Disclaimer: La série "Les Légendaires" est à Patrick Sobral

Genre: Drama, Violence, Angst

Personnage: Danaël

Note: J'ai l'impression que les sous-entendus sont plus brutaux dans cette partie. Bon les enfants qui lisent, enfin les plus jeunes de mes lecteurs, ça parle d'une « vie » dans une prison. C'est pas rose et c'est assez sombre. Je ne dis rien explicitement, mais les sous-entendus sont présents.

Note 2: Ce chapitre est plus violent que les précédents. Sous-entendus très présents.

Note 3: De pire en pire. Pas pour les enfants. Sous-entendus encore plus présents.


Nuit ?


J'ai mal.

J'ai froid.

Je m'arrache douloureusement de l'inconscience, j'ai la tête qui tourne et un horrible goût de sang dans la bouche. Je meurs de soif, j'ai du mal à respirer, ma poitrine me fait mal à chaque inspiration. Mes jambes sont lourdes, mes bras sont engourdis. Mon visage me fait mal.

«Ils ne l'ont pas raté. Vu sont état je doute qu'il ait commencé cette bagarre de couloir.»

Je ne connais pas cette voix. Une odeur flotte dans l'air, odeur de plantes et de médicament. Mon esprit embrumé me souffle que je dois être à l'infirmerie.

Que s'est-il passé? J'ai un trou de mémoire.

Un gémissement m'échappe, une toux sèche me secoue, une douleur brûlante irradiant ma poitrine.

La voix retentit une fois encore «Ha? Il se réveille.

– Après deux jours, heureusement... » répliqua une autre voix, plus familière, même si je ne peux pas mettre un visage sur cette voix.

J'ouvre les yeux, et je vois un vieil homme au crâne dégarni, et au reste de cheveux grisonnants. Une main se pose sur mon front. Plus par réflèxe qu'autre chose, je me dégage.

«Bienvenue dans le monde des gens bien réveillés gamin.

– O...que...» Je n'arrive pas à aligner plusieurs mots. J'ai l'esprit complètement embrumé.

«Tu t'es fais passé à tabac par un groupe de prisonniers.» Il s'éloigne, plissant les yeux, versant quelque chose dans un verre «Tu as un poignet cassé, une jambe fracturée et plusieurs côtés fêlées.

– J'ai soigné ton nez qui avait prit cher aussi.» Signala l'autre personne qui était plus loin, hors de vue.

«..Combien...de temps?

– Deux jours, c'est la deuxième nuit là. Ta tête a frappé brutalement le sol. Tu as eu de la chance qu'un gardien soit passé par là.»

Les souvenirs me reviennent, embrumés. Il ne m'a pas aidé. Il a attendu que je prenne une violente correction pour ensuite arrêter ça.

Parce que je ne lui ai pas donné ce qu'il voulait.

«Évites de contrarier les autres prisonniers. Il faut mieux attendre et rester calme.»

Je n'ai rien fais.

Je me suis fais agresser.

Je me suis fait tabasser jusqu'à l'inconscience, en étant incapable de me défendre.

Personne n'ai venu me sauver, excepté quelqu'un qui a attendu que j'ai été bien amoché pour intervenir.

Je suis tout seul.

Personne ne viendra me sauver.

La boule dans la gorge grossit. J'ai envie de pleurer. J'ai envie de me réveiller dans mon lit, chez moi, dans une auberge ou dans une tente d'un camps des faucons d'argent.

Je ne peux pas m'enfuir de ce cauchemar éveillé. Je ne pourrais jamais m'en sortir, pas tout seul en tout cas.

Je ne crois plus dans les dieux d'Alysia.

Mais j'espère...

J'espère chaque jour un miracle, un miracle qui se sortirait de cet enfer.


-_-_-_-_-_-_- Interlude-_-_-_-_-_-_-_-

Ikaël jette la lettre sur la table. Le sceau de l'union entre Sabledoray et Orchidia brisé sur l'enveloppe.

Disparu.

Son frère et la princesse avaient été attaqué par des criminels. Et la seconde avait été sauvée par des mercenaires qui l'avaient ramené à son fiancé. Mais de Danaël, aucune trace. L'ex-princesse, devenue reine entre-temps, n'avait aucune idée de ce qui lui était arrivé.

Elle se rappelait qu'ils avaient été attaqué, l'auberge où ils se trouvaient avait été prises d'assaut par une bande de bandits.

Beaucoup de gens capturés avaient déjà été retrouvé ici et là. La promise du prince Halan avait été récupérée.

Mais Danaël, et quatre autres, n'avaient pas été retrouvés.

Les mercenaires avaient dit que la princesse était seule quand ils l'avaient tiré des griffes de ces criminels.

Ikaël savait qu'il n'y avait pas 36 solutions.

Soit il était mort, ce qui lui était inconcevable, il refusait de l'accepter ou de l'admettre.

Soit...l'autre solution était tout aussi horrible à imaginer. C'était atroce. Un jeune homme blond aux yeux bleus. C'était extrêmement rare à Sabledoray. Et tout le monde connaissait le trafic d'esclaves autant que celui de monslaves, même si personne n'avait vraiment pu y mettre fin.

Et si son frère était là-bas, entre les mains de quelqu'un...

Il serra les poings. Il ne pourrait jamais le retrouver dans ce cas. Ceux qui «possédaient» des gens ne s'en vantait évidement pas.

Et certaines personnes n'étaient jamais retrouvés.

Certains « acheteurs » s'amusaient à faire combattre « leurs acquisitions » contre des monslaves, les traitant comme tels.

D'autres s'en servaient dans d'autres domaines...et l'un d'eux...

Et imaginer son petit frère dans un tel cauchemar était tout aussi atroce que de l'imaginer mort, car de tel traitements le détruiraient à la longues. Que ça soit comme «combattant» dans une arène, ou comme «jouet» ou «esclave» de quelqu'un...combien de temps avant que son esprit ne craque?

Je n'aurais pas du le laisser partir.

Je n'aurais pas du accepter qu'il s'en aille.

J'aurais du accepter de continuer et d'aller sauver la princesse. Je l'aurais ainsi ramené à son fiancé et mon frère n'aurait pas...

Qu'aurait fait son père dans une telle situation ? Il n'aurait pas laissé Danaël partir. Voilà ce qu'il aurait fait. Lui avait encaissé le rejet, comme une gifle brutale, et avait gardé un visage fermé pour ne rien montrer de ses sentiments, pour ne pas montrer à quel point son cadet le blessait. Mais il l'avait laissé partir, fermé les yeux sur sa désertion. Sur le fait que son petit frère ne le comprenait pas, ne le comprendrait plus jamais.

Le regard du blond, froid et emplit de colère restait dans sa mémoire. Sa silhouette et celle de Saryn disparaissant à travers les arbres.

Et puis plus de nouvelles. Saryn était morte et son frère avait disparu.

«Voilà ce que j'ai récolté...»

Il avait cependant entendu parlé du mariage. Et avait pensé que Danaël avait au moins accomplis la mission. Sauf que plus de nouvelles...jusqu'à cette lettre.

Tout ça...

La mort de Saryn et de son père.

L'échec de la mission.

Les relations troublées avec Sabledoray pendant des semaines avant que le mariage n'ait finalement lieu.

Tout ça pour quoi?

Pour perdre son frère. Ne pas savoir ce qu'il était devenu.

Quelque soit ce qui était arrivé à son cadet, soit il avait été tué, soit il était prisonnier...vendu à quelqu'un. Les deux possibilités lui retournaient le cœur, car il ne pourrait jamais savoir.

Se laissant tomber sur son siège, il se prit la tête dans les mains.

Il ne pouvait rien faire, sinon chercher des informations, ce qui serait de toute façon difficile.

Et l'idée de ne jamais savoir ce qui il lui était arrivé lui perçait le cœur.


Jour 141

J'ai quitté l'infirmerie et le gardien m'a ramené dans ma cellule. Me poussant dans la pièce sombre et poussiéreuse, il entra derrière moi et me caressa les cheveux (encore une fois). «Alors mon mignon, on se sent mieux?» Son souffle était brûlant contre mon oreille quand il me souffla «On a apprit à être un bon garçon bien obéissant? Ou je vais devoir te punir encore jusqu'à ce que tu change d'avis?»

Les yeux fermés, j'espère l'ignorer. J'espère ne pas le montrer. Mon cœur battant violemment dans ma poitrine. La boule dans ma gorge revint.

Ne pleures pas.

Ne pleures pas.

Ces mots que je me répétais perdaient peu à peu leurs sens à chaque fois que je me les ordonnais.

«Jamais.» Je maudis ma voix pour trembler comme ça. «Je ne te donnerais rien.»

Un rire.

Froid et Cruel.

«On verra Trésor.»

La porte claqua sèchement, me laissant seul. La peur me serrant le ventre. Je ne m'étais jamais senti aussi seul.

«C'est tout vu.»

J'ai aussitôt marqué les jours passés à l'infirmerie, espérant ne pas me tromper. Même d'un jour ou deux. Je ne veux pas perdre le compte du temps passé ici. Je ne veux pas voir passer les jours avec indifférence. Et hausser mollement les épaules quand on me demandera depuis quand je suis là.

Je ne veux pas que ça perde son importance. Je ne veux pas devenir comme les plus désespérés ici.

Je me sens toujours faible. Mes côtes et mon nez vont mieux, j'ai gardé une cicatrice sur la joue. Mon bras et ma jambe sont encore bandés mais je peux utiliser ces membres sans douleur.

La magie semble être usée dans les cas les plus graves. Ou pour des os cassés.

Je me sens si seul.

Si faible.

Si insignifiant.


Nuit 141


J'ai du mal à dormir, il fait particulièrement chaud et la fenêtre n'est qu'on trou avec des barreaux. L'air brûlant de Sabledoray enveloppe la prison comme une gangue. Je reste à fixer le plafond, plongé dans mes pensées.

Je pense au passé.

A Saryn. Que j'ai entraîné à la mort. Que j'ai laissé venir avec moi...et elle est morte même pas une heure après. C'est ma faute. Je n'aurais jamais du accepter qu'elle vienne, qu'elle m'accompagne.

Je n'aurais pas....

Je ferme les yeux et j'essaie de penser à quelqu'un d'autre.

A Ikaël. Que j'ai déçu, tellement déçu. Mon frère qui s'est occupé de moi tout seul alors que notre père venait de mourir, que j'avais seulement douze ans. Il me protégeait un peu trop et voulait me contrôler. Mais il tenait à moi. Je me souviens de son regard quand je suis partis, lui crachant tout ce que j'avais sur le cœur, ma douleur d'avoir vu le père de Sazyn mourir pesant sur mes épaules, la rage d'avoir échoué dans la mission. J'avais passé mes nerfs sur lui. Il avait peut-être ses tords mais je l'ai blessé. Autant que moi je l'étais.

Je m'en suis rendu compte.

Je n'ai pas grand chose à faire d'autre que penser au passé.

Sait-il seulement que j'ai disparu? Ou l'ignore-t-il? Je doute que les autorités de Sabledoray l'ait avertit que j'ai été jeté au secret.

Est-ce que la princesse lui a dit? Ou elle m'a rayé de son esprit? On ne s'est connu que pendant à peine 2 mois et j'étais sombre, incapable d'effacer la mort de Saryn de mon esprit.

Cette auberge. L'ambiance silencieuse. L'attaque. Les hurlement. La magie. Une étrange brume dans mon esprit (avait-je été drogué?). Le sac sur ma tête, les coups de pieds dans le ventre. La potion horriblement amère forcée dans ma bouche et le noir.

Mon réveil dans une «caserne» où on m'avait signifié mes «crimes» et après un passage à tabac pendant plusieurs jours, des soldats m'avaient traîné jusqu'à cette prison.

Un piège. Un guet-apens. Ils nous attendaient. Peut-être nous avaient-ils suivis pendant des jours pour préparer cela?

Le regard de l'aubergiste, maintenant que j'y repense. Il m'a regardé un peu trop fixement. J'étais habitué à être regarder dans ce genre d'endroit, vu que les blonds aux yeux bleus y étaient plutôt rares. Même si ça me mettait mal à l'aise. Je n'y avais pas pris garde. On était à la frontière entre Sabledoray et son voisin. Loin du palais royal. La princesse Jadina ne voulait pas camper.

Nous étions certains que personne ne la reconnaîtrais, et nous étions si prêt de la frontière, assez près pour se réfugier dans le pays voisin.

Nous pensions être en sécurité.

Nous avions tord.


Jour 150


Il fait toujours aussi chaud. Vu qu'on est en été, ce n'est pas étonnant.

Il fait presque étouffant. Plusieurs prisonniers se sont sentis mal, soit à cause d'une insolations, soit à cause de la chaleur.

Pas de sortie dans la cour depuis hier à cause de ça.

Nous restons dans nos cellules.

Je ne m'en plains pas tant que ça, au moins je ne le vois plus. Mais combien de temps avant qu'il ne trouve une raison pour s'en prendre à moi, pour obtenir ce qu'il veut?

Je ne sais pas et je suis sur le qui-vive trop souvent, mes nerfs sont à fleur de peau.

Je commence à maudire cette princesse. Dans quoi m'a-t-elle entraînée au juste? Parce que je suis allée à son secours, Saryn est morte.

Je secoua la tête: Non. Ce n'est pas sa faute, elle m'a aussi sauvé. Elle a tué l'ombre liquide que Saryn était devenue. Je serais certainement mort sans elle.

Mais si elle avait été plus prudente...Elle ne se serait pas retrouvée dans cette situation. Elle ne se serait pas faite capturée. Elle aurait pu demander à se marier à Orichidia et voyager discrètement.

Ce n'est pas de sa faute. Darkhell avait des yeux partout. Elle avait manqué d'être kidnappée plusieurs fois après tout.

Je ne me serais pas disputé avec mon frère. Alghar ne serait pas mort et Saryn non plus. Je continuerait ma carrière prometteuse ou alors je voyagerais avec Saryn...Je serais certainement plus heureux. Sans cette fichue précieuse dans ma vie.

Ce n'est pas sa faute. Elle n'a jamais voulu ça, elle s'en voulait terriblement.

Je ne serais pas ici pendant qu'elle a la belle vie au palais. Je ne serais pas ici à subir des coups, des mots blessants, à me faire traiter plus bas que terre. A être humilié chaque jour. A n'avoir aucun espoir de sortir d'ici. A se demander chaque jour si le lendemain serait pire.

Ce n'est pas sa faute. Elle me croit certainement mort. Ou elle aurait prévenu Ikaël, elle aurait demandé au prince Halan de me faire sortir. Je ne serais pas toujours là si elle savait, non? Elle ne m'abandonnerait pas comme ça n'est-ce pas?

Je grimaçais, secouant la tête. Je devais rester neutre, garder un point de vue parfaitement paisible. Je ne devais pas me laisser envahir par la rancœur. Même si j'avais besoin de blâmer quelqu'un.

Ce n'était pas le prince.

C'était le roi qui envoyait au secret.

Mais si je n'avais pas voyagé avec Jadina...ça ne serait pas arrivé. Elle aurait été ramenée et moi j'aurais eu la paix, si j'avais été loin d'elle. Elle ne m'a attiré que des problèmes.

Je serrais les dents, la colère brûlant dans mon ventre. «Si seulement j'avais laissé la petite princesse toute seule à Sabledoray. Ou si je l'avais ramené à ses parents.»

Je ne serais pas là.

Je ne serais pas regardé comme un morceau de chaire fraîche pas «lui»

C'est de sa faute.

Elle m'a porté la poisse.

Elle a gâché ma vie.

J'aurais aimé ne jamais la rencontrer.

Je serrais les poings. J'avais beau penser que j'avais suivis mes opinion en la sauvant, je regrettais d'être resté avec elle. Je ne regrettais pas l'avoir sauvé mais...

Elle ne m'a attiré que des problèmes depuis que je l'ai rencontré.

«J'aurais du la laisser là, dans Orchidia, en sécurité»


Nuit 155


Il fait toujours aussi chaud. Je reste affalé sur mon «lit» en regardant le plafond, même si je le connais par cœur maintenant.

Je n'arrive pas à dormir. Je garde le draps plié sous ma tête comme oreiller. J'attends que le sommeil me gagne. J'ai déjà fait des nuits blanches. Pas comme si être fatigué importait ici. On a rien à faire ou presque. C'est plus la chaleur qui nous assomme en ce moment.

Parfois ils nous font faire des choses bizarres, comme des cordages par exemple. Réparer des filets aussi. Ou faire le ménage.

Et encore, pas tous les jours.

J'aimerais toujours croire en un miracle, même si une part de moi à renoncer. Je sais que personne dans un futur proche ne va franchir les portes de la prison pour me sauver.

Mais je ne veux pas arrêter d'espérer.

J'ai peur de sombrer si je perds espoir.

Alors que je tente de trouver le sommeil pour la sixième fois, un cri brise le silence. Je me redresse d'un coup par réflexe, mon cœur battant soudainement plus vite.

Je crois percevoir des mots entre les cris.

Même si je ne les comprend pas, instinctivement je sais.

Instinctivement j'ai compris.

Je m'enroule dans mon draps, comme pour me protéger, me couvrir. Un goût désagréable me colle au palais, me soulève le cœur.

Un nouveau cri.

Je me terre sous ma faible couverture.

Un autre.

Je serre les dents, et je tente de ne pas trembler.

Un autre.

«...Pourquoi...»

Je me mords la lèvre inférieur jusqu'à sentir le goût du sang envahir ma bouche. Je voudrais tellement dormir et ne pas entendre ça, ne pas me demander si ça sera un jour mon tour. Ne pas sentir la peur à cette idée.

Une vicieuse petit voix, désespérée, en moi se demande si un jour prochain, ou une nuit à venir, ce sera moi qui criera comme ça.

Si ça pourrait être la nuit prochaine? Ou sous peu?

Non.

Ça n'arrivera pas.

Jamais.

Une petite part de voix; presque enfantine, comme un souvenir de mon enfance, comme quand je me réveillais d'un cauchemar chez moi;se demande une fois de plus si mon grand frère viendra me sauver.

Je ferme les yeux, et, réalisant que je commence à craquer, je me mets à pleurer. Silencieusement.

Personne ne va venir me sauver.

Personne.