A/N : Merci à ceux qui m'ont écrit des reviews ! Contente que le chapitre du point de vue de Draco ait été apprécié. Bonne lecture !
L'Autre
IV : Son Charisme Contagieux.
Le soleil lui tapait dans les yeux, mais Hermione avait la flemme de chercher ses lunettes teintées. Ron n'arrêtait pas de jacasser à côté d'elle, Quidditch-ci et Quidditch-ça, et la chaleur inhabituelle de ce mois de juillet était presque insoutenable. Pendant son enfance, elle et ses parents quittaient souvent la Grande Bretagne durant l'été pour aller chercher le beau temps en France ou en Italie, mais cette année-là, nul besoin. Ron était trop occupé au Ministère et Hermione n'avait pas le cœur à partir seule. Elle avait bien tenté de convaincre Ginny d'aller passer une semaine à la plage, mais la jeune femme avait poliment refusé. Elle et Harry n'avaient toujours pas réussi à lâcher l'idée qu'ils auraient pu se perdre pour toujours, durant la bataille contre Voldemort. Il y a trois ans de cela, leur attachement exagéré avait paru mignon, même exemplaire, aux yeux d'Hermione. Il y a six mois, c'était devenu fatigant et maintenant, ça lui donnait carrément la nausée. Pas moyen de les décoller pendant plus d'une demi-journée. Pour couronner le tout, Ron lui faisait souvent des remarques sur le fait qu'elle pourrait être plus affectueuse et plus présente.
« Et si on allait voir ton frère ? suggéra Hermione, à bout de patience.
- Parfait ! Tu lis dans mes pensées, mon amour. »
Ça, ce n'était pas très difficile, se dit Hermione. Elle s'en voulut brièvement, même si le fond de vérité était là, inévitable. Ron n'était pas mauvais, même si parfois il pouvait se montrer méchant s'il se sentait dépassé par les événements (ou par le cerveau d'Hermione, ce qui arrivait souvent). Mais jamais elle n'oserait le comparer aux monstres qui s'étaient joints à Voldemort, jadis, et pas un jour ne passait sans qu'elle se fasse remarquer à quel point elle avait de la chance.
Le problème, c'était précisément qu'elle était obligée de se le dire. Cela ne venait plus tout seul, depuis trop longtemps. Elle avait toujours su qu'intellectuellement, elle aurait pu trouver quelqu'un de plus adapté, de plus égal. Mais les bras puissants de Ron et son sourire facile lui avaient semblé bien plus tentants et accueillants, durant une adolescence difficile où ses aptitudes pour la magie avaient été trop souvent ridiculisées. Et maintenant, les choses s'étaient enlisées. Hermione avait parfois l'impression d'étouffer.
« Un jour, il me prendra comme associé, déclara Ron alors qu'ils franchissaient le seuil du magasin de son frère, George.
- Probablement. »
Hermione s'efforça d'adresser un sourire encourageant à son petit ami. Depuis la mort du jumeau de George, elle avait vu le propriétaire du magasin de farces et attrapes se replier en lui-même, malgré les jouets et gadgets encore plus farfelus qui continuaient à naître de son imagination. Ce rideau d'humour, c'était une façade déployée par George pour faire croire qu'il allait bien. Ron était persuadé qu'il pourrait un jour prendre la place de Fred, dans tous les sens du terme, mais Hermione avait ses doutes. La complicité qu'avait partagée George avec son jumeau était irrécupérable.
« Tu te rends compte ? Tous les jouets que je pourrais ramener à nos enfants ! »
Ses pas ralentirent tout seul. Des enfants… voilà une pensée qu'Hermione préférait éviter. Ron abordait le sujet de plus en plus, récemment, en particulier après chacune de leurs visites chez Bill et Fleur. La petite Victoire était certes charmante, et le ventre de Fleur plus gros que jamais, mais Hermione appréciait grandement le sentiment de jeunesse que le tableau familial lui procurait. A vingt-deux ans, elle avait encore le temps. Ron aussi, même s'il était persuadé du contraire.
« Bonjour Hermione. »
La voix familière de George la fit se retourner, le sourire aux lèvres. Elle appréciait énormément ce Weasley-ci, bien plus à présent que pendant ses années de farceur invétéré à Poudlard. Il avait muri. Elle n'irait jamais jusqu'à dire que le mort de Fred en avait fait un homme meilleur, mais il était plus accessible ces jours-ci, malgré ses humeurs noires.
« Salut George.
- Et moi alors ? On oublie la famille ? protesta Ron.
- 'Jour. »
Cela parut contenter Ron, car il s'esquiva pour aller examiner le stock du magasin. Hermione le regarda partir avec soulagement. George aussi.
« Quelqu'un devrait dire à mon frère de sortir sa tête de son cul, lâcha le rouquin.
- Oh, George ! S'il-te-plait. Tu sais comment il est.
- Ouais, c'est justement ça. Je le préférais presque pendant la guerre. Il était plus agressif mais aussi vachement plus attentif envers toi.
- Je suis une grande fille, murmura Hermione. »
George lui décocha un regard qui voulait tout dire, mais elle secoua la tête. Pas envie d'en parler ce jour-là. Elle avait parfois l'impression que George lui faisait des avances, mais l'air sarcastique et presque dépité qui accompagnait ses remarques semi-flatteuses portait à confusion. Peut-être si Ron n'avait jamais existé… Hermione baissa son regard. Suffit, se dit-elle.
« J'aimerais passer à la librairie, mais tu connais Ron, marmonna-t-elle.
- Ça va, j'ai compris. Tu penseras à moi le jour où vous aurez de vrais enfants… avec toute cette expérience de baby-sitter. »
Elle aurait voulu rire mais cette deuxième allusion à une progéniture potentielle lui fit tourner les talons plus rapidement que prévu. Hermione lança à George un sourire de remerciement par-dessus son épaule et se hâta vers la sortie du magasin, certaine que Ron aurait de quoi s'occuper pendant au moins une heure. Une fois dans la longue rue étroite du Chemin de Traverse, elle se mit en marche d'un pied ferme, regrettant de n'avoir plus l'âge de courir d'un magasin à l'autre. Ah, le bon temps où leur duo était encore un trio et le reste du monde n'avait pas d'importance.
« Attention ! »
Un choc violent, puis la voilà affalée parterre, paumes et genoux en feu comme une gamine de trois ans. Des larmes lui piquèrent les yeux, mais Hermione se força de les ravaler.
« J'ai essayé de la prévenir, mais elle a continué tout droit ! »
Peu à peu, les bruits de la rue se faufilèrent dans son esprit confus. Un jeune homme boutonneux aux allures de garçon de courses se tenait debout à quelques pas d'elle, son chargement d'une dizaine de petits chaudrons étalé parterre. Visiblement, les chaudrons avaient moins souffert qu'elle. Reposant sur son séant, Hermione examina ses mains toutes éraflées. Un mince filet de sang s'était faufilé dans le creux de la ligne de vie de sa paume gauche. Ses genoux s'étaient mis à piquer d'une douleur vive. Pendant ce temps, l'employé tentait toujours de se justifier.
« Apparue juste devant moi sans crier gare ! C'est quand même pas ma faute ! »
Hermione leva les yeux vers le groupe de gens qui l'entourait. Certains secouaient la tête, tandis que d'autre s'éloignaient déjà, voyant qu'elle n'était pas grièvement blessée. Elle aurait même juré en entendre un ricaner. Une pensée amère lui traversa l'esprit, tandis qu'elle essayait vainement d'épousseter ses vêtements.
Ceci n'arriverait jamais à l'Autre.
Quelqu'un se serait déjà avancé pour lui tendre une main en secours, pour la rassurer et l'aider à se relever. Personne ne se serait permis de rire. Le jeune homme boutonneux s'écraserait devant elle, lui implorant pardon. Hermione pressa sa paume ensanglantée contre son front. Malgré la guerre et tous les nouveaux édits en faveur des sorciers et sorcières issus de familles Moldues, les choses n'avaient pas vraiment changé. En dehors des murs de Poudlard, loin d'Harry Potter et de son charisme contagieux, Hermione Granger se rendit compte qu'elle n'était pas grand-chose. Certes, elle était douée en tant que représentante des droits des Créatures Magiques, mais personne à part les Elfes de Maison et les Centaures ne s'en souciait vraiment. Remplie de dépit, elle eut presque envie d'en cracher parterre. Seule une voix familière mit un terme à ce geste inélégant.
« Puisque c'est toi, je suppose que tu dois avoir une bonne raison d'être assise parterre en train de saigner. »
Hermione cligna des yeux, son estomac un nœud de douleur. Pas maintenant. Pas ici. N'avait-elle pas déjà été assez humiliée ? L'employé boutonneux avait récupéré ses pauvres chaudrons et s'était empressé de disparaitre sans demander son reste. Les autres badauds s'étaient dispersés, tous sauf un.
« Quoi ?
- C'est bien connu. Hermione Granger n'entreprend rien sans y avoir mûrement réfléchi pendant plusieurs heures. »
Oh, ce sarcasme. Comme elle le détestait et l'adorait à la fois, lui et le corps et l'esprit duquel il émanait si naturellement. Elle ferma les yeux deux secondes, rêva, se pinça mentalement.
« Si seulement c'était vrai, répliqua-t-elle. »
Il rit. Elle sentait dans le ton de sa voix qu'il voulait jouer. Pourtant, la lettre entourant la rose avait été claire, brutale de sincérité, même. Elle n'entrerait pas dans ce jeu-ci. C'en était trop. Hermione se releva en grimaçant.
« Toi, tu es toujours un modèle de politesse, je vois.
- Allons, Granger. Toi et moi savons très bien que tu es tout à fait capable de te relever toute seule. Franchement, j'aurais peur de me faire frapper, si j'essayais de t'aider. »
Et voilà encore cette réputation de garçon manqué, d'intellectuelle hargneuse dédaignant toute attention masculine. Hermione soupira. Ginny avait peut-être raison. Il était temps qu'elle commence à se comporter en fille. La pensée de porter des petites jupes et le regard débile et baveux de Ron ne l'enchantaient guère. Ron. Comme d'habitude, il n'était pas là pour l'aider. Comme d'habitude, il éclaterait de rire si elle tentait de lui conter sa mésaventure. Hermione décida qu'un silence vaudrait mieux. Ron ne remarquerait certainement pas ses blessures.
« Plus sérieusement… tu t'es vraiment fait mal ? »
Hermione sentit ses poings se serrer (douloureuse erreur) et lança à Draco Malfoy un regard glacé, à moitié brouillé par ses larmes pas tout à fait refoulées. Puis, sans un mot, elle essuya le peu de sang qui coulait encore sur son pantalon déjà souillé et repartit à pas lents en direction du magasin de Fred. Elle n'était vraiment plus d'humeur à feuilleter des livres. Le visage figé en une grimace de honte et de douleur, elle tendit l'oreille en direction de l'ancien Prince de Serpentard, s'attendant à une petite moquerie en guise d'adieu. Rien qu'un silence désagréable. Quand elle osa se retourner, dix secondes plus tard, il avait disparu.
A/N : Voilà. J'espère que vous avez aimé, mais que ce soit le cas ou pas, laissez-moi un petit review s'il vous plait !
