Merci à toutes celles qui sont passées lire le chapitre précédent. Normalement, j'ai fait un petit retour à tout le monde. Pas de bavardage inutile, je crois que certaines ont vite envie de vérifier si leurs hypothèses concernant l'identité du nouveau visiteur sont justes ou pas.

RDV en bas.

Yellow&Arches


Fin du chapitre précédent

"Sara, Bella, préparez-vous à la rencontre la plus improbable qui soit," dit-il tout en ouvrant à leur nouvel invité.


"Jeune vampire, tu es bien difficile à suivre. Heureusement que la magie du calice me permet de le repérer quelque soit l'endroit où il se trouve," entonna le vieillard qui se trouvait maintenant dans l'entrée.

Même Carlisle fut abasourdi il n'aurait jamais cru avoir la chance de faire une telle rencontre.

Sara fixait le nouvel arrivant sans savoir quoi penser. Qui était ce vieux monsieur ? Comment diable avait-il pu arriver jusque là ? Elle n'avait entendu aucune voiture arriver. Et venait-il vraiment de parler de magie ?

"Mesdames, pardonnez mon impolitesse. Je me présente, Mirlino Dipandragoni selon mon état civil actuel cependant, je préfère le nom que l'on m'a attribué dans les temps jadis : Emrys. Vous avez sans doute entendu parler de moi sous le nom de Merlin."

"Emrys, vous connaissez déjà ma fiancée Bella et notre amie Sara que vous avez aperçues dans la rue à New York. Je vous présente mes parents, Carlisle et Esmée," enchaîna Edward.

"Le célèbre Carlisle Cullen, le seul vampire végétarien connu après celui pour qui j'ai créé le calice. Celui qui a réussi à créer une famille, défiant ainsi les autorités suprêmes de votre monde. J'avoue que votre histoire est fascinante. Je suis honoré de vous rencontrer enfin," dit le vieillard en inclinant la tête.

"Moi de même Emrys, rencontrer en chair et en os le magicien que l'on croyait n'être qu'une légende est un privilège et un grand honneur. J'espère que nous aurons le temps d'échanger quelque peu."

"N'avons-nous pas toute l'éternité devant nous, très cher ?"

Pendant que vampires et magicien échangeaient des civilités comme tout un chacun, Bella et Sara étaient restées sans voix.

Bella était fascinée par le fait qu'un magicien se tienne devant elle. Sa rencontre avec les vampires lui permettait de vivre une nouvelle expérience étonnante. Elle était au cœur d'une histoire qui valait mille fois d'être vécue, bien plus palpitante que sa petite vie d'avant et malgré tous les risques que cela représentait, elle n'échangerait sa place pour rien au monde. Des milliers de questions lui vinrent à l'esprit, elle espérait avoir le temps de lui en poser quelques unes.

Quant à Sara, elle était de nouveau perdue. Elle n'était pas encore sûre d'accepter la présence de vampires que venait s'ajouter un magicien. 'Mon dieu, faites que je me réveille de ce cauchemar'. Mais elle réussit à se ressaisir suffisamment pour poser la question qui lui brûlait les lèvres.

"Vous… vous êtes la personne qui a signé le bon de sortie d'Italie pour le calice de jade, n'est-ce pas ? Pourquoi ?" parvint-elle à ânonner.

"En effet, c'est bien moi," lui répondit honnêtement le magicien. "Quant au pourquoi, je vous propose de nous asseoir ; j'ai une longue histoire à vous raconter, et mes jambes ne sont plus ce qu'elles étaient."

Le magicien leur conta alors, pendant de longues heures, les zones d'ombre autour du calice. Il leur révéla ainsi qu'il avait régulièrement visité Londres durant les dix ans du mariage d'Alyna et Nicholas pour voir si tout allait bien pour eux. Son visage se teinta de douleur lorsqu'il arriva au moment de leur mort, comme s'il se reprochait de n'avoir pas pu les protéger. A quelques jours près, il aurait été sur place. Malheureusement il ne trouva que des cadavres et ne parvint jamais à retrouver Nicholas. Le vampire avait quitté l'Angleterre. Meurtri par ce nouvel échec, il était retourné se réfugier dans sa forêt.

Une chose inattendue se produisit pourtant quelques siècles plus tard. Le calice attira son attention, en étant déplacé. Curieux de nature, il revint donc à Londres pour voir dans quelles mains il était tombé. C'est ainsi que Carlisle, stupéfait, apprit qu'il aurait pu rencontrer Emrys, il y a bien longtemps. Le magicien satisfait par le nouveau propriétaire du calice ne chercha pas à le reprendre. Carlisle fut encore plus surpris d'apprendre par la suite qu'Emrys le 'surveillait' depuis le jour où il avait découvert que lui aussi était devenu un vampire et qu'il suivait, sans le savoir, les traces du premier vampire végétarien. Plus d'une fois, le magicien avait été tenté de lui parler mais il y avait renoncé à chaque fois. Cependant, c'est ainsi qu'il avait retrouvé la trace du calice, en le suivant à Volterra. Celui-ci avait été enfoui si profondément sous terre que la magie dégagée était quasi indétectable à moins d'être très proche. Cette cache en valant une autre, il le laissa en place.

Il perdit longtemps la trace de Carlisle quand celui-ci décida de quitter l'Europe pour le Nouveau Monde. Puis, quelques mois auparavant, le hasard avait voulu que des vampires de passage dans sa forêt lui donnent, sans le savoir, des nouvelles du Clan Cullen.

Cette fois-ci, il avait décidé de provoquer une rencontre. Il raconta son retour à Volterra pour reprendre le calice, son don anonyme au musée et son usurpation d'identité pour signer le bon de sortie. Il espérait que l'exposition à New York attirerait l'attention du vampire.

"Cependant, jamais je n'aurais pensé que le calice allait servir une nouvelle fois, voir même doublement si j'ai bien suivi les derniers rebondissements," conclut le magicien.

Pendant que certains tentaient encore d'assimiler les paroles du magicien, Carlisle profitait de chaque minute qui lui était donnée pour échanger avec lui. Il était fasciné par ses récits et encore plus par l'invitation qu'il venait de recevoir pour aller visiter la grotte de Camlann.

Sentant que le magicien allait bientôt les quitter, Edward s'approcha pour lui demander un service.

"Emrys, auriez-vous une solution 'magique' pour nous aider à maîtriser la force, ou mieux encore le besoin de sang, d'un nouveau-né ?" osa demander Edward.

Le magicien se gratta la tête quelques instants, marmonna entre ses lèvres puis fit signe à Edward qu'il était prêt. Celui-ci l'emmena auprès de Neal. Edward put ainsi voir le magicien à l'œuvre, entendre la langue inconnue mentionnée par Nicholas dans son journal et voir les yeux du vieillard devenir jaunes quelques instants. Que de chemin parcouru depuis cet après-midi, trois mois plus tôt, quand Carlisle leur avait lu le vieux grimoire.

"Voilà, il devrait vous poser moins de problèmes cela n'annihilera pas totalement son besoin de sang mais il devrait être aisément contrôlable le temps qu'il redevienne humain."

"Merci beaucoup pour tout ce que vous avez fait, Emrys."

"De rien, jeune homme. Ton histoire avec Bella me rappelle tellement celle de Nicholas et Alyna. J'espère seulement que vous connaîtrez une fin plus heureuse," conclut tristement le magicien.

Puis vint le temps des adieux. Carlisle et Esmée lui dirent à bientôt Bella lui fit un baiser sur la joue, le faisant rougir. Sara lui fit seulement un signe de la main. Le magicien s'évapora en quelques instants, et certains se demandèrent s'il avait bien été parmi eux.


Dimanche 6 juillet, Catskills

Neal était toujours étendu sur le lit. Immobile, impassible. Le venin injecté par les canines du vampire circulait dans son sang, envahissant son corps, s'étendant jusqu'à en imprégner chaque cellule. Bien qu'apparemment inconscient, il n'en vivait pas moins une véritable agonie. La brûlure était insupportable. Elle avait commencé par le bas de son corps et en irradiait l'ensemble maintenant. Il lui semblait que son corps allait se consumer, disparaître en cendres, cela aurait été préférable, la douleur aurait au moins disparu. 'Faites que cela s'arrête', hurla-t-il encore et encore dans sa tête. Il n'avait pas conscience du temps mais il lui semblait qu'une éternité s'était écoulée depuis que la douleur suffocante l'avait envahi. Il voulait en finir enfin.

Puis aussi violemment qu'elle était apparue, la douleur s'arrêta soudain. Son cœur s'était arrêté. Neal Caffrey était désormais un vampire.

A ses côtés, Edward et Carlisle l'observaient. Le moment redouté du réveil de Neal approchait à grands pas.

Les deux hommes retournèrent dans le séjour.

"Esmée, il est temps de partir. Emmène Sara et Bella en ville. Neal ne va pas tarder à se réveiller."

"Mais…" Sara protesta. Elle ne voulait pas laisser Neal dans un moment pareil.

"Sara, comme je te l'ai expliqué, la force d'un nouveau-né est extraordinaire. Nous ne serons pas trop de deux avec Carlisle pour le maîtriser. Sa soif de sang va être telle que toi et Bella serez réellement en danger. S'il venait à te blesser ou te tuer, Neal ne se le pardonnerait jamais, tu ne peux pas lui imposer ça," expliqua Edward.

Sara hocha la tête doucement. Esmée lui prit tendrement le bras et elles partirent vers la voiture.

"Allons dîner en ville, cela vous changera les idées à toutes les deux," fit-elle en adressant également un sourire à Bella.

De retour dans la chambre, les deux vampires reparlèrent de leur rencontre avec le magicien. Edward se dit chanceux d'avoir pu faire cette incroyable rencontre avant de redevenir un simple mortel, tout en espérant garder ce souvenir en mémoire pour pouvoir le raconter à ses enfants.

Carlisle, lui, évoqua avec enthousiasme sa future visite en Angleterre. Edward 'lisait' toutes les questions qu'il prévoyait de poser. Au fond de lui, il était heureux que Carlisle puisse vivre une telle rencontre, lui qui aimait tant partager de nouvelles expériences. Une pointe de regret l'envahit en sachant qu'il ne serait pas là, mais tout était balayé par la perspective de redevenir humain.

"Nous allons enfin être fixés sur l'efficacité de la magie d'Emrys," énonça Carlisle.

Neal avait entendu, tout d'abord, une conversation puis, il capta un son, le bruissement des feuilles un chant d'oiseau vint se joindre au brouhaha qui envahissait son cerveau. Comment pouvait-il entendre ces sons avec autant de précision ? Il avait l'impression que l'oiseau était à côté de son oreille.

Il ouvrit les yeux.

Un homme magnifique se tenait à ses côtés. Qui était-il ? Un prénom lui revint : Edward.

En tournant la tête, il découvrit une pièce inconnue. Comment était-il arrivé là ? Sa mémoire était confuse. Il fronça les sourcils essayant de remonter le cours du temps, à son dernier souvenir clair.

Le dîner ! Ils étaient sortis dîner tous les quatre. Puis… ils avaient été victimes d'une banale agression ; des types avaient voulu s'en prendre aux filles. Ils les avaient bien mouchés, partis plus vite qu'ils n'étaient arrivés. Il sourit, content de la leçon qu'ils leur avaient infligée, et pâlit soudain portant la main à son torse.

Il ne ressentait aucune douleur, pourtant il se souvenait parfaitement du couteau planté dans sa poitrine. Comment avait-il survécu à ça ? Il leva les yeux vers Edward qui l'observait en silence, immobile.

Il regarda autour de lui. Où était-il ? Depuis combien de temps était-il inconscient ? Une vague de frayeur l'enveloppa.

Pourquoi ne sentait-il pas son cœur battre la chamade ? Il aurait pourtant dû sentir la pression de son sang sous l'affolement qui le gagnait de seconde en seconde. Pourquoi ne sentait-il pas son cœur ?

Un froid glacial l'enveloppa tout à coup. Il regarda Edward qui n'avait pas bougé.

"Non…" murmura Neal d'une voix cassante. "Tu n'as pas fait ça, tu n'as pas osé…" Il bondit de son lit avec une force et une vitesse qui auraient dû l'interpeler. Mais pour l'instant, la fureur était plus forte que tout.

Il se jeta sur Edward comme un fou. Le vampire s'y attendait et savait que Neal était dangereux, même pour lui. Les nouveaux-nés avaient une force et une puissance inégalables, c'est bien pour cela qu'il leur avait fait quitter New York. Malgré ses années d'expérience, Neal restait un adversaire redoutable, pourtant Edward ne voulait pas le blesser. Ils se battirent un moment, bousculant des meubles Edward fit en sorte de l'emmener sur la terrasse avant de réduire en miettes tout le chalet. Il avait pour lui l'expérience tandis que Neal se battait avec toute la puissance mais aussi l'inexpérience de son nouvel état. C'était la seule faiblesse que pouvait exploiter Edward. Il continua à se battre, parant les coups. Il fallait laisser à Neal la possibilité de se défouler avant de l'immobiliser pour de bon. Finalement, Carlisle le rejoignit et ils plaquèrent Neal au sol, le privant de toute possibilité de bouger.

"Lâchez-moi !" hurla Neal.

"Quand tu te seras calmé." Edward baissa le son de sa voix. "Je sais que tu es terrifié, mais laisse-moi te parler. Jamais je n'aurais fait cela sans une bonne raison."

"Je n'ai rien demandé !"

"De quoi vous souvenez-vous ?" lui demanda Carlisle.

"Qui êtes-vous ?" lui lança Neal en retroussant les lèvres et essayant une nouvelle fois de se dégager de l'étau qui l'enserrait.

"Bonjour Neal. Nous n'avons effectivement pas eu le temps de nous présenter. Je suis Carlisle."

Neal cessa de se débattre d'un seul coup pour regarder l'homme. Carlisle, le père d'Edward. Il ne l'avait pas imaginé aussi jeune, ni aussi bel homme. Tous les vampires étaient-ils aussi parfaits ?

"Le père d'Edward," murmura-t-il.

"Oui, en quelque sorte."

Neal poussa un long soupir et relâcha ses muscles, restant étendu sur le sol contre lequel Carlisle et Edward le tenaient encore.

"Nous pouvons te lâcher maintenant ?" demanda Edward.

"Oui…"

Les vampires libérèrent Neal et celui-ci se releva doucement. Il regarda autour de lui, observant les dégâts causés par leur lutte, les meubles renversés, les bibelots cassés.

"Comment te sens-tu Neal ?" demanda Carlisle.

Neal fronça les sourcils, réfléchissant, essayant de déterminer ce qu'il ressentait. "Franchement ? Je n'en sais rien…"

Carlisle et Edward l'observaient un peu intrigués. Après son réveil brutal, Neal était maintenant étonnamment docile et calme.

"Tu as faim ?" lui demanda-t-il.

Neal sursauta, surpris par la question, puis s'aperçut qu'il était effectivement affamé, assoiffé aurait été plus exact en fait.

"Je dois dire que oui." Il regarda autour de lui et prit enfin conscience de l'endroit où ils se trouvaient. "C'est le chalet que j'ai loué pour notre week-end… Où sont Sara et Bella ?" demanda-t-il tout à coup.

Les deux hommes échangèrent un regard qui n'échappa pas à Neal.

"Que s'est-il passé ?" demanda Neal inquiet.

"Rien, elles vont bien. Nous les avons simplement écartées pendant quelques heures. Neal, nous devons t'expliquer un certain nombre de choses par rapport à ton statut de nouveau-né."

"Nouveau-né ?" fit Neal avec un rire.

"En tant que vampire, oui."

Carlisle prit la parole. Plus expérimenté, plus âgé, il était plus à même d'expliquer à Neal ce qui l'attendait, ce qui avait changé pour lui. Ils lui racontèrent la visite de Merlin et sa promesse que le calice leur permettrait bien de redevenir humain. Apparemment, son sortilège pour rendre Neal plus tranquille fonctionnait. Il leur restait une chose à tester : la soif de sang de Neal.

Carlisle s'absenta un instant et revint avec un bidon sombre, camouflant la couleur du liquide qu'il contenait.

Neal se redressa brusquement humant l'air les pupilles dilatées. Edward l'observait aux aguets.

"Neal ?"

"C'est du sang n'est-ce pas ?" demanda Neal avec un curieux regard, à la fois exalté et vaguement dégoûté.

Edward le regardait perplexe. Neal aurait dû bondir pour s'emparer du bidon, attiré par le sang et la faim qu'il devait éprouver à son réveil. Pourtant, bien qu'il fût évident que le liquide lui faisait envie, il en trépignait, il semblait parfaitement contrôler son instinct. Neal s'aperçut du regard étrange que lui adressait le vampire.

"Que se passe-t-il ?" demanda Neal un peu agacé.

"Tu te souviens que Carlisle t'a expliqué que la soif de sang est un besoin irrépressible ?" Neal hocha la tête. "Tu n'éprouves pas l'envie de prendre le bidon pour le boire ?"

"Si, bien sûr. L'arôme est absolument enivrant, un parfum exquis." Neal ferma les yeux en savourant le délice. "C'est purement divin… mais ce n'est pas une raison pour me conduire comme un sauvage," conclut Neal.

Carlisle et Edward se regardèrent. Une nouvelle fois Merlin n'avait pas usurpé sa réputation. Un nouveau-né capable de contrôler sa soif de cette façon, cela ne s'était jamais vu. Cela allait leur faciliter grandement la vie. Neal allait pouvoir rentrer à New York sans mettre la ville en danger. Le dernier test serait l'arrivée de Sara et Bella…

Esmée ouvrit la porte, postée devant Bella et Sara pour les protéger. De leur côté, Carlisle et Edward encadraient Neal. Ils restèrent quelques instants en silence.

Sara voulut s'approcher mais Esmée l'en empêcha. La jeune femme observa Neal. Malgré sa pâleur extrême et la couleur perturbante de ses yeux, Neal était plus beau que jamais. Il avait en lui une grâce et une noblesse qui en faisaient une œuvre d'art. S'il était déjà superbe avant, là il atteignait la perfection des plus belles toiles de Michel Ange. Il arrivait déjà à séduire le monde entier, plus personne ne lui résisterait désormais.

"Neal…" murmura-t-elle les larmes aux yeux.

"Sara, je…" Neal s'arrêta ne sachant pas trop quoi dire.

"Je sais. Ils m'ont tout expliqué."

"C'est toi qui l'a demandé à Edward ?"

"Non, c'est moi," expliqua Bella.

"Pour moi," ajouta Sara. "Pardonne-moi, c'était purement égoïste de ma part…" fit-elle les larmes aux yeux.

"De sauver ma vie ?" Neal était livide, mais difficile de dire s'il s'agissait de son tout nouvel état de vampire ou des effets du réveil agité qu'il venait de vivre.

Surprise, mais heureuse de constater que Neal ne semblait pas intéressé d'agresser les jeunes femmes, Esmée finit d'entrer dans la pièce et les laissa passer.

"Asseyons-nous," proposa Carlisle. "Je pense que nous devons parler."

"Bonne idée. J'ai besoin d'un bon café après tout ça." Neal sentit le regard d'Edward sur sa nuque et se tourna vers lui.

Le jeune homme avait un soupçon de sourire sur les lèvres. Quelque chose l'amusait visiblement beaucoup. Il se tourna vers Sara quand il l'entendit se racler la gorge, et poussa un gémissement.

"Pas de café hein, c'est ça ?" Il se dirigea pesamment vers le canapé et s'y laissa tomber lourdement. "Vous croyez que j'ai droit à un jour de congé pour me remettre ? Peter va me tuer…"

"Mon dieu, Peter !" s'exclama Sara. Elle se précipita vers son sac pour prendre son téléphone.

Neal la regardait éberlué.

"Neal, nous sommes dimanche soir. Tu es sensé être de retour à New York demain matin. Il faut prévenir Peter que tu ne seras pas là."

"Je ne peux pas mentir à Peter," déclara Neal presque comme une rengaine.

Il laissa tomber sa tête en arrière sur le canapé en grognant. Depuis le début de cette histoire, il enchaînait entorse sur entorse à l'accord conclu avec Peter. Mais il pouvait difficilement lui dire qu'il ne pouvait pas rentrer car il était devenu un vampire.

"Peter, bonsoir c'est Sara."

A New York, Peter fut surpris par le coup de fil. Un appel de Sara le dimanche soir, cela ne pouvait pas être de bon augure. Instinctivement, il alluma son PC et lança le programme qui lui permettait de surveiller la position de Neal.

"Sara, bonsoir. Comment s'est passé votre week-end ?"

"Pas du tout tel que je l'envisageais…" répondit Sara, s'apercevant qu'elle était on ne peut plus honnête sur cette affirmation.

"Neal va bien ?" demanda Peter vaguement inquiet.

"Non, pas vraiment. En fait, nous sommes encore au chalet. Je ne pense pas qu'il soit en état de prendre la route. Peter, crois-tu pouvoir étendre sa permission pour une journée ?"

Peter fronça les sourcils en regardant son écran. Neal était bien au chalet. Il fit remonter la bande en accéléré et s'aperçut qu'il ne l'avait, de fait, pas quitté depuis son arrivée le jeudi.

"Il est malade depuis jeudi soir ? Vous avez appelé un médecin ?"

"Non, Neal n'a pas voulu. Il persiste à dire qu'il a connu pire. Je ne l'ai jamais vu comme ça, il est… vert."

"Je peux lui parler ?"

"Heu… attends. Il est encore aux toilettes…"

Peter fit une grimace. Il se serait bien passé des détails. Malgré tout, il ne pouvait s'empêcher d'avoir des doutes. Certes, Sara avait appelé dès le vendredi matin pour lui dire que Neal était malade. S'il l'autorisait à ne rentrer que le mardi, cela lui ferait quatre jours de congé. Neal était tout à fait capable d'avoir tout manigancé dès l'instant où il lui avait annoncé la nouvelle. Il ne savait jamais sur quel pied danser avec son informateur.

Pendant ce temps Neal secouait la tête, tandis que Sara lui faisait de gros yeux pour qu'il prenne le téléphone. Il soupira en prenant le combiné.

"Salut Peter," fit-il d'une voix désabusée.

"Neal ? Sara me dit que ce n'est pas la grande forme ?"

"On peut dire ça. D'ailleurs, je pense que je vais te demander de me redonner une permission, si tu veux mon avis celle-ci ne compte pas…" ajouta Neal, prenant une voix fatiguée.

"Bien essayé, mais j'en doute. Par contre, je contacte les Marshals pour leur annoncer que tu restes un jour de plus là-haut. Mais mardi, tu viens au bureau même si tu dois arriver en ambulance," menaça-t-il.

"Oui, Peter, je serai là."

"Prends soin de toi alors. Au revoir."

"Au revoir Peter."

Neal raccrocha et rendit le téléphone à Sara. Il n'aimait vraiment pas mentir à Peter. Il regarda les Cullen qui l'observaient. Quelle histoire…

Neal se tenait la tête entre les mains essayant d'éclaircir ses idées. Il releva la tête soudainement.

"Je ne vais jamais savoir à quoi je ressemble !" s'exclama-t-il.

"Pardon ?" fit Edward interloqué.

"Les vampires n'ont pas de reflet dans les miroirs…" gémit Neal.

Sara s'esclaffa en se tournant vers Bella. "Du Neal tout craché. Il devient vampire mais tout ce qui l'intéresse, c'est son allure."

"Encore une fausse légende…" Edward soupira. Neal semblait avoir une connaissance infinie des histoires de vampires. "Dis-moi, tu as lu tous les livres sur les vampires quand tu étais en prison ou quoi ? Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui en sache autant… enfin qui pense en savoir autant."

"Les journées sont longues quand tu es dans une cellule de trois par trois," murmura Neal.

Edward prit le plateau en argent posé sur la console à côté de lui et le tendit à son 'fils'.

"Alors, satisfait par ton allure ?"

Neal se regarda attentivement. Il n'avait pas vraiment changé, sauf qu'il était d'une pâleur effrayante et ses yeux étaient injectés de sang. Il fit un sourire, mais entre la couleur de sa peau et celle de ses yeux, celui-ci semblait totalement déplacé. Il avait l'air… malade. Il soupira en bougeant le plateau pour se regarder de profil, puis le reposa sur la table.

"Oh non… Dis-moi que ça n'est pas vrai !" s'exclama Edward.

"Quoi donc ?"

Edward signala le plateau du menton pour lui faire comprendre de quoi il parlait et Neal se sentit rougir. Il aurait bien repris le plateau pour voir s'il rougissait effectivement, ou si c'était seulement une impression mais il était bien trop mal à l'aise pour le toucher.

Edward se mit à rire à gorge déployée. Sara, ahurie, regarda Bella.

"Que lui arrive-t-il ?"

"Alors ça, il va falloir t'y habituer…" gronda Bella. "Il a sans doute lu quelque chose dans l'esprit de Neal et ne semble pas pressé de partager sa découverte."

Neal avait baissé les yeux et semblait fasciné par ses mains pendant qu'Edward essayait de calmer son rire. Mais chaque fois qu'il arrivait à s'arrêter, l'esprit de Neal lui envoyait une nouvelle pensée et il repartait de plus belle.

"Edward !" lui lança Bella. "Je te rappelle que les gens normaux ne lisent pas les pensées des autres. Alors, soit tu partages la raison de ton hilarité, soit tu sors, ça commence à être très désagréable."

Edward regarda Neal, un sourcil relevé. "Je peux ?"

Neal poussa un soupir et s'affala sur le canapé. "Vas-y, fais-toi plaisir, de toute façon, je suis déjà mort, alors une humiliation de plus…"

Edward faillit repartir de plus belle mais se ressaisit.

"Malgré lui, Neal vient de repenser à une vieille aventure qui lui est arrivée…" Edward regarda Neal pour vérifier les informations, "en Italie. Il avait séduit une charmante demoiselle qui lui avait fait les honneurs de sa chambre, sauf qu'elle n'avait pas prévu que son père passerait la voir…"

Neal s'agita sur le canapé souhaitant pouvoir disparaître.

"… et Neal dût s'enfuir au plus vite sans avoir le temps de récupérer ses vêtements. Tout ce qu'il réussit à prendre pour… cacher sa modestie fut un plateau en argent comme celui-ci." Edward se mordit la lèvre pour empêcher un nouvel éclat de rire. "Au mois de novembre, sur un balcon avec un plateau pour tout vêtement, il ne devait vraiment pas faire chaud…"

Tout le monde éclata de rire, puis Neal finit par se joindre à eux.

"J'ai quand même passé un très belle soirée avant que le père ne fasse son apparition," conclut-il à l'intention d'Edward.

Epuisées, Sara et Bella avaient fini par aller se coucher. Les vampires restèrent un instant à discuter, puis Edward proposa à Neal de sortir.

D'abord hésitant, Neal commença à tester ses nouvelles capacités physiques. Il bondit dans les arbres, courut pour tester sa vitesse, se laissa tomber de hauteurs impressionnantes. Son corps était indestructible, la peur disparaissait au fur et à mesure qu'il testait de nouvelles limites. Il était totalement euphorique, comme s'il était drogué et dans un état second où rien ne semblait impossible. Il hurla sa joie face à ce nouveau corps extraordinaire.

Il fut brutalement rappelé à l'ordre quand son bracelet émetteur lui signala qu'il avait dépassé le rayon autorisé. Il se figea et fit un bond en arrière. La lumière revint au vert et il regarda sa cheville comme s'il s'agissait d'un corps étranger. La réalité le rattrapa d'un seul coup et il se laissa tomber au sol, adossé à un arbre.

Edward apparut tout à coup à côté de lui et Neal sursauta.

"Comment fais-tu ça ?"

"Quoi donc ?" demanda Edward, un léger sourire sur les lèvres.

"Apparaître comme ça, d'un seul coup ! Un don d'invisibilité en plus du reste, dont tu aurais omis de me parler ?" Les yeux de Neal brillèrent d'un nouvel espoir.

"Non, mais tu oublies qu'il y a longtemps que je vis cette vie. Tu apprendras aussi."

Neal fronça les sourcils. "J'avais compris que ceci n'était que temporaire."

"Si cela est ton choix."

Edward avait fait le sien, il laisserait Neal prendre seul ses décisions.

"Bon, maintenant que tu t'es bien amusé à jouer à Tarzan dans les arbres, il est temps de passer aux choses sérieuses. Tu n'as pas faim ?"

"Si, je meurs de faim."

"Très bien. Alors, voilà comment je m'y prends…" Edward s'arrêta en voyant Neal pâlir. "Neal, un problème ?"

Neal avala péniblement sa salive.

"Je viens juste de prendre conscience de la façon dont je dois me nourrir. Je ne suis pas prêt pour ça je crois…"

"Tu n'as pas vraiment le choix. Et surtout il faut le faire avant que la faim ne devienne si forte que tu ne sois plus capable de te contrôler."

Neal pensa qu'il allait vomir. L'exaltation ressentie quelques instants plus tôt venait de fondre comme neige au soleil, remplacée par une terreur digne du meilleur Edgar Allan Poe. Il hocha la tête en essayant de faire passer sa nausée soudaine.

"Tu es encore tout jeune, ça viendra naturellement. Allons chasser, tu vas voir, ton instinct va te guider."

"Je dois me nourrir à quelle fréquence ? Comment vais-je faire à New York ?" demanda Neal soudain horrifié.

"Nous trouverons une solution. Il doit y avoir des abattoirs à proximité de la ville, nous trouverons du sang. Carlisle en garde toujours en stock à la maison."

"Ben voyons, une bouteille de sang, entre le lait et la bière, comme dans n'importe quel réfrigérateur qui se respecte…" murmura Neal.

Après s'être nourris d'élans, nombreux dans cette forêt, ils rentrèrent au chalet, attendant le lever du jour. Neal alla se changer - sa chemise était tachée de sang - non sans avoir jeté un regard envieux à l'air impeccable d'Edward. Il avait encore beaucoup à apprendre.


Quand Sara se dirigea vers le séjour avec l'intention de petit-déjeuner, Edward et Neal étaient sur la terrasse, au soleil, installés sur les fauteuils en osier, discutant de dieu sait quoi. Ces deux-là avaient sans aucun doute suffisamment d'histoires à raconter pour pouvoir passer l'éternité à discuter. Mais ce qui frappa Sara fut la lumière. Les deux hommes scintillaient, étincelaient, littéralement. Elle n'avait jamais rien vu de tel. Comme si chaque cellule de leur corps renvoyait la lumière tel un prisme posé au soleil.

"Magnifique n'est-ce pas ?" murmura Bella qui venait d'arriver à ses côtés.

"C'est…" Sara était à court de mots. 'Magnifique' était loin du compte, c'était irréel, magique, féerique…

"C'est pour cela que les vampires sont des créatures de la nuit," poursuivit Bella. "Les humains ne sont pas prêts pour ce genre de vision."

"Comment fais-tu ?"

"Comment je fais quoi ?"

"Pour vivre cela, comme si c'était tout ce qu'il y a plus normal. Ton fiancé assis sur une terrasse en train de discuter avec un ami… et irradiant la lumière."

Bella sourit, les yeux perdus dans le vague, admirant son fiancé, le cœur gonflé de pur bonheur. Sara la regarda et sourit à son tour. L'amour, l'amour avec un grand A... Bella était irrévocablement et irrémédiablement amoureuse de son vampire. Tout le reste n'avait aucune importance.

Elle regarda Neal. Elle l'aimait de tout son cœur, mais leur relation était loin d'être aussi limpide que celle des jeunes gens. Et maintenant qu'il était différent, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir peur. Pas de Neal en tant que vampire, mais de leur relation, de leur avenir. Que se passerait-il si le calice ne fonctionnait pas ? Serait-elle prête comme Bella à devenir comme lui pour rester à ses côtés ?

Neal dut sentir qu'on le regardait et Sara eut un sursaut en pensant qu'il l'avait peut-être même effectivement sentie. Les informations que les vampires lui avaient données se bousculaient dans sa tête, mais il lui semblait que l'odorat faisait partie des sens hyper développés. Il la regarda et se leva en souriant. Edward se leva également, prêt à intervenir.

Neal s'approcha de la baie vitrée qui le séparait de Sara et eut un flash sur un moment similaire de son passé. La prison. Kate lui disant au revoir. Il s'approcha de la fenêtre et posa sa main sur la vitre. Sara s'approcha et posa sa main de l'autre côté le regardant avec tristesse. On ne les avait pas laissés s'approcher depuis que Neal s'était réveillé… transformé.

Edward restait sur le qui-vive. Il n'en revenait toujours pas de la maîtrise de Neal et s'attendait à tout instant à ce que son contrôle ne lui échappe et qu'ils ne courent tous à la catastrophe. Mais pour l'instant, le regard amoureux qu'il adressait à Sara était bien trop touchant pour qu'il intervienne. Ces deux-là s'aimaient vraiment. Comment Sara allait-elle gérer cette situation ?

Neal fit quelques pas jusqu'à la porte-fenêtre, glissant ses doigts sur la vitre, Sara imitant son geste et son déplacement. Finalement, ils se retrouvèrent face à face, sans obstacle entre eux. Ensemble, ils regardèrent leurs mains tandis qu'elles quittaient la vitre pour aller se toucher réellement. Les doigts de Neal étaient glacés et Sara ne put s'empêcher de les écarter un instant comme si elle s'était brûlée, puis elle passa un index sur le scintillement qui se dégageait de la main de Neal, s'attendant presque à sentir une texture particulière. Sa main était toujours aussi douce, mais la lumière qui s'en dégageait était irréelle.

"Tu as peur de moi ?" demanda Neal l'air grave.

Sara fit une petite grimace. "Non… oui… je ne sais pas." Elle poussa un profond soupir. "Oh Neal, je ne sais pas quoi penser de tout ça. Il y a encore quelques jours ma seule connaissance des vampires était Bella Lugosi et les vampires de dessins animés qui se transforment en chauve-souris." Elle écarquilla soudain les yeux.

"Non," répondit Neal en riant, "je ne me transforme pas en chauve-souris la nuit venue."

Son rire fit quelque peu tomber la tension et il leva la main pour lui caresser le visage. Edward, qui se tenait à deux mètres de lui, bondit.

"Edward, je ne vais pas agresser Sara," fit Neal en tournant la tête vers lui et lui faisant comprendre des yeux qu'il apprécierait un peu d'intimité.

Le jeune vampire acquiesça et s'écarta. Neal prit Sara par la main et la conduisit vers les fauteuils où quelques instants auparavant il était assis avec Edward. Ils avaient besoin de parler.

Edward rentra dans la pièce, souhaitant de tout son cœur pouvoir leur faire confiance, mais inquiet malgré lui. Dans toute l'histoire 'vampiresque', les premiers mois étaient toujours une épreuve, généralement jonchés de cadavres. Neal défiait tout ce qu'il savait, ce qu'il avait vécu, le laisser seul avec Sara allait à l'encontre de sa raison. Bella s'approcha de lui et l'embrassa légèrement.

"Laisse-les un peu seuls, ils ont besoin de parler. Sara est totalement perdue."

Edward lui sourit. "Oui, tu as raison, mais j'ai du mal à baisser ma garde."

"Et bien, j'imagine que rien ne t'empêche de les observer discrètement, à distance ?" suggéra Bella.

Edward hocha la tête et tendit l'oreille.

"Tu te rends compte qu'avec tes nouvelles… capacités, tu pourrais disparaître, quitter New York, le FBI. Jamais les Marshals ne te mettraient la main dessus. Ils n'ont déjà jamais réussi avant."

"Il reste Peter."

"Je connais ton admiration pour lui, mais même Peter aurait bien du mal à te retrouver."

Neal acquiesça d'un grognement.

"Tu es sûr que c'est une bonne idée de rentrer à New York ?"

"Il le faut bien."

Ils restèrent à se regarder, en silence.

Bella se dirigea vers la cuisine pour préparer le petit déjeuner. Quand elle revint chercher Sara, Edward était en train de rire silencieusement.

"Qu'y a-t-il de drôle ?" demanda Bella.

"Neal vient de dire à Sara qu'il envisage de s'acheter une cape." Il secoua la tête amusé. "Je pense qu'il va mieux s'il arrive à en plaisanter."

Bella fit un signe à Sara et les deux jeunes femmes allèrent manger.

Ils avaient convenu de reprendre la route du retour en fin d'après-midi. Neal décida alors de faire visiter les alentours à Sara. Bien sûr, ses deux miles de rayon autorisés ne lui permettaient pas d'aller bien loin, mais le cottage était suffisamment enfoncé dans la forêt pour qu'ils puissent se promener dans la nature.

Les deux vampires firent monter les jeunes femmes sur leur dos et s'apprêtèrent à partir au pas de course.

"Ferme les yeux," conseilla Bella à Sara.

"Pourquoi ?" demanda la jeune femme.

Bella n'eut pas le temps de lui répondre et Sara comprit seule cette suggestion. Le paysage se mit à défiler à une vitesse impressionnante, les arbres à la frôler de quelques millimètres. C'était effrayant et grisant à la fois. Elle se demandait comment Neal parvenait à esquiver les arbres et elle poussa un cri en serrant les bras autour de son cou quand il fit un bond et sauta au bas d'une crête comme s'il se contentait d'enjamber un trottoir. Elle s'aperçut alors que Neal décrivait un immense cercle. Il avait apparemment identifié la limite qu'il ne pouvait franchir et la suivait afin d'en tirer un profit maximum.

Les deux vampires semblaient se défier, se mesuraient en bondissant par-dessus les obstacles, zigzaguant au plus près des arbres, se jetant des regards amusés. Ils finirent par s'arrêter sur un promontoire. La forêt s'étendait à leurs pieds. Bella, pourtant habituée à ce type de déplacement, se laissa tomber au sol passablement secouée. Sara s'accrocha au bras de Neal quand elle sentit ses jambes trembler sous elle tandis qu'elle se détachait de lui.

Il la regarda les yeux brillants. "Ca va ?" lui demanda-t-il.

Elle se contenta de hocher la tête, incapable de parler. L'expérience avait été extraordinaire, la montée d'adrénaline puissante. Il lui sourit prenant conscience qu'il lui fallait un instant pour reprendre ses esprits et l'aida à s'asseoir aux côtés de Bella.

Il releva la tête soudainement et regarda Edward.

"D'accord, allons-y," répondit le vampire à la question muette.

Ils venaient de percevoir la présence d'un cerf. Edward fut soulagé par l'intérêt de Neal pour la chasse. Il était bien trop raisonnable pour un jeune vampire. Cette réaction était naturelle et tant qu'il s'intéressait aux animaux, il y avait moins de risques pour les jeunes femmes.

Sara regarda les deux hommes s'éloigner. Neal souriait de toutes ses dents, ivre de bonheur, les pupilles dilatées. 'Il a l'air dopé' se dit-elle. Elle eut un coup au cœur en s'apercevant que c'était exactement ce qui lui arrivait. Elle ignorait quelles hormones ou enzymes ou dieu sait quoi d'autre circulaient dans le sang de Neal, mais il réagissait comme s'il avait pris une drogue. Son intelligence et les projets les plus fous que son cerveau était capable de manigancer n'étaient plus arrêtés par les limites d'un physique humain. Son corps de vampire était enfin à la hauteur de son intellect et il avait atteint une plénitude qu'il n'avait probablement jamais connue auparavant.

Elle avala sa salive péniblement. Elle allait le perdre une nouvelle fois. Un an plus tôt, elle l'avait quitté, tiraillée entre sa raison et son cœur. La découverte du trésor l'avait plongée dans le pire des désarrois. Sa raison ne pouvait cautionner le vol, son cœur ne pouvait se résoudre à le blesser. Elle avait choisi un chemin intermédiaire, le quittant pour satisfaire son intégrité, ne le dénonçant pas pour ménager son cœur.

Et voilà qu'elle se retrouvait à nouveau face à un Neal qu'elle ne pouvait pas suivre. Son cœur lui disait qu'elle voulait rester à ses côtés, sa raison lui disait qu'elle ne serait qu'un handicap pour lui. Cet état de vampire permettait enfin à Neal de pouvoir mettre en œuvre tous ses projets les plus fous. Elle était sûre qu'il avait renoncé à certains vols car son corps ne lui avait permis d'aller aussi loin que son cerveau. Maintenant que ses limites semblaient être infinies, il aurait besoin de les tester. Son bracelet n'allait pas le freiner longtemps, personne, pas même Peter, ne pourrait l'arrêter désormais.

Bella la regardait soucieuse. Elle pouvait voir les émotions passer sur le visage de Sara et se doutait que la jeune femme était perdue. Elle lui posa la main sur l'épaule.

"Ca va aller Sara. Il t'aime, il saura prendre la bonne décision."

"Tu en es sûre ? Tu ne le connais pas."

"Non bien sûr, mais le fait qu'il soit devenu vampire ne change pas celui qu'il est au fond de lui. Il a juste besoin d'un peu de temps. Il a besoin de toi à ses côtés pour comprendre quelle est sa voie."

Sara hocha la tête, sceptique. Elle sursauta en sentant une main légère sur son épaule. Les deux vampires étaient de retour. Le rouge des yeux de Neal semblait s'être quelque peu atténué et une légère goutte de sang tachait la chemise de Neal, Sara ne put s'empêcher une grimace. Inutile de demander où ils étaient allés. Cependant, Neal semblait plus calme, presque mal à l'aise même.

"On rentre ?" proposa Edward.

Le soleil commençait à baisser dans le ciel. Ils devaient préparer leurs affaires, fermer le lodge et reprendre la route. Edward prendrait le volant, avec Neal à ses côtés, ceinture de sécurité en place. Les jeunes femmes voyageraient à l'arrière. Elles pourraient dormir si la route était encombrée et leur trajet plus long que prévu. Et surtout, il ne voulait toujours pas laisser Neal si près de Sara. Inutile de tenter le diable même s'il avait l'estomac plein.


Lundi dans la nuit, Central Park, New York

Neal bondit d'arbre en arbre savourant sa souplesse et sa force. Il avait toujours soigné son corps et en avait fait un outil de précision. Quand son sourire ne suffisait plus, il devait pouvoir compter sur son physique pour échapper aux dangers auxquels il lui arrivait d'être exposé.

Mais cette nouvelle vie était grisante. Se promener en pleine nuit dans Central Park sans crainte, se déplacer à une vitesse hors norme. Il se laissa tomber du haut d'un chêne en douceur et respira profondément. Même l'air de New York semblait avoir changé de saveur. Il s'adossa à l'arbre contre lui, posant les mains sur le côté, sentant la vie des petites créatures qui y vivaient. Il jeta un œil à sa cheville. Il ne pourrait pas se permettre ce genre de sortie trop souvent. Il y avait peu de chances que Peter se penche sur son GPS à trois heures du matin, mais s'il lui prenait l'envie de faire défiler sa journée, il allait sans doute lui demander ce qu'il faisait dehors à une heure pareille.

Il bondit vers un bosquet, juste pour le plaisir de tester ses nouveaux muscles. Un écureuil détala à toute vitesse. Il finit par se poser sur le toit du Belvédère.

La nuit sur New York avait quelque chose de magique. Les lumières omniprésentes créaient un halo dans le ciel. Les bruits de la ville arrivaient dans le parc, désert à une heure pareille.

Il repensa à quelques casses qui avaient échoué ou ceux auxquels il avait dû renoncer. Avec ses nouvelles capacités, d'autres possibilités se présentaient, des vols qu'il n'aurait même pas envisagés. Il ne voulait pas vraiment voler les pièces. Comme l'avait dit Mozzie, ils avaient bien plus de richesse qu'ils ne pourraient jamais dépenser. Le Trésor (du moins la moitié) était là, leur baleine blanche, la réponse à tous leurs souhaits.

Mais il ne se voyait pas prendre sa retraite à 34 ans sur une plage. Il avait besoin de décharges d'adrénaline, du sentiment de danger, du défi. Ce qu'il voulait, ce n'était pas voler les pièces, c'était pouvoir se dire qu'il l'avait fait.

Avec ses nouvelles capacités, il pourrait s'amuser follement. Et grâce à son don particulier lui permettant de vivre parmi les humains sans ressentir le besoin de les vider de leur sang, il pourrait parfaitement continuer à travailler au FBI. Il sourit en pensant à la situation cocasse où il devrait chercher des pistes pour s'arrêter lui-même. Une vie pleine de promesses et d'aventures… Comment Edward pouvait-il vouloir renoncer à cela ?

Il descendit d'un bond et prit la direction de l'appartement. Edward lui avait dit de boire suffisamment de sang avant de se rendre au bureau du FBI. Son contrôle était exceptionnel, il ne fallait cependant prendre aucun risque.

Il s'était procuré des lentilles bleues. D'habitude, quand il portait des lentilles, c'était pour cacher le bleu exceptionnel de ses yeux et masquer son identité ! Elles n'étaient pas tout à fait de la même teinte que ses yeux, mais il espérait que personne n'y prêterait trop d'attention. Par ailleurs, il devait préparer ses vêtements, sa pâleur allait effrayer, il fallait trouver une couleur qui l'atténue quelque peu. Heureusement que Sara avait appelé pour dire qu'il avait été malade. Il lui suffirait de dire qu'il n'était pas tout à fait remis.

Franchement, pourquoi les vampires étaient-ils aussi pâles ? Voilà une des caractéristiques qu'il aurait apprécié voir se révéler également fausse.

En rentrant, il eut la surprise de trouver sur la terrasse une petite glacière remplie de poches de sang et accompagnée d'une note.

"N'oublie pas d'en boire avant de partir travailler demain. Edward."

Son 'père' se faisait décidément beaucoup de souci pour pas grand-chose…


Et voilà, c'est fini pour cette fois. Pas de suspense cette fois, vous voyez... on peut faire sans ...

Vous ne serez pas surprises, j'ai rajouté un chapitre. J'ai coupé celui-ci plus tôt car cela faisait beaucoup de révélations d'un coup! Et puis, faut bien faire durer un peu.

Nous espèrons que vous avez autant apprécié ce chapitre que les précédents.

A bientôt

Yellow & Arches