Missive

Monsieur le Président de la République
Palais de l'Élysée
55, rue du faubourg Saint-Honoré
75008 Paris

Paris, le 5 septembre 2005.

Monsieur le Président, vous trouverez ci-joint les informations concernant l'organisation terroriste Carthage. Il semblerait que nos informations aient permis de localiser plusieurs de leurs agents dans la capitale française. Monsieur le Président, il est de votre devoir de prendre une décision pour protéger la population face à notre pire menace. La sûreté de la nation voire du monde est en jeu. Peut-être ignorez-vous l'ampleur de la situation, alors je vais me permettre une petite réminiscence.

Dans les années 1970, un groupe de scientifique très expérimenté (engagé par le F.B.I) travaillèrent sur un projet de supercalculateur quantique dans le but d'intercepter et de couper les communications soviétiques. Cependant, les choses ne tournèrent pas comme le gouvernement américain le prévoyait et la machine devint incontrôlable. Beaucoup plus puissante que prévue, elle fut capable de créer un monde entièrement virtuel dans lequel des êtres humains pouvaient être envoyés par le biais de scanneur. Cette technologie ne devait jamais être connue du public. Malheureusement, un des scientifiques du projet, l'humaniste Waldo Schaffer le quitta et constitua une menace pour le secret d'état. Sans l'autorisation de notre gouvernement, des agents du FBI tentèrent de l'éliminer. Sans succès. Il demeurait introuvable dans tout le territoire. Dans un élan de panique, la maison blanche ordonna l'arrêt des recherches et la mise au bagne du supercalculateur construit près des Cévennes.

Cependant, les scientifiques du projet Carthage utilisèrent leurs recherches pour approfondir leur influence et adresser un ultimatum au gouvernement américain. Il stipulait que toutes les informations seraient transmises à Moscou et utilisées dans le but de punir les démocrates pour leur naïveté. Entre-temps, ils trouvèrent le moyen au prix d'énormément d'énergie de retourner dans le temps. Nous ne pouvions pas les laisser tester cette découverte, et un accord bilatéral ordonna l'arrestation des dix scientifiques impliqués dans les menaces. Un corps d'armée investit également le laboratoire secret dans lequel le supercalculateur fut détruit puis brûlé. Il ne devait rester aucune preuve.

Cette victoire qui permit de préserver temporairement notre monde n'était qu'à demi-teinte. Les scientifiques demeuraient introuvables, pouvant toujours, grâce à leurs données, créer un nouveau supercalculateur pour le compte de l'Union Soviétique. Retrouver Waldo Schaffer devint donc notre première priorité. Lui seul pouvait nous aider à lutter contre ce qui devint l'organisation terroriste la plus dangereuse au monde. Selon nos sources, ils trouvèrent exil en Argentine, peu avant le début de la guerre des Malouines en 1982. À cette occasion, l'affaire devint si grave que le premier ministre britannique Margaret Thatcher dut être mise au courant pour profiter de la guerre contre l'Argentine afin de récupérer les fuyards.

Une cyberguerre se profilait peu à peu, tandis que nos recherches pour trouver Waldo Schaffer ne se couronnaient d'aucun succès. Lui et sa famille couraient un grave danger. Nous apprîmes en 1987, la disparition de sa femme puis sa fuite vers Paris. À ce moment, nous nous rendîmes compte que Carthage ne souhaitait pas retrouver Schaffer, mais le tuer. Comme les américains il y a dix ans de cela. Il ne fallait pas que cela arrive. La CIA, la DCRI, la DGSE et même une partie des services secrets britanniques participèrent aux recherches.

Le round final face à Gorbatchev s'approchait, et à cette occasion, le développement de l'arme virtuelle devint plus crédible. Selon nos sources, l'organisation criminelle désormais dotée d'un haut corps armé pouvait frapper n'importe où dans le monde. Bien heureusement, la chute de l'URSS précipita le mouvement dans l'ombre, et nous pensions sa mission terminée. Mais… plusieurs données embrouillèrent la reconstitution des faits pour l'année 1994. Oui, il semblerait que le scientifique Franz Hopper (nom d'emprunt durant son exil) aujourd'hui porté disparu et déclaré mort (assassiné par Carthage) aurait fortement développé ses recherches au cours d'un même jour. Nos experts sont toujours désarmés face à cette curiosité. Son travail colossal nécessitait plusieurs années, pas vingt-quatre heures.

Aujourd'hui, nous sommes quasi certains qu'il a pu développer à lui seul la technologie que Carthage préparait dans le plus grand secret. Il a réussi à développer le retour dans le temps, sans que nous ne trouvions l'emplacement de son supercalculateur. Mais très récemment, il y a, je vous dis, moins de vingt-quatre heures, plusieurs agents de Carthage ont été localisés dans Paris, et un attentat à la voiture piégée a manqué de causer la mort de deux parents. Nous le savons, car ils ont clairement laissé leur marque ; leur symbole. Un symbole que nous avons bien sûr exigé d'omettre dans le rapport de police.

Vous vous demandez sûrement qu'est-ce que cela veut dire, monsieur le Président. Pourquoi est-ce que du jour au lendemain, je vous raconte tout cela, moi, le chef des services de renseignement. Eh bien car cette arme virtuelle peut mettre en danger la pérennité du monde. Au travers d'attaques par des programmes multi-agents, l'on peut interférer dans notre monde réel et créer des dysfonctionnements d'une rare intensité capable de tout détruire sur leur passage.

Nous sommes sur le point de localiser ce que nous cherchions depuis des décennies, nous ne devons pas manquer cette chance, et nos recherches doivent se concentrer près du lycée Kadic, où cela fait plus de trois fois qu'ils s'y rendent en dix ans. Nous attendons votre aval pour concentrer nos recherches et surtout pour avoir carte blanche quant à Carthage. Nous ne devons reculer devant rien pour les arrêter avant qu'ils n'obtiennent ce qu'ils veulent (à savoir quoi). Cette histoire est peut-être enterrée pour les américains, mais elle ne l'est pas pour nous. Nous portons l'entière responsabilité d'un échec.

Ils sont puissants, monsieur. Mais nous pouvons l'être plus qu'eux. Si nous retrouvons la technologie…

Je vous prie d'agréer l'expression de mes plus sincères salutations,
Général Hussinger, chef des services secrets.

Écrit le 15 août 2012.