Chapitre 4 : L'Écorcheur
Une fois arrivés sur Freyaris, Astrid montra le chemin à Valka, tout comme elle l'avait fait la veille pour son fils. Et une fois encore Krokmou bouda au moment d'être laissé seul (bien que Jumper et Tempête soient avec lui).
Une fois à l'intérieur, Valka n'eut aucun mal à s'approcher du dragon blanc et à sympathiser avec lui. Si son fils était adroit avec les dragons, pour sa mère c'était un niveau au dessus : On pouvait même parler de « don » en ce qui la concernait.
- Hum je vois.
- Alors ?
Valka était en train d'examiner Volcan.
- C'est un « Rockart-des-falaises », conclut-elle. En général ils évitent de s'approcher des humains.
- C'est pour ça que je n'ai rien trouvé à son propos dans le livre des dragons ? Demanda Astrid.
- C'est possible oui. En tous cas c'est normal qu'il n'avale rien. Ce genre de dragon ne mange pas de nourriture.
Le jeune couple se regarda sans trop comprendre où elle voulait en venir.
- Attends s'il ne mange pas de nourriture, alors qu'est-ce qu'il mange ? Questionna Harold.
Valka ne répondit pas immédiatement, elle prit d'abord une pierre qui traînait par terre et la mit bien en évidence.
- Il mange de ça ! S'exclama t-elle en montrant la pierre.
- Des cailloux... ?
- De la roche plus précisément.
- Heu... vous êtes sûre de vous ? Demanda timidement Astrid.
Valka sourit de bon cœur devant l'air médusé d'Astrid.
- Fais moi confiance ma petite, les Rockart sont d'un naturel timide, ils n'aiment pas manger devant les gens, et surtout pas devant des humains. Mais rassure-toi il a l'air de bien se nourrir. J'ai même l'impression qu'il a fait des réserves.
Pour accompagner ses propos, Valka pointa un tas de pierre qui semblait avoir était mis là exprès. Les deux plus jeunes ne l'avaient même pas remarqué. Heureusement que Valka avait les yeux sur tout.
- Alors comme ça je m'inquiétais pendant que Monsieur se gavait dans son coin hein ? Vilain dragon !
Elle le réprimandait mais au final sa voix laissait plus entendre du soulagement que de la colère.
- Au fait, Harold m'a dit qu'il avait eu une blessure ? Je pense que depuis ça a dû bien cicatriser, mais j'aimerai quand même jeter un œil au cas où. Je peux ?
La Hofferson acquiesça en laissant sa place. Elle alla ensuite rejoindre Harold qui s'était mis en retrait pour les laisser faire.
- Bon ben voilà, au final je me suis inquiétée pour rien, dit-elle à son petit-ami.
- C'est tant mieux, répondit-il tout en regardant de loin sa mère défaire le bandage qu'avait administré Astrid au Rockart.
Il lâcha un regard en coin vers sa bien-aimée tout en ricanant.
- Qu'est-ce qui te fait rire ?
- Oh rien, c'est juste que je repense à celle que tu étais avant.
Soudain interloqué, la jeune fille fixa attentivement Harold.
- Comment ça ? Demanda t-elle d'un ton soudainement plus sérieux.
- A l'époque tous les villageois parlaient de toi comme une prodige. La futur « tueuse de dragon » qu'on t'appelait. Et aujourd'hui tu es là, à te soucier du sort de l'un d'eux et à t'occuper de lui...
Astrid rougit légèrement. Pour n'importe qui ces mots ne seraient qu'une simple constatation, mais elle connaissait assez Harold pour savoir qu'il s'agissait là de véritables compliments.
- Et bien... les gens changent tu sais. Toi aussi tu as changé.
- Tu trouves ?
- Bien sûr ! Il est loin le temps du petit Harold tout fragile et timide.
- Tu me trouvais timide ?!
- Évidemment ! Tu bafouillais tout le temps !
- Eh ! Même pas vrai d'abord !
Sans même lui répondre, elle se mit à imiter son amour, bafouillant comme personne ne pouvait bafouiller. Cette piètre imitation eut au moins le mérite de le faire rire. Une fois calmé le jeune couple se regarda longuement avant qu'Harold ne reprenne sur un ton plus sérieux.
- Dis... vous vous êtes dit quoi ce matin avec ma mère ? Je me doute que vous n'avez pas parlé que de la « Catastrophe » que j'étais, si ?
La jeune fille sentit quelque chose dans la voix du dragonnier : Un mélange de curiosité et d'inquiétude. Après tout il fut éloigné de sa mère durant vingt ans, c'est logique qu'il se demande ce qu'elle pouvait penser de lui.
- En fait.. elle m'a posé plein de questions sur toi. Je pense qu'elle se sent coupable de t'avoir laissé pendant aussi longtemps. Elle ne t'a pas vu grandir après tout, elle doit sûrement chercher à compenser comme elle peut.
- Hum.. je vois..
Le ton de son petit-ami avait encore empiré. Astrid brûlait d'envie de lui poser une question, mais elle avait peur qu'il le prenne mal. Finalement un blanc s'installa ce qui la poussa à sauter le pas.
- Dis Harold... est-ce que tu lui en veux ?
Le jeune homme se figea. Il ne savait quoi répondre. Pourtant il adorait sa mère, et la revoir était l'une des meilleures choses qu'il lui soit arrivée. Pourtant il est vrai que beaucoup de choses les séparaient, même s'il sentait qu'elle et lui étaient liés par le sang, quelque chose agissait comme une barrière invisible. Après tout il avait grandi sans mère, elle n'avait donc jamais pu être présente dans les moments difficiles, ni les joyeux d'ailleurs. Mais elle était là à présent, et c'est tout ce qui comptait.
Au final malgré tout il n'avait pas vraiment de raison de se plaindre. Il répondit donc des plus simplement.
- Non, je ne pense pas.
Cette réponse n'avait rien de satisfaisante pour Astrid, mais visiblement son petit-ami ne semblait pas vouloir en parler d'avantage. Elle lui répondit donc d'un simple « ok », qui conclut la discussion.
De nouveau le silence s'installa. Du moins jusqu'à ce qu'il soit de nouveau rompu par un petit cri étouffé provenant de Valka. Immédiatement le jeune couple fut alerté et alla prestement rejoindre la femme, qui affichait un regard inquiet.
- Maman qu'est-ce qui se passe ?
Harold et Astrid eurent le même réflexe, celui de regarder la cicatrice de Volcan. Mais bizarrement, rien ne semblait avoir changé depuis leur vérification d'hier. La plaie était toujours bien cicatrisée et il ne semblait y avoir aucun problème. Harold fixa sa mère avec incompréhension, mais cette dernière ne lui rendit pas son regard, à l'inverse, ses yeux fixaient Astrid avec étonnement.
- Astrid dis-moi, depuis quand as-tu retrouvé ce dragon et surtout, as-tu vu comment il s'est blessé ?
- Non, il était déjà ici quand je l'ai trouvé, et c'était il y a... hum.. une semaine je crois ?
Le regard de la femme s'assombrit, elle se redressa et saisit son bâton au passage.
- Il faut qu'on parte d'ici, vite !
Le couple resta estomaqué, ne sachant pas où était le problème ils se contentèrent de suivre la dragonnière sans discuter.
- Reste là mon grand, on revient vite, lança Astrid vers le dragon blanc avant de s'engouffrer dans l'étroit passage qui menait au couloir rocheux où les attendaient leurs montures.
- Maman qu'est-ce qui te prend ? S'exclama Harold.
Une fois sortie de la crevasse, la viking appela son propre dragon ainsi que ceux d'Harold et Astrid.
- Grimpez vite ! Pressa t-elle en faisant sortir Jumper de la cavité rocheuse.
- Mais pourquoi ?
Valka soupira. Selon elle, partir d'ici semblait être devenu une priorité, mais visiblement elle n'y parviendrait pas sans fournir un minimum d'explication. La mère prit une profonde inspiration avant de s'empresser de clarifier la situation.
- Écoutez les enfant, on doit rentrer au village pour le moment. J'ai bien observé la blessure de Volcan, et une chose est sûre : Celui qui la lui a fait est un autre dragon.
- Mais, si ce n'est que ça alors pourquoi fuir ?
- Harold... le dragon qui a attaqué Volcan n'a rien à voir avec ceux que tu connaîs. C'est un « Écorcheur », une créature violente assoiffée de sang qui tue juste pour son plaisir.
Le jeune couple s'échangea un regard grave : existait-il réellement ce genre de dragon ? Depuis qu'il avait rencontré Krokmou, Harold s'était persuadé que les dragons étaient totalement inoffensifs pour peu qu'on les laisse tranquilles. A son sens les créatures sanguinaires dont lui parlait autrefois son père n'étaient dûes qu'à la légitime défense des dragons, mais visiblement il semblait que les craintes de leurs ancêtres n'étaient pas totalement infondées.
Valka grimpa sur son dragon et prit son envol, elle savait que de cette façon les deux Vikings la suivraient. Et ça n'y manqua pas, elle fut presque immédiatement rejointe par Astrid et Harold.
- Attends Maman pas si vite ! Si ça fait une semaine alors l'Écorcheur doit être loin maintenant ?
- J'aimerais bien, mais pour avoir observé leur espèce pendant un moment j'ai pu remarquer trois choses : la première c'est qu'ils se nourrissent d'autres dragons, et lorsqu'ils ont choisi leur proie il est très difficile de les faire changer d'avis. La deuxième c'est qu'ils ont un système digestif très lent, c'est pour ça qu'après chaque repas ils dorment pendant toute une semaine avant de reprendre leur chasse. Je pense que Volcan lui a probablement échappé et l'Écorcheur à dû se rabattre sur une autre proie.
- Mais alors... Volcan ne risque plus rien ? Tenta Astrid avec une pointe d'espoir.
- J'en doute, ce genre de prédateur est tenace, maintenant qu'il a goutté à Volcan il va certainement vouloir en finir.
- Mais alors ?...
Le visage d'Astrid devint soudainement livide. Presqu'instinctivement elle ordonna à Tempête de s'arrêter, ce qu'elle fit. La dragonne positionna ses ailes pour freiner sa vitesse et se stabiliser en vol. Elle fut imitée par Harold et Valka à l'instant même ou ils réalisèrent qu'elle ne suivait plus.
- Astrid qu'est-ce que tu fais ? Questionna sa future belle-mère.
- Je... je ne peux pas abandonner Volcan, il ne peut toujours pas voler correctement, il va se faire dévorer ?!
La mère d'Harold fut prise de court, elle ne savait pas si ce que disait Astrid était une question ou une affirmation. Elle répondit malgré tout d'une voix triste.
- En effet...
La Hofferson écarquilla les yeux. Il était hors de question d'abandonner un dragon à une mort certaine, et surtout pas un qu'elle considérait à présent comme un ami.
- Eh ! Que fais-tu ?! Beugla Valka en voyant Astrid faire demi-tour.
- Volcan est en danger, je refuse de le laisser ici !
- Tu ne réalises pas ? Si tu y vas ce sont vos propres dragons qui seront mis en danger !
La jeune fille parut un peu troublée, cette dernière phrase semblait l'avoir fait réfléchir.
- Vous... vous avez peut-être raison...
Mais avant qu'elle n'ait le temps de prononcer quoi que ce soit d'autre, Tempête se propulsa d'elle-même en direction de l'île qu'ils venaient à peine de quitter.
- Tempête qu'est-ce qui te prend ! Hurla t-elle paniquée.
Tandis que sa cavalière s'agrippait comme elle pouvait, le dragon bleu lança un regard en coin, un regard rempli de détermination. Astrid réalisa que Tempête voulait sûrement aider Volcan tout autant qu'elle.
- Je comprends.. toi aussi tu penses comme moi ?
Le dragon et la jeune fille s'échangèrent un regard complice. Visiblement Tempête avait compris les sentiments d'Astrid. La jeune fille qui était prise d'un nouvel entrain se mit alors à hurler d'une voix forte et assurée :
- En avant Tempête !
