Merci à AmbreOnyx, Rhyn, Lily, Junsu, Adhafera Black et Yumi-Chan de leurs commentaires.


ATTENTION : CHAPITRE SENSIBLE, scène de violence

Chapitre 4 : Une nuit de cauchemar

Il ne se souvenait pas de la manière dont il était arrivé là. Il ne savait d'ailleurs pas vraiment où il était. L'air était froid et humide, une forte odeur de moisissure l'avait pris à la gorge lorsqu'il avait tenté d'inspirer profondément. Vraisemblablement une cave.

Mais le bandeau qui couvrait ses yeux l'empêchait de voir ce qui l'entourait.

C'était la première chose dont il avait été conscient en reprenant connaissance : un large bandeau couvrait le haut de son visage, occultant totalement sa vue. Un instant il s'était affolé, pensant que le coup reçu l'avait rendu aveugle, avant d'identifier la cause de sa cécité provisoire.

Puis il s'était aperçu qu'il était attaché, les bras retenus en hauteur, les poignets fermement maintenus par des chaînes ou des menottes. S'efforçant au calme, il avait exploré du bout des doigts de la main droite, son poignet gauche. C'était ça : des menottes encerclaient son poignet. Cependant il y avait autre chose. Il lui avait fallu quelques minutes pour comprendre que des bandages entouraient aussi ses poignets, évitant ainsi le frottement du métal sur sa peau et, par-là même, les blessures souvent constatées au niveau des contentions.

Qu'est-ce que cela voulait dire ? On l'avait assommé, enlevé, il était enchaîné au plafond d'une cave et cependant ses ravisseurs semblaient ne pas vouloir qu'il se blesse.

Son cerveau se perdait en conjectures toutes plus alarmantes les unes que les autres : que lui voulait-on ? Qui s'en était pris à lui ? Cela avait-il un rapport avec l'enquête qu'il menait pour Don ? Ou bien était-ce une vengeance, dirigée contre lui ou son frère ? Voulait-on tout simplement le forcer à collaborer avec un gang quelconque ?

Un courant d'air froid parcouru soudain son corps et ce fut sa troisième sensation, celle qui le fit paniquer totalement : il était entièrement nu ! Trop étourdi à son réveil, trop concentré sur sa position et la raison de son kidnapping, il n'avait pas jusque là pris conscience de ce fait.

D'un seul coup toutes les questions qu'il se posait furent balayées par une hypothèse beaucoup plus monstrueuse, beaucoup plus horrible à ses yeux, lui faisant perdre le sang froid qu'il conservait difficilement.

Il se mit à tirer désespérément sur ses liens, tentant de se soustraire à la contention. Mais rien à faire : ses ravisseurs avaient pris leur précautions et il ne parvint qu'à se faire mal aux poignets et aux épaules. Nul doute que sans les protections, ses poignets se seraient mis à saigner sous les tractions qu'il leur imposa.

- Du calme professeur ! Ca ne sert à rien de vous affoler comme ça !

La voix qui retentit soudain l'arrêta dans son effort et, paradoxalement, lui rendit un peu de sang froid.

- Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? balbutia-t-il, tentant de masquer sa terreur.

- Qui nous sommes n'a pas d'importance. Ce que nous voulons c'est que vous cessiez de mettre votre nez où vous n'avez pas à le faire. Contentez-vous donc d'enseigner professeur et laissez le F.B.I. faire son boulot.

- Je ne comprends pas de quoi vous parlez.

- Mais bien sûr que si ! De toute façon on va vous aider à comprendre.

La voix s'était teinté de joie mauvaise et Charlie avait de nouveau senti la panique s'emparer de lui.

Ensuite il y avait eu les coups : ceinture, fouet, baguette… Tout son corps lui faisait mal, des épaules aux genoux. Et ses supplications n'avaient eu pour conséquence que de les faire rire. Il avait vite pris conscience que, même si un seul homme s'adressait à lui, ils étaient trois à le torturer. Il lui semblait aussi qu'il y avait d'autres personnes dans la pièce, qui se contentaient de regarder et à plusieurs reprises il eut l'impression que ses tortionnaires se tournaient vers eux pour recevoir leur aval ou s'assurer de ce qu'ils faisaient.

A un moment notamment, celui qu'il appelait « le chef » dans la mesure où il était seul à lui parler, s'était approché de lui. Avec un frisson d'épouvante, le mathématicien avait senti ses mains parcourir son corps, s'attarder sur son bas ventre avant d'aller caresser ses fesses. Puis l'homme était passé dans son dos, se collant étroitement à lui et il avait senti ses doigts s'insinuer entre les lobes charnus. Une clameur de désespoir lui avait échappé :

- Non ! Je vous en supplie ! Non !

- Allons… Tu pourrais y prendre beaucoup de plaisir.

La voix à son oreille était rauque de désir et Charlie se débattit désespérément pour se soustraire à l'horreur. Il avait alors perçu une seconde voix, pour la première fois depuis le début de son calvaire :

- Non ! Pas ça !

- Pourtant… c'est le genre de leçon qu'il ne risque pas d'oublier.

- Pas question de ça !

L'homme s'était éloigné de lui et un courant d'air lui avait fait comprendre que la porte s'ouvrait. Des bruits de pas s'étaient éloignés : il était seul à nouveau. Les larmes s'étaient remises à rouler sur ses joues, mouillant son bandeau. Il ne s'était jamais senti aussi vulnérable, aussi misérable.

Un espoir le retenait cependant : l'un des « observateurs » semblait s'opposer à tout sévice

sexuel et si, comme il en avait l'impression, ceux qui se contentaient de regarder étaient aussi les « décideurs », il avait peut-être une chance d'échapper à cette ignominie.

Un long frisson le parcourut quand il perçut le bruit de la porte qui s'ouvrait de nouveau : ses tortionnaires étaient de retour !

Le cœur au bord des lèvres, il entendit les pas qui s'approchaient et il reconnut l'odeur de l'homme qui l'avait touché. C'était bizarre comme le fait d'être privé de vue décuplait ses autres sensations ! L'ébauche de pensée scientifique fut coupée nette par le corps qui se pressa soudain à nouveau contre son dos. Charlie gémit : apparemment la discussion n'avait pas abouti à la conclusion qu'il espérait !

Il y eut un souffle rauque à son oreille tandis que l'homme déposait un baiser dans son cou. Puis il le sentit s'éloigner de lui :

- Dommage…, l'entendit-il murmurer.

Puis d'une voix désormais contrôlée mais empreinte de colère, son ravisseur reprit :

- Oui, dommage… Pour toi surtout ! Parce que si je ne peux pas te faire de bien, je vais te faire du mal, beaucoup de mal, crois-moi !

Le soulagement de Charlie avait été très bref lorsqu'il avait compris que l'homme n'irait pas plus loin dans sa tentative de viol. Même s'il n'avait pas regretté l'interdiction qui avait été visiblement faite d'abuser de lui, même si à aucun moment dans ce qui avait suivi il n'avait eu l'idée d'échanger ses faveurs sexuelles contre un peu de répit, l'enfer qui se déchaîna sur lui lui fit vite oublier le soulagement ressenti.

Durant des heures il subit les coups qui ne lui furent pas comptés, puis se lassant de le frapper, les hommes lui infligèrent des chocs électriques, vraisemblablement à l'aide d'un taser. Il se tordait sous la décharge et tous ses muscles lui faisaient mal. Visiblement ses hurlements ne dérangeaient pas ses bourreaux : il était vraisemblable que l'endroit où ils le retenaient était assez isolé pour qu'ils n'aient pas à craindre qu'il soit entendu. Ensuite il sentit qu'on attachait des clips sur sa peau, aux endroits les plus sensibles : les tétons, le nombril, les organes génitaux. En même temps qu'ils fixaient les pinces, ses bourreaux ne se gênaient pas pour distribuer bourrades et pincements. Ensuite à nouveau le fouet et la ceinture s'abattirent sur lui, les clips accentuant la souffrance des coups. Après il y eut cette brûlure cuisante sur le ventre et la poitrine et il mit un moment à comprendre qu'on le frottait avec des orties.

Charlie finit par perdre la notion du temps : il sombra dans une sorte d'inconscience douloureuse dont il sortait quand ses agresseurs revenaient le tourmenter à nouveau après les longues pauses qu'ils s'octroyaient.

- Alors professeur, comment vous sentez-vous ?

Charlie gémit en entendant la voix tant redoutée retentir à nouveau à ses oreilles. Il tenta une fois de plus de se défaire de ses liens, ne réussissant une fois de plus qu'à accentuer ses douleurs aux épaules.

Il ne savait pas depuis combien de temps son cauchemar avait commencé, il ne savait pas combien de temps il allait encore supporter les horreurs qu'on lui faisait subir. De toutes ses forces il priait pour que son frère arrive et le sorte de là. Don l'avait toujours protégé, s'était toujours interposé entre lui et ceux qui lui voulaient du mal. Et cette fois-ci, alors qu'il avait tellement besoin de lui, son grand frère n'était pas là.

Un claquement sec sur sa peau le fit sursauter, l'arrachant à ses pensées moroses :

- Ce n'est pas très poli de ne pas me répondre professeur. J'ai l'impression que vous avez besoin d'une nouvelle leçon.

Charlie se mordit les lèvres : il ne le supplierait pas. Il l'avait fait au début, s'attirant simplement les quolibets de ses tortionnaires. De toute façon rien ni personne ne le ferait échapper au sort qui l'attendait. Il tenta de retenir ses cris de douleurs tandis que ce qui était vraisemblablement une ceinture s'abattait avec force sur sa peau nue : son dos, ses fesses, ses cuisses… Mais la souffrance finit par l'emporter et il hurla de nouveau, arrachant des rires ravis à ses bourreaux. Le supplice fut relativement bref mais le laissa un peu plus faible, un peu plus désespéré. Cela ne s'arrêterait donc jamais ?

Lorsqu'à nouveau l'homme s'approcha de lui, il se tendit, dans l'attente de nouvelles souffrances. Mais contrairement à son attente, son ravisseur ne le frappa pas de nouveau. A son grand étonnement, il sentit ses mains sur ses poignets et soudain il s'effondra au sol, incapable de se tenir debout tant tout son corps lui faisait mal. Le sadique eut un rire cruel :

- Et bien professeur, on ne tient plus debout ? Allons… un petit effort. Vous avez un cours à assurer !

A ces mots, Charlie releva la tête : de quoi parlait cet homme ? Qu'est-ce qu'il sous-entendait ? Qu'avait-il encore inventé pour le faire souffrir ? Puis il prit conscience que ses poignets étaient libres et il porta les mains à son bandeau, déterminé à voir ceux qui le torturaient depuis des heures, des jours peut-être, il ne savait plus.

Aussitôt une poigne de fer se referma sur ses mains :

- Oh non professeur ! Je ne vous le conseille pas ! Si vous touchez ce bandeau je devrai vous tuer ! Ce n'est pas dans mon contrat, mais je ne vous laisserai pas m'identifier. Alors ce bandeau est votre billet de sortie de l'enfer. Maintenant, si vous voulez passer du bon temps avec moi, enlevez-le, ajouta-t-il d'un ton plein de sous-entendus qui donna la nausée à Charlie au souvenir de ce qui avait failli se passer.

Comprenant qu'il n'avait pas intérêt à outrepasser cet ordre, le professeur laissa tomber ses mains.

- Bien, vous voilà raisonnable. Alors je vais vous expliquer ce que nous allons faire maintenant. Ecoutez-moi !

Une main brutale attrapa son épaule et le secoua, le tirant de la torpeur qui s'emparait de lui maintenant qu'il n'était plus soumis aux coups.

- Ce n'est pas le moment de dormir professeur ! Ca pourrait très mal se passer pour votre famille sinon !

Comme un électrochoc la mention de ceux qu'il aimait le sortit de sa demi-inconscience. Non, pas eux ! Il ne pourrait pas supporter qu'on les touche. Il se redressa, rassemblant toute sa volonté pour faire face à l'homme.

- A la bonne heure ! Bien, alors maintenant que vous m'écoutez voilà le programme : douche, petit déjeuner pour vous remettre d'aplomb et je vous dépose à votre voiture. Comme je le disais, vous avez un cours à assurer !

Charlie resta un instant abasourdi par les mots qui venaient d'être prononcés : non ! il devait rêver ! Tout cela n'était qu'un délire sorti de son esprit épuisé, de son corps à bout de forces ! Cet homme ne pouvait pas avoir dit qu'il allait le relâcher simplement comme ça. Quelque chose lui échappait.

- Je ne comprends pas, balbutia-t-il.

- Ce n'est pas grave. Vous n'avez pas à comprendre, juste à obéir.

Il sentit qu'on le relevait en le prenant par les bras et il gémit au touché : chaque fibre de son corps était douloureuse. Sans résistance il suivi ses ravisseurs : de toute façon qu'aurait-il pu faire ? Au moins on ne le torturait plus, alors autant profiter de ce moment de répit !

On lui fit monter un escalier, sans brutalité excessive, ce qui contrastait avec tout ce qu'il avait subi. Puis il sentit qu'on le faisait entrer dans une nouvelle pièce, plus petite sans doute d'après l'écho. Ses ravisseurs le lâchèrent brusquement et il tituba un instant, ayant des difficultés à rester debout sans leur soutien.

- Bien… Vous avez vingt minutes professeur. Vous pouvez enlever votre bandeau si vous voulez maintenant.

Le bruit d'une porte qui se ferme, d'une clé qu'on tourne dans une serrure et plus rien. Charlie resta un instant figé, n'osant pas bouger, se demandant ce que cachait cette nouvelle attitude : et si c'était un piège ? Et si cet homme l'incitait à quitter son bandeau pour mettre ses menaces à exécution ?

Au bout de quelques secondes cependant il comprit qu'il était seul dans la pièce et, levant ses mains tremblantes, il enleva son bandeau. Ebloui par la clarté, il ferma aussitôt les yeux et, pris d'un vertige, il se laissa tomber au sol. Il lui fallut un certain temps pour dominer son malaise. Il rouvrit les yeux doucement et cette fois-ci il put supporter l'éclairage. Il s'aperçut alors qu'il était dans une salle de bain : un lavabo, une douche, une cuvette de toilette pour tout ameublement. Pas de fenêtre, aucune indication qui pourrait lui permettre d'identifier les lieux : une salle de bain anonyme dans un endroit anonyme.

Il se releva avec difficulté et se dirigea vers les toilettes pour se soulager. Puis il fit couler l'eau dans le lavabo, se lava les mains avant de boire à grands traits : il se rendait seulement compte qu'il était assoiffé. Il s'aspergea alors abondamment le visage et ses pensées commencèrent à s'éclairer.

En se redressant il croisa son reflet dans la glace : visage livide, yeux cernés jusqu'au milieu des joues, il n'était certes pas à son avantage.

Un coup frappé à la porte le fit sursauter :

- Encore dix minutes professeur ! Vous feriez mieux de prendre votre douche avant que je vienne vous y mettre moi-même !

Evidemment, ils le surveillaient. Mais au moins il avait un semblant d'intimité. Quoique ces hommes aient eu largement le temps de tout voir de lui durant les heures où ils l'avaient retenus.

Il se glissa sous la douche, gémissant à la friction de l'eau sur son corps endolori. Il profita du moment pour inspecter ses blessures. Des épaules aux genoux il lui semblait qu'il n'avait pas un centimètre carré de peau intacte : hématomes, rougeurs, boursouflures, brûlures, irritations, inflammation, toute la panoplie semblait être présente. Son esprit cartésien lui fit très vite remarquer que, par contre et contre toute vraisemblance, il n'y avait aucune blessure au sang, comme si il était important qu'aucun signe extérieur de ce qu'il avait subi n'apparaisse.

Cette réflexion lui redonna un peu espoir : peut-être que l'homme avait dit la vérité. Peut-être qu'ils allaient vraiment le relâcher. Mais dans ce cas, pourquoi cette horreur ? Une rançon avait-elle été versée ? Depuis combien de temps était-il là ?

Il resta sous la douche le plus longtemps possible, alternant jet froid et chaud pour délasser son corps, appréciant, après la douleur initiale, le ruissellement de l'eau sur sa peau. Un nouveau coup à la porte lui indiqua qu'il était temps qu'il sorte.

Un instant il fut tenté de résister à l'appel : mais que pouvait-il faire d'autre que de se soumettre ? De toute façon il n'avait aucune possibilité de se barricader dans la salle de bain et l'homme entrerait. Et il ne se faisait aucune illusion sur ses capacités à se défendre contre ne serait-ce qu'un seul de ses ravisseurs.

Il sortit donc de la douche et aperçut alors le peignoir rayé pendu derrière la porte. Il s'en saisit et l'enfila, espérant qu'on ne l'obligerait pas à l'enlever.

Au moment où il bouclait la ceinture, l'homme entra. Charlie s'aperçut alors qu'il portait un masque en latex et de nouveau l'espoir que, peut-être, il allait être libéré le souleva. Visiblement son kidnappeur ne voulait pas qu'il puisse l'identifier. Il n'aurait pas pris ces précautions s'il avait décidé de le tuer.

- Bien… On dirait que vous allez mieux. Venez par ici.

A nouveau Charlie eut la tentation de résister à l'ordre : mais à quoi bon ? Puisque pour le moment sa situation semblait s'améliorer, autant ne pas risque d'envenimer les choses ! Il sortit donc et l'homme le guida vers une porte située juste à droite de la salle de bain. Il n'eut le temps que de voir un long couloir sur lequel s'ouvraient plusieurs portes avant de se retrouver dans ce qui semblait être une chambre avec un ameublement spartiate : une table, deux chaises, un lit de camp et, sur une tablette dans un coin, un four à micro-ondes et une cafetière.

- Asseyez-vous professeur, lui ordonna l'homme.

A nouveau Charlie obtempéra : quand bien même il l'aurait voulu, il ne se sentait pas en état de lutter contre son kidnappeur. Celui-ci déposa devant lui un verre avec quelques comprimés.

- Qu'est-ce que c'est ? s'enquit le mathématicien, méfiant.

- Paracétamol pour les douleurs et un excitant pour vous donner un coup de fouet. Vous devez assurer votre journée normalement !

Charlie regarda l'homme :

- Je ne comprends pas…

- Il n'y a rien à comprendre. Vous avez une rude journée qui vous attend et vous venez de passer une nuit un peu… agitée…

Un sourire sadique passa sur ses lèvres à ces mots et Charlie eut du mal à ravaler sa colère : surtout ne rien faire qui puisse mettre en péril sa libération ! Dans le même temps il prit conscience qu'il ne s'était passé qu'une nuit depuis son enlèvement. Même pas une nuit complète puisqu'il était deux heures lorsqu'il avait quitté Calsci. Dans ces conditions, l'alerte sur sa disparition n'avait sans doute même pas été lancée : personne n'avait dû s'apercevoir qu'il était manquant. Mais alors, quelle était la raison de tout ça ? Tandis qu'il se perdait dans ses pensées, l'homme achevait sa phrase :

- Donc il faut que vous teniez le coup jusqu'à ce soir. Ceci vous y aidera.

Devant l'hésitation du professeur il ajouta :

- Ne vous inquiétez pas c'est sans danger. Et une seule prise ne vous conduira pas à l'accoutumance.

Comme Charlie ne semblait pas vouloir prendre les comprimés, sa voix se fit menaçante :

- Professeur, ou vous prenez ça de votre plein gré ou j'appelle mes complices et on vous le fait avaler de force ! A vous de choisir !

Comprenant qu'il n'avait en fait aucun choix, Charlie se résigna à avaler les cachets. Très vite il se sentit mieux. Effectivement le tonique était efficace, quoi que ce soit.

- Bien, maintenant vous devez manger.

L'homme déposait devant lui un café et des œufs au bacon accompagnés de céréales et de toasts grillés et beurrés. Malgré la nausée qui lui tordait l'estomac, Charlie comprit qu'il n'avait pas le choix de refuser de s'alimenter. De toute façon il savait qu'il en avait besoin. Les premières bouchées furent difficiles à passer, mais petit à petit son estomac se desserra et il absorba toute la nourriture qu'en d'autres circonstances il aurait appréciée.

Lorsqu'il eut achevé la dernière miette et but la tasse de café, l'homme, qui était resté à l'écart, se contentant de le regarder manger, s'approcha de lui. Charlie se raidit, dans l'attente de ce qui allait arriver. L'homme tira la seconde chaise à lui et s'assit face à son prisonnier.

- Bien maintenant parlons peu, parlons bien professeur.

Charlie se figea sur sa chaise : il comprit que le moment était crucial. Peut-être allait-il enfin comprendre la raison de ce qui s'était produit, peut-être allait-il enfin savoir ce qui allait advenir de lui.

- Ce qui vous est arrivé cette nuit, pour désagréable que ça ait été, pour vous bien sûr, et à ses mots de nouveau un sourire plein de sous-entendus détendit les lèvres fines, n'est rien en comparaison de ce qui pourrait vous arriver si vous ne cessez pas sur le champ vos recherches avec le F.B.I.

L'enquête sur les SDF ! C'était donc ça la raison de son calvaire ! Mais qu'est-ce qui se cachait là-dessous pour que ces hommes aient pris le risque insensé de s'en prendre à lui ?

Comme il ne répondait pas, l'homme le saisit brutalement par l'avant-bras, lui arrachant un gémissement de douleur : encore un hématome à ajouter à sa collection !

- Soyez sûr professeur que si vous continuez l'enquête nous vous retrouverons et alors vous saurez vraiment ce que souffrir veut dire !

Il attendit un instant, espérant une réaction que Charlie n'avait pas l'intention de lui offrir.

- Et évidemment tout ce qui s'est passé cette nuit reste strictement du domaine privé…

La main sur son bras serra davantage et il laissa échapper un nouveau gémissement :

- Si jamais qui que ce soit apprend ce qui vous est arrivé, votre entourage en subira les conséquences. Il vaudrait mieux que votre grand frère notamment n'ait pas vent de notre petite entrevue… Dans son métier, on attrape vite un mauvais coup…

- Non… laissez-le…

Il n'avait pu s'empêcher de réagir : il ne pouvait pas supporter qu'on menace son frère aîné. L'homme eut un petit rire victorieux : il avait réussi ce qu'il cherchait. Il se leva et vint se coller au dos de son prisonnier. Celui-ci frissonna tandis qu'il sentait ses mains descendre dans l'échancrure de son peignoir. Il commença à s'affoler à nouveau : et si, maintenant qu'ils étaient apparemment seuls, l'homme assouvissait ses pulsions puisque personne n'était là pour l'en empêcher ? D'un autre côté il savait que si son ravisseur exigeait de lui qu'il se laisse faire en échange de la sécurité de Don, il n'hésiterait pas un instant.

- T'inquiète… Je ne le toucherai pas… Sauf si tu m'y obliges… Comme ta petite amie, la belle professeur Ramanujan… Ce serait un plaisir de faire connaissance avec elle… Même si j'aurais préféré le faire avec toi…

Les mains sur sa peau lui donnaient la nausée, les menaces murmurées à son oreille le tétanisaient.

- Non, pas elle. Laissez ma famille. Je ne dirai rien.

- Tu ne diras rien ? Même si je te fais des choses comme ça ?

Il frémit tandis que les mains de l'homme s'attaquait à la ceinture du peignoir tandis que sa langue s'attardait juste sous l'oreille.

- Je ne dirai rien, je vous le promets…, répéta-t-il d'une voix pressante.

- Et tu diras à ton frère que tu ne peux pas l'aider sur son cas ?

Les larmes lui montèrent aux yeux alors qu'il sentait les doigts de l'homme glisser le long de sa hanche et venir caresser l'intérieur de sa cuisse, à portée de ses parties intimes.

- Je lui dirai…, souffla-t-il.

Comment expliquer à Don la raison qui le poussait à l'abandonner sur un cas aussi difficile ? Il n'avait pas le temps d'y penser. Il n'était tout simplement pas capable d'y penser, horrifié de ce qui semblait devoir se produire au moment même où il commençait à se rassurer.

- Très bien.

L'homme s'écarta de lui brusquement et le mathématicien se figea, n'osant bouger, effrayé à l'idée que le moindre geste de sa part risquait de le conduire à terminer ce qu'il avait entrepris.

- Très bien, répéta l'homme. On retourne à la salle de bain maintenant !

- Mais… Je me suis déjà lavé.

- Je sais… Seulement je n'ai pas l'intention de laisser de l'ADN sur vous professeur ! Je ne suis pas stupide à ce point !

Un instant Charlie ne comprit pas, puis il réalisa que l'homme, en lui léchant l'oreille, en le caressant, avait pu effectivement laisser sur lui des indices.

- Puisque je vous ai promis de ne pas en parler…, commença-t-il.

- Peut-être, peut-être pas. Si tu parles, tes proches en subiront les conséquences, mais on pourra aussi m'identifier. Je ne vais pas courir le risque. En route !

Comprenant qu'il ne servirait à rien de discuter, Charlie obtempéra de nouveau et retourna à la salle de bain. Cette fois-ci cependant l'homme ne le laissa pas seul et il se reprit à trembler en se demandant s'il allait l'agresser comme il semblait en mourir d'envie. Mais visiblement son ravisseur s'en tenait aux ordres reçus. Malgré l'humiliation qu'il ressentait, Charlie dut se résoudre à ôter son peignoir devant lui avant de se glisser sous la douche tandis qu'il l'observait se laver pour s'assurer qu'il frottait bien les parties sur lesquelles on aurait pu prélever des échantillons.

- Dommage… vraiment dommage…. se contenta de murmurer l'homme en laissant son regard errer sur le corps nu. Mais qui sait ? Les ordres changeront peut-être un jour…

Sur ces mots, il quitta la pièce laissant Charlie terminer sa toilette seul. Il revint alors que le mathématicien sortait de la douche et il lui tendit une serviette :

- Essuyez-vous professeur.

Puis il lui tendit un sac dans lequel Charlie reconnut ses vêtements :

- Habillez-vous vite. Il est temps d'y aller.

A nouveau pris d'étourdissements devant l'enchaînement des événements, Charlie décida de se laisser aller au bon ou au mauvais gré de la providence et il s'habilla rapidement, heureux de se retrouver enfin dans une tenue décente, même si le frottement du tissu sur sa peau douloureuse était loin d'être agréable.

- Bien, je vais vous remettre votre bandeau, mais ce ne sera pas pour longtemps.

Charlie comprit qu'il ne servirait à rien de protester. Une fois encore il se fit la réflexion que le bandeau, comme la cagoule que portait l'homme, était plutôt garants de sa survie. Il se laissa donc aveugler de nouveau sans résister et suivi l'homme qui le guidait à travers la maison dont il ne connaissait que trois pièces et n'en avait vu que deux.

On lui fit descendre un escalier puis on le fit entrer dans un espace restreint dont il comprit qu'il s'agissait vraisemblablement d'un van. A l'incitation, il s'assit dans un coin du véhicule qui démarra rapidement. Ils roulèrent durant un long moment et soudain le van s'arrêta.

- Vous pouvez descendre professeur… dit la voix qu'il reconnaîtrait entre mille, il en était sûr.

Hésitant, il se laissa guider par les mains qui tenaient son bras et descendit. Il sentit sur lui un rayon de soleil : il était à l'extérieur.

- N'oubliez pas professeur : vous arrêtez votre collaboration. Concentrez vous donc sur votre enquête de vols, c'est moins dangereux ! Et pas un mot à quiconque sinon…

Un mouvement preste et le bandeau fut enlevé. Charlie ferma les yeux à l'éblouissement. Le temps qu'il s'habitue à la clarté, il entendit la voiture partir à grande vitesse. Il était seul.

Désorienté il ouvrit les yeux, s'habituant au jour radieux. Il chancela un instant et repris son équilibre. A ce moment-là il s'aperçut qu'il tenait un objet dans la mains, un objet qu'on lui avait glissé entre les doigts au moment où on lui avait enlevé le bandeau.

Il regarda : c'était son trousseau de clé. C'est alors qu'il s'aperçut que sa voiture était juste devant lui. Il regarda autour de lui et reconnut tout de suite les lieux : il était à une demi-heure environ de l'université.

Très vite son esprit analytique lui fit comprendre pourquoi sa voiture était garée dans ce quartier plutôt calme et peu fréquenté. Après qu'il ait perdu connaissance, ses ravisseurs avaient dû la conduire jusque là pour qu'on ne s'inquiète pas de la voir sur le parking de l'université au milieu de la nuit alors que lui n'était pas dans son bureau. Et puis à cette heure, le campus commençait à s'animer et l'y déposer aurait risqué d'attirer l'attention. Ainsi il allait arriver au volant de sa voiture, comme si tout était normal. Et dans ce quartier, à cette heure-là, personne n'avait assisté à son abandon sur place.

Comme un robot il entra dans sa voiture et posa un instant la tête sur le volant : que devait-il faire ? Quelles étaient ses options ? Il ne pouvait pas mettre Don et Amita en danger, il n'en avait pas le droit. D'un autre côté, comment justifier qu'il abandonne l'enquête ?

Il secoua la tête : la première chose c'était de retourner au bureau. Là-bas, dans un environnement familier, il lui serait plus facile de réfléchir.

(à suivre)