Bonjour tout le monde !
J'espère que vous passez de bonnes vacances, et pour ceux et celles qui travaillent encore, que la fin se rapproche ;).
Personnellement je suis en pleine série d'entretiens d'embauches, et entre mon fils et ces rendez-vous, j'ai eu grand mal à trouver le temps d'écrire mon chapitre lol ! Mais le problème sera réglé vendredi, car hop, départ en vacances (enfin!)
Donc voici mon chapitre 4, centré sur Molly, et j'espère que vous apprécierez ma vision de l'histoire de son personnage et de sa premiere rencontre avec Sherlock !
En ce qui concerne les passages dont je vous ai parlé, ils apparaitront dans le chapitre 6 ! (j'ai déjà bien entamé le cinquième et les passages du sixième font qu'il est déjà écrit à plus de la moitié...)
Je vous souhaite une bonne lecture, et merci pour tout vos messages qui me font chaud au coeur et me donnent envie de travailler jusque tard ;) !
A bientot !
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Si Molly avait du définir ce qu'il advint de sa soirée en un mot, elle n'aurait su que dire…
« Malaise » aurait-elle d'abord répondu en se remémorant ses premiers instants à Baker Street, au milieu du salon, ses valises chargées à la hâte reposant à ses pieds. Sherlock était redescendu pour échanger sur cette nouvelle affaire avec John, en attendant le taxi qui allait le reconduire chez lui.
Ensuite, elle aurait pensé au mot « intrusion » car sans relâcher la pression de ses doigts autour des anses de ses bagages, elle avait attendu là, ne sachant que faire, déroutée par cette sensation d'être une étrangère dans l'intimité de Sherlock Holmes. Cette impression n'avait fait qu'empirer lorsque Mme Hudson l'avait fait entrer dans l'ancienne chambre de John. Encouragée par la propriétaire des lieux, elle s'était laissé aller à poser ses affaires, mais sans pénétrer davantage dans la pièce.
Le dernier mot avec lequel elle aurait pu hésiter lui vint à l'esprit lorsqu'elle pénétra dans la salle d'eau pour prendre une douche et se changer : « Intimité ». Serrant contre elle ses affaires et une fois la porte refermée, elle observa longuement la pièce puis se força à avancer pour les installer. En regardant les effets personnels de Sherlock qui trônaient sur l'évier, elle réalisa combien un élément aussi banal qu'une brosse à dent pouvait faire partie de l'intimité d'une personne. Elle renonça à déposer la sienne, préférant l'enrouler dans son pull pour la ranger plus tard dans sa valise, et ouvrit l'eau tout en se déshabillant. Elle se surprit à vérifier plusieurs fois du regard que la porte était bien fermée, puis se décida à entrer dans la douche. L'effet de l'eau chaude sur son corps lui fit énormément de bien, et elle put enfin se détendre un peu, malgré la douleur de ses nouveaux bleus qui se réveillaient progressivement les uns après les autres… Quand elle eut terminé, elle sortit de la douche, le regard de nouveau vissé sur la porte. Ce ne fut que lorsqu'elle se rhabilla qu'elle s'en détourna en faveur du miroir et qu'elle découvrit l'entaille qui ornait le haut de son front. Probablement une griffure dont elle avait hérité lorsque Victor lui avait saisi les cheveux.
Non, elle n'arriverait pas à choisir parmi ces mots. Les trois se valaient de la même façon. Être une intruse dans l'intimité de l'homme qu'elle admirait plus qu'elle ne l'aurait voulu lui fit ressentir un malaise troublant. Jamais elle n'aurait imaginé avoir à cohabiter avec lui, et surtout pas dans cette situation. Minimiser son attirance pour lui au quotidien serait une épreuve, mais étonnamment, face à ce défi qui se profilait à l'horizon, Molly ne ressentait aucune appréhension. En remplissant ses valises chez elle sous l'œil avisé de John et de Sherlock, elle avait décidé de prendre cette situation comme une opportunité, et avait pris une décision. Certes cela serait éprouvant, mais enfin elle serait au clair avec ses sentiments au terme de cette cohabitation. Soit elle réussirait à passer au dessus de ses sentiments pour lui, auquel cas elle quitterai Baker Street avec soulagement et confiance en elle. Dans le cas contraire, hypothèse qu'elle se refusait à envisager, elle avait décidé de quitter définitivement Londres. Sa rupture avec Tom lui avait fait prendre conscience de l'impact destructeur qu'avait Sherlock sur son avenir. Il n'était plus seulement une passade, une attirance, un petit moment d'égarement ... Il était devenu le centre de sa vie, et elle se sentait aussi prisonnière de son attraction que la terre était impuissante face à celle du soleil. Tom le lui avait bien fait comprendre lorsqu'elle avait pris la décision de rompre avec lui. Elle l'avait aussitôt regretté mais cet instant où Sherlock lui avait dit qu'elle comptait pour lui avait scellé sa décision. Jamais elle ne se pardonnerait d'avoir laissé partir un homme aussi doux et attentionné que Tom au profit d'une chimère, aussi séduisante et fascinante qu'elle puisse être. Désormais, c'était à elle de prendre son destin en main : Elle se devait d'avoir le cœur net sur la force de sa propre détermination, et en cas d'échec s'éloigner le plus possible de cette force de gravité qui la happait à chaque regard échangé …
Molly inspira longuement.
Quand finalement elle ressortit de la salle de bain, elle eut la surprise de trouver Sherlock qui l'attendait, assis dans le fauteuil du salon. Une tasse encore fumante trônait sur la table basse.
« C'est pour vous. Fit-il en la scrutant de la tête aux pieds, comme à son habitude. Une exigence de Mme Hudson. J'ai dû accepter de le faire sous peine de devoir supporter son air extatique jusqu'à votre retour. »
Molly s'installa dans le fauteuil de Watson et attrapa l'anse de la tasse. La fumée qui s'en dégageait lui apporta l'odeur d'un chocolat chaud.
« Merci… »
Elle avala une gorgée. Il était un peu trop sucré mais restait délicieux.
« Moi qui rêvait d'une soirée avec un bon chocolat… »
Molly leva les yeux et vit que le détective l'observait. Il avait eu la même expression lorsqu'il avait voulu prendre la parole auprès des ambulances, avant que son frère ne les rejoigne. Elle s'apprêtait à rompre ce silence gênant mais ce fut lui qui parla en premier :
« Je suis désolé, Molly, pour ce qui s'est passé ce soir dans le bureau du personnel. Je vous ai impliquée inutilement»
« Ce n'est rien… Enfin… C'est moi qui ai accepté de le faire… De toute façon mon nom serait apparu donc j'étais concernée d'avance.»
« J'insiste. Inutile de le nier avec des formalités. Vous auriez été impliquée maintenant mais vous n'auriez pas été brutalisée. Mycroft avait insisté pour qu'un de ses agents accompagne le hacker.»
Molly resserra ses mains autour de sa tasse.
« J'ai remarqué qu'il n'était pas ravi de ma présence… Il m'a prise pour une imbécile pendant toute la préparation… »
Un léger sourire en coin apparut sur le visage de Sherlock.
« Une manie chez lui. D'après les rumeurs, les frères Holmes ne sont pas de bonne compagnie… »
« Personnellement je préfère le sociopathe. Au moins il ne se fie pas à ses préjugés. »
Sherlock lâcha un rictus satisfait puis reprit :
« Je tenais juste à vous le dire. Maintenant, dire que je le regrette serait un mensonge. Grâce à cet incident nous avons appris quatre choses essentielles… »
Molly sentit qu'il abordait enfin le sujet qui l'intéressait. La lueur passionnée qu'elle connaissait si bien brulait à présent dans la prunelle de ses yeux.
« La première information, et la plus essentielle, est que nous avons bien à faire à un imitateur. Les méthodes sont bien identiques, et un esprit simple, ce qui n'est pas mon cas, n'y aurait vu que du feu… Cependant le résultat diffère car Moriarty ne commettait jamais d'erreur (Il lança un regard entendu à Molly qui signifiait « sauf en ce qui vous concerne bien entendu »). La deuxième, apportée par le « Je vous en dois une, Molly Hooper » consiste en l'idée que notre imitateur a été proche de Moriarty. La troisième est qu'il touche une grosse somme d'argent. Je serai plutôt tenté de penser que cette personne n'occupe pas de hautes fonctions, vu la situation personnelle et professionnelle de l'homme qu'il a fait chanter, mais cela reste à confirmer… »
Sherlock leva les yeux vers elle. Son regard perçant la déstabilisa tandis qu'il se penchait en avant, les mains placées l'une contre l'autre.
« Et enfin, ce que nous avons compris, c'est que notre homme vous en veux Molly. J'ignore comment, mais il a appris votre implication dans les évènements qui ont conduit Moriarty à sa perte. Cependant je suis certain que ce message m'est autant adressé qu'à vous. Ce que je ne parviens pas à saisir, c'est cette immunité qu'il nous offre. Nous avions deux personnes susceptibles de nous abattre facilement, mais aucune n'a fait feu. Cet homme voulait que je revienne à Londres. Ma présence ici doit servir ses intérêts, ou devrions nous songer à l'éventualité d'une vengeance… »
Malgré la douce chaleur qui émanait de son chocolat, Molly sentit un frisson glacé parcourir sa nuque. Une idée lui traversa l'esprit :
« Peut-être est-ce un membre de l'équipe de votre frère… La vidéo a été diffusée à l'instant où vous partiez pour votre… Mission… »
Sherlock balaya cette idée de la main :
« Molly, je sais que vous portez des griefs contre Mycroft mais cette théorie doit être élargie. »
« Mais je n'en veux pas à… »
« Parmi les suspects, en plus des agents des services secrets nous devons également compter le personnel de l'aéroport, les services de Police de Londres, la totalité des employés de Magnussen, la société de taxi m'ayant accompagné jusqu'à l'avion, ainsi que l'intégralité du gouvernement Britannique, autrement dit, une aiguille dans une botte de foin. J'ai confié cette tâche d'éplucher leur identité au nouveau « compagnon » de mon frère. »
Molly commença à se demander ce qui s'était vraiment passé ce jour-là, pour impliquer à la fois la Police, les services secrets, le gouvernement et obliger son propre frère à l'envoyer dans un exil forcé vers une mort certaine. Cela devait certainement avoir un rapport avec le fameux « Magnussen »…
« Qui est Magnussen ? Pourquoi ses employés peuvent-il faire partie des suspects ? »
« Je lui ai tiré une balle dans la tête. Ses employés étaient les seuls à être rapidement mis au courant. »
Le cœur de Molly se serra dans sa poitrine. Elle ignorait que Sherlock avait tué un homme, et se demanda s'il cela avait été une première pour lui. Malgré l'air détaché qu'il affichait, Molly ne parvenait pas à croire une seule seconde en sa capacité à abattre froidement un être humain.
« C'était un magnat de la presse, un homme doté d'une mémoire titanesque qui ne lui servait qu'à tirer profit et pouvoir. Il connaissait chacun des petits travers des hommes et des femmes les plus puissants, même les plus secrets. Un personnage odieux aux tendances obscènes, cela dit en passant… »
« Et donc vous l'avez tué… »
Sherlock marqua une pause. Il pesa rapidement le pour et le contre de révéler la double identité de Mary. Finalement, il opta pour la première solution. Molly était une personne de confiance, et elle l'avait suffisamment prouvé.
« Il menaçait de détruire la vie de John si nous ne nous laissions pas arrêter, lui et moi. Accusé de complot contre la couronne, transmission de données classées secret-défense… »
« Et à la place vous êtes accusé de meurtre… » Lança Molly avec amertume.
« Molly Hooper. Je suis peut-être sociopathe, mais je ne suis pas un tueur. »
« Je le sais… »
Sherlock l'observa quelques instants, puis repris :
« Alors vous savez que je me serai contenté de mettre le feu à sa résidence s'il avait choisi la méthode d'archivage en papier… Laissez-moi finir. »
Molly croisa les bras avec perplexité.
« En tenant des informations sur Mary, il avait le contrôle absolu sur John, et par la force des choses, sur moi. Je ne pouvais pas laisser faire cela. »
« Quel genre d'informations valaient à ce point de prendre la vie d'un homme ? »
« Celles qui menacent de prendre la vie d'une femme et de son futur enfant, et donc celle de mon ami. Deux simples informations qui suffisent à couter la vie d'un ex agent double, de tous les membres de sa famille, ainsi que ses amis proches : Ses noms et prénoms. »
Stupéfaite, Molly dévisagea Sherlock les yeux écarquillés :
« Attendez, vous êtes en train de me dire que Mary… »
« C'est exactement ce que je viens de sous-entendre, en effet.»
Il laissa quelques instants à Molly pour digérer la nouvelle puis entreprit de relater tous les évènements qui les avaient conduits jusqu'à ce tragique incident, y compris la balle qu'il avait reçu de Mary, et la façon dont il avait exploité son lien avec Janine. En ce qui concernait ce dernier point, Molly ne put s'empêcher de ressentir une pointe de satisfaction mal placée en ayant la confirmation qu'il ne s'était rien passé de sincère avec elle. Elle se trouva méprisable d'éprouver une joie si mesquine face au malheur d'une femme qui ne lui avait rien fait, et dissimula l'effet que lui faisait la nouvelle en plongeant honteusement la tête la première dans sa tasse.
Sherlock ne sembla rien remarquer, tant il était plongé dans son récit, remontant jusqu'à l'instant crucial où Moriarty s'était tiré une balle en pleine tête. Molly découvrit avec émerveillement les talents de conteur de Sherlock : Ses gestes expressifs et ses yeux habités d'une aura dont il était humainement impossible de se détourner maintinrent son esprit pourtant épuisé au comble de l'attention jusqu'aux premières heures du jour. Par moment, il se tournait vers elle, attendant une réaction ou une réponse de sa part, puis il repartait de plus belle, à coup de grandes enjambées dans le salon, sous le regard fasciné de Molly. Ce ne fut que lorsqu'il décida d'interrompre son monologue qu'un bâillement incontrôlable réussit enfin à franchir les lèvres de la jeune femme. Sherlock en paru étonné et jeta un regard vers sa montre :
« Il est 2h45, vous devriez aller vous coucher… »
« Oui, probablement… »
Molly acquiesça et se leva lentement, étirant ses jambes engourdies par la position inconfortable qu'elle leur avait imposé. Sherlock se réinstalla dans son fauteuil, et elle croisa son regard. Les traits de son visage étaient tirés par la fatigue.
« Vous ne venez pas avec moi ? »
Sherlock leva un sourcil interrogateur, et Molly se rendit compte du double sens de sa question (Bon sang Molly, c'est pas possible d'être si maladroite !) :
« Je veux dire, vous n'allez pas vous reposer ? Dans votre chambre ? » Précisa-t-elle en espérant ne pas se ridiculiser davantage, même si elle avait le pressentiment que c'était bel et bien le cas.
« Je dors peu. » Répondit simplement le détective.
« Ah euh… Très bien… »
Alors qu'elle se dirigeait vers sa chambre, elle aperçut au loin son sac à main, qu'elle avait laissé dans l'entrée du salon pour pouvoir transporter ses valises quelques heures auparavant. Le coin d'une lettre dépassait de la pochette intérieure. Elle l'y avait glissé discrètement lors de son « déménagement » après qu'elle l'eut trouvé sur le haut de la pile de courrier qu'elle avait ignoré depuis plusieurs jours. Rapidement, elle décida de faire le tour de la table basse pour attraper son sac avant de retourner dans la bonne direction.
« Bonne nuit Molly. » Fit la voix de Sherlock dans son dos.
« B… Bonne nuit… »
Elle referma la porte le plus silencieusement possible derrière elle et se glissa sous les couvertures. D'un geste, elle alluma sa lampe de chevet et s'empara de la lettre. La lettre de Sherlock. Celle qu'il lui avait écrite quand il avait cru quitter Londres pour toujours. Elle l'observa quelques instants, hésitant entre l'envie de la jeter et celle de la lire. Finalement, la curiosité l'emporta sur la raison (premier échec cuisant de sa nouvelle résolution), et elle l'ouvrit d'un geste sec. Blottie dans son oreiller, elle déplia la feuille, la gorge nouée :
« Molly,
Lorsque vous lirez cette lettre, je ne serai plus à Londres. Vous entendrez probablement dans la presse les détails les plus sordides du meurtre que j'ai perpétré sur un dénommé Magnussen, mais John vous expliquera la situation plus en détail.
Je ne reviendrai pas. Sachez que vous m'avez été d'une aide indéniable et d'agréable compagnie. J'ignore pourquoi vous persistez à m'offrir votre amitié, mais je dois concéder que j'apprécie l'idée d'avoir eu une associée si précieuse à mes côtés.
J'ai horreur de me répéter, mais en cette ultime occasion je ferai une exception :
Trouvez votre bonheur, où qu'il soit.
Amicalement,
Sherlock Holmes. »
Molly replia lentement la lettre et la glissa soigneusement dans son sac. Elle resta plusieurs minutes, immobile, à fixer la tapisserie démodée qui ornait les murs de la chambre de Watson, attendant que les battements de son cœur reprennent un rythme normal. Non, cela n'allait pas être simple. Elle avait beau lutter, cet homme qui se dissimulait sous le masque du détective surmédiatisé la touchait avec une intensité troublante. Derrière l'homme sans cœur décrit par Watson et la presse, elle ne voyait qu'un homme seul, angoissé et terriblement humain. Pour une raison qu'elle ignorait, ses pensées glissèrent lentement vers un souvenir d'enfance bien précis… Un jour, quand elle était âgée d'à peine sept ans, elle se souvint être rentrée chez elle en larmes, encore bouleversée par une discussion qu'elle avait eu avec une amie de l'école. Sa mère l'avait d'abord questionnée, pensant qu'il s'agissait d'une bousculade, d'une dispute, ou même d'une bagarre, puis, perdant patience, l'avait renvoyée dans sa chambre, elle qui pleurait « toujours pour un rien ». Plus tard dans la soirée, son père était venu la trouver.
« Que se passe t-il Molly ? Maman m'a dit que tu avais pleuré tout l'après-midi… Tu t'es battue ? »
« Non… Mais j'en avais très envie… »
« Raconte-moi ce qui s'est passé… »
Et comme à chaque fois, il n'y eu ni violence, ni agression dans son récit… Juste des vérités, perçues à travers les apparences et les faux-semblants…
« Johanna m'a dit que j'étais sa meilleure amie… »
Son père avait alors commenté :
« Mais Molly, c'est une bonne nouvelle… Tu as tellement de mal à te faire des amis… »
Les larmes étaient revenues, incontrôlables…
« Mais elle ment ! Elle me l'a dit pour me faire plaisir ! Elle regardait mes devoirs en me disant cela ! Je sais qui est sa meilleure amie, et ce n'est pas moi ! »
« Et bien… Avait commencé son père avec cette expression qu'il arborait à chaque fois qu'il prenait soin du choix de ses mots, essaie de voir le bon côté des choses… prête lui ton devoir, essaie de sympathiser avec elle… »
« Mais je ne veux pas… Elle ment… Je ne peux pas aimer des gens qui mentent papa… »
« Molly, je vais te dire quelque chose, écoute moi bien… »
Depuis ce soir-là, il lui avait souvent répété que cette capacité à sonder l'âme humaine était un don, une qualité dont elle devait être fière et qu'elle devait cultiver en tant que grande personne. Même si elle n'en eut saisi le réel sens que bien plus tard, cette phrase était restée gravée dans sa mémoire. Devenue adolescente, Molly s'était persuadée d'être possédée par le défaut le plus encombrant qu'il puisse exister, se maudissant chaque jour de ne pas être une jeune fille hypocrite comme les autres. Puis cela changea lorsqu'elle devint femme, et Molly avait fini par comprendre ce qu'avait voulu lui inculquer son père : Ce qu'elle percevait chez les gens était invisible aux yeux du commun des mortels, et s'avérait être une source précieuse d'informations pour bien s'entourer, mais elle ne pouvait pas vivre une vie sociale épanouie en s'y fiant entièrement. Elle avait donc commencé à se lier d'amitiés et de relations intimes factices, à faire taire cette partie d'elle à certains moments… Mais un jour tout avait changé…
A l'approche du décès de son père, alors qu'il lui restait plusieurs mois à vivre elle avait été la seule à pleurer chaque jour en le voyant sourire aux membres de sa famille. Sa mère l'avait réprimandé à chaque fois en privé, en lui lançant avec aigreur que son père avait besoin de bonne humeur et de chaleur, et non d'une « fille larmoyante ». La douleur qu'elle avait ressenti chaque jour en le voyant réellement, bouleversé à l'idée de mourir et terrorisé à l'idée de l'avouer à sa femme et ses enfants, avait fini par avoir raison d'elle.
Elle était partie, ne revenant qu'à l'occasion lors des rechutes de son père, fuyant ses deux frères et sa mère. Quelques jours avant qu'il ne meure, elle avait voulu parler à cœur ouvert avec son père, et l'inciter à s'exprimer ouvertement avec elle, mais il avait refusé. Il n'avait pas pu mettre de mots, angoissé à l'idée de les matérialiser, de leur insuffler une vie en les prononçant. Le seul être qui ne l'eut jamais comprise s'était enfermé lui aussi dans un cocon d'illusions, et c'est ce jour-là que Molly su qu'elle l'avait perdu à jamais. Elle n'avait pas pleuré le jour de sa mort, ni ceux qui suivirent, ce qui aggrava les contacts avec sa mère (« Tu n'as pas de cœur, Molly ! Tu tortures ton père et maintenant que tu peux enfin pleurer, tu es indifférente ! »). Les ponts furent définitivement coupés avec le reste de sa famille, et Molly se lança à corps perdu dans ses études. Ce « don » devint définitivement un défaut à ses yeux, mais la confiance en elle qu'elle avait reçue de l'amour inconditionnel de son père lui donna la force de s'intégrer. Elle s'habitua aux règles sociales qui régissaient toutes les relations humaines, et trouva un job de pathologiste à l'hôpital St Bartholomew de Londres, ce qui lui convint parfaitement, tant par la pratique de la médecine que par le calme de ses « patients ». En ce qui concernait ses aventures avec les hommes, elles furent peu nombreuses et très souvent de courte durée. Elle profitait de l'instant présent, de la chaleur rassurante d'un corps près du sien puis attendait qu'on la quitte, préférant que cela se fasse sur la décision de l'autre (ce qui arrivait souvent rapidement vu qu'elle se refusait à cacher son ennui). Les journées se s'étaient alors succédées, identiques, rythmées par la réception des corps qu'elle avait à autopsier.
Puis, un jour qui avait pourtant débuté comme les autres, un homme était rentré dans la morgue et avait bousculé sa vie. Elle se souvenait parfaitement le premier jour de sa visite. Sans aucune politesse et ignorant presque de sa présence, il avait exigé de voir un corps dans le cadre d'une enquête. Elancé, le visage fin, une tignasse brune indomptable sur le haut du crâne, il avait plongé son regard bleu azur dans le sien. A sa stupéfaction la plus totale, Molly n'y avait déchiffré ni fausseté, ni dissimulation. Il était franc, direct, et, elle le comprit rapidement, doté d'une intelligence dépassant l'entendement. Elle l'avait observé déduire en deux minutes ce que elle avait mis trois heures à comprendre, puis disparaitre sans crier gare. A son plus grand plaisir, elle le revit rapidement et fréquemment, accompagné ou parfois seul… Parfois il allait et venait simplement et elle s'était contenté de l'épier discrètement, fascinée par ses gestes, son insolence, sa répartie imbibée d'une franchise désarmante… Puis d'autres fois il passait la porte et la saluait. Enfin un jour, il lui demanda un service. Puis un autre, il affirma avoir besoin du laboratoire. Molly l'avait laissé faire, comme hypnotisée, rien que pour se laisser porter par le sillon d'imprévus qu'il laissait derrière lui, pour espérer apercevoir une ou deux de ses techniques de manipulations scientifiques, où même encore assister à ces rares moments où un mystère le provoquait en refusant d'être élucidé…
N'ayant jamais rien ressenti de tel auparavant, ou du moins n'ayant vécu un peu de cette sensation qu'au travers d'ersatz de relations amoureuses, il ne lui avait pas fallu pas longtemps pour comprendre qu'elle était littéralement tombée sous son charme. Malheureusement, elle avait compris presque tout aussi rapidement que cela n'était pas du tout réciproque, tant par ses commentaires sur sa « petite poitrine », son « physique ordinaire », que par son indifférence à chacune de ses tentatives d'approche…
Un bruit sourd sur la moquette la fit sursauter, l'arrachant brutalement de ses pensées… C'était juste son sac qui venait de glisser… Molly se réinstalla dans son lit, rassurée.
Non, cela n'allait définitivement pas être simple… Avec le temps, elle avait réussi à toucher du doigt la personnalité de Sherlock, et un lien fragile mais puissant s'était créé entre eux, lorsqu'il s'était livré à elle, ce soir-là dans le laboratoire. Cette fois n'avait pas été comme toutes les autres fois où il avait usé de son charme pour obtenir ses faveurs… Elle l'avait enfin vu, cet homme qu'elle avait deviné dès le premier jour.
Molly changea de position dans son lit pour accéder à l'interrupteur. La journée avait été longue, et elle s'obligea à fermer les yeux.
...
Le lendemain matin, ce fut un réveil tonitruant qui attendait Molly. Tirée de son sommeil par la lumière du jour qui inonda brutalement la chambre, elle eut à peine le temps de reconnaitre la silhouette de Sherlock que sa voix résonnait déjà dans toute la pièce. Le sursaut qu'elle fit la hissa rapidement en position assise, les draps remontés jusqu'au cou. Sherlock venait d'entrer en trombe dans sa chambre, un téléphone à la main :
« Donnez-moi les coordonnées des corps… Très bien ! Nous partons de Baker Street ! Il raccrocha. Molly, nous avons trois corps ! »
Elle ne vit pas l'expression ravie de Sherlock quand il se tourna vers elle, tant ses yeux tentaient encore désespérément de s'accoutumer au contre-jour. Toujours étourdie par la manière dont elle venait d'être tirée de son sommeil, elle se contenta de l'observer, outrée, tandis qu'il déambulait dans la pièce :
« Trois corps, à trois endroit différents de Londres, tous découverts en même temps… La police n'a rien trouvé sur eux, identités, empreintes, vêtements… Mais il y a forcément des indices, ils ne font jamais leur travail convenablement… On a voulu tout effacer mais attirer tout de même mon attention….»
Sherlock remarqua enfin l'expression furieuse de Molly.
« Vous ne semblez pas comprendre, Molly, je suis certain que nous avons à faire à notre imitateur ! »
« J'ai parfaitement compris, merci… Maintenant sortez de ma chambre… »
« Techniquement il s'agit de celle de John… »
Elle se contenta de le dévisager froidement.
« Vous avez 10 minutes. Dépêchez-vous! » Dit-il précipitamment en quittant la pièce.
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Voilà ! J'espère que vous avez aimé ! Désolée si quelques fautes se sont glissées dans mon texte, je ne l'ai revu qu'une ou deux fois, car je n'aurai plus le temps de le publier avant vendredi soir ;) !
A bientôt pour le chapitre 5 !
