la base, prenant plus de temps pour gratifier ces parties de caresses d'une douceur incroyable. Un nouveau jappement échappa de la bouche de Judy, qui se mit à haleter doucement. Elle avait l'impression de manquer d'air, et ne faisait absolument aucun effort pour contrôler la chaleur brûlante qui lui ravageait tout le corps.
Pour Nick, c'était un régal olfactif. Judy ne se contenait plus et libérait des gammes odorantes absolument délicieuses qu'il humait avec délectation, se moquant totalement du fait qu'elle puisse se rendre compte qu'il reniflait à présent l'air avec avidité. Cet air chargé de son odeur… Et cette odeur avait un nom : plaisir. L'instinct de Nick prit le dessus, tandis que les décharges odorantes mettaient son esprit à mal, et il poussa un grognement de contentement sauvage. Une part encore rationnelle de son esprit craignit que la lapine ne s'effraie de cette manifestation de ses instincts de prédateur, mais bien au contraire, cela éveilla dans le corps de son amie un frisson incontrôlable. Elle se pressa d'avantage contre lui, et commença à frotter doucement sa tête contre son torse, déposant son odeur sur ses vêtements.
Une parcelle de l'esprit de Judy fut horrifiée de ce qu'elle était en train de faire, et essaya de la raisonner en s'exprimant directement à elle. Judy ! Arrête ! Tu es en train de le marquer ! Nick n'est pas à toi ! Ce n'est pas ton mâle ! Mais elle repoussa au loin cette rabat-joie, laissant libre court à ses instincts devenus incontrôlables. Elle se redressa subitement sur ses genoux, pour pouvoir atteindre le creux du cou de Nick, où elle calfeutra sa tête, frottant plus énergiquement son pelage contre celui du renard, qui grogna à nouveau de plaisir à ce contact.
Nick écarquilla les yeux lorsqu'il prit conscience de ce qu'était en train de faire Judy. Elle était en train de le proclamer sien. Le faisait-elle en toute connaissance de cause, ou bien se perdait-elle dans l'euphorie du moment, sa fatigue s'ajoutant au stress de la journée ? Percevant l'odeur extrêmement forte et entêtante qu'elle déposait avec application sur chaque parcelle de son pelage, Nick crut défaillir. Il se mit à haleter, accélérant la palpation de sa patte contre l'oreille de Judy, avant de venir la glisser dans le creux de sa nuque, où il appliqua une certaine pression, avant d'enfoncer ses griffes sous son pelage, grattant légèrement sa peau avec une impatience sauvage manifeste.
La réponse corporelle de Judy à ce contact fut immédiate. Elle poussa un nouveau cri éperdu, et passa ses pattes autour du cou de Nick, redressant sa tête à son niveau avant de frotter sa joue contre la ligne marquée de son museau. Celui de Judy tremblait à tout rompre, aspirant l'air avec avidité pour parvenir à maintenir la cadence que lui imposaient les battements effrénés de son rythme cardiaque. Tout son corps était en alerte, exprimant un besoin instinctif immédiat et impétueux, qui demandait à être assouvi sur le champ. Sa bouche se rapprochait de plus en plus de celle de Nick, et le renard sentit le souffle éperdu de Judy glisser contre ses babines, s'infiltrer entre ses dents.
L'inévitable allait se produire d'un instant à l'autre, si aucun des deux ne tentait de calmer le jeu. Nick tenta une dernière fois de rationnaliser la situation, et parvint à grommeler : « Ju… Judy… Il… Il ne faut pas… »
« Nick… Je… Je t'en prie… »
Comment résister à ça ? Tout son corps le suppliait de céder. Même son esprit n'avait plus aucune emprise concrète sur la situation… Et Judy était totalement perdue. Elle avait lâché l'affaire, et ne cherchait même plus à réfléchir à ce qui se passait. Sa voix exprimait une urgence réelle, un besoin concret. Qui était-il pour s'opposer à ça ? En avait-il seulement envie, d'ailleurs ?
Leurs bouches n'étaient plus qu'à quelques millimètres l'une de l'autre. Nick pouvait sentir l'air brûlant que Judy expulsait en petites saccades chaotiques. Bientôt, il pourrait l'aspirer directement, du bout des lèvres. La lapine tendait déjà les siennes… Il n'y avait plus qu'un geste à faire et…
Et le portable de Judy sonna, les ramenant tous deux à la réalité.
Le son électronique fut comme un déclic, repoussant au loin les besoins liés à leurs instincts ancestraux, tandis que la modernité et les rapports sociaux qui l'accompagnaient redevenaient soudain beaucoup plus concrets. Judy écarquilla les yeux, reprenant la maîtrise de son corps. Elle ne s'écarta pas brutalement de Nick, se contenant de lui sourire, presque pour lui faire comprendre qu'elle ne regrettait aucunement ce qui venait de se passer. Il lui rendit son sourire, bien qu'il semblât un peu plus gêné, pour sa part. La lapine se laissa glisser sur le côté, reprenant sa place sur le canapé avant d'extraire son portable de sa poche.
Nick passa une patte tremblante dans son cou… Il pouvait encore y sentir la chaleur de Judy… Et son odeur… Il ne s'en débarrasserait pas facilement. Elle l'avait marqué. Elle l'avait proclamé sien. Avait-elle conscience de l'impact symbolique que cela pouvait avoir au sein d'une société constitué de mammifères ? Pour les prédateurs, c'était encore pire, car cela tenait de l'ordre du rituel amoureux, qui accompagnait l'acte sexuel. Tous ceux qui le croiseraient au cours des prochains jours penseraient qu'il était tout, sauf célibataire. Ce type de phéromones résistait à tout, et tenait des jours entiers. Rien n'en viendrait à bout, pas même de l'atténuateur olfactif. Avait-il vraiment envie de s'en défaire, de toute manière ? La voix rieuse de Judy le tira de sa réflexion médusée, alors qu'elle activait l'option MuzzleTime de son téléphone.
« Hey, c'est mes parents ! » s'exclama-t-elle d'une voix joyeuse.
« Judy, tout va bien ? » questionna Bonnie Hopps d'une voix inquiète. « On s'est fait un sang d'encre ! On a attendu de tes nouvelles toute la journée ! »
« Pourquoi es-tu partie si soudainement ce matin, trésor ? » demanda Stu, le père de Judy. « C'était à n'y rien comprendre ! Où es-tu en ce moment ? »
« Attendez, doucement, doucement… » leur demanda Judy en riant doucement. « Laissez-moi une chance de répondre. Je suis désolée d'être partie aussi vite avec le camion… Vous n'avez pas eu de mal à rentrer à la ferme, du coup ? »
« Non, ne t'en fais pas. Gideon s'est proposé de nous ramener. » expliqua Bonnie. « Mais peu importe… C'est à toi de t'expliquer, jeune fille ! »
« Oh, oui, pardon… Eh bien, vous n'allez pas y croire mais… »
S'ensuivit près d'un quart d'heure d'un retour complet sur les évènements de la matinée. Comment elle avait réussi à faire le lien entre le nom des Hurleurs Nocturnes et les Minicampum Holicitias, comprenant de fait que quelqu'un ciblait les prédateurs de Zootopie. Suivi le résumé de ses retrouvailles avec Nick (ce qui surpris le renard : visiblement, elle avait parlé de lui à ses parents), leur réconciliation, l'enquête pour remonter jusqu'à Doug, le chimiste à l'origine de la substance toxique, la fuite à bord du train, tout jusqu'à l'arrestation de Dawn Bellwether. Les parents de Judy n'étaient pas peu fiers, mais également extrêmement inquiets de toutes les situations dangereuses qu'elle avait traversées. Ils étaient également estomaqués d'apprendre que toute cette affaire était en réalité un complot mené de toute pièce par des proies à l'encontre de la minorité que représentaient les prédateurs.
« C'est absolument terrifiant. » conclut finalement Bonnie. « Mais je comprends mieux pourquoi tu ne nous as pas appelé plus tôt. Je suppose que ta journée a été éreintante et très chargée. »
« C'est vrai… » concéda Judy. « Mais j'aurais dû vous prévenir, malgré tout. Je suis désolée que vous vous soyez fait du souci pour rien. »
« Et qu'en est-il de ta situation ? » demanda Stu d'un ton inquiet. « Ils vont te laisser revenir dans la police, n'est-ce pas ? »
Judy tenta d'ignorer le ton de déception qu'elle perçut dans la voix de son père lorsqu'il évoqua son éventuel retour au sein des forces de l'ordre, et elle se contenta d'acquiescer. « Ça risque de prendre un peu de temps étant donné la situation, mais le chef pense que ça devrait pouvoir se faire au cours des prochaines semaines. »
« Qu'est-ce que tu vas faire, en attendant ? Tu reviens à la maison ? » questionna Stu.
« Oui, je pense… Il faut bien que je vous ramène le camion, de toute manière… Et je n'ai aucune affaire ici. »
« C'est vrai, mon ange… Mais du coup, où es-u ? Ça ne ressembla pas à une chambre d'hôtel. »
« Oh ! Je… Je suis… » Elle lança un regard en coin à Nick pour tenter de trouver du soutien auprès de lui, mais il se contenta d'hausser les épaules, l'air de dire débrouille-toi. Ne trouvant aucun mensonge convaincant à leur offrir, Judy s'obligea à s'en tenir aux faits. « Eh bien, Nick m'a proposé de m'héberger pour cette nuit, comme je dois assister à cette conférence de presse demain matin. »
« Oh. » Réaction simultanée du père comme de la mère. Nick grimaça à ce son. Bien entendu, qu'ils seraient opposés à l'idée. Des parents s'inquiétaient déjà quand leur enfant allait dormir chez un individu du sexe opposé, et cela même s'il était de la même espèce… Alors là, imaginer leur fille dormir chez un prédateur, et qui plus est un renard… Ils ne risquaient pas de sauter de joie.
« C'est… C'est très gentil de sa part. » finit par commenter Bonnie d'un ton un peu éperdu.
« Tu as toujours ton répulsif à renard, pas vrai ? » demanda Stu à voix basse, d'un ton plus méfiant.
« Papa ! Tu n'as pas honte ? Excuse-toi tout de suite auprès de Nick ! »
Et sans prévenir, elle pivota l'écran de son téléphone en direction du renard, qui écarquilla les yeux à ce geste imprévu. S'il y avait bien une chose à laquelle il ne s'était pas attendu, c'était de se retrouver intégré de force à la conversation. Il grimaça un sourire maladroit, avant d'agiter les doigts de sa patte droite.
« Hey ! » parvint-il à articuler face à l'expression de surprise partagée par les deux géniteurs de la lapine dont il arborait à cet instant l'odeur très érotique. « Ravi de faire votre connaissance… Papa et maman de Judy ! »
« C'est monsieur et madame Hopps ! » le corrigea Stu d'un ton ferme avant que Bonnie ne le repousse en le réprimandant sauvagement.
« Ne l'écoutez pas, Nick ! C'est un vieux grincheux. Je suis Bonnie, la mère de Judy. Et cet énergumène est mon mari, Stu. Et vous l'appellerez Stu, comme vous m'appellerez Bonnie. Pas de monsieur et madame Hopps, entre nous ! »
Nick capta le sourire ravi qu'afficha Judy en entendant sa mère se montrer si douce et si avenante à l'égard de son ami. Cela motiva Nick à faire un effort de prestance, afin d'offrir une bonne image de lui aux parents de son amie.
« Très bien, Bonnie. J'espère que vous n'êtes pas trop choquée à l'idée que Judy dorme ici, ce soir. Je sais que cela peut paraître un peu étrange… Mais je ne pouvais pas la laisser dormir dans le camion, pas vrai ? »
« Il n'y a rien d'étrange, Nick. » le rassura Bonnie. « Judy nous a énormément parlé de vous. Je suis personnellement très heureuse que vous vous soyez réconciliés… Si vous aviez vu dans quel état elle était à cause de cette dispute… »
« Maman ! » s'indigna Judy, ce qui arracha un sourire à Nick, ravi de voir la situation se retourner un peu contre elle.
« Quoi ? Je dis seulement la vérité… Enfin bref ! Rien d'étrange, comme dit. Stu et moi vous sommes très reconnaissants de tout ce que vous avez fait pour aider Judy. Et de l'hospitalité que vous lui offrez ce soir. Pas vrai, Stu ? »
Le lapin un peu bourru, et clairement surprotecteur envers ses enfants, se contenta d'émettre un grognement.
« Il n'y a vraiment pas de quoi, Bonnie. Je vous repasse Judy, maintenant. Vous avez sans doute beaucoup de choses à vous dire ! »
Nick repassa le téléphone à sa propriétaire, qui lui offrit un sourire avant de tourner son attention vers ses parents.
« Quand est-ce que tu rentres, ma puce ? » demanda Bonnie.
Le renard arrêta d'écouter la conversation à cet instant, faisant un petit signe à Judy pour lui dire qu'il revenait. Il pensait qu'un petit moment en privé avec ses parents était ce dont elle avait besoin maintenant… Et lui, il avait besoin de s'aérer les méninges, car leurs ébats sur le canapé étaient encore trop présents en son esprit. Si le téléphone n'avait pas sonné, que ce serait-il passé ? Jusqu'où les choses seraient-elles allées ? A l'odeur enivrante que Judy avait laissée sur lui, il n'y avait que peu de doutes quant à la façon dont les choses se seraient terminées…
Tandis qu'il s'appuyait sur le rebord de la fenêtre de la cuisine, qu'il avait ouverte pour laisser l'air nocturne lui caresser le pelage, il ferma les yeux, pensif et légèrement anxieux.
Où allaient-ils, tous les deux ? Tout semblait les opposer et aurait dû faire en sorte de les laisser dans leurs cadres respectifs, évoluer chacun de leur côté, au sein de cette société apparemment mixte, mais qui souffrait en réalité d'un cadre moral des plus stricts… Aux yeux du monde, ils n'avaient rien à faire ensemble… Alors pourquoi tout semblait vouloir les pousser l'un vers l'autre ?
Ne trouvant pas de réponse à cette question, Nick fit la seule chose qui était à sa portée pour cesser de se torturer l'esprit.
Il décida de l'ignorer.
