Et voilà la suite comme prévu ! :)


La première fois que Newt entendit parler de Teresa Agnès, il était installé dans un amphithéâtre pour son premier cours et ignorait soigneusement un autre appel manqué de sa mère et les messages que Minho lui envoyait pour lui demander où se trouvait sa guitare. Bon, peut-être bien que Newt avait caché l'instrument pour se venger après avoir été réveillé aux aurores par un interprétation frénétique d'un solo de Poison, ampli à fond. Comme on dit : « On récolte ce que l'on sème. »

Les yeux rivés sur son portable (franchement, Facebook devenait de plus en plus ennuyant à son goût), il concentra chaque parcelle de la force mentale qui résidait en lui pour ignorer le groupe de filles qui caquetaient à sa droite, resplendissantes de personnalités fadasses et vêtues de vêtements Chanel. De vraies hyènes, stupides et superficielles.

Tandis que Newt commençait à devenir un expert dans l'art de l'écoute sélective, deux nouvelles filles se joignirent soudain à la meute en gloussant tout en portant à bout de bars leurs sacs Prada.

« OH MON DIEU, s'exclama une fille mince aux cheveux blonds peroxydés en plaquant une main sur sa poitrine. »

Newt réprima un ricanement et se focalisa sur une photo du chien de son cousin en train de courir après sa queue.

La brune aux pommettes saillantes à côté de la fille blonde la fit taire avec un gloussement hystérique.

« Chuuut ! On va t'entendre ! »

Pendant un instant terrifiant, Newt crut qu'elles parlaient de lui.

« Elle ne risque pas de m'entendre, elle doit être à l'autre bout du campus depuis le temps ! »

Merci le petit Jésus.

« Vous parlez de qui ? Demanda Hyène n°1 en pianotant sur son iPhone avec ses ongles manucurés.

- Teresa Agnès ! »

Et une série de cris perçant suivit cette révélation.

« NON !

- T'es sérieuse ?

- Oh mon Dieu, elle a tellement de classe !

- J'aimerais tellement lui ressembler. Elle est trop belle ! »

Qui était cette fille bordel ? Newt n'avait jamais entendu parler d'elle. Il tendit l'oreille tout en parcourant sa liste de notifications avec tout l'enthousiasme de quelqu'un en train d'espionner une conversation.

« Elle t'a déjà parlé ?

- Oui ! Elle est adorable !

- Mais elle reste tout le temps avec son groupe d'amis.

- Bah normal.

- Mais je ne savais pas qu'elle faisait ses études ici !

- C'est pas étonnant, son père est le directeur de la fac. »

Ah, voilà qui était intéressant.

« Elle est en première année.

Apparemment, elle vit sur le campus. Elle a un appartement dans la tour.

- Je croyais que ces appartements étaient strictement réservés aux profs ?

- Teresa n'est pas une étudiante comme les autres ! Avec un père pareil et autant de richesse, on peut tout se permettre. »

Bordel.

Maintenant, Newt était vraiment intrigué.

Mais intérieurement, il se fit la promesse de ne PAS demander plus d'informations sur Teresa Agnès, parce qu'il en avait franchement rien à faire des histoires de ces gosses de riches insipides.

-X-

« C'est qui Teresa Agnès ? Demanda Newt à la seconde où il rentra chez lui. »

(Bon d'accord, il avait cédé à la tentation. Mais ce n'était pas de sa faute, il avait entendu ce foutu nom toute la journée. Et puis, il n'avait jamais dit qu'il n'était pas fouineur.)

Minho releva les yeux, assis sur le canapé, un plat de fromage sur les genoux et un cigare coincé entre les dents (bordel, est-ce qu'il était vraiment en train de regarder Bob l'Eponge ?).

« T'as jamais entendu parler d'elle ? Demanda-t-il en retour, surpris, avant d'avaler un morceau de fromage en se grattant disgracieusement les parties intimes.

Note : L'argent ne rendait pas classe. Loin de là.

« Non, je le connais pas, putain, je fais pas partie de ton club de fachos mondains. Je suis du peuple ! Le Snoba Newt en levant les yeux au ciel. »

Il se débarrassa de son sac à dos (qui contenait beaucoup trop de devoirs à faire) avant de retirer ses Van's d'un coup de talon.

« Bah, c'est la fille du directeur de la fac.

- C'est ce que j'ai cru comprendre. »

Newt s'assit à côté de Minho sur la canapé, s'empara du cigare coincé entre ses doigts et en tira une latte. Mais il s'étouffa avec la bouffée de fumée et fut soudain pris d'une quinte de toux monstrueuse.

« Tout doux, champion, rit Minho en lui tapotant le dos. Ouais, son père est le directeur, et c'est la fille la plus friquée que je connaisse. Oh, et c'est la fille de Catherine Zeta-Jones ! »

Les yeux larmoyants, Newt toussa à nouveau et recracha un énorme nuage de fumée (ainsi que ses poumons).

« Catherine Zeta-Jones ? L'actrice ? »

Il ne savait pas vraiment pourquoi il était si choqué quand on prenait en compte la lignée prestigieuse de Minho (l'autre jour, il avait proposé à Newt de lui montrer son château, pour l'amour de Dieu !). Mais quand même, Newt était sidéré. Il passa mentalement en revue tous les films qu'il avait déjà vus avec cette actrice, et toutes les fois où il avait déclaré, les yeux remplis de larmes, que cette femme méritait de remporter tous les oscars du monde.

« Tu plaisantes ? Bredouilla-t-il, et Minho éclata de rire avant de proposer du fromage au blond.

Mais elle ne vit pas souvent avec elle. Elle reste tout le temps chez son père.

- Ils sont divorcés ?

- Ouais. Ça a fait un sacré scandale. Les divorces sont très mal vus dans ce monde. Le fait qu'ils se soient mariés était déjà un peu controversé. »

Le Coréen se leva du canapé avant de se diriger tout droit vers le frigo. Les prismes du lustre accroché au plafond miroitaient aux rayons du soleil, projetant leur lumière sur le polo Ralph Lauren du jeune homme.

(Ouaip, ils avaient des lustres. En cristal, s'il-vous-plaît. Normal.)

« Pourquoi ? Questionna Newt.

Parce que un homme du prestige de son père est censé épouser une femme exemplaire. Mais lui, il s'est marié avec une actrice qui n'a pas de sang royal. À cause de ça, leur mariage était mal vu. Alors tu peux imaginer la réaction des gens quand ils se sont séparés.

- Bordel, j'ai l'impression d'être dans Princesse Malgré Elle. »

Minho laissa échapper un éclat de rire avant se servir un verre de whisky.

« C'est pratiquement la même chose. Teresa a tout pour être une princesse. Elle est riche, vachement influente, son nom est bien connu dans le coin, et elle organise des fêtes de dingues.

Pourquoi elle ne vit pas avec sa mère ? S'enquit Newt. »

C'était plus fort que lui, sa curiosité prenait à nouveau le dessus. Les informations que lui donnait Minho étaient tout simplement…juteuses. Et bien plus divertissantes que de lire les trois premiers chapitres de « L'Histoire de la Scène ».

« Elle a vécu avec sa mère pendant un moment, quand elle était mariée à Desmond Murphy. Mais depuis qu'ils ont divorcé, les médias n'arrêtent pas de parler de ça et de s'acharner sur eux, et son père a repris sa garde depuis. C'est un con ce Benjamin Agnès. On ne m'a dit que des trucs négatifs sur lui. Mais c'est un bon directeur à l'université, d'un point de vue business, expliqua-t-il avant de descendre son verre d'une traite. »

Donc. Teresa Agnès était la fille d'un millionnaire riche et puissant issu d'une famille royale. Et sa mère était une des meilleures actrices du cinéma contemporain.

Il y avait aussi Minho Kimiura, avec ses chaussures Armani, sa réservé illimitée de cigares, son whisky, son château de famille, sa maman issue d'une vieille famille fortunée et prestigieuse et son papa qui dirigeait plusieurs maisons de disque et formait les plus grand noms de l'industrie musicale.

Et puis, il y avait Newt. Avec sa mère en constante dépression qui passait ses journées à se regarder tristement dans le miroir et qui disparaissait durant des jours entier. Une ordure de père qui s'était fait une place en tant qu'avocat impitoyable pour les riches. Et quatre petites soeurs obligées de se débrouiller toutes seules parce que personne n'était là pour s'occuper d'elles.

Cette dure réalité lui laissa un goût amer dans la bouche.

« Je vais aller lire un peu, déclara-t-il d'une voix maussade. »

Si Minho remarqua son soudain changement d'humeur, il n'en fit aucune remarque.

« Ça marche. Moi, je vais au hangar à bateaux faire un peu d'aviron. Tu veux que je te laisse de quoi manger ? »

Il voulait dire de l'argent, bien sûr, mais sa proposition pourtant adorable ne fit qu'accentuer encore plus l'air sombre de Newt.

« Non merci, ça ira. Je me ferai un peu de thé et une tartine. J'ai pas vraiment faim.

- Bon d'accord. À plus, Newtie. »

Pendant que Newt fixait d'un oeil morne son appartement raffiné, Minho enfila ses baskets Nike en fredonnant joyeusement « Heart Shaped Box ». Agacé devant tant d'entrain, le blond retourna dans sa chambre et fit de son mieux pour ne pas claquer la porte. Il ouvrit son dressing et observa son reflet dans le grand miroir doré accroché au mur.

Un garçon simple, grand et svelte, aux traits angéliques, aux cheveux blonds ébouriffés et aux yeux marrons réservés. C'était tout ce qu'il voyait. Rien de plus.

« Putain, mais où est-ce que je suis tombé ? Murmura-t-il. »

Dans un soupir dramatique, il s'affala sur son lit, juste au moment où la porte d'entrée se referma, le laissant seul avec ses pensées sombres.

-X-

Lorsque Minho rentra enfin, il sentait l'herbe, la transpiration et le parfum. Un très bon parfum, d'ailleurs. Si bon qu'il aurait pu avoir été fabriqué par des elfes ou extrait d'une licorne.

« Bordel, Minho, ton parfum…il est à tomber ! S'exclama Newt en attrapant le bras du Coréen pour renifler son poignet avec impudence. Tu l'as eu où ?

- Il vient d'une parfumerie en France. Il est pas mal, hein ? Répondit-il avec désinvolture en extrayant son bras de la poigne de Newt pour retirer son polo.

- Quelle parfumerie ?

- Je me rappelle plus du nom. Tu le veux ? T'as vraiment l'air de bien l'aimer. Je te le donne, si tu veux, proposa-t-il en lançant un petit flacon doré à Newt qui parvint tout juste à l'attraper. »

Le blond papillonna des yeux, perplexe.

« Tu te fous de ma gueule ? Ce parfum doit coûter un bras !

- Et alors ? Prends-le, Newtie, il est à toi, insista Minho en fouillant dans une pile de vêtements jonchant le sol à la recherche d'un t-shirt propre. »

Il se baladait dans la pièce à moitié nu, tout à fait conscient du regard noir que Newt venait de lui lancer suite au surnom.

« J'en veux pas. J'aime pas les cadeaux.

- Foutaises. Tout le monde aime les cadeaux. Fais pas genre.

- Oui, bah, dans tous les cas, je ne le prends pas.

- Allez, prends-le ! Je peux en ravoir un quand je veux.

- Quoi, ton père possède une parfumerie, maintenant ? Railla Newt en levant les yeux au ciel.

- Nan, ma tante.

- Ta tante, pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt, s'exaspéra Newt. Je ne sais même pas pourquoi ça continue de me surprendre. Tu possèdes un pays aussi ? Quelqu'un dans ta famille a acheté la lune ?

- Pas encore. Maintenant, prends ce satané parfum, petit con.

- D'accord. Mais je ne vais pas dire merci, parce que tu m'as forcé à accepter, dit finalement Newt avec arrogance avant d'emmener le parfum dan sa chambre. »

Pour toute réponse, le rire éternel de Minho retentit dans le salon.

Newt s'autorisa un petit sourire lorsqu'il posa le parfum sur son étagère.

« Pourquoi tu ne fais pas partie des grands noms comme Teresa Agnès, Minho ? Tout le monde parle de cette fille. C'est de toi que les gens devraient tout le temps parler !

- On parle déjà assez de moi comme ça, mon pote. Allez, amène tes fesses, j'ai envie de gagner à Fortnite. »

Un sourire fleurit sur les lèvres de Newt.

« Gagner ? Toi ? Ta confiance me sidère, bonhomme, se moqua-t-il en entrant dans le salon. »

Le sourire de Minho se fit plus effronté et mesquin lorsqu'il lui tendit la manette.

« Tu me sous-estime, Newtie !

- Et toi tu te surestimes ! Rétorqua Newt en s'adossant contre le cuir doux du canapé. Mais il faudra vraiment qu'on commence à faire nos devoirs après.

- On les fera demain, promit Minho en s'emparant d'un énorme paquet de chips.

- Ça roule, approuva Newt. »

Il prit une photo avec son portable et l'envoya à Winston avec la description « Ma vie est meilleure que la tienne ! » avant de commencer à jouer.

-X-

La première fois que Newt vit Teresa Agnès, il était en retard pour les cours.

Il était au salon de thé et passait précipitamment sa commande (Yorkshire, mi-lait, sans sucre). Il devait absolument se hâter s'il ne voulait pas arriver en retard, mais avant, il avait besoin de sa dose de théine. Impatient et à bout de nerfs, il attendait sa boisson en trépignant sur place et en pianotant nerveusement ses doigts sur le bois verni du comptoir. Il était tellement submergé par les émotions qu'il remarqua à peine une certaine présence juste derrière lui, ni les chuchotements qui s'étaient soudain mis à bourdonner autour de lui.

C'est n'est que lorsqu'il regarda l'horloge murale pour la troisième fois en trois secondes qu'il entendit des gens se saluer bruyamment et se faire la bise :

« Teresa ! Salut ma belle ! »

Malgré son sérieux manque de sommeil dû à une énième nuit blanche (il pensait très sérieusement à détruire ce putain de piano sous les yeux de Minho), Newt se redressa lentement, curieux d'entendre ce qui se passait derrière lui.

Après tout ce qu'il avait entendu sur cette Teresa Agnès (c'est-à-dire beaucoup de choses, parce que jour après jour, il y avait une nouvelle anecdote sur elle, que ce soit à la fac ou en-dehors), le blond avait l'impression de connaître cette fille comme si elle était sa meilleure pote, et il voulait vraiment savoir si elle était celle dont tout le monde parlait. Ou s'il s'agissait juste de rumeurs stupides…

Alors, avec toute la nonchalance d'un chat (ils sont nonchalants, non ?), Newt se retourna, et ses yeux se posèrent sur une silhouette gracieuse et fine, une cascade de cheveux de jais, et une veste en cuir au prix probablement faramineux.

Ainsi qu'un visage pâle et mystérieux. De grands yeux bleus charbonneux. Et un petit sourire en coin.

Teresa ressemblait exactement à ce dont Newt s'était imaginé : une jeune fille resplendissante dans un pull Ralph Lauren bleu pervenche et un jean Levi's taillé à la perfection pour son physique et sa beauté naturelle. Elle était seule, aujourd'hui. Pas de groupe d'amis, de bouteille de champagne ou de rires arrogants, ni de costumes hors de prix ou de vieille Rolls Royce.

Bouché bée, Newt ne pouvait détacher ses yeux de la jeune fille dont les yeux calmes et posés étaient rivés sur le serveur qu'elle regardait avec une attention inébranlable.

Le serveur tendit alors le bras et posa un gobelet de café devant elle, au plus grand désarroi de Newt qui sentit son sang se mettre à circuler plus furieusement dans ses veines.

« Miss Agnès, salua le serveur, et Teresa prit la boisson sans un mot en envoyant un léger signe de tête reconnaissant dans sa direction avant de sortir furtivement. »

sérieusement ?

« Attendez, attendez, une minute, putain. J'étais là avant, s'offusqua Newt d'un ton exaspéré. »

Le serveur parut tout aussi choqué et scandalisé que lui. Mais probablement pas pour les mêmes raisons.

« Mais c'était Teresa-…

- Je sais pertinemment qui c'était bordel, je veux juste savoir pourquoi elle a eu sa boisson avant moi alors qu'elle est arrivée après ? Elle n'a même pas pris de commande, et vous lui servez direct son petit café sur un plateau en argent ! »

Le jeune homme le dévisageait à présent avec un air sincèrement confus. Il semblait à court de mot.

Newt savait reconnaître une bataille perdue d'avance quand il en voyait une.

« Et puis merde, préparez-moi mon thé, s'il-vous-plaît. Je suis déjà en retard, là, ça ne va vous prendre que quelques secondes ! Grogna-t-il. »

Après lui avoir lancé un dernier regard perplexe, le serveur se tourna vers la machine pour préparer le thé.

« Pas croyable…, maugréa Newt. »

Il comprenait pourquoi certains étaient intimidés par les gens riches, leurs demandes silencieuses ainsi que leurs attentes outrancières (elle n'avait même pas cillé lorsqu'on lui avait tendu sa boisson, et elle n'avait même pas payé !). Il comprenait aussi que Teresa était étrangement fascinante, enveloppée d'une aura mystérieuse, puissante et sophistiquée. Là où Minho était un petit dragon avec du feu dans le ventre, des écailles multicolores et des yeux pétillants, Teresa Agnès, elle, ressemblait à un véritable ange.

Et ouais, elle était peut-être magnifique à regarder, mais elle avait pris ce que Newt aurait dû avoir avant elle, et elle était apparemment autorisée à faire tout ce qu'elle voulait. Elle n'était rien d'autre qu'une branleuse.

Newt détestait les êtres humains.

Alors, il envoya un message à Minho.

SMS de Newtie à Sushi :

8h13. Je déteste cette fac et toutes les personnes qui s'y trouvent. Mort aux riches.

SMS de Sushi à Newtie :

8h14. Tu veux sécher et te défoncer sous un arbre ?

Newt voulait vraiment dire non.

SMS de Newtie à Sushi :

8h17. Quel arbre ?

Voilà ce qu'il demanda à la place.

La journée avait beaucoup trop mal commencé, après tout. Et puis, il avait le droit d'envoyer ses devoirs à ses profs par mail. Et en plus, c'était la première semaine du semestre. Elle ne comptait jamais vraiment…

Donc après avoir enfin eu son thé, il tourna les talons, et un sourire effleura ses lèvres à l'idée de profiter d'une journée loin de la fac.

-X-

Minho pourrissait la vie de Newt.

Cette semaine, ils s'étaient promis d'aller à la bibliothèque tous les soirs pour réviser consciencieusement et diligemment.

Mais au lieu de ça, ils étaient sortis tous les soirs pour se bourrer la gueule.

Newt devait impérativement essayer de calmer le jeu.

« Non, il est hors de question que je sorte avec toi ce soir, tête de trèfle ! Je. Ne. Peux. Pas. Je suis lessivé. J'arrive plus à tenir le rythme en cours. Tu veux ma mort ou quoi, sale trou du cul égoïste ? Parce que je ne rigole, je suis sur le point de passer l'arme à gauche.

- T'es tellement dramatique.

- Je ne suis pas dramatique, je suis réaliste ! »

Minho s'esclaffa en ouvrant les petites boîtes de frites à emporter qui venaient juste d'être livrées. Et il était assis à son piano en plus. Même pas foutu de manger à table comme un être humain normal. Son verre de whisky reposait sur le bois verni du piano.

« Réaliste ou non, on est vendredi, aujourd'hui. Tu sais tout comme toi que tu ne vas pas réviser, tu ne l'as pas fait une seule fois cette semaine, dit-il simplement en commençant à engloutir ses frites enduites de ketchup. »

Il observait Newt avec espoir, lequel le fusillait du regard en retour. Le Coréen était assis sur le tabouret du piano et portait un jogging et un t-shirt représentant un champignon géant. Sa Rolex (qui tranchait affreusement avec sa tenue décontractée) miroitait à la lumière du lustre, doux rappel que ce garçon avait le monde à ses pieds.

Newt planta une frite avec sa fourchette (il n'était pas d'humeur à se salir les doigts), mais celle-ci tomba avant qu'elle n'atteigne sa bouche. Excédé, il la lança à travers la pièce, la faisant rebondir sur le front de Minho.

« TU N'ARRIVERAS PAS A ME CONVAINCRE, SALE LUTIN MANIPULATEUR. VENDREDI OU PAS, JE PASSE LA SOIREE EN VRAI ETUDIANT STUDIEUX. TES MOTS N'AURONT PAS D'EFFET SUR MOI, aboya-t-il, faisant sursauter Minho. »

Un léger sourire sur les lèvres, le Coréen s'empara de la frite volante et fit osciller son regard entre ses doigts et son colocataire.

« Mon pote m'a parlé d'un bar avec un staff exclusivement masculin. Apparemment, ils sont tous hyper canons, et ils servent des verres gratuits si tu leur tapes dans l'oeil. On pourrait essayer d'y aller ! Et après Jeff (le chauffeur de Minho. Ouaip.) pourra nous emmener en boîte de nuit, et on mettra du One Direction à fond dans la voiture. Et on demandera à Ben (l'assistant de Minho. Ouaip.) de nous acheter des gâteaux et du vin ! »

Ce garçon pourrissait vraiment la vie de Newt.

Le blond fixait Minho de haut en bas, saisi d'un débat intérieur tumultueux. Bien sûr, il mourait d'envie de dire oui. Des mecs sexys pour lui servir des verres toute la soirée ? Chanter du One Direction complètement bourré dans une voiture conduite par un chauffeur et faire les cons par le toit ouvrant ? Manger de délicieux gâteaux toute la soirée ? Évidemment qu'il en avait envie !

Putain.

Il détestait les riches. Vraiment.

« Bien sûr que j'ai envie de venir, salue trou du cul ! Explosa-t-il en abattant ses poings sur la table. Mais je ne peux pas ! Je dois réviser, Minho ! Arrêter de me narguer comme ça, continua-t-il dans un couinement plaintif et douloureux en laissant tomber sa tête sur la table. »

Le tintement caractéristique d'un morceau de Chopin envahit alors la pièce.

« Bon, on fera ça la prochaine fois alors, d'accord ? Proposa Minho, totalement imperturbable.

- Ouais, grogna Newt, le visage écrasé contre le merisier verni de la table. »

Il détestait sa vie.

Ils restèrent comme ça un moment, Newt le visage collé contre la table à manger, des frites éparpillées partout autour de sa tête, et Minho qui faisait gaiement danser ses doigts sur le piano en regardant la télévision.

Puis, la mélodie s'arrêta soudain.

« Ça te dit d'aller faire du golf ? Demanda Minho en bondissant du tabouret. »

Newt leva la tête, une frite collée sur la joue. Son regard rencontra celui de son colocataire qui se tenait debout devant lui, mains dans les poches.

Il ne comprenait tout simplement pas comment il avait pu passer de « piano » à « golf » aussi rapidement.

« Je préférerais me planter le coeur avec un cure-dent, répondit aussitôt le blondinet d'un ton mortellement sérieux.

- Comme tu veux ! Concéda Minho en haussant les épaules. »

Il avala ce qui restait de son verre de whisky et gambada vers sa chambre.

« Putain, j'adore le golf ! Cria-t-il depuis son dressing. »

Newt leva les yeux au ciel avant de reconnecter son visage avec la surface de la table.

Ce n'est que lorsqu'il entendit des pas claquer sur parquet et le bruit d'une serrure qu'il leva à nouveau la tête.

« Tu vas où ? Demanda-t-il en observant l'accoutrement du Coréen. »

Il portait à présent un polo gris, un pantalon banc et une casquette recouvrait ses cheveux.

…Et il avait des mocassins.

« Je vais au golf !

- Mais il est 19h30 ! La nuit va bientôt tomber ! Tu vas aller où ?

- J'me débrouillerai, répondit-il en commençant à sortir. »

Ce fut sans compter sur Newt qui se mit soudain debout, mains sur les hanches, l'air indigné.

« Et moi alors ?

- Je t'ai invité, mais t'as refusé !

- Mais c'est parce que je déteste le golf ! »

Pendant quelques secondes, ils se dévisagèrent mutuellement en silence.

« Je vois pas où est le problème…, dit finalement Minho d'un air sincèrement déboussolé, la main toujours posée sur la poignée de porte.

- Mais tu vas me laisser tout seul !

- C'est parce que t'as dit que tu ne voulais pas faire de golf avec moi ! C'est toi qui a refusé ! »

Newt soupira et se pinça l'arête du nez. Visiblement, il y avait encore quelques petits problèmes de communication et de compréhension entre eux. Non mais d'où sortait cette créature ? Qu'est-ce qui ne tournait pas rond dans l'esprit de ce petit Coréen privilégié ?

« Laisse tomber. Allez, amuse-toi bien à coller une boule dans un trou !

- À tout à l'heure, mon pote. On sortira après, d'accord ? »

Avant que Newt n'ait le temps de protester, la porte claqua et Minho disparut, laissant un vide derrière lui.

« JE TE DETESTE MINHO KIMIURA, s'époumona Newt, mais personne ne lui répondit. »

Newt était seul.

Pourquoi était-il tombé sur le pire coloc' de l'Histoire ?

-X-

Deux heures plus tard, Minho revint. Pendant ce laps de temps, Newt avait réussi à ouvrir son manuel et à trouver les bonnes pages pour faire ses exercices. Mais il n'avait rien fait d'autre depuis. Il avait été déconcentré par une émission sur la décoration intérieure.

« Tu regardes quoi ? Demanda Minho en regardant avec curiosité les deux hommes à l'écran expliquer comment recycler des rideaux.

- Je prends du Temps pour Newt. Chut. Tu savais qu'accrocher des rideaux le long d'un mur vide apportait plus de caractère à une pièce ? Et ça permet aussi d'isoler le son. T'en dis quoi, Min' ?

- Je dis non. Je les ferais sûrement tomber toutes les cinq minutes.

- C'est pas faux, grogna Newt en éteignant la télé.

- Alors, toujours partant pour sortir ? Le pressa Minho d'une voix enfantine, mains sur les hanches, un grand sourire aux lèvres.

- Non, Minho, pour la centième fois, je ne peux pas sortir. Je suis grave en retard dans mes révisions, j'ai un million de devoirs à terminer, et ce week-end est totalement dédié à Newt. C'est du Temps pour N-…

- Temps pour Newt, je sais, le coupa Minho en levant les yeux au ciel. Mais je parie que tu vas changer d'avis quand t'auras entendu ce que j'ai à te proposer, continua-t-il avec un clin d'oeil. »

Bingo. Newt se redressa, intrigué.

« Ah ? »

Minho hocha la tête.

« Devine où je viens juste d'être invité ?

- Ché pas. Où ? Interrogea Newt en faisant avidement face au Coréen.

- À une fête organisée par Teresa Agnès, révéla-t-il avec un sourire absolument dément.

- C'est qui qui t'a invité ?

- Un type que j'ai rencontré au golf, reprit Minho en commençant à se déshabiller avant de se diriger vers sa chambre. T'es obligé de venir maintenant. Ce serait stupide de rater une soirée pareille. »

Newt se mordit la langue en réfléchissant à toute vitesse.

D'un côté, on était vendredi soir. Il n'y avait pas d'urgence dans ses devoirs, et l'occasion de venir à l'une des meilleures fêtes du monde ne se présenterait peut-être pas.

Mais de l'autre, s'il continuait à suivre ce chemin, il était bon pour se planter dans toutes les matières, et il finirait par vivre dans un carton derrière Carrefour.

« Non, dit-il fermement en se levant. Je me suis fait une promesse et je vais la tenir. Je n'irais pas faire la fête ce soir. »

Minho déboula de sa chambre, la bouche grande ouverte, un pull gris à moitié enfilé, dévoilant la peau tannée de son torse.

« Tu déconnes ?

- Non, je ne déconne pas. Je n'irai pas. »

Sur ces mots, Newt croisa les bras et s'avachit dans le fauteuil le plus proche en détournant le regard avec une détermination de fer.

« Newtie, commença Minho avec un tel sérieux que le blond releva la tête. Tu comprends pas, mon pote. Cette soirée va être mortelle ! On parle de la fille le plus riche que j'ai jamais rencontrée. Imagine un peu les soirées qu'elle organise ? T'auras pas d'autres occasions de voir une fête comme ça ! »

Newt avait vraiment envie de coller la tête de Minho dans les toilettes

« Je vais éclater ta guitare si tu continues à me tenter avec tes mots diaboliques. Je plaisante même pas. Je le ferai.

- Tu le feras pas.

- J'y vais de ce pas.

- OK, d'accord ! S'exclama Minho en levant les mains en signe de reddition. D'accord. Mais ne viens pas te plaindre d'avoir raté la meilleure nuit de toute ta vie. Tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même d'être un con !

- Tes mots n'ont aucun effet sur moi. Je n'entends même pas ce que tu dis. »

Minho secoua la tête d'un air résigné et retourna dans sa chambre en glissant ses bras dans son pull.

« T'es fou, Newtie. »

Et jute parce qu'il savait que Minho ne pouvait pas l'entendre, Newt maugréa son approbation en fixant son manuel avec lassitude.

-X-

Minho était tout excité lorsqu'il quitta l'appartement.

Il était habillé sur son trente-et-un, dans un pull en cachemire gris et un jean-slim noir, son éternel Rolex autour du poignet et un cigare déjà entamé entre les lèvres. Ses cheveux étaient coiffé artistiquement (Newt s'en était chargé pour lui), et il avait mis son parfum préféré. Ses joues étaient rosies par l'euphorie et son haleine sentait l'alcool.

Newt arrangea une de ses mèches d'une main experte et le fit tourner sur lui-même avant de lever un pouce en l'air en signe d'approbation.

« Voilà, t'es tout beau tout prêt. Amuse-toi bien, Tête de Sushi ! Appelle-moi si t'as un problème, dit-il d'un ton faussement joyeux. »

Minho lui fit la promesse et le prit dans ses bras, mais il s'éloigna bien vite lorsque son téléphone se mit à vibrer.

« Ils sont là ! Annonça-t-il, le visage fendu d'un immense sourire. »

Deux minutes plus tard, l'appartement grouillait d'une horde de garçons et de filles bruyants et qui brandissant des bouteilles de bière et de vodka. Des acclamations assourdissantes résonnaient de tous les côtés et des nuées de rires tonitruants emplissaient la pièce.

Newt observait ce zoo d'un air sidéré (et aussi un peu embarrassé d'être le seul à ressembler à un clochard, avec son jogging et son t-shirt des Doors). Il ne s'était même pas lavé les cheveux, aujourd'hui. Il se sentait de trop au milieu de cette masse de jeunes vêtus de marques coûteuses et coiffés comme des célébrités.

« Tu viens avec nous, mec ? Lui demanda un garçon aux cheveux roux.

- Nan, désolé, je révise, répondit le blond en secouant la tête, et le sourire du garçon roux se fana.

- Tu révises ?

- Ouais.

- …D'accord. »

Et ensuite il partit.

Newt le foudroya du regard. Il avait toujours trouvé les cheveux roux immondes, de toute façon.

« Allez, c'est parti, les gars, il commence à se faire tard ! Cria soudain le blondinet lorsque tout ce remue-ménage commença à lui percer les tympans. Y a une fête qui vous attend, ne soyez pas en retard ! »

Il joignit le geste à la parole et guida la foule déjà ivre vers la sortie en brassant sauvagement l'air de ses bras pour les inciter à avancer plus vite.

Lorsque le calme envahit à nouveau la pièce, Minho l'attrapa par le coude.

« T'es sûr de ne pas vouloir venir ? Tenta-t-il une dernière fois.

- J'en suis sûr, acquiesça Newt. Allez, vas t'amuser. Mets leur en plein la vue ! »

Sa phrase décrocha un sourire à Minho. Après une vigoureuse claque dans le dos de son colocataire, le Coréen se jeta dans la mêlée en chantant à tue-tête.

C'était il y a quatre heures.

Depuis, Newt avait préparé du thé, lu deux chapitres de son livre de littérature théâtrale et fouiné dans la chambre de Minho (il n'avait d'ailleurs rien trouvé, ce garçon n'avait rien à cacher). Il avait aussi dansé dans tout l'appart' sur toutes les chansons de sa playlist intitulée « J'me fais chieeeeeeer » (playlist qu'il venait tout juste de créer).

Et maintenant, il essayait à nouveau de réviser.

Mais le chaos qui régnait dehors finit par se transformer en rugissement assourdissant tandis que les étudiants fêtaient leur première semaine de cours.

Newt aurait bien voulu pouvoir fermer les fenêtres du salon (ces putains de porte-fenêtres qui ne serviraient à rien si un cambrioleur rôdait dans les parages), mais il faisait chaud, et il appréciait le courant d'air qui filtrait doucement dans l'appartement.

Il avait reçu quatre messages de Minho, aussi.

Le premier était une photo de lui entouré d'un gigantesque château fait de néons éblouissants, avec pour description : « J'aimerais que tu sois là mon pote ! ».

Le deuxième était une photo d'une fille dans un costume de girafe qui avait une bouteille d'absinthe à la main. La description en-dessous disait : « Elle est folle putain ! C'est de l'absinthe ! »

Le troisième était un simple message qui disait : « J'ai vu la quatrième dimension. »

Et le dernier affichait simplement : « Bière-au-beurre. »

Manifestement, il passait un bon moment.

Et tant mieux pour lui, franchement, mais pendant ce temps-là, Newt fixait la même page du même livre depuis quatorze minutes en tapotant nerveusement son crayon contre une page blanche de son bloc-note. En somme, il ne passait pas un bon moment, comparé à Minho.

Mais il devait réviser. Être inscrit dans cette prestigieuse université lui donnait la chance d'exercer plus tard un bon métier. Alors il fallait qu'il réussisse. Ses années d'études dans cette fac constitueraient un excellent tremplin pour son avenir. Il ne savait peut-peut-être pas exactement ce qu'il voulait faire plus tard, mais cette école pourrait lui ouvrir de nombreuses portes. Peut-être allait-il un jour se retrouver professeur d'arts dramatiques réputé et canon dans une université américaine ? Ou peut-être qu'il illuminerait un jour les scènes tous les soirs à débiter de longues tirades et à faire de grands gestes devant un public avide de sa présence.

Dans tous les cas, ce qui était sûr, c'est qu'il devait tirer profit de la situation qui se présentait à lui. Même s'il ne savait pas encore de quelle façon. Ni par où commencer. Ni où tout cela le mènerait.

Au bout d'un moment, quand Newt en eut assez de ses pensées fiévreuses et du boucan dehors, il se leva et s'avança d'un air décidé pour fermer les fenêtres en se lamentant mentalement d'avoir perdu sept minutes à lire la même phrase. Il était sur le point de refermer la baie vitrée lorsqu'un jeune homme arriva directement à la fenêtre en titubant. Son costume immaculé brillait aux rayons de la lune, et il empestait l'alcool et le tabac.

Newt cligna une fois des yeux, deux fois, trois fois, sans décrocher son regard du jeune homme devant lui.

C'était un des potes de Teresa Agnès. Le type à la peau sombre.

Il avait les yeux vitreux et la bouche bée, et il dévisageait Newt avec dans les yeux ce qui ressemblait à de la curiosité et de l'étonnement. Une fine pellicule de sueur recouvrait son front.

Les deux garçons se jaugèrent un instant. La main de Newt était toujours posée sur la poigne de la porte-fenêtre. Les membres de l'inconnu étaient flageolants, ses bras étaient ballants et il clignait lentement des yeux. La commissure de ses lèvres commença à s'étirer vers le haut (geste qui conquit immédiatement Newt), mais la tentative de sourire échoua rapidement, et l'étranger s'agrippa soudain au rebord de la fenêtre. Pendant un instant, Newt crut vraiment qu'il allait entrer pour lui tenir compagnie pendant le reste de la soirée.

Mais au lieu de ça, sa tête plongea vers l'avant par-dessus la rebord de la fenêtre, et il vomir sur les chaussons de Newt.

Il y eu un silence horrifié.

Newt se tenait aussi immobile qu'une statue, incapable de bouger d'un poil. Incapable de baisser les yeux pour juger l'ampleur des dégâts sur ses chaussons tout neufs. Une seule phrase lui traversa l'esprit : Je viens de me faire vomir dessus. Par un gosse de riche incontrôlable.

Le type releva la tête, les yeux rouges et larmoyants, emplis d'excuses silencieuses. Newt était tiraillé entre fermer la fenêtre à la figure du garçon, l'inviter à entrer, ou simplement s'en aller en courant pour nettoyer ses putains de pieds.

C'est le moment la plus cataclysmique de sa vie. PUTAIN.

Mais avant qu'il ne puisse prendre une décision, Teresa Agnès en personne apparut aux côtés de l'inconnu. Elle était tout simplement magnifique dans une jolie robe pourpre à volant qui rehaussait sa taille menue et ses talons qui allongeaient ses fines jambes. Elle adressa à Newt un regard humble et coupable avant de glisser délicatement mais fermement un bras autour de la taille de son ami qui était manifestement trop bourré pour réfléchir correctement.

« Je suis sincèrement désolée. On vous enverra quelqu'un pour nettoyer tout ça… Vous savez comment c'est. Il n'est pas comme ça, d'habitude, je peux vous l'assurer. »

Newt se contenta de la fixer, encore sous le choc, bien conscient du vomi qui commençait maintenant à imprégner le tissu de ses pantoufles. Il se contenta de hocher bêtement la tête, la bouche grande ouverte.

« C'est…rien, balbutia-t-il, et un sourire soulagé apparut aussitôt sur le visage de la fille. »

Elle lui offrit un dernier signe de tête en guise d'excuse avant de s'éloigner en traînant son ami. Et ils disparurent tous les deux aussi vite qu'ils étaient apparus.

Pendant ce temps, Newt n'avait toujours pas bougé.

Il resta ainsi pétrifié pendant au moins dix minutes avant de pousser un petit cri, de se débarrasser de ses chaussons et de courir à la salle de bain pour se doucher et se récupérer comme jamais. Il se déshabilla en chemin et en ignorant de toute ses forces l'épouvantable odeur qui flottait dans l'air.

Putain.

D'école.

De merde.

-X-

Une fois que Newt fut enfin propre et qu'il eut trempé ses pieds dans l'eau de javel, il émergea de la salle de bain, le regard vide. Le choc émotionnel était toujours présent. Newt Withman s'était fait vomir dessus. Qui aurait la force d'aller de l'avant après un tel traumatisme ? Quelques gouttes d'urine suffisait déjà à le faire bondir de dégoût. Le vomi était à un niveau bien au-dessus.

Ses pensées alternaient entre « Je déteste ce putain de connard qui ne contrôle pas ses doses d'alcool » et « Je trouve ma paix intérieure ». Il se mit finalement au lit en emmenant ses livres de cours avec lui, non sans oublier de fermer avec grand soin les rideaux (dernière fois qu'il ouvrait ne serait-ce qu'une seule fenêtre).

Au bout d'un certain temps, grâce aux bougies parfumées qu'il avait allumées dans sa chambre et au son apaisant de la nature qui tournait sur son iPoj, le blond trouva enfin sa paix intérieure, enveloppé dans sa couette à faire tranquillement ses devoirs. Il commença même à s'assoupir sur son lire ouvert, dont la page de gauche affichait un gribouillage haineux de Teresa Agnès et son pote bourré (un vrai distributeur de vomi, ce garçon).

Il ne savait pas depuis combien de temps il dormait lorsqu'il fut soudain réveillé par le claquement d'une porte, suivie d'éclats de rire, d'adieux bruyants et de plaisanteries potaches.

En poussant un juron contre sa vie misérable, Newt leva la tête, complètement déboussolé, une belle trace de livre sur la joue.

« Newt, t'es là ? Appela Minho. »

Newt ne répondit pas, loin d'être humeur sociable. Tout ce qu'il fut capable de remarquer fut que sa lumière était encore allumé et qu'il devait l'éteindre s'il voulait se rendormir.

Alors, le blond se redressa en se frottant les yeux, à moitié endormi, lorsqu'il entendit soudain :

« Putain de bordel c'est quoi ce tas de merde ? »

C'est alors que les événements de la soirée revinrent à Newt.

Il s'éclaircit la gorge.

« Tu serais pas en train de regarder un tas de vomi, par hasard ? »

Minho fit irruption dans la chambre, les pupilles dilatées, les cheveux en bataille et le corp en sueur.

« Ça va mon pote ? T'es malade ? »

Newt laissa retomber sa tête dans un grognement pénible et se frotta lentement les tempes. Il avait tout sauf envie d'aborder le sujet du type qui était apparu à sa fenêtre pour vomir sur ses pieds.

« Non, t'inquiète. Alors, t'as passé une bonne soirée ? »

Et par chance, Minho avait la capacité d'attention d'un poisson rouge.

« C'était dingue, putain ! On a passé la soirée dans un hôtel, et je m'attendais vraiment pas à un truc aussi dément ! Y avait tellement de monde, et tout le monde était complètement torché, et la décoration était super belle ! S'exclama-t-il en s'appuyant contre l'embrasure de la porte avec un air ahuri. Teresa n'était pas là, par contre ! C'était elle qui organisait la fête, et elle était introuvable ! Reprit-il après un silence. »

Sur ce, il s'assit sur le lit de Newt et s'étira avant de placer les mains derrière la tête et fixer le plafond d'un air béat.

« Oh, ça, ça ne m'étonne pas.

- Pourquoi tu dis ça ? Demanda Minho en se tordant le cou pour le regarder.

- Eh bien, figure-toi qu'elle était ici. Elle suivait son pote qui déambulait dans le parc de l'école, en train de s'amuser à trouver des fenêtres ouvertes pour gerber sur pauvres étudiants innocents en train de réviser, expliqua Newt en lançant un regard entendu au Coréen. »

Minho cligna des yeux un moment avant de comprendre.

Son visage passa par différentes expressions que Newt ne parvint pas à identifier. Puis, il se rassit correctement avant de partir d'un grand fou rire hystérique. Un rire visiblement incontrôlable puisqu'il en vint aux larmes, laissant un Newt sidéré à le regarder sans comprendre.

« C'est…là-bas….tes putains de chaussons…c'est à cause d'Alby Benutti ? Il a gerbé sur tes chaussons ?! Putain tu te fous de ma gueule ? T'es sérieux putain ? S'étrangla l'Asiatique en essuyant les larmes qui noyaient à présent ses joues. »

Pour une raison quelconque, le garçon trouvait que c'était la chose la plus drôle qui soit jamais arrivée, alors il était mort de rire sur le lit et se roulait sur le matelas comme un gosse en tenant le ventre. Le tout devant un Newt qui le dévisageait d'un air mécontent, les yeux plissés.

Sale petit bâtard impoli.

« Ouais, c'est ça, rigole, le morigéna-t-il d'un ton courroucé. Mais je te préviens, c'est toi qui nettoie. Il est hors de question que j'y touche. J'ai reçu assez de gerbe sur moi pour toute une vie.

J- e demanderai à mon assistant de nettoyer ça demain, promit Minho entre deux rires.

- Ben ? »

Newt était à la fois soulagé de ne pas avoir à toucher cette immonde flaque de vomi, mais aussi coupable de laisser tout le boulot à une pauvre âme innocente.

« Je devrais peut-être que je lui achète un cadeau pour le remercier ? »

Mais Minho était trop occupé à rire pour répondre à sa question.

Ils passèrent le reste de la nuit allongés côte-à-côte. Minho explosait de rire de temps en temps lorsqu'il repensait à Alby Benutti vomissant sur Newt, et Newt tentait à chaque fois de changer de sujet en demandant d'autres détails sur la soirée de son colocataire « T'as bu combien de shooters ? » « T'as embrassé quelqu'un ? » « T'as goûté l'absinthe ? » « T'étais le seul Coréen ? »).

Ce n'est que bien plus tard que Minho finit par s'endormir, affalé en travers du lit.

« J'en reviens toujours pas qu'Alby a gerbé sur tes pieds putain, marmotta-t-il en ricanant doucement avant s'endormir complètement. »

Et même si Newt se sentait toujours aussi aussi révulsé de ce qu'il lui était arrivé, il s'autorisa un petit sourire amusé avant de fermer les yeux à son tour.

-X-

Lorsqu'il se réveilla le lendemain matin, Minho était déjà parti. À l'endroit exact où le garçon avait dormi se trouvaient à présent un morceau de papier déchiré et une paire de chaussons propres. Le message disait : « Ceux-là, garde-les loin d'Alby » avec un gros smiley et une gribouillage de vomi dessiné dans un coin.

Newt imaginait parfaitement Minho écrire ce message avec son éternel sourire de petit merdeux. Il froissa le papier en levant les yeux au ciel avant de le jeter dans la corbeille à l'autre bout de la pièce. Il s'extirpa ensuite de son lit en songeant à trois choses positives :

1) Il avait vraiment réussi à réviser la veille.

2) On était samedi, donc il avait sa journée de libre.

3) Il ne s'était pas réveillé au son du piano.

La journée s'annonçait bien.

Il bâilla en s'étirant comme un chat et commença à errer dans l'appartement, un léger sourire sur les lèvres. Il se rendit dans la cuisine et vit que Minho avait eu la bonté de lui laisser une tranche de bacon froide et un sachet de beuh. Trop aimable.

Il eut un petit sourire moqueur en voyant l'assiette, mais opta plutôt pour un verre de jus de fruits et un croissant qu'il grignota près de la fenêtre (qui était désormais fermée à double tour). Il risqua un coup d'oeil vers l'endroit où il avait laissé ses chaussons la veille et constata que le parquet avait été ciré et récuré. Il fallait vraiment qu'il achète un cadeau à Ben pour le remercier. Peut-être même allait-il écrire son nom dans son testament.

Soudain, son portable vibra.

Minho.

SMS de Sushi à Newtie :

11h32: T'es levé ?

SMS de Newtie à Sushi :

11h33. Ouais.

SMS de Sushi à Newtie :

11h34. Ça te dit de prendre ton petit déj' à Fleet ? Ils font du bacon super bon.

Newt ne se le fit pas dire deux fois : il enfila un jean-slim et une marinière, enroula une écharpe autour de son cou et sortit du bâtiment en pensant au bacon, au thé et aux toasts qui l'attendaient. Il avait même réussi à oublier ce qui lui était arrivé la veille.

-X-

À leur retour, Ben était dans le salon avec entre les mains les chaussons fraîchement lavés de Newt. Mais l'attention du blond fut bien vite attirée par autre chose.

Au moment où Minho et lui passèrent le seuil de la porte, ils se retrouvèrent face à une vision des plus inattendues.

Le salon était rempli du sol au plafond de fleurs.

Oui. Des fleurs.

Toutes sortes de fleurs aux couleurs multiples. Il y avait des compositions et des bouquets de tous les côtés. Leur salon s'était métamorphosé en véritable jardin de Versailles. Le spectacle était si ahurissant et à couper le souffle que même Minho était sans voix. Des roses jaunes brillaient à la lumière du soleil qui filtrait des rideaux du salon, des lys majestueux s'épanouissaient sur les meubles et la table, des violettes recouvraient gracieusement la piano, et des hortensias reposaient dans de jolis vases ornés jonchant le sol.

Newt et Minho contemplaient cet étrange phénomène, immobiles dans l'encadrement de la porte, la mâchoire pendante jusqu'au sol. Leurs regards repérèrent au même moment une grande carte couleur crème posée sur le cadran de la cheminée, et écrite à l'encre dorée.

Les deux garçons se penchèrent vers le message et lurent en choeur ce qui était écrit :

« Mes excuses pour hier soir. J'aimerais me faire pardonner. S'il-te-plaît joins-toi à nous pour déjeuner ce midi chez nous. Alby Benutti. »

Minho et Newt se retournèrent vers Ben, dont le visage affichait la même stupéfaction qu'eux.

« Tu étais là quand…? Commença Newt, incapable de formule quelque chose de plus cohérent.

- Oui, répondit aussitôt Ben. Un jeune homme et une fille fille sont venus ce matin. Ils ont fait livré toutes ces fleurs en espérant qu'elles masqueraient l'odeur qu'ils auraient pu causer. Il a dit que vous pouviez l'appeler à tout moment en cas de problème et qu'il vivait dans un appartement dans la tour du campus. Il a aussi dit qu'il avait hâte de vous rencontrer, récita-t-il d'un ton professionnel.

- …le tour de Teresa Agnès ?

- Exactement. »

Newt le dévisagea, interdit. Puis, il se tourna vers Minho.

« Tu viens avec moi. »

Les mains de Minho se levèrent en signe de défense.

« Nan, mon pote. C'est ton bordel, c'est à toi de gérer. En plus, j'ai une horrible gueule de bois, j'ai vraiment besoin de dormir. Et de fumer. »

Newt lui lança un regard implorant.

« Mais qu'est-ce que je vais faire sans toi , moi ?

- Mais vas-y, tu verras bien comment ça se passe. Ils ne vont pas te bouffer, tu sais. »

Apparemment, Minho était insensible aux yeux de chiens battus.

Alors, Newt suivit son conseil et se partit se préparer pour aller manger chez Teresa pendant que Minho s'enferma dans sa chambre, probablement pour décuver. Quelques minutes plus tard, des compositions de Tchaïkovski et Bach envahirent l'appartement (musique de gueule de bois, peut-être ?).

Après vingt bonnes minutes d'affolement et de confusion passées à fixer son dressing rempli de vieux vêtements, Newt laissa la panique le gagner. La situation le stressait, l'énervait, le rendait mal à l'aise, mais attisait aussi sa curiosité. Et putain, il ne savait pas le moins du monde comment il était censé s'habiller pour se rendre à un déjeuner d'excuse organisé par un inconnu qui lui avait vomi dessus. En bref : il paniquait à mort.

Franchement, il devrait juste porter un jogging et enfiler les chaussons-mêmes qu'Alby avait souillé la veille au lieu de se soucier de ce que les gens pourraient penser de lui.

Mais au lieu de ça, il sortit de sa chambre et frappa à la porte de Minho.

« Hé, Min' ! Appela-t-il. J'ai besoin de ton aide. »

Pas de réponse. Le musique s'échappait toujours tranquillement de la pièce.

« MINHO, J'AI BESOIN D'AIDE ! Cria-t-il en tambourinant cette fois contre la porte. »

Il y eut du mouvement derrière le panneau de bois, et Minho ouvrit en bougonnant. Une grimace déformait ses traits, et des lunettes noires recouvraient ses yeux.

« J'ai besoin de ton aide, Minho, reprit Newt plus doucement, le regard suppliant.

- Bordel de merde, qu'est-ce qui te prend tout à coup ? D'habitude, tu refuses toujours mon aide.

- Aujourd'hui, c'est différent, rétorqua Newt en retirant les lunettes de son colocataire, dévoilant ses yeux rouges et cernés. J'ai besoin de tes conseils. Je ne sais pas quoi porter !

- C'est une blague ?

- …Non ?

- Tu ne peux pas t'habiller tout seul ? Putain, t'es un grand garçon, débrouille-toi !

- Mais tes vêtements sont plus beaux que les miens ! Gémit Newt, et Minho fronça les sourcils.

- Oh. Tu veux m'emprunter quelque chose ?

- Non ! Aboya immédiatement, Newt, sa fierté prenant le dessus. »

Pause.

« Peut-être, souffla-t-il, et les sourcils de Minho se levèrent. Oui, bon d'accord, j'avoue, j'aimerais bien t'emprunter un truc. Mais c'est juste parce que j'ai pas le choix ! Ajouta-t-il pour se sauver la face en pointant le visage de Minho du doigt. »

Ce dernier saisit l'index levé sous son nez et le détourna délicatement.

« Y a rien de mal à m'emprunter des vêtements ! Allez, entre. T'aurais dû le dire plus tôt. »

Après une bonne vingtaine d'essayages, plusieurs chamailleries puériles et quelques éclats de rire de Minho, Newt trouva enfin la tenue parfaite. Il se tenait devant son colocataire et attendait avidement son avis. Il portait un pull fin noir et un pantalon gris ainsi que des chaussures noires cirées.

« Alors ? »

Bon, Newt l'admettait, il se souciait de son apparence parce qu'il avait été séduit par les fleurs, la jolie carte et les humbles excuses de Benutti. Et peut-être aussi qu'il était un peu excité à l'idée de rencontrer enfin celle dont tout le monde parlait. Alors il attendait l'avis de Minho avec espoir.

« J'adore, mon pote, le rassura Minho en réajustant son col et en époussetant ses épaules. T'es fin prêt pour la fête, Cendrillon. Mets leur en plein la vue ! Ajouta-t-il avec une claque sur les fesses du blond, lui arrachant un couinement surpris et indigné (« Hey ! ») et un regard noir. »

Minho lui dit au revoir avec un sourire espiègle et repartit s'affaler sur son lit dans un soupir de bien-être.

Après une grande inspiration, Newt ouvrit la porte et sortit.


Voilà voilààààà! C'était un très long chapitre, mais j'espère qu'il n'était pas trop ennuyant...Merci encore d'avoir lu, rendez-vous la semaine prochaine pour le chapitre 4! :5

Gros bious xx