Bonjour tout le monde ! Désolé pour l'attente incroyable pour ce chapitre… Je sais que je l'ai déjà dit la dernière fois, mais le prochain ne devrait pas prendre autant de temps (et si le suivant prend encore plus de temps, vous pouvez me jeter en pâture à Sephiroth et ses incarnés. Si, si =D). Encore une fois, Melior n'y est pour rien pour la longue attente de ce chapitre…
Merci à Lys9191 pour sa review, ainsi qu'à Jyuune-chan, et ceux qui nous lisent dans l'ombre et qui nous restent fidèles. Bonne lecture !
Cinéma ?
Cela faisait deux semaines, jours pour jours, que Sephiroth était arrivé sur Terre, à Chaldy. Cette vie entièrement neuve lui apparaissait comme un rêve. Il n'était plus le héros de la Guerre contre le Wutaï, l'expérience la plus aboutie d'un scientifique fou soi-disant son père, où celui qui avait failli détruire son monde pour le compte d'une extraterrestre machiavélique prétendument sa mère. Maintenant, il était professeur d'arts martiaux dans une petite école d'une petite ville perdue entre les montagnes, complètement anonyme, dans une famille normale.
Enfin, presque normale.
En fait, absolument pas normale...
Mais le folklore de la famille Psychy était bien connu dans le village. En particulier Peter et sa marionnette Véronica, qui faisait beaucoup rire les enfants. Ils étaient persuadés que le pantin de bois allait redevenir humain un jour, à l'instar de Pinocchio.
Les amis de la famille étaient évidemment venus voir le jeune homme, soi-disant le fils aîné parti très jeune pour devenir militaire. Ils avaient du mal à y croire, mais Jim avait minutieusement modifié les dossiers de la ville à propos de la famille Psychy, si bien que même Joseph, l'employé communal et ami de longue date avec Owen, n'aurait pu prouver le contraire.
« Oh, il l'aurait pas fait, t'inquiète ! » lança Jim, un jour où son « frère » s'en ouvrait à lui, trouvant étrange qu'un ami puisse fouiller dans la vie d'un de ses proches afin de s'assurer de la véracité d'une chose qui ne regarde qu'eux. « Mais les gens parlent, surtout dans les petits villages comme celui-ci. Jo' le fera sûrement pas, mais il peut en parler à ses collègues qui eux, s'ils n'ont rien d'autre à faire, peuvent s'amuser à chercher. »
Sa famille d'accueil n'ayant pas l'air de s'en soucier outre mesure, l'argenté jugea qu'il n'avait pas à s'en faire non plus.
De plus qu'il avait d'autres choses en tête, pour le moment.
Ses élèves, par exemple. La plupart étaient des adolescents fanatiques de manga, qui souhaitaient apprendre les coups de grâce de leur héros japonais préféré et à qui il fallait constamment rappeler que non, un coup de sabre faisant apparaître un phœnix ultrarapide qui fondrait deux fois sur les adversaires, c'était physiquement et biologiquement impossible sur Terre. Qui sait, peut-être dans un autre monde... Les autres élèves étaient des jeunes plus ou moins difficiles que leurs parents avaient envoyés suivre des cours de combats afin de les pousser à canaliser leur énergie sur quelque chose d'utile, au lieu de se défouler sur un autre enfant à l'école. Les élèves appréciaient leur étrange professeur, mais à aucun moment Sephiroth ne devait les laisser croire qu'ils pouvaient lui marcher dessus. Cela lui rappelait le temps où il enseignait aux jeunes troupes du SOLDAT, sauf qu'il avait affaire à de jeunes adultes qui savaient à qui ils s'adressaient, non à une bande d'adolescents rêveurs ou en crise. Il ne se montrait pas trop sévère avec ses jeunes élèves, mais l'argenté devait constamment leur rappeler, implicitement, qu'il n'était pas leur « copain ». Pas question de les laisser jouer avec ses pieds.
Le passé lui revenait souvent en mémoire, également. Les mauvais moments, notamment. La nuit, il revoyait Hojo s'approcher et lui, enfant sans défense, ne pouvait que prier pour que la séance ne soit pas trop longue. Ce que démentait rapidement l'air sadique du scientifique, d'ailleurs... Où encore Jenova s'approcher de Lucrécia, Hélène, Owen, Rachel, tous ceux à qui il tenait et vice versa, et les transpercer de ses tentacules, susurrant d'un ton aussi mielleux qu'acide « Tu m'as trahi. Paies-en les conséquences. », ou encore « Ce sont tes ennemis, fils. Moi, je suis là pour toi. Tu le sais. Et tu vas me revenir. » Hélène, qui dormait juste à côté, entendait souvent des cris étouffés de la chambre de son faux frère. Elle ne lui avait jamais dit cependant, ne voulant pas le mettre mal à l'aise.
Peu de choses avaient le pouvoir de le détourner de ses démons. Sa nouvelle vie, qui s'annonçait plus radieuse à chaque jour, pouvoir parler avec sa mère grâce à la sphère d'Aéris, et surtout Rachel.
Ils s'étaient revus, après le rendez-vous de la fête. Après avoir donné cours à ses élèves, Sephiroth allait parfois voir la jeune rousse à sa boutique. Elle l'accueillait toujours avec un grand sourire. Ou alors c'était elle qui attendait calmement la fin des cours, dans le couloir, pour passer un moment avec l'ex-cauchemar. Soit ils discutaient sur place, soit ils allaient boire un verre en profitant du soleil estival.
Sephiroth n'était pas bavard du tout, même s'il faisait des efforts pour éviter à Rachel de faire la conversation à un bloc de pierre. Mais, comme pour compenser ce défaut, il savait écouter son vis-à-vis, et plus d'une fois il surprit son amie en évoquant, dans une conversation qui avait déjà été abordée une semaine auparavant, un élément qu'elle avait elle-même amené sur le tapis, mais qui était complètement sorti de sa mémoire. Par contre, l'argenté ne parlait jamais de son passé, sinon dans les grandes lignes, à savoir: « Depuis qu'il était gosse, il avait toujours voulu être militaire, ses parents l'ont envoyé dans une école de sous-officiers, et il s'était rendu compte il y a peu de temps que ça ne lui plaisait plus de faire l'andouille avec un flingue. » En dehors de ça, rideaux. Quand Rachel venait sur le sujet, il éludait habilement la question. Petit à petit, la jeune vendeuse avait fini par abandonner le sujet.
Ils avaient projeté d'aller voir un film ensemble, au cinéma. Une histoire d'anneau maléfique, perdu il y a des centaines d'années par un roi, retrouvé par un « hobbit », un mélange entre nain et humain, qui décide d'aller le détruire en le jetant dans la montagne où il avait été forgé, et accompagné par les plus illustres représentants des différentes races composant son monde.
Hélène avait mis Sephiroth au parfum.
« C'est un film qui est sorti il y a... pfouuu... sept ans ? Huit ? Mais ils ont rajouté quelques scènes de combat et ont décidé de le rediffuser. C'est sympa, c'est un truc médiéval, avec magie, dragons, tu n'auras aucun problème pour t'y retrouver. Tu devrais même apprécier. »
L'ex-général en doutait sérieusement, ce genre d'histoire ne l'intéressant pas particulièrement. Mais Rachel avait l'air d'absolument tenir à voir ce film-là, et pas un autre. Alors bon, si ça pouvait faire plaisir à son amie...
Jim s'abstenait du moindre commentaire au sujet de Sephiroth et de Rachel. Au début, hilare, il avait tenté de faire quelques allusions à son frère pour le taquiner. Hélène avait bien vite pris les choses en mains, entraînant son plus jeune frangin dans la cuisine, ne le laissant sortir que dix minutes plus tard avec l'oreille gauche bien rouge. Depuis, il se tenait étrangement calme et évitait soigneusement d'aborder le sujet des fréquentations de Sephiroth. Il jetait aussi quelques regards craintifs vers une Hélène à l'air trop angélique pour être sincère.
Le jour J ne se passa malheureusement pas comme prévu. Arrivé au cinéma, l'employé de la caisse annonça, gêné, que les plombs avaient sauté à cause d'un orage durant la nuit précédente, causant pas mal de dégâts au système électrique de l'établissement.
Rachel ayant l'air passablement déçue par ce mauvais coup du sort, Sephiroth tenta de la consoler.
« Si tu veux faire autre chose, tout me convient. »
La jeune fille lui sourit des yeux, touchée par la gentillesse qu'elle percevait derrière le masque inexpressif de son ami.
« On peut retourner à la foire, par exemple. On revisitera la maison hantée », continua l'argenté.
La rouquine se mit à rire, but recherché par l'ex-général. La remarque était bien évidemment humoristique, il s'était bien rendu compte qu'elle n'avait pas du tout apprécié l'attraction noire. Par contre, et cela elle avait réussi à lui cacher, c'était qu'elle appréciait particulièrement la proximité qu'ils avaient eue par la suite.
Cette dernière pensée lui donna une idée.
« Idiote ! » se fustigea-t-elle mentalement. « Pourquoi s'embêter avec le cinéma quand on a Internet ? »
L'argenté fut intrigué quand il vit son visage s'éclairer sans raison apparente.
« Tu sais quoi ? On va quand même le regarder, ce film », lança-t-elle, ragaillardie.
Sephiroth haussa un sourcil. Comment comptait-elle faire ?
Rachel paraissait tout d'un coup excitée, comme une enfant de cinq ans attendant impatiemment ses cadeaux de Noël. Elle allait le télécharger, ce film. Et puis, le salon de son studio, ce serait sans doute mieux qu'une salle de ciné aux sièges inconfortables, avec des dizaines de personnes autour d'eux.
Puis la rousse se figea pendant une demi-seconde. Oui, c'était certes une solution, mais cela impliquait de se retrouver seule avec Sephiroth pendant toute la durée du film, et même plus, car il était hors de question de le flanquer à la porte dès la fin. L'idée était loin de déplaire à la jeune fille, mais... elle était si timide. Et il l'impressionnait tellement.
« Idiote ! » s'insulta-t-elle mentalement une seconde fois. « Maintenant que tu as lancé l'idée, c'est trop tard ! Fallait y penser avant ! »
Pour l'argenté, la scène était à la fois intrigante et comique. En moins de trois secondes, il avait vu son amie passer de la tristesse à l'excitation, de l'excitation à la joie, de la joie à la gêne, sans savoir pourquoi. Puis à nouveau de la gêne à une allégresse mêlée d'appréhension.
« Euh... ça te dit de venir chez moi ? Je vais mettre le film sur mon ordinateur. Ce sera beaucoup plus simple. »
Sephiroth hésita. Rachel avait l'air d'y tenir, et en même temps d'avoir peur tout en essayant de le cacher. Que faire ? Il ne voulait pas s'imposer, mais ne voulait pas décevoir son amie en déclinant l'invitation...
« ... d'accord », finit-il par répondre, désireux de passer plus de temps en sa compagnie.
Le studio de Rachel ressemblait à un petit appartement d'étudiant. Une seule chambre, assez petite, un salon d'une taille respectable pour un studio, une salle de douche, une petite cuisine attenante au salon... la décoration, faite d'un mélange de posters et de cadres donnait un air plus spacieux à l'endroit. C'était à la fois coloré et lumineux.
Rachel invita Sephiroth à s'asseoir sur le sofa pendant qu'elle connectait son ordinateur à l'écran de sa télé, un peu plus grand que celui du laptop. Rapidement, elle téléchargea le film sur le disque dur.
« J'espère que tu ne vas pas me dénoncer pour piratage ! » rit-elle. Sephiroth ne comprit pas la boutade, ignorant les lois anti-téléchargement, mais sourit quand même, soucieux de ne pas désappointer son hôte.
Une fois les dernières manipulations faites sur les engins, le film put commencer.
Sephiroth s'ennuyait. Mortellement. C'était tellement prévisible qu'il aurait pu prévoir jusqu'au dialogue des personnages. Le tout début de L'œuvre, où Bilbon décrivait l'habitat des hobbits, était tout bonnement soporifique. Exactement comme il l'avait prévu.
Rachel, elle, ne pouvait se concentrer sur le film. Pas avec Sephiroth à ses côtés. Il ne bougeait pas, ne donnait même pas l'impression de s'ennuyer, mais il était là. Et cela suffisait pour empêcher la jeune rousse de se concentrer sur le film. Elle ne pouvait s'empêcher de tourner la tête vers l'ex-général et admirer son beau visage, ou l'éclat de ses yeux. Il dut se sentir observé à un moment, car il tourna ses yeux verts vers Rachel. Celle-ci lui fit un sourire timide, avant de se lever.
« Je vais chercher à boire. Tu veux une bière ? »
L'argenté acquiesça, réprimant habilement un bâillement. Ils en étaient au moment ou Frodon était pris à part par Aragorn dans l'auberge de la Jument Brillante, ou quelque chose comme ça.
Rachel sortit deux canettes du frigo, tout en s'engueulant mentalement quant à son attitude. Si elle ne se calmait pas un peu, Sephiroth allait finir par la trouver agaçante.
Respirant un bon coup, elle posa un sourire sur son visage, bien décidée à changer d'attitude, et revint vers le sofa, une canette de bière dans chaque main. La jeune rousse tendit l'une d'elle à Sephiroth, et... se prit les pieds dans le tapis.
Rachel serra les dents, s'attendant à une rencontre fracassante avec le tapis au sol. À la place, ce fut une paire de bras, chauds et musclés, qui la rattrapèrent. Deux yeux verts éclatants se penchèrent vers elle.
« Rachel ? Tout va bien ? » demanda Sephiroth, inquiet.
Son visage était très proche. L'interpellée pouvait en voir chaque trait.
Elle sentit quelque chose dans sa poitrine, dans son cœur. Cédant à une impulsion qui la titillait depuis deux semaines, elle prit le visage de son vis-à-vis entre ses deux mains, et posa ses lèvres sur les siennes.
Sephiroth fut d'abord surpris, puis répondit par le même geste. Petit à petit, ils s'allongèrent sur le divan.
Après tout, le film ne les intéressait pas, ni l'un ni l'autre.
