17 ans...
Je me dirige vers le bureau d'Heidegger, le chef du département militaire de la Shin-Ra. J'ai le triste privilège de prendre directement mes ordres de lui depuis quelques temps. Je devrais me sentir contente pourtant, je suis sortie avec le grade de Lieutenant de l'académie, mes résultats plus que satisfaisants ont attiré l'attention des supérieurs hiérarchiques et je suis maintenant en charge d'une équipe de SOLDIERs first class, spécialisée dans un certain type d' interventions.
Je suis heureuse, j'ai enfin réussi, j'ai passé les tests, j'ai commencé à gagner un certain respect. Cependant c'est toujours avec appréhension que je me dirige vers le bureau d'Heidegger. Ce type est réputé pour sa violence avec ses subalternes et le moindre détail, la moindre faille dans un rapport me vaut une humiliation. Qu'est-ce que je ne donnerai pas pour lui faire avaler sa paperasserie ! Mais je dois me contenter des « Oui Monsieur » et d'encaisser les coups.
J'arrive au bout de quelques minutes devant son bureau et m'adresse à sa secrétaire, qui me fait patienter un peu avant de m'inviter à rentrer dans « l'antre de la bête ».
Il me regarde à peine et pousse un nouvel ordre de mission au bord du bureau, d'un geste fatigué. Je le prend et le lis à grande vitesse. Heidegger me prie ensuite de sortir, et c'est avec un regard sombre que je retourne à la section des forces d'assaut.
Toute l'équipe est là et il règne une ambiance assez décontractée sur les lieux. Je dois avoir l'air préoccupée car Tom, un des SOLDIERs, s'en aperçoit.
« Ça va, Lieutenant ? »
Je les observe tous et les met au courant des ordres. Ils échangent un regard entre eux, pas vraiment rassurés.
« Nous partons d'ici trois jours... »
Je retourne à mon propre bureau et me perd dans mes pensées, il va falloir que je l'annonce à mes parents et à Dajim. J'hésite pendant de longues secondes, tournant les phrases dans ma tête, et puis je me décide enfin à leur téléphoner.
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Comme tous les matins depuis trois mois, je viens d'ouvrir les portes de mon échoppe, et c'est avec fierté que je le fais à chaque fois. « La boutique de Dajim » commence a bien tourner, mes bijoux plaisent et le bouche à oreille fonctionne bien, les clients étant souvent séduits par la finesse de mon travail.
Une fois mes modèles bien placés en évidence dans la vitrine, je vais m'installer à ma table de travail et continue ma commande en court, un magnifique collier de grenats qu'un vieux monsieur m'a commandé pour son épouse. Je ne vois pas le temps passé et sursaute soudain en entendant la sonnerie du téléphone. Je me lève rapidement pour aller répondre.
« Ici, la boutique de Dajim »
Un sentiment de chaleur me traverse, alors que j'entend la voix de Victoria. Elle me parle doucement, tandis que ma voix trahie mon excitation. Elle me manque tellement !
« Dajim, me dit-elle. Je ne peux pas rester longtemps au téléphone mais pourrais-je te voir demain ? J'ai un moment de libre l'après-midi, peux-tu venir à Midgar ? »
Je suis un peu surprise de cette demande mais je m'empresse de lui dire oui, je ne l'ai pas vu depuis des mois...
Le lendemain, je n'ouvre pas la boutique. Je prend la navette pour Midgar, de bon matin, arrivant ainsi une demi-heure en avance au lieu de rendez-vous. Je m'asseois et attend... ça me semble si long... Et puis elle fini par arriver. J'ai un peu de mal à la reconnaître sur le coup, elle porte son uniforme de SOLDIER et dissimule son regard derrière une paire de lunettes teintées, mais ses cheveux et son odeur ne me trompent pas et je me jette à son cou. Cette chaleur si familière m'a manqué.
« Laisse moi te regarder » lui dis-je en retirant ses lunettes.
Elle détourne un peu son regard avec un sourire gêné, devant mon expression.
« J'ai eu des injections avant de venir... »
La mako. Cela explique son regard brillant, à la lueur si particulière. Cette drogue que la Shin-Ra injecte à ses militaires pour les rendre plus performants et résistants. Ce ne sont plus les yeux de la petite fille que j'ai connu...
Nous échangeons quelques nouvelles, la curiosité me tenaillant devant son expression préoccupée.
« Victoria, tu voulais me dire quelque chose, n'est-ce pas ? »
Elle détourne à nouveau les yeux puis me regarde au bout de quelques secondes.
« Dajim, on m'envoie à Wutai »
« Non... »
Je la sert alors contre moi, une étreinte désespérée. J'ai l'impression de faire un mauvais rêve... Réveillez-moi !
Victoria caresse doucement mes cheveux, au travers mon capuchon.
« Tout ira bien, petite soeur. Je te promet de revenir. »
Je ne dit rien, la serrant toujours contre moi, ne voulant pas qu'elle parte pour cet enfer.
« Je te confie maman et papa, s'il te plaît, veilles sur eux »
« Je te le promet »
Ma voix n'est qu'un murmure. Je relève mes yeux humides vers les siens, et dans un élan d'amour, je pose mes lèvres sur les siennes. Elle ne bouge pas et me sourit timidement quand j'éloigne mon visage du sien, sentant mes joues se colorer. J'aimerai tant te le dire au moins une fois, mais je ne peux pas, je n'ose pas.
Nous échangeons encore quelques mots et Victoria doit déjà me quitter pour retourner à la Shin-Ra. C'est avec le coeur serré que je la regarde s'éloigner, avec cette peur que cette vision d'elle soit la dernière.
Cette inquiétude ne me quittera plus. Je dois mettre nos parents au courant, en rentrant à Kalm. La réaction est telle que je m'y attendais, ils sont effondrés et maman ne cesse de maudire la Shin-Ra et le SOLDIER. Je les rassure comme je peux, je ne dois pas me laisser aller et honorer ma promesse, et c'est avec cet esprit là que je me rend à l'armurerie. Mon choix se portera sur une paire de gunblades, et dès ce jour, je m'entraînerai moi aussi assidument pour pouvoir protéger notre famille.
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Déjà quatre mois... C'est pire que tout ce que j'avais imaginé, les informations ne dévoilent que ce que la Shin-Ra ne veut bien montrer au grand public. Cette guerre est une boucherie. Ce qu'ils appellent des terroristes ne sont que des pauvres gens défendant leurs villages et leurs terres, que peuvent-ils faire face à des machines entraînées à tuer ? Wutai se meurt de jour en jour, malgré la bravoure de ses guerriers. Je n'aime pas tuer. J'ai horreur de ça mais je dois obéir, c'est la vie de ces soldats ou la mienne et celle de mes hommes. Je deviens insomniaques à forces d'entendre tous ces hurlements raisonner dans ma tête en permanence. Les crises de nerfs se succèdent quand je suis seule mais je fais toujours bonne figure sur le terrain. Je pense à Dajim et à mes parents, je dois survivre pour eux, j'ai promis de revenir. Je ne dois pas baisser les bras et me laisser aller à la tristesse, et puis le Général n'est pas loin, il mène les troupes vers une victoire certaine et donne du courage aux hommes.
Je ne le rencontrerai pas pendant le conflit, mais je ferai sa connaissance lors de notre retour au QG peu après la rédition de Wutai, une rencontre assez surprenante en le croisant bêtement au détour d'un couloir. Une rencontre qui aboutira à un fragile lien amical, pour mon plus grand bonheur...
