Note de l'auteur: Et me revoilà dans les temps commep révu avec le troisième chapitre. très centré sur Leliana qui est un personnage que j'adore, il livre un peu son état d'esprit après l'Enclin. Il est nettement plus court que les précédents, mais tout ce qu'il y avait à dire est dit. N'hésitez pas à commenter et à suivre, vos premiers retours ont été enrichissants!
LELIANA
L'agitation à Orlais était palpable. La nouvelle du couronnement du roi Alistair et de sa reine Leandra en Ferelden était arrivée plus vite que n'importe qui n'aurait pu le deviner, en même temps que la nouvelle de la fin du nouvel Enclin. Leliana y avait participé, mais elle n'avait pas souhaité l'ébruiter plus que ça, préférant davantage une victoire silencieuse à une acclamation lourde. Elle n'avait pas cherché à devenir célèbre. Simplement à aider le Garde des Ombres à mettre en défaite les engeances, à cause de la vision du Créateur qu'elle avait eu. Elle avait trouvé bien plus, elle avait trouvé une amie, une confidente, quelqu'un digne de confiance, mais d'un caractère inégalable. On dit souvent que personne ne peut rien refuser au roi, mais pour le coup, à la reine non plus. Elle était d'un acier bien trempé, Leliana avait eu l'occasion de s'en rendre compte avec leur aventure commune. Leandra l'avait aidée à retrouver les traces de son mentor Marjolaine, en la laissant partir à la fin néanmoins. Leliana ne lui en voulait pas, sur le moment, elle n'avait pas voulu sa mort, malgré les mensonges, malgré la trahison. Leandra avait toujours eu du respect pour ses croyances, et cela en faisait une personne complète et unique. La jeune barde avait d'ailleurs été témoin à son mariage. Elle s'en souvenait très bien. Elle était la partie religion de leur mariage, en plus d'une amie proche. Elle s'était tenue aux côtés de Wynne, qu'elle appréciait énormément aussi. La vieille mage était sage et calme, elle regorgeait toujours de conseils lorsque Leliana en avait besoin. Mais cette fois-ci, l'inverse s'était produit, et Leliana avait réconforté la mage.
« Vous savez, je cherche dans les livres une solution pour Leandra et Alistair d'avoir un héritier… Mais pareille chose est inédite, et je n'en ai jusqu'alors trouvé aucune. J'ai peur de ce qui pourrait leur arriver.
- Ils trouveront un moyen. L'amour trouve toujours un moyen n'est-ce pas ? lui avait dit Leliana en jetant un coup d'œil aux mariés qui s'embrassaient.
- Mon enfant, j'espère que vous avez raison. Sinon, ce n'est pas seulement leur couple qui est danger, mais bel et bien tout Ferelden. Et le royaume n'a pas besoin de ça. »
Ces paroles, Leliana s'en souvenait parfaitement. Elle s'était jurée de trouver une solution pour son amie et reine, cherchant parmi les remèdes les plus obscurs d'Orlais. Mais les seules solutions allaient souvent de pair avec la magie-sang, et personne ne voulait cette option. Leliana n'en était pas si offusquée, à Orlais, c'était chose plus courante. Mais elle savait le mal que cela pouvait causer, et comprenait les réticences. Après être restée quelques jours à Denerim pour le mariage royal, elle avait rejoint sa contrée natale d'Orlais. Tout lui avait alors semblé bien étrange. Le monde avait continué de vivre en son absence, peu concerné par les engeances, par le mal. C'était une des raisons pour lesquelles à présent Leliana se sentait fereldenne et pas orlésienne. Le peuple des Marches Libres semblait trop inconscient des menaces qui planaient, chose que sa mère, une fereldenne, n'arrêtait pas de lui répéter. Orlais n'avait envoyé personne pour défaire les engeances à Denerim, lors du combat final. Ferelden avait du se débrouiller seule.
Seule, Leliana l'était. Elle se rendait compte que l'Enclin avait changé sa vision des choses. Elle ne trouvait plus le même réconforte qu'auparavant lorsqu'elle marchait dans les rues fleuries. Elle ne se sentait pas mieux lorsqu'elle observait avec une envie moindre une nouvelle paire de chaussures. Elle n'avait plus les mêmes occupations, les mêmes distractions, les mêmes… désirs. La face du monde de Ferelden avait changée, du tout au tout. Et pendant ce temps, le peuple d'Orlais vivait, tranquillement. C'était ahurissant de voir à quel point rien de tout cela ne l'avait touché. Tout était exactement comme avant. Effrayant aussi. Trop comme avant. Leliana s'attendait presque à voir débarquer des engeances d'un moment à l'autre. Parfois, elle regrettait presque d'avoir quitté les côtés de ses compagnons.
Sa recherche dans les annales de la bibliothèque d'Orlais ne l'avait conduite à rien qu'elle ne savait déjà. Qu'une fois teintés, les Gardes des Ombres étaient destinés à mourir. Ils n'étaient dès lors plus vraiment humains, pas morts. Ils étaient entre deux, ce qui leur conférait le pouvoir d'entendre les engeances et leurs alphas. Dès lors, il était impossible de savoir si une union pouvait apporter un enfant, c'était inconcevable. Au plus profond d'elle, Leliana le sentait, comme si elle l'avait toujours su. Mais alors pourquoi le Créateur avait-il uni deux êtres pareils si ce n'était que pour leur apporter misère et malheur ? Non, le Créateur avait eu une raison. Tout avait une raison. Quelque chose lui manquait pour résoudre l'équation, c'était sûr.
Leliana referma le tome dix-huit de « Vie et mort des Gardes des Ombres », le plus ancien et complet qu'elle ait pu trouver. Elle soupira, reposant son menton sur le cuir poussiéreux du livre, fermant les yeux un instant. La douce tiédeur de la pièce crée par la bougie l'enveloppa, la faisant petit à petit sombrer dans le sommeil. Et ce fut un sommeil agité. Des ombres l'encerclaient, impures, fluides, rouge sang ou bordeaux métallique, peu lui importait. Elle marchait, un pas après l'autre, vers une porte étroite, d'un vert pétant, bancale. Le tout, le plus perturbant était ceci, se faisait sans un seul bruit. L'air l'oppressait, l'empêchant de respirer, se faisait lourd et sourd, pesant sur ses épaules. Chaque souffle l'éreintait de plus en plus, déclenchant un souffle de douleur brûlant le long de sa gorge. Si elle s'arrêtait pour se demander comment elle trouvait encore la force d'avancer, les ombres la rattrapaient, et puis soudain, ce n'étaient plus des ondes, mais des personnifications. Il y avait d'abord Leandra, qui détournait le regard d'un air désappointé, puis Alistair qui lui criait quelque chose qu'elle ne pouvait pas comprendre. Et enfin, le rêve se finissait toujours de cette façon, elle trébuchait, et là, Marjolaine, son mentor, son amie, son tout, la rattrapait, et le long poignard qu'elle lui glissait entre les côtes avait un délicieux goût de libération.
Leliana sursauta, faisant tomber la bougie sur le sol, reprenant conscience qu'elle était à Orlais, et non pas dans cet affreux rêve. Elle frotta ses mains contre ses bras pour s'empêcher de trembler, puis se levant pour souffler sur la flamme déjà vacillante de la bougie, quitta la pièce. Elle remit le livre au libraire, puis sortit. Rien de tout ce qu'elle ne trouvait ne pouvait l'aider. La nuit enveloppait la cité, et Leliana progressait avec facilité. Des troubadours étaient de sortie sur la place du village, dansant et chantant devant le long morceau de viande qui dorait tranquillement sur le feu. L'odeur du grillé rappela à Leliana sa propre aventure, avec ses compagnons. Elle chassa ses souvenirs en se focalisant sur autre chose. Que signifiait son rêve ? Pourquoi se répétait-il ? Il y avait une signification, peut-être même aussi importante que la vision envoyée par le Créateur avant l'Enclin, la poussant à se joindre aux compagnons d'infortune. Soudain, deux grands gaillards lui barrèrent la route. Elle leva les yeux vers eux suffisamment vite pour réussir à esquiver un coup destiné à l'assommer. Le deuxième gus en revanche, fut plus prompt qu'elle à déceler sa parade, et il l'attrapa par le bras, lui retournant dans le dos. Leliana retint un gémissement.
« Marjolaine veut te parler. Parait qu'vous avez des histoires incomplètes, elle et toi.
- Il parait, lui répondit Leliana, tentant de se dégager. Mais j'ai d'autres projets pour ce soir. »
L'homme se mit à rire grassement au creux de son oreille, et soudain, elle eut l'impression d'avoir déjà entendu ce rire. Dans son rêve.
« T'façon t'as pas à discuter. On t'y amènes et puis Marjolaine décidera. »
Sans ménagements, ils firent parcourir à Leliana des dizaines de ruelles si toutes semblables que la jeune femme se demande s'ils ne tournaient pas en rond. Bientôt ils poussèrent une porte grinçante et la jetèrent à l'intérieur, la refermant sur elle. Le noir fit place et ramena à la mémoire de Leliana des souvenirs de son temps en temps que barde. Un chemin duquel elle s'était éloignée. Mais jamais on ne pouvait le quitter. C'était une règle d'or. Elle le savait. Et Marjolaine le savait. Des bruits de talons frappèrent le sol, et soudain apparut Marjolaine à la lumière de la lune.
« Leliana… Cela fait si longtemps. Je crois que les félicitations pour ta quête sont en vigueur.
- N'essaye pas de m'amadouer, et viens en au fait, répondit Leliana sèchement.
- Eh bien, la patience n'est toujours pas ton point fort apparemment. »
Elle sourit, puis s'assit sur une chaise, levant ses jambes pour les poser sur la table devant. Elle planta son couteau dans le bois, et commença à le trifouiller l'air distrait.
« Je sais ce qui te tracasse. »
Leliana se mit à rire à son tour. Bien sûr, et je suis la reine de Ferelden.
« J'ai mûri, je ne trempe plus dans tes histoires, Marjolaine. Arrête de me mentir.
- Tu ne trouveras rien à Orlais, ma belle. La solution ne se trouve pas là.
- Tu ne sais pas ce que je cherche.
- Tu veux une solution pour tes amis royaux pour finir avec un rejeton. Je suis au courant. Comme la moitié de la population d'Orlais. »
Leliana se sentit pâlir. Comment était-ce possible ? Le poignard virevolta sur la table et sa lueur attira son regard. Le poignard, celui de son rêve. Leliana perdit son souffle pendant un moment, un moment suffisant pour Marjolaine pour prendre l'avantage.
« Je te propose un marché. Je te donne la solution à ton problème, à ton… dilemme. Tu pourras ainsi retourner en Ferelden avec la solution, et contenter le roi et la reine, bien que tu devrais te contenter de plaire à notre roi, ici à Orlais, mais bon, ceci est une histoire pour un autre temps.
- Et qu'est-ce que tu veux en échange, hein ? Tu ne me rends pas service par pure bonté. »
Quoique tout à fait sérieuse, la remarque fit rire Marjolaine. Elle se leva, prenant le temps de dégourdir ses jambes avant de lancer, une vibrante intonation glaciale dans la voix.
« Reviens travailler pour moi. »
Et voilà, fin du troisième chapitre! Vos commentaires sont les bienvenus! Le prochain chapitre sera publié incessamment sous peu (je suis en vacances =D) et il concernera sans doute un personnage assez particulier, que je suis sûre vous aimez tous un peu au fond de vous... A bientôt pour de nouvelles aventures :)
