Titre : Le serment

Auteur : Nefer (moi)

Disclaimer : Les personnages de cette fanfic ne sont pas à moi. Ils sont la propriété de Masashi KISHIMOTO

Commentaire :Bien le bonjour à tous.

Tout d'abord je suis désolée de poster ce nouveau chapitre avec tant de retard.

J'avais initialement prévu de le sortir beaucoup plus tôt, les 10 premières pages de ce chapitre étant écrites depuis plus d'un mois (et le reste étant parfaitement structuré dans ma tête), mais entre temps je me suis achetée le jeu Final Fantasy Type-0. Et voilà honte à moi je n'ai plus fait que ça depuis. Le jeu-vidéo c'est le mal XD

Sinon plus sérieusement, après un chapitre précédent tout en combat, celui-ci sera plus calme. Un chapitre de transition qui me permet d'introduire de nouveaux personnes ou d'étoffer leur background.

Comme plusieurs d'entre vous me l'on demandé dans les commentaires, vous aurez droit dans ce chapitre à un rapide aperçu de ce qui se passe dans le palais impérial. Et puis, comme je sais qu'elle a des fans qui la réclame, vous aurez droit aussi à la première apparition d'Hinata.

J'espère d'ailleurs que mon Hinata ne vous déplaira pas. C'est un personnage que je maîtrise assez mal. Elle pourra paraître assez chétive dans un premier temps, cependant, je souhaite montrer que c'est une jeune femme qui se sous-estime mais qui est en réalité bien plus forte qu'elle ne le pense, malgré son éducation de jeune fille de bonne famille et sa timidité.

Voilà, je tiens une fois de plus à remercier tous ceux qui ont la gentillesse de me laisser des commentaires ou de prendre cette histoire en fav et je vous souhaite bonne lecture.


Chapitre 4 : Insomnie nocturne

C'est lasse et fatigué que Neji quitta le Conseil des douze qui s'était éternisé jusqu'à point d'heure.

Ils avaient dû réfléchir à la suite des événements à présent que la première porte Rashômon était à nouveau sous leur contrôle.

Oui, mais quelle stratégie adopter ? La victoire semblait tellement improbable jusqu'à présent qu'ils s'étaient principalement concentrés sur la survie immédiate. Mais dorénavant ils avaient une place forte comme base et une nouvelle armée à leurs côtés. Et de plus il fallait prendre en compte l'arrivée dès le lendemain du reste des troupes de Haru.

Alors quel chemin emprunter ?

Et surtout, qu'allait faire Orochimaru en représailles ?

Il fut décidé que seraient interrogés les nombreux prisonniers faits au cours de la bataille. Après tout il restait encore trop de zones d'ombre dans ce coup d'État.

Comment Orochimaru avait-il opéré pour prendre avec une telle facilité Konoha, même en leur absence ? D'où venaient les hommes qui composaient son armée ? Et surtout où avait-il trouvé les fonds nécessaire au financement de cette guerre ?

C'est au comte Ibiki Morino, connu pour ses méthodes cruelles mais terriblement efficaces, qu'il fut décidé de confier les interrogatoires des prisonniers.

Neji souffla. Toutes ces questions qui tournaient en boucle dans sa tête lui donnaient la migraine alors qu'il n'aspirait plus qu'à une chose après cette interminable journée, dormir.

En plus, comme si ça ne suffisait pas un autre sujet de préoccupation le hantait Tenten.

Dès qu'il fut à l'extérieur du bâtiment il fut saisi par l'air froid de la nuit. La fraîche brise nocturne lui fit pourtant un bien fou, lui remettant pour un temps les esprits en place.

Il leva les yeux au ciel et constata qu'il était d'un noir profond, signe de l'heure tardive, faisant ressortir avec encore plus de clarté la nuée blanchâtre de la voie lactée.

Il resta une minute à la contempler. Ici l'air était si pur que le spectacle stellaire était à couper le souffle. Doucement ses yeux se fermèrent, prêt à s'endormir debout, mais sa conscience reprit le pas et il rouvrit ses blanches perles lunaires.

Puis, presque à contre cœur, il reprit son chemin. Il parcourut d'un pas lent la grande cour intérieure de la citadelle. De nombreuses tentes y avaient été dressées et à cette heure la majorité des soldats y goûtaient à un repos bien mérité.

Tout semblait soudain si calme après le tumulte frénétique de la journée. Il y avait bien çà et là quelques lumières des patrouilles arpentant le chemin de ronde de citadelle et les plaintes des blessés qui se mêlaient lugubrement aux cris des animaux nocturnes, mais pourtant tout semblait s'être apaisé.

Cependant, en dépit de ce calme ambiant il fallait demeurer plus que jamais vigilant. Tous le savaient. Mais reprendre des forces était aussi indispensable pour la suite. Et pour l'heure c'est le sommeil qui était vainqueur.

Neji, en tant que prince, s'était vu attribuer, comble du luxe, une des chambres qu'abritait la citadelle. Il allait abandonner pour la première fois depuis plus d'une semaine le confort précaire de sa tente pour celui d'un vrai lit.

Lorsqu'il atteignit enfin la minuscule cellule qui lui servait de chambre, il poussa sans force la lourde porte de bois qui la scellait. Les gongs grincèrent sinistrement.

« Manque d'huile et d'entretien » pensa l'Hyûga sans y accorder une réelle importance.

La salle, minuscule et quasiment monacale, était plongée dans l'obscurité. Pourtant son regard qui s'était habitué à la pénombre extérieure n'eut aucun mal à repérer la frêle silhouette assise sur le rebord de son lit.

Cette dernière avait tressailli à l'entente du grincement et s'était redressée avec précipitation avant de l'incliner respectueusement.

« Tenten, murmura-t-il avec une certaine lassitude dans la voix alors qu'il aurait voulu lui parler avec plus de douceur.

Tu n'aurais pas dû m'attendre. Il est vraiment tard. »

Il se rapprocha d'elle et passa une main caressante sur sa joue alors qu'elle se redressait de sa révérence.

Elle inclina légèrement la tête sur le côté pour profiter un peu plus de l'agréable contact puis lui sourit doucement.

Son visage était blanchi par le sommeil et des cheveux fous s'échappaient de ses macarons habituellement toujours impeccablement coiffés. Mais elle n'avait pas voulu aller se coucher sans le voir. C'était devenu son rituel depuis le début du conflit. Elle devait s'assurer qu'il aille bien. Veiller sur lui à sa façon.

Sans un mot elle prit la main de Neji et le fit s'asseoir sur le lit à l'endroit même où elle était assise une minute auparavant.

Neji se laissa faire, trop lasse pour refuser les petits attentions de la jeune fille. Et puis de toute façon il fallait qu'il lui parle.

Il soupira une fois de plus basculant la tête en avant, ses longs cheveux lui cachant le visage, et les bras ballants tombant mollement sur ses cuisses.

Tenten se rapprocha avec douceur et commença à lui retirer son armure.

Elle défit les épaulettes et les spalières qu'elle posa avec soin sur le côté. Débarrassé de ces premières pièces métalliques Neji se sentit déjà plus léger.

Même s'il était habitué à cet attirail, c'est plus de 40 kilos supplémentaires qu'il devait soulever chaque jour en plus de son propre poids au cours des combats.

Les épaules libérées de cette entrave, il fit quelques mouvements de la tête, faisant craquer ses vertèbres.

Cela sembla amuser Tenten qui suivit avec attention chaque mouvement du jeune homme de ses prunelles chocolat.

« La journée a été longue, mon Prince. » lui sourit-elle

« Très. » approuva-t-il, fourbu.

Elle se pencha encore vers lui, lui fit lever les bras et entreprit de défaire les attaches de son plastron.

« Les soldats m'ont conté vos exploits. » lui murmura-t-elle avec une pointe d'admiration dans la voix.

« Hum. » répondit-il sans plus d'intérêt pour sa prise victorieuse de la citadelle Rashômon. Lui et Itachi Uchiwa en endossaient tout le mérite, devenant des héros aux yeux des soldats, mais ils n'avaient été que le bras armé d'une stratégie savamment orchestrée par l'État-major. Sa part n'était pas plus importante que celle d'un autre soldat de son point de vue.

Cependant il espérait que cet « exploit » calme au moins un temps le prince Sasuke et qu'il ne vienne plus menacer sa précieuse servante en représailles de son manque attention au combat. Sa liaison secrète avait été découverte par le pire individu qui soit, le plus calculateur en tout cas, et il priait pour qu'il n'ébruite pas ses petites cachotteries.

C'était le bien-être et la protection de Tenten sa priorité en attendant de libérer ses cousines, aussi lui demanda-t-il :

« Tu n'as pas eu de problème lors du transfert du camp et de la garnison jusqu'ici ? »

Tenten secoua négativement la tête tout en décrochant la dernière agrafe de la cuirasse. Elle sépara le plastron de la dossière libérant enfin le torse de Neji.

« Les troupes avaient sécurisé le chemin, le transfert s'est fait sans encombre. »

Elle s'accroupit devant le prince des Hyûga et passa une main soyeuse sur ses jambes le faisant imperceptiblement frisonner. Elle continua son effeuillage lui retirant solerets, grèves, grenouillères et cuissots, pièces constituant ses jambières.

« Avec les autres femmes du camp (1) nous avons été logées dans la tour Est de la citadelle. C'est là aussi qu'ont été placés les réserves et les vivres pour plus de facilité vis-à-vis de l'intendance. D'autant que l'armée d'Orochimaru a fait incendier les anciennes réserves de cette forteresse avant de prendre la fuite. » expliqua-t-elle.

« Hum, ils ont pensé à tout jusque dans la fuite. Ces hommes sont redoutables. »avoua Neji à l'entente de ce sabotage.

Tenten qui avait fini sa tâche se releva. Elle allait se retourner mais Neji l'attrapa par la main et la fit basculer vers lui pour s'emparer avec avidité de ses lèvres rosées.

Sitôt cette bouche chaude sur la sienne, cette haleine enivrante lui laissant un goût de sel sur la langue, Tenten sentit un courant électrique lui traverser l'échine allumant un feu à travers tout son corps.

Elle avait envie de succomber aux bras tentateurs du jeune prince, là, de suite. Elle s'était tellement inquiétée pour lui au cours de cette interminable journée. Il lui fallut finalement toute la force de sa volonté pour se soustraire gentiment à son étreinte.

Il lui adressa une mine boudeuse en la voyant se redresser mais ne fit aucun commentaire. Au contraire, il reprit l'air de rien leur conversation.

« Je n'aime pas te savoir logée aussi loin de moi. Cette citadelle est loin d'être un lieu sûr pour une jeune femme. »

« Que voulez-vous dire ? » s'enquit-elle avec surprise alors qu'elle versait de l'eau d'un pichet dans une petite bassine de faïence bleue aux motifs floraux.

« Il y a beaucoup de soldats ennemis retenus prisonniers entre ces murs. Qui sait ce qui pourrait se passer si l'un d'entre eux parvenait à prendre la fuite. »

Tenten plongea un linge dans l'eau fraîche puis l'appliqua sur la peau de Neji pour le débarrasser du reste de poussière et de transpiration. Ce dernier soupira d'aise en sentant le tissu mouillé sur son torse à présent nu qui le caressait au rythme lent et cajoleur des mains de la jeune fille.

« Et puis tu dois rester vigilante même avec nos soldats. Ils restent des hommes et je vois bien que le manque de « présence féminine » commence à se faire sentir. Si jamais l'un d'eux osait te toucher... »

« Je ne suis pas sans défense, le coupa Tenten avec plus de virulence qu'elle ne l'aurait voulu. Puis en se radoucissant elle rajouta, Et je ne suis pas la seule femme de ce camp. »

« Mais aucune n'a ta beauté. » affirma l'Hyûga en plantant avec sincérité ses yeux perle dans les prunelles caramel de sa jolie servante.

Tenten rougit furieusement et trempa à nouveau son linge dans l'eau de la bassine le temps de reprendre contenance.

Sur le ton de la conversation et pour cacher son soudain émoi elle demanda :

« En parlant de ça, une rumeur circule dans le camp. Certains prétendent que le chef de l'armée de Haru serait une femme. »

« C'est le cas. » répondit avec sérieux l'Hyûga en prenant le linge dans les mains de Tenten afin de se le passer sur le visage.

L'étonnement se lut sur le joli minois de Tenten. Une femme vraiment? À la tête d'une armée ? Dans ce cas ça ne pouvait être qu'un membre de la famille royale, mais...

« Je pensais que le roi Kizashi Haruno était le dernier des Haruno.»

« Comme nous tous, approuva Neji, mais visiblement il avait une fille cachée. Et à ce propos il faut que je te parle. »

Il reposa le tissu blanc mouillé sur le bord de la bassine dont l'eau était à présent troublée, puis attrapa les mains de Tenten pour l'attirer à sa hauteur et la faire s'asseoir à ses côtés.

La jeune fille le dévisagea les yeux pleins d'interrogations sans parvenir à lire un début de réponse dans son visage soudain si sérieux.

« À la fin de la réunion le roi Fugaku Uchiwa est venu me voir. Il savait que tu te trouvais dans ce camp principalement à mon service, peut-être sur une indication de Sasuke, songea-t-il, mais qu'en temps normal tu servais au palais en tant que dame de compagnie de mes cousines. »

Tenten acquiesça, les mains toujours prisonnières de celles du jeune homme.

« Il m'a demandé si je pouvais te confier momentanément au bon soin de la princesse Haruno afin que tu lui serves de dame d'atour. »

« Moi ? » s'étonna Tenten.

« Il ne serait pas décent de confier la domesticité d'une dame de son rang à des serviteurs masculins et les autres femmes de ce camp sont des paysannes, des blanchisseuses et des cuisinières peu digne de partager l'intimité d'une princesse. »

« Je suis moi même une roturière. »

« Mais tu es la fille d'un des plus grands maîtres d'armes de cet empire et ton éducation n'a rien à envier à celle de la noblesse. De plus, ça fait déjà parti de tes attributions au sein de la Cour impériale. »

« Vous avez donc accédé à la demande du roi Uchiwa. » conclut-elle d'une voix neutre sans s'offusquer qu'il l'éloigne ainsi sans la consulter. Elle était sa servante et se pliait toujours à ses ordres et décisions. C'était son devoir.

Neji hocha de la tête et l'allongea sur le lit en se penchant au dessus d'elle, plaçant ses mains de chaque côté de son visage.

« Je dois avouer avoir hésité, bien que ce dernier ne me laisse pas vraiment le choix quant à la réponse. Je préfère égoïstement pouvoir t'avoir à mes côtés quand bon me semble.

Il défit d'une main experte le corsage de la robe de la belle servante dévoilant sa gorge voluptueuse et déjà frémissante.
Je serai toutefois plus rassuré en te sachant à son service, plutôt qu'à devoir accomplir je ne sais quelle tâche ingrate au sein de la garnison. »

« Vous vous faites trop de soucis pour moi, mon Prince. Elle posa sa frêle menotte sur la joue du jeune homme. Moi, la seule chose que je souhaite c'est alléger votre fardeau et vous servir au mieux. »

« Alors libère moi de l'inquiétude quotidienne que je me fais pour toi. » souffla-t-il.

Si Tenten était au service de cette Haruno, l'Uchiwa ne pourrait plus la « virer ».

Il se pencha et l'embrassa. Au contact de ses lèvres, mais surtout au doux toucher de la peau fraîche et encore humide de son torse musclé sur ses seins nus et déjà dressés de désir, Tenten s'embrasa une fois de plus.

Déjà haletant, elle se recula un peu, les lèvres cependant toujours à quelques millimètres de celle de l'Hyûga.

« Et vous promettez-moi à nouveau d'être très prudent et de faire attention à vous. » Son souffle caressait la bouche du jeune prince.

« S'il m'arrivait quelque chose qui te protégerait ? » demanda-t-il avec un sourire en coin avant de l'embrasser à nouveau.

Oui il manquait de sommeil, oui il était mort de fatigue, mais il avait bien l'intention de profiter de ce dernier moment d'intimité, avant longtemps sûrement, en compagnie de sa précieuse servante.


Elle se réveilla en sursaut, comme quasiment toutes les nuits, le cœur battant et la peur au ventre. Elle se redressa, déglutit et scruta de ses grands yeux terrifiés l'obscurité ambiante qui engloutissait la grande pièce dépouillée de quasiment tout son mobilier dans laquelle elle se trouvait. Son regard affûté analysait chaque ombre y guettant un éventuel danger.

Elle aurait juré avoir entendu un bruit.

Serrant et remontant le drap contre sa poitrine comme pour se cacher, elle rentra la tête entre ses frêles épaules et tendit l'oreille.

Mais rien.

Sans doute était-ce une fois de plus le fruit d'un de ses cauchemars.

Pourtant la peur la paralysait encore de l'intérieur, la rongeant comme un mal sourd.
On bougea à côté d'elle et elle décala son regard transi en direction du petit corps chaud qui se mouvait tout contre elle en la faisant frissonner.

« Hanabi » murmura-t-elle en glissant sa main tremblante sur la longue chevelure d'ébène de sa petite sœur qui se lovait contre son ventre.

Elle dormait profondément et cela rassura Hinata.

Depuis qu'Orochimaru avait pris Konoha, elles vivaient un enfer, retenues prisonnières dans le gynécée du palais impérial, coupées du monde, sans nouvelles de l'extérieur, malmenées par les soldats sans éducation du nouveau tyran.

Pourtant sa petite sœur était si courageuse. Jamais elle ne se plaignait, jamais elle ne montrait sa peur. En dépit de son jeune âge, elle était un modèle pour toutes les femmes du palais et Hinata l'admirait pour cela.

Elle, était son exacte opposé. Elle, vivait dans la peur. Et même à présent, la différence entre les deux sœurs sautait aux yeux.

Hinata, seule, réveillée dans la nuit, terrifiée et glacée.

Hanabi dormant paisiblement le corps chaud et rassurant.

Hinata voulait absolument que les choses demeurent ainsi pour sa cadette. Et pour cela ,elle la protégerait pour qu'aucun ne puisse un jour insuffler chez sa précieuse petite sœur cette peur qui la rongeait elle. Leur situation était précaire mais nul n'avait le droit de voler l'espoir à Hanabi.

Elle allait se rallonger quand elle entendit à nouveau un bruit. Cette fois-ci ce n'était pas son imagination, ou un quelconque mauvais rêve.

Non, elle avait clairement entendu le sifflement caractéristique du chant du rossignol(2). Malgré sa grande discrétion, quelqu'un était en train de se déplacer dans le couloir, faisant grincer les lattes chantantes du parquet de bois.

Ses grands yeux de nacre se fixèrent sur la porte devant elle, le cœur au bord des lèvres, le souffle court.

Mais bientôt le son s'éloigna. L'esprit d'Hinata fonctionnait à plein régime.

Orochimaru avait imposé un couvre feu et les portes du gynécée et des chambres des princesses étaient fermées à double tour dès la tombée du jour, empêchant toute tentative suicidaire d'évasion nocturne.
De plus, il avait fait interdire l'accès de ce même gynécée la nuit à ses soldats, plaçant leur poste de garde à l'extérieur du bâtiment après que quelques uns aient tenté de violer certaines des précieuses otages retenues en ce lieu.

« Il n'est jamais bon d'endommager la marchandise. » avait-il affirmé avec un rire cynique qui avait glacé d'effroi la pauvre Hinata.

Mais dans ce cas, qui avait fait chanter le plancher rossignol qui entourait les chambres princières ?

L'héritière des Hyûga tourna une fois de plus son regard vers sa petite sœur. Elle était l'aînée. C'était à elle de la protéger. Cette litanie tournait en boucle dans sa tête.

Luttant contre sa peur, elle se dégagea doucement des draps pour ne pas réveiller sa cadette, et la reborda d'un geste maternel. Elle posa ensuite ses pieds nus par terre et frissonna au contact froid du bois sous son épiderme.
Il fallait qu'elle sache. Peut-être n'était-ce qu'une domestique mais...
Aussi silencieuse et évanescente qu'un fantôme, elle s'empara d'un haori de soie sombre qu'elle posa sur ses épaules et se dirigea vers le shoji (porte coulissante) à la droite de la salle qui s'ouvrait sur une petite pièce attenante.

Elle fit coulisser avec la plus grande délicatesse possible le panneau de bois peint aux figures mythologiques et jeta un œil dans la dépendance.

C'était là où avait été logée sa domesticité proche et celle de sa sœur. Ces malheureuses dames de compagnie, elles aussi prisonnières, ne bénéficiaient pas des mêmes attentions que les princesses et étaient contraintes de dormir dans la même pièce à même le sol dans une exiguïté les privant de toute intimité.

D'un regard circulaire elle constata que les cinq demoiselles qui composaient sa suite étaient bien toutes là, endormies à cette heure, serrées les unes contre les autres comme pour se rassurer et se réchauffer.

Avec la même précaution, Hinata referma la porte coulissante pour ne pas les réveiller.

Si cela ne venait pas d'elles alors le son provenait bien de l'extérieur comme elle l'avait entendu. Elle frissonna à nouveau. Il fallait qu'elle en ait la certitude, même si pour cela elle devait mettre sa propre vie en danger.
Hinata retourna donc dans sa chambre mais ne se recoucha pas pour autant. À pas feutrés, elle se rendit dans le coin opposé de la salle où se trouvait un petit coffre marqueté en bois de rose qui contenait les rares effets personnels qu'on lui avait autorisé à conserver.

Sans bruit elle l'ouvrit et en tira une large épingle à cheveux en argent.

Le roi Kiba Inuzuka lui avait appris dans leur enfance à crocheter une serrure. D'où connaissait-il cette technique ? Elle l'ignorait et se refusait même d'y songer. Mais bien qu'elle pensa que cet « art », comme l'appelait le jeune homme, peu digne d'une princesse ne lui servirait jamais, elle avait suivi son enseignement avec attention.

Ce, pour faire plaisir à son ami, certes, mais aussi pour se prouver qu'elle, timide petite chose, était capable de flirter avec l'interdit. Une entrave à la stricte étiquette que se devait de respecter les princesses héritières.

Ainsi, si c'est tremblante et dans la crainte de se faire surprendre qu'elle avait appris cette technique, elle remercia mentalement pour l'heure le jeune monarque.

C'est ainsi, avec un certain étonnement quant à son propre talent, qu'elle ouvrit avec dextérité la porte scellée de sa chambre.

Mais cette petite victoire éphémère fut bien vite balayée par ses préoccupations. Tremblante de la tête au pied, elle poussa la porte et scruta l'extérieur. Mais encore une fois, aucune trace de celui ou celle qui était à l'origine du bruit entendu plus tôt. Elle décida pourtant de poursuivre son investigation.

Elle referma avec soin la porte derrière elle et glissa l'épingle d'argent dans la manche de son haori de peur que le bruit des breloques qui en pendaient ne la face remarquer.

C'est à présent que pour tout individu normale les choses étaient censées se compliquer. Pour parcourir le même chemin que celui de l'individu qu'elle avait entendu, Hinata devait à présent traverser le couloir au parquet rossignol.

Ce type de plancher avait été inventé des siècles auparavant pour protéger les souverains des tentatives d'assassinat.

Les lattes de bois y étaient disposées de telle façon que quiconque y posait le pied dessus le faisait immédiatement grincer dans un sifflement sonore proche du chant du rossignol. D'où son nom.
Ce système, pourtant si simple, n'avait jamais été déjoué et constituait toujours une protection de choix pour les monarques, tout intrus étant immédiatement repéré.

Logiquement il était impossible de traverser ce couloir pour Hinata sans faire chanter l'oiseau du parquet, et ce grincement aigu pouvait risquer d'attirer l'attention des gardes à l'extérieur. Si tel était le cas ils n'hésiteraient pas à faire irruption dans le gynécée pour arrêter la fugueuse et la passer à tabac.

Pourtant, en dépit de sa peur, c'est sans une hésitation qu'Hinata posa souplement son pied nu sur la première latte.

Elle se stabilisa dans un équilibre précaire puis appuya son poids sur la première planche de bois mais l'oiseau demeura coi.

Toute sa vie Hinata, bien que princesse héritière, avait cherché à être le plus discrète possible, la plus transparente, peut-être en accord avec sa timidité naturelle, ou pour ne pas contrarier son sévère paternel.

Est-ce pour cela qu'elle était, à sa connaissance, la seule à être parvenue à dompter l'oiseau moqueur du parquet ? Elle n'aurait su le dire, mais dès elle posait son regard sur les savantes et musicales lames vernies c'était comme si elle parvenait à voir au travers de la structure et à identifier immédiatement et instinctivement le point d'appui idéal pour déjouer le rossignol.

La jolie princesse de Hyûga ne tirait aucune fierté de ce don exceptionnel et unique. Elle, qui était capable de capter et d'apprécier les qualités d'autrui d'un regard, ne faisait aucun cas de ses propres talents.

Ses modestes dons étaient si insignifiants face à ceux de son entourage.

Pourtant quiconque aurait assisté au fugace spectacle qu'offrait dans la pénombre la frêle silhouette de la gracile jeune fille, se serait aussitôt inscrit en faux face à une telle affirmation.

Et c'est le pas léger et gracieux que évanescente princesse vint à bout du stratagème centenaire et atteignit sans mal l'extrémité du lugubre couloir.

Au bout se trouvait le jardin intérieur du gynécée.

Toujours craintive, Hinata passa la tête par l'ouverture pour inspecter l'extérieur.
Là, pour sa plus grande frayeur, elle vit une ombre se mouvoir entre les arbres.

Elle se plaqua instinctivement contre le mur, plaçant sa main gauche sur sa bouche pour étouffer le petit cri apeuré qu'elle avait poussé.

Qui cela pouvait-il être ? Les autres princesses, dames de la noblesse et dames de compagnie étaient enfermées dans leurs chambres depuis le couvre-feu. Les reines n'étaient pas là, retenues, du moins l'espérait-elle, dans un autre lieu du palais dont elle ignorait tout. Alors qui était cette ombre ?

Et si c'était un des gardes qui était passé outre les ordres d'Orochimaru et venait pour s'en prendre à elles ?

Elle tremblait de plus belle en repensant avec horreur aux mains baladeuses qui s'étaient posées sur elle lors de la prise du palais. Les larmes lui montaient aux yeux. Mais si c'était ça, elle ne pouvait pas non plus rester là à se cacher. Si cet homme s'en prenait à ses dames d'atour, s'il s'en prenait à Hanabi...

Jamais !

Elle était l'héritière des Hyûga. C'était à elle de les protéger. C'était son devoir de future reine.

Avec toute la volonté dont elle était capable, Hinata se força à décoller son dos du mur et à avancer en direction du jardin. À petits pas, se cachant dans la pénombre, elle chercha à poursuivre l'ombre aperçue un peu plus tôt.

Elle était gelée. Elle avait beau serrer autour d'elle son haori, le froid de la nuit et la peur la transperçaient jusqu'à la moelle.

Et puis, que ferait-elle quand elle aurait découvert l'identité de l'individu ? Comment l'arrêterait-elle ?

Frêle et fragile comme elle l'était que pouvait-elle faire ? Malgré ces questions elle poursuivait son chemin passant furtivement de l'épais tronc d'un cèdre millénaire à un buisson d'azalées puis à une grosse pierre couvert d'une mousse duveteuse et émeraude.

Et là, soudain, dans le clair de lune elle vit l'ombre, dos à elle.

Sa belle et longue silhouette harmonieuse, ses longs cheveux d'un blond platine ne firent aucun doute sur l'identité de l'individu qu'elle avait face à elle.

« La princesse Ino ! Pensa-t-elle. Que fait-elle là ? Comment est-elle parvenue à sortir de sa chambre ? »

C'est alors que la douce brise nocturne vint lui porter en écho les murmures de la princesse Yamanaka.

« Va, tu es ma dernière chance, mon dernier espoir. Je t'en prie... »

Cherchant à voir à qui Ino pouvait parler, bien que les mains toujours en appui sur le rocher plein de mousse comme pour maintenir son équilibre, Hinata s'avança un peu plus. Cependant, dans sa hâte elle marcha sur une brindille de bois mort.

Au son du craquement Ino se retourna vivement, ses grands yeux turquoise affolés trahissant sa peur soudaine d'être découverte.

Hinata sortit alors de sa cachette pour se présenter face à elle.

« Hinata ! Murmura la Yamanaka en se précipitant vers elle. Que fais-tu ici ? »

« Je...j'ai entendu du bruit venant de l'extérieur. Je...j'ai cru que quelqu'un était venu nous faire du mal...alors...alors... »

Après la tourmente et la peur qu'elle avait ressenties, avec la pression qui retombait un peu en découvrant Ino, les nerfs d'Hinata lâchèrent complètement et elle éclata en sanglot.

Ino la prit gentiment dans les bras en la berçant comme on le fait avec un enfant.

« Là, là...Hinata tout va bien. Ce n'est que moi. Tu as été très courageuse. Je suis fière de toi. »

Hinata essuya ses larmes du revers de la manche et releva son timide visage d'albâtre en direction d'Ino.

« Mais princesse Ino...que faisiez-vous ici. Je ne comprends pas. »


Tenten se dégagea doucement de l'étreinte du jeune prince. Il avait fini par s'endormir, plongeant dans un sommeil profond et sans rêve.
Appuyée sur ses coudes, elle prit un moment pour observer son visage calme et serein.

Dieu qu'il était beau ! Ses traits étaient fins et harmonieux, sa peau pale et lisse. L'arrête de son nez droite et fière lui conférait une noblesse naturelle.

Elle dégagea du bout de ses doigts une longue mèche d'ébène qui avait glissé sur sa joue et la replaça derrière son oreille. Elle aurait pu rester des heures à le regarder ainsi.

Quelle folie l'habitait donc d'aimer ainsi un prince ? Il avait beau lui répéter qu'il n'appartenait qu'à une branche secondaire des Hyûga, il n'en demeurait pas moins un des membres les plus imminents. Et aujourd'hui un héros.

Cette relation secrète ne pouvait que les faire souffrir au final. Elle aurait dû y mettre un terme depuis longtemps, avant même qu'il n'ait la folie de lui parler de l'épouser, elle la roturière. Ne jamais la commencer même. Mais aussi consciente en fut-elle, elle ne pouvait résister à son attraction, comme un papillon se rapprochant de la flamme sachant pertinemment qu'il s'y brûlera les ailes.

Elle déposa un doux baiser sur le front du jeune homme puis se redressa. Le drap glissa sur sa peau nue et immédiatement elle ressentit la morsure du froid.

Même si le temps était clément en cette saison les nuits restaient fraîches. Elle quitta alors hâtivement le lit pour attraper sa robe de flanelle qui gisait sur le sol. Elle se rhabilla avec précipitation puis prit le temps de ranger consciencieusement les affaires du prince. Elle rejeta un dernier regard à Neji. Comme s'il devinait son départ imminent il poussa dans son sommeil un vague grognement.

Une fois encore Tenten se rapprocha de la couche et passa une main caressante sur le front du jeune homme qui replongea dans les limbes de ses songes.

Il fallait qu'elle quitte les lieux avant que quelqu'un ne la surprenne et ne comprenne la raison de sa présence en ce lieu au beau milieu de la nuit.

Ils avaient déjà été surpris par le prince Sasuke Uchiwa et c'était déjà la fois de trop.

Si on découvrait leur relation, la rumeur enflerait très vite. Une roturière entretenant une relation charnelle avec un prince, sans être mariée à lui, sans être officiellement sa concubine et alors qu'elle sert sa famille ! Elle serait immédiatement vue comme une fille de mauvaise vie jetant le discrédit sur sa famille, et pire encore à ses yeux, mettant son précieux prince Neji dans l'embarras.

Une dame de compagnie qui servait des princesses royales se devait d'être un modèle de vertu et ne pas batifoler avec le premier venu, fut-il un prince.

Sinon qu'en serait-il du précieux honneur moral des princesses avec un tel exemple ?

Pourtant cette prétendue vertu Tenten ne l'avait pas. Ou tout du moins plaçait-elle l'amour au dessus de tout, ne voyant rien d'indigne ou d'immoral dans ce sentiment qui pourrait entacher d'une quelconque façon la vertu. Car oui, elle était amoureuse. Oui, Tenten aimait Neji de tout son être et cet amour était voluptueux et charnelle. Jamais elle n'avait eu le moindre remord à se donner à lui, car elle n'y voyait pour sa part aucun mal. En quoi la chasteté la rendez plus honorable ? Mais chaque jeu a sa règle et elle devait s'y plier, bon gré, mal gré, quitte à en souffrir.

C'est sombre et avec un certain sentiment d'injustice face au destin que Tenten quitta la chambre.

Elle avança dans l'ombre d'une coursive intérieure que formaient les colonnes du bâtiment principal.

Ainsi dissimulée dans la pénombre elle pouvait rejoindre la tour Est sans être surprise par les gardes faisant leur ronde et devoir se justifier.

Elle pressa le pas. Il faisait froid pour sa robe légère et elle n'avait rien pour se couvrir. De plus, Neji avait raison, ainsi vêtue dans la nuit, elle attirerait sans doute un peu trop la convoitise des hommes. Il était inutile de tenter le diable.

Elle passa avec une prudence redoublée devant le lugubre bâtiment aux murs aux pierres épaisses derrières lesquelles se trouvaient les geôles et autres oubliettes de la porte Rashômon.

Soudain un bruit étrange lui parvint d'une des massives portes de bois renforcées de ferronnerie. Elle songea avec un certain effroi qu'il devait s'agir du cri déformé d'un des prisonniers, et elle saisit instinctivement dans sa main droite le manche du poignard qu'elle dissimulait en temps normal dans sa manche.

De nouveau le bruit étrangement déformé se fit entendre.

Non, ce n'était pas humain. Alors qu'est-ce qui pouvait faire ce bruit ?

Elle n'eut pas le temps d'épiloguer sur la question car elle entendit dans son dos le pas d'une sentinelle faisant son tour d'inspection. Sans plus y penser Tenten reprit à la hâte son chemin vers la tour Est et son lit.


La bouche pâteuse et l'esprit hagard, le prince Sasuke émergea péniblement des limbes du sommeil.

Il cligna plusieurs fois des paupières avant qu'une vague douleur à l'œil droit ne le fasse sévèrement froncer des sourcils.

Encore la marque du souvenir laissé par cet imbécile de général ennemi ! Il avait vraiment manqué de vigilance et se maudissait pour ça.

Il soupira avec exaspération toujours allongé sur le dos, une couverture remontée jusqu'au bas ventre, le regard fixé sur le plafond au dessus de lui, désespérément vide.

Maladroitement, encore engourdi, il souleva son bras gauche et passa la plat de sa main sur son front pour le frotter de manière appuyée afin de chasser les dernières traces du sommeil.

Quelle heure pouvait-il bien être ?

L'obscurité était si profonde qu'il était difficile d'en juger. L'un des désavantages de ces chambres « princières ». Bâties dans une forteresse défensive, elles avaient des murs en massives pierres de taille dépourvues d'ouverture, à l'exception d'une fine meurtrière verticale, afin d'assurer une protection optimale.

Sasuke claqua de la langue avec agacement. Il n'aimait pas ne pas pouvoir tout de suite se repérer dans l'espace et dans le temps. C'était un handicap qui pouvait être fatal en période de guerre. C'est pour cela qu'il préférait les inconfortables tentes de camp, au moins la luminosité qui filtrait au travers de l'épaisse toile de jute indiquait clairement le passage du temps.

Non, vraiment, Sasuke avait horreur d'avancer dans le flou.

Il se redressa et décida d'aller regarder par la meurtrière. Il posa ses mains sur la pierre froide et humide du mur et glissa sa sombre prunelle par l'ouverture. Cependant la pénombre extérieure était si profonde que cette œillade ne lui en apprit pas plus sur l'heure.

Sûrement était-il encore tard, ou tôt c'est selon, et lui restait-il encore quelques heures de sommeil.

« Tsss ! La nuit prochaine je réintègre ma tente, se murmura-t-il pour lui même. Ici, si un imprévu se présente je serai désavantagé. »

À cette simple idée, l'image de la princesse des Haruno se matérialisa sans son esprit, et cette fugace vision finit d'assombrir son humeur déjà exécrable depuis son réveil.

Elle, elle était le genre d'imprévu qu'il détestait le plus. Le genre d'imprévu typique des Haruno et qui lui faisait haïr cette famille.

Pourquoi avait-il fallu que les Haruno sauvent les Uchiwa par le passé ? Pourquoi fallait-il qu'à présent ils leur soient redevables, et qu'en reconnaissance éternelle ils soient liés à cette famille maudite qui attirait le déshonneur sur les Uchiwa ?

Il s'était longtemps consolé en se disant que le roi Kizashi était le dernier des Haruno et qu'à sa mort, même si son père, Fugaku, estimait que la fin des Haruno jetterait le plus grand des déshonneurs sur les Uchiwa, oui, qu'à sa mort il serait enfin libéré de ce poids.

Mais non, il avait fallu qu'elle apparaisse cette étrange princesse aux cheveux incarnadins et aux grands yeux verts volontaires.

Voilà bien un coup typique des Haruno. Mais bien sûr cette gênante héritière apparaissait au bon moment. Au moment où on avait besoin d'elle, où on ne pouvait pas la repousser, la condamner.

Et comme si cela ne suffisait pas, son imbécile de meilleur ami, Naruto, semblait déjà s'être entiché d'elle, au point même d'intervenir sans y avoir été invité au cours du Conseil des douze.

Être indigne des douze, mettre les Uchiwa régulièrement dans l'embarras ne suffisait plus aux Haruno, non, à présent il fallait aussi qu'ils mettent les Uzumaki dans une position délicate.

Vraiment il détestait cette engeance.

Lors du Conseil, le roi Kakashi Hatake avait ironiquement demandé si Kizashi Haruno cherchait à les attendrir avec le joli minois de sa fille.

Si tel était le cas, il y était parvenu car tous avaient accepté cette Sakura au final.

Mais pas lui. Il ne le ferait jamais.

Il claqua de la langue une fois de plus, rageusement cette fois-ci. Car le pire dans toute cette histoire c'est que malgré toute la haine qu'il pouvait ressentir pour elle, il était de son devoir en tant qu'Uchiwa de respecter le serment jadis prêté par son père. Il allait devoir veiller sur elle et la protéger. Il en allait de son honneur et il n'y avait rien de plus important à ses yeux que l'honneur.

Mais à cause de ça, dès qu'il avait croisé le regard émeraude de la jeune fille il avait compris. Elle allait le détruire, le pousser dans la déchéance avec la candeur de l'innocence.

Il scruta une fois de plus la pénombre ambiante. Qu'importe l'heure finalement, de toute façon il n'arriverait plus à dormir à présent. Il fallait qu'il aille se défouler pour oublier l'agaçante image de la princesse Haruno qui hantait son esprit.


Sakura se retourna une fois de plus dans son lit sans pour autant trouver une position qui lui convienne. Elle n'était pas parvenue à fermer l'œil de la nuit.

Dès qu'elle s'était retrouvée seule dans sa chambre, sans plus personne pour l'observer et à qui devoir faire illusion, son masque de grande et fière princesse s'était immédiatement fendu pour laisser place à son véritable visage, celui d'une fragile jeune fille traumatisée et apeurée par ce qu'elle avait dû affronter en moins de 24 heures. Des horreurs pouvant rendre fou n'importe quel individu sain d'esprit.

Toutes les digues avaient sauté et son visage s'était retrouvé noyé de pleures. Elle s'était jetée sur son lit et avait enfoui son visage dans son oreiller afin que le bruit de ses sanglots ne puissent pas être entendu à l'extérieur, et surtout pas des deux gardes placés devant sa porte par les rois Fugaku et Minato dans le but « d'assurer sa protection ».

Même au plus profond du gouffre il lui restait un semblant de fierté et de dignité. Elle ne voulait pas qu'on puisse voir ou deviner sa faiblesse, pourtant elle ne pouvait plus dès lors contrôler ses larmes.

Elle avait sangloté des heures durant dans un chaos de pensées et de sentiments contraires.

Puis au fil du temps ses sanglots s'étaient fait plus espacés et ses larmes avaient fini par se tarir.

C'est à ce moment là qu'elle décida qu'il était temps pour elle de dormir. Cependant cela se révéla bien vite impossible en dépit de sa fatigue physique et mentale.

Sitôt fermait-elle les yeux que les visages de ceux qu'elle avait tués venaient la hanter.

Elle revoyait leurs regards pleins de haine, l'expression funeste qui parcourait leurs iris au moment de mourir, les cris de leur vengeance, l'horreur de leurs dépouilles gisant sur le sol rougi de sang de la plaine.

Elle avait l'impression de les revoir, là, sous ses yeux, même lorsqu'elle rouvrait les paupières pour chasser leurs fantômes. Ils tendaient leurs bras vers elle pour la saisir et l'emporter avec eux en Enfer, réclamant justice pour leur vie perdue. Après tout elle était coupable et à jamais entachée de leurs sangs. Mais c'était le lot de la guerre, tuer ou être tué.

Alors comment faire pour ne pas devenir folle après ça ?

Et puis, comme si ça ne suffisait pas, à l'horreur de la bataille et de la mort s'ajoutait l'animosité des monarques du Conseil des douze à son encontre. Haïe par l'ennemi, détestée par ses alliés.

Elle les avait « affrontés » dans une dernière bravade, mais intérieurement elle s'était sentie comme une petite fille impuissante, jugée, attendant sa punition. Elle aurait même souhaité que son père soit là pour la protéger et pour pouvoir se cacher derrière lui.

Quelle honte !

Et elle se prétendait forte ?

Elle était la princesse héritière du royaume de Haru et son père le roi. Mais pourtant, en dépit de ce sang royal, ils étaient tous si puissants, pouvant décider d'une parole de sa vie et de sa mort, comme de celle de son père.

« La mort. » murmura-t-elle.

Bien sûr elle connaissait ce mot, sa symbolique, sa définition, sa portée, mais jusqu'alors elle ne l'avait jamais vue d'aussi près et sous autant de formes. Jamais elle ne l'avait ressentie avec une telle intensité. Partout ici elle était presque palpable. Et si Sakura n'avait jamais craint la mort, aujourd'hui on lui avait appris à en avoir peur. Pour elle, comme pour ses proches.

Elle comprenait enfin la fugacité et la fragilité de ce qu'elle possédait et de la vie en général.

Pourquoi fallait-il de telles épreuves pour pouvoir enfin en prendre conscience et comprendre ? Elle s'était montrée bien orgueilleuse en pensant pouvoir affronter ça. Mais à présent, elle ne pouvait plus faire marche arrière. Elle devait aller de l'avant.

Elle se retourna une fois de plus dans son lit, mais ce geste trop vif ralluma la douleur dans son bras blessé.

« Tssss ! » siffla-t-elle en examinant le bandage qui demeurait propre.

Elle avait mal à cause de ce prince Sasuke Uchiwa qui lui avait enserré le bras avec brutalité.

« Quel idiot ! » marmonna-t-elle.

En repensant à son regard noir et haineux elle fut traversée par un long et désagréable frisson.

Qu'avait-elle donc fait pour éveiller chez lui une telle animosité ?

Sakura se retourna à nouveau.

Le fils du roi Minato lui s'était montré très aimable, et sa gentillesse lui avait apporté du baume au cœur en cette sombre journée. Alors pourquoi le fils du roi Fugaku semblait, lui, la haïr ?

Parce qu'il n'acceptait pas que son père, Kizashi, ait pu cacher son existence ?

Non, cela avait provoqué de la colère chez tous les autres mais pas de la haine. Et puis il la regardait ainsi avant même de savoir qui elle était. Était-ce alors parce qu'elle était une femme ? Aussi atypique puisse être la présence d'une femme sur un champ de bataille il lui était difficile d'imaginer que cela puisse faire naître de la haine chez quelqu'un.

Et puis, là il semblait la regarder comme une ennemie, pire une menace, une nuisance.

Une larme coula silencieusement à nouveau sur la joue pâle de Sakura. Cela la surprit elle-même. Elle l'essuya du bout de ses doigts, observant un instant l'étrange gouttelette salée déposée sur la pulpe de son index avant qu'elle ne disparaisse.

Pourquoi cette haine qu'elle lisait dans les yeux d'onyx du prince la faisait tant souffrir ?

Elle avait pourtant été confrontée toute la journée à la haine de ses ennemis. Mais chez eux ce n'était pas leur haine qui la blessait, mais le sentiment de culpabilité pour leur mort. Car elle pouvait comprendre leur haine. Elle était leur adversaire. Elle leur avait pris la vie. C'était donc un sentiment légitime en soi.

Mais la haine de Sasuke était différente, elle n'en voyait pas la cause et cela la blessait profondément, faisant saigner son cœur.

« Pourquoi ? » murmura-t-elle.

Elle se redressa. Il ne servait à rien de rester dans ce lit. Elle ne dormirait pas de toute façon. Et au contraire elle ne faisait que rabâcher les mêmes choses, se torturant mentalement.

Il fallait qu'elle prenne l'air. Décidée, elle se releva vivement et quitta son lit. Elle aurait eu envie de discuter avec Saï, le seul visage ami, le seul confident possible en ce lieu, mais le roi Fugaku semblait prendre un malin plaisir à l'éloigner d'elle.

Il ne cachait, lui non plus, nullement son aversion pour le jeune homme. Et il avait fait demander à l'État Major à ce que le jeune colonel et ses hommes patrouillent pour la nuit dans la plaine à la recherche des déserteurs ennemis.

«Que faire ? »

Elle resserra correctement le obi de son simple kimono de lin blanc puis passa de l'eau sur son visage.

Elle sentait ses yeux qui tiraient. Elle devait être affreuse, les yeux gonflés de trop de pleures et cernés par le manque de sommeil.

Si quelqu'un la voyait ainsi, il devinerait sans mal qu'elle avait pleuré.

Pourtant elle ne voulait pas rester enfermée dans cette chambre une minute de plus.

Elle attrapa donc une veste et la plaça sur ses épaules.

Il restait aussi le problème des deux gardes postés devant sa porte. Ils voudraient sûrement la suivre pour assurer sa protection et elle, voulait rester seule.

« Que faire ? » se demanda-t-elle une fois de plus.

Après tout, le roi Fugaku se permettait bien, lui, de donner des ordres à Saï. Elle était une princesse, elle userait elle aussi de son autorité pour congédier ces deux gêneurs. C'était de bonne guerre.

Ragaillardie, elle ouvrit la porte qui grinça sous son propre poids, faisant sursauter les deux gardes somnolents placés de l'autre côté.

« Il y a un problème, votre Altesse ? » demanda le plus âgé des deux à la fine barbichette soignée.

« Non, je souhaite juste prendre l'air. » s'expliqua Sakura.

« C'est qu'il fait encore nuit, votre Altesse. » s'étonna le plus jeune.

« Je sais, mais ça ne fait rien. » rajouta-t-elle en empruntant déjà le chemin de la sortie.

« Attendez ! S'écria le garde à la barbe. Nous allons vous accompagner. »

« Ce n'est pas nécessaire. » le coupa-t-elle

« Mais... » voulut-il protester.

« C'est un ordre soldat ! Allez donc profiter de ces dernières heures de répit pour dormir un peu. » fit-elle autoritaire.

Les deux soldats semblèrent hésiter. Ils avaient été placés là par les rois Fugaku et Minato pour assurer la protection, mais aussi et surtout, la surveillance de la princesse Haruno. Si ils la laissaient partir, ils risquaient de s'exposer à de lourdes sanctions pour avoir failli à leur tâche.

Mais d'un autre côté, la princesse venait de leur donner un ordre et le roi d'Uzu leur avait demandé de se placer sous son autorité.

Profitant de la confusion des deux gardes, Sakura n'attendit pas qu'ils tranchent leur dilemme et s'éloigna d'un pas vif, sans plus un regard pour eux.

Elle n'aimait pas spécialement abuser de son autorité mais elle avait besoin d'air et surtout de se retrouver seule, comme lorsqu'elle parcourait des heures durant les steppes de Haru sur le dos de Kazemaru.

« Kazemaru ». Où se trouvait donc sa fidèle monture ? Quand elle était arrivée à la porte Rashômon en compagnie du roi d'Uchiwa, un écuyer était immédiatement venu s'en occuper et elle avait dû partir en direction du Conseil des douze sans avoir pu demander où se trouvait les écuries de la citadelle.

Pour les localiser elle décida de grimper jusqu'au chemin de ronde qui courait au sommet des hautes murailles de la porte. De là, elle aurait une vue d'ensemble qui lui permettrait de mieux se familiariser avec les lieux.

Elle partit donc en direct des étroits escaliers en colimaçon d'une des tours de guet qui menaient jusqu'aux hauteurs de la muraille, sur les courtines.

Par chance, elle constata que la portion de chemin sur laquelle elle déboucha était pour l'heure vide de soldats.

Elle venait de fuir ses gardes, ce n'était pas pour avoir à s'expliquer avec d'autres sentinelles.

À cette hauteur, un petit vent frais nocturne vint lui caresser le visage et elle se sentit enfin revivre. Elle ne put résister alors à la tentation de s'approcher des créneaux du rempart pour regarder à travers ces ouvertures crénelées la plaine qui s'étendait à ses pieds et qui avait été le théâtre des combats de la veille.

Bien qu'à présent la nuit commençait à blanchir, le champ de bataille était lui toujours plongé dans l'obscurité.

Seules quelques torches çà et là de troupes le parcourant, permettaient d'en deviner les contours mouvants.

Saï tenait-il une de ces lumières ? Vraiment, le roi Fugaku allait trop loin. Certes le jeune homme manquait souvent de bienséance mais rien qui ne put mériter un tel mépris affiché.

Était-ce parce qu'il était roturier ? Non elle ne le pensait pas. Fugaku se montrait froid, car s'était dans sa nature, mais respectueux avec tous, quelque soit leur rang. Elle avait déjà pu le constater à plusieurs reprises.

Non il semblait détester Saï depuis leur première rencontre parce que elle l'appréciait.

Mais pourquoi ? Ces Uchiwa constituaient un mystère pour elle.

Elle soupira puis se retourna, en s'adossant à la muraille, et regarda en direction de l'intérieur de la citadelle.

Il y avait de nombreux bâtiments, le corps de garde, plusieurs tours défensives, celles de flanquement, la cour principale et plusieurs séries de basses cours. Le tout était agencé dans un but défensif et offensif afin de devenir une véritable arme en cas d'invasion. Mais tout cela n'avait pas empêché l'armée de douze d'en prendre miraculeusement le contrôle.

Leur connaissance des lieux avait été un avantage tactique non négligeable.

En observant cette architecture militaire avec attention, Sakura avisa un bâtiment rectangulaire attenant à une basse cour qui devait être les écuries.

Kazemaru devait sûrement se trouver là. Mais au lieu de prendre immédiatement la direction de la bâtisse comme elle en avait initialement l'intention, Sakura continua un temps son observation.

Au de là du rempart opposé à celui où elle se tenait, elle devinait au loin dans la nuit mourante la fameuse forêt aux hautes cimes qui entourait le territoire de Konoha.

Au royaume de Haru les forêts étaient rares et clairsemées. Mais on prétendait que celle-ci était très dense et pleine de mystères.

Son regard rêveur plongé dans le lointain, elle n'entendit pas les pas légers qui se rapprochèrent d'elle.

« Il est bien tôt pour se promener. » dit à quelques mètres d'elle une voix masculine qui la fit sursauter.

Sortie violemment de sa rêverie, Sakura tourna vivement ses grands yeux verts paniqués en direction du nouvel arrivant.

« Votre Majesté. » Elle reprit contenance et fit une gracieuse révérence en découvrant qu'il s'agissait du roi Kiba Inuzuka.

La réaction de la demoiselle sembla amuser le jeune monarque qui se rapprocha encore.

« Ma Dame, nous sommes entre nous, ne soyez pas si protocolaire. Après tout nous avons le même âge. Vous pouvez m'appeler Kiba. » dit-il avec un sourire et un clin d'œil.

Sakura s'étonna de cette soudaine familiarité mais s'en accommoda avec joie.

« Dans ce cas appelez moi Sakura. » lui sourit-elle.

« C'était bien mon intention. » répliqua en rigolant le jeune Inuzuka qui combla les quelques mètres qui le séparaient encore de la princesse.

Cependant arrivé à la hauteur de la demoiselle son attitude joviale s'évanouit soudainement, son regard se durcit, et son visage sembla se renfrogner et devenir tristement sérieux.

« Quelle étonnante capacité à passer d'une expression à l'autre. » ne put s'empêcher de songer Sakura en se souvenant des réactions du monarque lors de leur duel de la veille.

« Vous savez Sakura, sa voix claire coupa le fil de la pensée de l'Haruno, je sais que la guerre n'est pas une chose facile, surtout le premier jour, surtout pour une jeune femme. C'est mentalement et physiquement très dur, mais c'est un choix que vous avez fait et il est important malgré tout de profiter des moments de répit pour se reposer. »

Il fixait son regard brun et sauvage sur le visage pâli de Sakura, s'attardant sur ses yeux gonflés trahissant sa fatigue et ses larmes.

La princesse de Haru se sentit gênée d'être ainsi percée à jour, d'être vue dans un tel état de faiblesse, et par un roi qui plus est. Elle qui aurait voulu renvoyer l'image d'une femme forte.

Allait-il revenir sur sa décision et demander à ce que l'armée des douze soit finalement débarrassée de ce poids inutile et geignard ?

Il ne fallait pas lui laisser le temps de pousser plus en avant le sujet. Elle baissa un instant son regard fatigué sur le sol dallé de pierres ocres, le temps de se recomposer une expression princière, puis releva ses émeraudes sur Kiba en éludant le sujet lancé.

« Mais vous ? Que faites-vous dehors de si bonne heure dans ce cas ? »

« Je promène Akamaru. Ça, quelque soit mon niveau de fatigue je ne peux pas y couper. » rigola-t-il à nouveau.

« Akamaru ? » demanda-t-elle incertaine.

« Ouais. » répondit Kiba avec un petit sourire en coin avant de placer deux doigts dans sa bouche et d'émettre un puissant sifflement qui vrilla les oreilles de Sakura.

La réaction à ce signal sonore ne se fit pas attendre et un gigantesque molosse blanc aux longues oreilles caramel arriva en courant, remontant gaiement tout le chemin de ronde.

L'animal heureux de retrouver son maître sautilla joyeusement, malgré sa masse, autour de lui en remuant la queue avec entrain.

« Un chien ?! » s'étonna Sakura.

« Oui, un chien, mais pas n'importe lequel. Mon chien. » fit avec fierté le jeune roi en pointant son pouce en direction de son torse.

« Bien sûr, le lien entre la famille royal d'Inu et ses chiens est proverbial. Il est magnifique ! »

« N'est-ce pas. » approuva l'Inuzuka.

« Jamais je n'aurais pensé qu'il puisse exister des chiens de cette taille. » s'étonna la princesse face à ce chien qui devait bien faire entre 1m10 ou 1m20 au garrot.

« C'est une race de chiens de combat originaire du royaume d'Inu. C'est d'ailleurs eux qui sont à l'origine du nom de ma nation. »

Sakura hocha de la tête.

« Ces chiens de combat sont donc ceux que l'on appelle la « Seconde Armée » d'Inu ? »

« C'est bien ça » confirma Kiba.

« Pourtant, il ne me semble pas en avoir vus sur le champ de bataille. »

« Ça c'est parce que mon armée et moi étions initialement en petit comité au « camp de la feuille ». Et puis je crois savoir que vous combattiez au niveau de la passe de Washi. Par ma part j'étais avec mon armée et nos chiens à l'exact opposé sur la plaine. »

Une fois de plus Sakura hocha de la tête en signe de compréhension. Puis elle tendit sa main en direction d'Akamaru. Elle la laissa immobile à la hauteur de sa truffe le temps que le chien la renifle et enregistre son odeur. Une fois l'information assimilée par l'animal elle se permit de lui grattouiller gentiment le museau.

« Ravie de faire ta connaissance Akamaru. » lui dit-elle.

Le grand chien blanc répondit d'un aboiement. De toute évidence cet animal était d'un intelligence supérieure.

« Vous semblez lui plaire. » fit remarquer Kiba.

« Tant mieux, rigola Sakura, car je crains de ne pas faire le poids face à un tel molosse, s'il venait à me prendre en grippe. »

« Pas comme face à son maître, vous voulez dire ? » grinça Kiba.

Confuse Sakura agita les mains devant elle.

« Non, non je ne me permettrais pas. »

Une fois de plus l'Inuzuka éclata franchement d'un rire moqueur.

« Je sais bien. Vous verriez votre tête. »

Sakura gonfla les joues puis se reprit. Ça n'étais pas là l'attitude d'une princesse héritière et puis...

Elle devint soudain sérieuse.

« Je vous demande pardon. » Elle s'inclina respectueusement.

L'étonnement se lut sur le visage de Kiba.

« Pardon ? Pourquoi ? »

« Je n'aurais pas dû défier de la sorte un monarque. Mais sur le moment aucune autre idée ne m'est venue pour prouver ma valeur. »

« Vous avez très bien fait au contraire. Je n'avais pas à remettre en cause votre place au sein de cette armée dès lors qu'Asuma y avait accepté votre présence et alors que vous aviez déjà amplement prouvé votre valeur lors de la bataille. Ma propre mère aurait été ravie de vous voir me remettre à ma place. Disons que nous sommes quitte. » conclut-il en lui tendant la main.

Sakura regarda un temps, avec perplexité, cette main tendue.

« Ne restez pas comme une potiche. J'ai l'air ridicule moi comme ça. » râla-t-il, la main toujours tendue vers elle tout en se frottant l'arrière du crâne avec la gauche.

Sakura sourit et se saisit de la main amie. Tout compte fait elle qui avait voulu prendre l'air seule était heureuse d'avoir croisé le chemin du roi Kiba. En sa présence ses idées noires s'étaient envolées.

« Nous sommes quitte. » dit-elle à son tour.

« Parfait, approuva l'Inuzuka en retirant sa main. À présent que diriez-vous de poursuivre cette conversation en marchant. Akamaru a besoin de se défouler un peu. »

« Oui, bien sûr. »

Tous les trois reprirent leur promenade le long du chemin de ronde, saluant sur leur passage les gardes et autres sentinelles qui l'arpentaient.

En relevant la tête vers le ciel, Sakura constata que les étoiles étaient peu à peu en train de disparaître de la voûte céleste teintée mauve que l'aube ne tarderait pas à chasser définitivement.

Finalement elle aurait fait nuit blanche.

Elle retourna son regard pensif vers Kiba qui, sourire aux lèvres, s'amusait à lancer un bâton à son chien qui ne cessait de faire des va-et-vient entre sa cible et son maître.

« Votre mère, elle est retenue prisonnière au palais impériale de Konoha, n'est-ce-pas ? » demanda de sa voix claire et douce Sakura.

Kiba qui s'apprêtait à relancer la bâton à Akamaru stoppa net son mouvement avec une légère crispation.

« Oui, ainsi que ma sœur aînée, ma fiancée et de nombreuses cousines. »

Sakura s'étonna d'apprendre qu'il avait une fiancée. Mais après tout avoir une reine et donner un héritier à la couronne était un des devoirs de base de tout monarque, fut-il aussi jeune que Kiba.

L'Inuzuka reprit son mouvement et relança le bâton à son chien qui repartit en courant dans la direction de son jouet de fortune.

« Mais je souhaite bien du courage à Orochimaru et à ses hommes pour garder une louve enragée comme ma mère. » Il eut malgré lui un sourire nostalgique mais désabusé.

« Vous semblez avoir une grande admiration pour elle. » fit remarquer Sakura.

« Elle a un caractère exécrable mais c'est la femme la plus forte que je connaisse. En plus, je lui dois doublement la vie, alors il est normal qu'elle ait tout mon respect. »

« Doublement ? C'est à dire ? » l'interrogea Sakura.

Kiba sembla surpris qu'elle ne sache pas à quoi il faisait allusion.

« C'est elle qui m'a sauvé lors du « coup d'État des cigales ». »

Sakura avait déjà entendu parler du « coup d'État des cigales ». Elle savait par exemple que c'était après ce putsch manqué que le précédent roi d'Inu, le père de Kiba, avait abdiqué en faveur de son jeune fils encore enfant. Mais elle en ignorait l'origine, les tenants et les aboutissants, les acteurs ou encore les enjeux.

Elle ne put s'empêcher de rougir légèrement de honte à ce constat. Alors qu'elle était l'héritière d'un des douze royaumes de l'Empire du Feu, elle ignorait presque tout de l'histoire, de la politique et des gens qui peuplaient ces royaumes frères.

Pourtant, parallèlement à ça, elle connaissait parfaitement l'Empire du Vent, son fonctionnement, ses dirigeants, ses uses et coutumes. Mais quasiment rien de ses paires. Du coup, elle pouvait très bien comprendre leur défiance à son égard et à celui du royaume de Haru.

De plus il fallait dire que la nation de Haru était frontalière de l'Empire du Vent, que leur façon de vivre et coutumes étaient très proches. Plus que de celles de l'Empire du Feu.

Sakura s'était donc naturellement plus intéressée à ce voisin proche au cours de son éducation qu'à son propre empire, d'autant que son père lui avait toujours dit qu'il était important d'avoir la meilleure connaissance possible de ses éventuels ennemis.

Mais cela n'excusait rien.

Kiba qui la vit rougir se demanda perplexe a quoi était dû ce soudain émoi. Pas à son charisme naturel de toute évidence.

« Vous dites que votre mère vous a personnellement sauvé la vie, reprit Sakura à la fois curieuse d'en apprendre plus mais gênée de son inculture. Mais dans ce cas, où était votre père le roi ? »

Là, Kiba se figea totalement avant de tourner avec une lenteur extrême et quasi-mécanique la tête vers la princesse de Haru. Dans ses yeux écarquillés se lisaient la stupeur et l'étonnement.

« Mais il faisait parti des conspirateurs voyons. » répondit-il d'une voix blanche.

Sakura comprenant son impair rougit violemment, confuse.

« Je... » commença-t-elle à bafouiller.

« Ce peut-il que vous ignorez ça ? Demanda-t-il incrédule. Les Haruno après avoir pris la peine d'être les seuls à voler au secours des Uchiwa se seraient-ils à présent totalement désintéressés de leurs voisins, au point d'ignorer leur histoire? Ou bien êtes vous ravitaillés par les corbeaux niveau information ? Sinon je ne vois pas d'autres explications à ce mépris affiché. »

Sakura ne savait que répliquer au ton plein de reproche de Kiba.

Ce dernier soupira profondément.

« Et bien voilà autre chose. Connaître ses alliés est la base de la cohésion de cet empire. Et plus officieusement, nous avons beau tous nous déclarer « royaume frère », ne vous leurrez pas Sakura, il n'y a pas un seul s'entre nous qui n'ait d'espions chez le voisin. Après tout on est jamais trahi que par les siens alors autant bien les connaître. »

Akamaru arriva en trombe et rapporta le bâton à son maître qui le récupéra et le relança encore une fois.

« Ceci dit, ça ne suffit pas toujours, car malgré tous nos espions, pas un seul d'entre nous n'était au courant de votre existence et pas un seul n'a pu prévoir le coup d'État d'Orochimaru, dit-il avec plus de douceur et de fatalisme.

Pourtant vous êtes un jour destinée à devenir reine de Haru. Vous ne devriez pas perdre de vu que le savoir c'est le pouvoir, et de fait vous intéresser un peu plus à la géopolitique de cet Empire. »

Sakura s'inclina profondément.

« Je saurai retenir et appliquer ce conseil dorénavant, votre Majesté. »

Kiba jusqu'alors si sérieux retrouva son sourire et son rire goguenard.

« Je vous ai déjà dit d'être moins protocolaire. »

Sakura lui sourit en retour mais s'inclina à nouveau.

« Je vous prie de m'excuser si j'ai involontairement, par mon ignorance, réveillé en vous des souvenirs douloureux. »

« Bof. Kiba haussa des épaules. D'ailleurs quitte à parfaire votre éducation politique et diplomatique autant commencer par là. »

« Vous voulez dire le « Coup d'État des cigales »

« Oui, alors écoutez bien, ce n'est pas une histoire que je raconte fréquemment. »

« Vous n'êtes pas obligé. » répliqua Sakura.

« Et vous laissez passer pour une sotte sans éducation après votre magnifique prestation au Conseil des douze hier. »

Vexée, Sakura croisa les bras sous la poitrine. Ce geste enfantin amusa une fois de plus l'Inuzuka.

« Ma mère, la reine Tsume Inuzuka, était l'héritière légitime du royaume d'Inu. Conformément à la loi en vigueur dans notre royaume et dans la majorité des royaumes de cet empire, à son couronnement c'est son époux, mon père, qui devint roi et gouverna le pays. »

« Oui, je suis peut-être une ignorante à vos yeux, fit avec une voix un peu bougonne Sakura, mais je sais comment sont dirigés vos royaumes. Ceci dit cela n'explique pas pourquoi votre père a fomenté un coup d'État pour s'emparer d'un pouvoir qu'il possédait déjà, fit-elle remarquer. »

« J'y viens, la coupa Kiba. Au royaume d'Inu, comme chez les Hyûga, les Aburame, les Senju, les Sarutobi, les Uzumaki et les Hatake la polygamie masculine est autorisée au sein de la noblesse. »

« Oui, mais ce droit ne s'applique pas à un homme ayant épousé une héritière royale. » ajouta très justement l'Haruno.

« C'est exact. L'époux d'une reine obtient son pouvoir de sa femme. Cette dernière étant la représentante légitime du royaume, elle ne saurait partager son époux avec autrui car après tout elle se place au dessus du roi lui-même. Tout écart de la part du roi consort provoquerait sinon sa destitution pure et simple. On ne bafoue pas une reine légitime. »

Sakura opina du chef en signe de compréhension.

« Hors, dans les cours royales les tentations sont grandes. Chacun rêve de pouvoir pousser dans le lit du roi, fut-il consort, sa petite protégée afin de pouvoir par la suite obtenir de lui ses bonnes grâces. »

S'il était de mise de ne jamais parler de sujet aussi triviaux que les maîtresses et coucheries des hommes en présence des chastes et vertueuses princesses de la Cour impériale de Konoha éduquées dans le respect de la vertu, Kiba n'avait pas lui ce genre de taboue. Il avait décidé d'instruire Sakura sur l'histoire de son royaume et n'avait nullement l'intention de tourner autour du pot.

Mais Sakura, sûrement en raison de l'éducation plus libre qu'elle avait reçu à Haru ne songea même pas à s'en offusquer, au contraire elle questionna plus encore le jeune monarque.

« Et c'est ce qui c'est passé pour votre père ? »

« Et bien, comme je vous l'ai dit ma mère a très mauvais caractère et bien que mon père fut lui d'une nature assez douce et coulante, les heurts étaient assez fréquents entre eux. Du coup, à côté de ma mère n'importe quelle femme de la Cour d'Inu aurait pu avoir un attrait bien supérieur à ses yeux. Cependant toutes ces noblesses dames l'indifférèrent jusqu'à l'année de mes 5 ans, où fut introduite à la Cour la toute jeune duchesse Rika Higurashi. »

« Higurashi signifie cigale. » observa Sakura.

« Oui, c'est son nom de famille qui donna le nom à ce coup d'État.

Vous auriez vu cette Rika, s'était une vraie beauté blonde aux grands yeux noires d'à peine 17 ans l'époque. Jolie, gaie, aimable, tout le contraire de ma mère, rigola-t-il le regard lointain mais le visage serein. Mais elle ne semblait rien avoir dans la tête. Une vraie dinde juste bonne pour la bagatelle. D'ailleurs c'est ce qu'ont pensé ceux qui l'ont présentée à mon père. Elle était un pion pour eux, un appât pour leur permettre d'atteindre le pouvoir.

Et sur ce point ils ne s'étaient pas trompés sur son compte car elle s'est parfaitement acquittée de sa tâche.

Mon père est tombé sous son charme d'un regard alors qu'il était de presque de 15 ans son aîné.

Ce qu'ils n'avaient pas prévu par contre, c'est qu'en fait elle était loin d'être sotte, c'était un leurre d'une adorable manipulatrice qui savait parfaitement ce qu'elle voulait.

Une fois dans le lit du roi elle se débarrassa bien vite de ses encombrants anciens « tuteurs ». Puis peu à peu, dans l'ombre, elle joua de son influence sur mon père pour placer les membres de sa famille et ses amis sur les marches du pouvoir, finissant par avoir une vraie main mise sur le gouvernement du Royaume d'Inu. »

« Votre mère ne s'est rendu compte de rien ? Demanda avec étonnement Sakura

« Non. Cette relation adultère en plus d'être interdite pouvait lui faire perdre son titre, alors mon père était très discret au jour le jour. Ma mère n'a jamais soupçonné sa liaison. Qu'il place tel ou tel ministre au pouvoir n'avait rien de suspect. J'imagine que cette relation aurait puis demeuré secrète des années durant. Et à vrai dire j'imagine que même si ma mère l'avait découverte alors, pour éviter qu'un scandale n'éclabousse la couronne, elle aurait fait régler la question en toute discrétion.

Mais, les largesses dont elle bénéficiait grâce à mon père ne suffirent bientôt plus à l'ambitieuse Rika qui se rêvait reine. »

Sakura fronça les sourcils.

« Et pour atteindre son objectif elle pouvait compter sur la nature, parce que ce qui devait arriver arriva. La duchesse Higurashi tomba enceinte du roi. C'était pour elle une chance unique. La chance qu'elle attendait et qu'elle provoqua pour accéder au pouvoir. »

« Oui, la naissance d'un enfant illégitime compliquait forcement la donne. L'affaire ne pouvait dès lors plus être étouffée « en toute discrétion ». » souligna la jeune princesse.

« C'est exact. Rika le savait. Mais tant que l'enfant n'était pas né elle demeurait dans une situation précaire. Alors elle décida de passer à l'offensive. Manipuler son royal amant était pour elle un jeu d'enfant, fit avec un sourire moqueur Kiba. Elle lui expliqua donc qu'elle craignait pour sa vie et celle de son enfant à venir si la reine venait à apprendre la vérité, et qu'il était du devoir de mon père de les protéger. La reine Tsume étant la seule personne au dessus de lui, pour assurer leur protection il se devait de devenir roi, et plus juste roi consort. »

« Mais c'est impossible, n'est-ce-pas ? » interrogea Sakura.

« Hum, répondit avec un certain laconisme Kiba avant de reprendre. Pourtant Rika a bien vite convaincu mon père de la légitimité de cette démarche. Après tout il était le roi, c'était lui qui dans les faits régnait réellement sur le royaume d'Inu et non la « tyrannique » reine Tsume. Il était temps selon elle de débarrasser le trône de « ces Inuzuka fantoches ».

À ce moment Sakura ne put s'empêcher de songer que ce genre de problème n'auraient pas lieu d'être si les autres royaumes de cet empire accordaient à leurs filles le droit de régner au lieu de confier cette tâche à une tiers personne, sous prétexte qu'il était un homme. Elle ne fit toutefois pas part de ses pensées au jeune roi de Inu. Là n'était pas le sujet, et Kiba poursuivait son histoire.

« Rika assura à mon père qu'il aurait l'appui de ses ministres dans cette œuvre ainsi que celui d'une partie de la noblesse du royaume. J'ai appris par la suite que mon père avait longtemps été réticent à ce projet, mais avec l'avancement de la grossesse de la duchesse il lui fallait prendre une décision. J'imagine qu'il aurait pu tout aussi bien avouer la vérité à ma mère, et que ça aurait été au final la solution la plus raisonnable, mais mon père était fou d'amour pour cette Rika Higurashi et il se rallia à sa cause. »

« D'où le coup d'État, conclut Sakura. Mais au final, fit-elle en pleine réflexion, une affaire de cette ampleur ne devait plus concerner uniquement le royaume d'Inu, mais l'Empire du Feu entier, n'est-ce-pas ?

Le fondement de cet empire sont les douze familles qui l'ont bâti. Et l'empire ne reconnaît comme roi que ceux issus de ces familles. Donc en quittant votre mère, votre père perdait automatiquement son statut de roi, faisant de vous, aux yeux de l'Empire, le roi légitime d'Inu. De toute évidence l'Empire serait immédiatement intervenu militairement pour vous placer sur le trône. Un tel coup d'État était du suicide, il ne pouvait rien changer au contraire. »

Sakura était une élève studieuse et très intelligent, ses réflexions ne faisaient aucun doute là dessus.

« C'est pourquoi ce putsch fut réfléchi à plus grande échelle. Il fut décidé que le Royaume d'Inu sortirait du giron de l'Empire du Feu, et pour cela il fallait se débarrasser des Inuzuka qui faisaient le lien entre le deux. Ils espéraient que l'empire et les autres royaumes se montrent aussi frileux à intervenir qu'ils ne l'avaient fait au moment des guerres de succession des Uchiwa. Qu'ils arrivent trop tard. En plus, comme l'empire repose sur les douze familles royales, si l'une disparaît, tout est déséquilibré.

C'est ainsi que fut programmé dans le plus grand secret, l'assassinat de ma mère, de ma sœur et de moi-même. Un ordre signé de la main même de mon père, précisa amèrement Kiba. »

Sakura blêmit. Jamais elle n'aurait pensé que cette histoire puisse être aussi sombre et sûrement, bien qu'il n'en montre rien extérieurement, aussi douloureuse pour le jeune homme.

« Cependant, ma mère fut informée du complot à temps et parvint à lever une armée non vendue à la cause des Higurashi. Lorsque l'assassin mandaté par mon père et sa maîtresse pour me tuer s'introduit dans le château c'est elle même qui lui trancha le cou et le donna en pâture à son chien. »

Un jour plus tôt, la princesse Haruno aurait sûrement frémi ou tout du moins grimacé face à cette révélation, mais aujourd'hui elle avait sûrement bien plus de sang sur les mains que n'en avait la reine Tsume.

« Une guerre civile s'en suivit car même si mon père et le clan Higurashi avaient l'appui d'une partie de la noblesse, ils ne parvinrent pas à obtenir celui du peuple qui combattit pour le maintien des Inuzuka à la tête du royaume. Très vite le coup d'État se révéla être un fiasco, et les insurgés finirent par se réfugier au château d'Ôkami qui tomba à son tour après un mois de siège. »

« Et qu'est-il arrivé à la duchesse Rika Higurashi suite à cela ? » demanda Sakura absolument absorbée par l'histoire édifiante du jeune roi.

« Ma mère décida qu'il fallait faire un exemple marquant pour que plus jamais personne n'ose s'en prendre aux Inuzuka et pour étouffer définitivement toute velléité de rébellion dans ce royaume.

Elle fit exécuter tous les chefs de la noblesse qui avaient participé au coup d'État et fait retirer leurs titres et leurs terres à leurs familles.

Ce fut bien sûr aussi le cas pour Rika Higurashi, qui, elle, eut droit à une des plus longues et éprouvantes exécutions publiques de l'histoire de notre royaume, tout comme son fils qu'elle avait mis au monde entre temps. »

« Le bébé aussi ! s'horrifia Sakura en posant une main tremblante sur sa bouche, mais... »

Sombre, Kiba hocha de la tête.

« Oui, le bébé aussi. À l'époque, avoua-t-il, j'étais encore un très jeune enfant et avec ma sœur nous avons supplié notre mère de ne pas le tuer, d'être clémente. Après tout, il était malgré tout notre demi-frère. Mais elle a répondu que nous étions des rois et que notre justice et ses châtiments ne devaient tolérer aucune demi-mesure. Que c'était la première chose que je devais apprendre en tant que roi. Bien qu'innocent, cet enfant, tant qu'il serait en vie constituerait une menace pour nous et un espoir, un signe de ralliement pour tout éventuel rebelle.

Comme il représenterait toujours volontairement ou involontairement un danger au pouvoir des Inuzuka alors il devait mourir.

J'ai mis du temps à comprendre cette décision, mais je sais aujourd'hui qu'elle avait raison. »

Sakura resta coite. Un bébé, un danger pour une monarchie ? Leurs royaumes étaient donc si fragiles pour vaciller pour si peu ?

Elle ne savait pas comment réagir face à cette histoire. Ce n'était pas juste un fait chronologique dans un manuel. C'était une réalité que l'homme à côté d'elle avait vécue.

Est-ce qu'être roi ou reine c'était vraiment devoir vivre ce genre de tragédie? Après tout, plus le pouvoir est grand, plus les convoitises et les complots se font vicieux.

Est-ce prendre des décisions aussi cruelles ?

Et la protection d'un nom valait-elle vraiment la mort d'un nourrisson ?

« Je ne voulais pas vous perturber. » fit Kiba en voyant la mine pensive et douloureuse de la princesse.

« Non, non. C'est moi qui n'aurait pas dû par ignorance vous obliger à raconter cette triste histoire. Mais hélas la réalité n'est pas toujours rose, la guerre que nous vivons en ce moment le prouve bien. »

« Hum. » se contenta d'approuver Kiba.

« Et votre père ? Il est en vie, n'est-ce-pas. »

« Oui, même déchu on ne tue pas un roi. Ça créerait un précédant fâcheux, et cela m'aurait marqué du sceau du parricide. Il fut donc contraint d'abdiquer et enfermé à vie dans une tour du château d'Ôkami qui avait jadis été son refuge. »

« Ne craignez-vous pas qu'il se venge un jour ? »

« Ma mère l'a obligé à assister à l'exécution de sa maîtresse et de son fils. Suite à cela, il a perdu la raison. Je peux vous l'assurer, Sakura, mon père est un homme mort. Il y a bien longtemps qu'il ne reste de lui qu'une enveloppe charnelle. Il n'y a rien à craindre de lui. »

Le silence se fit entre les deux jeunes gens et même Akamaru qui était revenu à leur côté avançait à présent sagement. Sakura avait peine à imaginer de tel déchirement au sein d'une même famille. La famille c'était pour elle l'ultime cocon de protection. Son père et sa mère formaient un couple soudé. Elle n'avait été entourée, sa vie durant, que d'amour. Bien sûr, elle n'était pas dupe des réalités de ce monde, de sa cruauté, des violences qu'on y rencontrait, mais pour elle cela avait toujours constitué un ailleurs lointain, différent de sa vie quotidienne.

Décidément cette aventure aura au moins eu le mérite de la confronter à la réalité.

Soudain, troublant les pensives réflexions des deux humains, Akamaru dressa l'oreille et se mit à aboyer. Aux aguets, Kiba se précipita vers la muraille et se pencha au niveau d'un créneau.

« Que ce passe-t-il ? » demanda Sakura qui l'avait rejoint.

L'Inuzuka pointa son doigt en direction du Nord-Est.

« Un cavalier. » désigna-t-il.

Sakura plissa les yeux et observa dans la direction indiquée. Dans le lointain un cavalier, seul, sur un cheval zain galopait à vive allure en direction de la porte Rashômon. En le détaillant un peu plus, elle constata qu'il portait une armure aux couleurs des troupes d'Orochimaru.

« Un messager d'Orochimaru ! s'exclama Kiba à côté d'elle. Je vous aurait bien conseillé d'aller vous recoucher pour récupérer une ou deux heures de sommeil, mais c'est à présent impossible.

Ma Dame, vous devriez aller enfiler votre armure, je sens qu'un nouveau Conseil des douze nous attend. »


L'ambiance était lourde et pesante dans la salle de commandement qui avait été improvisée salle du Conseil des douze depuis la veille.

Aucun bruit ne se faisait entendre hormis celui discret des respirations lentes de chacun.

La même assemblée que la veille était réunie, tendue, les regards graves.

Asuma siégeait toujours à la tête de l'imposante table ovale. Il fit un signe à l'un des gardes se trouvant au garde-à-vous sur sa droite.

« Faites entrez le messager. »

Bientôt la lourde porte de bois s'ouvrit laissant apparaître l'homme qu'avait aperçu du haut des remparts Kiba et Sakura. Il était encadré par trois soldats prêts à l'abattre au moindre mouvement suspect en direction des monarques.

Une fois de plus le roi Asuma fit un signe indiquant au messager se s'avancer.

Ce dernier, était grand et sec, le visage taillé au couteau, le nez aquilin, et les yeux noirs brillant d'intelligence. L'archétype même de l'espion. Il portait, bien serré contre lui, un paquet sous son bras que regardaient avec méfiance les gardes à ses côtés. Sans prendre en compte ces regards hostiles il s'avança vers l'assemblée puis s'inclina profondément et respectueusement.

« Vos Majesté, vos Altesses, je viens de la part de mon Seigneur et maître, le vénérable Orochimaru, vous porter un message. »

« Et bien parle ! » fit d'une voix grondante Asuma, les sourcils froncés et la mâchoire serrée. Il savait d'avance que cela n'allait pas lui plaire.

« Il vous félicite pour votre remarquable victoire, tout à fait distrayante d'après ses propres dires. Cependant celle-ci n'est guère à sa convenance. »

« Nous nous moquons de sa convenance ! » répliqua le roi Hiashi Hyûga.

Sans se soucier de cette remarque le messager poursuivit.

« Aussi mon maître souhaite vous rafraîchir la mémoire. »

Le messager s'avança encore d'un pas puis posa son paquet sur la table avant de le renverser d'une main dédaigneuse.

Les gardes se jetèrent sur lui pour le maîtriser mais le contenu du paquet s'échappa de sa boîte, roula le long table en laissant une traînée de sang avant de s'immobiliser devant Asuma.

Ce dernier écarquilla les yeux avec effroi.

« Père. » blêmit-il en découvrant la tête décapitée de l'empereur Hiruzen Sarutobi.

« N'oubliez pas qu'Orochimaru retient vos proches. Pour que dorénavant vous n'oubliez plus il vous fait porter aujourd'hui la tête l'Empereur. Mais si vous faites un pas de plus ce sera celle l'Impératrice, puis celles des reines, puis des princesses jusqu'à ce qu'il ne vous reste plus personne à protéger dans cet Empire. » asséna le messager avec morgue.


Note : (1)On a souvent tendance à penser que les guerres du passé étaient un univers exclusivement masculin avec ses nobles chevaliers, mais ce n'était en réalité pas le entièrement cas (enfin ça dépend bien sur des époques). Ainsi par exemple durant les croisades les chevaliers partaient souvent accompagnés de leurs épouses (non elles ne restaient pas toutes enfermées dans leur palais avec une ceinture de chasteté). La plus part étaient là en tant que soutien mais certaines participaient aux combats arme à la main. Il y a d'ailleurs des lettres de Saladine qui s'étonne de retrouver des cadavres de femmes sur les champs de bataille. Pour les musulmans de l'époque il était inconcevable que les femmes se battent, et le fait que les chrétiens acceptent d'envoyer leurs épouses sur les champs de bataille était une preuve de plus pour eux de la barbarie des occidentaux.

Ceci étant, en plus de ses femmes de chevaliers on trouvait des femmes du peuple aussi, les blanchisseuses, des cuisinières, etc. Beaucoup avait pour rôle d'apporter le ravitaillement aux soldats sur le champs de bataille (il faut bien boire) ou de s'occuper de l'intendance.

Je me base donc là dessus dans mon histoire. Ici toutefois elles ne sont là que pour l'intendance, pas pour se battre. D'autant qu'initialement l'armée des 12 royaumes était réunie dans le cadre d'un entraînement. Les souverains s'étaient donc accordés le luxe de prendre avec eux une domesticité importante pour veiller à leur confort.

(2)Les palais japonais, comme par exemple le château Nijô à Kyoto, étaient souvent dotés d'un savant système anti-intrusion, le parquet rossignol. Les lattes de bois de ce parquet sont disposées de telle façon que quiconque y pose le pied dessus déclenche immédiat un grincement semblable au chant du rossignol (d'où le nom). Les gens ne pouvaient donc pas pénétrer dans un château sans que le parquet ne trahisse la présence de l'intrus.

Ce système avait pour but d'empêcher les assassinats. J'ai moi-même déjà marché sur ce type de plancher et je ne pense pas que dans la réalité il soit possible de déjouer le système (ou alors il faut être un ninja ;p). Cependant je me suis inspirée du roman du « Clan des Otori » où le héros et capable de ne pas réveiller l'oiseau, faisant de cette capacité un don inné chez Hinata. La discrétion lui va bien je trouve.

Commentaire :J'avais dit que je ferais un chapitre plus court cette fois-ci mais finalement il est quasiment aussi long que le précédent. Pourtant il ne s'y passe pas grand chose.

Sinon je reviens avec mes anecdotes sur le contexte dans lequel se déroule cet univers.

Comme je l'ai évoqué dans ce chapitre, je vais un peu vous parler de l'Empire du Vent.

Il fonctionne de façon très différente de l'Empire du Feu.

L'Empire du Feu est un empire fédéral constitué (comme vous l'avez à présent compris;)) de 12 royaumes dont les souverains nomment, à vie, l'un d'entre eux pour être empereur. Cette charge n'est pas héréditaire et peut donc passer d'une famille à l'autre parmi les douze.

L'Empire du Vent lui est un empire au sens plus stricte. Il existe une famille impériale et le titre d'empereur est héréditaire. Il n'y a toutefois pas d'hégémonie masculin comme dans EdF, et les femmes peuvent elles aussi hériter du titre suprême. À vrai dire il n'y a pas non plus de droit d'aînesse. L'empereur désigne lui même son héritier (homme ou femme donc) parmi ses enfants. Celui qu'il juge le plus à même de tenir ce rôle dans le futur.

C'est actuellement l'empereur Rasa qui gouverne ce pays et son héritier est le benjamin de ses trois enfants. Le prince Gaara.

Voilà voilà.

À la prochaine.