Chapitre plus court qu'à l'accoutumé, mais je ne pouvais pas le couper autrement, surtout que nous en apprenons beaucoup sur Myungsoo.


Ce même parfum. Maintenant qu'il se fait plus fort, je parviens à distinguer qu'il est féminin. L'appartement est plein de cette odeur. Les meubles, les rideaux. Sungyeol.

-Myungsoo ? Tu viens t'asseoir ?

Je me tourne vers lui, et cesse d'inspirer à grandes goulées d'air la flagrance. Il a enlevé sa veste, découvrant son bras. Le corps cambré de cette façon, replié, il paraît si petit.

Au poignet je remarque des cicatrices, pour la plupart récentes. En voyant où se poser mon regard, il sourit.

-Tu veux toucher ?

Je ne répondis pas, et m'approcha, fasciné. Les cicatrices rouges vifs contrastaient avec le reste des veines bleues, et vertes. Serpents de couleur pâle, s'étendant le long de son bras.

C'est beau. Je laisse mes doigts glisser le long de son poignet jusqu'à son coude. Je vis la chair de poule apparaître, et sentis sa peau se réchauffer peu à peu. Son corps était tout contre le mien, pressé. Ses cheveux caressaient ma joue.

La douceur de sa peau, et la chaleur de son souffle contre ma tempe rendait le moment si intime.

Je me sentais tout chose.

Quand mes yeux croisèrent les siens, je fus submergé par une envie de le prendre dans mes bras. Et plus, bien plus.

Une lueur perverse, vicieuse, brillait dans son regard.

[…]

-'So, tu as pris tes cachets ?

-Oui oui ….

Lentement, j'enlevais ma veste, ma mère m'inspectant.

-Tu étais où, après ton rendez-vous ? Tu as deux heures de retard !

-Avec un ami.

Elle me jeta un semblant de sourire en plein visage, se détourna de moi, en faisant claquer ses talons vers la porte d'entrée.

-Je rentre tard, ce soir. Ton père sera là pour le dîner.

Sans même un regard en arrière, elle sortit. Soupirant, je me laissais tomber, sans aucune délicatesse sur le canapé du salon. J'avais un affreux mal de tête, et un arrière goût amer dans la bouche. Je n'aimais pas mentir.

Je n'ai pas pris mes cachets. Ils sont dans ma chambre, et je n'ai pas la force de monter à l'étage. Tant pis. De toute façon, je sens que je suis sur le point de m'évanouir, j'ai fait trop d'effort aujourd'hui, alors que je n'ai pas pris mon fer, ni déjeuné.

Je m'installe plus confortablement. J'ai chaud. Mon T-shirt se retrouve vite au sol, et je m'étends un peu plus sur le canapé, mon torse se collant au cuir. Dans un dernier effort, je tends la main pour rattraper le t-shirt, le roule en boule, et le colle à moi.

J'inspire un grand coup.

Il sent comme Sungyeol. Je me laisse bercer par la senteur. Mes yeux se ferment, lentement, doucement.

[…]

-Myung', tu as pris tes cachets?

-Non.

Il attrape simplement mon épaule nue, et me pousse à m'appuyer sur lui. Il me traîne jusqu'à l'étage, mon t-shirt toujours serré contre mon torse.

-Il sent bizarre, ton pull.

-Non.

Arrivés devant ma chambre, il ouvre doucement la chambre, et c'est avec autant de délicatesse qu'il m'allonge, et me borde. Sur la table de chevet trône ma pitance : une bouteille d'eau, et mes médocs. Tout ce que je mangerais ce soir.

Un peu près comme d'habitude.

Avec douceur, il saisit ma nuque, et me relève légèrement. Je me laisse faire mollement, et ouvre la bouche. Il enfourne les deux pilules, et me tend la bouteille d'eau. Une gorgée, et le tout a glissé dans la trachée.

-Encore un effort Myung', et tu pourras dormir. Tu te souviens de la promesse que tu as fait à Mr . Kim ?

-Oui.

Il ouvre rapidement le tiroir du bas, et me donne un petit cahier noir, aux reliures en cuir, un petit crayon accroché à son bout.

-Bonne nuit Myung'.

-Bonne nuit.

Il embrasse mon front, et sort.

17/01/13

L'école, c'est un peu comme les arènes romaines des temps modernes. Nous sommes tous jetés en pâture à la cruauté des autres. Des adolescents, assoiffés de pouvoir, de reconnaissance.

Il y en a qui s'en sortent. D'autres non.

Sungyeol est entre les deux. C'est comme si vous jetiez un esclave, les poignets entravés par des chaînes, à des bêtes sauvages. Ce sera sanglant. Il y aura de la pitié. Mais surtout de l'arrogance, et un sentiment de supériorité qui poussera sûrement le publique à vouloir arrêter le carnage.

Ici, tout le monde se sent supérieur à Sungyeol. Même ceux qui se disent bon. Je suis sûr que même Dongwoo, la personne la plus saine d'esprit, et pure que je connaisse, a déjà dû ressentir de la puissance face à la soi-disant médiocrité de la vie de Sungyeol.

Même moi, à une époque, je me sentais au-dessus de lui.

Mais ça, c'était avant que je me fasse dévorer par mes camarades. Ils m'ont rongé jusqu'à la moelle.

Plus de Myungsoo.

Personne n'a vu, le vrai Myungsoo, après ses douze ans. C'est à cet âge là que la pression scolaire c'est accroît, et que la dose des médicaments à augmenté. Il a disparu, dans un endroit sombre. Et depuis, il sanglote, et prie. Il prie pour qu'on le sorte de là.

Il prie pour qu'on égorge, pour qu'on brûle, son sosie, qui sourit faussement à la surface.

Et sa prière a été entendue.

Sungyeol, son sauveur est là pour le libérer.

Il est là pour anéantir. Pour soumettre, dompter.

Et je n'attends que ça.

Un peu de secours.

K.M.S