a/n: Je suis absolument désolée pour l'instant mode qui apparaît dans ce chapitre... Toutes ces marques... En fait il s'agit des vêtements/accessoires/must-have qui me font saliver d'envie; bien évidemment, ça coûte un mois de loyer /soupir. Dernièrement, le lycée m'a mis des bâtons dans les roues (à commencer par envoyer sournoisement mon bulletin scolaire du premier trimestre et le récapitulatif des absences/retards/exclusions de cours [nombreuses] par La Poste, et du coup, ce sont mes parents qui l'ont reçu en main propre sans que je ne puisse l'intercepter. Ca ne voulait pas dire punitions, mais révisions... Snif.

Note : Emo!Rin/Gakupo non réciproque... pas tapez... Gne l'aime ce couple .w.

Note 2 : Comme toujours, prévenez-moi si le site fait des coquilles ou si moi je fais de fautes. Please. Et un commentaire, aussi ? ;)

*Paru Café


Raiponce aux commentaires !

Vanille Cup : asdjshfdj je suis cruelle, hein ? Lis la fin et imagine ce qui peut se passer. Moi je me suis amusée mouhahaha. De rien, de rien. J'aime bien ce couple aussi. Il est mignon. Une Luka tsun-tsun c'est trop chou, avec un Gack tout mielleux caraméleux... Bon. Je sais, les couacs, ça me reste en travers de la gorge. J'y fais tellement pas attention... /pleure

Sarabeka : Tiens, toi et Vanille avez toutes deux dit "pas de quoi en fouetter un chat"... c'est que les chats vous sont montés à la tête ou quoi ? Et puis tiens, j'y pensais. Si toi tu es un lynx, moi je suis une giraféléphant. Parce que c'est beau à dessiner, ces animaux là. Je ferai plus gaffe désormais. Ca m'énerve...! (et j'ai fait du plus vite que j'ai pu, d'accord... me tape pas... ;_;)


La Petite Danseuse de Tulle

Acte quatre


Rin était allongée sur son lit, le poignet au-dessus de ses yeux.

La lumière au plafond était insupportable.

Dents serrées, elle songeait à se lever pour éteindre l'ampoule, quand, timidement, quelqu'un ouvrit la porte de leur chambre, à elle et à son frère.

- Rin ?

Len.

- Rin, tu dors ? s'enquit le jeune homme, doucement.

- Je suis fatiguée, expliqua la blondinette d'une voix égale. Dînez sans moi.

- … Tu es sûre ?

Elle résista à l'envie de lever les yeux au ciel, exaspérée, et se contenta de rester silencieuse. Len haussa les épaules à contrecoeur et referma la porte aussi doucement qu'il l'avait ouverte.

Hah. C'était bien lui, ça. D'être aussi doux.

Doux…

Gakupo aussi est doux. Il avait d'énormes mains, calleuses et sèches et qui frottaient fort, mais même avec ça, ses gestes étaient calmes. Tout comme son caractère, qui contrastait avec sa taille de géant.

Pendant des mois voire des années, Rin avait fait n'importe quoi pour que Gakupo la remarque. Rien qu'un peu.

Elle avait travaillé d'arrache-pied pour être la voix la plus remarquable de la MJC. Elle avait fait de son mieux pour grandir. En taille, Len et elle avaient poussé d'un coup : son frère l'avait même battue de quelques centimètres. Ses hanches et sa poitrine étaient encore sous-développées, mais elle s'était armée d'autres atouts, tels que son visage angélique, encadré par des boucles blondes, ses yeux verts qu'elle mettait en valeur avec de savantes touches de maquillage, et des habits qui, sans totalement prendre l'œil, sortaient de l'ordinaire en lui rendant un style bien à elle.

Tous ces sacrifices.

Pour rien.

Elle sentit monter un sanglot dans sa gorge qu'elle réprima aussitôt – plutôt mourir que de tomber sur Len en train de la voir pleurer – et se mordit les lèvres.

Rin se rendit compte que, tout entourée par les ténèbres autour d'elle, la lumière ne l'affectait plus.


.

Miku pianotait sur son téléphone.

Complètement hystérique, elle tapait des caractères à une vitesse folle, décrivant de long en large et en travers la soirée à la MJC qui s'était déroulée plus tôt à son amie Meiko. Plus elle écrivait, et plus un rougissement s'étalait sur son visage. Elle hésita quelques instants à donner certains détails quand elle se ravisa et écrivit tout, absolument tout.

BIP ! BIP –


De : NegiPowaa
A :
MadamRed
Pièce jointe :

Télécharger la pièce jointe ?
Oui / Non
23:56

MEIKOOOOO !

Tu ne devineras jamais !

Si ! Si ! J'étais bien à la soirée de la MJC et han mon dieu, Len était juste… Tellement… Tellement… ! HNNNNGGG ! Le garçon le plus adorable du monde ! Je n'en peux plus, je dois te le présenter ! *w*

D'abord, c'est Luka qui m'a emmenée (et j'ai un truc EXTREMEMENT INTERESSANT à te raconter sur elle, tu ne le regretteras pas !) et nous sommes arrivées un peu en retard. Mais c'était pas grave, parce que j'étais là juste à temps pour son solo, et c'était juste trop beau ! Magnifique ! Il a une telle expression de sérénité quand il joue ! Et quand il chante, c'est… Tout mon corps est parcouru de frissons ! Rin ne peut même pas l'égaler ! Il est… Parfait ! Il devrait entrer au Conservatoire tant il est bon ! Et tu me connais, j'ai l'oreille ! :O

Quand il a fini, tout le monde était debout pour l'acclamer, moi la première bien sûr ! Il était ému. C'était si mignon. Il avait les joues rouges et les yeux embués, si tu avais vu… Kyaaa !

Après le concert, nous sommes partis en coulisses avec la famille de Len – Rin, sa sœur aînée et leur père – pour les rencontrer. Ce sont vraiment des personnages hauts en couleur :) J'aimerais bien que tu les rencontres – surtout Gumi. C'est… Ce serait très difficile de la décrire, mais elle est exubérante de joie de vivre et t'apporte une fraîcheur amusante dans chacun de ses mots, même si je trouve qu'elle en fait parfois un peu trop.

Quoi qu'il en soit, Len et moi nous sommes éclipsés derrière la salle, et… Et nous avons rattrapé le temps perdu. Ne me demande pas le reste ! C'est privé ! .w.

Il m'a invitée ! Au parc d'attractions ! Pour samedi prochain ! Mon dieu, Meiko, je ne sais pas quoi faire ! J'ai dit oui, bien sûr, mais c'est la première fois que je vais à un… à un rendez-vous avec un garçon ! Avec mon petit ami, en fait ! *rougit*

Quand nous sommes revenus, devine quoi, devine quoi : l'assistant de Gumi, Gakupo, est un très bel homme, un peu trop grand, mais juste assez pour dominer Luka d'une tête. Devine ce qui s'est passé entre lui et Luka ?!

Il lui a dit, d'une voix enrouée par l'émotion : « Dites, vous croyez au coup de foudre ? »

C'était trop mignon ! Il était tout rouge, en plus !

Luka est vraiment stupide ! Gakupo, je te l'ai dit plus tôt, est vraiment très, très beau ! (pas autant que Len, mais…) mais Luka l'a quand même snobé ! D:

Juste un mouvement de tête et un haussement d'épaules hautain. Et puis elle est partie. Elle est méchante ! Vraiment !

Raisonne-là, Meiko ! Il faut que tu lui dises de s'intéresser à Gakupo ! Je t'ai envoyé sa photo : constate par toi-même comment il est. Ils iraient tellement bien ensemble !

Miku (qui actuellement tombe de sommeil… ZzZzZzZzZ)


Confirmation de lecture envoyée–


Gakupo jeta un coup d'œil à son horloge.

Minuit douze. 12:12 a.m.

Il avait beau tourner et se retourner dans son lit, il avait beau se sentir complètement crevé, la vision de Luka l'empêchait de trouver le sommeil.

Elle était si belle. Et elle avait cette… Cette aura, autour d'elle, une aura de princesse effarouchée, qui agissait comme si le monde lui appartenait. Où qu'elle allait, tous les regards se posaient sur elle.

Megurine Luka.

Miku lui avait envoyé moult messages, vers vingt-trois heures, lorsqu'il était rentré chez lui. Que des infos sur Luka.

Son nom à elle.

Gakupo lui était infiniment reconnaissant.

Sa gorge devenait sèche dès qu'il se rappelait du dédain dans les yeux bleus de sa princesse.

Après, qu'est-ce qu'il lui avait pris de dire :

« J'ai perdu mon numéro de téléphone. Vous pouvez me donner le vôtre à la place ? »

Bravo, Gakupo. Très spirituel, vraiment.

Il était pauvre, et elle, riche… ?

Il était comme un samouraï se sacrifiant pour le daimyo Gumi.

Un samouraï…

- Pour mon honneur, tonna-t-il dans le silence de la nuit, je vais conquérir Megurine Luka !

Un coup de poing violent asséné contre le mur suivi d'un « eh con, tais-toi un peu ! » le fit se calmer; et Gakupo s'endormit avec pour seule pensée qu'il devait la séduire.


Meiko, talons hauts claquant sur les dalles, se pressait; ce matin, elle s'était levée aux aurores et elle savait que la petite Miku en avait fait tout autant.

Elle traversa le jardin et sortit sa petite clé avant de l'insérer dans la serrure et d'entrer dans la grande maison. Elle avait vu juste : la fenêtre donnant sur le balcon de Miku était ouverte, et Meiko savait que Miku adorait ouvrir cette fenêtre, qu'il vente ou qu'il pleuve, même quand les températures devenaient négatives.

Elle monta les escaliers à pas feutrés, peu surprise de voir qu'il n'y avait personne dans la maison; les parents de Miku étaient souvent absents. La jeune fille était fille unique, et elle se débrouillait généralement seule, à l'aide de domestiques qui vivaient autre part. Meiko venait fréquemment lui rendre visite pour palier à cette solitude.

La femme tout de rouge vêtue toqua trois coups légers à la porte, mais, n'entendant pas de réponse, elle fronça les sourcils et entra.

- Miku ! Miku ! Ah, je vous jure, ce casque…!

Miku fouillait dans son dressing, un casque à arceau aux oreilles. La musique l'empêchait sûrement d'entendre quelque chose, elle n'avait même pas vu entrer son amie. Meiko s'approcha et lui arracha le casque, l'air irrité.

- Eh ben, Meiko, que…

- Bonjour à toi aussi, Miku.

- Il est 7h du matin ! s'écria Miku.

- J'ai pensé que tu irais t'embourber pour ton premier rendez-vous. Il fallait que je t'aide.

Miku se mit à rougir. Elle ne voulait pas l'avouer, mais c'est vrai qu'elle paniquait un peu pour son rendez-vous avec Len. D'une certaine manière, la présence de Meiko la rassurait.

- Je rêve ou tu es encore en pyjama ? Tu n'as pas encore choisi tes vêtements ?

- J'ai essayé… Quarante tenues, Meiko ! Je n'arrive pas à choisir, pleurnicha Miku en se jetant sur le lit.

La turquoise croyait que ça n'existait que dans les films, les filles frivoles de ce genre, qui s'habillaient, se déshabillaient puis se rhabillaient, seulement parce qu'untel élément ou un autre ne leur plaisait pas.

Meiko soupira et entra dans le dressing.

- Sandales veau velours, Charlotte Olympia chez Colette, énonça-t-elle en tirant une paire de talons hauts. Super glam, mais à éviter si vous allez marcher.

Miku hocha la tête, se saisit d'un calepin et d'un stylo qui traînaient sur son bureau pour prendre en note les conseils de son amie. Meiko avait un sens de la mode accrû et elle connaissait presque tout par cœur. Sa mère, après tout, travaillait pour Salvatore Ferragamo.

- Robe en soie brodée de sequins, Viktor & Rolf, murmura Meiko en caressant une tunique en soie bleue. Ou un tailleur de Kookai, ajouta la brune, avant de changer d'avis et de valser jusqu'à un cintre suspendant une jupe et de dicter son savoir. Jupe droite en tweed de laine brodé de perles, Chanel. Avec des collants doux, de chez Falke, pourquoi pas.

Elle se frotta la tête, alla au fond du dressing, Miku sur les talons, les yeux grands ouverts et le stylo grattant furieusement le papier. La jeune fille tentait de comprendre le sens de la mode de Meiko, mais elle avait beau essayer… Meiko avait l'œil, un œil que Miku ne possédait pas.

- Un… sac Happy en python de Lanvin… Veste, parka et jupe droite en crochet, ensemble Burberry Prorsum. Des mitaines en laine, Barbour, et une ceinture en cuir tressée, H&M. Un peu trop militaire, non ? demanda évasivement Meiko.

Elle fit jouer ses doigts sur les barres de métal qui suspendaient les vêtements.

- Optons pour plus casual, mais surtout chic…

- Meiko, non. Je ne veux pas que Len se sente mal à l'aise…

- Ce serait terriblement banal si tu y allais avec une simple robe de lin et des escarpins, quelques bracelets et tes cheveux lâchés. Mieux vaut être glam, petiote.

- On va au parc d'attractions, Meiko…!

- Bon, d'accord, alors, simple cape en Lurex et laine tricotée, Missoni; et pantalon officier noir, IKKS. Ca te va ?

- C'est agressif, comme style…

- Ca te va bien. Ou alors, il fait froid, même si c'est le printemps. Une cape en laine imprimé chevron et veste en drap de laine, Paul & Joe, un simple jean et des bottines en daim. Avec des mitaines en laine.

- Il ne fera pas si froid, Mei… marmonna Miku, mais elle gribouilla les références, sûre du style qu'elle aurait.

- Col roulé en cachemire, Eric Bompard. Plus… une veste en drap de laine et jodhpur. C'est bon, là ? Avec un jean de Trussardi Jeans; bleu, le jean – et bottines en cuir. Alors ? Plus collants résille. Ha.

Miku soupira, mais ses yeux brillaient et un grand sourire fit irruption sur son visage.

- Ca, ça, c'est parfait, gloussa-t-elle en s'emparant des vêtements que lui tendaient Meiko. C'est juste tellement cher qu'il faudra que je fasse attention si je veux manger de la glace ou des gaufres.

- Ne te gaufre pas, d'ailleurs.

- J'y compte bien.

Meiko sourit, puis s'adossa au mur, attendant que Miku aie fini de se changer.

- Dis donc, grimaça-t-elle, qu'est-ce que t'as grandi hein, y a pas encore longtemps tu sortais tout juste du collège, et déjà, ça y est, t'as un petit ami…

- Ho, c'est bon, grommela Miku, d'une voix un peu étouffée puisqu'elle venait de l'autre côté de la pièce. Ne fais pas comme si tu m'avais vue grandir…

- Tu as raison, admit Meiko. Mais il faut avouer que c'est étrange, puisqu'on te connaît depuis que tu es enfant… Je n'aurais jamais imaginé que tu sois…si rapide à te décider, en fait. Surtout que Luka, qui a beaucoup de monde à ses pieds, ne t'a jamais impressionnée avec ce côté « arnacœur » dont elle est dotée... Du monde à ses pieds… Dont ce Gakupo dont tu m'as parlé.

- Elle est belle, c'est tout.

- Plus que moi, hein ? chuchota Meiko en haussant les épaules, amèrement.

- Tu as dit quelque chose, Mei ? s'enquit Miku en revenant de l'autre côté, habillée.

- Non, rien, mentit la brune.

Miku pencha la tête sur le côté et fronça un sourcil. Vu l'éclat terreux qui se cachait dans ses yeux bruns, Meiko lui cachait quelque chose, c'était évident…

- C'est à quelle heure, ton rendez-vous avec ton jules ? esquiva Meiko, habilement.

- Dix heures…

- Dix heures ! s'exclama la brune, affolée. Et t'es encore là !? Allez, file dans la salle de bains !

La turquoise se mit à rire et suivit les ordres de Meiko. Elle savait que « sa maman » allait la maquiller et la pomponner. Autant le faire maintenant.

- Et si tu prenais des lunettes D&G ?

- Meiko, non !


- Il y a un vilain vent ce matin, couvre-toi bien, d'accord ?

- Oui, Lily.

- Et appelle-moi s'il y a le moindre problème. Ou la police.

- Je ferai attention, Lily.

- Ne la mets pas enceinte, surtout !

- Lily ! s'écria Len, exaspéré.

- Je rigole. Amuse-toi bien.

Sa grande sœur lui jeta un dernier regard en arrière, un peu réticente, avant de lui sourire faiblement. Les portes du train se fermèrent et le train se mit en route. Len observa le train devenir un petit trait sur rails à l'horizon, pris d'une certaine nervosité, maintenant que Lily l'avait déposé sur le quai. Il se passa une main dans les cheveux, fébrile, et courut littéralement jusque devant le parc d'attractions. Un coup d'œil à sa montre le refroidit : il était en avance de trente minutes sur le rendez-vous. Malgré l'heure matinale, une bonne centaine de personnes déambulaient dans l'entrée du parc. Len se surprit à fixer une jeune fille aux cheveux dorés qui lui rappelait quelqu'un; elle était accoudée derrière le comptoir et le nez penché sur la caisse, faisant rouler entre ses doigts un rouleau de papier rouge, sûrement des tickets de fête foraine. Il hésita. Fit trois pas vers elle.

- Excuse-moi, dit-il presque dans un murmure. Tu es…

- L'entrée c'est neuf euros, coupa-t-elle sans lever les yeux.

- Je… Je ne suis pas venu pour les tickets, enfin, pas tout de suite. Euh – Neru, tu te rappelles de moi ?

Là seulement, la jeune fille daigna lever les yeux. Sourcils froncés. Ses yeux presque jaunes le toisèrent hautainement, ses mèches flavescentes ramenées en une longue couette sur le côté. Elle avait une beauté sauvage.

- Tiens, lâcha-t-elle, lèvres plissées d'ennui évident. Je crois t'avoir croisé, oui.

- Tu, commença Len, mais les mots lui manquèrent. Tu étais à la MJC, avant. Akita Neru… C'est bien toi, hein ?

- La seule et l'unique, marmonna-t-elle.

Il hésita en voyant son air renfrogné qui s'assombrit encore plus quand il mentionna la MJC. Puis, le blondinet prit son courage à deux mains.

- Ecoute. Aujourd'hui, j'ai un rendez-vous avec ma… ma… ma petite amie, bafouilla-t-il.

- Très contente pour toi mais honnêtement je m'en contrefous un peu. Si tu pouvais dégager…

- C'est pas ça, gronda Len, reprenant un peu plus d'assurance. A quelle heure finis-tu ta journée ?

Elle le jaugea longuement, ses yeux presque jaunes interloqués, peut-être même indignés.

- Je croyais que tu avais une copine. Je tomberai pas dans ton piège, gamin…

Len rougit, de honte ou de colère, il ne sait pas trop.

- Il ne s'agit pas de ça, grogna-t-il en posant la tête contre le comptoir.

- Alors accouche, petit ! Je n'ai pas toute ma journée, et certainement pas pour toi…

- C'est à propos de Yowane Haku…

Un air surpris passa sur le visage délicat de Neru. Il inhala un court instant cette odeur qui se dégage d'elle, un mélange de thé Oolong et de confiture d'abricots.

- Bon, d'accord, souffla-t-elle, si bas que Len ne crut pas l'entendre. Je finis à six heures heures.

Elle déposa brusquement sur le comptoir deux tickets d'entrée et un rouleau de tickets à utiliser pour les attractions, avant de se lever et de quitter la petite hutte. Len fixa longuement le siège où Neru s'était assise. Puis, son regard rencontra sa montre et il sentit une série de longs frissons lui secouer le dos et le ventre. Il fourra les tickets et le rouleau de papier rouge dans sa poche, et trottina vers l'entrée du parc.

Haleine ? Check. Ricola en bouche. Coiffure ? Check. En place. Vêtements ? Check. Défroissés. Lacets ? Check. Refaits. Batterie de téléphone ? Check. Cinq barres pleines. Tickets ? Check. Dans la poche. Assez d'argent ? Check. A peu près…

Ne lui restait plus qu'à se ronger les ongles.

Ah. Il avait oublié qu'ils étaient vernis.


.

Miku était là.

Elle ne le vit pas arriver tout de suite. Son regard turquoise était rivé sur les plus hautes attractions du parc, des montagnes russes à la grande roue au fond du complexe, point culminant de leur rendez-vous. Elle serrait contre ses genoux un sac à main de cuir, et Len la trouva extrêmement bien habillée, d'une bonne manière pour un rendez-vous. Il s'examina un instant. Lui était en pauvre blue-jeans, T-shirt noir et jacket américain, espadrilles et, juste parce que Lily avait voulu s'amuser sur sa main, vernis jaune, piqué à Rin. Il avait opté pour un sac en bandoulière Adidas, emprunté à Piko; Len y avait fourré tout ce qui n'était pas important – sandwiches, guide d'attractions, bouteille d'eau, Ricola. Son téléphone et son porte-monnaie se trouvaient dans ses poches de devant.

Il s'approcha d'elle, et comme d'habitude, son cœur cogna violemment : Len se demanda quand ça allait arrêter de faire ça, parce que ça avait quelque chose d'agaçant, à perdre ses moyens de cette manière. Mais Miku était superbe. Elle s'était bien maquillée – pas qu'il soit extrêmement attentif à ce genre de détails, c'est juste qu'il avait en mémoire les premiers essais de Rin. Il se rappelait des crises de fou rire répétées à voir ce visage peinturluré si grossièrement… Heureusement que Lily lui était venue en aide ! En tout cas, le contraste du début des tentatives de sa sœur jumelle à maintenant était frappant – encore une fois, Miku avait une posture droite et gracieuse, un port de reine et éthéré, qui lui rappelait la candeur et la fraîcheur d'une danseuse.

Len rêvait toujours de ballets où Miku tenait le premier rôle, mais jamais il ne l'aurait avoué à sa petite amie.

- Miku, appela-t-il, doucement.

Elle leva vers lui un regard brillant et des joues rougies par le froid. Len ne put s'empêcher de la trouver adorable alors qu'il détournait le regard, tentant de paraître désintéressé.

- Salut, ça va ? s'enquit-il. Qui t'a déposé ?

- Je vais bien, c'est Mei qui m'a laissée ici. Elle reviendra me chercher après.

Len hocha la tête, l'estomac noué d'émotion. Surtout, rester naturel… Naturel…

- Ehbiensionyallait.

Bravo, Len.

A son plus grand étonnement, Miku sourit gentiment, mais répondit d'une voix toute aussi blanche que la sienne :

- Pourquoipaslet'sgo ?

Ils se considérèrent, puis éclatèrent de rire. La glace était brisée.


.

- Ouahou ! s'exclamait Miku.

Partout où ils allaient, Miku poussait des cris d'émerveillement. Au départ, Len crut que ses réactions étaient surjouées, avant de se rendre compte que la fascination de Miku était réelle et sincère.

- Tu n'es jamais partie dans un parc d'attractions ?

- Jamais, gloussa Miku, main cachant la bouche. Mes parents n'ont jamais eu le temps de m'y emmener. J'étais toujours jalouse de mes amies…

Len déplia le guide, puis pointa du doigt un endroit sur la carte.

- Ca te dit, le labyrinthe aux miroirs ? suggéra-t-il.

Miku n'y était jamais allée, n'en avait jamais entendu parler. Elle ne répondit que d'une manière plus enthousiaste encore.

- Ah, il n'y a presque pas de queue, nota le blond, souriant de toutes ses dents. C'est notre jour de chance !

Len tendit deux tickets de papier rouge au forain puis franchit la porte biscornue de l'attraction.

.

- Len ?

- Hm ?

- Tu a peur du noir… ?

- … ? Non, pourquoi ?

- Ben… Parce que tu as agrippé ma main depuis qu'on est entrés ici…

- …J'ai fait ça inconsciemment, désolé.

- Inconsciemment ?

- Je voulais éviter de te perdre.

.

Il a juste grimacé une demi seconde quand elle lui serre la main plus fort encore en retour.

.

- Est-ce que par hasard tu aurais faim ? Moi oui.

- Tu aimes les sandwiches, Miku ?

- Euuuh, oui… ?

- Même si ils sont ce sont des sandwiches à la banane ?

- Je crois qu'il vaut mieux acheter à manger, Len… !

.

Au stand de tir, il gagne une petite peluche pour elle; Miku essaie de lui obtenir cette PS3 flambante neuve sur laquelle Len avait les yeux subjugués en s'avançant vers le forain. Elle ne réussit pas mais part en serrant contre elle cette drôle de peluche de lapin-grelot.

Ils font un tour dans la roulotte de la voyante qui prédit à Miku un long amour. En ressortant, Len ne peut s'empêcher de rougir comme une pivoine quand Miku s'accroche à lui de toutes ses forces.

Entre montagnes russes et grand huit, ils rient de tout leur cœur. Miku réussit finalement à gagner sur les UFO catchers, le nez pressé contre la vitre alors qu'une main mécanique actionne ses doigts métalliques pour les refermer sur un petit Yoshi.

Ils découvrent tous deux avec un cri de joie un stand réservé à DanceDanceRevolution. Les deux sont de bons adversaires. Voire très bon.

- J'ai passé je sais pas combien d'heures dessus… ! s'exclame Len alors que ses pieds virevoltent.

Ils font un dernier tour de montagnes russes, puis, quand le soleil entame sa descente à l'horizon, Miku insiste pour monter dans la grande roue.

- La vue sera magnifique, chuchote-t-elle.

.

La queue n'était pas très longue, à la plus grande joie de Miku qui sautille d'excitation en entrant dans la nacelle. Elle s'assoit en face de Len, les jambes sagement alignées et les mains pressées contre la vitre, absorbant la vue du parc de ses grands yeux écarquillés. Les allées et la ville, d'ordinaire si grises, sont rougies par le soleil couchant. Len s'approche un peu plus, lui prend une main et se laisse émouvoir par la vision de Miku, si belle, si fragile, mais en même temps si forte, si émerveillée de la vie, candide, innocente.

Il l'aime tellement, il ne sait même pas pourquoi.

- Tu ne veux pas m'embrasser ? chuchote-t-elle, sans le regarder.

Len sursaute.

- Hein… ? Quoi ?

Rouge. Le mouvement de la nacelle les berce doucement quand Miku se tourne à demi vers lui, un petit sourire malicieux étirant ses lèvres roses.

- C'est une légende, explique-t-elle. Si tu m'embrasses quand le soleil se couche–

Elle ne finit pas sa phrase. Il l'embrasse déjà. Longtemps.

.

- C'était quoi, la légende ?

- J'ai oublié, je crois.

- Ah bon ? Tu as oublié… ?

- Tais-toi et embrasse-moi.

- Comme vous voudrez, mademoiselle.

.


Ils se dirigent vers la sortie, main dans la main, le sourire tranquille et bienheureux des gens amoureux et en couple sur le visage.

- Tu veux une pomme d'amour ? suggère-t-elle.

Len fronça les sourcils.

- Non, désolé. C'est trop sucré.

- Une barbe à papa, alors ?

Miku a les yeux si brillants qu'il sourit et paie pour elle dès qu'elle a le dos tourné.

- Tu aimes ? s'enquit-il.

- C'est délicieux, Len. C'est tout léger, et tellement sucré ! rit-elle gaiement.

- Comme votre amour, soupire une voix.

Le couple se retourne pour voir une brune toute de rouge vêtue, faible sourire aux lèvres.

- Meiko ? Qu'est-ce que tu fais là ?

- Désolée, Kagamine Len, s'excuse Meiko en s'approchant d'eux. Le papa de Miku a demandé où sa fille était, et j'ai bien peur qu'il n'apprécie pas l'idée qu'elle soit avec un garçon.

Diverses émotions transparaissent sur le visage délicat de sa petite amie; Len identifie la surprise, la colère, la tristesse, l'inquiétude. Il lui serre la main plus fort. Bien qu'il soit embêté que leur rendez-vous se termine si tôt, Len n'a pas envie de se fâcher avec le père de Miku. Tant pis. Une prochaine fois.

- Il me laisse tout le temps toute seule, et quand pour une fois je nage dans le bonheur il gâche tout, marmonne amèrement la turquoise, les yeux rivés au sol.

Meiko lui caresse la tête sympathiquement, puis tourne les yeux vers Len.

- Je ne lui ai pas dit qu'elle était avec un garçon, avec son petit ami, de surcroît; j'ai dit qu'elle était partie au cinéma avec ta sœur, explique-t-elle.

Len hoche la tête. Meiko doit avoir… 20 ans ? 26 ? En tout cas, il lui doit une fière chandelle.

- Merci, Meiko… ?

- Meiko suffira, assure la brune. Pas besoin de savoir mon nom de famille.

Len se sent presque blessé par cette esquive. Quoi, est-il si insignifiant pour qu'on refuse de lui communiquer un nom de famille ?

- C'est Sakine, chuchote Miku à son oreille. Elle n'aime pas ce nom, c'est tout.

Nouveau hochement de tête. Puis, après divers au revoir (et Len n'a pas hésité à l'embrasser à l'abri des regards, cette fois), elles s'en vont, laissant le garçon debout entre les auto-tamponneuses et un stand de tir à l'arc.

- Faut que j'aille voir Neru, marmonne-t-il.

Il jette un coup d'œil à sa fidèle montre : cinq heures moins quart. Le temps se fait plus frais. Il remonte la fermeture éclair de son blouson, puis avance d'un pas tranquille jusqu'aux caisses d'entrée.


.

- Luka ?

- Monsieur. Cela fait longtemps.

- Effectivement, cela fait très longtemps.

- Votre voyage en Australie était-il plaisant ?

- Très, Luka. Très. J'ose espérer que Miku ne t'a pas embêtée ?

- Pas du tout, Monsieur. Elle s'est très bien tenue.

- Parfait. Je te remercie de veiller sur elle quand moi et ma femme sommes absents.

Hochement de tête.

- Vous savez, commence Luka, humble. C'est surtout Meiko qui vient lui rendre visite le plus souvent.

- Je comprends que tes fonctions t'empêchent d'aller la voir aussi souvent que tu ne le souhaites, pas vrai ? Ne t'inquiète pas, Luka, cela me fait très plaisir.

- C'est trop d'honneur de votre part, Monsieur.

- Assez parlé de ça, fait une voix mélodieuse. Luka, ma chérie. Tu me sembles plus radieuse depuis la dernière fois. Aurais-tu rencontré une personne intéressante… ?

Regard froid masqué derrière un masque affable. La femme en frémit.

- Non, Madame. Absolument personne.

Le téléphone portable de Luka sonna soudainement.

- Si vous voulez bien m'excuser…

.

.

.

La femme aux cheveux roses bat en retraite vers le jardin, où l'air frais de printemps caressa ses dos nus. Le verre de champagne qu'elle avait en main est versé sur un buisson. Elle conduit, après. En déverrouillant l'Iphone, elle hésite car l'identifiant est inconnu.

- J'espère pour vous que ce n'est pas vous, siffle-t-elle en décrochant.

- Si, c'est moi. Je ne dors plus, je n'arrive pas à manger, je–

- Je ne suis pas votre médecin traitant, crache Luka, sourcils froncés et le ton venimeux. Je peux appeler la police si vous continuez à m'appeler.

- Je ne demande qu'un rendez-vous.

- Je n'ai qu'à composer un numéro pour déposer plainte de harcèlement moral et sexuel.

- Je suis tombé amoureux.

- Je vous déteste.

Le ton est froid et aurait fait reculer n'importe qui, mais pas lui.

- Je sais faire du thon mieux que personne, plaide-t-il.

Rien qu'en entendant le mot « thon », Luka salive. Elle se reprend et, haineusement, lâche un dernier « au revoir » et raccroche.

Elle lève les yeux vers le ciel couleur onyx - cobalt - bleu marine. Les petits éclats qui brillent comme des diamants lui paraissent plus froids encore que son cœur.

- J'en ai assez, chuchote-t-elle.

Et un sanglot, sec, se coince dans sa gorge alors que Miku pousse la porte d'entrée de sa maison, maussade.

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- Tu te rends compte, Meiko… Pour une fois que je m'amuse, Papa vient tout gâcher… J'en ai tellement marre…

- Je sais, chuchota Meiko en lui caressant l'épaule d'un geste rassurant. Je sais que c'est nul. Mais tu dois encaisser.

- Miku, chérie ? Oh, c'est toi ! Cela fait tellement longtemps ! s'écrie une femme en s'élançant vers elle, bras écartés.

Miku serre l'élégante femme dans ses bras d'une manière un peu maladroite. Elle recule, peut-être trop brusquement, ses yeux regardant le collier de diamants qui ornent son cou plutôt que le visage de sa mère.

- C'est vrai, Maman. Tu as fait bon voyage ?

- C'était parfait. Et Luka a été …charmante, continue la mère de Miku, ses cheveux bleus attachés en chignon serré sur son crâne. Mais si tu veux bien m'excuser, je vais demander à une domestique de ramener des petits canapés. Ton père t'attend dans le salon. Il a quelque chose à te dire.

La femme glisse sur le carrelage, avec l'élégance qui caractérise les gens beaux. Miku lève un regard alarmé vers Meiko, qui hausse les épaules. Une entrevue avec le père de Miku est toujours synonyme d'embêtements.

- Que va-t-il me demander, cette fois ? murmure Miku.

Elle pense une dernière fois au visage souriant de Len, et reprend courage.