Bon, alors, j'ai tout inventé d pour la potion. J'espère que ça ne fait pas trop bordel. Bonne lecture!


Malheureusement, Potter n'avait pas exaucé son vœu. Draco se réveilla, le corps ankylosé, à l'infirmerie. Les derniers évènements lui revinrent en mémoire quelques secondes après, et il sentit son cœur s'alourdir. Comment pouvait-il se rapprocher du Gryffondor si celui-ci tentait de lui péter la gueule à chaque fois qu'ils se croisaient ?

Il se redressa sur les coudes. La salle était vide. Il se doutait bien que personne n'aurait veillé à son chevet – Crabbe et Goyle n'étaient plus là, Zabini non plus, Parkinson encore moins - mais son cœur s'alourdit de nouveau. Il était définitivement seul.

Draco fut autorisé à sortir le lendemain. Il se rendit directement en cours, sans passer par son dortoir. Il n'avait pas besoin de plus de temps pour penser – il en avait eu assez ces deux derniers jours. Penser, penser, penser, ça lui torturait l'esprit. Il était exténué, exténué de penser, penser, réfléchir sans cesse. Il n'arrêtait jamais. Son passé, son père, sa vie, Potter, sa mère, tout y passait, à longueur de journée. Dire qu'il y a quelques années il ne s'occupait en rien de ça. Il était le fils parfait et faisait tout ce qu'il voulait. Il ne s'était jamais senti seul, jamais. Il n'avait jamais douté de lui. Pendant un temps. Puis son père avait commencé à lui donner des ordres plus horribles les uns que les autres… et il avait tout perdu. Il ne prenait plus le même plaisir à faire du mal à Potter. D'ailleurs, cette pratique s'était vite transformée en « il faut que Potter me remarque ». Draco pensait que le fait qu'il soit si célèbre l'irritait profondément, surtout depuis le jour où il avait refusé de lui serrer la main, de devenir cet ami… oui, depuis ce jour, Draco avait un sérieux problème avec Potter, Harry Potter. Un très gros problème. Il ne le nommait toujours pas, faute de savoir précisément ce que c'était, mais il était sûr et certain qu'il en avait un. Après toutes ces années de persécutions réciproques, il y avait eu la bataille de Poudlard. Et Draco ne pensait sincèrement pas que Potter puisse lui pardonner un jour. Ce qu'il avait fait était impardonnable. Le pire étant qu'il ne se souvenait plus précisément pourquoi il l'avait fait… Il ne savait plus si c'était son père qui lui avait ordonné ou s'il l'avait fait de son plein gré. Et c'était horrible. Il ne savait pas s'il était un monstre… si, ça il le savait. Il avait été un monstre. Peut-être qu'il en était toujours un, il n'avait pas vraiment de moyen de savoir. Il était persuadé qu'il lui manquait quelque chose pour être quelqu'un de bien. De bien. Quelqu'un de bien. Voulait-il le devenir ? Etait-il vraiment mauvais ? Aucune idée.

Le cours de potions était toujours assuré par le professeur Slughorn. Draco aimait beaucoup les potions auparavant, surtout à cause de Rogue qui le favorisait et humiliait Potter – il fallait bien le dire. Mais maintenant… maintenant qu'humilier Potter n'était plus sa priorité, ce n'était qu'un cours comme les autres. Il toqua à la porte de la salle, et respira un grand coup avant de tourner la poignée. Les membres des trois autres maisons étaient déjà là. Bien-sûr, il était le dernier. Et il était seul. Il sentit le rouge lui monter aux joues tandis qu'il allait s'asseoir à sa place. La bande de Potter le fixait étrangement. Ce qui était normal en fait, puisqu'il venait de passer deux jours en convalescence à cause de leur leader qui l'avait tabassé. Il baissa les yeux – ce qui n'était pas digne d'un Malfoy, mais il s'en fichait – et pria intérieurement pour que les yeux émeraude qui lui charcutaient le dos arrêtent. Son souhait fut réalisé à peine une minute plus tard lorsque le vieux Serpentard entra à son tour dans la pièce et que tous les élèves se tournèrent vers lui.

- Bonjour à tous ! s'exclama-t-il avec enthousiasme. Je vois que monsieur Malfoy est de retour parmi nous.

Toutes les têtes se retournèrent vers lui de nouveau et il essaya de ne pas prendre ses jambes à son cou. Le professeur lui adressa un sourire aimable avant de retourner à son cours.

- Aujourd'hui, nous allons voir une potion un peu spéciale, l'Amortentia. Est-ce quelqu'un pourrait… Oh, miss Granger ! Je vous en prie, allez-y.

La brune avait levé la main avant même que Slughorn ne pose sa question. Typique de mademoiselle je-sais-tout.

- L'Artomentia est le plus puissant philtre d'amour au monde, expliqua-t-elle. Elle est reconnaissable grâce à sa couleur nacrée, et à sa vapeur qui s'élève en spirales. Elle a une odeur différente pour chacun d'entre nous, selon ce qui nous attire le plus.

- C'est tout à fait exact ! Quinze points pour Gryffondor ! Bien maintenant, passons au sérieux. Nous allons voir la préparation de cette potion. C'est assez compliqué, aussi j'attends de vous une grande attention.

Il semblait tellement excité à l'idée de leur apprendre comment faire cette potion que même Draco écouta. Et puis, il semblait que tout le monde avait envie de savoir comment préparer un philtre d'amour – le plus puissant du monde en passant. Slughorn afficha les ingrédients et les étapes au tableau, puis les laissa commencer. Draco n'eut pas de mal à obtenir la couleur blanc pâle qui était demandée en premier lieu. Il ajouta les dix perles de rosée espacées de quatre secondes chacune, puis les pétales de rose rouge, tout en suivant à la lettre près les indications. Tourner trois fois dans le sens des aiguilles d'une montre, puis trois fois dans le sens contraire, monter la température du feu à 100°c puis la diminuer jusque 10, faire bouillir les plumes de cygne et de colombe. Il fut assez fier de voir que sa potion avait la couleur noir pur exact qui était décrite au tableau lorsque l'on était arrivé à la moitié de la préparation. Il jeta un coup d'œil aux tables autour de la sienne. Les Poufsouffles semblaient s'être perdus dans les inscriptions et de grosses vapes de fumée grisâtre s'échappaient de leurs chaudrons. Les Serdaigles s'en sortaient bien, mais pas autant de Granger qui était arrivée presque au terme des indications. Weasley et Potter se moquaient de la potion de l'autre. Celle du roux avait une couleur rose fluo et celle de Potter était verte avec de vagues nuances de gris. Draco se demandait toujours comment ils faisaient pour se retrouver si loin de ce qui était voulu. Il remarqua que Potter se passait la main dans les cheveux quand il riait aux éclats. Deux petites fossettes se creusaient alors sur ses joues à la couleur dorée. Ses prunelles flamboyaient et Draco n'arrivait pas à détacher son regard de cette vision. Lorsque les yeux du Gryffondor croisèrent les siens, il se remit au travail, le cœur battant. La poudre de cristal blanc, sept tours dans le sens des aiguilles d'une montre, sept tours dans le sens contraire, le cheveu de Vélane, augmenter la température jusque 110°c, ajouter une larme d'hippogriffe, mélanger pour avoir la couleur nacrée indiquée, puis baisser à 60°c, et si tout se passait bien, il devait obtenir une vapeur qui montait en spirales. Il réprima un sourire. Il avait absolument réussi. Sa potion était aussi parfaite que celle de Granger.

Slughorn tapa dans ses mains pour annoncer la fin de l'heure.

- Excellent, excellent ! Comme je peux le voir, monsieur Malfoy et miss Granger ont terminé la préparation dans les temps, et merveilleusement bien ! A présent, j'aimerais que vous alliez devant leurs chaudrons et que vous notiez ce que vous y sentez !

Draco se renfrogna un peu lorsque tous les autres élèves se dirigèrent vers la table des Gryffondors. Puis il secoua la tête doucement, et se baissa pour sentir sa propre potion. Du miel. Un gâteau fait maison. Des pommes. Une odeur qui lui paraissait familière mais qu'il n'arrivait pas à remettre… Il leva les yeux et se fit percuter par ceux trop verts de Potter. Il ne paraissait pas en colère. Non, il avait l'air… bouleversé, désorienté. Et il le regardait. Ils restèrent comme ça, sans bouger, les yeux dans les yeux, chacun à un bout de la salle. Personne ne les avait remarqués. Pourquoi Potter le regardait-il comme ça ? Il devait arrêter. Draco sentait son corps faiblir, sans aucune raison apparente, mais il ne pouvait plus esquisser le moindre geste. Il était cloué au sol, paralysé. Même respirer devenait impossible. Comment pouvait-on avoir des yeux pareils ? Les siens étaient d'un bleu-gris banal. Banal. Il était banal. Il se trouvait banal. Apparemment les filles n'étaient pas toutes du même avis. Il avait reçu maintes et maintes invitations par des filles de toutes les maisons durant les années précédentes. Qu'est-ce que c'était ? Qu'est-ce qui leur plaisait tant ? Son incroyable gentillesse ? Très drôle. Son côté « noir » ? Ses cheveux ? Ses yeux ? Le fait qu'il soit un ennemi de Potter, l'Elu ? Qu'est-ce que c'était ? Il ne savait pas. Bien-sûr, il savait qu'il n'était pas comme Weasmoche… Mais il n'était pas comme Potter. Avec ses cheveux bruns en bataille, ses yeux extraordinaires, et tout ce qui le définissait. Tout, tout, chez lui pouvait vous faire tomber. Il se donna un coup sur le front avec la paume de sa main. Qu'est-ce qu'il disait ?

Lorsque la sonnerie retentit, il se rua hors de classe et courut jusqu'au prochain cours en essayant d'effacer toutes les pensées qui affluaient. En essayant de tout effacer.