Hello tout le monde!

Voici ce nouveau chapitre, un autre pas de Neji vers Lee, un autre pas hors de novembre.

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, ça m'intéresse vraiment, pour améliorer l'histoire! :)

À bientôt! Et bonne lecture!


Neji dansait sous les yeux de son ami, il s'abandonnait à ses directives, à ses gestes. L'idée était simple, il donnait le contrepied, lorsque Lee le poussait il s'appuyait sur lui, lorsqu'il le retenait, il s'enfuyait. Soudain il ne fut plus qu'un poids mort sur le sol. Un poids mort en mouvement qui repoussait encore les spectre, un poids qui repoussait Pylade. Tout en poursuivant leur danse, Lee admira la grace de ses mouvements. Ses bras étaient comme des ailes blessées, son corps roulait sans cesse plus loin de lui.

Son corps Oreste.

Ses bras sa folie.

Pylade l'amitié.

Il sentit justement Lee entamer le mouvement suivant. Lee le portait. Et lui, glissait sans cesse. C'était dans ces instants que leur complicité était la plus forte. Tout était calculé, tout était éprouvant pour leur corps et pourtant sans dissimuler leur dureté, leur fluidité faisait scintiller leurs mouvements.

La musique se tut alors que leurs membres achevaient de s'entremêler. Chacun portait un peu de l'autre. Chacun était en équilibre, aucun ne tremblait. Le corps de Neji se relâcha alors, il sourit.

- C'est plaisant de danser sous ta direction, murmura-t-il. Je serai prêt à recommencer.

- Attends que l'on en ait fini avec ce projet, peut-être en auras-tu assez à la fin.

- J'en doute. Tes talents de chorégraphes te ressemblent.

- Te me fais rougir, le railla Lee.

- Tu ris mais tu sais que je le penses, ça me suffit, sourit Neji en se détournant.

- En tout cas mes amis viendront nous voir et nous faire part de leurs impressions.

- Même le dormeur ? ironisa le jeune homme.

- Surtout le dormeur.

Neji pouffa tout en se changeant pour le cours des plus jeunes élèves qui n'allaient pas tarder à arriver.

- Ça te dit de venir manger un morceau à la maison après les cours ? s'enquit Lee.

- Pas aujourd'hui. Mais demain sans problème.

- Tu vas le voir ?

- Je n'ai pas pu y aller la dernière fois, souffla le jeune homme.

Lee ne répondit pas.

La fenêtre.

Elle venait de s'ouvrir.

L'oiseau glissait un bec hors de sa cage, tout craintif.

Le danseur se sentit comme un enfant figé devant un chaton effrayé.

Neji ne le regardait pas dans les yeux.

Il ne regardait nulle part, ses yeux étaient ailleurs. Là commençait une autre danse, la seule véritable, celle qu'il avait voulu cristalliser dans leur chorégraphie. Jusqu'ici Neji avait fui, jusqu'ici il avait repoussé Lee avec douceur. Le laissait-il enfin approcher ?

- Hinata porte sur ses épaules la culpabilité d'une famille et je porte le deuil pour eux. Mais la dernière fois… je n'ai pas pu y aller. Rien que d'y penser…

Il secoua la tête, leva vers Lee des yeux d'enfants qui lui allèrent droit au cœur.

- C'est le poids de ma vie. Je ne sais si j'arriverai un jour à m'en défaire. Je ne vis pas Lee. Je danse et rien de plus.

- Alors pars Neji.

- Pour aller où ?

- Loin d'eux.

- Et loin de toi ? souffla le jeune homme.

- Partout pourvu que tu trouves une douceur à ton cœur. À part la danse, n'y a-t-il rien de doux pour toi ?

Neji demeura pensif, ses doigts frottant nerveusement ses lèvres.

- J'ai trouvé des douceurs. Elles m'étaient douces car elles étaient comptées. Tes baisers, Lee, me rendaient vivants, ton corps contre le mien étaient une musique, lorsque je soupirai, c'était autant de plaisir que de soulagement.

C'était la première fois qu'ils reparlaient de ces semaines volées. Et le jeune homme, dans sa douloureuse innocence, en parlait avec autant de pudeur que de candide sincérité.

- Et il y a eu une fin, c'était bien ainsi. Jamais je n'ai désiré que tu me tiennes à nouveau dans tes bras dans cette façon, jamais plus je n'ai désiré sentir ta bouche sur mes lèvres et ton corps contre le mien.

- Qu'y a-t-il eu depuis ? murmura Lee en priant pour qu'il y en ai eu d'autres.

- Il y a eu la coriandre d'Hinata, cette fraîcheur pour parfumer ma bouche, ce parfum acidulé pour parfumer mes mains.

Sa main continuait de tapoter sa lèvre, il l'humait les yeux clos.

- Et puis il y a un rêve que j'ai fait. Ou du moins il me semble que c'est un rêve.

Il ouvrit les yeux, les planta dans les iris ébènes de son ami.

- Je n'ai jamais voulu que tu sois là ce jour-là. Je n'ai jamais voulu que personne ne me voit. Mais j'ai toujours rêvé que quelqu'un me prenne dans ses bras.

- Neji…

- J'ai toujours eu ce désir encore plus brûlant que celui que j'ai pu éprouver pour toi, poursuivit le jeune homme comme s'il ne l'avait pas interrompu. J'étais malade d'absence, malade de vide. D'ordinaire je n'ai jamais la force de sortir, de bouger. Cette fois comme dans un élan vital j'ai erré dans les rues. J'ai trouvé un café. Elle était la serveuse. J'ai passé la soirée à une table. Elle n'a rien dit. Mais elle a compris. Elle était juste là, de temps à autre, elle était un sourire et un regard. À la fin de son service elle m'a ramené sur son scooter, elle a fait un détour, je me sentais voler et léger. Elle m'a déposé. Elle est partie.

Les yeux de Lee étaient écarquillés de stupeur. Il sentait que quelque chose s'était produit de jour-là. Il avait compris dès que Neji avait ouvert la bouche un jour où il aurait dû rester mutique. C'était donc vrai. Mais jamais il n'aurait imaginé ce scénario, jamais il n'aurait pensé que son ami aurait admis une présence étrangère à ses côtés. Finalement c'était évident. Il était fier malgré la douleur qui l'habitait, cette douleur qui le submergeait une fois par an, le rendant incapable de parler, de danser, presque de bouger. Se montrer ainsi à Lee lui était inenvisageable.

Cette femme était différente. Elle était une inconnue, une passante d'un instant. Le jeune homme la remercia intérieurement d'avoir été aux côtés de son amie.

- Tu y penses souvent ? murmura-t-il finalement.

- Oui, avoua Neji avec la même innocence.

- Pourquoi ?

- Parce qu'elle m'a fait me sentir vivant autrement que par la danse, rien que par sa présence. Lorsque je suis entré dans le café… je… je ne tenais plus sur mes jambes… tout ce qui me retenait de me laisser m'évanouir était le dégout que je ressentais à l'idée que quelqu'un de ma famille vienne me chercher, et la honte à l'idée que ce soit Hinata qui vienne. Et elle était là, avec son thé à la menthe, la douceur dans ma gorge, la chaleur dans ma bouche comme un baiser, la saveur sucrée sur ma langue. Et soudain j'avais toujours la nausée mais j'avais la force de tenir.

- Voudrais-tu la revoir ?

- Je ne sais pas, avoua le jeune homme et une légère rougeur lui vint aux joues. Sa douceur était totale car elle était éphémère, la coriandre d'Hinata se désèchera, nous… nous avons cessé au bout de quelques semaines. Et c'est bien ainsi.

- Mais si cette fois la douceur pouvait durer ?

- Ce serait trop réel, souffla Neji en relevant les yeux. La réalité blesse, les rêves se dissipent.

- Le rêve peut se faire réalité.

- Si je faisais sa connaissance, elle perdrait son goût de songe.

- Et si le goût du réel était encore plus doux Neji ?

- Et s'il était amer ? rétorqua immédiatement le jeune homme.

Ses yeux flamboyaient soudain.

- Comment pourrais-je imaginer une autre option ? Mon père était là quand j'étais enfant. Et la vie était douce, ennivrante d'amour… et j'ai cru au mirage. Parce que ce n'était qu'une illusion. Quand je suis né j'oscillais entre amertume et douceur : mon père m'aimait mais ma mère était morte en me donnant naissance. Il a veillé à cet équilibre jusqu'au jour où il n'en s'est plus senti capable. Il m'a abandonné, il est parti. Et la ville était grise autour de moi, les yeux des autres tellement froids, les rougeurs aux joues d'Hinata avaient pour moi un reflet de sang. Du gris autour de moi. Du blanc dans leurs yeux. Du noir dans nos cheveux. Et du rouge sur son visage, comme une insulte à mon père. Jamais je ne suis parvenu à accepter que c'étais la preuve qu'on pouvait se ressembler, qu'elle pouvait être la sœur que ma mère n'avait jamais pu me donner parce que je l'avais tuée…

- Neji tu sais bien que…

- Je n'ai jamais dit que j'étais rationnel ! le coupa rageusement le danseur. Je ne sais pas l'être ! Je ne suis que colère ! Un orage permanent, et Tenten n'a été qu'une éclaircie, comme Hinata, comme mon père, comme toi aussi !

- Tu veux dire que tu…

- Je ne sais pas, soupira l'autre.

La colère l'avait quitté aussi vite qu'elle s'étais emparée de lui. Il se tourna vers Lee, sans doute trop fatigué pour retenir ses mots, il ne repoussa pas la main que celui-ci posa sur son épaule.

- Pourquoi es-tu encore là ? murmura sa voix brisée. Depuis des années je ne te donne que des angoisses, je le vois bien. Tu es là à tenter de me soigner mais je suis fichu. On ne répare une cœur brisé alors… pourquoi t'obstines-tu ? Tu pourrais trouver un autre associé, un autre partenaire. Tu as des amis tout autour de toi tellement plus vivants que moi, des amis vers lesquels je ne sais pas aller et je sais que ça te fait de la peine…

- Arrête Neji…

- Pourquoi es-tu encore là ?

Son ton s'était fait suppliant, il s'appuyait sur la main que Lee avait posé sur sa joue. Celui-ci soudain son regard, un monstre de douleur y hurlait en silence, il aurait voulu pouvoir le poignarder et délivrer son ami. À la place, il contempla son visage de porcelaire crispé par une douleur qui n'avait rien de physique. Jamais il ne l'avait vu si vulnérable, pas même le jour où ils s'étaient offerts l'un à l'autre pour la première fois, pas même les jours de novembre, pas même… pas même le soir où Neji lui avait avoué comment son père était mort, pas même lorsque, l'esprit embrumé par l'alccol, il s'était effondré en pleurs dans ses bras. C'était la seule fois où il l'avait vu pleurer.

Cette fois il n'y avait pas de larmes dans ses yeux, ses joues d'ivoire étaient sèches et douce sous sa paume. C'était sans doute pire, comme s'il n'avait plus de larmes, comme s'il avait asséché la réserve d'une vie.

- Parce que tu es mon ami Neji. Tu disais que tu n'étais pas rationnel, moi non-plus. Tu es là, c'est tout. Depuis toujours. Depuis que je danse. J'ai grandi avec toi, et tu fais partie de moi. Je te dois beaucoup mais ce n'est pas que de la reconnaissance. Tu me comprends…

- Je ne sais pas t'écouter depuis longtemps. Je ne sais rien de ta vie en-dehors de ce studio et de chez toi, et je n'arrive pas avoir l'énergie d'aller vers toi…

- Ça viendra, sourit Lee en rapprochant doucement son visage du sien. Tu me parles de toi Neji, ça me suffit. Tu me fais confiance.

- Ce n'est pas juste pour toi…

- Et tu en es conscient, ça me suffit. Un jour tu me rendras le change, ou pas. Pour l'instant…

- Pour l'instant tu consumes ton énergie à tenter de me sauver…

- Non. Je te la donne.

- Pourquoi ?

Sa voix prenait des accents désespérés, Lee posa calmement son autre main sur sa joue. Son visage entre ses mains, et ses yeux d'opales brillants de douleur et d'incompréhension.

- C'est comme ça Neji. Il n'y a rien à expliquer…

Les lèvres du jeune homme tremblèrent alors qu'il fermait les yeux.

- Merci, murmura-t-il.

Les pouces de Lee carressèrent ses jours, lentement, il sembla se détendre. Il rouvrit ses paupières et rencontra le sourire de son ami.

- Je te promets que je ne suis pas une éclaircie. Je te le jure. Ce n'est pas rationnel. On n'est pas rationnel. On ne peut pas l'expliquer, c'est comme ça et on n'y pourra rien changer.

Neji hôcha doucement la tête, son visage blotti dans les mains de Lee.

- Est-ce que tu accepterais de m'accompagner ce soir ? souffla-t-il si bas que le jeune homme cru avoir rêvé.

- Tu en es sûr ?

- Je n'en peux plus de vivre comme ça, Lee. Et je… je sais que c'est pas sain pour moi d'y aller seul. Je croyais que je m'en sortais… Mais quelque chose a changé depuis novembre… et je n'y arrive plus. Viens avec moi… en échange je te promets de ne pas esquiver la prochaine fois que tu me proposeras de sortir avec… avec tes amis.

Un sourire attendri se dessina sur les lèvres de Lee. Enfin.

- Si je viens, promets-moi de faire une chose de plus, demanda-t-il doucement.

- Dis toujours.

- Retourne la voir. Remercie-la pour ce qu'elle a fait. Et si tu sens au fond de toi le désir étouffer de la connaître, ne le fais pas taire.

Neji ne discuta pas. Il ne refusa pas. De toute façon il était bientôt l'heure de leur premier cours, les enfants n'allaient pas tarder. Mais Lee savait. Ce soir. À huit heure. Son ami allait lui ouvrir un pan de lui-même.


J'espère que ça vous a plu! Si oui n'hésitez pas à me faire part de vos impressions, et si non aussi! À la prochaine!