Bonjour à tous,
Mea culpa, mea maxima culpa et plus spécialement à toi, Celia Clerkais, pour ce Secret Santa fait de plus en plus penser à un pétard mouillé !
Mais j'avoue qu'à mon grand dam, j'ai traversé une période désertique question inspiration, quelque chose de joli ! Rien, mais alors rien du tout, pas le moindre début de commencement de l'ombre d'une idée... La vraie cata quoi !
Il m'a donc fallu quasiment 4 longs mois pour réussir à coucher sur le papier ce chapitre que je ne trouve pas du meilleur tonneau, loin de là ! Mais franchement, si j'avais encore attendu je pense que cette fic serait restée en jachère ad vitam aeternam...
Alors enjoy si tant est qu'il y a matière !
Je suppose que Sherlock a réussi à dégotter un taxi pour nous conduire jusqu'au 221b. A vrai dire, je m'en moquais totalement, j'étais tellement révulsé et terrifié par ce que ces vampires m'avaient dit que je n'avais plus conscience de quoi que ce soit d'autre. Je n'étais pas un vampire, je chassais les vampires, je les décapitais méthodiquement, comment pouvaient-ils me prendre pour un des leurs ? La haine que j'éprouvais à leur égard aurait pu incendier des villes entières, j'étais envahi par la rage et la vengeance et mon seul but était d'en éradiquer autant que je le pouvais. Moi, un vampire ? Foutaises oui, juste une manœuvre pour me déstabiliser mais ils en seraient pour leurs frais.
Une fois arrivés, je me suis installé dans mon fauteuil, un verre de whisky à la main. J'étais quand même secoué par la vision de cette fillette gracile, blonde et prête à me déchiqueter, telle un tueur sans pitié. Heureusement que les lois des vampires interdisaient de telles horreurs. Franchement, qui aurait pu l'éliminer sans remords ? Autant décapiter des vampires adultes ne me gênait pas, autant cette enfant… L'avoir créée relevait d'une telle ignominie que j'arrivais à espérer qu'une fois son créateur retrouvé, ses congénères lui réserveraient un châtiment à la hauteur de sa folie. Je souhaitais juste que sa mort à elle soit plus douce, elle n'y était pour rien finalement…
Silencieux, Sherlock avait pris place dans le canapé et observait tout mon cheminement intérieur. Je me sentais comme un insecte sous la loupe d'un entomologiste et je n'aimais pas ça. Dieu seul sait ce que son esprit particulier avait pu échafauder comme théories bizarres et je voulais en avoir le cœur net. Mais il a été plus rapide que moi.
- Qu'en penses-tu ?
- Cette fillette doit mourir. Ce n'est plus que l'apparence d'une fillette d'ailleurs. C'est une monstruosité qui doit disparaître. C'est tout.
Il a haussé les épaules.
- Evidemment ! Mais ce n'est pas de ça que je veux te parler.
- Moi d'abord Sherlock, pour une fois ! Comment et pourquoi en es-tu arrivé à pactiser avec ces créatures ? Toi ?
- C'est toi le chasseur de vampires, pas moi. Tu veux savoir ? Pour le «comment» il m'a suffi de te suivre une ou deux fois, puis de me renseigner discrètement, de chercher, fouiller, creuser, réfléchir, agencer… Rien que de très banal. Et quant au «pourquoi»…
Il s'est brusquement tu, mal-à-l'aise. C'est ce qui m'a le plus effrayé je crois : c'est bien la première fois que je le voyais ainsi et franchement j'aurais préféré qu'il me traite de fou bon à enfermer plutôt que d'hésiter autant. Il a posé ses coudes sur ses genoux, son menton sur le bout de ses doigts croisés et m'a longuement observé, les yeux mi-clos. Puis il a eu un soupir.
- Tu ne vas pas aimer ce que je vais te dire.
- Dis toujours, on verra après.
- Bien. D'après ce que je sais, tes parents et ta sœur ont été tués par des vampires.
- Si tu pouvais éviter de remonter jusque-là, ça m'arrangerait, merci.
- Non, parce que c'est de là que tout part. Tu n'as pu que regarder le massacre, attendant ton tour de mourir.
- Je ne sais plus Sherlock, c'était il y a longtemps et je n'ai pas trop envie de m'en souvenir.
- Tu mens. Cette nuit-là est une souffrance incandescente, elle ne s'effacera qu'à ta mort.
- Oui, merde, je mens, tu es content ? Tous les jours j'y pense, je me lève avec, je m'endors avec !
- Et paradoxalement, c'est ce qui te tient en vie. Y penser sans arrêt parce que cela alimente ta rage et ta haine. Tu t'interdis d'oublier le moindre détail, tu te repasses cette nuit en boucle encore et encore. Dis-moi John, es-tu resté conscient tout le temps ?
- Non mais ça va pas ? Je suis à deux doigts de te coller une droite Sherlock, arrête ça tout de suite !
- Tout le temps ?
Soit je le frappais, soit je lui répondais. De toute façon il ne me lâcherait pas alors j'ai abdiqué.
- Je me souviens avoir ouvert les yeux donc à un moment je suppose que j'ai dû perdre conscience.
- Super !
Il s'était levé d'un bon et arpentait le salon à grands pas, faisant virevolter son manteau qu'il n'avait pas ôté.
- «Super» ? Tu as bien dit «super» ? Espèce de… Bordel Sherlock je vais finir par croire que le plus taré des deux c'est toi !
- Ecoute-moi John et après si tu décides de me frapper, fais-le. Mais attends et écoute-moi. Mycroft a planqué des caméras dans cet appartement. Ah, tu ne le savais pas ? (mon violent sursaut ne lui avait pas échappé). Histoire de me surveiller, je suppose que mon très cher frère n'a pas envie de me renvoyer dans une coûteuse clinique de désintoxication. Bref, je vais te faire voir un truc John, promets-moi de le regarder jusqu'à la fin.
- Je ne vois pas ce qui a pu arriver de si terrible dans cet appart'…
Il a eu un drôle de regard puis est parti chercher son pc qu'il a ouvert puis a tapoté sur le clavier. Il s'est ensuite tourné vers moi
- Si tu veux regarder…
J'ai haussé les épaules et me suis penché vers l'écran bleuâtre.
De toute façon il fallait que je lui dise un jour où l'autre. Je n'aurais pas pu le cacher indéfiniment. Il devait le savoir, ne serait-ce que pour pouvoir envisager les actions à mener, les chemins à prendre. Lorsque Mycroft m'a appelé en urgence pour me montrer ce qu'avaient enregistré ses maudites caméras, je crois que je m'en doutais déjà mais le voir confirmé… Il m'a fallu quelques jours pour m'en remettre et je ne lui en ai pas parlé tout de suite. J'ai classé, trié et ordonné les faits puis me suis livré à leur analyse. Et j'avoue que je me suis d'abord réjoui à l'idée du champ des possibles qui s'ouvrait devant moi. Observer, analyser, tester, je n'avais que ça en tête. J'ai pris de grands risques pour le suivre, j'ai noirci des cahiers entiers de notes fébriles, j'ai compulsé des tonnes d'archives pour savoir si un tel cas s'était déjà produit et lorsque que je me suis rendu compte qu'il était le seul, ma joie a frôlé le délire. C'était malsain, sans aucun doute. Mais tellement excitant !
Je suis redescendu de mon délire scientifique le jour où je l'ai «échangé» en quelque sorte contre cette monstruosité blonde. Je savais que les vampires étaient à sa recherche et j'ai risqué ma vie pour leur proposer ce marché : elle contre lui. Cette alliance contre nature n'a duré que quelques heures et maintenant qu'ils ont réglé leur problème, je dois en faire autant de mon côté.
Lorsqu'il a eu fini de visionner les enregistrements, il est resté immobile, marmoréen. Je l'entendais à peine respirer. Seule la main tenait son verre de whisky tremblait puis il y a eu un bruit sec : il avait écrasé le verre dans sa main qui maintenant pissait le sang. Je lui ai tendu un torchon qu'il n'a pas pris puis il s'est très lentement tournée vers moi : ses yeux étaient morts, toute vie avait déserté son visage, il était gris. Sa voix atone s'est élevée :
- C'est quoi ce tissu de conneries ? Tu truques des images maintenant ? Tu n'as rien d'autre à faire Sherlock ? Tu m'as drogué pendant l'affaire Baskerville et maintenant dans quel but malsain tu me fais voir ça ? Ça t'amuse peut-être ? Une expérience en cours ?
- Je n'ai rien truqué John, tu le sais parfaitement.
- C'est n'importe quoi ! Ça ne peut pas être vrai tu entends, c'est impossible, je ne veux pas !
Une monstrueuse colère l'envahissait peu à peu : ses yeux devenaient fous, tout son corps tremblait, il ne sentait même plus sa main déchirée. Il s'est à nouveau tourné vers l'écran où tremblotait l'image figée d'un John Watson en train de boire une poche de sang.
J'étais hébété. Ça ne pouvait pas être vrai, je n'étais pas comme ça, pas moi, pas moi ! Je pourchassais ces ignominies sanguinaires, je n'en étais pas une ! Je les traquais, je les tuais sans aucun plaisir mais parce que cela devait être fait. Je vouais ma vie entière à les débusquer pour les éliminer, soulager ma ville de leur maudite présence et là, par le biais de quelques vidéos, je me trouvais ramené au même niveau ? Impossible. La colère commençait à monter, mes mains tremblaient, j'avais du mal à me contrôler. Je traitai Sherlock de tous les noms, l'accusai de se livrer à une de ses expériences malsaines comme il l'avait déjà fait auparavant. Je pouvais envisager toutes les possibilités sauf celle-là. Je me tournai vers l'écran, les yeux fixés à cette image qui me soulevait le cœur. Je n'arrivais même plus à penser, c'est comme si j'étais vide, carbonisé de l'intérieur.
- Ta main saigne vraiment, tu devrais regarder.
Il s'est approché de moi avec le torchon, j'ai fait un bond en arrière, lui aboyant de ne pas me toucher et j'ai hâtivement bandé ma main. Puis j'ai fermé le pc d'un coup sec et me suis assis dans le canapé. J'ai attendu que mon corps cesse de trembler, que ma respiration se calme, que ce goût de bile que j'avais dans la bouche s'estompe. Sherlock ne disait rien et m'observait comme à son habitude.
- Je peux te parler ?
- J'ai le choix ?
- Bien sûr.
- Fous-toi de moi ! Tu sais très bien que j'attends des réponses que tu es le seul à pouvoir me donner, ce que tu crèves d'envie de faire ! Alors vas-y Sherlock, fais-toi plaisir et étale ton génie, fais-toi briller une fois de plus !
Il a eu l'air peiné mais je m'en foutais. Je voulais des réponses et il allait me les donner, qu'il le veuille ou non. Et après, j'aviserais.
