Chapitre 4 :

...

La journée était maussade aujourd'hui. Tant au niveau météorologique qu'aux autres niveaux. Tous niveaux confondus, si vous préférez.

Phil ne se sentait pas bien, aujourd'hui. Il avait la tête qui allait exploser. Ce n'était pas juste du à la fatigue. Il y avait aussi des soucis. Des tracas qu'il pouvait facilement balayer mais qui aimaient s'installer là pour bien faire chier leur monde.

« Ca a pas l'air d'aller, » nota Darcy en montant dans le taxi.

Le chauffeur se contenta de hausser les épaules. Il n'était pas sur de vouloir en parler. Certain de pas vouloir en parler, même. Parce que, eh bien oui, le problème majeur c'était bien elle : Darcy. Il n'arrivait pas à avoir des pensées cohérentes lorsqu'elle était avec lui. Et pourtant.

Et pourtant, bordel, il pouvait être son père.

Darcy faisait la conversation, assise sur le siège passager. Mais elle voyait bien que quelque chose n'allait pas.

« Arrête toi ! » ordonna t-elle.

Phil fronça les sourcils.

« Quoi ? Mais je ne peux- »

« Arrête toi bon sang ! » s'exclama t-elle, en désignant une place qui venait de se libérer.

Phil s'y gara précautionneusement et se mit à fixer son volant. Non, il ne voulait pas la regarder. S'il le faisait il se noierait. Et peut être qu'il ferait une grosse connerie. Une immense même, de type monumentale. Franchement. Risquer un mariage et une routine parfaite pour...

Elle.

« Qu'est-ce qu'il se passe, Phil ? » demanda Darcy.

Sa voix semblait légèrement brisée. Elle devait lutter pour retenir des larmes paumées derrière ses cils fins.

Phil resta muet comme une tombe, optant pour le silence plutôt que pour la vérité. Le silence pouvait-il également porter la vérité au grand jour ?

« C'est moi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Dis moi, c'est insupportable. »

C'était comme le cauchemar d'après rêve. On lui offrait un super taf avec une nouvelle vie à la clé. Elle avait même eu l'occasion de revoir sa meilleure amie, puis...Voilà. Un problème. Foutue vie qui vous arrache les trucs extra juste parce que c'est comme ça.

Mais putain, qui a dit ça ? Qui a inventé cette merde de ''parce que c'est comme ça''.

« Oui, » finit par dire Phil.

Et cette fois ci, c'est elle qui resta silencieuse.

« Je. Comment dire. J'ai, mince. Écoute, ce n'est pas contre toi. Crois moi. Au contraire. »

« Alors c'est quoi ? »

Phil soupira.

« Je suis amoureux de toi. Mais j'aime ma femme, par dessus tout. Tout comme j'aime ma vie. Tu es une très belle personne, et je regrette de ne pas t'avoir connu avant mais...je ne peux pas. »

Elle sourit tristement.

« Je vois. Je pense la même chose. Je veux dire, j'aime ta vie aussi et tu es une personne géniale. La meilleure personne que je connaisse, pour avouer. Je t'aime beaucoup, aussi. Mais je comprends. Et je suis d'accord. »

Avant que Phil n'ait pu dire quelque chose, elle ouvrit la portière et sortit pour se retrouver debout sur le trottoir.

« Darcy ! Attends, qu'est-ce que tu fais ? »

Il la rejoignit sur le trottoir, le vent et la pluie envoyant valser leurs mèches et leurs larmes au passage. Phil la retint par le bras et l'amena contre lui. Puis, sans trop réfléchir, il l'embrassa fougueusement bien que rapidement.

Et elle disparut sous la pluie, son sac d'affaire sous le bras. Phil remarqua à cet instant que c'était une de ses habitudes. Elle ne partait jamais quelque part sans son sac d'affaires. Habitude de sans abri, sans doute.

Mais elle avait maintenant l'envie et l'argent pour continuer.

Et malgré tout cela : Phil était debout sur ce trottoir, en train de pleurer.

Parce que c'est comme ça.

Aucun client aujourd'hui.

En fait, il n'avait toujours pas bougé depuis tout à l'heure. Ah si. Il était remonté dans son taxi jaune. Vieux et trempé par la pluie, mais la peinture brillait de plus belle ainsi.

Sa tête était posée sur le volant. Mouillé lui aussi. A cause des gouttes qui coulaient de son visage et de ses cheveux. Mais aussi à cause des larmes. Celles ci venaient juste de cesser de tomber (en cascade).

Phil se sentait pas bien et voulait pas travailler aujourd'hui.

Peu importe. Même si c'est comme ça.

« Tiens, salut. On se dépêche aujourd'hui et on cause pas trop, j'ai une réunion. » ordonna Tony Stark, en montant à l'arrière du taxi.

Son costume Armani gris perle trempé tout comme ses cheveux.

Voyant le manque de réaction de la part de Phil, il soupira.

« Hé. Oh. Je. T'ai. Parlé. » fit-il.

Tony serra les dents lorsque Phil ne bougea toujours pas.

« Ok. C'est à cause de la dernière fois. Je sais, j'ai fait le con. Mais c'est bon ok ? J'étais énervé. Puis Loki t'aime bien. Mais genre pas comme il m'aime moi, d'accord ? Hé. Réponds moi. »

Tony fronça les sourcils lorsqu'il vit les épaules de Phil tressauter légèrement.

« Hé, ca va ? » s'écria Tony, en venant le rejoindre à l'avant.

Phil sentit une main qui se voulait rassurante sur ses épaules.

Il hocha négativement la tête pour signaler qu'il n'était pas bon pour une quelconque course, aujourd'hui.

Mais aussi pour montrer qu'il n'était pas bon du tout pour rien du tout.

« Bien. Écoute, voici mon numéro, » dit Tony en déposant une petite carte dans la main de Phil. « Appelle moi si jamais tu as besoin. Et puis tu peux venir boire un verre quand tu veux. Loki trouverait ça bien, j pense. Et puis...prends soin de toi. Rentre chez toi, je pense que c'est mieux que de rester là comme ça. »

Phil secoua la tête.

« Merci. Mais ca va aller. »

Et les voilà partis pour la Tour Stark.

Phil tournait dans New York sans s'arrêter pour les clients. Aujourd'hui il n'avait envie de rien. Il n'avait même pas répondu aux appels de Maria. Elle devait s'inquiéter.

Mais il tournait. Tournait encore. Tournait toujours.

Tournait pour la retrouver.

Pourquoi ?

Parce que ce n'était pas juste ! A cause de putain de sentiments, il l'avait laissée. Il n'arrivait pas à croire qu'il avait laissé faire ça.

« Bordel ! » jura t-il en tapant violemment sur le volant.

Et, parce que c'est comme ça, il dû appuyer de tout son poids sur la pédale de frein pour ne pas l'écraser.

Elle le regardait et il faisait de même. Ils bloquaient la circulation mais s'en battaient tellement.

Je ne dois pas faire ça. Je ne peux pas.

Et pourtant. Phil sortit de son taxi et alla la retrouver. Il prit son visage en coupe par automatisme et l'embrassa amoureusement.

C'est comme dans les films.

Darcy rigola. Mince, Phil avait pensé à voix haute.

« Sauf qu'on est pas dans un film. » souffla t-elle sur ses lèvres.

Et puis il fallait bien revenir à la réalité au bout d'un moment.

Darcy était remontée dans le taxi. Pour le moment, elle ne savait pas ce qu'elle faisait. Il fallait juste laisser couler un moment, puis agir.

Phil roulait, roulait, roulait. Il ne savait pas où.

Puis il s'arrêta en voyant Loki traverser au bras de Tony. Clint et Natasha aussi. Ainsi que Jane et Thor.

Pourquoi ces petits couples lui donnaient-ils l'envie de tout arrêter pour tout recommencer ?

Peut être que Darcy y songeait aussi...Parce qu'elle souriait en les voyant passer. Pas forcément eux, mais les autres. Tout le monde, en fait.

Et c'était ça, que Phil aimait aussi chez elle. Elle prenait tout comme ça. Elle surprenait le monde et le monde la surprenait.

Bizarrement, le soleil repointa le bout de son nez au même moment.

Ce soir là, en rentrant chez lui, Phil se sentait un peu mieux.

Darcy lui avait demandé ce qu'il voulait faire. Tout ce qu'il avait répondu c'était qu'il verrait ce que le monde lui apporterait.

Parce que c'est comme ça, avait-il ensuite pensé.

Puis vint le moment où il se retrouva face à Maria. Dans sa cuisine et inquiète.

« Phil. Bon sang. Je me suis inquiétée. Je me suis dit que ton taxi avait dû avoir un problème. Pfiou, je suis soulagée. »

Elle sourit et l'enlaça.

Mais elle n'eut aucun retour.

Elle se recula et se mit à sa hauteur. « Ca va ? »

Phil prit une profonde inspiration.

« Assieds toi. »

Fury se gara près de deux personnes qui lui faisaient signe. Avec l'obscurité de cette journée particulièrement capricieuse et maussade, il lui était difficile de distinguer leurs traits.

Mais lorsque les deux hommes s'installèrent à l'arrière, Fury sourit.

« J'ai quelque chose qui vous appartient, » dit-il à Loki.

Loki haussa un sourcil et Tony fronça les siens, comme sur la défensive.

Fury s'esclaffa.

« Pas de panique. Vous avez sûrement déjà emprunté ce taxi avec mon collègue, Phil. Vous avez oublié ceci. »

Il lui tendit le pendentif cœur avec leur photos à l'intérieur.

Loki sourit.

« Je l'ai cherché partout pendant des jours. Merci beaucoup ! Vous passerez le bonjour à Phil, je ne l'ai pas vu depuis un moment. »

Fury sourit encore.

« Mais lui a dû vous voir, ne vous en faites pas. »

Tony consulta son portable au même moment, espérant que Phil aillait mieux.

« Je vois. » dit silencieusement Maria.

Phil la regardait du coin de l'œil. Il n'était pas fier de lui, mais n'avait pas non plus honte.

« Et...donc ? »

Maria croisa les bras sur sa poitrine. Elle était une femme forte. Phil l'avait rarement vu pleurer.

« Maria je t'aime, tu sais. Je crois juste que je...suis fatigué. »

« Il faut qu'elle s'en aille de notre vie, Phil. »

Elle avait dit cela d'un ton sévère. Mais elle n'avait pas tort, en fait.

« Elle ne peut pas retourner dans la rue. Sa place n'est pas parmi les sans abris. »

« Ah bon ? Alors où est-elle, sa place ? Dans tes bras ? Dans ton lit ? Dans ma cuisine, Phil ? Dis le moi franchement. »

Phil soupira.

« Je l'aime. »

Maria se mordit la lèvre et explosa de rire.

« Pitié. Ce n'est qu'une amourette. Tu devrais aller te coucher. Tu es vraiment fatigué. »

Mais Phil refusa catégoriquement. Il tapa du poing sur la table.

« Ne parle pas d'elle comme ça. Darcy mérite mieux que cela. Elle n'a rien fait, c'est à moi qu'il faut s'en prendre. Ne la fais pas retourner dans la rue. »

« Alors renvoie là. Fait ce qu'il faut, mais je ne veux plus la voir. »

Phil la toisa. Maria ne pleurait jamais. Mais Maria n'était pas non plus comme ça. Il n'aimait pas cette Maria là.

« Dans ce cas tu ne veux plus me voir non plus, parce que je refuse de faire ça. »

Phil claqua la porte d'entrée après avoir attrapé ses clés de voiture.

A suivre.