Chapitre 4 : Urgences.

Les gardes des internes chirurgiens sont loin d'être aussi éprouvantes que celles de leurs collègues médecins. En général, ils se contentent de répondre aux sollicitations des urgences pour tous les avis chirurgicaux qui pourraient se présenter dans la nuit. Mais certains internes motivés (ils sont rares avouons-le) aiment à passer une partie de leur garde à aider leurs collègues des urgences. Et justement, Genma a une folle envie de points de suture et de plâtre ce soir. Après avoir passé une semaine dans le bloc d'orthopédie, aux côtés du Professeur Nara, il a du céder sa place à l'un de ses collègues internes pour assurer les post-op de la semaine. Et rien n'est plus frustrant pour un apprenti chirurgien que d'être n'importe où sauf au bloc.

Quand Genma vient donc proposer ses services à l'interne de traumatologie, celui-ci bénit le ciel intérieurement. Il se voyait déjà passer une nuit blanche, la salle d'attente étant déjà bondée. Genma sourit gentiment à son homologue et saisit un premier dossier. Une plaie par tronçonneuse. Chouette, il va pouvoir faire de la couture !

« Comment avez-vous fait votre compte pour vous faire ça ? » demande Genma blasé à son patient. La plaie de la paume de la main est profonde, mais n'a miraculeusement touché aucun tendon. Le patient, n'osant pas regarder l'entaille sanguinolente, répond confus :

« Je... J'essayais de nettoyer les interstices entre les lattes de bois de la porte de mon garage. »

Genma lève un œil vers l'homme et fronce un sourcil.

« Euh… Avec une tronçonneuse ? »

« Oui, c'était pas une bonne idée. »

« C'est le moins qu'on puisse dire. »

L'interne marque une pause, puis ajoute en soupirant, histoire de bien faire comprendre à son patient qu'il a vraiment fait quelque chose de stupide :

« Vous auriez pu perdre votre main. »

Le patient grimace, à la fois de douleur et de honte.

« Bon, je vais vous réparer ça. Je vais commencer par anesthésier la plaie. Ca va brûler un peu. »

Alors que Genma approche une seringue de la main du patient, celui-ci se met à pâlir.

« Vous piquez directement dans la plaie ? » demande-t-il inquiet.

« Ben oui, c'est la plaie que je veux endormir » répond l'interne blasé. « Vous vous êtes taillé la main à la tronçonneuse, vous devriez supporter quelques piqures non ? »

Le patient serre les dents lorsqu'il sent l'aiguille s'enfoncer dans sa main. Le produit commence à diffuser au cœur de la plaie et engourdit peu à peu la paume blessée. Genma prend son temps : une bonne anesthésie lui garantit la possibilité de travailler sereinement, sans craindre que le patient bouge pendant la suture. Après quelques minutes, il teste du bout de son aiguille la peau entourant la plaie.

« Vous sentez l'aiguille là ? Et là ? »

Le patient hoche la tête en signe de négation. Genma lui offre un regard rassurant et déclare :

« Bon, on va pouvoir commencer alors ! »

L'enthousiasme que montre l'interne de chirurgie ne rassure pas spécialement le patient. Il faut vraiment être fêlé pour aimer recoudre les gens se dit-il sûrement. Il tourne son visage vers le mur afin de ne pas voir l'interne travailler (et accessoirement tourner de l'œil), et tente de penser à autre chose tandis que Genma commence son premier point.

Sûr de ses gestes, Genma commence à siffloter tout en continuant à travailler. Au bout d'une demi-heure, la main est réparée. Genma se recule un peu pour admirer son œuvre.

« Et voilà le travail ! » lance-t-il au patient. Celui-ci pousse un soupir de soulagement et décide finalement de jeter un coup d'œil rapide à l'état de sa main. Une dizaine de points alignés sillonnent à présent la paume de sa main, qui ne saigne plus. Genma confie la confection d'un pansement de protection à l'infirmière et se dirige vers le bureau pour rédiger les ordonnances pour le patient. En passant dans le couloir, il jette un œil à la salle d'attente, un peu moins surchargée qu'à son arrivée. L'interne de médecine est venue leur donner un coup de main, car c'est plutôt calme de son côté.

« Salut ! » lui dit Genma en entrant dans le bureau. La jeune femme lève les yeux. Elle est jolie et souriante.

« Salut, tu es l'interne de chir, c'est ça ? C'est sympa de venir aider aux urgences pendant ta garde. »

« De rien. Ca me permet de m'entraîner aux sutures. »

Genma marque une pause, puis reprend en envoyant un clin d'œil à la jeune femme.

« Et ça me permet de rencontrer de jolies et sympathiques internes de médecine ! Je m'appelle Genma, je suis en première année en chir ortho. Et toi ?»

La jeune femme lui offre un franc sourire, flattée du compliment, et lui répond :

« Je suis Tsunami, en 2e année. Je suis en Pneumologie en ce moment. »

La discussion s'engage et les rires fusent rapidement dans le petit bureau des internes. Tsunami semble sous le charme de l'humour de Genma, au plus grand bonheur du jeune homme. Juste au moment où il allait lui proposer d'aller prendre un verre plus tard, le bip de l'interne de chirurgie se met à sonner.

« Ah, les affaires reprennent. Bon, je vais devoir vous abandonner. Je ne devrais pas en avoir pour très longtemps. On se voit plus tard ? » lance-t-il aux deux internes, la question étant évidemment adressée plus particulièrement à Tsunami. Celle-ci lui répond par l'affirmative. Au pire, ils se verront à l'internat car elle y loge elle aussi.

Tandis qu'il se dirige vers les urgences médicales où l'on a sollicité son avis chirurgical, Genma se demande comment il a pu ne pas remarquer Tsunami avant à l'internat.

On ne peut pas dire que le médecin de garde des urgences soit particulièrement accueillant.

« C'est toi l'interne de chir ? » Il toise Genma et reprend : « Première année je suppose ? Bon j'ai une suspicion de dissection aortique au box deux. J'aurais bien appelé le chirurgien cardio-tho directement, mais le protocole veut que l'on appelle d'abord l'interne de garde pour qu'il prévienne le chirurgien. Alors bouge tes fesses et préviens moi quand le chirurgien sera là. »

Genma préfère ne pas relever. Il sait que les médecins des urgences sont en première ligne, et n'ont que peu de reconnaissance de la part de leurs collègues, notamment des chirurgiens. Ils sont là pour effectuer les premiers soins, diagnostiquer les problèmes et orienter les patients pour une prise en charge optimale. Mais ce sont les médecins et chirurgiens des différents services de l'hôpital qui récupèrent tout le prestige une fois le patient soigné. Et les urgentistes n'entendent plus parler des patients une fois qu'ils ont quitté les urgences. Très frustrant. Mais ce n'est pas une raison pour faire preuve de manque de respect vis-à-vis des internes. Les médecins reproduisent le même schéma, la même lutte interne, de générations en générations. Et les internes, gardant en mémoire les réflexions des urgentistes, reproduiront eux aussi la même attitude hautaine une fois qu'ils auront acquis une place au sein de l'hôpital. La fameuse histoire du serpent qui se mort la queue.

Genma parcourt rapidement le dossier du patient, et va l'examiner. Il ne fait aucun doute que ce patient est en souffrance, et qu'il faut agir au plus vite. L'interne tente de rassurer le patient victime d'une forte douleur thoracique, mal calmée par la perfusion d'antalgiques.

Il n'y a pas une minute à perdre. C'est un cas évident d'urgence chirurgicale et Genma doit appeler le chirurgien cardio-thoracique de garde immédiatement. Les chirurgiens ont la sale habitude de râler quand ils sont appelés pour une urgence en plein milieu de la nuit. Quand Genma voit le nom d'Hatake sur la liste de garde, il est un peu rassuré. Il aurait pu tomber sur Hidan et se faire pourrir au téléphone. Avec Kakashi, ça devrait mieux se passer.

« Allo ? » lui répond une voix ensommeillée.

« Professeur Hatake, c'est Genma, l'interne de garde. Je vous appelle parce qu'on a un patient qui fait une dissection aortique. L'angio-scanner a été fait : la dissection se trouve sur l'aorte ascendante. »

Gros blanc au bout du téléphone. Kakashi digère lentement les informations que vient de lui donner Genma. La dissection aortique est une désolidarisation des deux couches formant la paroi de l'aorte. Le sang passe alors dans ce chenal au lieu de prendre le chemin habituel à l'intérieur du vaisseau. Sans intervention rapide, c'est la mort assurée, car la tension artérielle chute rapidement et le sang n'arrive plus aux organes.

« J'arrive » répond sobrement Kakashi, tout à fait réveillé à présent.

« Je… je dois prévenir le bloc ? » demande timidement Genma.

« Je m'en occupe. Dis à l'urgentiste que je veux le patient stabilisé au bloc dans trente minutes, c'est compris ? »

« Oui ! »

A peine a-t-il raccroché que Kakashi recompose un numéro.

« Yugao, c'est Kakashi. On a une urgence. Une dissection aortique. Préviens l'équipe de garde. On se retrouve au bloc dans une demi-heure. »

« OK. »

Pas besoin d'en dire plus. La machine est bien rôdée. Kakashi s'habille rapidement et quitte sa maison. Jack lève un œil de son panier lorsque son maître passe le seuil de la porte, puis se rendort immédiatement. Il veillera sur la maison jusqu'à ce que son patron revienne.

Sur le trajet jusqu'à l'hôpital, Kakashi compose le numéro du téléphone réservé aux internes de chirurgie cardio-thoracique. Il est très rare que les chirurgiens cardio-thoraciques fassent appel à leurs propres internes pendant la nuit. En général, ils les laissent se reposer et opèrent seuls. Mais cette intervention délicate nécessite d'avoir un aide-opératoire en plus de l'équipe de bloc. Et ce sera une très bonne expérience pour l'heureux interne de garde ce soir-là.

« Allo ? »

Kakashi sourit en reconnaissant la voix de l'interne.

« Iruka, tu as un quart d'heure pour te préparer. Je passe te chercher à l'internat. On a une dissection aortique sur le feu. »

« D'accord ! » répond l'interne d'une voix un peu alarmée alors que Kakashi raccroche déjà.

Iruka se tourne vers Shizune, avec qui il était en pleine conversation… sur Kakashi justement !

« Je dois y aller. On a une urgence. »

« Ah ? Tu vas opérer avec qui ? » Demande la jeune femme sur un ton trop innocent pour être honnête. Iruka lève les yeux au ciel.

« A ton avis ? » réplique-t-il. « Tout ça c'est de ta faute. Si on n'en avait pas parlé, je suis sûr que j'aurais pu finir ma nuit tranquille dans mon lit » poursuit-il en plaisantant.

« Allez, va sauver ton patient. Et sois mignon avec ton chef, que cette conversation n'ait pas servi à rien ! » Conclut Shizune en lançant un clin d'œil à son ami.

Iruka se prépare rapidement et sort dans la fraicheur de la nuit. Il fronce les sourcils en voyant arriver un beau coupé sport. Forcément, il voit mal Kakashi arriver au volant d'une petite citadine. Et après Shizune va lui dire que Kakashi est loin de l'archétype du chirurgien. Mais bien sûr ! La voiture s'arrête en plein milieu de la voie et fait un appel de phare. Iruka se précipite pour prendre place à côté de son chef.

« Bon, j'espère que tu es en forme, parce qu'on a une longue intervention qui nous attend. Que peux-tu me dire sur la dissection de l'aorte ascendante ? »

Iruka semble connaître le sujet. Il finit son petit exposé au moment où Kakashi se gare, juste en face de l'entrée de l'hôpital. Les yeux d'Iruka s'attardent sur les petites pancartes portant le nom des chirurgiens, leur attribuant les places de parking au plus proche de l'entrée. Kakashi amusé lui lance :

« C'est le privilège des Professeurs ça. Tu auras peut-être ton nom ici un jour, qui sait ? »

Iruka ne relève pas, ne sachant pas si Kakashi est sérieux ou s'il se moque de lui. Les deux hommes foncent vers le bloc, où toute l'équipe les attend déjà, fin prête. Genma est là, lui aussi, tenant le dossier du patient dans les mains.

« Alors Genma, raconte-moi ce qui arrive à ce pauvre homme » dit Kakashi en faisant signe aux deux internes de le suivre dans le vestiaire. Tandis que Kakashi et Iruka se déshabillent, Genma dresse un rapide compte rendu et tend les clichés de l'angio-scanner au chirurgien. Kakashi regarde attentivement les images, torse nu au milieu du vestiaire. Genma lance un regard entendu à Iruka, qui lui fait comprendre que ce n'est vraiment pas le moment de le taquiner sur sa prétendue attirance pour la plastique parfaite de son supérieur. Kakashi rend les clichés à Genma et finit de s'habiller.

« Allez, on y va Iruka. Genma, tu peux assister à l'opération si tu veux. »

Les yeux de l'interne de chirurgie orthopédique s'illuminent. Il ne peut pas participer à l'intervention bien sûr, car il peut être bipé à tout moment. Mais pouvoir observer le grand Hatake en pleine action est une chance à ne pas manquer.

Les trois hommes pénètrent dans le bloc pour commencer à opérer. Il leur faudra plusieurs heures pour mettre en place une prothèse et une valve aortiques, et ainsi rétablir l'intégrité de l'artère la plus importante du corps humain.

A la sortie du bloc, Kakashi jette un coup d'œil dehors.

« Le soleil se lève déjà » soupire-t-il. « Allez, les jeunes, on va se prendre un petit déjeuner bien mérité à l'internat ! »

Iruka hésite. Il irait bien se coucher quelques heures. Il n'est pas sensé aller au bloc aujourd'hui mais il doit quand même assurer les visites dans le service. L'interne regarde Kakashi et Genma s'éloigner en plaisantant, et se remémore la conversation qu'il a eu avec Shizune quelques heures auparavant. Et son amie a peut être raison : il s'est fait une opinion sur son chef sans réellement le connaître. Cela ne lui ressemble pas. Et il a du mal à s'expliquer l'irritation que lui procure la fréquentation de Kakashi. Il emboîte finalement le pas des deux hommes, tout en se jurant à lui-même qu'à la moindre allusion foireuse de l'un ou de l'autre, il les plantera pour aller se coucher.

Quelques heures auparavant à l'internat.

« Alors, ta semaine s'est bien passée ? » demande Shizune, confortablement installée dans un fauteuil.

« Ouais, j'ai pas beaucoup dormi, mais j'arrive à faire mes sutures assez vite pour participer un peu aux interventions. Et hier, Hatake m'a laissé l'aider du début à la fin» répond Iruka, content de pouvoir enfin souffler un peu.

« Cool ! Tu ne le trouves plus arrogant et imbu de sa personne alors ? »

« Oh que si ! Jamais vu un type aussi prétentieux. Je sais pas pourquoi mais il m'horripile. »

« Tu ne sais pas pourquoi » reprend Shizune pensivement.

« Oh arrête, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi. Pourquoi faut-il que vous essayiez de me caser avec le premier mec qui passe hein ? » Rétorque Iruka grognon.

« Peut être parce que t'es pas fichu de te trouver un copain. »

« Et qui te dit qu'il aime les garçons d'abord ? Il m'a tout l'air du parfait hétéro macho de base. »

« Ce n'est pas ce que j'ai entendu dire. A priori, garçons, filles, il ne fait pas de différence. »

Iruka fixe son amie d'un air stoïque.

« Et tu crois sérieusement que je voudrais sortir avec un gars qui couche avec tout ce qui passe à sa portée ? »

Shizune se met à rire.

« Mais non, idiot. Mais sans aller jusqu'à sortir avec lui, reconnais que tu es un peu dur avec lui. Regarde Genma, il a un peu le même profil quand même. Et tu n'es pas aussi dur avec lui. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi Kakashi t'exaspère autant en fait. »

Iruka soupire en s'enfonçant dans son fauteuil.

« J'en sais rien. C'est viscéral. Peut être que je suis jaloux en fait. Il est beau, intelligent, riche, et il fait le métier que je rêve de faire. »

« Ok, donc tu penses qu'il t'énerve parce que tu voudrais être lui. »

« Sans le côté dragueur, peut être » répond Iruka en faisant la moue.

« Donc… Finalement… En y réfléchissant bien… tu as plutôt de l'admiration pour lui. »

« Mouais »

« Alors arrête de râler à chaque fois que tu prononces son nom espèce d'idiot ! Et profite de ton stage pour apprendre à le connaître au lieu de le juger sur les apparences et sur ce que tu entends dans les couloirs de l'hôpital. »

« Il a beau être un chirurgien très doué, tu m'accorderas qu'il a un comportement de branleur avec les gens. Et je ne parle pas de ses histoires de cul ! »

Shizune se lève et saisit le bras d'Iruka.

« Viens, on va faire un petit test. »

Elle s'approche d'une jeune femme en train de lire, seule, au fond de la pièce.

« Salut Karin ! »

La jeune femme lève le nez et dévisage les deux amis. Elle remonte distraitement ses lunettes sur son nez.

« Salut » répond elle sobrement, prête à replonger dans son livre.

« Iruka et moi, on avait une question à te poser. Tu es bien en psychiatrie hein ? »

L'interne hoche la tête. Elle n'a pas l'habitude d'être abordée par les autres internes, qui ont tendance à fuir les internes de psychiatrie comme la peste. Peut être de peur de se faire psychanalyser à leur insu.

« Voilà, on voudrait savoir ce que tu penses du comportement d'un patient d'Iruka. »

Celui-ci regarde Shizune, sans vraiment comprendre où la jeune femme veut en venir.

« Alors c'est un homme d'une trentaine d'années. Il est carde supérieur et gagne très bien sa vie. Il est extraverti, fait du sport, a plein d'amis. Mais… il accumule les histoires sans lendemain avec des femmes… et des hommes. Il a une réputation de tombeur invétéré. A ton avis, pourquoi se comporte-t-il comme ça alors qu'il a tout pour être heureux ? »

Karin penche la tête pensive. Au bout de quelques secondes, elle se décide à répondre :

« Je dirais que cet homme a un problème d'attachement. Il fuit les relations stables parce qu'il a peur d'aimer, tout simplement. Il a probablement souffert d'une grande perte, amoureuse ou pas, dans le passé. Et cette perte a entraîné un blocage. Son côté extraverti, le fait qu'il ait beaucoup d'amis et qu'il soit populaire, ce n'est qu'un leurre, un masque pour cacher sa fragilité. »

Shizune envoie un regard triomphant à Iruka, toujours pas sûr d'avoir compris où elle voulait en venir. Karin rajoute :

« Ou alors c'est juste un gros connard prétentieux. »

Les épaules de Shizune s'affaissent alors qu'Iruka jubile. Karin reprend :

« Si c'est de Kakashi Hatake dont vous parlez, c'est de toute évidence la première hypothèse qui est la bonne. »

Puis Karin se lève, leur souhaite une bonne soirée et quitte la pièce, bien décidée à retrouver la quiétude de sa petite chambre.

Shizune se tourne vers Iruka :

« Tu vois Iruka. Ce que je voulais te dire, c'est que tu juges Kakashi sans le connaître vraiment. Il est très aimé à l'hôpital. Je pense que les gens ne sont pas dupes de son petit jeu de chirurgien prétentieux. Ce qui t'agace avec Kakashi, c'est que tu n'arrives pas à le cerner. Et tu détestes ne pas arriver à cerner les gens, Iruka. C'est une seconde nature chez toi. »

Iruka reste pensif. Shizune a sûrement raison. Il a toujours eu un don pour trouver les failles, pour comprendre les états d'âme des gens. Et Kakashi est la première personne à le laisser totalement perplexe. Shizune reprend :

« Et en plus, tu as un faible pour lui, c'est évident. »

« Quoi ? »

« Il te plait. Au moins physiquement. Tu craques pour lui. »

« N'importe quoi » réplique Iruka en haussant les épaules.

«Roohh allez, fais pas cette tête-là. Je te taquine c'est tout ! »

Un téléphone se met à sonner. Iruka met quelques secondes à réaliser que c'est le téléphone de garde dans sa poche.

« Je croyais que vous n'étiez jamais appelé par vos chefs la nuit » lance Shizune.

« Moi aussi, sauf cas exceptionnel ils ont dit. »

« Tu ferais mieux de répondre alors. »

Iruka acquiesce et décroche.

Tandis que les trois hommes traversent le parking en direction de l'internat, Kakashi lance à son interne :

« Iruka, tu restes à l'internat aujourd'hui. Tu viens de passer quatre heures au bloc, tu as besoin de dormir avant de revenir dans le service. Tes collègues assureront les post-op. »

« Euh… Merci, mais je pense que ça ira. »

« Ce n'était pas une proposition, reprend le chirurgien en tenant la porte de l'internat pour laisser passer Genma, c'est un ordre. Avec la fatigue que tu as accumulée cette semaine, et cette nuit, tu risques de faire des conneries dans le service. Et je suis responsable de toutes les conneries potentielles que tu pourrais faire. Donc tu fais ce que je te dis. Et tu reviendras demain dans le service, ok ? »

Iruka hoche la tête. Il sent l'irritation poindre de nouveau le bout de son nez, mais il repense aux propos de Karin. S'il occulte le côté « je suis responsable de tes conneries », Kakashi lui fait plutôt une fleur en lui offrant une journée de repos. Et il essaye de masquer cet acte de bonté par une vanne. Procédé relativement tordu, mais efficace. Iruka a bien failli se faire encore une fois prendre au piège de la facilité. Il sait qu'il ne saura pas résister à percer le « mystère Kakashi ». Il se connait. Alors il sourit à son chef. Parce qu'il sait d'expérience que lorsque quelqu'un arrive à se mettre à nu, il dépose une part de son fardeau sur le chemin pour poursuivre sa route. Et Iruka sait lire dans les yeux du chirurgien que son fardeau à lui pèse très lourd.

Au cours du petit-déjeuner, Genma savoure les anecdotes du chirurgien cardio-thoracique. Iruka n'est pas persuadé qu'elles sont toutes vraies, notamment celle de la mamie opérée d'un pontage, qui a ramené son oie domestique dans le service parce qu'elle n'avait personne pour la garder durant son hospitalisation. Il observe Kakashi, épie la moindre de ses expressions. Mais l'homme ne laissera rien transparaitre.

Kakashi quitte l'internat alors que les premiers internes arrivent dans le réfectoire pour prendre des forces avant d'attaquer leur journée. Genma et Iruka, quant à eux, partent se coucher, heureux de pouvoir l'un et l'autre se reposer pendant les vingt quatre prochaines heures.