DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling.
Rating : M+
Genre : romance / slash / Yaoi
Merci beaucoup pour vos reviews. Je suis désolée de ne pas avoir pu répondre à tout le monde cette semaine, mais je me suis un peu trouvée à court de temps. J'espère que vous ne m'en voulez pas et que ça ne vous découragera pas de laisser des commentaires. C'est toujours un bonheur de les lire.
J'ai également remarqué parmi les revieweurs des noms qui n'apparaissaient pas habituellement dans mes autres histoires. Merci à vous de vous être manifesté !
Bonne lecture !
Partie 2 - Draco
C'est se démener
Chanter dans le désert
Pour qui c'était
Tous ces vers, tous ces airs
Avant toi
Avant toi laisse moi te dire
Avant toi c'était quoi
Une répétition
De mots de gestes las
Puis l'explosion
Avant toi c'était rien
Ou si peu que mes bras
N'avaient jamais étreint
Que du vide et du froid
Chapitre 1
Vendredi 24 octobre 2008 – The Sky Pod, La City, Londres
Draco Malefoy n'était pas né de la dernière pluie. Quand il avait laissé à Potter le soin de choisir l'établissement où ils se retrouveraient ce soir, il savait par avance que ce serait un bar moldu. Il en eut la confirmation quand il reçut son hibou la veille après-midi.
Il s'était évidemment renseigné sur le dress-code de l'établissement afin de ne pas commettre de faute de goût. Il arriva donc au Sky Pod vêtu d'un costume moldu taillé sur mesure, en laine de soie gris anthracite qu'il portait avec une chemise blanche et une cravate aubergine. S'il en jugeait par les regards que les clients du bar posaient sur sa personne, il devait être éblouissant. Comme d'habitude.
Il traversa la salle à pas lents, s'émerveillant malgré lui du choix de Potter. Il fallait dire que l'endroit était plutôt exceptionnel. Le Sky Pod n'était pas seulement un bar, c'était aussi l'un des plus hauts jardins suspendus de Londres. Sous une immense verrière située à 150 mètres de hauteur, s'étendait une végétation luxuriante au milieu de laquelle les clients flânaient, un verre à la main.
Draco repéra Harry, installé dans un large fauteuil bas en cuir, juste devant la baie vitrée. Il semblait fasciné par les lumières de la ville qui s'étendait à leurs pieds.
-J'avoue que je suis impressionné, Potter. Ce qui n'arrive pas souvent.
Harry tourna la tête vers Draco et se leva pour l'accueillir. Il portait un pantalon et une veste noirs, sur une chemise, noire également, dont les premiers boutons étaient négligemment ouverts. Draco nota que la coupe ajustée du costume mettait bien plus en valeur sa silhouette que les vêtements informes qu'il portait d'habitude. Il nota également le regard appréciateur avec lequel Potter le regardait, lui. Et cela lui apporta une joie déraisonnable dans le cœur.
-Bonsoir, Malefoy. Je suis content que ça te plaise, dit Harry en se rasseyant.
Draco en fit autant, prenant soin de croiser ses longues jambes en une pose décontractée.
- Tu viens souvent ici ? demanda-t-il.
- De temps en temps. Ils servent les meilleurs cocktails de la ville.
- Des cocktails, répéta Draco avec réticence. La seule fois où j'ai bu un cocktail, c'était un Avada Kedavra. Absinthe et vodka. J'ai cru avoir avalé une potion de liquéfaction des entrailles.
- Eh bien, tu verras que, tout comme pour le whisky, les moldus sont plus doués que les sorciers pour préparer des cocktails.
Il fit signe à un serveur qui approcha immédiatement.
- Deux Manhattan, s'il vous plait.
- Tout de suite, Monsieur.
Tandis que l'homme s'éloignait, Draco admira la vue qu'on avait depuis la baie vitrée.
- C'est magnifique, dit-il. Je n'avais jamais pris conscience qu'une ville pouvait être aussi belle la nuit.
- J'imagine que tu ne fréquentes pas très souvent le Londres moldu.
Draco pinça les lèvres.
- Toujours les mêmes bons vieux clichés, n'est-ce pas Potter ?
- Excuse-moi, dit-il. Ce n'est pas ce que je voulais dire.
Potter semblait sincèrement embarrassé. A tel point que cela fit sourire Draco.
- Je sais. Ceci dit, tu as raison. Je ne viens pas beaucoup de ce côté-ci de Londres. Peut-être est-ce un tort. Mais j'avoue que j'ai dû mal à quitter la quiétude du Wiltshire et de Bradford en particulier.
- C'est vrai que c'est un endroit splendide.
- Et tu n'as encore rien vu ! L'automne est bien installé maintenant. La forêt autour du Manoir est absolument magnifique. Je peux m'y promener pendant des heures, par n'importe quel temps.
- C'est drôle, dit Harry en rigolant. Je ne t'imaginais pas vivant au grand air.
- C'est parce que tu ne me connais pas.
- Voilà encore une chose à laquelle je voudrais remédier, dit-il en souriant doucement.
Draco expira brièvement. A Poudlard, il avait toujours envié ces sourires que Harry distribuait à tout le monde, sauf à lui. Et pour cause, évidemment. Mais aujourd'hui, ce sourire était pour lui. Et seulement pour lui.
Il sentit un échauffement malvenu se répandre sur ses joues et espéra que les lumières tamisées le dissimulent à la vue de Potter, qui le regardait toujours. Fort heureusement, son attention fut détournée par l'arrivée du serveur qui posa sur la table basse, deux verres de forme triangulaire, remplis d'un liquide ambré dans lequel trempait une cerise.
-Voici, Messieurs, dit le serveur avant de se retirer prestement.
Harry souleva son verre.
- A nos découvertes mutuelles, dit-il.
- A nos découvertes.
Draco trempa ses lèvres dans le breuvage pour en apprécier la saveur.
- Hm… whisky, vermouth… et quelque chose d'indéfinissable.
- Angostura, précisa Harry. Une liqueur amère.
- C'est délicieux.
- Et surtout très dangereux ! Les cocktails ont tendance à délier les langues.
- Oh… tu comptes me cuisiner alors ?
Harry regarda Draco par-dessus son verre avec une lueur malicieuse dans le regard.
- C'est l'idée en effet. Après tout, tu sais un paquet de choses sur moi, tandis que moi, je ne sais rien sur toi.
- Eh bien… mon nom est Draco Lucius Malefoy. Je suis né…
- Le 5 juin 1980. Tu es gémeaux. Ton prénom t'a été donné en référence à une constellation, le Dragon, ainsi que c'est l'usage dans la famille Black depuis des lustres. Tu es fils unique. Tu aimes le Quidditch, tu soutiens le club des Pies de Montrose et tu es un excellent attrapeur. Sauf quand tu joues contre moi, bien entendu.
- Je croyais que tu ne savais rien, coupa Draco.
- Disons que je sais deux ou trois choses. Mais pas l'essentiel. Alors, dis-moi. Dans quoi travailles-tu ?
- Travailler ? ricana Draco. Par Salazar, Potter ! Les Malefoy ne travaillent pas. Travailler, c'est bien trop… plébéien.
- A quoi occupes-tu tes journées alors ? A te promener en forêt ?
- Je gère le domaine et la fortune de ma famille. Je surveille nos investissements. Et crois-moi, ça prend du temps.
Harry hocha simplement la tête et Draco put deviner qu'il cherchait comment amener sa prochaine question. Il ne fit aucun effort pour l'aider.
-Tu… hum… tu as… complètement disparu après ton procès, commença-t-il laborieusement.
Comme Draco restait silencieux, il remua un peu sur son siège.
-Je veux dire… au début, j'ai vraiment cru que tu étais parti. Avec tes parents. Puis j'ai appris que tu vivais toujours au Manoir. Je me disais qu'on finirait par se croiser un jour ou l'autre, mais… les années ont passé et… enfin voilà.
Draco sourit, étrangement ému par la confession de Potter.
- C'est pour ça que tu t'es décidé à venir jusqu'au Manoir ?
- Sans doute.
- Ça n'explique pas pourquoi tu espérais me revoir pendant toutes ces années. On ne s'est jamais vraiment entendus, toi et moi. C'était même plutôt le contraire.
Potter ne répondit pas. A la place, il glissa sa main dans l'espace entre sa cuisse et l'accoudoir pour en extirper une boîte longue et fine.
-Ça fait dix ans que j'attends pour te la rendre. J'ai voulu le faire après ton procès mais…
Il n'acheva pas sa phrase. Il tendit la boîte à Draco qui la prit avec des gestes lents. Il savait ce qu'elle contenait.
Les doigts un peu tremblants, il souleva le couvercle de la boîte. A l'intérieur, sur un tissu en velours vert sombre, se trouvait sa baguette. Sa première baguette, en bois d'aubépine et crin de licorne. Celle qu'il avait achetée chez Ollivander le 31 juillet 1991. Juste avant de se rendre chez Madame Guipure. Juste avant de…
- Vu que je te l'ai arrachée des mains, je ne sais pas si elle t'obéira encore, dit Harry avec une certaine gêne, sortant Draco de ses pensées, … mais… je… c'est important pour moi de te la rendre. Je ne l'ai plus utilisée après… enfin, tu sais.
Après avoir tué Voldemort.
La gorge nouée, incapable de prononcer le moindre mot, Draco caressa baguette du bout des doigts. Il aurait voulu la prendre en main mais il ne pouvait pas. Pas devant une assemblée de moldus. Comme il continuait son geste, une sensation de chaleur, douce et familière se répandit du bout de ses doigts jusque dans son bras. Il eut un petit hoquet de surprise et fit un effort surhumain pour retenir les larmes qu'il sentait monter à ses yeux.
- Elle… hum… je crois qu'elle réagit encore, dit-il d'une voix bien trop rauque. Je pourrai peut-être la réapprivoiser.
- Tant mieux, soupira Harry.
- Je… merci, Potter. Merci infiniment.
Jamais Draco n'avait été aussi sincère de sa vie.
Il s'était évidemment racheté une nouvelle baguette. C'était juste après la guerre. Il l'avait commandée chez Thiago Quintana, le fabriquant le plus réputé des Etats-Unis. C'était une pure merveille, en palissandre et plume d'oiseau-tonnerre, dont la poignée était délicatement sculptée et incrustée d'ivoire. Elle fonctionnait parfaitement bien mais jamais Draco n'avait pu la préférer à sa baguette d'aubépine.
-Pas de quoi, dit Harry qui semblait aussi heureux que Draco.
D'un geste presque synchronisé, ils s'emparèrent tous les deux de leurs verres pour en boire une gorgée.
-Qu'est-ce que tu as fait après la fin de ton procès ? demanda Harry après un temps.
Depuis la guerre, Draco n'aimait pas parler de sa vie. Pourtant, face à Potter, les mots lui vinrent avec une étonnante facilité.
- Ça n'a pas été simple. Mon père avait été condamné à exil mais ma mère et moi avions été acquittés. Evidemment, ma mère a décidé de suivre mon père. Ils s'attendaient à ce que je parte avec eux et j'y ai sérieusement songé. Mais j'ai fini par décider de rester ici. Ma vie était ici, en Angleterre. Je ne voulais pas quitter mon pays. Et puis, de toute façon, il fallait bien que quelqu'un s'occupe des affaires familiales. Je suis donc resté au Manoir. J'ai passé mes ASPIC par correspondance car je ne voulais pas retourner à Poudlard, ni aller dans une autre école. De la même manière, j'ai suivi une formation de préparateur de potions, histoire d'avoir quelque chose en plus. Au cas où.
- Tu as été plus malin que moi, dit Harry en soupirant. Ni Ron, ni moi ne sommes retournés à Poudlard. Seule Hermione a voulu y aller. Il n'était pas question pour elle de louper ses ASPIC.
- Mais… et toi ? Et Weasley ?
- Nous n'avons ni ASPIC, ni formation supérieure. Le Bureau des Aurors nous a engagé directement.
Draco retint de justesse une remarque sarcastique sur le traitement de faveur réservé aux héros de guerre. Mais Potter n'était pas dupe.
- Je sais ce que tu penses, dit-il. Et je suppose que tu as raison… C'était…
- Harry ?
Il tourna la tête vers celui qui venait de l'interpeller. L'homme était blond, les yeux bleus et devait avoir une trentaine d'années.
- Harry, c'est bien toi ?
- Michael, dit Harry en se levant.
- Comment vas-tu ?
- Bien. Très bien. Et toi ?
- J'attends toujours que tu me rappelles.
- Oh… je… oui… je suis désolé…
Le nommé Michael coula un regard vers Draco, qu'il détailla de haut en bas.
-Je vois.
Il reporta son attention sur Harry et lui fit un sourire en coin.
-Si jamais tu veux varier les plaisirs, rappelle-moi. On s'était plutôt bien amusés l'autre nuit…
Sur ces mots, il se rapprocha de Harry, se pencha vers lui et l'embrassa sur la bouche.
Draco regarda la scène se dérouler au ralenti. La colère de voir cet inconnu embrasser Potter se disputait le bonheur de comprendre ce que cela impliquait.
-A bientôt Harry, dit Michael d'un air éminemment satisfait.
Un peu hébété, Harry se rassit. Il soupira en se passant la main dans les cheveux.
- Eh bien, je comprends maintenant pourquoi ta rouquine a pris le large, dit Draco avec un visage impassible. Mais je suis étonné que la Gazette n'ait rien dit à propos de… ça.
- Il n'y a que deux personnes qui sont au courant, murmura Harry. Trois maintenant.
- Et on peut compter sur tes inséparables pour garder ton secret, ironisa Draco.
- Ron et Hermione ne savent rien.
Draco n'aurait pu être plus étonné. Que Granger et Weasley ignorent quelque chose à propos de leur ami de toujours, une chose aussi importante qui plus est, était tout simplement impossible à croire.
- Pourquoi ? demanda-t-il. Je croyais qu'ils savaient tout de ta vie.
- Pas tout, non.
- Tu as honte ?
- Peut-être, dit Harry en haussant les épaules. Même quand il s'agit de baiser, il faut encore que le Garçon-qui-a-survécu soit différent des autres.
Potter eut un petit rire mais aux oreilles de Draco, cela ressembla plus à un sanglot moqueur.
- Qui est courant alors ?
- Ginny, évidemment. Elle est la première à qui j'en ai parlé. Et puis… Seamus.
- Seamus… Finnigan ? Tu as couché avec Finnigan ?
Draco se rendit compte que son ton était bien trop vindicatif pour ne pas paraître suspect. Pourtant, ce n'était pas de la suspicion qu'il vit dans les yeux de Harry, mais de la tristesse.
-Non, dit ce dernier en secouant doucement la tête. Je lui en ai simplement parlé parce que je savais que lui aussi, il… Enfin, bref. Je n'ai pas couché avec lui.
Il baissa un peu la tête, avant d'ajouter, très bas :
-Tu n'as pas à être jaloux de moi.
La respiration de Draco se bloqua dans sa gorge. Potter était au courant. Non seulement, il était au courant mais il pensait manifestement que Draco ressentait toujours quelque chose pour Seamus.
- Depuis quand le sais-tu ? demanda-t-il plutôt sèchement.
- Vendredi dernier.
Draco haussa les sourcils. Tant qu'à le dire à Potter, pourquoi Finnigan avait-il attendu tant de temps ? Il eut sa réponse avant même de devoir poser la question.
- J'ai dit à Seamus que j'avais rendez-vous avec toi, le soir. Il a paru très étonné et j'ai pris son étonnement pour une réaction négative vis-à-vis de toi. Ça m'a énervé. C'est alors qu'il m'a dit… pour vous deux.
- Eh bien, oui. Nous sommes sortis ensemble pendant six mois.
- Pourquoi as-tu voulu cacher votre relation ?
- Pourquoi ? s'enflamma Draco. Tu as oublié qui je suis, Potter ? De quel côté j'étais pendant la guerre ? La carrière de Finnigan aurait été brisée à l'instant-même où le monde sorcier aurait appris pour nous deux ! Il ne méritait pas ça.
Harry parut encore un peu plus triste que la minute d'avant.
- Tu es encore amoureux de lui, n'est-ce-pas ? murmura-t-il.
- Non, répondit Draco.
Le ton catégorique fit relever les yeux à Harry.
- En fait, continua-t-il plus doucement, nous n'avons jamais été amoureux l'un de l'autre. On s'entendait bien, on s'appréciait… et on baisait sacrément bien aussi. Mais… ce n'était pas de l'amour. Ça ne l'a jamais été.
- Quand j'ai demandé à Seamus pourquoi vous avez rompu, il m'a dit qu'il n'était pas la personne que tu cherchais.
- Il a dit ça ? souffla Draco.
Harry hocha simplement la tête. Le regard de Draco fuit vers la baie vitrée. Il avait la gorge nouée. Seamus était trop perspicace pour son propre bien.
-C'est vrai, admit Draco à voix basse.
Heureusement, Harry ne chercha pas à en savoir davantage. Il se contenta de vider son verre de cocktail et de le reposer sur la table. Il tenta d'apercevoir un serveur mais sans succès.
- Je vais aller au bar directement. Tu reprends la même chose ? Ou bien tu veux essayer autre chose ?
- Je ne suis pas sûr que les mélanges soient une bonne idée… mais je suis curieux d'essayer autre chose. Je te fais confiance.
Harry lui sourit et disparut dans la foule. Draco soupira et reporta son attention sur la vue au-dehors. Les lumières de la ville avaient quelque chose d'hypnotisant et bien malgré lui, il laissa le souvenir de sa rencontre avec Seamus remonter à la surface.
Il s'était rendu à Pré-au-Lard pour affaires, des affaires si peu concluantes qu'il avait décidé de noyer sa déception dans l'alcool. Il s'était retrouvé à la Tête de Sanglier – hors de question qu'il retourne aux Trois Balais – assis au comptoir à côté d'un autre homme qui semblait avoir la même idée que lui. Bien entendu, Seamus le reconnut immédiatement. Tout le monde le reconnaissait de toute façon. Mais alors que Draco s'attendait à être ignoré ou à recevoir des invectives, l'irlandais se mit à lui parler.
Draco ne sut jamais si c'était l'alcool ou un sort, ou encore parce qu'il crevait littéralement de solitude, mais il engagea la conversation avec Seamus.
Après quelques verres, il avait appris que Seamus venait de prendre le râteau de sa vie en déclarant son amour à Dean Thomas, son meilleur ami depuis le jour où ils étaient entrés à Poudlard. Dean l'avait violemment rejeté en le traitant de monstrueuse erreur de la nature.
Draco avait été stupidement ému par cette confession car l'espace d'un instant, il s'était imaginé lui-même en train de déclarer sa flamme à celui qu'il aimait depuis toujours. Nul doute que ça se serait terminé de la même manière, peut-être même avec quelques sorts en plus. Heureusement pour lui, Draco était beaucoup moins inconscient que le Gryffondor et il s'était toujours employé à dissimuler ses sentiments du mieux qu'il le pouvait.
La suite de l'histoire était, somme toute, assez banale : deux âmes en peine qui cherchent le réconfort l'une auprès de l'autre. Et ce qui devait n'être qu'un coup d'une nuit dura presque six mois.
-Me revoilà ! dit la voix enjouée de Harry.
Il posa sur la table deux grands verres remplis de glace pilée, de citrons verts, d'un liquide transparent… et de menthe.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Draco.
- Mojito ! Rhum, citrons verts, sucre de canne et feuilles de menthe. Un vrai délice !
Avec horreur, Draco vit Potter porter le verre à ses lèvres.
-NOOOON ! s'entendit-il crier.
Comme mû par une force invisible, il bondit hors de son siège et d'une main, écarta le bras de Harry, éclaboussant le devant de sa chemise et son pantalon.
Autour d'eux, les conversations s'étaient arrêtées. Les clients du bar les regardaient avec circonspection, anxieux de voir si la situation allait dégénérer.
De manière surprenante, Harry était assez calme. Il fixait Draco, une lueur étrange dans les yeux.
- Alors, c'était toi, dit-il doucement.
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Si tu le sais. Tu es Malcom Drake.
- Tu dis n'importe quoi.
- Si ce n'est pas le cas, comment sais-tu qu'il m'est interdit de consommer de la menthe, à cause des potions reconstituantes que je prends ?
- C'est… je… on ne peut jamais consommer de menthe avec des potions reconstituantes ! Tout le monde sait ça !
- C'est faux, dit calmement Harry. J'ai déjà pris des potions reconstituantes par le passé et je n'ai jamais eu de telles contre-indications. En fait, j'ai fait analyser ta potion par le laboratoire du Bureau des Aurors. Elle contient des yeux de scarabées. Ce qui est tout à fait inhabituel pour ce genre de préparation. Et ce sont précisément les yeux de scarabées qui sont incompatibles avec la menthe. La combinaison des deux ingrédients me donnerait de violentes nausées. Mais ce n'est pas à toi que je dois l'expliquer…
Draco semblait rempli de fureur. Ses lèvres étaient serrées en une ligne mince et une petite veine palpitait contre sa tempe.
- Tu me dégoûtes, Potter, siffla-t-il. Ta visite inopinée au Manoir, ces soirées… Toute cette comédie… uniquement pour me piéger !
- Non ! s'empressa de contrer Harry. Absolument pas ! Je voulais te revoir ! J'avais envie de passer du temps avec toi ! Je… Draco !
Mais Draco ne l'écoutait plus. Ses oreilles bourdonnaient alors qu'il traversait le bar à grandes enjambées, indifférent aux personnes qu'il bousculait sur son passage. Il repéra la porte des toilettes et s'engouffra dans une cabine vide. L'instant d'après, il transplanait à proximité du Chaudron Baveur. Il entra dans l'établissement, et sans un mot déposa sur le comptoir les 5 mornilles que coûtait l'usage de la cheminée publique. Il s'empara du gobelet de poudre de cheminette qu'il jeta dans l'âtre avant d'énoncer sa destination.
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Manoir Malefoy
A peine arrivé chez lui, Draco ôta sa veste et sa cravate et les jeta sur un fauteuil tout proche. Il se rendit alors compte qu'il n'avait pas emporté la boîte que Potter lui avait donnée plutôt dans la soirée et qui renfermait sa baguette.
-Et merde ! jura-t-il en se passant la main dans les cheveux.
Pour le coup, c'était fichu. Potter ne la lui rendrait pas une deuxième fois.
- WOOLY ! cria-t-il.
- Oui, Maître Draco, dit l'elfe de maison qui venait d'apparaître.
- Range-moi ça ! exigea-t-il en montrant les vêtements du doigt.
- Oui, Maître Draco.
La petite créature prit la veste et la cravate sans aucun risque, puisque son maître lui avait ordonné de les prendre mais ne les lui avait pas donnés.
Fatigué et dépité, Draco se dirigea vers le bar. Il se servit un verre de whisky pur feu, celui qu'il buvait quand il voulait juste oublier ses problèmes. Il fit lentement tourner le liquide dans le verre, contemplant son reflet à la surface, tordu et grotesque.
Grotesque, c'est ce qu'il était. Grotesque et pathétique.
Il regarda son verre avec animosité, comme s'il était la source de tous ses problèmes. Submergé par une vague de colère contre Potter mais surtout contre lui-même, il jeta le verre contre le manteau de la cheminée, où il s'écrasa à l'instant même où des flammes vertes rugissaient dans l'âtre. Potter en sortit, baguette à la main, un air déterminé sur le visage.
- Que fais-tu ici ? s'exclama Draco avec une rage décuplée. Comment as-tu passé la barrière magique ?
- Je suis un Auror. J'ai la faculté de pénétrer dans n'importe quel lieu si je l'estime nécessaire, quel que soit le degré de protection.
- Si tu l'estimes nécessaire ? Tu n'as aucune raison d'être ici, Potter ! C'est de l'abus de pouvoir !
- Ouais, c'est vrai. Et je m'en moque. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, ma carrière n'est pas vraiment florissante. Peut-être même que mes jours au Ministère sont comptés, alors ça ne fera pas grande différence.
- Que viens-tu faire ici ? répéta Draco.
Harry leva la main gauche. Il tenait une boîte longue et plate qu'il tendit à Draco.
-Tu as oublié ça au bar.
Draco la lui arracha littéralement des mains, sans le remercier.
- C'est bon, tu peux partir maintenant, dit-il sèchement.
- Je ne partirai pas. Pas avant d'avoir pu t'expliquer…
- M'expliquer quoi ? rugit Draco. Que tu m'as piégé ?
- C'est vrai, admit Harry. Je t'ai piégé. Et je suis désolé pour ça… mais Seamus ne voulait rien me dire. Et toi non plus apparemment.
- Pourquoi… mais pourquoi faut-il toujours que tu te mêles de ce qui ne te regarde pas ? De mes affaires en particulier ?
- Tu m'as sauvé la vie, Draco. Je ne pouvais tout simplement pas oublier ça.
- Oh, d'accord, soupira Draco. Tu te sens redevable envers moi, c'est ça ? Tranquillise-toi, Potter. Tu m'as rendu ma baguette, considère que nous sommes quittes. Tu peux retourner à ta vie, et me laisser vivre la mienne.
Contre toute attente, Harry éclata de rire. Mais c'était un rire froid, sans joie. Un rire presque dément.
- Ma vie ? Mais quelle vie, Draco ? Celle où je suis un parfait petit Auror obéissant, qui s'occupe avec zèle de toutes les affaires débiles qu'on veut bien lui confier ? Celle où je suis un ami dévoué, heureux du bonheur de ceux m'entourent alors qu'en réalité, je n'en ai rien à foutre !
- Ce n'est pas de ma faute si ta vie est sans intérêt, Potter.
- SI C'EST DE TA FAUTE ! explosa Harry. AVANT TOI, MA VIE ETAIT INSIPIDE MAIS JE NE M'EN RENDAIS PAS COMPTE ! JE NE SAIS PAS COMMENT C'EST FOUTREMENT POSSIBLE MAIS DU JOUR OU JE T'AI REVU, TOUT A BASCULE ! ET MAINTENANT PLUS RIEN NE SERA JAMAIS COMME AVANT ! PARCE QUE J'AI PRIS GOUT A TES WHISKY HORS DE PRIX, A TES ECREVISSES AU BEURRE BLANC, A TA CONVERSATION ET A TES COSTUMES !
Cette tirade laissa Potter essoufflé. Draco le regardait, légèrement inquiet. Ses yeux verts s'étaient obscurcis et ses cheveux semblaient encore plus en désordre que d'habitude, comme s'ils étaient au diapason de l'humeur de leur propriétaire.
- Potter, dit Draco très calmement, ce que tu dis n'a aucun sens.
- Au contraire, murmura Harry. Tout a du sens. Tout a… de nouveau du sens. Tu m'as sauvé la vie, Draco. Et pas seulement en m'administrant une potion.
Draco ne savait pas quoi répondre. Potter lui faisait peur tout à coup.
- Il faut que tu t'en ailles, finit-il par dire.
- D'accord, soupira l'autre. Si c'est ce que tu veux.
Cette attitude désespérée et défaitiste irrita Draco plus qu'il ne l'était déjà.
- Ce que je veux ? siffla-t-il. Par Salazar, ce que je veux, c'est juste qu'on arrête de s'évertuer à démolir tout ce que je parviens à construire ! Cinq ans ! Cinq ans, j'ai mis pour en arriver là où je suis ! Tout ça pour rien…
- Démolir ? Mais je ne veux rien démolir du tout !
- Ce que tu peux être naïf, Potter ! Que crois-tu qui va se passer quand les gens sauront qui est Malcom Drake en réalité ? Plus personne ne voudra faire affaire avec moi ! Ste Mangouste me retirera son agrément ! Je n'aurai plus rien !
Comme Harry le regardait sans comprendre, une vague de lassitude submergea Draco. Il se laissa tomber sur un fauteuil juste derrière lui et, les coudes sur les genoux, il pressa les paumes de ses mains contre ses yeux. Il ne devait pas craquer. Il ne pouvait pas craquer. Surtout pas devant Potter. Mais c'était plus facile à dire qu'à faire.
- Après mon procès, commença-t-il lentement, essayant de maîtriser sa voix, j'ai voulu me réinscrire à Poudlard pour passer mes ASPIC. Ils… J'ai été refusé.
- Quoi ? Mais c'est impossible ! Jamais McGonagall n'aurait…
- Pas elle, coupa Draco. Elle était d'accord. Mais pas le Conseil d'administration. Ils ne voulaient pas de moi. McGonagall n'a rien pu faire. Elle ne pouvait pas aller contre une décision de ceux qui finançaient la reconstruction de l'école. Comme je ne voulais pas quitter l'Angleterre, je n'ai pas eu d'autre choix que de suivre des cours par correspondance. L'avantage quand on vit tout seul dans une si grande maison, c'est qu'on n'est pas dérangé pour étudier.
- Et tes amis ? demanda Harry. Zabini, Nott, Parkinson ?
- Blaise est parti vivre en Italie, dans sa famille paternelle. Théodore et Pansy ont suivi leurs parents, tous condamnés à l'exil, comme mon père. Théodore est en Australie. Pansy au Canada.
- Et tes parents ?
- Etats-Unis. La Nouvelle-Orléans.
Draco fit une pause, le temps de faire descendre la boule douloureuse qu'il avait dans la gorge.
- J'ai brillamment obtenu mes ASPIC, continua-t-il, et ensuite mon diplôme de préparateur de potions. A tel point qu'un des enseignants qui a corrigé mon examen m'a écrit pour me suggérer de faire valider mon diplôme par l'Ecole Supérieure de Potions de Hambourg. J'étais réticent à quitter le Manoir mais on m'a garanti que mon absence ne durerait que trois mois. Je me suis donc inscrit aux épreuves. Pendant trois mois, ils m'ont fait préparer toutes les potions possibles et imaginables, des plus simples aux plus compliquées. Ils m'ont interrogé sur leur composition, sur leurs propriétés. J'ai réussi haut la main et j'ai obtenu la Maîtrise.
- La Maîtrise ? murmura Potter. Mais alors… tu n'es pas un simple préparateur…
- Non. Je suis Maître des Potions.
Draco eut un petit sourire en coin. Potter paraissait particulièrement impressionné par cette nouvelle.
-En rentrant en Angleterre, dit-il, j'ai pensé – à tort – que j'obtiendrais facilement un emploi auprès d'un apothicaire. Aucun n'a voulu m'engager, à cause de…
Il n'acheva pas sa phrase, haussant les épaules en frottant machinalement l'intérieur de son bras gauche.
- J'ai alors décidé de créer mon propre laboratoire. Je n'ai cependant pas eu plus de succès. Personne ne voulait faire affaire avec moi. Ils n'avaient pas confiance. C'est à ce moment-là que j'ai rencontré Finnigan. C'est lui qui m'a donné l'idée d'utiliser un nom d'emprunt. Je n'y croyais pas trop mais ça a fonctionné. Peacock's Lab et Malcom Drake ont eu des clients réguliers, qui ont commencé à parler à d'autres… et ainsi de suite.
- Jusqu'à Ste Mangouste, acheva Harry.
- Non. Ça je le dois à Seamus.
Draco sourit légèrement à ce souvenir.
- Nous étions déjà séparés mais nous étions restés en bons termes. Seamus avait terminé son internat et venait d'être nommé Guérisseur au département des blessures par créatures magiques. Son premier patient n'était autre que le fils du Directeur de l'hôpital. Il s'était fait mordre par une mygale à longues oreilles, une variété d'araignée qu'on ne trouve qu'au Pérou et donc très peu connue chez nous. Sa morsure provoque une paralysie lente mais inéluctable. Le Directeur mettait une pression abominable sur Seamus, à tel point qu'il craignait de perdre son job si le patient mourrait…
- Je m'en souviens, dit Harry. Seamus n'en dormait plus tellement il était stressé.
- Tu te souviens aussi qu'après des semaines d'analyse et de recherche, Seamus finit par trouver le traitement : une potion d'une difficulté inouïe, à base de venin d'acromentule, un ingrédient quasi impossible à trouver de nos jours car…
- Référencé comme ingrédient de magie noire, acheva Harry à sa place. Il m'en avait parlé. Il pensait que le Ministère en conservait peut-être quelque part. Je me suis renseigné, mais ce n'était pas le cas.
- Heureusement pour Seamus, j'en possédais une fiole... J'ai donc préparé la potion. Une semaine plus tard, le patient était complètement guéri. Le Directeur de Ste Mangouste était tellement heureux que son fils ait eu la vie sauve qu'il a promis à Seamus de lui donner tout ce qu'il voulait…
- Et Seamus a demandé que ton laboratoire soit agréé par Ste Mangouste.
- Ouais. Foutu Gryffondor au grand cœur, bougonna Draco.
Il soupira et se releva du fauteuil. Il fit quelques pas dans la pièce, les yeux dans le vague et les mains dans les poches.
- Tu as sauvé son fils, dit Harry. Je doute que le Directeur de Ste Mangouste te retire sa confiance en sachant qui tu es vraiment.
- Je suppose qu'on le saura bientôt. N'est-ce pas, Potter ? dit Draco avec un sourire mauvais.
Les épaules de Harry s'affaissèrent en même temps qu'un voile de tristesse couvrait son regard.
-Par Merlin, Draco… j'ai donc si peu de crédit à tes yeux ? Jamais je ne révèlerais ton secret à qui que ce soit !
Draco regarda Harry. Il semblait sincèrement blessé qu'il puisse croire le contraire. Draco, lui était perdu. Il ne savait plus quoi penser.
- Je ne sais pas, murmura-t-il.
- Draco…
- Arrête. Arrête de prononcer mon prénom comme ça…
- Comment ?
Il baissa la tête et ferma les yeux.
- Comme si… je comptais pour toi, souffla-t-il.
- Mais tu comptes pour moi, dit doucement Harry. Tu comptes bien plus que tu ne l'imagines.
L'instant d'après, Draco se retrouvait plaqué contre le mur de son salon, le corps de Harry pressé contre le sien et ses lèvres sur les siennes. Des lèvres douces et chaudes, exerçant une pression ferme et légère à la fois.
Draco avait les yeux grands ouverts. Il pouvait distinguer tous les détails du visage de Harry. Du grain fin de sa peau à la longueur et l'épaisseur de ses cils.
Puis, aussi soudainement que ça avait commencé, tout s'arrêta. Harry le regardait, indécis et embarrassé.
-Je suis désolé, dit-il seulement.
Draco prit alors conscience de deux choses. D'abord, qu'il n'avait fait aucun mouvement indiquant à Potter qu'il avait apprécié son initiative. Et ensuite, que le goût et la chaleur de ses lèvres étaient déjà en train de lui manquer.
Par Salazar, se fustigea-t-il. Ce dont il rêvait depuis des années venait de se produire et il était resté là, planté comme un radis, sans aucune réaction.
Alors, non sans une certaine brusquerie, il prit le visage de Potter en coupe et l'embrassa à son tour. Harry entrouvrit la bouche et la langue de Draco s'y glissa sans attendre, provoquant un son délicieusement approbateur qui enhardit Draco davantage. Harry avait un goût doux-amer, vestige du cocktail qu'il avait bu dans la soirée. Ses mains vinrent s'accrocher fermement à la taille de Draco, comme s'il craignait de s'écrouler.
Draco lui, était pris de vertige. Il avait déjà embrassé des hommes auparavant mais ce n'était rien comparé à ce qu'il était en train de vivre maintenant. Un feu d'artifice explosait dans sa tête, dans son cœur et dans son ventre. Il ouvrit plus grand la bouche, approfondissant le baiser. Il accueillit avec bonheur le gémissement sourd qui sortit de la gorge de Harry, les faisant vibrer tous les deux.
Après un temps compris entre une seconde et une éternité, Draco mit fin – à contre cœur – à ce prodigieux baiser. Haletants, ils restèrent tous les deux, front contre front, étroitement serrés l'un contre l'autre, sans dire un mot.
Pour Draco, cette sensation était peut-être aussi miraculeuse que le baiser en lui-même. Tellement miraculeuse qu'il l'eut l'impression qu'avant Harry, ses bras n'avaient jamais étreint que du vide et du froid.
- C'est vraiment ce que tu veux ? murmura-t-il.
- Par Merlin, je crois bien que je l'ai voulu à la minute où tu m'as ouvert la porte, le jour où je suis venu te voir la première fois.
- Potter, je…
- Harry. S'il te plaît. Appelle-moi Harry. Et ne me sors pas une connerie du style « on ne devrait pas » ou « c'est une erreur »… Ce n'est pas une erreur ! C'est…
- Harry, coupa Draco en posant un doigt sur sa bouche. Je voulais juste dire qu'on serait certainement mieux dans ma chambre.
- Oh.
Harry cligna des yeux, réalisant à peine ce que Draco était en train de lui proposer.
-Je… hum… oui. Oui. Excellente idée.
Draco ne s'ennuya pas à traverser tout le Manoir. Il resserra sa prise autour de la taille de Harry et transplana.
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La chambre de Draco était une pièce vaste, décorée de tons bleu, beige et brun. Un lit immense, tendu de draps blancs, prenait place contre le mur du fond. A son pied, se trouvait une large et longue banquette en velours ivoire et or. Partout, des chandeliers et des bougies magiques diffusaient une lumière douce et chaleureuse.
Entre ses bras, Draco pouvait sentir le corps de Harry légèrement tendu.
- Ça va ? demanda-t-il doucement.
- Oui, murmura Harry. C'est juste que… j'ai du mal à réaliser que je suis ici, avec toi et qu'on s'apprête à…
- A faire l'amour ? acheva Draco à sa place.
Harry déglutit, ses yeux verts agrandis et assombris par le désir mais aussi par quelque chose d'autre. Quelque chose de plus profond, de plus bouleversant. Noyé dans cet océan vert, Draco ne put plus attendre. Il se pencha et reprit possession de la bouche de Harry pour un autre baiser. Et quel baiser… Il envoyait des étincelles électriques à travers tout son corps, jusque dans son sexe qui devenait de plus en plus dur. S'il en jugeait par ce qu'il sentait à l'instant contre sa cuisse, Harry était tout aussi excité qui lui.
-Déshabille-toi, ordonna-t-il alors que lui-même commençait à déboutonner sa chemise.
En moins d'une minute, ils se retrouvèrent complètement nus. Draco fit un pas vers Harry et posa délicatement ses mains sur sa peau, redessinant le contour des muscles de son ventre, s'égarant sur ses cicatrices à peine visibles, de son torse, de ses bras, jusqu'à remonter à sa nuque.
-Tu es tellement beau, murmura-t-il avant de l'embrasser tendrement.
Harry n'était pas en reste. Ses mains caressaient le dos parfait de Draco, descendant lentement jusqu'à ses reins, puis ses fesses. Sa bouche migra le long de sa mâchoire, puis dans son cou. Il s'écarta un peu pour mordiller un téton rosé et lécher la peau pâle du ventre de Draco, avant de tomber à genoux. Devant lui, émergeant d'un petit buisson de boucles blondes, se dressait un sexe long, épais mais pas trop, rouge et gonflé de désir.
La respiration de Draco s'accéléra alors qu'il voyait Harry approcher les lèvres de son gland. Il ne put retenir un cri quand celui-ci le prit en bouche et le suça avec expertise, accompagnant le mouvement de sa bouche par celui de sa main, fermement agrippée à sa base.
Le bruit de salive excitait Draco à tel point qu'il ne put s'empêcher d'enfouir ses doigts dans la chevelure soyeuse de Harry pour attirer davantage à lui cette bouche merveilleuse.
Avec un grognement, il fit taire la perfide petite voix en lui qui se demandait combien d'hommes Harry avait sucé pour être si doué avec sa langue. A la place, il le fit se relever pour pouvoir à nouveau l'embrasser, tout en le poussant doucement vers la banquette qui se trouvait face au lit.
Draco fit asseoir Harry et s'agenouilla entre ses jambes. Lentement, presque avec dévotion, il se pencha sur son sexe, dont il suçota le bout en même temps qu'il promenait ses doigts dans l'épaisse toison noire qui l'entourait. Puis, il inspira, détendit sa gorge et prit le membre turgescent tout entier dans sa bouche.
-Oh Merlin, souffla Harry… Ta bouche… c'est si bon…
Encouragé par les gémissements de Harry, Draco s'activa avec énergie, aspirant et creusant les joues. Il maintint le rythme plusieurs minutes jusqu'à ce qu'il sente Harry se tendre dangereusement. Il mit fin à la caresse buccale assez soudainement, ce qui lui valut une virulente protestation de la part de Harry.
-Ne t'en fais pas, Potter, dit-il en se relevant. Je suis loin d'en avoir fini avec toi.
Il avait dit cela sur un ton si lourd de sens que Harry resta sans voix.
Nonchalamment, Draco s'éloigna en direction de la table de nuit. A chacun de ses pas, il sentait le regard de Harry glisser le long de son corps. C'est donc de manière délibérée qu'il se pencha pour ouvrir le tiroir du petit meuble et en sortir un pot en terre cuite. Sa manœuvre fut récompensée par un son étranglé qui le fit sourire.
Il revint vers Harry et s'assit à califourchon sur la banquette. Il ouvrit le pot, duquel une délicieuse odeur s'échappa. Il y trempa les doigts, prélevant une petite quantité d'une pâte lisse et onctueuse. Sous les yeux gourmands de Harry, il l'étendit sur son sexe en se caressant lentement.
-Laisse-moi faire, dit Harry d'une voix hachée.
Il prit le pot des mains de Draco et préleva à son tour un peu de lubrifiant.
- Cette texture… c'est incroyable, souffla-t-il. Et je n'ai jamais rien senti de pareil…
- Fabrication maison, précisa Draco. Les lubrifiants moldus ressemblent à de la graisse à frire et les produits sorciers contiennent toujours des propriétés supplémentaires et inutiles, de mon point de vue. Je n'ai pas besoin que ça chauffe ou ça rafraîchisse, ou que ça me fasse bander cinq heures d'affilée. Je me débrouille très bien sans, ajouta-t-il avec un sourire en coin.
- Cinq heures ? Vraiment ?
- En fait, je ne sais pas. Jusqu'à présent, aucun de mes amants ne m'a donné envie de les baiser si longtemps.
Harry le fixa avec un regard étrange.
- Tu insinues que ça peut changer ?
- Par Salazar, oui, souffla Draco en se penchant pour l'embrasser.
Au même moment, il sentit la main de Harry se refermer sur son sexe et le masturber doucement, provoquant un violent frisson d'excitation le long de son dos. Puis, Harry s'écarta et se recula contre l'accoudoir de la banquette. Il trempa à nouveau ses doigts dans le pot de lubrifiant, posa un pied sur le coussin, laissa l'autre sol et écarta les jambes.
-Oh Merlin, chuchota Draco en voyant les doigts de Harry disparaître dans son tréfonds à intervalles réguliers.
Harry poursuivit sa préparation encore quelques instants avant de se redresser et d'avancer vers Draco. Il s'installa au-dessus de ses cuisses et se laissa descendre sur son sexe.
Draco déglutit plusieurs fois d'affilée, inspira puis expira longuement. La sensation était indescriptible. Harry était étroit au-delà du possible, et ce malgré son apparente facilité à recevoir un sexe en lui.
- Tu m'étonnes, Potter, finit-il par dire.
- Pourquoi ? Tu croyais que je te dirais quelque chose du genre : « je ne me fais jamais baiser » ?
- A peu près.
- C'est parce que tu ne me connais pas, Malefoy.
- Je pense que je suis en train d'y remédier, Harry.
Draco appuya son propos par un mouvement de bassin qui le fit s'enfoncer davantage dans le corps de Harry. Celui-ci ferma les yeux, rejeta la tête en arrière et ondula voluptueusement sur les cuisses de Draco.
Quand il rouvrit les yeux, ils étaient voilés par le plaisir. Il se pencha vers Draco, noua ses bras autour de son cou et lui mordilla le lobe de l'oreille.
-En fait, dit-il à voix basse, j'adore ça. J'adore chevaucher une queue bien dure.
Draco tressaillit. Il n'avait pas non plus imaginé que Harry puisse être cru dans ses paroles pendant le sexe.
-Ça tombe bien, murmura-t-il. La mienne ne demande que ça.
Avec un sourire de prédateur, Harry planta ses pieds fermement sur le sol, de part et d'autre de la banquette et commença de petits mouvements ascendants et descendants.
Draco haletait, submergé par le plaisir de se sentir coulisser dans l'antre chaud de Harry. Mais quand son plaisir commença à se muer en quelque chose de plus redoutable, il posa les mains sur les hanches de Harry pour l'inviter à s'arrêter.
Puis, lentement, sans jamais se retirer de lui, il le fit basculer sur le dos, la tête appuyée contre l'accoudoir. Il resta sans bouger, se contentant de caresser du bout des doigts, son visage et ses lèvres.
- Qu'y a-t-il ? demanda Harry.
- Rien, sourit Draco, un peu tristement. Je veux juste en profiter. Le plus longtemps possible.
Son ton résigné n'échappa pas à Harry qui enroula sa main autour de sa nuque et l'attira à lui pour l'embrasser. Le baiser était profond, urgent, avide.
Quand Harry le relâcha, il le regarda droit dans les yeux.
- Draco… je ne sais pas ce que tu imagines, mais ce qui est en train de se passer maintenant, je ne l'envisage pas comme un simple coup d'un soir. En réalité, s'il n'en tenait qu'à moi, je te séquestrerais quelque part pour te faire l'amour tous les jours qui viennent jusqu'à ce que tu en aies marre de moi. Et si ça devait arriver, je te jetterais un sort d'oubliette pour qu'on recommence. Encore et encore.
- J'étais certain qu'un psychopathe sommeillait en toi, Potter, dit Draco en rigolant à moitié.
Son rire ne fut cependant pas suffisant pour dissimuler la note d'espoir dans sa voix. Harry lui, ne semblait pas rire du tout.
- Je suis sérieux, Draco. Je veux… enfin… j'aimerais sortir avec toi. Vraiment.
- C'est ma bite dans ton cul qui te fait perdre la tête, répliqua Draco, plus sèchement que nécessaire.
Harry ne se laissa pas déstabiliser par la vulgarité du propos.
- Ta bite dans mon cul me fait peut-être perdre la tête mais pas au point de m'empêcher de savoir ce que je veux. Et ce que je veux, c'est toi.
Sur ces mots, il se redressa. Il enroula ses bras et ses jambes autour de Draco pour le tenir contre lui, de la plus intime des façons.
- C'est toi que je veux, murmura-t-il en recommençant à onduler langoureusement.
- Harry…
- Fais-moi l'amour, Draco.
Draco abdiqua. Il passa ses bras autour de la taille de Harry et l'embrassa. Ils bougèrent tous les deux, imbriqués l'un dans l'autre, en parfaite osmose.
Après de longues minutes de ce rythme lent et incroyablement bon, Draco souleva Harry sous les cuisses et l'emporta jusque sur le lit, sans jamais cesser de l'embrasser. Il l'y déposa avec délicatesse, avant de se coucher sur lui de tout son long. Il s'enfonçait en lui lentement, ne se retirant jamais complètement et revenant toujours plus profondément.
Aucun des deux n'avaient envie de se presser. Ils prenaient leur temps, se nourrissant du plaisir de l'autre, de ses soupirs et de ses gémissements.
Jamais Draco n'avait embrassé un de ses amants aussi longtemps et avec autant de ferveur. Mais il ne s'agissait pas d'un amant comme les autres. Il s'agissait de Harry. Celui qu'il voulait plus que tout depuis qu'il était en âge d'éprouver du désir sexuel.
L'admettre enfin après tant d'années libéra quelque chose à l'intérieur de Draco. Quelque chose d'effrayant mais d'exaltant à la fois. Il éprouva soudainement l'envie de rire, d'exploser de joie. A la place, il se retira de Harry avec précaution. Ce dernier le regarda, étonné, confus et contrarié.
- Quelque chose ne va pas ? demanda-t-il avec inquiétude.
- Tout va bien, Harry, sourit Draco. Tout va parfaitement bien.
Il s'allongea à côté de Harry, prit sa main et la guida sans équivoque entre ses jambes. Harry ouvrit grand les yeux.
- Tu… tu veux que…
- Oui.
Harry ne se fit pas prier. Il attrapa le pot de lubrifiant abandonné au bout du lit et s'en enduisit généreusement le sexe. Il s'allongea sur le côté, tout contre Draco et souleva sa jambe. Il le pénétra avec précaution, guettant le moindre signe d'inconfort.
-Vas-y, le pressa Draco. Tu n'es pas le seul à aimer être rempli par une queue.
La réalité était toute autre, du moins jusqu'à maintenant. Il ne savait pas d'où lui venait cette envie de se donner à Harry, mais elle était là, irrépressible et nécessaire. Et Harry n'avait pas besoin de savoir que personne avant lui n'était passé par là.
- Merde… ce que tu es étroit, souffla Harry. Tu es sûr que ça va ?
- Parfaitement bien.
C'était vrai. Il se sentait bien. Complet. Et curieusement… puissant. Il comprenait pourquoi Harry aimait ça. Cela n'avait rien à voir avec la domination. Au contraire. Un homme vénérait son corps, lui procurait du plaisir et lui, il s'y abandonnait, confiant.
Tout comme Draco l'avait fait, Harry prenait son temps. Il savait sous quel angle se placer pour le faire vibrer et chacun de ses coups de rein envoyait Draco dans les étoiles.
- Harry, murmura-t-il en entrelaçant fortement ses doigts aux siens. Harry…
- Merlin, Merlin, Merlin, psalmodia Harry. C'est trop… c'est beaucoup trop.
Brusquement, Harry changea de position, et s'installa à genoux entre les cuisses de Draco.
- Je suis désolé, dit-il en se penchant vers lui. Je suis désolé… c'est trop fort… je dois…
- Vas-y.
Soulagé, Harry se mit à le pilonner avec force. Il haletait, ses gémissements se confondant avec ceux de Draco. Il était tendu à l'extrême. Les muscles de ses bras qui soutenait sa position, brûlaient littéralement mais pas autant que l'orgasme qui se construisait en lui.
-Oh Merlin, cria-t-il.
Brusquement, il se retira et empoigna son sexe dans l'intention évidente de se libérer sur le ventre de Draco, mais Draco l'arrêta.
- Non, dit-il fermement. En moi. Je te veux en moi.
- Tu es sûr ? Je veux dire… c'est…
- Fais-le.
Harry ferma les yeux très fort pour se maîtriser et se glissa à nouveau à l'intérieur de Draco. Il ne fallut que trois va-et-vient pour qu'il jouisse dans un grand cri.
Il était à bout de souffle. Son cœur battait comme un tambour tellement son orgasme avait été dévastateur. Cela ne l'empêcha toutefois pas de remarquer que Draco n'avait pas encore joui. Sans attendre, il se replaça au-dessus de ses cuisses pour s'empaler sur son sexe.
Draco hoqueta, aspira de l'air à plusieurs reprises, mais Harry ne lui laissa aucun répit, le chevauchant avec vigueur. Comme le corps de Draco se tendait, annonçant la libération toute proche, Harry se laissa retomber une dernière fois, resserrant les muscles du plus qu'il le pouvait.
Draco poussa un rugissement presque animal au moment où sa semence giclait hors de lui pour remplir Harry au plus profond.
Harry s'écroula, terrassé. Draco referma ses bras autour de lui, en une tendre étreinte. Ils restèrent silencieux un long moment, repus, bercés par les battements de leurs cœurs.
-C'était incroyable, dit finalement Draco en caressant le dos de Harry du bout des doigts.
- Oui. C'est dans un moment comme celui-ci que je voudrais avoir ton pouvoir. Pour te faire partager tout ce que je ressens.
- Mon pouvoir ?
- Ton flux magique, précisa Harry, un peu étonné. A chaque fois que tu me touchais, je le ressentais. C'était indescriptible, surtout quand tu as enlacé nos mains.
Draco redressa vivement la tête.
- Tu… tu l'as senti ? demanda-t-il avec étonnement.
- Bien sûr que je l'ai senti !
- Alors, elle avait raison, murmura Draco comme pour lui-même.
- Qui ça « elle » ?
Harry eut du mal à dissimuler la pointe de jalousie dans sa question et cela fit sourire Draco.
-Il y a plusieurs années, expliqua-t-il, mes parents et moi sommes allés au Kenya. Dans un village sorcier, nous avons croisé une vieille femme, fripée comme un raisin sec. Elle était aveugle et… Merlin, elle devait avoir au moins 150 ans ! Sans que je m'y attende, elle m'a attrapé par le bras et m'a dit « je peux voir ton flux magique. Il est beau et puissant ». Je lui ai répondu qu'elle était aveugle, qu'elle ne pouvait rien voir du tout. Ce à quoi elle a répliqué que le flux magique se voit avec le cœur, pas avec les yeux. J'aurais voulu en savoir plus mais mon père est intervenu. Il a repoussé la vieille femme en lui interdisant de m'approcher et de m'adresser la parole. Plus tard, quand je lui ai demandé ce que la femme avait voulu dire, il m'a fait la leçon en me disant que cette femme était folle et qu'il était indigne pour un Malefoy de croire en de telles sornettes.
- Mais tu t'es renseigné quand même…
- Oui. J'ai trouvé quelques livres qui en parlaient mais tous arrivaient à la même conclusion… personne n'avait jamais pu démontrer l'existence des flux magiques. J'en ai déduit que mon père avec raison. Ce sont juste des conneries.
- Ce ne sont pas des conneries. Je l'ai senti ! s'enflamma Harry. C'est pour ça que je voulais à tout prix retrouver Malcom Drake. Ce soir-là, il a posé sa main sur mon front et ce que j'ai ressenti à ce moment était… je ne sais même pas comment l'expliquer. Je croyais avoir rêvé mais c'était bien réel… et j'en ai eu la certitude hier, quand je me suis évanoui dans ton hall d'entrée. Tu as posé ta main sur ma joue et je l'ai senti à nouveau. Et là, j'ai su que Malcom Drake et toi n'étiez qu'une seule et même personne.
Draco sentit un vertige le submerger. En dépit de ce que son père lui avait dit, une toute petite part de lui avait toujours voulu y croire. Et lorsqu'il s'était retrouvé face à Harry à Ste Mangouste, il n'avait eu qu'un désir : apaiser ses souffrances. Instinctivement, il avait touché son front avec la volonté de lui transmettre son flux magique. Même chose hier quand il avait caressé sa joue. Mais jamais, il n'aurait pu imaginer que cela avait fonctionné.
- Tu es sûr ? demanda-t-il d'une voix neutre alors qu'il tremblait de l'intérieur.
- Absolument, dit Harry. La première fois aurait pu être une coïncidence. Mais pas la deuxième. Et… Oh… Oh Merlin…
Draco lui sourit. Il venait de poser la main à plat sur son dos, juste entre ses omoplates. Harry ferma les yeux.
-C'est merveilleux, Draco. Tu n'as pas idée de combien c'est merveilleux.
Pour toute réponse, Draco l'embrassa. Ils n'allaient pas s'endormir de sitôt.
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Samedi 25 octobre 2008 – Manoir Malefoy
Quand Draco se réveilla, une douce lumière d'automne inondait la pièce. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu'il n'était pas seul dans son lit et quand il se souvint des évènements de la veille, son cœur accéléra comme si une part de lui s'était attendue à ce que Harry se soit enfui.
Harry était toujours là. Allongé sur le côté, le drap le couvrant à peine à hauteur des hanches, un bras posé en travers du torse de Draco et une jambe emmêlée aux siennes.
Il était indiscutablement plus en forme que le jour où Draco l'avait revu à Ste Mangouste. Même s'il restait encore très mince, en un peu plus de deux semaines, il avait repris du poids et de la masse musculaire grâce aux potions reconstituantes. Draco eut un petit sourire d'autosatisfaction.
Harry remua légèrement. Il s'étira et resserra son étreinte autour de la taille de Draco. Il papillonna des paupières et resta immobile un moment, sans doute pour faire le point sur l'endroit où il était. Il redressa la tête pour fixer son regard brumeux et myope sur Draco.
Puis il sourit. Un sourire d'enfant. Immense. Sincère. Et Draco eut la certitude qu'il ne verrait jamais rien de plus beau à son réveil.
- Bonjour, dit-il en enfouissant son nez dans la masse désordonnée de cheveux noir, dans le but de masquer son trouble.
- Bonjour, répondit Harry d'une voix encore un peu ensommeillée. Quelle heure est-il ? demanda-t-il en remarquant qu'il faisait plein jour dans la chambre.
- Un peu plus de midi.
Ils avaient fait l'amour toute la nuit, dans toutes les positions possibles, tantôt lentement, tantôt sauvagement. Ce n'est qu'aux petites heures que l'épuisement les avait emportés dans un sommeil bienheureux.
- Tu as bien dormi ? demanda Draco.
- Je n'avais plus dormi aussi bien depuis longtemps, confirma Harry en s'étirant paresseusement. J'avais oublié combien c'est merveilleux de dormir avec quelqu'un.
- Tu… hm… je… je n'ai pas eu l'occasion de te poser la question hier… mais… est-ce que tu sors… d'une relation ? Je veux dire… ce Michael qu'on a croisé hier soir…
- Michael ? Un coup d'un soir rencontré dans un bar. Je n'ai eu aucune véritable relation depuis… Ginny. Et toi ?
- Mark. Ça a duré trois semaines. On s'est séparé il y a deux mois.
- Oh. Il ne voulait pas d'une relation cachée ? Comme Seamus ?
Draco eut un rire froid.
-Sûrement pas ! Seamus a été le seul à vouloir une vraie relation avec moi. Tous les autres, ça les arrangeait bien de garder le secret. Personne n'a envie de s'afficher avec un ancien mangemort, ajouta-t-il avec amertume.
Excepté ces foutus Gryffondor.
- Je ne comprends pas, dit Harry. Que cherchaient-ils dans ce cas ?
- Oh, c'est simple. Le frisson du coucher avec un ancien mangemort. La plupart s'imaginent que je suis sado-maso, que j'aime les cravaches et les doloris. Bien entendu, ils sont déçus quand ils comprennent que mes goûts sexuels sont tout à fait ordinaires.
Il soupira avec agacement.
-Mais le plus souvent, ils convoitent seulement mon argent. Je suis un amant généreux.
Harry se redressa en position assise et ramena ses jambes contre lui. Draco pouvait voir qu'il réfléchissait à ce qu'il allait dire.
-Draco… ne le prends pas mal, finit-il par dire, mais… comment peux-tu accepter ça ?
Draco détourna les yeux.
- C'est pathétique, je sais. Mais quand tu vis seul depuis 10 ans, sans famille et sans aucun ami, dans un Manoir immense avec pour seule compagnie des elfes de maison, tu es prêt à tout pour te donner l'illusion que tu comptes pour quelqu'un.
Il n'avait absolument pas l'intention de dire ça. La dernière chose qu'il voulait, c'était susciter la pitié de Potter. Mais une fois encore, ses mots étaient sortis avant que son cerveau ne puisse faire barrage. Il se demanda sérieusement si on ne lui avait pas administré du véritasérum à son insu.
- Oublie ce que je viens de dire, murmura-t-il.
- Draco. Pour que les choses soient claires… je n'ai pas pitié de toi.
- Tant mieux car il n'y a pas matière.
- C'est aussi ce que je pense. Et pour que les choses soient encore plus claires, j'ai vraiment l'intention de sortir avec toi. Et par sortir, j'entends avoir une relation publique avec toi. Je veux te tenir la main en rue, t'embrasser quand bon me semble et dire à tout le monde que nous sommes ensemble.
Draco le regarda fixement avant d'éclater de rire.
- Je suis sérieux ! s'offusqua Harry.
- Bien sûr que tu l'es ! se moqua Draco. Tu comptes claironner à la terre entière que tu sors avec moi mais tu n'as pas le courage de dire à tes deux meilleurs amis que tu es gay. Il y a comme un problème, tu ne crois pas ?
Douché, Harry pinça les lèvres. Il avait oublié ce détail.
- Je vais leur dire, affirma-t-il. Ce soir. Hermione m'a invité à dîner chez eux, ce sera le moment idéal.
- Leur dire quoi ? Que tu couches avec des hommes ou bien que tu couches avec moi ?
- Les deux. Et qu'ils devront s'habituer à nous voir ensemble beaucoup plus souvent.
- Harry… tu te rends compte de ce que tu vas faire ? Risquer une amitié de toujours pour…
- Pour quoi ? coupa Harry. Un plan cul ? C'est bien que plus ça pour moi, et tu le sais ! Je me sens bien avec toi, je suis heureux ! Ron et Hermione le comprendront parfaitement !
- Et s'ils ne comprennent pas ?
- Ce sera dommage pour eux, mais ça ne me fera pas changer d'avis.
Rageusement, Draco se redressa et bascula les jambes hors du lit. Il resta assis sur le bord du matelas, la tête entre les mains.
-Tu ne comprends vraiment rien, se lamenta-t-il.
Derrière lui, Harry resta silencieux. Et ce silence était légèrement tendu.
- Je vois, dit doucement Harry. C'est… c'est toi qui ne veux pas parce que… ça ne t'intéresse pas. Tu ne veux pas d'une relation… avec moi.
- Par Salazar… c'est justement le contraire ! Mais je ne veux pas être responsable du fait que tes amis t'auront tourné le dos ! Je ne veux pas que ce soit une source de reproches entre nous !
- Ça ne le sera pas ! Jamais je ne… Attends. Tu as dit que… tu… tu voulais de moi ?
Draco inspira et expira longuement.
- Harry… tu t'es renseigné sur les flux magiques, n'est-ce-pas ?
- Oui.
- Alors, tu sais comment ils fonctionnent… tu sais ce dont ils ont besoin pour exister…
- Oui, admit-il tout bas. Des sentiments… forts et sincères.
- Bien.
Toujours dos à Harry, Draco pouvait entendre sa respiration se faire plus courte.
- Depuis quand ? souffla Harry.
- Longtemps.
Des bras vinrent s'enrouler autour de ses épaules en même temps qu'un baiser venait se poser sur son épaule.
-Je veux que ça fonctionne, Draco. Et je ferai tout pour ça. A commencer par…
La déclaration de Harry fut brutalement interrompue par un gargouillement des plus romantiques et des plus bruyants. Draco lui fit un petit sourire en coin.
- Je vais demander aux elfes de maison de nous préparer à manger.
- Ouais… désolé. Je meurs de faim, admit Harry, penaud.
- Et c'est une très bonne chose, dit Draco en l'embrassant sur la joue. Tu as besoin de te remplumer encore un peu.
Il se leva et enfila une robe de chambre.
- J'en ai pour une minute. Tu peux prendre une douche en attendant.
- Tu me rejoins ? s'enquit Harry avec un air innocent.
- Si je te rejoins, je crains de ne pas pouvoir garder mes mains pour moi.
- Qui t'a dit que tu devais les garder pour toi ?
L'air de Harry n'était plus innocent du tout.
-Je me dépêche, dit Draco, la main sur la poignée de porte.
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Bien plus tard, après une douche anormalement longue et un délicieux repas, Harry se tenait devant la cheminée, prêt à rentrer chez lui.
Draco le regardait en se mordant l'intérieur de la joue, incertain sur ce qu'il devait dire ou faire.
-Eh bien, je crois qu'il est temps que j'y aille, dit Harry.
Il s'avança vers l'âtre pour prendre un peu de poudre de cheminette.
-Attends, dit soudainement Draco en l'agrippant par le bras.
Il se pencha et l'embrassa comme si sa vie en dépendait. Quand il se recula, il avait le souffle court et les joues un peu roses.
-La cheminée restera ouverte, dit-il. Au cas où…
Harry lui fit un sourire mirobolant qui balaya sa crainte de s'être comporté comme un Poufsouffle.
-Tout ira bien, Draco. Je t'assure. Ron et Hermione comprendront.
Draco fit un petit signe de tête. En vérité, il n'était pas rassuré du tout. Il laissa partir Harry, une drôle d'impression dans le ventre.
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Résidence de Ron et Hermione Weasley, Flagey-le-Haut
En parrain attentif, Harry avait joué pendant une heure avec Rose. Puis il l'avait mise au lit, lui avait raconté une histoire et l'avait bordée avant de l'embrasser tendrement.
Il était installé depuis maintenant une bonne demi-heure dans le salon coquet de Ron et Hermione, quand il se décida.
-Je suis gay.
Hermione, qui apportait un plateau d'apéritifs, se figea, à moitié courbée au-dessus de la table basse. Ron avala sa gorgée de whisky pur feu avec un glup plutôt audible.
- Je te demande pardon ? dit-il.
- Je suis gay. Ça fait plusieurs années que je le sais mais je n'en ai jamais parlé à personne. Sauf à Ginny. J'ai eu tort… j'aurais dû vous le dire. Alors, voilà. Je suis gay.
Harry remarqua immédiatement l'échange de regards entre Ron et Hermione. Il serra les dents, se préparant mentalement à ce qui allait suivre.
- Hum… écoute, vieux… le prends pas mal, commença Ron, mais… ça fait longtemps qu'on s'en doutait.
- Hein ? Mais… comment…
- Après que tu l'aies quittée, Ginny est restée super zen avec toi, expliqua-t-il. Et ça, ça ne lui ressemble pas. S'il avait été question d'une autre femme, elle t'aurait balancé un sort de chauve-furie dont elle a le secret. Avant de tout faire pour te récupérer. Si Ginny n'a pas lutté, c'est qu'elle savait qu'elle n'en avait pas le pouvoir.
- On ne t'a plus jamais vu avec aucune femme après ça, continua Hermione. Ce n'était pas compliqué d'en déduire que tu n'étais pas attiré par elles.
- Mais… pourquoi vous ne m'avez jamais rien dit ?
Ron haussa les épaules.
- Tout le monde s'est toujours mêlé de ta vie privée, Harry. Y compris nous. On s'est dit que pour une fois, tu avais droit à tes secrets et que tu finirais bien par nous en parler un jour ou l'autre.
- Mais on n'imaginait pas que ça te prendrait cinq ans, observa Hermione, un peu dépitée.
- Je… je ne sais pas quoi dire, bafouilla Harry. Je… merci. Merci d'être aussi compréhensifs.
- Oh, fit Ron avec un large geste de la main, on est ouvert d'esprit, tu le sais bien. Tant que tu ne nous annonces pas que tu sors avec Malefoy, on peut tout gérer.
Harry, venait de reprendre son verre de whisky, s'étouffa avec la gorgée qu'il était en train de boire.
- Voyons, Ron, dit Hermione, Malefoy n'est pas gay.
- Oh si, il l'est ! corrigea Harry en toussant furieusement.
Son ton catégorique surprit Hermione, mais pas autant que Ron qui le fixait avec des yeux exorbités.
-Non, murmura-t-il. Non, non, non, non… ne me dit pas que…
Harry soupira. Autant en finir le plus vite possible.
- Si, admit-il. Malefoy.
Une plainte douloureuse sortit de la gorge de Ron en même temps qu'il se renversait dans son fauteuil.
- Pourquoi Harry ? se lamenta-t-il. Mais pourquoi ? Il y a dehors des tas de mecs gays qui seraient ravis de sortir avec toi !
- Justement, dit Harry plutôt sèchement. Je n'ai pas envie qu'un homme soit ravi de sortir avec moi. Je n'ai pas besoin d'une groupie de plus pendue à mes basques !
- Seamus ! cria presque Ron, comme s'il n'avait pas entendu la remarque de Harry. Pourquoi tu ne sors pas avec Seamus ?! C'est un de nos potes, il est super sympa et carrément pas mal du tout – enfin, je suppose… après tout, qu'est-ce que j'en sais…
- Ron, souffla Hermione.
- Ou bien Warrick ? Tu sais, le grand brun qui travaille au Département des Sports… Ce serait super ! En plus, je suis sûr qu'il pourrait nous obtenir plein de billets pour les matchs de Quidditch !
- Ron, insista Hermione, je ne pense pas que ce soit un argument valable…
- Quoi ? s'énerva-t-il. J'essaye de trouver des alternatives !
- Il n'y a pas d'alternative, coupa Harry. Je sors avec Malefoy, un point c'est tout.
- Ok, dit Ron en levant les mains en signe de paix. Ok… mais il n'y a rien de définitif, n'est-ce pas ? Tout ça est très récent et vous n'avez encore rien fait de compromettant…
Harry ne put s'empêcher de sourire en écoutant son ami essayer de se convaincre lui-même.
- Nous sommes allé boire un verre ensemble plusieurs fois, dit-il. Et il est passé un midi au Ministère pour m'inviter à déjeuner à l'improviste…
- Hm, fit Hermione d'un air appréciateur. Je ne le savais pas si attentionné.
- Bah ! s'exclama Ron. S'il croit te mettre dans son lit avec une tactique de drague aussi basique, il se fourre le doigt dans l'œil ! Hein, mon pote ?
Harry haussa les épaules en souriant innocemment.
-Oh, il a bien fourré son doigt quelque part mais ce n'était pas son œil.
Ron cligna plusieurs fois des yeux. Son teint avait légèrement verdi.
- Je… tu… je… c'est…
- On a couché ensemble, Ron, clarifia Harry. Et pas qu'une seule fois. Au moins cinq, rien que la nuit dernière. Six, si je compte la douche de ce midi. Il m'a fait de ces choses, si tu savais…
- AAARGH ! Justement, je ne veux rien savoir ! beugla Ron en plaquant ses mains sur ses oreilles.
Harry éclata de rire devant l'air franchement alarmé de Ron. Hermione ne semblait pas aussi embarrassée mais ses joues étaient tout de même un peu roses.
- Tu as fini avec les détails ? demanda Ron en retirant prudemment ses mains.
- Plus de détails, promit Harry.
- Est-ce que… entre vous… c'est juste ça ? Du sexe ?
- Non, Ron. C'est beaucoup plus que ça.
La réponse était sortie sans y réfléchir, catégorique, et Harry en fut le premier surpris.
-Oh Merlin, soupira Ron comme un condamné à mort. Tu es amoureux de lui, c'est ça ?
Harry se passa la main sur le visage. De l'index et du pouce, il souleva ses lunettes pour se frotter les yeux.
-Je n'en sais rien, dit-il. C'est… je n'ai pas vraiment réfléchi à ça.
Menteur, lui susurra sa conscience.
-Une chose est sûre, ajouta-t-il rapidement avant que ses amis ne se rendent compte de son trouble, je me sens bien avec lui. Bien mieux que je ne l'ai jamais été. Même avec Ginny.
Ron le fixa du même air qu'il adoptait lorsqu'il étudiait un dossier particulièrement retors.
- Ok, dit-il après un moment qui parut très long à Harry. Ok. Donc, c'est Malefoy. Bien. Je ne te promets pas que lui et moi nous serons les meilleurs amis du monde, ça j'en doute… mais je ferai un effort s'il en fait aussi.
- Hermione ? interrogea Harry avec espoir.
- Tu sais bien que, pour moi, tout ce qui compte, c'est que tu sois heureux. Et si c'est avec Malefoy, je m'en accommoderai. Mais je partage l'avis de Ron… j'attends de lui qu'il fasse aussi un effort.
- Merci, souffla Harry.
Il avait l'impression qu'on venait de lui enlever un poids des épaules.
- Il y a autre chose que je voudrais vous dire, lâcha-t-il. Particulièrement à toi, Ron.
- Par Merlin ! Qu'est-ce que tu vas m'annoncer de pire que le fait que tu sortes avec Malefoy ? Que tu vas porter ses enfants ?
- Mais non, idiot ! rigola Harry en levant les yeux au ciel. Je comptais simplement t'annoncer que je voulais prendre un congé de longue durée.
- Une congé de longue durée ? Mais pourquoi ?
- J'ai besoin de prendre du recul par rapport au Ministère. De réfléchir à mon avenir. Mais surtout, je souhaite prendre du temps pour rénover la maison de Sirius… enfin… je veux dire, ma maison.
- Vraiment ?
- Oui. J'en ai plus qu'assez de vivre dans cet endroit sordide, où tout sent la poussière et le moisi ! Et puis, je veux me sentir chez moi ! Je vais donc faire des travaux. C'est Draco qui m'en a donné l'idée. Après la guerre, il a rénové le Manoir à lui tout seul pendant plusieurs mois. Il m'a dit que ça l'avait aidé à passer à autre chose, à avancer. Je veux faire pareil. Ça ne…
Son discours enthousiaste fut interrompu par les bras d'Hermione qui l'enserraient et son imposante masse de cheveux qui l'étouffait.
- Oh Harry ! pleurait-elle presque. Si tu savais depuis quand j'attends ça !
- Quoi donc ? Que je fasse des travaux ?
- Non, idiot, dit-elle en le serrant plus fort. Que tu fasses des projets !
Cette fois, elle pleurait pour de bon.
- Hermione, chuchota Harry en lui tapotant doucement le dos, c'est pas la peine de te mettre dans un état pareil…
- Bien sûr que si ! dit-elle en s'écartant pour essuyer les larmes sur ses joues. Tu n'as pas idée de ce que ça nous faisait de te voir comme ça ! Sans plus aucune envie, comme si tout t'était égal…
- C'est vrai, mon pote, dit Ron à son tour. Ça faisait longtemps qu'on ne t'avait plus entendu parler de l'avenir avec autant d'entrain.
Gêné, Harry baissa la tête.
- Je… je ne pensais pas… que vous vous inquiétiez autant pour moi… Je croyais que…
- Que parce qu'on avait notre vie, on ne faisait plus attention à toi ? acheva Ron à sa place. On a toujours fait attention à toi… c'est juste qu'on… on voulait te laisser ton espace. Après tout, tu avais bien mérité qu'on te fiche un peu la paix… Avec le recul, je me dis qu'on a eu tort. On aurait dû être plus présents. Ça me fait mal de l'admettre, mais Malefoy a assuré plus que nous, sur ce coup là ! Mais peu importe. Si c'est grâce à lui que tu vas mieux, eh bien, je serai le premier à aller le remercier, tu peux me croire.
- Ouais… c'est grâce à lui. Il… il a changé, tu sais… De bien des façons. Je sais que ça paraît fou, compte tenu de notre histoire commune, mais… je lui fais confiance. Je… je…
Une large main se posa sur son épaule, lui faisant redresser la tête.
- Tu n'as pas à te justifier, Harry, dit Ron. Tu lui fais confiance ? Moi, je te fais confiance à toi. Maintenant, allons manger. Je meurs de faim.
On pouvait toujours compter sur Ron pour ramener les choses à l'essentiel : la nourriture. Ceci dit, Harry ne demandait pas mieux. Il avait faim lui aussi.
Le repas fut des plus agréables. Le ragoût de Madame Weasley était délicieux et Harry se resservit trois fois. Il rigola aussi beaucoup des anecdotes de Ron à propos des essais de produits que son frère George effectuait.
Malgré tout le temps qu'il passait au Ministère et tout le travail que lui demandait son poste de Chef de Aurors, Ron continuait d'aider George au magasin de farces et attrapes. C'était son défouloir, son oxygène. Au grand dam d'Hermione qui aurait aimé avoir son mari un peu plus souvent à la maison, surtout depuis la naissance de Rose. L'occupation de Ron avait créé quelques tensions dans leur couple, mais jamais à un point critique car au bout du compte, Hermione comprenait parfaitement le besoin de son mari de contribuer à faire perdurer l'héritage de Fred.
Ils venaient de terminer le dessert, une tarte à la mélasse – achetée par Hermione dans une des meilleures pâtisseries du village. Harry était agréablement repu et il n'avait plus qu'une hâte, retourner au Manoir pour annoncer à Draco que ses amis approuvaient leur relation.
-C'était une merveilleuse soirée, dit-il en s'étirant. Merci à tous les deux. Maintenant, je vais…
Il fut interrompu par un toc toc plutôt vigoureux. Toutes les têtes se tournèrent vers la fenêtre, derrière laquelle se tenait un hibou. Hermione ouvrit le battant pour le faire entrer. Il voleta droit sur Ron et lâcha dans ses mains l'enveloppe qu'il tenait entre ses serres.
-C'est Max, dit-il. Le hibou de Shacklebolt. Qu'est-ce qu'il me veut à cette heure-ci ?
Le hibou ne semblait pas attendre de réponse car il reprit son envol aussitôt la missive délivrée.
- Kingsley exagère, râla Ron en décachetant l'enveloppe. On est samedi tout de même…
- Si c'est tellement urgent, pourquoi n'a-t-il pas appelé par cheminée ? observa Hermione.
Ron haussa les épaules et déplia la lettre.
-Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? maugréa-t-il après l'avoir parcourue des yeux.
Il reprit l'enveloppe et la renversa au-dessus de la table. Un dé à coudre en tomba.
- Que se passe-t-il ? demanda Harry. C'est quoi ce dé à coudre ?
- C'est pour toi, soupira Ron. Shacklebolt me dit que Simmons a attrapé les oreillongoules. Il faut quelqu'un pour le remplacer et escorter le Directeur de la Coopération Magique Internationale à la Conférence Sorcière des pays d'Europe du Nord.
Il leva un regard contrit sur Harry.
- C'est toi qu'il veut envoyer. Ce dé à coudre est le portoloin qui t'amènera à Oulu. En Finlande. Il s'activera à 6 heures demain matin.
- Mais c'est n'importe quoi ! explosa Harry. Je suis Auror ! Pas garde du corps ! C'est aux services du Département de la Coopération Magique de s'occuper de ça !
- Apparemment, ils sont en sous effectifs. Kingsley dit qu'il n'a pas le choix.
- Et tu vas approuver ça ?
- Harry… Shacklebolt est mon supérieur autant que le tien. Je…
- C'est bon, j'ai compris, siffla Harry en arrachant la lettre des mains de Ron et en prenant le portoloin. Je vais aller régler ça avec lui directement.
- Harry ! s'écria Hermione. Tu ne peux pas débarquer chez lui comme ça ! Tu vas…
- Je vais me gêner ! dit-il en récupérant sa veste.
- Mais… essaye d'abord au moins la cheminée… Il…
- NON ! Je veux qu'il m'explique en face pourquoi il s'acharne sur moi depuis que j'ai rejoint le Bureau des Aurors !
Harry traversa le salon puis le couloir et sortit en claquant rageusement la porte.
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Résidence du Ministre de la Magie, Londres Sorcier
Harry fut satisfait de constater que ses prérogatives d'Auror lui permettaient également de transplaner directement sur la pelouse de Kingsley Shacklebolt. Sans perdre un instant, il gravit les marches vers le perron et frappa à la porte de toutes ses forces.
-KINGSLEY ! cria-t-il. OUVREZ !
Ministre ou pas, Harry n'était pas d'humeur à patienter. Il redoubla ses coups de poing sur la porte jusqu'à ce que celle-ci s'ouvre sur un Shacklebolt en robe de chambre et passablement irrité.
- Qu'est-ce que… Potter ? Mais que faites-vous ici ? Et comment avez-vous passé les barrières magiques ?
- Je suis Auror, Kingsley. Et ça, vous semblez l'oublier chaque jour un peu plus !
- Kingsley ? dit une voix féminine à l'intérieur. Que se passe-t-il ? Qui est là ?
- Ce n'est rien, ma chérie, dit-il en se retournant vers sa femme. Juste un problème à régler avec le Ministère. Je n'en ai pas pour longtemps.
Il attendit que son épouse soit repartie pour reporter son attention sur Harry.
- Que faites-vous ici, Potter ? Je n'apprécie pas être dérangé de la sorte !
- Et moi je n'apprécie pas que vous m'utilisiez comme bouche-trou !
- De quoi parlez-vous bon sang ?
- De ça ! s'énerva Harry en brandissant le parchemin. De cette stupide mission d'escorte à… je ne sais où en Finlande !
Kingsley secoua la tête, incrédule.
- Vous êtes ivre, Auror Potter ?
- Absolument pas !
- Alors pourquoi me parlez-vous de cette mission en Finlande ? Il n'a jamais été question de vous envoyer en Finlande !
- Ah oui ? Pourquoi avoir envoyé ce parchemin à Ron Weasley dans ce cas ?
Harry tendit le document au Ministre qui le prit avec reluctance. L'étonnement était clairement visible sur son visage alors qu'il en prenait connaissance.
- Je n'ai jamais envoyé ce parchemin ! affirma-t-il en le rendant à Harry. Vous avez manifestement été victime d'une mauvaise blague.
- Dans ce cas, vous aussi, rétorqua Harry. Car c'est votre hibou qui a été utilisé pour livrer l'enveloppe.
- C'est impossible !
- Ron Weasley a formellement identifié Max. Et Hermione Granger aussi.
Shacklebolt soupira lourdement en se passant une main sur le visage.
- Kingsley, reprit Harry avec douceur. Que se passe-t-il ?
- Je… A vrai dire, je n'en sais rien…
Harry fixait le Ministre avec inquiétude. Ce dernier semblait terriblement las, et quelque peu effrayé.
-Est-ce que… est-ce ça a quelque chose à voir avec Bora-Bora ? se risqua-t-il à demander.
Aussitôt, Shacklebolt releva la tête. Ses pupilles se dilatèrent et devinrent étrangement fixes.
A suivre...
