Disclaimer : Les personnages et l'univers de Saint Seiya appartiennent à Masami Kurumada

Titre de la fanfiction : Nous les civiles

Auteur : Ardell

Chapitre quatre

Amis d'enfance

Je n'ai jamais connu mes parents. Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours vécu à l'orphelinat. Celui-ci avait un nom poétique : l'orphelinat des étoiles. Aussi considérais-je chacun des enfants vivant là comme de petits astres, qui ne révéleraient leur brillance qu'une fois qu'ils auraient trouvé l'affection d'un père ou d'une mère. Pour l'instant, ce n'était que des points lumineux dans la nuit, mais, une fois adoptés, ceux-ci se mettraient à scintiller d'un nouvel éclat.

Il y avait pourtant une étoile qui luisait plus que les autres. Il s'appelait Seiya et avait mon âge. Peut-être brillait-il ainsi car il avait la chance que sa grande sœur Seika s'occupe de lui. Celle-ci était comme une mère pour lui, et cela faisait chaud au cœur de voir tant d'amour entre ces deux-là. J'appréciais beaucoup Seiya, il était vif, espiègle mais très gentil. Seika, quant à elle, était une personne douce et attentive à son petit frère. Tous les trois, nous avons vite sympathisé. À quel bonheur se serait si nous pouvions être adoptés ensemble !

Un jour, une limousine se gara devant l'orphelinat. Un vieil homme, aux allures de patriarche, en sortit et se dirigea vers le bureau du directeur. Quelques minutes plus tard, celui-ci vint trouver Seiya et lui annonça qu'il venait d'être adopté par cet homme ! Au début, je crus à sa chance... jusqu'à ce que je réalise que Seika n'avait pas été mentionnée.

Seiya s'en était rendu compte lui aussi, car il refusa de monter dans la belle voiture noire. Le vieil homme ne s'embarrassa pas de fioritures et fit signe à ses gardes du corps. Ces derniers attrapèrent mon ami et le firent entrer de force dans la limousine. Puis elle démarra. Je pouvais voir, à travers la vitre arrière, le visage furieux, triste et terrorisé de Seiya. Seika, elle, courut et courut derrière l'auto, bien vite distancée. Le son de sa voix, alors qu'elle appelait son frère, encore et encore, reste gravé en moi.

Seiya avait été emmené, je le sus plus tard, à la fondation Kido. Son fondateur dirigeait une multinationale qui brassait des millions. Tout cela était bien beau, mais qu'en était-il du vieil homme qui l'avait arraché à l'amour de sa sœur ? Son affection pourrait-elle remplacer la sienne ?

D'autres enfants avaient été adoptés par monsieur Kido. Je profitais un jour d'une promenade en dehors de l'orphelinat pour approcher la résidence. Seiya et les autres étaient certainement traités comme des coqs en pâte, profitant d'une nourriture saine, de beaux habits et sans doute aussi de professeurs particuliers. J'en arrivais presque à les envier.

Cette pseudo jalousie s'évanouit aussitôt que je saisis à quoi servait cet immense hangar. À l'intérieur, des machines de musculation, des sacs de sable, des rings... Et tous ces enfants... s'entraînant sans relâche.

Mais pourquoi ?

Je ne comprenais plus rien. Pourquoi obliger ces petits garçons à pratiquer tout ce sport ? Monsieur Kido n'avait pas pour vocation d'offrir aux orphelins un vrai foyer, avec l'amour d'un père — ou d'un grand-père. Non. Il se servait d'eux pour accomplir je ne savais quel sombre dessein.

J'eus également l'occasion d'apercevoir, parfois de loin, une délicate poupée parée des plus belles robes. En voyant la tendresse avec laquelle monsieur Kido la regardait, je sus que son amour irait toujours à elle. Les garçons n'auraient même pas les miettes.

Quelques semaines plus tard, j'eus l'occasion de rencontrer Seiya. Il m'annonça qu'il allait partir en Grèce pour obtenir une armure de Bronze.

Une armure ? Mais, une armure, c'était fait pour se protéger lors de combats... En un éclair, je revis ces garçons s'entraînant dans le hangar. C'était pour cela que monsieur Kido les préparait ? Pour une future bataille ? S'ils auraient besoin d'armures, cela signifiait que ces combats seraient dangereux.

— Seiya, je t'en prie, ne pars pas! le suppliai-je.

Hélas, mon inquiétude ne déteint pas sur lui. Au contraire, il éclata de rire et m'opposa que j'étais bien une fille, que j'étais incapable de comprendre les affaires de Saints. Il avait raison. Je ne saisissais pas pourquoi il devait aller s'entraîner dans un pays étranger. Tout ce qu'il avait déjà fait avec ces sacs de sable et ces machines ne suffisait donc pas ? À quelle affreuse guerre monsieur Kido le destinait-il ?

Lorsque Seiya partit pour l'aéroport, je restais là, dissimulée par un arbre et le cœur serré, les larmes au bord des yeux. Pourvu qu'il revienne vite !

Je ne le revis plus pendant six ans.

Quant à moi, durant ce laps de temps, personne ne voulut m'adopter. Il faut dire que les parents recherchaient avant tout des bébés ou de jeunes enfants. Or j'étais à présent une ancienne. À ce titre, je connaissais l'orphelinat et son règlement par cœur. Souvent, j'aidais le personnel.

J'avais treize ans lorsque le directeur me convoqua dans son bureau. Selon lui, j'accomplissais un travail remarquable avec les enfants.

— Puisque personne ne m'a adoptée, pourrai-je prendre soin d'eux ?

Lui comme moi savions que si j'étais toujours sans parents, ce n'était pas demain la veille que j'en trouverai. Aussi me donna-t-il son accord. Les orphelins accueillirent cette nouvelle avec joie, ce qui me fit chaud au cœur. J'étais particulièrement proche d'Akira, Tatsuya et Makoto, sans oublier la petite Mimiko. Parfois, je l'avoue, j'avais l'impression d'être leur mère. Et je voulais l'être jusqu'à ce qu'ils trouvent un vrai foyer.

Quelle joie fut la mienne lorsque Seiya revint au Japon ! Il avait grandi, bien sûr, mais également gagné en muscles. C'était devenu un vrai jeune homme à l'allure athlétique. C'est sans doute stupide de ma part, mais je dois admettre que mon cœur s'était emballé à sa vue.

Il avait, me dit-il remporté la Cloth de Pégase. Cela m'était un peu égal, je l'avoue. Je ne pensais qu'à mon bonheur de l'avoir retrouvé.

Il me parla de sa sœur. Malheureusement pour lui, je n'avais plus revu Seika depuis qu'ils avaient été séparés. Cependant, je savais que la petite-fille de monsieur Kido avait l'intention d'organiser un grand tournoi. Si Seiya y participait, sans doute sa sœur le verrait-elle à la télévision. Cet argument le convainquit.

Plus tard, je me rendis au grand Colisée pour l'encourager.

J'avais cru comprendre que ce serait des matchs amicaux. Rien ne m'avait préparée à cela. La violence des coups portés me faisaient sursauter. Je comprenais mieux à présent pourquoi ils devaient porter ces armures... Et ce fut alors que j'assistais à un miracle.

Alors même qu'il était grièvement blessé, je vis Seiya se relever pour essayer de sauver son adversaire. En moi, un cri : « Non Seiya, tu es trop faible, tu es blessé, ne prend pas ce risque ! ». Comme en contre-point à mes pensées, j'entendais la foule scander le nom de Seiya.

J'aperçus alors cette jeune fille à la longue natte noire. Son inquiétude, ses prières, étaient les miennes. Comment pouvais-je être aussi égoïste et vouloir empêcher Seiya de sauver celui que, de toute évidence, elle aimait ?

Comme les autres, je criais de joie lorsque le cœur du Dragon repartit. Quant à Seiya... j'étais très fière de lui et en même temps terriblement inquiète.

Dieu merci, il se rétablit très vite.

Ce soulagement s'évanouit quand j'appris qu'il avait l'intention de retourner en Grèce pour y défier je ne savais quels ennemis.

Pourquoi ? Pourquoi Seiya ? Ne peux-tu te contenter de profiter de la vie ?

Avec moi, pensai-je sans oser le dire à voix haute.

Il me parla alors des étoiles auxquelles étaient liées nos destinées. Son étoile le conduisait là-bas et le poussait à combattre. Même s'il voulait vivre en paix, il ne pouvait déroger à son devoir.

Je me souviens qu'il a séché mes larmes, en me promettant de revenir vers moi.

Ce ne fut que plus tard que je me rendis compte de l'importance de ces combats.

Alors qu'une ombre noire grignotait le soleil, plongeant la vie dans l'obscurité. Je fis de mon mieux pour rassurer les enfants. Seiya nous sauverait !

Seiya, je compte sur toi mais surtout... sois prudent et reviens-moi vite !