Bonjour ! Chapitre 3, merci à touss ceux qui m'ont laissé des reviews ! Bonne lecture à tous !

Chapitre 3

- Tout d'abord, est-ce que tu sais comment atteindre ta magie ?

Harry secoue la tête.

- Bien, alors plonge-toi dans ton esprit. N'écoute que ma voix. Cherche ta magie, elle circule dans tout ton corps. Une fois que tu l'as trouvé, remonte le courant jusqu'à son cœur.

Sabad ferme les yeux pour mieux se concentrer. Il scanne son esprit, cherchant à retrouver la chaleur qui l'avait envahi pendant son sommeil. Il finit par la sentir faiblement. Elle le baigne vraiment tout entier. Il essaie de s'en rapprocher, écartant les pensées incongrues qui lui barrent le chemin. Une fois à l'intérieur, il perçoit le « courant » dont Ghaele lui a parlé. La magie semble former une grande boucle qui alimente tout son corps.

Il se plonge dans le courant et tente de le remonter. Soudain, sa perception change. Il est maintenant dans une espèce de salle lumineuse. En plein milieu, une sphère de ce qu'il identifie comme étant la source de sa magie brille de mille éclats. Il essaie de s'en approcher, mais est forcé de reculer. Remplissant toute la salle, des fils de couleur sombre forment une toile d'araignée et l'empêchent d'approcher. Des symboles sont gravés sur les fils, ce qu'il suppose correspondre aux sceaux.

Il aperçoit une petite ouverture dans le réseau, un peu plus loin, et suppose que ce sont les sceaux que Ghaele a brisé. Se faufilant tant bien que mal dans la faille, il parvient enfin à atteindre le cœur de sa magie.

La sensation est extraordinaire. La magie afflue, l'entoure comme pour lui souhaiter la bienvenue dans cette partie de son esprit. Il se sent mieux qu'il ne l'a jamais été. Pendant quelques instants, il parvient même à oublier tout ce qu'il a subi, perdu dans l'océan de nouvelles sensations. Secouant la tête, il se souvient enfin de pourquoi il est venu ici.

Ghaele regarde fixement son protégé. Le plus grand risque est qu'il se perde dans sa magie, mais il lui fait confiance. Le gamin est fort. Comme pour confirmer ses pensées, il ouvre la bouche.

- Je l'ai.

La voix est lointaine, comme s'il n'était plus dans son corps, et emplie d'extase. Ghaele sourit. Il l'a effectivement, son ton ne laisse aucun doute.

- Imagine tes ailes, comme si elles étaient réelles, puis fonds-toi dans la magie. Croie de toutes tes forces qu'elles sont réelles, c'est le point le plus important.

Harry s'exécute. Il met quelques minutes à imaginer ses ailes suffisamment précisément. C'est beaucoup plus difficile que ce à quoi il s'attendait. Au bout d'un moment, il estime être suffisamment prêt et s'approche à nouveau de la sphère, se fondant dans la magie, croyant sincèrement que ses ailes sont des vraies qui ne demandent qu'à sortir de son dos.

Après plus d'une demi-heure d'efforts, il émerge de sa transe et regarde aussitôt les miroirs autour de lui. Il fait un grand sourire de joie en voyant son dos. Des ailes lumineuses sont apparues, certes pas aussi grandes que celles de son professeur, mais suffisamment pour que Ghaele lui indique d'essayer de voler. Il le regarde d'un air perplexe, puis essaie doucement de battre des ailes.

Rien ne fonctionne au début. Les ailes ne sont pas coordonnées et battent dans des sens différents. Il se frappe plusieurs fois l'arrière de la tête en faisant un faux mouvement. Pourtant, bientôt, il arrive à faire battre les deux ailes en même temps et se sent soulevé, un tout petit peu. Alors qu'il essaie désespérément de s'envoler un peu plus haut, Ghaele lui dit de redescendre et il s'exécute, à contrecoeur.

- C'est très bien. Il te manque surtout de l'entraînement, particulièrement au niveau de la vitesse. Les agrandir un peu rendra ton vol plus facile. Et, bien sûr, il faut que tu apprennes à les manier.

Harry hoche la tête, content de lui. Il a réussi ! Il ne sait pas comment, mais il y est arrivé du premier coup !

- Fais-les disparaître, maintenant.

Il obéit, s'imaginant simplement sans ailes. Les faire disparaître est beaucoup plus facile que le contraire : il lui faut moins de trente secondes pour y parvenir. Il fait un grand sourire. Enfin, il commence à voir au bout du tunnel. Il est capable de faire des choses concrètes, il sera capable de se défendre seul. Soudain, la fatigue le rattrape et il se met à bailler. Ghaele fait un petit sourire en coin.

- Ca fait toujours ça au début, c'est parce que tu n'es pas habitué. On en reparlera demain.

Il baille encore une fois et se recouche, s'endormant presque instantanément. Il est tellement épuisé qu'il ne fait aucun rêve de toute la nuit. Sa cicatrice le picote de temps en temps, comme si son ennemi voulait lui parler, mais Sabad le renvoie sans même se concentrer spécialement. Il ne se sent pas assez en forme pour faire un duel d'esprits.

Le lendemain, il est bien reposé. Ghaele n'est pas là, alors il décide de s'entraîner à faire apparaître ses ailes. Il se replonge dans son esprit, puis remonte sa magie jusqu'à son cœur. Encore une fois, il se faufile parmi les fils pour atteindre la magie.

Il se sent enivré par la magie. C'est tellement agréable ! On pourrait y rester des années sans vouloir en sortir. En frissonnant, il songe que son compagnon en a été privé pendant son emprisonnement. Il se rend maintenant compte de l'horreur que cela représente : une fois qu'on l'a atteint, on ne veut plus quitter le cœur.

Il se concentre à nouveau sur ses ailes, les imaginant nettement plus grandes que la veille. Après quelques temps, il ressort de sa magie et jette un œil par-dessus son épaule. Il rit tout doucement en sentant les ailes lui frôler la joue et le chatouiller. Il essaie de battre des ailes, commençant doucement pour être certain que tout est bien coordonné. En quelques instants, il se soulève de quelques centimètres. Enhardi, il essaie d'avancer à travers la grotte.

Ghaele regarde son protégé s'amuser avec ces ailes. C'est impressionnant comme il ressemble à un… enfant pendant qu'il joue. Oui, c'est cela : un enfant qui vient de découvrir un merveilleux cadeau, tellement beau qu'il en oublie ses soucis. Il s'enfonce dans l'ombre, le surveillant de loin pour ne pas qu'il s'épuise. Pour l'instant, le gosse a plus besoin d'être seul pour découvrir cette part de lui qu'il ne connaissait pas avant. Sabad s'amuse avec ses ailes. Il a presque complètement décollé. Encore quelques battements…

Il déplie ses jambes, maintenant qu'il est assez haut pour ne plus qu'elles touchent le sol. Ses ailes battent régulièrement et il essaie d'avancer lentement. Après avoir parcouru quelques mètres, il sourit sincèrement, pour la première fois depuis qu'il est là. Hélas, sa joie lui fait perdre sa concentration et les ailes cessent de battre. Assez durement, il retombe par terre et titube. Ses jambes ne sont pas encore assez fortes pour supporter son poids.

- Hé bien, l'ange n'arrive plus à voler ?

- Ghaele ?

- En personne.

En voyant qu'il va tomber, Ghaele s'avance et le soutient, puis le reconduit vers le matelas.

- C'est très bien pour quelqu'un qui ne peut atteindre sa magie que depuis hier.

Harry rosit de plaisir. Il ne sait pas pourquoi, mais les compliments de Ghaele lui font plus plaisir que ceux de n'importe qui d'autre. Peut-être parce qu'il s'occupe vraiment de lui.

- D'ici quelques jours, tu devrais pouvoir faire ton baptême de l'air…

- J'aimerais bien.

Un brusque gargouillement les interrompt et Sabad rougit en réalisant que c'est son estomac.

- C'est vrai, tu n'as rien mangé hier.

Ghaele l'assoie sur le matelas et va chercher un bout de bois et la casserole cabossée, à moitié remplie de glace. Il ranime rapidement le feu puis fait léviter la casserole au dessus.

- C'est pour quoi le bout de bois ? demande Harry, intrigué.

- Quelque chose que je t'apprendrai quand tu connaîtras un peu mieux ta magie.

Ghaele s'assoie en tailleurs face à lui et prend le morceau de bois entre ses deux mains, qui se mettent à briller faiblement. Il tord le bois entre ses mains, le faisant former une boucle, puis commence à le sculpter comme un potier fabriquerait un récipient. Sous les yeux émerveillés de Harry, le morceau de bois prend peu à peu la forme d'un bol. Quelques minutes plus tard, Ghaele termine en lissant l'intérieur et l'extérieur du bol et en s'assurant qu'il n'y a pas de trou. Puis il tend le bol à Harry, qui le saisit délicatement.

Il est tout simple, sans aucun motif. On dirait presque de la vraie poterie, sauf qu'il est vraiment fait de bois. Il brille légèrement, comme s'il avait été poli. La forme est un peu irrégulière mais il n'y a aucune aspérité sur les parois. Sabad le tourne et le retourne entre ses mains, admirant l'objet créé à partir d'un simple morceau de bois.

- Tu sais, c'est très facile à faire quand on sait comment s'y prendre. Certaines personnes passent des heures à sculpter des motifs dans du bois ou de la pierre, simplement pour le plaisir de créer quelque chose d'agréable à regarder.

Il tend la main et Sabad lui rend le bol, dans lequel il verse l'eau bouillante. Quelques instants plus tard, les herbes infusent dans le bol. Sabad referme ses mains autour dur récipient, savourant la chaleur qui s'en dégage.

- Il est très beau.

- Merci.

Sabad boit son infusion à petites gorgées. Ce sont des herbes vraiment bizarres : à partir de quelques feuilles, on peut prendre un repas complet. Et en plus, ça à bon goût. Un peu lassant, peut-être, après plus de deux semaines à ne boire que ça.

- Tu crois qu'ils me cherchent ? demande-t-il soudainement.

Il n'a pas envie d'être retrouvé. Il est bien, ici, mieux qu'il ne l'a jamais été. Et puis il ne veut pas revenir auprès des autres.

- Sûrement, répond son aîné.

- Ils vont me retrouver ?

- Je ne sais pas. Cela m'étonnerait qu'ils pensent à aller regarder en haut d'une des plus hautes montagnes du monde. D'autant plus que la dernière fois qu'ils ont senti ta magie, tu étais dans l'océan Indien.

- Tu me racontes une histoire ?

Sabad rougit sitôt la question posée. C'est stupide, il a seize ans, pas quatre. Et Ghaele n'est certainement pas son père. Celui-ci ne semble pourtant pas s'en formaliser.

- Tu veux quoi comme histoire ?

- Je ne sais pas. Une belle histoire.

Ghaele réfléchit quelques instants. Il ne connaît pas beaucoup d'histoires… Il se souvient d'un conte pour enfants que l'on racontait dans son village.

« C'était il y a très longtemps, au Viêt-Nam. Une petite famille composée du mari, de la femme, et de leurs deux enfants, vivait de leurs quelques possessions. Or, un jour, le père et la mère moururent. Alors que le cadet partait enterrer leurs parents et leur rendait tous les honneurs dus aux défunts, l'aîné resta à la maison pour s'occuper de l'héritage. Il était cupide, aussi pendant l'absence de son frère il dissimula tout ce qui avait de la valeur.

A son retour, le cadet en fit la remarque, mais l'aîné ne reconnut aucun de ses arguments. Il garda la maison, les champs et leurs quelques richesses sous prétexte qu'il était marié, et son jeune frère ne put avoir qu'un petit lopin de terre, un chien et un chat très vieux. Le cadet vit qu'il n'avait pas le choix : il attela le chien et le chat à la charrue et tenta de labourer son champ.

Le chien hurlait, le chat feulait. La charrue avançait tant bien que mal dans le champ, traçant des sillons étranges dans le sol. Il y eut un tremblement sur la montagne en face du champ et la cadet leva la tête : c'était le Démon de la Montagne qui riait, riait de voir un chien et un chat labourer un champ. Et, au fond de sa gorge, un immense trésor étincelait de milles feux dans le soleil couchant.

Le cadet abandonna aussitôt sa charrue et commença à escalader la montagne, tentant d'arriver jusqu'à la gorge du Démon. Il y parvint bientôt, et là il remplit son sac d'or et d'argent, puis ressortit dès qu'il eut terminé. Il était temps : déjà le Démon de la Montagne cessait de rire et sa bouche se refermait.

Il n'osait pas croire à sa chance : pourtant l'or était réel. Il se fit construire une petite maison et acheta un champ pour pouvoir cultiver du riz, ainsi que des bœufs. Sa vie s'écoula tranquillement pendant quelques temps, le chien et le chat à ses côtés.

Un jour, son frère vint lui rendre visite. Etonné devant la maison du cadet, il lui demanda d'où venait sa fortune, et le cadet lui raconta toute son aventure, sans rien omettre. Aussitôt les yeux de l'aîné s'allumèrent de convoitise. Il emprunta le chien et le chat à son frère et parti vers la montagne, emmenant sa femme avec lui.

Il attela les deux animaux et les fouetta. A nouveau le chien hurlait et le chat feulait. A nouveau le Démon de la Montagne commença à rire. En toute hâte, l'aîné et sa femme lâchèrent la charrue et escaladèrent la montagne. Ils se mirent à remplir les sacs qu'ils avaient apportés d'or et d'argent, les jetant au dehors au fur et à mesure qu'ils se remplissaient. En voyant cela, le Démon de la Montagne se mit en colère et lentement, dans un craquement de tonnerre, ses mâchoires se refermèrent, emprisonnant à jamais ce couple trop cupide.

Le lendemain, le cadet trouva le chien et le chat devant chez lui, sans aucune trace de son frère. Levant les yeux vers la montagne, il vit le Démon faire un sourire en coin de sa bouche de pierre et il comprit ce qu'il s'était passé. Il ne dit mot, comme à son habitude, mais regretta la cupidité de son frère qui l'avait conduit là d'où il ne pourrait pas revenir. »

Ghaele se tait à la fin de son récit. Il aime bien cette histoire, il ne sait pas pourquoi. Peut être parce qu'il est bien placé pour connaître les souffrances qu'entraîne la cupidité et l'égoïsme des hommes. Il regarde Sabad, qui lui sourit en murmurant un timide merci.

Tacitement, ils décident qu'ils ont assez veillé pour ce soir. Sabad se recouche sur son matelas alors que Ghaele s'étend sur la paillasse, songeant vaguement qu'il lui faudrait aller chercher un second matelas quand ils en auraient le temps. Il s'endort rapidement.

Sabad, lui, reste réveillé un peu plus longtemps. C'est la première fois qu'on lui raconte une histoire, du moins la première fois qu'il s'en souvient. Il tient à graver les moindres détails de cette soirée dans sa mémoire.


Bien loin de là, un vieux sorcier regarde fixement les personnes rassemblées en face de lui. Il parle d'une voix très calme, et pourtant emplie d'inquiétude et de colère.

- Comment cela, vous ne l'avez pas retrouvé ?

Certains baissent la tête.

- Que s'est-il passé exactement ?

Une jeune femme aux cheveux roses se racle la gorge pour masquer sa gêne.

- Eh bien, dès que vous nous avez donné les coordonnées, nous avons transplané, un tout petit peu plus loin pour ne pas qu'il s'aperçoive de notre présence. Cependant, il devait bien avoir prévu son coup, puisque nous sommes tombés dans l'océan. Le temps que nous remontions à la surface, il n'y avait plus personne. Nous sommes allés vers les coordonnées exactes. C'était un tout petit banc de sable, perdu au milieu de l'océan. Il n'y avait aucune trace, à part un large cercle parfaitement régulier au centre de l'île. Nous avons voulu l'examiner de plus près, mais l'océan a commencé à recouvrir le sable. Moins d'un quart d'heure plus tard, nous avons été obligés de transplaner car il n'y avait plus d'île.

La femme se tortille, mal à l'aise. C'est la deuxième fois que la magie se manifeste sur Harry, et à chaque fois il n'y a personne quand ils arrivent.

- Alastor, qu'en est-il de Remus Lupin ? demande le vieil homme d'une voix nettement plus dure.

C'est un homme couturé de cicatrices qui répond à la question.

- Il refuse de se rendre à vos arguments et veut partir chercher Harry chez son oncle. Nous ne lui avons pas dit qu'il avait disparu.

Le vieil homme secoue la tête.

- Je lui avais pourtant dit de ne pas s'attacher à Harry. Ne lui dites rien, empêchez-le de se tenir au courant des dernières nouvelles. Je préfère que personne ne sache ce qu'il s'est passé. Si Harry revient à la rentrée, personne n'aura jamais vent de son absence.

- Et s'il ne revient pas ? demande une vielle femme au visage sévère et aux cheveux attachés en chignon.

- Il reviendra, fit le vieil homme d'une voix lasse. Il est obligé de revenir s'il veut devenir assez fort pour se battre contre Voldemort.

Les autres personnes n'osent pas demander pourquoi ce serait un jeune garçon qui devrait se battre contre Voldemort. Ils comprennent que leur réunion est terminée lorsque le vieil homme se lève, signalant une dernière fois qu'il faut absolument retrouver Harry Potter rapidement.


Loin de toutes ces discussions, Sabad se réveille après une nuit de sommeil réparateur. Il a senti les cauchemars l'effleurer, mais sa magie les a repoussés, comme toujours depuis qu'elle a été partiellement débloquée. Cela fait un peu plus d'une semaine que les premiers sceaux ont été brisés. Ghaele dort encore, ce qui signifie que lui-même s'est levé très tôt. Son compagnon ne dort que très peu et il assure que Sabad aussi dormira de moins en moins lorsqu'il connaîtra bien sa magie.

En attendant, Sabad s'entraîne. Pas seulement à faire pousser ses ailes, quoiqu'il adore la sensation qu'elles lui apportent, mais aussi à diriger sa magie dans la partie du corps qu'il souhaite et la manipuler de mieux en mieux et de plus en plus vite. Ghaele affirme que c'est la base de tous les types de magie. Il a d'ailleurs déjà levé trois sceaux supplémentaires, s'affirmant étonné de la vitesse à laquelle Sabad progresse.

Sabad se lève et s'étire consciencieusement, avant de sortir se soulager à l'extérieur. C'est l'un des avantages de vivre autant en hauteur : il n'y a pas lieu de s'inquiéter d'être dérangé – sauf parfois par des avions moldus, mais très rarement. Il remarque qu'il bouge de plus en plus facilement, alors qu'avant il était essoufflé au bout de seulement quelques mouvements. L'absence d'oxygène n'est pratiquement plus un problème pour lui, de même que le froid mordant. Une personne normale s'exclamerait d'horreur : il est pour l'instant vêtu en tout et pour tout d'un jean et d'un pull fin, alors qu'il est à plusieurs milliers de mètres d'altitude !

Quand il rentre, il ravive le feu et met de l'eau à chauffer. Ghaele ne devrait plus tarder à se lever et il espère que le petit-déjeuner sera prêt. Il ajoute rapidement les plantes à infuser.

- Ca sent bon, grogne une voix.

Sabad sourit.

- C'est presque prêt.

Quelques instants plus tard, ils savourent tous les deux leur infusion en silence.

- Alors, prêt pour ton baptême de l'air ? demanda l'aîné à la fin de leur repas.

- Oui !

Sabad est plus enthousiasmé qu'il ne l'a été depuis longtemps. Ils déposent leurs bols et sortent sur la plate-forme rocheuse. Le vent souffle fort, Sabad songe intérieurement que ce sera une contrainte supplémentaire. S'il parvient à voler au sommet de l'Himalaya, il n'aura aucun problème lorsqu'ils sortiront des montagnes.

Il se concentre et ses ailes jaillissent en moins de trente secondes. Il faut dire que maintenant qu'il sait quelle forme exacte leur donner, cela va beaucoup plus vite car il n'a plus qu'à les matérialiser. Se concentrant pour coordonner ses mouvements – la chose la plus difficile pour voler –, il décolle rapidement.

Tout est beaucoup plus difficile à l'extérieur : le vent le ballotte de tous les côtés et il a le plus grand mal à battre suffisamment bien des ailes pour ne pas s'écraser en contrebas. Il regarde Ghaele, immobile sur la plate-forme rocheuse, même s'il le sait prêt à déployer ses propres ailes et à le rattraper en cas de problème.

Il se concentre encore davantage, cherchant à fendre les cieux comme les oiseaux. Petit à petit, tout devient plus facile, presque instinctif. Comment s'adapter au vent pour qu'il l'aide et ne le combatte pas, se servir des courants pour remonter sans se fatiguer… Il entend un sifflement et voit Ghaele qui lui fait signe de redescendre. Regrettant un peu, il se dirige vers la plate-forme mais s'arrête un peu avant de l'atteindre.

Comment se poser sans s'écraser sur la roche ? Il replie doucement ses ailes et tente de se poser, mais une bourrasque le renvoie en l'air. Il lui faut plusieurs essais infructueux avant de parvenir à se poser, et encore, l'atterrissage est rude. Rien à voir avec la grâce que possède Ghaele lorsqu'il vole. Celui-ci lui fait d'ailleurs un grand sourire narquois.

- Je vois que tu viens de découvrir le plus difficile dans le vol… l'atterrissage !

Sabad ronchonne pour la forme, avant de sourire à son tour.

- Comment on fait pour atterrir correctement ? demande-t-il. Tu as une technique secrète, c'est ça ?

Ghaele prend un air de confidence.

- Oui, j'ai une technique secrète. Il suffit de s'écraser assez souvent, à la fin tu as trop mal et tu te poses tout en douceur. Ceci dit, tu étais tout de même plus élégant que moi. Je peux t'affirmer que les rochers n'ont rien d'agréables lorsque tu tombes dessus à cause du vent.

Ils rient tous les deux doucement. Ils ont trop l'habitude de souffrir pour pouvoir rire franchement, même en sachant qu'ils sont seuls et que personne ne peut les entendre.

- Allez, on va manger. Cela fait quatre heures que tu essaies d'apprivoiser le vent.

- Quatre heures ?!?

Sabad ne manque pas de s'étonner. Il n'aurait jamais cru qu'il était resté si longtemps en l'air. Il commence à mieux comprendre l'expression qu'emploient toujours les étudiants : le temps passe vite quand on s'amuse. En parlant d'étudiants…

- On est quel jour dans le calendrier ?

Ghaele semble réfléchir quelques instants, tout en remuant leurs deux casseroles. Ils ont commencé à manger des choses un peu plus consistantes, c'est-à-dire des fruits frais s'ils arrivent à en trouver, et parfois même du lait.

- Je ne suis pas sûr, mais je crois qu'on doit être fin juillet ou début août. Tu penses retourner à ton école ?

- Pas si je peux l'éviter, répond Harry avec ferveur. Et puis j'ai autant appris sur la magie en quelques semaines avec toi qu'en plusieurs années avec mes professeurs. Regarde, maintenant je n'ai même plus besoin de baguette.

- Je n'ai toujours pas bien compris cette histoire de baguette…

Sabad réfléchit quelques instants, cherchant à expliquer le concept de la baguette en mots simples. Déjà qu'il n'en sait pas beaucoup, alors le dire à quelqu'un qui y est complètement étranger…

- Bon. Une des premières choses que l'on m'a dit quand je suis arrivé dans le monde sorcier est que j'avais besoin d'une baguette pour faire de la magie. Un demi-géant m'a emmené dans une boutique qui ne vendait que ça. Là, j'ai trouvé la mienne. D'après ce que j'ai compris, le bois joue autant que la longueur et l'intérieur. Certaines baguettes favorisent des types de sorts, par exemple les enchantements ou la métamorphose.

- L'intérieur de la baguette ?

- Plumes de phénix, crin de licorne, ventricule de cœur de dragon… venant d'animaux magiques à chaque fois.

Ghaele prit un air horrifié.

- Tu veux dire qu'ils tuent les animaux juste pour en mettre des morceaux dans des bouts de bois ?

Sabad réfléchit un instant. Il n'avait jamais vu la chose sous cet angle.

- Cela dépend des baguettes. Les licornes et les phénix acceptent parfois de fournir un crin ou une plume à un fabriquant de baguettes, mais c'est vrai que pour le cœur de dragon, je ne voie pas comment le prendre sans faire de mal au dragon.

Sabad se tait. Il prend conscience de la monstruosité de posséder une telle baguette, créée à partir de la souffrance d'un être vivant.

- Finalement, même si on me le propose, je ne veux plus de baguette, murmure-t-il. Les animaux n'ont jamais rien demandé.

Ghaele lui pose une main rassurante sur l'épaule.

- Même si tu en possèdes une, ce n'est pas toi qui as attaqué l'animal à qui elle appartenait.

Sabad se tortille, un peu mal à l'aise.

- Oh, je sais que ma plume de phénix a été donnée volontairement. Je connais le phénix qui l'a offerte.

- Tu connais un phénix ?

- C'est celui du directeur.

En pensant à Dumbledore, les lèvres d'Harry se pincent. Il n'a pas pardonné la trahison du vieil homme. Même si sa magie repousse les cauchemars, il s'en souvient en permanence. La douleur qui le transperce. Le sentiment de souillure. Le dégoût pour lui-même. L'envie de mourir.

- C'est lui qui m'a forcé à y aller. Je lui ai envoyé une lettre quand il m'a frappé, mais il n'a même pas répondu. Personne n'a répondu. Il y avait des gens autour de la maison, comme toujours, mais ils n'ont pas eu l'idée de rentrer voir. Après tout, c'est parfaitement normal qu'un adolescent passe ses journées enfermé dans sa maison, avec des gens qui le déteste.

Ghaele se tait et écoute. C'est la première fois que Sabad parle de là-bas. Mais il se tait soudainement, comme se rendant compte de ce qu'il vient de dire. Il se lève brutalement et s'éloigne.

- Je mangerai plus tard. Je vais méditer.

Ghaele hoche la tête. Il comprend. Lui avait refusé de parler à qui que ce soit pendant des mois.

- Je te garde quelque chose au chaud. Reviens quand tu as faim.