Merci à Guest, Nathea, Snapinou, blupou et Laurine21 pour vos reviews ! :) Chacune d'entre elles fait ressortir mon côté poufsoufflien !
Guest : C'est toi, MastaSheep ? Dans tous les cas, merci pour ta review ! Et je confirme : FFnet est SOURNOIS. J'étais agréablement surprise qu'il conserve les italiques, et il en a profité pour endormir ma vigilance ; j'ai donc essayé de le fixer avec un regard glaçant à la Severus pour me venger, mais je crois qu'il est resté de marbre.
Tres
Le passé est un prologue.
– William Shakespeare (La Tempête)
Pendant un moment suspendu, il regarda autour de lui comme s'il s'attendait à voir le monde changé autour de lui. Personne n'avait changé. Tout était à sa place. En lui-même non plus, il n'y avait pas de résolution, pas de révélation.
Non – changer de… de parallèle, c'était s'avancer un peu plus avant sur le chemin de sa destinée. Ce n'était pas vraiment une victoire ; si c'en était une, elle laissait à l'âme un goût amer, celui du renoncement.
Franchir un parallèle, c'était avancer un peu plus dans un entonnoir de plus en plus étroit, et sentir dans son dos une porte fermée qui ne pouvait plus s'ouvrir.
Il sentait instinctivement qu'il venait de se priver de tous les autres choix : s'il revivait ce moment, il ne pourrait pas changer son dénouement.
Il n'était pas libre.
Il ne choisissait pas le chemin sur lequel il marchait.
Il était, il le sentait, manipulé. Quelqu'un avait choisi les souvenirs qui lui restaient, quelqu'un les avait sélectionnés pour qu'il se sente obligé d'honorer une mission, une mission dont il ne savait rien encore, mais dont il pensait qu'elle lui prendrait tout.
Il vit Lily voler vers la table des Gryffondors, joyeuse, heureuse d'être avec eux. L'espoir d'une nouvelle vie à Poudlard diminuait à chaque seconde. Combien il avait rêvé de cette grande salle, et des bougies, et du ciel étoilé ; et peut-être, d'autres amis. Il voyait, du coin de l'œil, Lily rire, et son rire se déversait comme du sable sur leurs souvenirs. Combien de temps allaient-ils rester amis, à Poudlard ?
— Snape, Severus !, appela le professeur.
Très peu de temps, sans doute.
Il regarda le Choixpeau avec un peu d'appréhension. Il n'aimait pas l'idée que quelque chose, que les esprits des quatre fondateurs de Poudlard, sondent son esprit. Qu'allaient-ils voir ? Et s'ils voyaient la porte ? Et s'ils voyaient quelque chose d'anormal ? S'il devait quitter Poudlard ?
— Ah, murmura le Choixpeau à son oreille.
Il avait une voix envoûtante, basse, qui cherchait à extorquer des secrets.
— Severus Snape. Nous nous sommes déjà croisés.
— Vous vous en souvenez ?, pensa Severus.
— Tu t'en souviens, répondit le Choixpeau. Je sens ma présence dans ton esprit.
Il sentit le chapeau sourire.
— Est-ce que tu veux changer cette fois-ci ?
— Ne vous moquez pas de moi, pensa rageusement Severus, en fermant son esprit.
Il sentit la surprise du Choixpeau lorsqu'il fut arraché à ses pensées, entendit le « Serpentard ! » comme un écho lointain, et se dirigea vers la table qui allait être la sienne pour les sept prochaines années.
Loin de Lily.
Dans les griffes de – quelque chose.
C'est en marche, pensa-t-il. Le plan est en place.
Mais quel plan, et le plan de qui, il n'aurait su le dire.
La bibliothèque de Poudlard était tout ce qu'il avait espéré et davantage. Bien sûr, les quelques livres sur la magie noire n'étaient pas légion, mais ils avaient l'avantage de donner des pistes d'autres livres à lire.
Quand madame Pince était occupée – ou que la bibliothèque était déserte parce qu'il faisait nuit –, il était assez facile de s'introduire dans la réserve, d'en faire le tour, d'ouvrir les livres qui ne semblaient pas protégés.
Il tomba par hasard sur le terme « occlumancie » et remua la bibliothèque pour s'en procurer un manuel. Mais les ressources de Poudlard en la matière étaient limitées – et c'est comme cela que Severus alla trouver Lucius Malefoy.
Le livre citait le terme dans une note de bas de page. « L'on mettra de côté dans cet ouvrage les protections magiques contre les intrusions dans l'esprit humain telles que l'occlumancie. »
Approcher Lucius Malefoy n'était pas évident. C'était un grand dandy de septième année, un peu précieux, trop blond et lisse pour ne pas sembler le contraire de Severus, jeune adolescent renfermé et taciturne, traînant encore l'aspect de la pauvreté dans son uniforme conforme. Il n'avait pas les manières raffinées des sangs-purs qui semblaient avoir reçu des cours de savoir-vivre pour compenser ce qui leur manquait de finesse. Et Severus parlait encore avec cette pointe d'accent du nord de l'Angleterre qu'il souhaitait faire disparaître lorsqu'il entendait la voix savamment aristocratique des sangs-purs de Serpentard.
Ce fut donc avec une intimidation agacée, parce qu'il considérait malgré tout qu'il y avait plus de façade que de substance en Lucius Malefoy et qu'il n'aurait pas dû être impressionné, qu'il prit son courage à deux mains pour aller le trouver, pendant qu'il faisait ses rondes de préfet – seul – pour lui demander s'il pourrait se procurer pour lui un livre détaillant la pratique de l'occlumancie.
Les yeux gris de Lucius avaient pris une teinte plus intéressée. Il s'arrêta.
— Tu es Severus, c'est ça ? C'est toi qui lis beaucoup de livres sur la magie noire.
Severus haussa une épaule.
— Je lis ceux que je trouve dans la bibliothèque.
— Et tu es fort en potions, non ?
Severus haussa de nouveau vaguement une épaule.
— Le vieux Slughorn m'a dit un jour que des premières années faisaient mieux que moi, et je pense qu'il parlait de toi, ajouta Lucius.
Cela ne semblait pas dérider davantage Severus, qui continuait de le fixer avec des yeux très sombres, qui paraissaient étrangement grands. Il se tordait le cou pour le regarder, mais Lucius avait la désagréable impression d'être jugé, et il lui semblait que sous peu, beaucoup éviteraient de se faire un ennemi de ce petit personnage bizarre.
Et il était attiré par la magie noire… C'était un sang-mêlé, malheureusement, mais un Serpentard doté de toutes les qualités sinon.
Son plus gros défaut était de passer autant de temps avec une sang-de-bourbe, mais il fallait lui reconnaître qu'elle était jolie. Et puis, ça lui passerait sûrement.
En attendant, le désagrément était minime. Et cela ne pourrait pas nuire d'avoir la reconnaissance de Snape.
— Je peux te commander des livres sans problème. Dis-moi juste ceux que tu veux.
Quelques jours plus tard, Lucius lui remettait un paquet avec tous les livres, au vu et au su de toute leur maison.
Dans le sourire éclatant de Lucius, il y avait le rictus triomphant du Serpentard sachant qu'il fait une faveur, et que l'autre lui est par conséquent redevable.
En refermant les mains sur les couvertures, Severus savait que cette dette valait son prix – le prix de toutes ses économies et celui de sa fierté – parce qu'il savait que l'occlumancie serait sa plus grande alliée dans sa mission.
Quand il inclina la tête pour remercier Lucius, il n'eut pas de peine à redresser ses lèvres gracieusement, parce qu'il avait le souvenir intuitif que leurs rôles seraient un jour inversés, et que c'est lui que Lucius viendrait supplier.
Son sourire se fit plus froid, plus satisfait, plus carnassier, au point que Lucius se recula légèrement, se rassit un peu indécis sur le banc.
Severus, lui, venait de connaître sa première expérience de ce que serait pour lui la magie noire : une sensation de puissance sans limite, et la satisfaction enivrante que quelqu'un venait d'y être soumis.
Découvrir l'occlumancie, c'était apprendre qu'il y avait des codes existants pour interpréter des signes. C'était comme s'il apprenait la grammaire et le vocabulaire d'une langue qu'il avait entendue toute sa vie mais n'avait jamais été en mesure de comprendre.
Tout à coup, il était capable de décoder.
L'occlumancie n'avait pas l'air d'être traditionnellement utilisée pour retrouver des souvenirs perdus, mais les mécanismes de base lui étaient si familiers qu'il pouvait se permettre d'utiliser les méthodes à sa façon.
Comme il l'avait toujours fait, il s'asseyait et fixait un point devant lui sans le voir. S'il ressentait le besoin de ciller, c'était qu'il n'était pas suffisamment dans son esprit, qu'il mettait trop de regard dans ses yeux. Il venait toujours un moment dans lequel ses yeux continuaient de regarder devant lui, un peu vers le bas, et où il ne voyait que son esprit. Ce n'était pas qu'il ne voyait plus son lit à baldaquins ; il devenait un peu flou bien sûr, mais il voyait toujours son image. Elle cessait simplement d'avoir de l'importance.
Quand il était plus jeune, il s'était arrêté là. Il cherchait, bien sûr, mais faire sens des signaux de l'esprit humain, ça ne peut arriver que par hasard ou expertise.
Il retrouvait des bribes de souvenirs, sans importance pour la plupart. Il confirmait des intuitions. Mais de tout ce qui allait se passer, il n'arrivait pas à en tirer le moindre le fil, parce que tous ses souvenirs étaient effectivement verrouillés dans une brume noire à l'arrière de sa tête.
Il sentait que s'il essayait d'en forcer maintenant l'entrée, il deviendrait fou.
En attendant d'avoir le niveau d'occlumancie suffisant pour affronter ses propres souvenirs, Severus élabora des théories.
Une théorie, c'était quelque chose de profondément vital pour Severus. Dans un monde qui ne le comprenait pas, dans lequel il n'était à l'évidence pas la norme, il établissait des théories, les testait, les éprouvait, puis une fois qu'elles étaient vérifiées dans la mesure de ses capacités, il les érigeait en principe et ne revenait plus dessus que pour bâtir par-dessus des théories nouvelles.
Cette première année donc, en faisant parfois appel à la bibliothèque de Poudlard, parfois aux livres des Serpentards les plus âgés, il établit des théories. La première, c'était qu'il avait vécu plusieurs fois la même chose. Il en était certain car il avait retrouvé, grâce à ses débuts dans l'occlumancie, deux souvenirs différents d'une même scène.
En cherchant ensuite particulièrement ce type de souvenir, il avait pu se rendre compte qu'il avait à l'évidence vécu en double un certain nombre d'années de son enfance, jusqu'au jour où il avait reçu la lettre et où ses intuitions jusque-là si précises étaient devenues des impressions plus équivoques.
Pendant des semaines, chaque jour, il avait cherché, et il avait fini par se rappeler d'une autre version de ce même jour, dans laquelle il s'était précipité dans la rivière, et s'était réveillé sur le quai d'une gare.
À l'évidence, il y avait donc des chapitres, dont on pouvait changer l'issue, mais pas ce qui précédait : avant ce jour-là, il n'avait rien changé fondamentalement dans sa vie.
Mais il se rappelait aussi, dans cette nébuleuse trop dangereuse pour son âme, de ce qui restait encore à venir pour son lui d'aujourd'hui ; c'était donc bien que tout cela s'était déjà produit au moins une fois auparavant, et était en train de recommencer. Et si cela avait recommencé au moins une fois, il était probable que cela se reproduisait à l'infini, comme tout ce qui se passait toujours sur Terre.
Il noircit des dizaines de pages, conçut des schémas sur des bouts de parchemins découpés puis assemblés, débattit avec lui-même, et puis, un jour, quand son cerveau arrêta de bouillonner jour et nuit sur sa recherche, quand de nouvelles réponses, de nouvelles possibilités, n'entravèrent plus son sommeil, ne frappèrent plus où qu'il soit, quand l'envie débordante d'exposer ses avancées à Lily pour savoir si elles étaient cohérentes s'estompa, il arrêta de chercher. Sa théorie était au point. Il ne lui restait plus qu'à vivre pour savoir s'il avait raison.
Elle était finalement simple, cette théorie, une fois réduite à l'essentiel.
Il vivait, comme tout le monde, un cycle qui se répétait à l'infini. Chacun de ces cycles était composé de plusieurs parallèles. Si on mourait avant la fin du cycle, on renaissait dans un nouveau parallèle dans lequel tous les parallèles, condensés en un seul, étaient vécus de nouveau à l'identique – sans qu'on puisse rien changer d'autre que son dénouement. Sinon, les changements de parallèle s'effectuaient naturellement – c'est-à-dire, sans volonté du sujet propre – lorsqu'une décision particulièrement déterminante était prise consciemment ou inconsciemment.
Et lui, lui se rappelait de ces parallèles.
Était-ce à cause de l'occlumancie ? Dans ce cas, il devait y avoir d'autres personnes capables de se rappeler. Où étaient-elles ? Qui étaient-elles ? Est-ce qu'il pourrait un jour les trouver ?
Pourquoi n'écrivaient-elles pas de livres, ces personnes inconnues qui auraient pu parler de lui ? Tant de personnes, peut-être, qui ne parlaient pas parce qu'elles se croyaient seules, et qui en condamnaient d'autres à se croire seules aussi.
L'idée qu'il y ait des cycles ne pouvait signifier qu'une chose : il y avait quelque chose, une action particulière à accomplir qui permettait de remplir l'objet même du cycle avant de tout recommencer à nouveau.
Cela voulait bien dire qu'il avait une mission à accomplir, qui validerait son cycle. Mais laquelle ? En quoi consistait-elle ?
Ses intuitions étaient confuses, et de plus en plus contradictoires au fil des mois, puis des années.
Il sentait à la fois un mépris sans fin et une admiration sans bornes pour les élèves plus âgés qui maîtrisaient la magie noire.
La magie noire elle-même le fascinait et lui faisait peur. Tout était affaire de contrôle dans la magie noire : contrôler les autres, mais surtout, contrôler la magie pour qu'elle ne vous contrôle pas.
Le pouvoir sur les autres, le pouvoir de leur faire peur, le pouvoir de se venger, il le voulait éperdument. Il revenait toujours à ces sorts qui procurent du pouvoir, qu'il les inventât ou non.
Il y revenait toujours et s'en éloignait toujours parce que c'était en son pouvoir, de pouvoir s'en détourner. Mais pour combien de temps encore ?
Viendrait-il un jour où la magie aurait plus de pouvoir sur lui que l'inverse ? Il voyait que Lily réprouvait absolument tout ce qui avait trait à cette branche de la magie : loin de l'impressionner, elle n'aimait pas le concept, elle n'aimait pas les Serpentards avec qui il pouvait en parler.
Et pourtant il sentait confusément, intuitivement, qu'il devait maîtriser cette magie, qu'il devait en parler avec les Serpentards.
Entre ces deux loyautés il se ballottait sans en choisir aucune, et en cela, il le savait, il privilégiait les sortilèges, les ruses et les potions de la magie noire.
Pour un après-midi de relâche à parler d'autre chose avec Lily, la magie noire perdait un peu de son attrait. Et très vite, il revenait à sa réalité, il retrouvait en face de lui dans un couloir les Maraudeurs et leur air supérieurement moqueur, et il voulait les écraser, les écarter, les empêcher à tout jamais de se moquer de lui.
Le favoritisme latent de tous les professeurs – même de ce bouffon de Slughorn, qui avait tout de l'opportunisme Serpentard mais rien de son communautarisme et de sa solidarité – envers les Gryffondors renforçait ce sentiment d'injustice.
Personne n'avait rien voulu lui donner, mais leur respect, il leur arracherait d'une façon ou d'une autre. Il avait le pouvoir de les soumettre s'ils le défiaient, il avait celui de les dissuader de le faire. Il leur arracherait leur admiration, lui, le Prince de Sang-Mêlé. Il était assez puissant même pour se servir de la magie noire sans s'y perdre irrémédiablement. Il reviendrait toujours.
« Je t'aime d'amour », disait une quatrième année en caressant les cheveux de son petit ami. Severus leur jeta un regard de côté : quand est-ce que les Gryffondors apprendraient à être discrets ? Pourquoi n'avaient-ils pas honte d'être aussi ridicules, dans un lieu public, là où n'importe qui pouvait les entendre ? N'importe qui pouvait prendre cette phrase, ces gloussements ridicules, et tordre le sourire hors de leurs lèvres.
Étaler sa joie ainsi, c'était donner des armes à des adversaires.
Pourquoi ne s'inquiétaient-ils pas ?
Un sourire amer tordit ses propres lèvres. Sans doute n'en avaient-ils pas besoin. Qui s'attaquait à des Gryffondors ?
Il se retira dans son esprit, les yeux dans le vague.
Je t'aime d'amour. Qu'est-ce que cela voulait dire ? L'amour ne naissait pas de l'amour. L'amour naissait de l'envie. De l'envie de posséder et de garder pour toujours.
Non, pensa-t-il, l'amour naissait d'un manque et c'était du manque que naissait l'envie. C'était une émotion réflexe, l'instinct de survie d'un être humain qui voulait combler un vide immense, celui de l'absence. D'une place laissée vide. C'était une diversion.
Quand il ne pensait pas à Lily, le gouffre en lui le suffoquait. Son propre manque lui donnait le vertige. Mais sa diversion, il le sentait, s'éloignait de lui. Il ne resterait bientôt plus que lui, seul avec lui-même.
C'était le dernier jour des BUSE et Severus avait mal dormi. Pas dormi. Il se sentait anxieux. Cela n'avait rien à voir avec l'examen d'histoire de la magie, et cela le rendait d'autant plus nerveux.
Il avait un mauvais pressentiment.
Il inspecta son esprit avec prudence, mais il n'arriva pas à interpréter ce qu'il voyait. Il ne pouvait voir aucune image claire. Les émotions qu'il ressentait, par contre, n'arrangèrent pas son stress. Il ne put rien avaler au petit-déjeuner.
L'examen lui permit de se concentrer sur autre chose. Le sujet était facile pour quiconque ne s'était pas contenté de rêvasser pendant les cours de Binns, et avait effectivement lu les livres recommandés pour le cours. Les mots coulaient naturellement ; il voyait le plan clairement dans sa tête ; les parties s'enchaînaient bien. Il lui resta juste assez de temps pour se relire.
Il se sentait mieux qu'au réveil en allant vers le parc.
Et puis – était-ce parce qu'il n'avait pas dormi ? – il se laissa surprendre.
C'était déjà suffisamment humiliant, mais par un de ses propres sort !
Pendu par la cheville la tête en bas, le caleçon à l'air, rouge de honte devant les autres étudiants hilares, il n'arrivait pas à se concentrer suffisamment pour se libérer.
Et tout devint pire. Lily arriva, le défendit – et une fois à terre, humilié, le sang quittant peu à peu son visage, il sentit avec horreur une colère noire prendre emprise sur lui et l'envahir entièrement. Il entendit le mot qui sortait de sa bouche et cela l'enragea davantage, et il ne sut plus ce qu'il disait.
— Qu'est-ce que tu regrettes exactement, Severus ? M'avoir traitée de sang-de-bourbe ou avoir perdu le calme auquel tu tiens tant ?
— Lily, je…
— Laisse tomber, Severus.
Elle s'éloigna, le menton en l'air, et l'une de ses amies le toisa avec mépris.
— Lâche l'affaire, Snivellus. Tu ne peux pas aller rôder ailleurs ?
— Laisse-moi tranquille.
— Si vous étiez amis et qu'elle ne te pardonne pas alors que ça fait une semaine que tu te traînes à ses pieds, c'est que ton insulte n'était pas le problème.
Il daigna la regarder.
— Pas le problème ?
— Elle en avait assez de te voir patauger dans la magie noire et quand elle a vu que tu ne changerais jamais et que tu étais vraiment le type flippant qu'on lui avait dit, elle a cherché un prétexte, et tu lui en as fourni un sur un plateau, c'est tout.
Il la fixa, pétrifié.
— Elle te l'a dit ?
— C'est évident. Tu as juste accéléré sa décision en l'insultant alors qu'elle essayait encore une fois de te défendre. Et en montrant au passage que tu avais bien retenu les leçons de tes nouveaux amis.
— Mais, je…
— Il faut te le dire comment ? Tu lui fais peur. Elle ne te reparlera jamais. Allez, à plus.
Elle murmura le mot de passe à la Grosse Dame et disparut par le trou derrière le portrait avant qu'il puisse cligner des yeux.
C'était une explication trop logique pour ne pas être vraie. Alors il rebroussa chemin, vers le dortoir des Serpentards. Il laissa derrière lui son dernier espoir de se réconcilier un jour avec Lily. Et avec cet espoir, le parallèle de ce qui resterait certainement son pire souvenir.
