[ Keltira-Tissesort : Quelle assiduité =D Ahah, Cora ne peut pas faire grand-chose à distance - ah, on me dit dans l'oreillette qu'il ne peut pas faire grand-chose tout court devant Doffy... J'espère pour toi et les autres lecteurs que ce chapitre te plaira, on sort de la souffrance de Law !
N'hésitez pas à laisser une review si le récit vous plait.]
[[ Vous avez dit Justice ]]
Seules les très, très hautes sphères de la Marine étaient au courant de la mission de Don Quixote Rossinante, car plus on descendait dans la hiérarchie, plus le risque de fuites ou d'infiltration montait. Ainsi, un capitaine ou un commodore croisant Rossinante le reconnaitrait non pas comme un allié, mais bel et bien comme le tenant du Siège du Cœur de la Family. Un homme à abattre, donc.
En outre, sauf cas de force majeure, seul Sengoku était habilité à contacter Corazon.
Ces mesures de précaution avaient leurs avantages — il était quasi-impossible de remonter à la Marine à partir du plumé — mais aussi des inconvénients particulièrement spéciaux, surtout dans le cadre de la Justice que les forces bleues et blanches étaient censées incarner.
En effet, quoique le grade théorique de Rossinante était celui de Commandant, son statut d'espion au sein de la Family le classait parmi les missions ultra-secrètes les plus importantes. Le cas Doflamingo était une préoccupation capitale pour la Marine, et Rossinante serait, à terme, l'élément qui empêcherait une gigantesque catastrophe dans "l'équilibre du monde" (quelque chose dont Sengoku aimait faire de longs monologues du temps de la fugue de l'actuel Corazon).
Par conséquent, Rossinante avait le droit de tuer un membre de la Marine si la viabilité de sa mission en dépendait. Contraire à l'éthique de la Marine ? Peut-être. Mais au bout du compte, le danger Doflamingo occasionnerait plus de morts si Rossinante venait à être découvert.
— Je te le répète une dernière fois... Si, et seulement s'il est pour toi impossible d'en faire autrement sous peine d'entacher ta crédibilité auprès de Doflamingo, tu as le droit d'exécuter un allié.
— Mais c'est horrible… ! Je serai un traître aux deux camps… un criminel… la pire enflure ! S'exclama le jeune Rossinante, horrifié.
Sengoku soupira.
— Ne crois pas que ce seront des cas isolés, Don Quixote. Tu deviendras un officier d'élite, le bras droit de Doflamingo. Tu ne pourras pas toujours rester à l'écart des combats ou assommer les gens.
Le monde de Rossinante venait de s'écrouler sous ses yeux. Alors c'était ça, sa mission de justice et de bien ? Devenir encore pire que les autres ? Tuer ses camarades ?
— Rossinante, tu sais toi-même de quoi il est capable, et le danger potentiel qu'il représente ne fera qu'augmenter… tu n'as pas arrêté de me dire que sa cruauté ne connaissait pas de limites, sinon peut-être la loi du sang… C'est une idée à laquelle tu devras te faire. Tu travailles pour la Justice, Rossinante.
A cheval sur les statuts de pirate et de Marine, en danger nulle part mais en danger partout.
Quand il avait fallu marcher sur des populations, des équipages ou des divisions armées, Rossinante s'était toujours débrouillé pour esquiver le combat frontal. Ça tombait bien ; il était considéré comme un officier d'infiltration plus qu'autre chose. Mais en tant que frère de Doffy et partie des quatre plus puissants membres de la Family, personne n'ignorait qu'il était également un duelliste hors-norme.
Alors il était bien arrivé des moments où il n'avait pu ni s'arranger pour diriger une opération à l'écart des autres, ni s'engager dans l'infiltration, ni combattre de manière isolée. Ces cas étaient rares, mais Rossinante avait appris à l'expérience les subterfuges qui lui permettaient de préserver un tant soit peu sa conscience. Il fallait qu'il soit assez proche des autres pour ne pas paraitre trop solitaire, assez loin pour qu'on ne voie pas qu'il retenait ses coups, qu'il se contentait de faire perdre connaissance : tout était une question de dosage.
Il y avait eu ce coup, sur une île chaude, une des premières grosses embuscades menées par l'Equipage de Doflamingo et la première durant laquelle Rossinante se trouvait aux premières loges.
On avait fouillé l'île, combattu à plusieurs endroits, et fini par trouver la planque d'une quinzaine de civils qui s'étaient retrouvés malgré eux impliqués dans le vol.
« Alors, on se mêle de ce qui ne nous regarde pas ? »
« Nous avons été forcés… ! Menacés de mort ! Par pitié… pitié ! »
Les unités de la Family se léchaient les babines d'avance à l'idée de cette brochette d'innocents, armés jusqu'aux dents.
« Fufufu, la pitié ? Cherchez plutôt l'argent… »
[…]
« Vous avez regrettablement stupidement refusé de coopérer… »
Doflamingo fit quelques pas. Si la sueur perlait sur son front en raison de la chaleur ambiante, rien n'était plus froid et tétanisant que le regard du jeune homme fixé sur les futurs cadavres.
« Alors ? Vous persistez à me faire perdre mon temps ? »
« Par pitié, par pitié… on ne savait pas… on ne sait pas… qui l'a pris… on croyait que… »
Doflamingo sembla ne plus répondre, ni même écouter, et l'insatisfaction de son visage en disait long sur les idées qui l'agitaient.
Tandis que des dizaines d'hommes de mains étaient prêts à se jeter sur les misérables qui venaient de faire échouer l'opération, le blond fit théâtralement demi-tour comme pour s'en aller.
« Rossinante, liquidation. »
Jusque-là tenu à l'écart pour masquer l'ampleur du désarroi qui lui faisait perdre sa lucidité, le cadet leva doucement la tête, comme s'il venait d'émerger d'une longue rêverie.
« Vit-… »
PAM. PAM. PAM. PAM. PAM. PAM. PAM. PAM. PAM. PAM.
Quinze coups incroyablement rapides et réguliers venaient de résonner dans la ville.
Quinze corps tombèrent net, presque synchronisés, morts instantanément. Un enfant avait chancelé le dernier avant de s'écraser à son tour sur le quadrillage de pavés rougis par le sang.
Peut-être qu'en les tuant plus vite, ils n'ont pas eu le temps d'avoir mal… ni même de réaliser l'injustice de leur sort…
Autour de Rossinante, des murmures stupéfaits s'élevèrent. Tandis que chacun des membres de la Family se serait fait une joie de torturer les malheureux jusqu'à leur arracher par la force leur dernière inspiration, Corazon venait en une demi-seconde, dans une célérité époustouflante, d'abattre l'entièreté du groupe. Sans s'arrêter. Mécanique. C'était comme s'il avait foudroyé l'île entière.
C'est à partir de ce moment-là que Rossinante était passé du cadet mollasson et insignifiant au double mystérieux de Doffy, une ombre qui sous ses airs distraits et sa nonchalance cachait un sang-froid inimitable.
Ce que Rossinante avait fait pour épargner la douleur des victimes, on l'avait pris pour une cruauté encore plus atroce que celle qui animait le reste de l'équipage. Un tueur tellement détaché qu'il ne trouvait même pas l'intérêt du sadisme… puisque seul le meurtre glacial lui convenait.
Rossinante n'était pas idiot, il savait que cela lui profitait, au fond.
Je n'avais pas le choix. Vous serez vengés…
Mais ça ne l'empêcha pas de vomir tout ce que contenait son corps une fois seul face à son crime abject.
Je n'avais pas le choix…
Les victimes du présent pour éviter les victimes du futur…
Merde, quelle était cette mission absurde ? Pourquoi ne pouvait-il pas étrangler Doflamingo immédiatement ? Mettre fin à la Family avant que ça ne s'envenime… la Marine était juste stupide, il était là, infiltré, aux côtés du démon en permanence ! Pourquoi suivre les ordres ?
Corazon regarda Doffy qui s'éloignait, pensa au dégout qu'il ressentait envers lui-même, et comprit les paroles de Sengoku.
« Tu t'engages, Rossinante, dans une mission qui durera probablement toute ta vie, si ce n'est plus… »
Il n'était pour le moment ni physiquement ni moralement capable d'affronter Doflamingo. Et cette mission, c'était un plan qui durait tout une vie.
« …et il faudra bon gré mal gré que tu grandisses avec Doflamingo et que tu vives sa vie jusqu'à ce que tu sois en mesure d'exécuter l'ordre ultime de ta mission. »
— Arare.
Un sentiment assez paradoxal, un mélange de tension et de désespoir — la lassitude de la défaite ? — s'installa à travers la communication.
—…Rossinante, fut la seule chose que parvint à dire Sengoku.
Le plumé ne parvint pas à déterminer s'il était déçu, désapprobateur ou las. Sûrement les trois. Un vague sentiment de culpabilité envahit Corazon, sans qu'il sache pourquoi exactement.
— Quelque chose d'urgent, je suppose, reprit l'amiral.
Un silence radio avait perduré entre la Marine et l'agent double depuis quelques semaines… depuis les fameux évènements.
— Rapport de la situation… je suis obligé d'aller quelque part vers Risky Red dans le cadre d'une opération secrète qu'il veut que je dirige… et je serai séparé de lui pendant un certain temps, lâcha Rossinante pour se décharger de la nouvelle.
Derrière l'escargophone, la voix de Sengoku était grave.
—…un certain temps… ?
— Plusieurs mois, probablement trop, coupa vivement Rossinante.
— C'est inadmissible, Rossinante… tu es en train de me dire que tu seras incapable d'accomplir correctement ta mission ?
— Ça me permettra d'allonger la liste des participants de la pègre dirigée par Doffy… et puis j'ose espérer qu'il ne coupera pas totalement le contact.
— Mais est-ce que tu as essayé d'éviter ça ? Je ne vais pas t'apprendre ton métier, mais il doit bien y avoir un moyen…
—…que…
—…de négocier, je ne peux pas me permettre, dans la situation où je suis, de voir une autre mission en suspend… tu as beaucoup de responsabilités et-…
— Merde, fustigea Corazon à travers l'appareil, vous croyez vraiment que je pouvais négocier dans une situation pareille ? Juste après la mouise dans laquelle vous m'avez foutu ! J'ai passé des jours à me bouffer aux côtés d'un mec pouvant m'exécuter à n'importe quel moment pour trahison, et vous vous préoccupez d'un voyage qui est indispensable à me maintenir libre de tous soupçons ? Est-ce que vous saisissez que je suis le frère et le bras droit du type que j'espionne, et que je n'ai pas vraiment pensé à élaborer une marge de négociation parce que je craignais pour ma vie — vous vous souvenez, mon décès signant la fin de la mission ?
Rossinante reprit son souffle, au bout du rouleau. La colère avait fini par le submerger tant les reproches de Sengoku lui paraissaient déconnectés de la réalité.
Une semaine que le QG n'avait pas daigné le contacter, et la seule chose qu'on lui balançait à la figure, c'étaient des critiques ?
— Désolé, tenta doucement Corazon voyant que son supérieur ne répondait pas, je n'aurais jamais dû m'emporter comme cela… c'est de vous que je reçois mes ordres.
— Non, fit soudain Sengoku, j'ai appris à te connaître, et tu es l'honnêteté même, Rossinante. Ma réaction n'était pas appropriée, et tu es probablement sous pression.
Il marqua une pause.
— Tu veux savoir ce qui s'est passé ? Je n'en ai aucune idée, Rossinante.
« Tout le monde est prêt ? »
La flotte de la Marine, droite, alignée, alerte, s'étendait sur plusieurs navires de guerre. La côte vers laquelle la Family devait venir retrouver Rossinante était quadrillée de Marines, tandis qu'en profondeur dans la mer, une seconde division navale se tenait prête à intervenir en cas de fuite des pirates. Tout était réglé comme du papier à musique, au millimètre près.
Sengoku prit une profonde inspiration. Il était positionné à part, entre les deux groupes, afin de coordonner les opérations. Leur présence était de sa responsabilité, après tout.
Un vent étrange soufflait dans son uniforme : le vent des évènements qui font basculer le cours des choses.
« Ils sont là ! »
« Confirmé, le navire de la Family est en vue plein est ! »
Ah, ils n'avaient pas débarqué ? Qu'à cela ne tienne, il était hors de question de les laisser s'échapper.
« Nous ne sommes pas encore visibles. Laissez-les venir. Ils surveillent de loin, mais ça ne les sauvera pas. Division navale de profondeur, entamez la manœuvre de contournement afin d'éviter toute fuite. »
Lorsque Doflamingo apercevrait les vaisseaux de guerre, il serait déjà fait comme un rat.
Profondément concentré, Sengoku donnait ses ordres.
« Amiral ! Il y a un souci… »
« Que se passe-t-il ? »
« Il est impossible qu'il ne nous voie pas à cette distance… et pourtant il continue de venir vers nous… »
Doflamingo, stupide ? Impossible, Rossinante l'avait bien trop averti au sujet du cerveau tordu du pirate. Alors qu'est-ce qui pouvait bien se tramer ? Sengoku avait d'ores et déjà pris les devants pour se diriger vers le navire ennemi… c'est à lui qu'il incombait de neutraliser le démon.
« Amiral ! »
Cette fois, ce n'était pas la section marine qui le contactait.
« Les troupes terrestres sont bloquées… sous une sorte de cage… et certains pensent avoir aperçu une forme dans le ciel… »
Sengoku leva un regard affolé sur les nuages qui s'amoncelaient au-dessus de leurs têtes.
« Amiral, la cage rétrécit, quels sont vos ordres ? »
« Tentez par tous les moyens de la détruire. »
L'enfoiré n'était pas dans le navire vers lequel l'amiral se dirigeait. Putain.
Et le seul moyen d'arrêter le carnage qui se profilait était de retourner à la source…
« Retour vers la côte ! Immédiatement ! Division en contournement, tentez l'interception, maintenant ! »
Le temps que la division menée par Sengoku débarque, la cage avait achevé de liquider les forces d'infanterie. Ils étaient tous tranchés, gisant au sol, amputés ou décapités. Il n'y avait pas le temps de s'attarder sur le massacre, il fallait continuer la mission jusqu'au bout.
« Là ! »
Suspendu par une nuée de fils, Doflamingo tirait ses marionnettes depuis les cieux, tache rose dans la nébuleuse grise.
Se transformer… ? Bien sûr que Sengoku y pensa, mais… il devait y avoir un autre moyen.
« Tirez-lui dessus ! »
Soudain, le soldat aux côtés de l'amiral pointa son arme sur son supérieur, un air terrorisé sur le visage.
Par un superbe réflexe, Sengoku parvint à le mettre hors d'état de nuire.
« Alors tu la joues comme ça, Don Quixote ? »
Force était d'avouer que la Marine était dans de beaux draps. La destruction extrêmement intelligente de la division postée sur la côte revenant à réduire leur effectif d'un tiers… deux maintenant que Doflamingo avait commencé à faire sauter les soldats un à un par-dessus bord.
L'anarchie était totale. Les soldats de la Marine hurlaient de toutes part, et Doflamingo demeurait insaississable.
« Il préfère manipuler le combat de l'extérieur… alors que notre plan était censé le coincer au corps-à-corps… ! Il a agi exactement à l'inverse de toutes nos prédictions ! »
Partout, les cadavres tombaient raides dans un spectacle d'une violence inouïe.
Et plus terrible et consternant encore, la Marine s'entretuait.
— Merde… ! Souffla simplement Rossinante, les larmes aux yeux. Comment vous avez arrêté ce massacre, Amiral ?
Corazon repensa au navire tranché et aux corps qu'il avait enjambés. Un frisson lui parcourut l'échine.
— J'ai donné l'ordre de la retraite lorsque j'ai compris que Doflamingo ne viendrait jamais m'attaquer frontalement. Il savait qu'en détruisant nos unités dispersées, il sèmerait le chaos assez vite pour que nos rangs commencent à se déchirer. J'ai pris ma forme de Bouddha, rassemblé ce qui restait de la flotte et empêché les fils de nous toucher de nouveau. Il n'avait plus aucun intérêt à attaquer les navires que je couvrais, il avait eu ce qu'il voulait. Notre fuite. Notre honte.
Devant le tableau macabre qui se dessinait sous ses yeux écarquillés, Rossinante n'osait dire mot.
— Rien n'était bon dans notre approche… et lui était dans les meilleures conditions possibles… il s'est adapté à l'embuscade à une vitesse absolument incroyable… on aurait sûrement dû l'attendre sur l'île en bloc au lieu de nous diviser pour le prendre en sandwich, mais je pensais jusqu'alors qu'il était désavantagé sur le terrain de la mer…
— Au-dessus de l'océan, il a toujours les nuages, souffla Rossinante.
— Cette affaire sera étouffée de notre côté. Les populations ne sauront rien de cette débâcle. Ton frère est encore plus dangereux que je ne le pensais… D'une intelligence remarquable… Et peut-être qu'aucun autre plan que ta mission ne peut en venir à bout, Rossinante.
Sengoku regarda l'adolescent blond.
— La Justice est absolue, Rossinante, crois-moi.
Il s'arrêta, soupira, regarda l'horizon.
— Mais parfois il faut accomplir des choses tragiques pour éviter que le Mal ne triomphe en ce monde. Comprends-tu ? La Justice passe avant tout. Tu es un soldat du Bien comme les autres, Rossinante.
? — Non loin de Risky Red
— Je suis désolé… je suis tellement désolé… !
Dans une mare de sang, le corps gisait, sans retour en arrière possible. La vie le quittait goutte par goutte, et Rossinante ne pouvait empêcher son écoulement inexorable.
Une faible voix s'éleva, et ce serait la dernière fois que l'espion qui avait commis l'irréparable l'entendrait.
—…Salaud…
Le désespoir de Rossinante n'y changerait rien. La personne dans ses bras était morte.
Et lui était un salaud comme les autres.
[ Ahah, retour sur Rossinante… beaucoup de passé… un peu de futur… la mission « Loyauté » s'annonce peu réjouissante… ! Samarlis, en attendant la suite ! ]
