Chapitre 4 : Le Juge

Les chuintements de Leslie. Sebastian les entendait depuis quelques minutes déjà. Son chemin le conduisit à une salle circulaire. Leslie était relié à une énorme machine et Jimenez, ce fils de pute, était là, dans son rôle favori, celui du scientifique tortionnaire. Sebastian marcha dans la lumière. Son esprit était déjà préparé. Il n'était pas resté insensible ; personne, pourvu d'un soupçon d'humanité, n'aurait pu.

- Ah détective Castellanos ! Vous tombez bien ! Je vais tous nous sortir de...

Le coup de feu qui explosa son genou droit l'arrêta net ; Sebastian était trop furieux pour avoir entendu un traître mot. Marcelo poussa un vagissement guttural de douleur. Dieu qu'il était pitoyable. Tombé au sol, il leva les yeux vers Sebastian qui s'avançait en rechargeant son fusil à pompe.

- Pourquoi ? Pourquoi vous faites ça ? Vous allez tous nous condamner !

Sebastian en avait marre de ces mensonges. Le docteur gémissait presque. Un peu plus et il se pisserait dessus. Même les déments sadiques avaient peur quand le Jugement approchait, sauf Ruvik peut-être. Ruvik. Si fier, si sûr de lui, juste parce qu'il était dans sa petite bulle, parce qu'il jouait sur son terrain de jeu, dont il connaissait toutes les règles par coeur. Sebastian tâcha une seconde de l'imaginer hors de sa zone de confort, impuissant, au seuil de la mort. Il se réjouit à l'idée de l'amener à ses pieds. Ce serait comme dompter la Mort elle-même, comme domestiquer un dieu. Dès qu'il réalisa à quel point son esprit dérivait, il se secoua. Jimenez le fixait, aussi confus qu'apeuré par son brutal changement.

- Rien de personnel, docteur Jimenez.

Un nouveau coup de feu ; le pied droit qui vola en morceaux rouges. Le son de la cartouche qui frappa le sol. Jimenez réussit à suffisamment rassembler ses esprits pour tenter de fuir. Il peina à se rétablir et, une fois debout, s'éloigna en clopinant. Sebastian plissa les yeux et marcha dans ses traces, sans se presser. Comme Ruvik lorsqu'il était encore une menace.

- Pitié ! Je ne vous ai rien fait !

- Je vous l'ai déjà dit : ça n'a rien à voir avec moi. C'est pour Ruvik.

L'homme ouvrit de grands yeux interloqués ; il ne s'attendait pas à celle-là.

- Soyez content que ce soit moi qui vous ai trouvé en premier. Il vous aurait fait bien pire. Vous allez payer pour ce que vous lui avez fait.

Et il pointa le canon de son fusil sur le front du docteur.

- Il le mérite ! Regardez ce qu'il nous fait tous subir !

A ces mots, ceux de trop, Sebastian se ravisa. Il déposa son fusil et se mit à cogner Jimenez, comme s'il avait tué sa propre fille. Jimenez ne se débattit pas longtemps. Il couinait de douleur. Sebastian le considéra avec un mépris sans bornes ; il était vraiment minable.

- Vous êtes la cause de tout ça ! s'exclama-t-il, furieux. Vous avez fait de ce gamin déséquilibré un putain de tueur en série ! Vous l'avez encouragé à expérimenter sur vos patients ! Vous lui avez livré ses victimes sur un plateau en connaissant les risques ! Tout ça pour le trahir et en faire votre propre sujet d'expérience...

Il était tellement écœuré par ce que ce porc avait fait subir à Ruvik... non à tous ces gens, qu'il préféra ne pas poursuivre.

- Comment ?... Comment savez-vous...

- Il m'a montré.

- Il est fou ! Vous ne pouvez le nier !

- C'était un gamin qui avait juste besoin d'aide ! C'est à cause de salopards dans votre genre que les psychopathes existent !

Des vautours qui se nourrissent du malheur des autres, qui en profitent autant qu'ils peuvent. Il le frappa encore et encore, sans interruption. Il continua bien après que Marcelo n'ait rendu l'âme, jusqu'à tomber à bout de souffle. Il grogna en ramassant contre lui ses deux mains sanguinolentes, aux phalanges brisées. Un cri terrifié le déchira. Leslie le scrutait avec une terreur indicible dans ses yeux sans couleur. Sebastian se sentit le monstre. C'était exactement comme ça que le jeune homme le regardait. Comme si une bête avait surgi de ses pires cauchemars et pris corps juste devant lui. Sebastian adopta son ton le plus doux pour le rassurer. Il ne devait pas le laisser partir et se mettre en danger. A moins que Leslie ne fût véritablement en danger qu'auprès de lui... La pensée lui traversa l'esprit, mais il la chassa.

- Leslie, ne t'inquiètes pas. Tout...

Mais le jeune partit en courant aussi vite qu'il le pouvait. Sebastian se retrouva seul, avec le cadavre dévisagé à ses pieds, le sang noyant ses semelles et s'incrustant dans le cuir. Il balança un coup de poing dans le mur, en se fichant de l'irradiation de douleur. La violence était un échec ; il l'avait toujours pensé. Aujourd'hui, il avait échoué. Il avait trahi ses idéaux, ceux si chers à Myra. Ce pourquoi elle l'avait épousé. Sa beauté d'âme.

- Myra... Qu'est-ce qui m'arrive ?...

Il sentit comme une main caresser sa nuque, sensiblement appuyer, puis s'envoler. Comme si un ange s'était posé sur son épaule. Quand il se redressa, elle le contemplait, avec ce doux sourire qu'elle avait aussitôt qu'elle se tournait vers lui ou vers leur fille adorée. L'ombre possédait même son rire. Il la pourchassa lorsqu'elle glissa à travers la paroi, poursuivant son échappée dans le corridor. Il l'appela, à maintes reprises, sans qu'elle paraisse l'entendre. Sa course le fit déboucher dans un cul-de-sac, où elle l'attendait. Il murmura son nom. Il avait du mal à y croire, mais il le voulait si fort. Elle paraissait si joyeuse, si vivante. Il esquissa un pas, puis un second, avançant sa main pour serrer la sienne. Enfin, il pourrait de nouveau la presser contre lui, ne serait-ce qu'un instant. Il l'enlaçait quand elle s'évapora. Un spectre. Encore. Ou le produit de son imagination déviante.

- Espèce d'enfoiré !

Il planta son regard dans les yeux de Ruvik, la dernière partie qui semblait vraiment vivante chez lui. Ruvik n'avait pas le droit de lui faire de faux espoirs ; comment pouvait-il utiliser Myra contre lui ?

- Toutes mes excuses. Je pensais que ça te ferait plaisir, murmura l'homme qui venait de se matérialiser devant lui.

Sebastian essaya de le dévisager dans l'ombre ; il peinait à dire s'il mentait ou non.

- Je l'ai fait ! J'ai fait ton sale boulot ! C'est bon ? T'es content ?

Il lui montra ses mains sales. Il les leva si subitement que des gouttes écarlates maculèrent le visage figé de Ruvik. Pas une expression ne vint fissurer son masque d'indifférence, mais la lueur dangereuse, si satisfaite, dans son regard n'échappa pas à Sebastian.

- Tu as même dépassé mes attentes.

- De toute façon, c'est terminé maintenant. Plus jamais ces conneries. J'aurais jamais dû commencer.

Une vague de colère déferla dans le corps de Ruvik. Sebastian était son jouet, son préféré, sa chose. Il s'était montré clément avec lui. Il l'aurait brisé si facilement. Plus que jamais, il avait droit de vie et de mort sur quelqu'un. La rage était si forte que Sebastian put la ressentir, en dépit d'immobilité et du silence de Ruvik.

- Si tu as envie de te défouler sur quelqu'un, de déchaîner ta colère... Vas-y. Je t'attends. Je suis ton homme.

Ruvik sembla le soupeser. Sebastian reprit, d'une voix toujours aussi résolue :

- Mais je ne te laisserai jamais faire de mal aux autres. Surtout pas à Leslie.

Un fugitif sourire. Ruvik s'apaisait, ce qui était mauvais signe. Cela signifiait qu'il reprenait le contrôle.

- Sebastian... Tu ne comprends pas. Ça n'a jamais été question de toi contre moi. Je suis le seul à voir qui tu es.

Même les saints avaient leur envers, leur face sombre. Ruvik se mit à arpenter l'impasse, tournant autour du détective comme un prédateur autour de sa proie acculée. Sebastian resta aussi impassible que d'ordinaire. Ruvik aurait été trop heureux de le voir terrorisé ; les gens de son espèce s'alimentaient de l'effroi qu'ils provoquaient.

- Tu es une âme en peine, souffla le fantôme. Une âme en exil. Tu ne t'accroches pas à ta pathétique vie comme eux, parce que, comme moi, tu n'as plus personne pour t'attendre chez toi.

Ruvik n'avait pas tort. Un frisson glacial teinté de colère remonta l'échine de Sebastian. Chez lui aussi, le souvenir de l'être chéri restait frais, tout comme la douleur de la perte. Les mêmes reproches qu'au lendemain de sa mort l'empêchaient de trouver le repos. Dans ces moments, il se réfugiait dans l'alcool.

- Tu ne leur ressembles pas, ajouta le spectre, non sans un sourire en coin des plus déroutants.

- A toi non plus, répliqua-t-il derechef. Il feignit de ne pas voir ce sourire, ce contentement, alors qu'il essayait de rejeter l'idée que Ruvik implantait peu à peu en lui.

- Vraiment ? Sebastian, nous sommes tous les deux prêts à nous salir pour ce que nous estimons juste.

- Tu ferais brûler le monde entier pour te venger, mais il n'y a pas que des coupables. Nous ne partageons pas la même vision de la « justice » Ruvik.

- En es-tu si sûr ? Ricana-t-il à mi-voix, son regard traînant sur les mains ensanglantées du détective. Ils ne comprennent pas la manière douce... Sebastian, je peux te révéler à toi-même.

Sebastian chassa vite la main qui avait effleuré sa cravate.

- Dis-moi seulement... Pourquoi Leslie les intéresse-t-il tous tant ? Est-il vraiment notre seul échappatoire ?

- Sebastian...

Il rit doucement.

- Je suis ton seul échappatoire.


Ce chapitre parce que, honnêtement, j'ai été tellement dégouté qu'on ne puisse pas l'exploser nous-mêmes dans le jeu.

Le pire salopard de l'histoire à mes yeux, vous l'aurez compris xD

Merci aux lecteurs ^^

Beast Out