Right Kind of Wrong
Chapitre 4 (Ière Partie)
Sirius se tenait là où Remus l'avait laissé, fixant la mallette en piteux état que l'homme plus âgé avait oubliée sur le bureau. Il respirait difficilement.
Lentement, il glissa au sol, incapable de supporter son propre poids plus longtemps. Sa gorge était serrée et ses yeux lui piquaient.
Il laissa tomber sa tête entre ses mains, s'étranglant à moitié en essayant de contrôler les sanglots qui semblaient enfler, déchirant tout sur leur passage.
Des flashs de l'été passé se succédèrent dans sa tête comme les images dans un film Moldu. Il ne pouvait pas les arrêter.
– – – – –
« La pluie, magnifique, » marmonna Sirius, en tirant sur sa tête la capuche du sweatshirt Moldu qu'il portait. Le ciel gris s'étalait au-dessus de lui et déversait une pluie torrentielle. « Et, bien sûr, je suis super loin de la maison. » Il se blottit un peu plus profondément dans son sweatshirt déjà trempé et piqua un sprint.
BAM!
« Ouf, » grogna Sirius, reculant de quelques pas, battant des bras pour rester sur pied.
Des mains le saisirent par les poignets et le maintinrent droit jusqu'à ce qu'il retrouve son équilibre.
« I'm sorry, sir, » (1) dit l'homme qui tenait les poignets de Sirius. « I wasn't paying attention. » (2)
Sirius le regarda fixement. Le Français avait des yeux ambrés. Il n'avait jamais vu quelque chose de semblable auparavant.
« Truly, I'm very sorry, sir, » (3) insista l'homme aux yeux ambrés.
Sirius cligna des yeux. « Pardon, » dit-il, commençant à se sentir intensément embarrassé. « Je, euh...ne parle pas Français. Hm...No speak French ? » (4)
L'homme, qui ne devait pas avoir un an ou deux de plus que Sirius, rit. « Bien sûr que vous ne parlez pas français, » fit-il, riant toujours légèrement.
Sirius pensa qu'il aurait dû se sentir offensé – les Blacks n'étaient pas de ceux dont on se moquait impunément – mais il aimait le son de son rire, et il était encore trop embarrassé pour se sentir particulièrement insulté.
« Je suis vraiment désolé de vous avoir bousculé, » s'excusa le Français-qui-était-apparemment-Britannique (de Londres, si Sirius en jugeait par son accent). « Je ne regardais pas où j'allais. »
« Oh, euh... » Sirius réalisa que l'autre homme continuait de tenir ses poignets. « Pas du tout, c'était ma faute. Je ne faisais pas attention non plus, et je courrais. La pluie, vous savez, » il leva le menton pour indiquer la pluie qui tombait toujours lourdement.
Le geste sembla rappeler à l'autre homme le contact maintenu et il libéra Sirius aussitôt. « D'accord. Bien sûr. »
« D'accord. » Sirius se déplaça inconfortablement.
« Alors, je suppose que nous étions tous les deux en tort dans ce cas ? » suggéra l'homme aux yeux ambrés. « Vous couriez et je mangeais. » Il baissa le regard et soupira.
Sirius suivit le regard de l'autre homme et vit les restes détrempés de ce qui devait avoir été un croissant quelques instants avant de tomber dans une flaque.
« Je vous l'ai fait tomber ! » hoqueta Sirius. Il n'était pas sûr de comprendre pourquoi il était aussi préoccupé par la chute d'un croissant, mais il n'était pas particulièrement prompt à analyser ses impulsions.
« Non, non, ça va, » répondit rapidement l'autre. « J'aurais vraiment dû attendre de rentrer chez moi pour manger... »
Mais Sirius n'en avait rien à faire. « S'il vous plaît, laissez-moi juste vous inviter à déjeuner pour rattraper ça. »
« Oh, je ne voudrais pas – »
« J'insiste. » Sans attendre une réponse, ou de s'arrêter pour réfléchir à ses actes, Sirius saisit le poignet de l'autre homme et ils se précipitèrent ensemble à travers la rue. Ils entrèrent dans un petit café dont le paravent était tiré au dessus de la terrasse.
Sirius retira sa capuche et secoua énergiquement la tête, essayant de faire partir un peu d'eau de ses cheveux. Au son d'un rire, il releva le regard à travers ses mèches emmêlées.
« On dirait un chien qui se sèche, » expliqua l'autre homme.
Sirius ne put s'empêcher de grimacer. « Peut-être que les chiens ont plus de sens commun que nous le croyons, » répondit-il.
L'homme aux yeux ambrés rit à nouveau. Enlevant son chapeau, lui aussi secoua la tête, des gouttes d'eau volant de ses cheveux qui étaient probablement bruns clairs quand ils étaient secs.
« Ça fait un peu chien, » convint Sirius, continuant de sourire, puis, se souvenant brusquement de ses bonnes manières, il tendit une main. « Je m'appelle Sirius Black. »
« Remus Lupin, » répliqua son compagnon, saisissant fermement sa main.
Les yeux ambrés rencontrèrent les gris et leurs regards se soutinrent. Pendant un long moment, aucun des deux hommes ne bougea.
– – – – –
« Le soleil est presque couché ! » s'exclama Sirius, s'arrêtant au milieu de la rue.
Remus leva le regard vers le ciel, une expression étonnée prenant place sur ses traits. « Je n'avais pas réalisé qu'il était si tard, » murmura-t-il, les yeux fixés sur les cieux ardents.
« Le temps file quand on s'amuse ? » suggéra Sirius, jetant un coup d'œil en biais à l'homme près de lui.
Remus se tourna vers le jeune homme aux cheveux noirs, un léger sourire étirant ses lèvres. « Oui, » acquiesça-t-il doucement.
Ils restèrent debout en silence pendant un moment alors que le soleil descendait plus bas sur l'horizon.
« Je devrais rentrer chez moi, » dit Sirius à contre cœur alors que les ténèbres prenaient place autour d'eux.
« J'ai été enchanté de te rencontrer, Sirius. » Remus lui tendit sa main. « Et merci pour le déjeuner. Je n'ai pas passé d'après-midi et de soirée aussi agréables depuis un long moment. »
« Moi de même, » répondit Sirius, saisissant la main tendue. Une petite étincelle d'électricité jaillit entre eux, mais aucun ne recula. « Je pourrais te revoir ? » demanda Sirius impulsivement.
« Quoi ? » Les incroyables yeux ambrés de Remus s'élargirent. Il essaya de se reculer.
« Je pourrais te revoir ? » répéta Sirius, resserrant légèrement sa prise sur la main pâle dans la sienne.
« Je... »
« S'il te plaît, Remus ? » Sirius était tellement surpris de son propre désespoir qu'il remarqua à peine l'expression peinée dans les yeux de son compagnon.
« Sirius, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. »
« Pourquoi pas ? On a passé un bon moment aujourd'hui, non ? »
« Oui... »
« Alors quel est le problème ? »
« Je suppose qu'on pourrait se revoir. De temps en temps. »
« Demain ? » s'enquit ardemment Sirius.
« Demain ? »
« Oui ! Tu as des projets ? »
« Et bien, non, mais – »
« Merveilleux ! Le café où on a déjeuné. Rendez-vous là-bas. A midi ? »
« Sirius, je ne suis pas sûr – »
« A demain dans ce cas ! » lança Sirius avec enthousiasme. Puis il s'élança dans la rue en direction de la maison de sa famille, laissant seul le châtain, qui le regardait fixement, la main encore partiellement tendue.
– – – – –
« C'est une magnifique journée, » fit remarquer Remus, se détendant contre le dossier du banc du parc.
« Magnifique, » fit Sirius en écho, observant l'autre homme du coin de l'œil. Il avait combattu une attirance grandissante envers son compagnon ces cinq derniers jours, et il n'était pas sûr de savoir combien de temps il pourrait encore tenir.
Remus tourna le regard vers Sirius, étendant son bras le long du dossier du banc alors qu'il changeait de position. « J'ai aimé passé du temps avec toi ces derniers jours, » dit-il, un petit sourire étirant les coins de ses lèvres.
Sirius s'adossa avec désinvolture, sentant un petit picotement courir le long de son échine alors que les doigts de Remus balayaient légèrement sa nuque. « Moi aussi, » répondit-il. « J'ai aimé passé du temps avec toi, je veux dire. »
« J'en suis heureux. »
Les doigts balayèrent encore une fois le cou de Sirius, et il se demanda si cela avait été fait sciemment. Il se secoua mentalement. Arrête de laisser ton imaginationprendre l'avantage sur toi, Sirius, gronda-t-il. Il sourit à son nouvel ami, et sentit une petite bulle de bonheur grandir à l'intérieur de lui quand le sourire lui fut retourné.
Sirius sentit un autre contact sur sa nuque, si léger qu'il pouvait à peine être sûr de ne pas l'avoir imaginé. Il croisa les yeux de Remus, y cherchant une réponse. Les yeux ambrés croisèrent les siens également, une question miroitant juste sous la surface.
Impulsivement, Sirius se pencha et embrassa l'autre homme sur la bouche.
Remus eut un hoquet de surprise.
Sirius recula, comme brûlé. Merde, merde. Putain de bordel. Stupide, Sirius ! Stupide ! Réfléchis avant d'agir ! Pauvre con. Pourquoi tu as fait ça ? Il pouvait sentir son visage s'enflammer d'embarras alors que la panique commençait à s'emparer de lui.
Remus le fixait, une expression étourdie sur le visage.
Sirius ouvrit la bouche pour s'excuser. « Je suis vraiment déso– »
Il ne finit jamais sa phrase.
Remus se pencha, empoignant le col de la chemise de Sirius pour le tirer plus près alors que son autre main s'enroulait dans ses cheveux. Ses lèvres se pressèrent contre celles de Sirius en un baiser féroce. Après ce qui pourrait avoir été des secondes ou des heures, il recula de quelques pouces pour respirer. « Vous avez l'art des baisers, » (5) murmura-t-il quand Sirius ouvrit les yeux. Alors il réduisit la distance entre eux une nouvelle fois.
TBC
(1) "Excusez-moi, monsieur." – "I'm sorry, sir." Originellement en français dans le texte mais pour la cohérence de la fic, j'ai traduit.
(2) "Je ne faisais pas attention." – "I wasn't paying attention."
(3) "Je suis vraiment réellement désolé." – "Truly, I'm very sorry, sir."
(4) "No speak French?" – La tentative ratée de Sirius pour "Je ne parle pas français." Originellement dans le texte "No parle français"
(5) "You kiss by the book." – Une citation de Juliette Capulet à Roméo Montague à leur première rencontre dans "Roméo et Juliette" de William Shakespeare (Acte 1, Scène V).
Le chapitre a été coupé en deux parties car il était trop long. La suite des flashbacks au prochain.
Merci à Tayplayrock et Kuro-hagi pour les corrections et l'aide avec la trad ;)
PS : C'est une question bien inutile mais bon, dans la deuxième partie de ce chap, il y a présence d'un lemon que l'auteur a coupé et posté sur son site personnel. Cependant, elle a posté une version "raccourcie" sur fanfiction. Voulez-vous la version originale ou raccourcie ? XD Nous sommes en démocratie, je demande l'avis de tout le monde, lol
Sorn
