iii|| CHANCE


"La chance c'est comme le Tour de France : on l'attend longtemps et ça passe vite." ~ Amélie || Amélie Poulain

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Étonnement, Dwight et Michael furent de bonne compagnie. Tout au long de leur marche, ils occupèrent Luisa en lui racontant divers anecdotes sur leur fantastique communauté.

De cette façon, elle apprit que chacun avait un rôle bien précis au sein de leur groupe, choisi en fonction de ses compétences personnelles, même si d'après Dwight, la plupart finissaient en tant que garde. Lorsque Luisa avait demandé pourquoi avoir une telle armée était à ce point vital, elle s'était vite attirée les rires des autres, ce foutu Ted en tête.

- "Vivre en communion avec les cadavres t'as bouffé quelques neurones ?" avait-il ricané en coupant un bras putréfié de sa machette. "Le monde est plus le même je te signale, donc on a pas tellement le choix."

Dwight lui parla ensuite de leur chef, un homme avisé qui remplissait parfaitement son rôle de dirigeant. Il semblait même qu'il soit doté d'un certain sens de l'humour. Cependant, Luisa décela une tonalité étrange dans sa façon de parler de lui, une sorte de rancoeur peut être?

Elle fronça les sourcils. Le chef des "Sauveurs", comme ils s'appelaient, devait sans doute se montrer impartial envers ses camarades et faire respecter sa loi assez durement. Mais malgré tout, il ne devait pas avoir un mauvais fond.

Après ce qui lui sembla être une heure de marche, la jeune femme remarqua que les trois hommes commencèrent à se montrer plus assurés dans leur façon de se déplacer, ne prenant par exemple plus vraiment la peine de guetter le moindre bruit suspect ou de vérifier les buissons touffus. Elle en conclut qu'ils ne devaient plus être très loin de leur communauté et s'en même y penser, elle ralentit le pas, les laissant la dépasser sans pour autant les perdre de vue.

C'est vraiment une bonne idée ? Merde, j'en ai assez de taper la discute à des goinfres incapables d'aligner deux mots, mais est-ce que ça vaut vraiment le coup ? Dwight et Michael s'étaient montrés extrêmement empathiques, quasiment amicaux, mais devait-elle pour autant leur faire confiance ? Après tout, du peu qu'elle le ''connaisse'', Ted avait très largement mérité le qualificatif de connard, et il était fort possible qu'elle rencontre d'autres individus similaires.

Mais elle n'eut hélas pas l'occasion de se poser d'autres questions sur le bien fondé de sa décision non-réfléchie car Michael se retourna pour l'attendre, un petit sourire sur son visage creusé. Il ressemblait certes toujours à une brute, mais elle avait rapidement découvert qu'il n'était pas "sans cervelle" et même plutôt sympathique et causant.

- "Tu fatigue déjà ?

- Non…" répondit-elle d'un ton perdu.

Michael dû comprendre qu'elle commençait à douter car il passa familièrement un bras autour de son épaule pour la rapprocher de lui avec un rictus amusé.

- "Allez Zaza, fais pas la tête, la vie est belle !"

Luisa tiqua et se dégagea d'un mouvement d'épaule.

- "C'est naze comme surnom,"lâcha-t-elle, gênée par cette familiarité soudaine.

- "Pourquoi ? Personne ne t'a jamais appelée comme ça ?

- Peut-être que si… Mais j'aime quand même pas.

- C'est toi qui vois."

Pas besoin d'avoir l'habitude de côtoyer des gens pour s'apercevoir qu'il était vexé. Fort heureusement, Luisa n'eut pas à trouver une quelconque parole réconfortante car Dwight leur fit signe de se rapprocher.

- "Vous éloignez pas trop, on sait pas ce qui peut traîner, même si très honnêtement, je ne pense pas que quelqu'un soit assez stupide pour se rapprocher de l'Usine à ce point."

Ted poussa un grognement méprisant.

- "Parle pas trop vite Double-Face, ces salopards sont prêts à tout pour nous enculer.

- Ils nous ont jamais suivis… Enfin, je crois pas…

- Fermez-la," les coupa Michael. "On arrive."

Ils s'arrêtèrent et Michael porta deux de ses doigts à sa bouche pour siffler. Aussitôt, un sifflement plus aiguë que le sien lui répondit et il fit signe aux autres de le suivre.

Dernière chance Luisa. Elle jeta un rapide coup d'oeil derrière elle, évaluant ses chances de fuite avant de pousser un long soupir et de maudire de toute son âme sa stupidité. Elle se mit alors à les suivre, sa main gauche triturant nerveusement la pierre blanchâtre de son pendentif. Dwight écarta une branche à l'aide de son arme et ils quittèrent enfin la pénombre de la forêt. La jeune femme plissa instinctivement les yeux pour s'habituer à la luminosité bien plus forte une fois le ciel dégagé, mais elle ne manqua pas pour autant le gigantesque bâtiment.

Perdue au bout d'une route au goudron lézardé, "l'Usine" devait faire la taille d'un immeuble d'une dizaine d'étages, sans compter la superficie du terrain délimité par des barbelées et autres barricades. Le toit se trouvait surmonté de trois hautes cheminées et d'immenses baies vitrées quasiment intactes occupaient les murs. Luisa repéra aussi ce qui devait être une tour de guet au sommet de l'ancienne usine, ainsi que plusieurs autres dispatchés le long des barrières. Barrières qui elles même se trouvaient "protégées" par une dizaines de Bouffeurs. Elle siffla d'admiration.

- "Au moins, votre QG a le mérite d'être classe."

Ils éclatèrent de rire avant de lui apprendre, non sans une certaine fierté, que leur chef et ses plus anciens acolytes l'habitaient depuis le début et qu'à priori, elle était encore fonctionnelle. Dwight qui marchait juste à côté d'elle ajouta :

- "Généralement, on ne fait fonctionner qu'une forge à la fois, mais c'est très rare.

- 'Fin, la dernière date pas de beaucoup !" ricanna Ted en se retournant brièvement vers Luisa et Dwight.

Ce dernier perdit les rares couleurs qu'affichait son visage et détourna le regard, fixant un détail connu de lui seul. Cela ne préoccupa pourtant pas ni Ted, ni même Michael dont le regard était clairement méprisant. Ce brusque changement d'ambiance mit la jeune femme mal à l'aise. Dwight avait-il eut un accident en lien avec la forge ? Une erreur stupide ? Peut-être ont-ils perdus de précieuses ressources au passage ? Ou bien…

Elle n'eut pas le temps de se poser plus de question car un des cadavres tourna ses yeux ensanglantés vers elle en poussant un long râle. Les autres ne prêtèrent aucune attention à lui, trop occupés à griffer le grillage et les planches pendant qu'un des hommes chargés de surveiller le portail les attiraient plus loin pour dégager l'entrée. Le Bouffeur fit quelques pas vers elle, attiré par l'odeur parfumée de ses chairs et n'eut même pas l'occasion d'éviter la hache qu'elle lui enfonça dans le crâne -si occasion il y avait. S'attirant au passage les regards intrigués, voir surpris, des autres qu'elle ignora en essuyant avec précaution son arme.

Un jeune garçon s'empressa alors d'ouvrir le portail, trébuchant presque au passage. Ted passa devant lui sans lui jeter le moindre regard et partit devant, certainement pour prévenir leur chef de l'arrivée de la nouvelle. Michael les abandonna aussi pour rejoindre deux hommes qui l'accueillir en riant et parlant fort. Peu intéressée par leur conversation, Luisa se tourna vers Dwight dans l'espoir de relancer un semblant de conversation. Mais malheureusement pour elle, le trentenaire ne lui offrit aucun soutien.

- "Je vais aller virer les morts qui sont dans le coin", marmonna-t-il à son attention. "Ted va pas tarder à revenir alors bouge pas.

- O.k. Cool."

Tout en le regardant s'éloigner, Luisa se fit la réflexion qu'il avait complètement changé de comportement depuis qu'ils étaient arrivés. Lui qui l'avait aidé tout à l'heure, quand elle s'apprêtait à se tirer une balle dans le coeur, et s'était montré empathique et soucieux de son sort, voilà qu'il faisait preuve d'une indifférence à son égard. Bienvenue dans la société. Va falloir te réhabituer ma vieille. Elle laissa échapper un soupir. En effet, elle allait devoir d'urgence réapprendre à se comporter avec des vivants. Autant commencer dès maintenant.

Elle se tourna en souriant vers le jeune garçon qui la regardait toujours, assurément gêné. Avec ses cheveux sales et terreux et sa peau acnéique qui contrastaient clairement avec son regard vert d'eau, elle ne lui donnait pas quinze ans. Il a une tête à s'appeler Ralph, songea-t-elle avant de se reprendre aussitôt. Va aussi falloir que t'arrête de nommer les gens que tu rencontre.

- "C'est quoi ton nom ?" l'interpella la jeune femme avec douceur.

Il ouvrit grand les yeux, interloqué par l'intérêt dont elle semblait faire preuve pour lui.

- "Moi...? Erm… Jonas."

Silence. Elle conserva du mieux qu'elle pouvait son air encourageant dans l'espoir d'obtenir un mot de plus, sans succès.

- "J'aime bien," reprit-elle finalement. "Moi c'est Luisa."

Il hocha poliment la tête mais n'ajouta rien de plus, mais Luisa ne perdit pas espoir pour autant. Elle entreprit alors de fouiller le paysage à la recherche du moindre sujet de conversation. Le terrain entourant l'usine était sec et vierge de plantations. Elle repéra quelques hommes en train de surveiller les alentours tandis que d'autres semblaient s'activer derrière les vitres rendues opaques par la crasse. Pour le moment, elle n'avait vu aucune femme, ce qui commençait à la mettre mal à l'aise. A une dizaine de mètres de là, loin derrière la clôture, la silhouette de Dwight transperçait le crâne d'un putréfié. Il doit être suicidaire pour faire ça seul. Jonas toussa brièvement, attirant son attention. Elle sortit alors la première chose lui passant par la tête :

- "Et… Ca t'arrive de tuer des Bouffeurs ?

- Par… Parfois oui… Mais, erm… j'aime pas trop ça…"

Bravo Luisa, vraiment. T'es une genie. Elle tenta vainement de fouiller son esprit pour continuer leur palpitante discussion mais à part lui demander si leur groupe était organisé comme une société virile et strictement masculine, rien ne lui venait.

- "C'est sympa comme endroit… Je veux dire, habiter dans une ancienne usine, c'est original et pratique. Et puis…

- Tu vois pas qu'il fait dans son froc ?"

Elle se retourna vivement, ses joues prenant une légère teinte rouge. Un homme grand et vêtu de cuir s'approchait d'elle avec nonchalance, faisant tourner distraitement une batte de baseball emmaillotée dans des barbelées dans sa main droite. Il avait le visage assez usé et pas rasé, le regard brun et une épaisse moustache grisonnante. Ses lèvres affichaient un sourire, comme si la situation l'amusait et nul n'aurait pu démentir le fait qu'il possédait une sacrée aura. Ted, toujours avec le même air moqueur, et quelques autres individus dont -alléluia- trois femmes se tenaient derrière lui tout en la dévisageant.

- "C'est notre petite tafiotte locale, fais pas attention à lui, parler lui fout les boules. D'ailleurs, tant que t'es là, va prévenir Dwight que je veux lui parler," ajouta-t-il en désignant rapidement de sa batte le portail. Jonas hocha vivement la tête et partit en courant tandis que Negan se tournait vers la jeune femme. " Luisa, hein ?"

Elle acquiesça, intimidée par le naturel écrasant de l'homme. Du coin de l'oeil, elle vit Michael s'approcher, suivit de plusieurs autres curieux qui formèrent un amas relativement éloigné d'eux.

- "Ravi de te rencontrer en vrai. J't'avais repéré il y a quelques jours, quand je sortais Lucille, mais t'as pas dû me voir, buter ces enculés de cadavres ça occupe," rit-il, aussitôt imité par la plupart de son entourage. "Enfin bref, je suis Negan.

- Enchantée. J'adore ta moustache."

Elle ne réalisa pas tout de suite ce qu'elle venait de dire jusqu'à ce qu'elle croise les regards choqués des autres membres du groupe. Bordel… T'es vraiment qu'une idiote... Qu'est-ce qui lui avait pris? Sa phrase irréfléchie avait jeté sur l'assemblée un lourd voile de gêne et plus personne ne parlait, attendant la réaction de Negan avec un mélange de fébrilité et d'effroi. Imbécile.

Si elle s'était écoutée, Luisa aurait déjà pris ses jambes à son cou mais son regard resta vissé au visage indéchiffrable du chef. Abrutie.

Negan jeta un bref coup d'oeil autour de lui, comme pour guetter la réaction de ses hommes.

- "Tu viens de te foutre de ma gueule, non?"

Débile, cruche, stupide Schwachkopf !

- "Oui… enfin non ! Je veux dire...Je…"

Negan éclata de rire. Sa batte tendue vers elle, la gorge tendue vers le ciel, il riait avec force comme si elle venait de lui raconter la blague la plus fantastique de son existence. Et étrangement, Luisa ne se sentit guère plus rassurée.

- "Putain, t'es sérieuse ? T'as de ces putains de couilles ! Crois-moi, moins de la moitié de mes hommes peut prétendre en avoir d'aussi grosses !

- C'est… cool ?" hésita-t-elle, quasiment certaine de se recevoir un coup de batte.

Il y eut quelques rires plus ou moins embarrassés dans l'assemblée.

- "Ouais, ouais c'est cool ! Merde, Luisa, je t'aime bien."

Oh.

Surveillant toujours d'un oeil prudent la batte, elle se permit à regard vers le visage hilare de Negan. Il avait le regard noir et semblait brûler d'une flamme étrange et inquiétante. Une lueur propre à leur nouveau monde. Un éclat lui indiquant clairement qu'il lui valait mieux être aux côtés de Negan plutôt que de s'opposer à lui.

Il finit par se tourner vers le reste des Sauveurs, spectateurs muets de leur discussion.

- "Vous avez pas mieux à faire au lieu de glander ?"

Et chacun s'en retourna à sa tâche précédente sans demander son reste. Il y avait une rigueur quasi militaire dans cette façon de régenter le groupe qui dénotait complètement avec l'atmosphère légère d'il y a quelque mois. C'est peut-être pour ça que ça a si mal finit… Sa gorge se serra.

- "Je vais rapidement te faire visiter notre mignon petit chez-nous, et t'aura plutôt intérêt à écouter, compris ?

- Affirmatif.

- Cool, t'es pas non plus bouchée", lâcha-t-il tout en lui faisant signe de le suivre. Mais il s'arrêta quasiment aussitôt, voyant Dwight arriver, le regard sans vie. "Ah ! Mon vieux Dwight ! Je voulais savoir, t'es quand même pas fâché contre moi ?" demanda l'homme tout en arquant un sourcil dans une attitude quasi théâtrale.

- "Non, non bien sûr," protesta Dwight d'un ton qui semblait dire le contraire.

- "J'espère bien. Tu vois D., j'aime pas faire ça. Pas du tout. Mais les règles sont les règles, non ? T'as merdé, vraiment merdé, alors maintenant, assume et vire-moi ce putain d'air de ton visage, ou je te l'éclate.

- Pigé.

- Bien, j'espère que j'aurais pas à refaire passer le message."

Dwight inclina la tête et recula lentement jusqu'à ce que son chef lui fasse signe d'y aller. Puis, Negan balança sa batte de baseball sur son épaule et tourna les talons, demande implicite à Luisa de le suivre, ce que cette dernière fit sans hésiter.

Il était trop tard pour reculer, s'enfuir et ne jamais revenir. Trop tard pour retrouver sa vie de nomade et ses discussions avec les morts. Les Sauveurs ne devaient pas être du genre à proposer à n'importe qui de les rejoindre, ce qui faisait d'elle une privilégiée, d'autant plus que Negan semblait l'apprécier.

Pourtant, elle était bien incapable de dire si c'était une chance ou non.


Hellooo

Un avis sur Negan ? Perso, je ne suis clairement pas satisfaite. Jeffrey Dean Morgan est juste incroyable dans son rôle, donc le reproduire à l'écrit est particulièrement difficile... Tant mieux quelque part, ça ajoute du challenge mais pour l'instant, j'ai beaucoup de mal... Donc désolée vraiment, j'essayerai de faire au mieux dans les prochains chapitres !

Je préfère aussi vous prévenir car j'ai oublié de le mentionner plus tôt : les événements de la saison 7 seront vraiment différents de ceux de cette fiction, notamment pour le fameux épisode 1... Faut dire que Luisa est dans le coin maintenant...

Enfin bref, j'en dis beaucoup trop, désolée ! La suite arrivera très prochainement car le chapitre 5 est assez court donc vala vala

Poutoux poutoux et encore merci de lire cette fiction !