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Dans le taxi qui les ramenait à Baker street, Sherlock trépignait presque. Il était impatient de voir le résultat des mesures qu'il avait prises, ou plutôt imposées à Lestrade, afin de débusquer le tueur qui préoccupait Scotland Yard. Lestrade, fataliste, avait écouté les instructions de Sherlock et après un soupir appuyé les avait transmises à ses subordonnés. Il n'avait même pas demandé d'explication sachant parfaitement qu'il n'obtiendrait aucune réponse satisfaisante de la part du détective tant que l'auteur du crime ne serait pas attrapé. Heureusement pour l'inspecteur, ce jour-là, Donovan n'était pas de garde, ce qui avait épargné à son supérieur ses reniflements hostiles et dédaigneux.

Sherlock répugnait à détailler ses plans avant que tout ne soit mis en place et parfaitement ficelé. Prudence excessive ou goût du mystère, John, lui, s'en accommodait. Il s'accommodait toujours des habitudes excentriques de son colocataire. Il suivait Sherlock, l'aidait dans la mesure de ses capacités. Il essayait d'observer et de comprendre. Il émettait des hypothèses et tombait invariablement à côté. Bien loin d'agacer Sherlock, les tentatives de John et ses questions lui permettaient de faire étalage de ses talents devant un auditoire acquis d'avance. Depuis leur première affaire ensemble, John ne s'était pas lassé ni blasé d'être le témoin du génie de Sherlock. L'intelligence hors du commun du détective consultant le fascinait et l'émerveillait à chaque fois.

Pour le moment, enfoncé au fond du siège du taxi, le détective passait son index sur sa lèvre inférieure, d'un air absent, un demi-sourire sur la bouche. Au bout d'un moment, John tourna la tête vers lui, intrigué du silence du détective. En le voyant ainsi, il eu soudain l'impression que son estomac tentait une cascade particulièrement périlleuse quelque part entre sa poitrine et le fin fond de ses entrailles. Il se retourna de l'autre côté, les rues de Londres lui semblant bien moins dangereuses pour le maintien de son calme. Le repos fut de courte durée. Sherlock se pencha brusquement vers lui, lui posa sa main sur le bras, les yeux brillants. Il ressemblait à un enfant préparant une bonne blague.

-Si tout se déroule bien, notre criminel se jettera en un rien de temps dans le piège que je lui ai tendu. Il est plus malin que ces imbéciles de Scotland Yard, ce qui n'est pas bien compliqué, mais je le surclasse largement. Pourquoi les gens ne savent-ils pas observer ? Ils regardent mais ne voient rien?

Il s'était tourné vers John comme si celui-ci eût pu lui donner la réponse, étant lui-même un exemplaire du genre « stupide ». John ne pu s'empêcher de sourire. Il lui semblait parfois que Sherlock avait des côtés terriblement enfantins. Il comprenait Mycroft qui cherchait à tout prix à protéger son frère des dangers inhérents à son métier mais également de lui-même, même si la tâche était particulièrement ardue au vu de la personnalité complexe de Sherlock. Le regard de John s'accrocha un instant aux lèvres du détective. Il se reprit rapiedment et dégagea son bras doucement mais fermement de la poigne de Sherlock. Il jugeait inutile d'encourager ses organes à jouer les montagnes russes. Sherlock ne sembla pas y prêter attention, tout occupé qu'il était à l'anticipation de sa réussite, ce qui rassura John. Il voulait éviter d'attirer l'attention du détective sur son comportement. Il n'avait aucune envie de donner à Sherlock l'occasion d'exercer ses talents de déduction sur lui.

-Comment saurons-nous que ton plan a fonctionné?

-J'ai demandé à Lestrade de m'envoyer un message. J'ai des questions à poser au meurtrier quand il aura été attrapé afin d'éclaircir les dernières zones d'ombre.

John le regarda de côté, un sourcil levé.

-Tu veux dire que tu n'as pas encore tout éclairci? Lui lança-t-il pince-sans-rire.

Sherlock lui lança un regard peu amène. L'air innocent de John de le convainquit pas, il avait vu l'ombre du sourire sur le visage de son colocataire.

-Des détails, lui répondit-il sobrement.

-Évidemment, approuva John.

Ils échangèrent un regard, tous deux retenant un sourire. La fin du trajet se fit dans le silence du confortable taxi qui filait dans les rues à présent désertes de Londres.

Une fois rentrés, John décida de se faire un thé avant d'aller se coucher. S'affairant avec la bouilloire, il s'adressa à Sherlock sans se retourner :

-Tu veux quelque chose? Thé ? Toast ?

Au bout de quelques secondes n'ayant obtenu aucune réponse il retourna. Il n'était pas rare que Sherlock ne réponde pas aux questions qui lui étaient posées, soit qu'il fût perdu dans ses pensées ou qu'il estimât la question inopportune et donc non fondée à recevoir une réponse de sa part. John n'insistait pas en général et ajoutait parfois un commentaire sur les plaisirs de la vie en colocation. Il ne devenait opiniâtre et buté que sur le sujet de la nourriture pendant les enquêtes qui duraient plusieurs jours, enquêtes durant lesquelles Sherlock refusait d'avaler quoi que soit sous prétexte que la digestion le ralentissait.

En se retournant pour reposer la question, John se retrouva nez à nez avec son silencieux colocataire. John sentit son estomac faire un bond quand il vit le regard de celui-ci. Les yeux brillants et le sourire malicieux. L'expression qu'il arborait quand il lançait un nouveau plan d'attaque. John l'avait vu de maintes fois. Mais cette fois-ci, c'est John qu'il regardait. Il était la cible de Sherlock Holmes. John sentit son estomac tenter une cascade pour la deuxième fois de la soirée.

-Sherlock! Fit-il d'une voix mi- interrogative mi- inquiète.

Le détective avança encore un peu, toujours sans répondre ce qui ne rassura pas John.

-Sherlock!

Celui-ci ne s'arrêta pas malgré l'avertissement contenu dans la voix de John. Il était près de lui maintenant. Son sourire avait diminué mais l'étincelle que John avait vue dansait toujours au fond de regard. John sentait confusément que ce que Sherlock préparait risquait de mettre en danger toutes ses résolutions. Sa présence seule était déjà problématique pour l'équilibre émotionnel de John, alors la proximité de son corps et ce regard aigu et âpre lui donnaient l'impression d'être exposé et le rendaient nerveux. Nerveux et confus.

-Sherlock, non, demanda John d'un ton qu'il espérait ferme et convaincant.

-Tu voulais savoir si je désire quelque chose?

La respiration de John resta brusquement coincée au milieu de sa poitrine. Malgré tout il essayait de réagir. Il sentait qu'il ne pouvait pas le laisser faire. Il n'allait pas le laisser faire juste parce que Sherlock le regardait avec ces yeux brillants et lui parlait avec cette voix basse et un peu voilée.

Il pouvait sentir la chaleur du corps de Sherlock près de lui. Instinctivement il recula mais à chaque pas qu'il faisait, Sherlock avançait. Il se retrouva très vite acculé. Lorsqu'il sentit le placard contre son dos, il s'appuya dessus et leva les yeux sur le visage de Sherlock. Celui-ci se rapprocha encore jusqu'à ce que leur poitrine se frôle à chaque inspiration. John posa son poing fermé contre la poitrine de Sherlock pour l'empêcher d'approcher un peu plus.

-Alors, John? Insista Sherlock.

Le son de sa voix était à peine audible bien qu'aucun bruit de la rue ne filtrât dans l'appartement. John sentait le souffle de Sherlock près de sa tempe.

-Non, souffla encore John farouchement.

Il savait ce qui allait se passer, ce que Sherlock allait faire bien qu'il ne sût pas déterminer pourquoi. Il sentait aussi confusément qu'après rien ne serait comme avant, faire machine arrière et effacer ca serait impossible. Pour lui en tout cas. Il eu une brève pensée pour Sarah. Il ne pouvait pas lui faire ca.

-Non, Sherlock... S'il te plaît, supplia-t-il.

-Pourquoi?

John sentit sa voix se bloquer au fond de sa gorge. Sherlock avait placé une main contre le mur juste à côté de son visage, l'emprisonnant. John détourna les yeux du visage de Sherlock, le regard de celui-ci ne facilitant pas ses efforts pour se concentrer. Sherlock se pencha et murmura dans l'oreille de John.

- Donne-moi une bonne raison et j'arrête.

John essayait de rassembler ses idées. Mais la proximité de Sherlock, la chaleur de son corps qui l'irradiait, le souffle dans son oreille et la voix grave lui avaient vidé la tête de toute idée à peu près cohérente. Un débat intérieur intense le torturait. Une part de lui désirait Sherlock irrésistiblement alors qu'une autre part refusait de lâcher prise et résistait tant bien que mal en s'accrochant à l'image de Sarah.

Le médecin avait toujours la main fermée contre la poitrine de Sherlock. Il n'était plus tout à faire certain d'être en train de le repousser.

-John?

-Ce... Ce n'est pas une bonne... idée, balbutia John.

Voilà tout ce qu'il avait trouvé. Il se serait volontiers frappé le crâne contre le mur. Brillante réponse docteur Watson!

-Pourquoi?

John devina plus qu'il n'entendit la voix de Sherlock dans son cou. Elle était très différente de sa voix habituelle, pétulante ou froide et cassante. Elle était basse et profonde et John y sentait un frémissement inhabituel.

Il ferma les yeux pour tenter d'échapper à l'attraction que Sherlock exerçait sur lui.

-John, regarde-moi.

John rouvrit les yeux. Il devait répondre, trouver quelque chose à dire. Et il devait empêcher Sherlock de murmurer son prénom et de le regarder de cette manière.

-Ce n'est pas possible, murmura-t-il.

Sherlock plissa les yeux un instant, le regardant attentivement. Doucement, un sourire narquois vint éclairer son visage.

-Mauvaise réponse, annonça-t-il à John.

Et avant que celui ne puisse réagir, Sherlock attira son visage vers le sien et posa ses lèvres sur les siennes.

Les arguments de John avaient définitivement déserté son esprit. De même que ses techniques de combat rapproché et de self défense. Pour le moment son univers se résumait à ces lèvres sur les siennes, à cette main sur son visage. Doutes, craintes et résolution s'étaient brusquement évanouis. Il entrouvrit la main qu'il avait maintenue jusque là sur la poitrine de Sherlock et la referma, agrippant sa chemise. Comme s'il n'avait attendu que ce geste, Sherlock libéra sa main du mur et la glissa dans le dos de John, assurant sa prise sur lui. Après quelques instants d'hésitation, John leva le bras et passa sa main dans les boucles brunes de Sherlock et se mit à lui caresser la nuque froissant les cheveux fins entre ses doigts. Il avait rêvé de ce geste à de nombreuses reprises depuis des semaines. Lorsqu'ils étaient seuls à l'appartement, John laissait parfois son esprit vagabonder et il se surprenait régulièrement à fixer la tignasse de son colocataire. Il s'était demandé à de nombreuses reprises ce qu'il ressentirait en plongeant ses mains dedans. Cette question l'avait même poursuivi dans ses rêves.

Il n'était pas le seul à apprécier de toute évidence. La tête de Sherlock suivait le moindre mouvement de sa main pour profiter au maximum de la sensation des doigts emmêlés dans ses cheveux le caressant.

Sous le contrôle de Sherlock, leur baiser devint rapidement plus passionné et ardent. Il avait plaqué John contre le placard, écrasant ses lèvres, les mordillant, les effleurant de sa langue. Sa main devenait plus insistante et caressait le dos de John. Celui-ci s'accrochait au cou de Sherlock et répondait avidement au détective. Il renonçait à toute volonté de se soustraire à l'emprise de Sherlock. Il laissait échapper ces semaines de frustration, de questionnement et de doute, s'abandonnant complètement dans la fièvre de l'instant. John manqua bientôt d'air. Sherlock le laissa se détacher de lui pour reprendre son souffle. Il regardait avec un plaisir satisfait les joues roses du médecin, ses lèvres rougies, son souffle court. Nul doute qu'il eut déjà déduit la plupart des gestes qui pouvaient échauffer John et qu'il n'allait pas hésiter à les appliquer.

John essayait de reprendre ses esprits en même temps que son souffle. Il regarda à nouveau Sherlock. Ses yeux s'attardèrent sur les lèvres entrouvertes du détective. Il sentit son estomac se contracter. Dieu qu'il avait envie de prendre possession de ces lèvres, les sentir à nouveau sur lui.

Brusquement Sherlock tourna la tête vers le salon. En un instant, il lâcha John et s'écarta de lui d'un pas souple. John était confus. Il ne comprit que lorsqu'il entendit la voix de leur logeuse qui entrait dans le salon. Sherlock l'avait devancée et s'occupait déjà de renvoyer énergiquement la brave femme chez elle. Malheureusement forte de cette routine, Mrs Hudson se laissait difficilement éconduire.

John était soulagé que leur logeuse ne puisse le voir caché dans la cuisine, décoiffé, essoufflé et les vêtements un peu froissés. Pour reprendre un semblant de contenance et dissimuler son trouble, John se tourna vers le plan de travail pour y faire remplir la bouilloire et la mettre sur le gaz. Il y resta résolument alors que Sherlock reclaquait finalement la porte de l'appartement derrière Mrs Hudson. L'oreille aux aguets, il entendit Sherlock s'approcher à nouveau de lui et s'arrêter cette fois à une distance respectable. Le dos de John semblait lui crier de s'arrêter cette fois à un intervalle de sécurité.

John posa sa tasse et se retourna enfin.

-Alors?