Auteur : Nat. Pardon pour mes absences prolongées sur mes fics longues, mais mon emploi du temps est particulièrement chaotiques depuis quelques semaines et je n'ai pas le temps de travailler sur quelque chose de suivi.

Disclaimer : Tout est à moi, je suis le vénéré Tolkien ! …en rêve, parfois. Le reste du temps, je suis seulement Nat et rien du Seigneur des Anneaux ne m'appartient. Quand au concept de cette fic, il n'est pas de moi et j'ignore qui en a eu l'idée en premier.

Warning : Allusions à des évènements des trois livres du Seigneur des Anneaux, à Bilbo le Hobbit et au Silmarillon. Il est préférable d'avoir quelques notions de base sur chacun des trois œuvres concernées. Comme d'habitude et malgré mes efforts pour respecter les caractères des personnages, j'ai bien peur de tomber encore à un moment ou à un autre dans l'OOC. Mis à part ce léger et insignifiant détail, j'ai du mal à voir ce qui pourrait choquer.

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"L'éveil" et autres fragments

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46) Le chant discret d'un oiseau se fit entendre, quelque part au fin fond de la forêt. Une multitude de petits rongeurs quittèrent l'arbre sans racine qui leur avait servi d'abri pendant l'hiver. Un léger frisson parcourut le tronc et les branches, détachant par plaques les mousses mortes qui s'y accrochaient. Les feuilles d'un vert tendre, nouvelles nées du début de printemps, s'agitèrent doucement dans la brise. Avec un craquement d'écorce, les yeux d'or sombre s'ouvrirent.

L'Ent s'était éveillé.

47) Au cours de sa longue vie, Erestor a servi de nombreux et différents seigneurs. Le tout premier, alors qu'il n'était encore qu'un enfant suivant une formation de scribe, ne fut autre que Turgon, roi de Gondolin. Après la chute de la cité et la création du refuge des Bouches du Sirion, il partit pour l'île de Balar où il suivit l'enseignement de Círdan le Charpentier. Ensuite, il s'attacha à Celebrimbor d'Eregion, puis à Gil-Galad du Lindon avant de servir quelques temps Amdír de Lórien. Lorsqu'il revint du côté ouest des Monts Brumeux, Elrond de Fondcombe l'accueillit en sa demeure et le nomma chef de ses conseillers. Après la fin de la première Guerre de l'Anneau et la chute de Sauron, il résida plusieurs années à Vertbois-le-Grand dont il aida le jeune roi à reconstruire son royaume ravagé.

Ces sept seigneurs se suivirent, mais ne se ressemblèrent pas du tout. Ils n'avaient d'ailleurs qu'un seul point commun, au grand dam du malheureux conseiller : tous haïssaient pareillement la paperasse.

48) Après la cérémonie de mise en terre de son cousin Theodred, Eowyn ne s'attarda pas auprès des dernières demeures des membres de la famille royale.

Il ne sert à rien de se recueillir devant un Galgal quand on a une tombe creusée dans la tête.

49) Maglor était d'un naturel exceptionnellement pacifique, pour un fils de Fëanor. Cela ne l'empêchait pas de serrer les poings convulsivement en imaginant des moyens de torture qui renvoyaient Morgoth au rang d'amateur à chaque fois qu'il entendait une composition (presque toujours magnifique à en pleurer) de Daeron de Doriath –seul ménestrel au monde dont le talent surpassât le sien.

Maedhros ne comprit jamais pourquoi.

Mais Maedhros ne connaissait pas grand-chose à la passion de la musique –ni à celle des musiciens.

50) La légende dit que, lorsqu'il se trouva abandonné par les Hommes des Montagnes, Isildur maudit une fois l'armée des traîtres.

La légende dit aussi que ladite armée maudite hanta pendant des siècles et des siècles les sombres couloirs de la route sous la montagne, incapable de vivre comme incapable de mourir.

La légende dit également que la malédiction fut levée par l'héritier d'Isildur à la fin du Troisième Age de notre monde.

En revanche, ce que la légende ne dit pas, c'est combien de fois, dans l'intervalle, le Roi des Morts maudit Isildur.

51) Lorsque le monde semble sombrer inexorablement dans les ténèbres et l'avenir ne présenter aucune issue heureuse, les membres aînés du Conseil Blanc ne parlent pas de leurs craintes. Ils se séparent sans une parole et chacun cherche dans la solitude et la réflexion le confort et l'assurance d'une certaine stabilité dans ce monde en perpétuel changement.

Gandalf s'isole dans un coin perdu de la Terre-du-Milieu et fume sa pipe, le regard sombre et l'air préoccupé. Círdan marche sur les grèves désertes, son pas lent léché par les vagues et étouffé par le sable. Galadriel se réfugie dans son jardin et interroge son miroir d'eau des heures durant. Saruman s'enferme dans sa tour et étudie frénétiquement les artifices de l'Ennemi, sans trop savoir s'il veut les utiliser ou les contrecarrer.

Et ni les uns, ni les autres n'en toucheront jamais un mot à qui que ce soit.

52) Celeborn non plus ne dit rien. Mais lui, il ne s'enferme pas dans la solitude et le désespoir. Il réunit son excentrique parent de la Forêt Noire, Thranduil, son gendre Elrond, l'errant Gildor, le calme Erestor et le joyeux Glorfindel. Il s'installe confortablement dans son fauteuil favori et il sirote son thé distraitement.

Et il sourit.

53) Parce qu'il sait bien, Celeborn, que quelque soit le sort que l'avenir leur réserve, que Sauron domine le monde entier ou que le Conseil déjoue enfin ses sombres desseins, certaines choses ne changeront pas.

Gildor abordera encore ses vieux habits troués, tâchés, déchirés, raccommodés, usés jusqu'à la toile mais terriblement confortables et pratiques.

Glorfindel aura toujours cette incroyable propension à l'optimisme et son inimitable don pour rendre toute conversation joyeuse et intéressante –dût-elle porter sur la fabrication des cordes ou toute autre bêtise du même genre.

Thranduil s'enflammera pour un rien ou gèlera sans raison selon son humeur, tempêtera contre le monde entier –et, d'une manière générale, trouvera immanquablement quelque chose à reprocher à quelqu'un.

Elrond déprimera forcément pour une raison plus ou moins valable, qu'il s'agisse de se lamenter sur sa vie gâchée, de se reprocher d'avoir été un mauvais père et époux ou de se fustiger de n'avoir pas su obliger Isildur à détruire l'Anneau lorsqu'ils en avaient eu l'occasion.

Quant à Erestor, son rapport à son travail n'évoluera pas : il croulera éternellement sous une tonne de différentes besognes dont il se plaindra auprès de qui voudra bien l'entendre, mais qu'il n'abandonnera pour rien au monde.

54) Et cela fait sourire Celeborn.

Parce que cela, Morgoth lui-même ne pourra pas le changer.

55) Alors que Gandalf menait tambours battant une troupe de Nains à l'autre bout du monde en semblant se désintéresser totalement du sort de l'Anneau et que Saruman manœuvrait en secret le Conseil Blanc pour servir ses peu avouables projets, les deux Istaris étaient encore d'accord sur une chose.

Quand Radagast éclatait de rire en écoutant les croassements d'un vieux corbeau à demi aphone, ils préféraient tous deux ne pas savoir.

56) Etrangement, le sujet qui provoque le plus de disputes au sein de la Communauté de l'Anneau n'est pas de savoir ce qu'il convient de faire de ladite bague, si les Elfes sont supérieurs aux Nains ou inversement, s'il faut passer ou non par le Gondor, si la légitimité d'Aragorn en tant que roi est bien valable, s'il faut prendre le risque de cuire le repas ou se passer de feu, ou de qui doit prendre le premier tour de garde nocturne après toute une journée de marche éreintante.

Le principal sujet de conflits, surnommé le Seigneur de la Discorde par un Pippin très en verbe et tout sourire, est la désignation du témoin d'Aragorn à son mariage avec Arwen –si la Communauté triomphe.

Et pendant que Gandalf met en avant son expérience et sa sagesse, que Boromir rappelle les origines qu'il a en commun avec le Rôdeur, que Gimli proclame l'originalité anthologique de son choix, que Frodon démontre l'intensité des liens sacrés unissant le protecteur et le protégé, que Legolas clame son amitié de plusieurs décennies avec le futur roi, que Sam lève un doigt timide et que Merry et Pippin s'indignent de leur exclusion spontanée…

…Aragorn songe de plus en plus sérieusement à s'adresser à Gollum.

57) Contrairement à ce que croient beaucoup de personnes, la couleur préférée de Legolas n'est pas le vert –qu'il porte pourtant presque en permanence et qui est la couleur de son royaume ainsi que le symbole de cette nature qui lui est si chère.

La couleur préférée de Legolas est le gris un peu métallique, aux reflets bleutés.

Et, quoi qu'en disent des jumeaux hilares, un Estel taquin ou un Gimli consterné, cela n'a rien à voir avec la couleur des yeux d'Arwen.

58) Un jour, le précepteur de Faramir lui donna à faire un exercice d'arithmétique particulièrement ardu. Ayant pendant tout un après-midi désespérément tenté de comprendre quelque chose à l'énoncé, le petit garçon se décida à la tombée de la nuit à demander l'aide de son aîné.

En bon stratège qu'il était déjà, Boromir décida que le plus important était tout d'abord de se mettre en conditions favorables pour travailler efficacement. Pour ce faire, il débarrassa son bureau de tous les croquis d'armes et d'armures qui y traînaient, rangea dans un placard les trébuchets miniatures qu'il avait fabriqués avec des bâtons le matin même et installa Faramir sur son tabouret, plume à la main.

Ensuite, le premier fils de Denethor se souvint qu'on réfléchissait mieux lorsque le cerveau est alimenté. Il alla donc chiper en cuisine de quoi sustenter deux enfants studieux. Il revint avec deux bols de lait, des petits gâteaux et une pleine coupe de fruits.

Enfin, il se pencha sur l'énoncé du problème de son frère. Cela lui parut excessivement simple, même enfantin, mais il ne pouvait décemment pas faire l'exercice tout seul en demandant au petit de recopier. Il lui fallait permettre au plus jeune de comprendre et de faire l'exercice par lui-même. Alors, en bon pédagogue, Boromir expliqua. Patiemment.

Pendant trois heures.

Mais comme son explication n'éclairait visiblement pas la lanterne de son petit frère, Boromir opta pour une mise en situation. Il transforma le problème de mathématiques en champ de bataille pour être sûr de captiver l'attention de son cadet.

Après qu'il eut tué deux dragons, rencontré des Elfes et des Nains, mis en fuite quatre armées d'Orcs et libéré une dizaine de cités toutes races confondues, Faramir était en effet absolument captivé. Par contre, Boromir était à court d'imagination et avait complètement oublié le problème de base; le lait, les biscuits et la moitié des fruits avaient mystérieusement disparus entre deux combats; la lune avait parcouru la moitié de son chemin dans le ciel et l'exercice n'était toujours pas fait.

59) La suite, Faramir ne s'en rappelle pas tout à fait. Il se souvient juste s'être réveillé le nez sur son parchemin, la plume encore dans la main, quelques calculs hésitants étalés à l'encre noire sur sa feuille pâle. Boromir s'était endormi à côté de lui, une de ses mèches auburn confondant visiblement l'encrier avec une baignoire.

Il n'était pas loin de midi, et Faramir avait manqué son cours d'arithmétique.

60) Les Orcs sont rarement d'accord entre eux. Néanmoins, presque tous sont d'avis de dire qu'ils n'aiment pas les Huruk-Haï. Parce qu'ils sont plus grands et plus forts qu'eux, parce qu'ils ne craignent pas la lumière du soleil et parce qu'ils ne connaissent ni la peur ni la douleur, soit.

Mais aussi parce que, contrairement à eux, les Huruk-Haï ont été créés de toutes pièces, engendrés uniquement pour le combat, et ne sont pas des formes de vie antérieures (atrocement mutilés pour le plaisir sadique de faire du mal à autrui).

Ils n'ont pas, comme eux, la vague et désagréable impression d'avoir été autre chose, il y a bien longtemps.

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Encore un pavé, plus ou moins sur Celeborn, ce coup-ci. Et un autre sur Faramir (j'avais l'image finale en tête et je n'arrivais pas à m'en défaire), probablement OOC. Et le fait sur les discordes au sein de la Communauté n'est pas à prendre au premier degré, naturellement.

Enfin, j'espère que ceci vous a plu !