Le message du Dröw :
Dans une chambre aux murs humides, meublée sommairement de deux lits à une place et d'une table ployant sous un énorme tas de vêtements, de parchemins, de livres et d'une foule d'autres objets entassés, un rayon d'aube traversa les rideaux entr'ouverts pour aller caresser la forme sombre qui s'agitait dans l'un des deux lits. Harry rêvait et il sentait confusément qu'il ne commandait pas ses pensées.Une force puissante guidait ses songes mais ses intentions avaient l'air amicales.
Il se vit au sommet d'une montagne étincelante de givre. Entouré de blanc, il aurait pu se croire seul au monde. Puis, lentement, sans qu'il ne réagisse, la neige se mit à rouler sous ses pieds et à l'entraîner vers le bord du gouffre. Son sentiment de panique s'accroissait à mesure qu'il se rapprochait de l'abîme et les derniers mètres, son corps se révulsa en un spasme incontrôlé ; il voulut crier mais aucun son ne parvenait à franchir ses lèvres. Et puis le choc.
Aveuglé par la poudreuse, Harry sentit des griffes s'enfoncer dans son flanc pour le retenir. Il perçut une odeur musquée, sauvage et presque épicée, l'effort des muscles tendus de son sauveur pour l'arracher à la gueule dévorante du gouffre, un bref contact soyeux sur sa peau découverte.
Après avoir essuyé ses lunettes il se dégagea des puissants bras d'un bleu-violet qui l'enserraient, et rencontra un Dröw. Il ressemblait beaucoup à Draco et à ses compagnons mais il était plus grand et en même temps plus ramassé, avec de longs cheveux argentés. Malgré le froid mordant le Dröw ne portait qu'une tunique de soie déchirée. Ses membres nus étaient couverts de tatouages tribaux qui serpentaient sur son corps et semblaient se mouvoir avec lui.
La créature découvrit un sourire aux crocs mortellement pointus et sa voix retentit dans la tête du jeune homme. Une voix nullement faible ou chevrotante mais pourtant si âgée que l'on ne pouvait calculer le nombre de siècles où elle avait retenti.
- Les Dröws sont tes alliés, humain, les ténèbres leur sont une torture. Tu as déjà souffert, cela se lit dans tes yeux et dans ton âme troublée. D'autres aussi ont souffert. Penses-y. Pense aux Dröws qui ont grandi dans les ténèbres et la magie noire. Comme des poissons hors de l'eau.
- Je... Accepteront-ils de se joindre à nous à nouveau ? questionna Harry.
- Les Dröws ne sont pas des serviteurs. Ils attendant généralement quelque chose en échange. Mais dans ce cas, tout ceci est confus. Je sens un besoin d'aide de ce groupe. Un message de détresse, alors que leur puissance est immense ! C'est pour ça que tu es ici. Je t'ai appelé. Ce sont de précieux alliés mais aussi des ennemis mortels. Tu le sais.
Tout en parlant, le Dröw se promenait avec délicatesse dans la mémoire du Survivant, et, étrangement, cela ne le dérangeait aucunement. Il savait l'étrange créature trop lointaine des humains pour le juger.
- Une vie à peine ébauchée et pourtant déjà... passionnante.
- Vous trouvez ? ironisa Harry.
Le visage de Draco Malfoy se forma dans l'esprit du brun. Plusieurs souvenirs de lui se succédèrent comme des flashs, sans logique apparente : la première fois qu'il l'avait vu, chez madame Guipure, se moquant de lui sur son nimbus 2001, proposant un badge anti-potter à Hermione, et bien sûr tous les duels, les sarcasmes, les insultes, les bagarres. A la Coupe du monde de Quidditch. Blessé par Buck. La baguette brandie vers Dumbledore en ce jour funeste. Et surtout, deux scènes qui se répétaient : Malfoy pleurant dans les toilettes de Mimi Geignarde en confiant ses peurs à son reflet blême et son regard dans la cuisine de la maison de Sirius, qui exprimait, plus que l'espoir, le désir brûlant, le besoin presque vital d'être cru, accepté, compris, aimé.
- Lui, c'est un Dröw.
- Oui, fit Harry.
- Tu as senti sa souffrance.
- Oui, répéta Harry d'une voix atone.
- Il te ressemble.
Harry fut tellement surpris de cette remarque qu'il laissa passer un long moment avant de répondre :
- Pardon ?
- Précieux. Meneurs. Déterminés. Orphelins. Torturés. En quête désespérée d'amour.
- ...
- Eveille-toi à présent. Mais souviens-toi : sys una markus lethrin weit pyr eckleyia.
- Ca veut dire quoi ?
- sys una markus lethrin weit pyr eckleyia. Eveille-toi, humain.
Et Harry ouvrit les yeux.
Sans réveiller Ron qui dormait dans le lit voisin, il se leva et écrivit une lettre à l'ordre de... Il risquait de fâcher son futur allié en lui rappelant son nom haï alors il écrivit simplement : Draco.
Je te demande pardon, à toi et aux autres, pour avoir laissé une querelle d'adolescents influencer mon jugement et refuser votre aide. Vous aviez raison, qu'importe la forme que prend l'aide,du moment où nos buts sont les mêmes.
Puisse la magie dröw détruire nos ennemis lors de la bataille qui s'annonce proche ! Peut-être est-ce égoïste de ma part, mais j'espère qu'elle est proche car l'attente me rend fou. J'ai parfois l'impression que je ne suis né que pour cette bataille et, que ce soit moi ou Voldemort qui survive, je n'imagine pas ma vie après. J'imagine que si j'en sors vivant je me sentirais libéré, léger comme une coquille de noix emportée par un ruisseau. Je ne sais pas pourquoi je te raconte ça à toi.
Peut-être parce que le Dröw que j'ai vu cette nuit, dans un rêve, a vu défiler toute ma vie sans jamais la juger, ce dont est incapable un être humain. Je ne sais pas non plus ce que tu vas faire, de cette lettre, de ma proposition, mais j'espère que ma chouette reviendra avec un avis favorable.
Tu as appris à reconnaître les "gens douteux", Draco. C'est à moi de te tendre la main à présent.
Harry
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Quel suspens... en fait non.
Mais n'oublie pas, lecteur : sys una markus lethrin weit pyr eckleyia !
