6.
- Mais, c'est trop, protestèrent en chœur Eryna et Yufis.
- C'est ainsi ! rétorqua Aldéran qui sourit plus largement encore. J'offre le voyage de noces, c'est une tradition ! J'espère qu'il vous ravira autant que le mien fut en enchantement !
Sa cadette approuva de la tête.
- Je me souviens. On s'était tous rassemblés et on avait soigneusement préparé chaque détail selon nos compétences, nos contacts. Comme tu t'en doutes, Aldie, je m'étais surtout occupée des plaisirs d'Ayvanère. Et votre mine à tous les deux quand vous êtes revenus en disait long sur le bonheur et le repos que cela vous avait procuré ! Et, pour ce petit trip, papa avait obtenu toutes les autorisations de vol, même pour les parties où ce n'était normalement pas permis pour de simples voyageurs. Je sais que dans le cas présent, tu choisiras au mieux pour nous !
- Vous serez heureux. Je ne souhaite que cela pour vous deux, et pour toute la vie. Oh oui, vous allez connaître un tel bonheur ! Que rien… ni personne ne vous l'arrache. Eryna, je dois voir avec toi pour certains invités car comme j'ignore d'où ils viennent, leurs traditions, je ne peux choisir l'hôtel le mieux approprié pour les héberger et leur faire plaisir en-dehors des cérémonies.
- Je t'ai tout indiqué sur un fichier. J'avais aussi sursauté à ces non-informations… Désolée.
- J'aurais de toute façon su m'arranger, trouver les indications, glissa doucement Aldéran en déposant un baiser plein d'affection sur la joue de sa jeune sœur.
- Fichu flicard !
Aldéran but quelques gorgées de sa limonade.
- Je ne me referai pas…
Et Eryna étreignit encore plus fort son grand frère, totalement confiante en lui, depuis ses premiers jours quasi, se reposant entièrement sur sa force et son attitude protectrice et défenderesse à toutes épreuves !
« Ma petite sœur… ».
- Ma belle amour…
Aldéran posa des lèvres ferventes sur l'épaule ronde d'Ayvanère, appréciant la douceur de sa peau.
- Ce furent de belles cérémonies, un magnifique buffet, mais je n'attendais que le moment de partir avec toi, Aldie !
- Et moi aussi, et comment ! Plaquer là tous ces invités, mêmes tes amis ou les miens… Et surtout tous ceux qui ne sont venus que pour l'un des héritiers de Skendromme Industry… Je me fous de ce cirque, et je comprends totalement mon père qui se tient à l'écart, le temps que tout redevienne normal après l'une des fêtes de ma mère pour les généreux donateurs de SI… Oh Ayvi, je t'ai tout à moi, comme jamais sans doute ensuite vu nos obligations, et je palabre… Nous sommes là, sur la terrasse d'un palais de cristal qui ne devrait pas exister, amenés par une navette en dépit des consignes de vol, et le spectacle de cette cascade de glace et de lumière à la fois est féérique et inconcevable dans la réalité… Je t'aime, Ayvi !
- J'espère bien, Aldéran. Je t'aime, et c'est tout !
Et le jeune homme étreignit à nouveau le corps de son épouse, le faisant vibrer et le pénétrant pour les amener à la même passion sexuelle qui leur arracha un cri commun.
Aldéran but quelques gorgées de sa limonade.
- Je ne me referai pas… Laissez-moi vous faire la surprise, les amoureux, s'il vous plaît ?
- Oh oui, Aldie !
- Merci, Ery.
Eryna en pleine conversation téléphonique avec ses amies, Yufis avait raccompagné Aldéran jusqu'à son tout-terrain noir.
- Merci pour le cadeau, Aldie !
- J'espère surtout qu'il vous plaira. Je ferai tout pour… Je me réjouis tant de votre futur bonheur conjugal, qui me fait déjà tant de plaisir à voir !
- Oui, j'aime Eryna à la folie, en dépit de la légère différence d'âge… Et je suis soulagé, surtout ces derniers mois, que toi, Aldéran, et tes parents, m'aient accepté dans votre cercle familial… Merci.
- Encore une fois : bienvenue, Yufis ! Nous sommes heureux d'accueillir celui qui a séduit ma jeune sœur et qu'elle aime.
Aldéran se mit au volant, appuyant sur le bouton commandant le départ du véhicule.
- Je reviens dimanche prochain, pour la suite de la planification du mariage !
- Nous t'accueillerons avec plaisir, Aldie.
Se renfrognant soudain, Aldéran enfonça l'accélérateur de son véhicule, démarrant sur les chapeaux de roues.
7.
Le dimanche n'aurait dû être que grasse matinée, orgie de petit déjeuner et projets de ne rien faire de toute la journée, mais voir son père sur le seuil du duplex avait mis Aldéran sur la défensive.
- Café ? Ou alors un verre de gros rouge ?
- Je préfère le café bien serré, surtout de grand matin.
- Oui, je ne l'ignore pas… Tu veux donc causer tellement sérieux ? Assieds-toi dans le salon, je te prépare ta tasse.
- Aldie, j'ai eu accès à ton dossier sanguin de la nuit de l'accident… Toshiro a piraté le système, tu peux imaginer que cela ne lui a guère été difficile, que du contraire ! Je sais donc…
Aldéran posa les tasses sur la table basse.
- Qu'es-tu venu me vouloir, papa ? Me flinguer ! ? Je le mérite et tu le sais plus que n'importe qui… Alors, fais-le, vite… Sinon, je pourrais riposter, même contre toi !
- Avec quelle arme ? ! Je suis le seul à en porter une dans cette pièce.
Aldéran vida d'un trait la moitié son mug de café.
- Que me veux-tu ? reprit-il. Pour les reproches, la vengeance, je suis à ton service… J'accepterai tout venant de toi… Parle… insista encore son fils.
- Aldéran, avec ou sans permis, tu as conduit dans des états d'ébriété bien pire que celui relevé par ton analyse sanguine… Aldéran, tu étais totalement en état de conduire, d'anticiper et de prévoir chaque manœuvre… Mais là, tu as été heurté par ce camion et… Non, je n'accepterai jamais le fait que tu n'aies pu… Mais, il y a l'atroce réalité des faits… Aldéran, je ne sais plus quoi penser… Et, si, moi, je t'avoue mon incompréhension… De quoi donc te souviens-tu, réellement ?
- De rien, mentit sèchement le jeune homme. Je n'ai aucune idée de ce que fut la journée à l'AZ-37. J'ai quitté l'appart après le petit déjeuner, j'ai déposé Ayvi à la Gare Centrale pour ses trois jours de séminaire et suis reparti sur les chapeaux de roues… C'est la dernière chose dont je me souvienne avant le réveil aux Urgences. Inutile de me cuisiner, ma version ne changera pas, la mémoire ne me reviendra pas… Et puis tu n'as jamais su que brûler des toasts, c'est moi qui cuisine !
- Je ne tirerai rien de toi quand tu es dans cet état d'esprit. Je m'en doutais bien mais je devais essayer, pour ta mère, et pour Sky.
Le pirate se leva, son regard totalement dépourvu d'expression à présent posé sur son fils aîné.
- Je voudrais tant que cette amnésie là se dissipe, elle aussi, murmura-t-il. Tant que nous ne comprendrons pas, aucun des membres de la famille ou tes amis, il n'y aura nulle reconstruction possible, pour tous.
- Ce que j'ai fait à dévasté mon univers et tous ceux qui le composent, soupira Aldéran qui semblait totalement épuisé bien qu'il vienne à peine de se lever ! J'en suis désolé, mais rien n'effacera la mort de Skyrone. Et pas une seule entité surnaturelle ne doit pouvoir m'aider, sinon elle se serait manifestée…
- Quoi, pour faire remonter le temps ? ne put s'empêcher de ricaner le pirate à la chevelure de neige en quittant l'appartement, le sentiment dans son œil indiquant à présent qu'il avait un début de dégoût naissant pour le jeune homme !
