Chapitre 4 : Le bel endormi
(POV Rogue)
Je le sentais totalement absorbé par sa lecture. Je décidai, finalement, de tourner la tête vers lui quand j'entendis un morceau de papier s'écraser au sol. J'avais l'impression qu'il était sur le point de s'écrouler. Je devais avouer que la première fois où j'ai lu la lettre, je n'étais guère, à la fin, dans un meilleur état d'esprit. Et là, il planta ces grands yeux émeraude dans les miens. Son regard d'habitude déjà si expressif dégageait une tristesse infinie. Cette lettre plus que la date de son anniversaire mettait un point final à son enfance, si jamais il en avait eu une. De l'au-delà, Dumbledore avait réussi à introniser Potter comme chef de l'Ordre et moi, comme son bras droit. Malheureusement, pour lui, le vieux Directeur ignorait que son plan présentait quelques failles.
Je laissai Potter débuter, je ne voulais pas le brusquer. Au bout de quelques minutes, il finit par bredouiller un simple « Dumbledore s'est sa- sacrifié, alors. ». Ce n'était pas une question mais je fis comme si c'était le cas :
« Oui, Potter, pour me sauver. Si Drago ne tuait pas Albus, j'avais fait un serment inviolable, je devais le faire sinon je mourrai.
- Quand il suppliait alors ?
- C'était pour me faire comprendre que le moment était venu, pour m'obliger à le faire. »
Une multitude de questions devait se presser dans son esprit, je le voyais clairement, son visage affichait une telle incrédulité. Mais bizarrement et contrairement à sa fichue habitude, il restait muet.
Moi-même, je devais admettre que j'aurais aimé en savoir plus sur l'horcruxe dont Albus parlait. L'avaient-ils retrouvé, était-il à l'heure qu'il est détruit et si oui, comment avaient-ils fait ? Mais je sentais que le moment de lui poser toutes ces questions n'était pas arrivé, Potter devait d'abord prendre pleinement conscience de ce que cette lettre impliquait. Je n'étais pas ce « Lâche » comme il avait si bien dit cette fameuse nuit et que comme à mon habitude, je n'avais fait qu'obéir à Albus.
Plus je le dévisageai, plus je me disais qu'il devrait peut-être faire comme moi le jour où j'ai lu la lettre : boire du whisky pur-feu. Au moment où j'allai lui proposer un verre, je me repris de justesse.
Je veux bien que la nouvelle soit dure mais de là à proposer de l'alcool à un élève ou quasi élève, cette fois toi aussi tu ne tournes plus très rond, mon pauvre Severus.
Cela faisait déjà plusieurs minutes que nous étions là, sans bouger et sans parler et même si je ne suis pas un de ces stupides Gryffondor qui préfère agir plutôt que réfléchir, cette attente commençait à me peser. Et tout à trac, Potter sembla se réveiller :
« Comment avez-vous eu cette lettre ?
- Albus me l'a donné juste avant de partir mais il avait ensorcelé l'encre, je ne pouvais la lire que seulement s'il était mort. »
A ma grande surprise, Harry laissa parler son enthousiasme Gryffondorien, un peu comme si en l'espace de quelques minutes, tout avait changé, il devait respecter les dernières volontés de Dumbledore :
« Quand voulez-vous partir pour le nouveau Q.G. de l'Ordre ?
- Nous ne pouvons pas.
- Comment ça nous ne pouvons pas ?
- Potter, il n'y a pas seulement la lettre de Dumbledore qui compte. Depuis des choses se sont produites.
- Expliquez-vous, je ne comprends plus, vous n'êtes pas venu me chercher pour me prouver ma bêtise…
- Pas uniquement, Potter… Voilà, il y a deux ou trois jours, j'ai surpris une conversation entre le Seigneur des Ténèbres et Peter Pettigrow. Il y a un espion dans l'Ordre. »
Je m'attendais à ce qu'il me dise « Vous mentez. » mais rien ne vint bien au contraire. Cette lettre l'avait sans doute plus perturbé que ce que j'avais prévu.
« Depuis quand ?
- D'après ce que j'ai compris, très récemment, sans doute bien après la mort d'Albus.
- Qui est-ce ?
- Je ne sais pas, Potter. Je n'ai entendu que des bribes. Mais ce qui ne fait aucun doute, c'était sa mission, il était chargé de vous ramener dès aujourd'hui au Mage Noir après que Tonks et Maugrey ne vienne vous chercher…
- … Ce matin, à 9 heures. C'est pour ça que vous saviez. Finit-il pour moi.
- Effectivement, je ne possède pas encore de don de divination, Potter. Mais là n'est pas le problème. C'est trop dangereux pour l'instant de retourner au Q.G. de l'Ordre.
- Mais et vous ?
- Quoi, moi ?
- Et bien je tiens à vous rappeler, Monsieur, que vous êtes cherché par l'ensemble du monde sorcier au cas où vous auriez oublié…
- Ce n'est pas le plus urgent. Le plus urgent, c'est que vous ne vous retrouviez pas en face du Mage Noir avant d'avoir détruit les horcruxes… Et c'est pour ça que temps que l'on ignore qui est le traître, ou du moins temps qu'on le peut, je préférerai que vous restiez caché.
- Oui, mais et les autres membres de l'Ordre, ils sont en danger, il faut les prévenir… »
Ca y est… Allait-il enfin s'énerver comme je me l'étais figuré, qu'il se rebelle, qu'il redevienne un Gryffondor insupportable et pas cet être sensé… Brrrr… Je ne lui en laissais cependant pas le temps et continuais :
« Mais avec ou sans traître, ils sont en guerre, ils savent le risque qu'ils courent tous les jours… Ils peuvent mourir demain dans une embuscade. Vous, Potter, vous êtes l'unique espoir, vous êtes l'Elu, c'est différent. »
C'était la première fois que je faisais référence ainsi à la Prophétie et j'attendais de voir sa réaction. Il me semblait gêné car je lui avais clairement rappelé son importance dans la victoire contre le Seigneur des Ténèbres. Même s'il ne savait pas vraiment quoi dire il finit par se lancer :
« Mais je ne peux pas rester ici jusqu'à ce que mort s'en suive… Il faut faire quelque chose…
- Retourner au Q.G. est trop dangereux pour l'instant…
- Je pourrai faire quelque chose quand même ? Me coupa-t-il.
- Quoi alors ?
- Je pourrais leur écrire une lettre ? » Sa voix était de moins en moins assurée.
Je réfléchis quelques instants avant de répondre.
« Ecrire une lettre, c'est une bonne idée mais juste pour leur signaler le fait que vous êtes parti de votre plein gré, cela empêchera peut-être que l'ensemble de l'Ordre ne se lance à votre recherche. Mais ne parlez pas du traître, ce dernier ne se sentira pas menacé, il ne va pas s'en prendre à vos amis, il va seulement apporter des informations à Voldemort… Attendons une erreur de sa part. De préférence adressez la lettre à vos deux âmes damnées que vous avez sans doute tenues au courant pour les horcruxes… Faites comme je vous le dis.
- Et si je leur parlai de l'espion ? Insista-t-il.
- Je vous ferai recommencer la lettre après vous avoir jeté l'Imperium. Fis-je mi-sarcastique, mi-sérieux.
- Bon je ne risque rien alors vu que je sais contrecarrer ce sort depuis près de trois ans…
Je l'ignorais et je devais admettre que j'étais impressionné, je ne l'avais jamais cru aussi puissant. Moi-même, je n'avais réussi à repousser ce sort qu'en septième année, peu avant mon « intronisation » comme Mangemort. Cependant fidèle à mon habitude, je restais imperturbable, je n'allais tout de même pas le féliciter.
« Vous voulez quoi ? Des félicitations… Une prochaine fois, Potter. »
Je me levai et conjurai des parchemins et une plume sur la table. Avant de quitter la pièce pour le laisser écrire comme il le voulait, je lui rappelai une dernière fois :
« N'oubliez pas : ne révélez rien à mon propos, ni au sujet du traître… Peut-être que d'ici un mois tout sera élucidé mais il faut pour l'instant gagner du temps.»
Alors qu'il s'asseyait comme un brave élève à la table pour rédiger son « devoir », je partis sans lui jeter un dernier regard. J'avais décidé d'aller jeter un puissant sort de verrouillage sur toutes les portes du Manoir, à l'exception de celle de sa future chambre et de la salle de bains. Je ne voulais surtout pas que ce fichu Gryffondor puisse mettre son nez dans mes affaires… Je ne verrouillai pas cependant celle de la porte d'entrée, c'était à lui de choisir s'il devait me faire confiance comme Dumbledore lui avait signifié. Après avoir accompli cette tache mortellement ennuyeuse (quelle idée d'avoir un manoir avec une cinquantaine de pièces sur deux étages !), je décidai de retourner voir ce cher Potter. En effet, cela devait faire presque une heure que je m'étais absenté.
Quand j'arrivai, je le trouvai négligemment endormi sur la lettre que j'espérai déjà finie. Par terre, tout autour de la chaise sur laquelle Potter s'était assis, étaient éparpillés des dizaines de parchemins froissés. A priori, il avait dû avoir du mal à rédiger cette missive. Je m'approchai doucement de lui. Je pris conscience de la beauté et du calme qui se dégageait de cette scène. Sa tête reposait délicatement sur ses deux avant-bras qui faisaient office d'oreiller. Je décidai alors de ne pas le réveiller et doucement je lui jetai un sort de lévitation.
Je ne pus résister de parcourir rapidement le parchemin.
« Ron et Hermione,
Je sais qu'à l'heure où j'écris, vous vous faites une joie de me revoir et de partir avec moi à la recherche des objets. Malheureusement, j'ai décidé de ne pas vous mêler à l'affaire, je vais dès aujourd'hui y aller mais seul, je suis désolé de vous décevoir, c'est ma mission.
Dites à l'ensemble de l'Ordre que je vais parfaitement bien et que ce n'est pas la peine de s'inquiéter. Je serai très bientôt de retour.
Harry. »
Une nouvelle fois, je fus agréablement surpris par Potter. Même si le fait de ne pas leur parler du traître avait beaucoup dû lui coûter, il avait accepté le fait qu'il valait mieux ne rien dire pour l'instant à propos de l'espion. Je me décidai à amener Potter dans la chambre où j'avais fait transplaner ses affaires. Je le faisais léviter délicatement. Une fois arrivés devant la porte, je l'ouvris silencieusement puis très doucement je finis par le déposer sur le lit. Je lui fis ôter magiquement ses chaussures et son jean. Avant de partir, vu la chaleur étouffante de la pièce, je ouvris la fenêtre qui étrangement n'était pas cassée, la bouffée de fraîcheur qui s'engouffra alors fit légèrement réagir Potter, je tournai la tête vers lui, il dormait toujours aussi paisiblement, son visage si régulier éclairé par la lumière de la lune. Il portait toujours ses lunettes et je ne sais pourquoi, je m'avançai vers lui pour les lui enlever. Ma main frôla alors très légèrement son visage malgré moi, ce qui fit faiblement souffler Potter. Ne voulant pas plus le déranger, je sortis finalement de la chambre tout en jetant un dernier regard sur le jeune homme profondément endormi.
